Circé
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
representée
par
l'Academie Royale de Musique le 1. Octobre
1694
livret
de Madame de Saintonge
musique
de:
Henry
Desmarests
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les
personnages du Prologue:
La Nymphe
de la Seine
Troupe de
Jeux & de Plaisirs, qui entrent en desordre
Troupe de Nayades, de Dieux des Eaux, & de
Driades
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Le
Theâtre represente un Boccage, & dans le fond une
agreable Prairie arrosée par la Riviere de
Seine
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Scene
premiere
Troupe de Jeux & de Plaisirs, qui entrent en
desordre
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Le
Choeur:
Fuyons, fuyons une Guerre sanglante,
Eloignons-nous des malheureux Climats
Où Mars fait regner l'épouvante;
Fuyons, fuyons une Guerre sanglante,
Eloignons-nous des malheureux Climats
Où l'on ne voit que de cruels combats.
Un
Plaisir:
Le bruit affreux des Armes
Nous a chassé de mille endroits divers:
Pour éviter ces funestes allarmes
On nous verroit voler au bout de l'Univers.
Mais, Ciel
!où le destin a-t'il sceu nous conduire ?
Sommes-nous arrivez dans le séjour des Dieux ?
Ou dans le vaste Empire
Du Heros triomphant que l'Univers admire ?
On ne voit rien icy qui n'enchante les yeux.
Ces
brillantes fleurs, ces feüillages,
Des Oyseaux les tendres ramages
Semblent nous annoncer que la Paix & l'Amour
Regnent dans ce beau séjour.
[la
Nymphe de la Seine sort de ses Eaux]
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Scene
2
La Nymphe de la Seine,
Troupe de Nayades & de Dieux des Eaux, Troupe de
Driades
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La Nymphe
de la Seine:
Bornez icy vostre sourse incertaine,
Charmans Plaisirs, aimables Jeux;
Rien ne peut vous troubler sur les bords de la Seine,
Demeurez à jamais dans cét azile
heureux.
La Nymphe
& un Dieu des Eaux:
Sous les augustes loix du Vainqueur de la Terre,
Joüissez d'un sort plein d'attraits;
Les fureurs de la Guerre,
Doivent bien-tôt céder aux douceurs de la
Paix.
La
Nymphe:
La force, la valeur, le secret, la prudence,
Sont avec ce grand Roy toûjours d'intelligence;
Quand la prudence & le secret
Ont conduit une grande affaire,
La valleur ne tarde guere
D'en executer le projet.
Un Dieu
des Eaux:
Lorsqu'il remet le soin de sa vengeance
A son auguste Fils, le bonheur de la France;
C'est moins pour prendre du repos,
Que pour satisfaire
L'ardeur noble & guerriere
De ce jeune Heros.
Le Choeur
des Driades, & de Divinitez des Eaux:
Sous les augustes loix du Vainqueur de la Terre,
Joüissez d'un sort plein d'attraits;
Les fureurs de la Guerre,
Doivent bien-tôt céder aux douceurs de la
Paix.
Deux
Driades:
Tout rit dans ces boccage,
Tout réponds à nos voeux.
Le
Choeur:
Tout rit dans ces boccage,
Tout réponds à nos voeux.
Deux
Driades:
Le coeur le plus sauvage
Y devient amoureux.
Le
Choeur:
Tout rit dans ces boccage,
Tout réponds à nos voeux.
Deux
Driades:
Quand l'amour nous engage,
C'est pour nous rendre heureux.
Le
Choeur:
Tout rit dans ces boccage,
Tout réponds à nos voeux.
Deux
Driades:
Eloignez de l'Orage
Et des Combats affreux,
Nous avons en partage
Les Plaisirs & les Jeux.
Le
Choeur:
Tout rit dans ces boccage,
Tout réponds à nos voeux.
Une
Nayade:
Les plaisirs suivent les peines
Dans un tendre engagement,
Les plaisirs suivent les peines
Quand on aime constament.
Ne brisez
jamais vos chaînes,
Vous aurez un sort charmant.
Les plaisirs suivent les peines
Dans un tendre engagement,
Les plaisirs suivent les peines
Quand on aime constament.
Auprés
des plus inhumaines
On trouve un heureux moment.
Les plaisirs suivent les peines
Dans un tendre engagement,
Les plaisirs suivent les peines
Quand on aime constament.
Deux
Nayades:
Dans l'amoureux Empire
Le plaisir est sans égal;
Mais un retour fatal
Fait souvent qu'on soûpire:
De l'amour on ne peut dire
Trop de bien ny trop de mal.
Les
Choeurs:
Sous les augustes loix du Vainqueur de la Terre,
Joüissez d'un sort plein d'attraits;
Les fureurs de la Guerre,
Doivent bien-tôt céder aux douceurs de la
Paix.
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de page

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les
personnages du Prologue:
Circé,
Fille du Soleil, veuve du Roy de Sarmates, & Grande
Magicienne, amoureuse d'Ulisse
Asterie, Nymphe de la Cour de Circé
Ulisse, Roy d'Itaque, amoureux d'Asterie
Elphenor, Prince Grec, & Amant d'Asterie
Polite, Prince Grec, amy d'Ulisse & Amant d'Asterie
L'Amour
Eolie, Nymphe, Fille d'Eole, Reine de Lipare, Amante
d'Ulisse
Minerve
Phaebetor & Phantase, Sondes
L'Ombre d'Elphenor
Les Trois Euménides
Mercure
Aquilon
Le Grand Prêtre d'Apollon
Troupe de
Guerriers Grecs
Troupe d'Amours fortunez, & d'Amantes Heureuses
Troupe de Vents Aquilons
Troupe de Songes Agreables & de Songes
funestes
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La
Scene est dans l'Isle d'Aea
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Le
Theâtre represente une Avenuë, & dans
l'éloignement, la façade du Palais de
Circé
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Scene
premiere
Circé, Asterie
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Circé:
Ah ! que l'Amour auroit de charmes,
Lors qu'il unit de tendres coeurs,
S'il finissoit pour jamais leurs allarmes:
Ah ! que l'Amour auroit de charmes,
Lors qu'il unit de tendres coeurs.
S'il ne
leur causoit plus que de douces langueurs;
Mais, helas ! ce cruel nous fait sentir ses peines
Au milieu des plaisirs;
Et plus il fait aimer ses chaînes,
Plus il coûte de soins, de pleurs & de
soûpirs.
Asterie:
Vous serez toûjours jeune & belle,
Aimez, aimez avec tranquilité:
Vôtre coeur en aimant doit-il être agité
?
Comme le coeur d'une Mortelle,
Vous serez toûjours jeune & belle,
Aimez, aimez avec tranquilité.
Circé:
J'aime Ulisse, & je dois croire
Qu'il est sensible à ma langueur;
Mais, helas ! je crains que la Gloire,
Malgré mon tendre amour, ne m'arrache son
coeur.
Une
secrette jalousie
Vient encor m'allarmer;
Ulisse avant que de m'aimer
A soûpiré pour Eolie:
L'Amour sçeut long-tems l'arrêter
A la Cour d'Eole son Pere,
Pour retourner en Grece, il fallut le quitter;
Mais le cruel Amour à mon repos contraire,
Plûtôt que les Vents furieux,
L'a fait aborder en ces lieux.
Ah ! je
rougis de ma foiblesse,
Le voir, l'aimer, luy montrer sa tendresse,
Ne fut pour moy qu'un même instant;
Il me promit un coeur tendre & constant,
Mais peut-être quand dans son ame
Il conserve l'ardeur de sa premiere flâme;
Peut-être enfin pour m'échaper,
L'Ingrat veut me tromper.
Asterie:
Vous ne pouvez sans injustice
Douter du coeur de l'amoureux Ulisse,
Ny du pouvoir de vos yeux;
De vos premiers regards il n'a pû se
défendre,
Sans le secours de vôtre art merveilleux,
Vous l'avez contraint de se rendre.
Tout vous
rit avec luy dans ces aimables lieux...
Circé:
Ecoûte de mes maux l'entiere confidence:
Ses Guerriers en secret le pressent de partir,
On vient de m'en avertir;
Rien n'est égal à leur impatience,
Ils reprochent souvent à ce fameur Heros
Qu'il les fait trop languir dans un honteur
repos.
Asterie:
Croyez-vous cet avis sincere ?
Circé:
L'amoureux Elphenor n'a pû voir sans effroy
Qu'il faudrait s'éloigner de toy,
Il m'a découvert ce mistere.
Asterie
& Circé:
Pour les Amans les plus heureux,
Amour ta rigueur est extrême,
Le plaisir de se voir aimé de ce qu'on aime,
N'exempte pas des soins fâcheux:
Pour les Amans les plus heureux,
Amour ta rigueur est extrême.
Circé:
Il paroît ce Heros charmant !
Asterie:
Il ne sçauroit passer sans vous un seul
moment.
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Scene
2
Circé, Asterie, Ulisse
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Circé:
Prince, cous connoissez jusqu'où va ma tendresse,
Elle n'a que trop éclaté;
J'aurois pris soin de cacher ma foiblesse,
Si j'avois écoûté ma gloire & ma
fierté:
Mais lors qu'on peut aimer autant que je vous aime,
Du seul Amour on connoît le pouvoir.
Et l'on n'écoute plus ny raison ny devoir;
Helas, il s'en faut bien que vous n'aimiez de même
!
Ulisse:
Quel reproche cruel pour mon coeur amoureux !
L'Amour luy fait sentir tout ce qu'il a de feux;
Et chaque jour vôtre aimable presence
En augmente la violence !
Ulisse
& Circé:
Non il n'est point d'Amant
qui [puisse aimer / soit aimé] plus
tendrement.
Circé:
Si vous m'aimiez faut-il me taire,
Que de creuls amis vous pressent de partir,
Faloit-il m'en faire un mistere
Si vôtre coeur n'y pouvoit consentir ?
Il faut
qu'en vôtre presence
Ces superbes Guerriers éprouvent mon courroux,
Dans ce bois chacun d'eux s'avance;
Ils pensent n'y trouver que vous...
Ulisse:
Je ne suis occupé que du soin de vous plaire,
Hélas ! pourquoy faut-il dans ce funeste jour
Voir briller vos beaux yeux du feux de la Colere ?
Ils ne devroient briller que des feux de l'Amour.
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Scene
3
Circé, Asterie, Ulisse, Elphenor, Polite,
Troupe de Guerriers Grecs amis d'Ulisse
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Circé,
aux Grecs:
Vostre amitié s'interesse
A la gloire de ce Heros;
Il vous paroît que ma tendresse
Le fait languir dans un honteux repos,
Venez-vous le presser de retourner en Grece ?
Eprouvez
malheureux si je sçai me vanger;
Transformez-vous en des Monstres horribles,
Et servez d'exemples terribles
A qui m'ose outrager.
[Polite,
& les autres Grecs, à la reserve d'Elphenor, sont
changez en plusieurs sortes de Monstres]
Asterie:
O Dieux, quel sort épouvantable !
Ulisse:
Ciel, quel excés de rigeur !
Belle Reine en ma faveur,
Faites cesser...
Circé:
Non, non, je sui inexorable,
Allez Monstres affreux, cachez-vous pour jamais
Au fonds de ces forests.
[à
Ulisse]
Prince ne
craignez rien la crainte est inutile,
Des jeux & des plaisirs voyez le doux azile.
Changez-vous
tristes lieux
En un sejour delicieux:
Et vous que l'Amour enchaîne,
Venez, venez amans jeureux,
Chantez vos plaisirs amoureux
Et le pouvoir de vôtre Reine.
[le
Theatre change & represente un Jardin remply de
Jassemins & d'Orangers, qui forment des allées
à perde de vûë, on voit des cascades dans
l'éloignement]
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Scene
4
Circé, Asterie, Ulisse, Elphenor,
Troupe d'Amans fortunez & d'Amantes
heureuses
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|
Un Amant
fortuné:
De nos plaisirs que l'Echo retentisse,
Pour les chanter qu'avec nous tout s'unisse.
Le
Choeur:
De nos plaisirs que l'Echo retentisse,
Pour les chanter qu'avec nous tout s'unisse.
L'Amant
fortuné:
Que les Oyseaux
De ce charmant boccage,
Au bruit des Eaux,
Joignent leur doux ramage
Loin des Jaloux,
Sans crainte & sans envie
De nôtre vie
Tous les momens sont doux.
Le
Choeur:
De nos plaisirs que l'Echo retentisse,
Pour les chanter qu'avec nous tout s'unisse.
L'Amant
fortuné:
Par son pouvoir
Nôtre aimable Déesse
Fait toûjours dans nos Champs
Regner le doux Printemps,
Et la jeunesse
Nous suit sans cesse,
Avec les jeux, les ris & la tendresse.
Le
Choeur:
De nos plaisirs que l'Echo retentisse,
Pour les chanter qu'avec nous tout s'unisse.
L'Amant
fortuné:
Dans ces beaux lieux l'Amour est sans allarmes,
Il ne fait voir que ce qu'il a de charmes.
Le
Choeur:
De nos plaisirs que l'Echo retentisse,
Pour les chanter qu'avec nous tout s'unisse.
L'Amant
fortuné:
D'aimables traits
Ce Dieu blesse nôtre ame,
Et l'on veut à jamais
Sentir sa flâme;
Il sçait charmer
Le coeur le plus severe,
Et qui sçait bien aimer
Est seur de plaire.
Le
Choeur:
De nos plaisirs que l'Echo retentisse,
Pour les chanter qu'avec nous tout s'unisse.
L'Amant
fortuné:
Loin de nos bois
Trop severe Sageße,
Donnez vos Loix
A la triste Vieillesse,
Dans le bel aage,
N'est-on pas sage,
Lors qu'on fait des Plaisirs un bon usage.
Le
Choeur:
De nos plaisirs que l'Echo retentisse,
Pour les chanter qu'avec nous tout s'unisse.
[les
amans fortunez se retirent, Circé sort avec Ulisse,
Asterie la veut suivre, mais Elphenor la
retient]
|
Scene
5
Asterie, Elphenor
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Elphenor:
Vous verray-je toûjours insensible & cruelle ?
Tout parle icy d'aimer, aimez à vôtre tour,
Du moins pour un moment écoûtez mon amour,
Ne desesperez pas l'Amant le plus fidele.
Asterie:
Je fais ma felicité
D'une douce tranquilité,
N'esperez pas de me voir jamais tendre:
Mon coeur est épouvanté
Des soisn que l'Amour fait prendre.
Elphenor:
Quand on est sans amour la vie est sans appas,
En aimant tout plaît, tout enchante;
C'est lors qu'un Amant ne plaît pas
Que l'Amour épouvante.
Asterie:
De vos amis le funeste malheur
Devroit occuper vôtre coeur.
Elphenor:
Quand l'Amour est extrême
La plus tendre amitié ne se fait point sentir,
Charmante Nymphe je vous aime,
Tous vos mépris ne sçauroient me guerie:
Si je peux m'oublier moy-même,
Ingrate, helas !
Que n'oublieray-je pas ?
Asterie:
Non je ne sçaurois plus me taire,
Vous les avez trahis ces malheureux amis:
Ah ! je rougis la colere
De voir que l'Amour m'a soûmis
Un coeur qui méprise la gloire,
Je ne veux point regner dans ce perfide coeur,
Je perdray jusqu'à la mémoire,
Qu'il ait jamais senty pour moy la moindre
ardeur.
[elle
sort]
Elphenor:
Arrêtez Nymphe impitoyable
Pour voir punir un coeur que vous trouvez
coupable.
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Elphenor,
seul:
L'Inhumaine me fuit, rien ne peut l'attendrir,
Un affreux desespoir s'empare de mon ame:
Esteignons dans mon sang une fatale flâme,
La seule mort peut m'en guerir.
L'Ingrate,
quel courroux m'a-t'elle fait paroître !
Ciel ! quel mépris injurieux !
Si je suis un perfide, un traître,
On ne doit de mon crime accuser que ses yeux.
Le violent
amour dont je brûle pour elle
M'a fait découvrir un secret,
J'aurois esté l'amy le plus discret,
Si j'étois un Amant moins tendre & moins
fidele.
Mais un
soupçon jalaoux augment mon tourment,
A regret je penétre un funeste mistere;
N'en doutons pas, la perte d'un Amant
De l'ingrate Asterie a cause la colere.
Puisse-t'il,
ce Rival, mille fois trop heureux,
Estre toûjours un Monstre affreux.
Allons employer l'artifice,
Pour empêcher qu'Ulisse
N'obtienne de Circé grace pour ses amis;
On me hait, on m'outrage,
Suivons les transports de ma rage,
Aux coeurs desesperez tout doit être
permis.
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|
Le
Theâtre change & represente le Temple de l'Amour,
soûtenu par des Colomnes de Marbre ornées de
Couronnes de Mirthe; on voit dans le fonds la figure de ce
Dieu, au milieu de la Jeunesse & de la
Beauté
|
|
Asterie,
seule:
Ah ! c'est trop retenir mes pleurs,
Donnons un libre cours à mes vives douleurs:
Je suis seule en ces lieux, je puis sans me contraindre,
Soûpirer & me plaindre;
L'inhumaine Circé, par un enchantement,
Le plus épouvantable,
Me cache mon Amant
Sous une figure effroyable;
Mais je dois craindre encore un plus cruel mal-heur,
Peut-estre en le changeant, elle a changé son
coeur.
Amour, qui
vois couler mes larmes,
Viens finir me allarmes,
Rends-moy l'Objet qui m'a charmé,
Et fais qu'il aime autant qu'il est aimé.
Ulisse
vient avec la Reine,
Amour fais que ce Prince appaise l'inhumaine,
Qu'elle rompe le charme affreux,
Qui m'enleve Polite & le rend malheureux.
|
|
Circé:
Quoy vous n'avez rien à me dire ?
Vous rêvez, vostre coeur soupire,
Vous n'avez plus l'empressement
D'un veritable Amant;
Quoy vous n'avez rien à me dire ?
Quand je
vous quitte un seul moment,
Je souffre un cruel tourment
Lorsque je vous revoy, mon plaisir est extreme;
Pourquoy si vous m'aimez, n'estes-vous pas de même
?
Ulisse:
La Conqueste de vostre coeur
Fait mon plaisir & ma gloire,
Mais, helas ! le pourroit-on croire ?
Un noir chagrin vien troubler la douceur
D'un si parfait bon-heur.
Circé:
C'est trop allarmer ma tendresse,
Parlez, tout suivra vos desirs,
Vous seul pouvez causer ma joye & ma trsitesse,
Et de vous rendre heureux je fais tous mes
plaisirs.
Ulisse:
Si vous m'aimez charmante Reine,
Desarmez vostre couroux,
En faveur de ces noeuds que l'amour fit pour nous
Rendez moy mes Amis, vous finirez ma peine.
Circé:
O Dieux ! que me demandez-vous ?
Est-ce là d'un Amant ce que l'on doit attendre ?
Faut-il que des Amis l'occupent chanque jour ?
Tout ce qu'on donne aux soins d'une amitié trop
tendre,
On le déroble à l'Amour.
Circé
pour toy toute de flame
Devroit seule occuper ton ame.
Ulisse:
Pour vous mon coeur brûle de mille feux
Et vous brillez de mille charmes,
Pour quoy ces Guerriers fameux
Vous causent-ils tant d'allarmes ?
Mon Amour & vostre beauté
Vous sont garens de ma fidelité.
Circé:
Vous le voulez, il faut vous satisfaire,
Pour ces Guerriers je me laisse attendrir;
Vous désarmez ma colere,
Et je sçay mieux aimer, que je ne sçay
haïr.
Vous
triomphez de ma vangeance
Ce triomphe pour vous doit avoir mille attraits.
Ulisse:
Belle Reine, croyez que ma reconnoissance
Fera durer à jamais
Mon Amour & ma constance.
Circé
& Ulisse:
Desir de sa vanger, inutile fureur,
Cedez, cedez à l'amoureuse ardeur.
Vos transports causent trop de peine,
Un tendre Amour doit occuper un coeur
Sans y laisser de place pour la haine.
Desir de sa vanger, inutile fureur,
Cedez, cedez à l'amoureuse ardeur.
Circé:
Vos Guerriers vont bien-tost paroistre,
Preparez-vous au plaisir de les voir,
Je vais rompre mon charme, & vous allez
connoître
Mon Amour & mon pouvoir.
|
|
Ulisse,
seul:
Faudra-t'il toûjours me contraindre ?
Ah ! que mon sort a de rigueur !
Je ne sens pour Circé qu'une extréme
froideur,
Et je me vois réduit à feindre
Pour cette Reine une amoureuse ardeur:
Retenu dans sa Cour, son Art me l'a fait craindre;
Ah ! que mon sort a de rigueurs !
Faudra-t'il toûjours me contraindre ?
Quel
horrible tourment !
Quel affreux enchantement !
Je suis loin d'Eolie, & ce n'est pas la gloire
Qui cause mon éloignement;
Juste Ciel ! le pourroit-on croire ?
Amour, tu
peux changer mon destin rigoureux
Et me faire un plaisir de ce qui fait ma peine,
La flâme de Circé m'importune, me
gêne,
Fais passer ses desirs, ses transports amoureux
Dans le coeur de ce que j'aime;
Il ne sçauroit brûler de trop de feux
Si tu veux qu'il réponde à mon ardeur
extréme.
|
|
Ulisse:
Sçavez-vous, Elphenor, que lest nostre bon-heur ?
Circé nous rend nos Grecs...
Elphenor:
O Ciel ! est-il possible ?
Elle paroissoit inflexible.
Ulisse:
C'est à l'Amour qu'on doit cette faveur.
Mais quel chagrin vient te surprendre !
Dis-moy qui peux te rendre
Interdit & réveur ?
Elphenor:
Il faut vous l'avoüer, je ne puis m'en deffendre,
De la fiere Asterie en vain je suis charmé,
En vain par mille soins j'esperois de luy plaire,
Un autre en est aimé,
Tout me le dit, ses mépris, sa colere.
Je ne
sçay pas encor quel est l'heureux Vainqueur
Qui m'a fermé le chemin de son coeur;
Desesperé, confus, dans ma douleur extréme
Tous les grecs me sont des Rivaux,
Pour les faire perir, j'inventerois moy-même
Des suplices nouveaux.
Ulisse:
Quand il peut en coûter la gloire &
l'innocence
On doit n'aimer pas tant, ou bien cesser d'aimer,
C'est se laisser enflammer
Avec trop de violence,
Quand il peut en coûter la gloire &
l'innocence.
Mais la
Reine & les grecs s'avancent dans ces lieux,
Contraignez-vous...
Elphenor:
Je vois l'inhumaine Asterie,
La joye eclatte dans ses yeux,
Quelle rage pour moy, grands Dieux !
Il faut en m'éloignant, cacher ma
jalousie.
|
Scene
5
Ulisse, Circé, Asterie, Polite,
Trouppe de grecs
|
|
Circé,
aux Grecs:
Rendez hommage à l'Amour,
Et rendez grace au genereux Ulisse,
Pour les voeux éclatans d'un pompeux Sacrifice
Qu'on fasse retentir cet aimable séjour;
Rendez hommage à l'Amour,
Et rendez grace au genereux Ulisse.
Le Choeur
des Grecs:
Rendons hommage à l'Amour,
Et rendons grace au genereux Ulisse
|
Scene
6
Le grand Prêtre du Temple de l'Amour,
Trouppe de Nymphes qui déservent le Telple de
l'Amour,
Ulisse, Circé, Asterie, Polite,
Trouppe de grecs
|
|
Le Grand
Prêtre, aux Grecs:
Approchez-vous, heureux Mortels,
Vous n'avez pas besoin de sanglantes Victimes
Pour effacer vos crimes,
Par vos tendres soupirs encensez nos Autels,
Vôtre coeur est la seule offrande
Que l'Amour vous demande.
Le
Choeur:
L'Amour a triomphé des Heros & des Dieux,
Il étend son Empire
Jusque dans les Cieux:
L'Amour a triomphé des Heros & des Dieux,
Il étend son Empire
Sur tout ce qui respire.
Deux
Guerriers:
Amour, Dieu des ris & des jeux,
Dieu de l'aimable Jeunesse
Et de la douce tendresse;
Amour Dieu des ris & des jeux,
Soyez favorable à nos voeux.
Le
Choeur:
Amour Dieu des ris & des jeux,
Soyez favorable à nos voeux.
|
Scene
7
L'Amour sur un nuage, les Acteurs de la Scene
precedente
|
|
L'Amour,
aux Grecs:
Je reçois vôtre hommage, il est tendre &
sincere
Je rendray vôtre sort charmant,
Ne perdez pas un moment,
Soupirez, ne songez qu'à plaire,
C'est une assez grande affaire.
Pour toy,
Circé, j'aime à voir ton ardeur,
J'augmenteray la tendresse d'Ulisse,
Avant la fin du jour, tu connoîtras son coeur
Et tu verras si je te suis propice.
[l'Amour
disparoist]
Le Choeur
des Grecs:
Amour, puissiez-vous à jamais
Nous faire un sort plein d'attraits,
Ulisse a finy nos peines,
De ce Heros comblez tous les desirs;
Faites durer ses plaisirs
Antant que dureront ses chaînes;
Amour, puissiez-vous à jamais
Nous faire un sort plein d'attraits.
|
|
Polite:
Enfin, nous n'avons plus de témoins que l'Amour,
M'est-il permis d'abandonner mon ame
Aux transports de ma flame ?
Belle Nymphe, estes-vous sensible à mon retour ?
Je vous vois, ma joye est extrême,
Rien ne manque à mes desirs;
Ah ! si vous m'aimez si tendrement que j'aime,
Que vous perdez de doux plaisirs !
Asterie:
Vôtre retour a pour moy mille charmes,
Que ne puis-je exprimer les mortelles allarmes
Que m'a causé vôtre malheur !
Ah ! j'en frémis encor d'horreur !
Mais,
helas ! c'est en vain que je veux entreprendre
De vous exprimer mon tourment,
On n'a senty que foiblement
Les maux qu'on peut faire comprendre.
Asterie
& Polite:
Amour, que tes plaisirs sont doux !
Aprés un cruel martire,
Se voir, s'aimer, & se le dire,
Est un bonheur à faire des jaloux:
Amour, que tes plaisirs sont doux !
Polite:
Fuyons un lieu, belle Asterie,
Où regne la barbarie;
La Grece à nos amours offre un azile heureux;
L'Hymen nous unira des plus aimables noeuds.
Asterie
& Polite:
Quel bonheur si l'Hymen nous lie !
C'est ma plus chere envie;
De l'Hymen les noeuds sont charmans,
Lorsqu'ils sont faits par le Dieu des Amans.
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|
Le
Theâtre change & represente une
Solitude
|
|
Eolie,
seule:
Desirs, transports, cruelle impatience,
Ah ! laissez-moy du moins respirerun moment;
Souffrez qu'une douce esperance
Flate mon amoureux tourment:
Desirs, transports, cruelle impatience,
Ah ! laissez-moy du moins respirerun moment.
Mais rien
ne peut flater l'ennuy qui me devore,
Je pers le Heros que j'adore,
La Renommée a fait sçavoir
En mille endroits son funeste naufrage;
Malheureuse Eolie ! en faut-il davantage,
Pour chasser de ton coeur un inutile espoir ?
Ciel !
Ulisse n'est plus; mais, que j'ay de foiblesse !
Lorsque je m'abandonne au tourment qui me presse !
Je pers des momens precieux;
Pour m'éclairdcir du sort d'Ulisse,
Allons trouver Circé, je ne puis faire mieux,
Allons... je tremble, ô Dieux !
Je sens redoubler mon suplice.
C'est aux
Enfers que j'ay recours;
Non, non je ne veux point de cet affreux secours.
Aquilons,
vôtre violence
N'a que trop servy monardeur,
Vous m'avez fait passer dans ces lieux pleins d'horreur,
Où doit fremir la timide innocence;
Venez, venez malgré l'Amour,
Eloignez-moy de cet affreux séjour.
[les
Aquilons paroissent environnez de nuages]
|
|
Minerve,
sur son Char:
Il n'est pas temps de paroître,
Aquilons demeurez dans un profond repos;
Nymphe, ne craignez rien, je vous feray connoître
Que Minerve est toûjours favorable aux
Heros.
Ulisse est
échapé d'une affreuse tempête,
Mais l'amour de Circé le retient dans ces lieux;
Cette funeste conquête
Borne de ce Heros les exploits glorieux.
Le sommeil l'a surpris dans ce lieu solitaire,
Je vais l'épouvanter par des songes affreux
Pour luy faire quitter un lieu si dangereux;
Sa gloire vous est chere,
Montrez-vous à ses yeux, je feray dans ce jour
Triompher vôtre amour.
[le
fond du Theâtre s'ouvre & laisse voir Ulisse
endormy dans un lieu remply de rochers & d'arbres, qui
conservent encore quelque figure d'hommes; ce sont autant de
malheureux Amans que Circé a métamorphosez
quand elle a cessé de les aimer]
|
Scene
3
Ulisse endormy, Phoebetor, Phantase,
Troupe de Songes agreables, Troupe de Songes funestes,
Eolie dans un endroit où elle ne peut être
vûë
|
|
Un Songe
agreable:
Ah ! que le sommeil est charmant
Lorsqu'il est tranquile !
Mais il est difficile
De dormir tranquilement
Quand on est Amant.
Phantase:
Le sommeil avec tous ses charmes
Ne peut calmer les secrettes allarmes
Que font naître les amours;
Dans le coeur d'un Amant l'Amour veille toûjours,
Au milieu du repos même
On est agité quand on aime.
Phoebetor,
Phantase & un Songe agreable:
Le sommeil a mille douceurs,
Il endort quelquefois une douleur profonde;
Mais l'Amour cause des langueurs
Et des Pleurs,
Il faudroit le bannir pour le repas du Monde.
Phoetebor:
Ulisse, il faut quitter ces funestes Climats,
L'Amour montre à tes yeux tout ce qu'il a
d'appas,
Mais il te cache une peine cruelle;
Fuy pour jamais ses charmes dangereux,
Crains le pouvoir d'une Reine infidéle,
Crains le destin affreux
De ces malheureux.
Choeur des
Songes affreux:
Une épouvantable Mort,
Finira ton triste sort
Si tu ne pars en diligence;
Crains tout d'un funeste amour,
La Mer n'a pas tant d'incinstance,
Que la fille du Dieu du jour.
Le Choeur
des Songes agreables:
Tous les momens sont perilleux
Dans ces lieux,
Fuy sans tarder davantage;
La Mer n'a point d'Ecueils plus dangereux
Que ce rivage,
Où ta Gloire a déja fait naufrage.
[les
Songes disparoissent, Ulisse
s'éveille]
|
Scene
4
Ulisse, Eolie dans un endroit où elle ne peut
être vûë
|
|
Ulisse:
O Ciel ! ô juste Ciel ! j'implore ton
secours,
L'Enfer s'arme contre mes jours;
Mais, non, ce n'est qu'une chimere vaine
Quoy par un Songe, Ulisse est-il épouvanté
!
[Eolie
paroist]
Que
vois-je ? n'est-ce point quelque Divinité
Qui vient pour adoucir ma peine ?
Est-ce vous, Eolie, en croiray-je mes yeux ?
Est-ce vous, Nymphe trop charmante ?
Eolie:
Ingrat, vous rougissez, c'est contre vostre attente
Que je vous trouve dans ces lieux,
Vous ne pouvez me voir sans un trouble agreable
Lorsque vous m'aimiez tendrement:
Pour mon coeur amoureux, quel horrible tourment
De voir dans vos regards, l'embarras d'un Coupable
Qui veut chercher son changement !
Quand le
bruit de vostre naufrage
Me fait pour vous chercher, oublier mon devoir;
Lorsqu'il me fait sentir un affreux desespoir
Vous estes dans ces lieux à l'abry de l'orage
Occupé d'un lasche Amour:
Qui l'eût jamais pensé ! Dieu qui l'auroit
pû croire !
Qu'en aimant un Heros, je pleurerois un jour,
La perte de son coeur, & celle de sa Gloire.
Ulisse:
Tout vous parlera contre moy,
Si vous en croyez l'apparence;
Mais belle Nymphe, écoutez ma
défense.
Eolie:
Non, non, n'ajoûte pas la feinte à
l'inconstance,
Ton crime est assez grand de me manquer de foy,
Connois-tu bien l'Objet que ton coeur me prefere ?
Y peux-tu songer sans effroy ?
Une Reine barbare, inconstante & legere,
Une parjure enfin plus perfide que toy.
Son Epoux
en a fait une épreuve cruelle,
Elle immola ce Prince malheureux
A de coupables feux;
Tu periras aussi pour elle,
On n'est point innocent quend son volage coeur
Brûle d'une nouvelle ardeur.
Ulisse:
C'est trop me soupçonner d'une indigne foiblesse,
Les attraits de Circé, ne m'ont point
enchanté.
Si la Vertu ne soûtient la Beauté,
On ne sçauroit m'inspirer de tendresse.
Mon coeur
a fait un beau choix;
J'adore l'Aimable Eolie,
On me verra perdre la vie,
Plûtôt que de passer sous de nouvelles
Loix.
Eolie:
Tout mon bon-heur dépend de vous trouver fidelle,
Que ne puis-je vous croire, helas !
Mais Circé vous aime, elle est belle,
Vous voyez chaque jour ses dangereux appas,
Non, non, si vous ne l'aimiez pas,
Non, vous n'auriez songé qu'à vous
éloigner d'elle.
Ulisse:
Si mon coeur est inconstant,
Puisse le Ciel dans cet instant
Faire tomber sur moy les Foudres;
Puisse-t'il me reduire en poudre,
Si mon coeur est inconstant.
Eolie:
Que vos Sermens ont de puissance !
Ils calment la violence
De mes transports jaloux,
Mon coeur est déja plein de l'espoir le plus
doux;
Que vos Sermens ont de puissance !
Eolie
& Ulisse:
Quand on aime tendrement,
Le dépit & la colere
Ne durent guere;
Quand on aime tendrement
Le dépit & la colere
Ont un retour charmant;
Un Amour extréme
S'irrite aisement,
Mais il s'appaise de même.
Ulisse:
Elphenor m'est suspect, il s'avance en ces lieux,
Dérobons nous à ses yeux.
|
|
Elphenor,
seul:
Je luy suis suspect, l'Infidelle,
Je ne l'ay que trop attendu,
Tout m'apprend ma flamme nouvelle,
Si je parle, il est perdu.
Pourquoy
le ménager, j'ay besoin de la Reine ?
Découvrons-luy ses volages amours;
Quand le cruel a sçû ma peine,
M'a-t'il offert quelque secours ?
A mes
brûlans désirs Asterie est contraire,
L'ongrate me desespere;
A tous momens son injuste froideur,
En augmentant ma rage augmente mon ardeur;
De cette Nymphe cruelle
Circé peut regler le sort,
Il faut par mes avis luy faire voir mon zele,
Taschons de l'obtenir d'elle,
Faisons un dernier effort.
Je voulois
ne devoir qu'à ma seule tendresse
Un bonheur si charmant,
C'est pour un malheureux trop de délicatesse,
Pourvû que je l'obtienne il n'importe
comment.
|
|
Circé:
En quel endroit Ulisse a-t-'il tourné ses pas ?
Je vous croyois tous deux dans cette solitude;
Tout languit avec moy quand je ne le vois pas,
Rien ne peut égaler ma trsite
inquiétude.
Que
fait-il, ce charmant Heros ?
Peut-être dans le temps qu'il trouble mon repos,
Il occupe son ame
De ses vastes projets opposez à ma
flâme.
Elphenor:
Quand on a tant d'amour avec tant de beauté,
Charmante Reine on peut croire
Que ce n'est que pour la gloire
Qu'un Heros pourroit faire une infidélité;
Mais, helas ! c'est en vain que l'on est tendre &
belle,
Pour arrêtre un coeur fait pour être
infidéle .
Circé:
Dieux ! que me dites-vous ?
Que je sens de transports jaloux !
Quelques nouveaux attraits charmeroient-ils Ulisse ?
Parlez, ne craignez point d'augmenter mon
supplice.
Elphenor:
Dans ce paisible séjour
J'ay surpris ce Prince volage,
Qui parloit d'amour
A la Nymphe qui l'engage;
J'ay voulu pour la voir détourner ce
feüillage,
Mais ils m'ont apperçeu, dans le même
moment
Je les ay vû disparoître
Sans avoir pû la connoître.
Circé:
Quel terrible tourment !...
|
Scene
7
Elphenor, Circé, Asterie
|
|
Circé:
Approchez-vous, chere Asterie,
Apprenez que je suis trahie.
Ulisse est
inconstant,
Ma peine est sans égale;
Si je pouvois du moins connoître ma Rivale
Mon coeur jaloux ne souffriroit pas tant,
D'une cruelle vengeance
Je pourrois goûter la douceur:
Elphenor, secondez ma juste impatience
Observez cét Amant trompeur,
Découvrez, s'il le faut, qui m'enlève son
coeur.
Du soin
que vous prendrez, voyez la récompense,
Il faut que cette Nymphe en vous donnant sa foy,
M'acquitte enfin de ce que je vous dois.
Je vais de ma douleur cacher la violence,
Faites tous deux vôtre devoir
Pour découvrir ce que je veux
sçavoir.
|
Scene
8
Elphenor, Asterie
|
|
Elphenor:
Je puis vous dire enfin que je vous aime,
La Reine vous accorde à l'ardeur de mes feux;
Mais je serois mille fois plus heureux,
Si je tenois mon bon-heur de vous-même.
Asterie:
Non, non, je ne sçaurois vous engager ma foy,
La chaine de l'Hymen me paroist trop pseante,
Si le nom d'Amant m'épouvante,
Le nom d'Epoux me fait trembler d'effroy.
Elphenor:
Ingrate, vous aimez, je connois vos allarmes,
Vous avez de la peine à retenir vos larmes;
C'est pour vous conserver pour un heureux Vainqueur
Que vous avez tant de rigueur.
Vous voyez
sans pitié, mon desespoir extrême,
Cruelle, j'en feray de même,
Je n'écoute plus rien que mes transports jaloux;
Vôtre resistance est vaine,
Il faut obeyr à la Reine
Qui veut que je sois vôtre Epoux.
Asterie:
Quoy je seroy le Prix d'un Crime épouvantable ?
Perfide, ne t'en flatte pas,
QUe la Reine impitoyable
Par tes avis me livre au plus cruel trépas;
Dis-luy mes sentimens, va couronner ton Crime
Par un Crime nouveau,
De ta fureur que je sois la Victime,
Plûtôt que ton Hymen, je choisis le
Tombeau.
|
|
Elphenor,
seul:
C'en est trop, , barbare inhumaine,
Je vais te délivrer d'un Objet plein d'horreur,
Pour contenter tes mépris & ta haine,
Je m'abandonne à toute ma fureur.
[il
se perce de son Poignard]
Vien trop
cruelle Asterie,
Je sens que je vais mourir,
Vien donner à tes yeux le funeste plaisir,
De me voir perdre la vie.
[il
tombe mort]
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de page

|
Le
Theâtre change & represente un Bois
|
Scene
premiere
Circé, Ulisse
|
|
Circé:
Enfin il est donc vray qu'Elphenor ne vit plus;
Mais les déguisements te seront superflus,
Ie sçay ton ardeur nouvelle,
Ce Prince t'a surpris dans ce funeste jour
Avec l'Objet de ton Amour,
Tu viens de l'en punir par une mort cruelle,
Perfide, je sçauray te punir à mon
tour.
Ulisse:
Dieux ! quelle injustice effroyable !
Di trépas d'Elphenor vus me croyez coupable,
Et vous me soupçonnez de vous manquer de foy ?
Vous ne m'aimez pas, inhumaine,
Ou le cruel Amour que vous avez pour moy
A tous les effets de la haine.
Circé:
En vain tu veux cacher ton infidélité,
Inconstant, je vois dans ton ame,
Tu n'as plus de témoinde ta nouvelle flâme,
Tu crois estre en seureté;
Mais de l'infernale Rive,
Je sçauray rapeller son ombre fugitive,
Mal-heureux, tremble d'effroy,
Je sçauray la contraindre à découvrir
ton crime,
Et plus j'ay d'Amour pour toy,
Plus tu dois redouter la fureur qui m'anime.
Ulisse:
Je vois que ma presence aigrit vostre couroux,
Ie m'éloigne de vous.
[Ulisse
sort]
|
|
Circé,
seule:
Retire-toy, l'Enfer sçaura m'instruire,
Sombres
Marais du Stix, Cocite, Phlegeton,
Impitoyable Alecton,
Dieu tenebreux du vaste Empire
Qui s'étendra toûjours sur tout ce qui
respire,
Servez mes jalaoux transports;
Que d'Elphenor l'ombre sanglante
Pour un moment quitte vos tristes Bors,
Qu'elle répande icy l'horreur &
l'épouvante.
Demons,
que vous tardez à remplir mon espoir !
Demons, Demons, redoutez mon pouvoir,
Ie vais ouvrir vos Cavernes affreuses,
I'y feray penetrer le Soleil qui nous luit,
Ie chasseray le silence & la nuit
De vos demeures tenebreuses;
Hastez-vous, hastez-vous, tarderez-vous encore
D'envoyer l'Ombre d'Elphenor !
[il
s'éleve une grosse Vapeur dans le fond du
Theâtre, on e nvoit sortir l'Ombre
d'Elphenor]
|
Scene
3
Circé, l'Ombre d'Elphenor
|
|
Circé:
Vien me découvrir ma Rivale,
Et m'éclaircir de ton funeste sort;
Je jure d'exercer sur l'auteur de ta mort,
La vangeance la plus fatale.
[Quatre
Demons élevent un Tombeau dans le fonds du
Theâtre]
Voy ce
Tombeau, je veux que pour jamais,
Tes manes soient en paix.
L'Ombre
d'Elphenor:
Ulisse est infidéle,
Je ne t'apprendray rien de plus,
Les soins de me vanger te seroient superflus,
Laissez-moy retomber dans la nuit
éternelle.
[l'Ombre
disparoît]
|
|
Circé,
seule:
Ulisse est infidéle,
Vangeaons nôtre amour irrité
Par une affreuse cruauté.
Euménides
impitoyables,
Cessez de tourmenter de malheureux coupables,
Venez, venez inventer des tourmens
Pour le plus ongrat des Amans.
Que tout
l'Enfer contraigne un traître qui m'outrage,
A se livrer dans ce moment
A mon jsute reßentiment.
|
Scene
5
Circé, les Trois Euménides, Ulisse pousuivy
par la Fureur & sa Suite
|
|
Les Trois
Euménides:
Punissons un Amant volage,
Brûlons son perfide coeur
De tous les feux de la rage;
Punissons un Amant volage,
Brûlons son perfide coeur
D'une éternelle fureur.
Ulisse,
à Circé:
Tu me rens la vie odieuse,
Mais les chemins des Enfers
Sont toûjours ouverts
Pour une ame genereuse.
[Ulisse
furieux tire son épée pour se
tuer]
Circé,
aux Euménides:
Desarmez ce furieux,
Prenez soin de ses jours, faites durer sa peine
Pour contenter ma haine.
Allez,
éloignez de mes yeux
Cet Objet odieux.
[les
Euménides emmennent Ulisse aprés l'avoir
desarmé]
|
|
Circé,
seule:
Calmez vôtre violence,
Transports impetueux n'agitez plus mon coeur,
N'ay-je pas satisfait ma jalouse fureur
Par une affreuse vangeance ?
Transports impetueux n'agitez plus mon coeur,
Calmez vôtre violence.
Que
dis-je, malheureuse ?... Est-ce là me vanger ?
Quand le cruel Amour m'oblige à partager
Toutes les peines d'un coupable
Qui me paroît toùujours aimable,
Malheureuse, est-ce là me vanger ?
|
|
Eolie:
J'ignore les détours de ce bois solitaire,
Je tremble à chaque pas que l'Amour me fait faire
Pour chercher mon Amant;
Bien que j'aime tendrement,
Mon coeur est toûjours timide;
Helas ! on s'egare aisément
Quand on a que l'Amour qpour guide:
Ulisse
n'est pas en ces lieux,
Cherchons plus loin sous ce feüillage.
Circé:
Qu'ay-je entendu ? c'est ma Rivalle, O Dieux !
Arrêtons-la dans ce Boccage
Par quelques doux enchantements...
Taisez-vous, jaloux mouvemens,
Je prétens la punir du plus cruel supplice,
Mais c'est en presence d'Ulisse.
Venez,
Demons, empruntez les attraits
Des Nymphes de ces Forests,
Je vais trouver mon Volage;
Enchantez la Beauté que cause mes soupirs
Par les plus touchans plaisirs,
Elle en sentira davantage
La mortelle douleur
Que je prepare à son coeur.
[Circé
sort. Le Tombeau que les Demons avoient élevé,
est caché par des Arbres]
|
|
Eolie, seule:
Momens où je dois voir l'Objet de ma tendresse,
Ah ! que vous tardez à venir;
Le doux espoir qui vient m'entretenir
Ne peut dissiper ma tristesse,
Ah ! que vous tardez à venir
Momens où je dois voir l'Objet de ma tendresse
!
|
Scene
9
Eolie, Troupe de Demons transformez en
Nymphes
|
|
Le
Choeur:
Venez prendre part à nos jeux,
Vous que l'Amour a sçeu rendre sensibles,
Il va combler tous vos voeux
Dans ces retraittes paisibles.
Une
Nymphe:
Qui craint de ressentir d'amoureuses langueurs
Doit s'éloigner de nos Boccages,
L'Amour est caché sous les fleurs,
Et sous les sombres feüillages.
Une
Nymphe:
L'Amour coûte des pleurs,
Il cause des allarmes;
Mais pour goûter tout ce qu'il a des charmes,
Il faut avoir &prouvé ses rigueurs.
Le
Choeur:
Aimez, aimez, jeunes coeurs,
L'Amour a mille douceurs;
Si d'un coeur fidele & tendre,
Il fait languir les desirs,
D'un bien qu'il a trop fait attendre
Il redouble les plaisirs.
|
Scene
10
Mercure descend du Ciel, Eolie,
Troupe de Demons transformez en Nymphes
|
|
Mercure,
tenant la Fleur de Moly:
Fuy loin d'icy, Troupe odieuse,
Tu prépare d'affreux tourmens
A ceux qui sont seduits par tes enchantemens.
[les
Demons disparoissent]
[à
Eolie]
Prenez
cette Fleur merveilleuse
Qui rompt le charme le plus fort,
Allez changer le triste sort
Du Heros qui vous aime,
Il est dans un peril extrême.
Venez le
mettre en liberté
Venez goûter la douceur sans égalle
De braver en seureté
La cruauté
De vôtre jalouse Rivalle.
|
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de page

|
Le
Theâtre change & represente d'un
côsté, des Rochers, de l'autre, un Bois, &
dans le fonds un Port de Mer
|
Scene
premiere
Polite, Asterie
|
|
Polite:
Enfin le juste Ciel a comblé nos desirs,
Ulisse est délivré par la Nymphe Eolie;
Bient-tôt loin de ces lieux vous braverons
l'Envie,
Rien ne pourra troubler nos innocens plaisirs.
Asterie
& Polite:
Que ma joye est extrême !
Que mon coeur en est enchanté !
Quoy ! je pourray vous dire en liberté
Tout ce qu'on sent de tendre qu'en on s'aime ?
Que mon cour en est enchanté !
Que ma joye est extrême !
Polite:
Il faut pour nôtre embarquement
Rassembler nos Grecs promptement.
|
|
Ulisse:
Que ne vous dois-je pas, adorable Eolie ?
Vous avez pris soin de ma vie;
Vous avez chassé de mon coeur,
Le desespoir, la rage & la fureur:
Du tendre amour qui m'enchante
Je sens redoubler les feux;
Que vous estes charmante !
Que je suis amoureux.
Eolie:
J'ay crû vôtre perte certaine,
Un funeste éloignement
Est la source de ma peine;
Ah ! ne m'exposez plus à ce cruel
tourment.
Quand on
est tendre & fidele,
Qu'une longue absence est cruelle !
Qu'elle coûte de soûpirs;
Qu'elle dérobe de plaisirs !
Quand on est tendre & fidele !
Eolie
& Ulisse:
Ne nous quittons jamais, payons-nous des douceurs
Que l'absence & la jalousie
Ont fait perdre à nos tendres coeurs;
Les délices de la vie,
Les plaisirs les plus charmans,
Ne sont que pour les vrais Amans.
Eolie:
Puis-je me flater que vôtre ame
N'a rien senty pour de nouveaux appas ?
Ulisse:
Vous m'offensez si vous ne croyez pas,
Que je brûle pour vous d'une constante
flame.
Eolie:
Je veus encor douter de vôtre foy,
Pour avoir le plaisir de vous entendre dire,
Que ce n'est quepour moy
Que vôtre coeur soûpire.
Ulisse:
Vous m'attachez avec trop de beaux noeuds,
Pour craindre mon inconstance;
Un foible Amour s'éteint aisément par
l'absence,
Mais d'un coeur bien amoureux
L'absence augmente les feux.
Eolie
& Ulisse:
Vous m'aimez, je vous aime,
Que nostre sort est doux !
Goûtons le plaisir extréme
De nous dire cent fois en dépit des jaloux,
Vous m'aimez, je vous aime.
Eolie:
Favorisez nos voeux, Divinitez des Eaux,
Vents furieux qui regnez sur les Ondes
Ne nous exposez pas à des perils nouveaux,
Demeurez enchainez dans vos Grottes profondes.
[Aquilon
& les autres Vents viennent asseurer Eolie, qu'il luy
seront favorables. Une Troupe de Nereïdes & de
Tritons, sort de la Mer & se joint à
eux]
|
Scene
3
Aquilon, Ulisse, Eolie,
Troupe de Vents, Troupe de Nereïdes & de
Tritons
|
|
Aquilon:
De la fille d'Eole, il faut combler les veux,
Les Vents les plis impetueux
Ne sortent d'esclavage
Que pour venir luy rendre hommage,
On verra sur les flots regner un calme heureux.
Le Choeur
d'Aquilons:
De la fille d'Eole, il faut combler les veux,
Les Vents les plis impetueux
Ne sortent d'esclavage
Que pour venir luy rendre hommage,
On verra sur les flots regner un calme heureux.
Une
Nereïde:
Embarquez-vous, ne craignez plus l'Orage,
Vous aurez un sort charmant,
Rien ne plaist davantage
Dans le bel aage
Qu'un embarquement
Avec un fidele Amant.
Vivez
heureux,
Aimez vos chaînes,
L'Amour aprés vos peines
Comble vos veux,
Vivez heureux.
Le
Choeur:
Tendres coeurs, rien ne peut vous nuire,
L'Amour prend soin de vous conduire;
Il embarque avec vous,
Les ris, les jeux, les plaisirs les plus doux.
|
Scene
4
Asterie, Polite, Ulisse, Eolie,
Troupe de Vents, Troupe de Nereïdes & de Tritons,
Aquilon
|
|
Polite:
Nos Grecs sont rassemblez, partons en diligence;
Venez, Prince, venez, on n'attend plus que vous,
Circé dans ces lieux s'avance.
Ulisse:
Eloignons-nous...
[Ulisse,
Eolie, Asterie, Polite s'approchent du Port, les
Nereïdes & les Tritons les
suivent]
|
Scene
5
Asterie, Polite, Ulisse, Eolie,
Troupe de Vents, Troupe de Nereïdes & de Tritons,
dans le fonds du Theâtre,
Circé sans les voir
|
|
Circé:
O Rage ! ô douleur mortelle !
Je cherche en vain mon infidéle;
Ah ! l'Enfer me trahit, je n'en sçaurois
douter,
[elle
les apperçoit]
Ulisse,
ô Dieux ! que vois-je ? ô disgrace fatale !
Il fuit avec ma Rivale,
Le traître... il faut l'arrêter.
Demons,
Demons, quittez vos Cavernes profondes,
Sortez, volez, volez avec d'hooribles feux;
Embrasez au milieu des Ondes
Les Vaisseaux de ces Mlaheureux.
[il
paroît plusieurs Demons en l'air & sur la Terre;
ils sont armez de feux, & veulent aller brûler les
Vaisseaux d'Ulisse, mais ils sont arrêtez par la vertu
du Moly]
|
Scene
6
Asterie, Polite, Ulisse, Eolie,
Troupe de Vents, Troupe de Nereïdes & de Tritons,
dans le fonds du Theâtre,
Circé sans les voir, Troupe de Demons armez de
feux
|
|
Le Choeur
des Demons:
Une Divine Puissance
S'oppose à nôtre violence,
Et semble nous donner des fers,
Nous ne sçaurions aborder ce rivage
Pour exercer nôtre rage,
Retournons dans les Enfers.
[les
Demons s'abîment]
[Ulisse,
Eolie, Asterie, Polite montent dans leurs Vaisseaux, qui
s'éloignent peu à peu du rivage; Les
Nereïdes & les Tritons se plongent dans la
Mer]
|
|
Circé,
seule:
Ah ! quelle rigueur extrême !
Dieux cruels, injustes Dieux !
Devez-vous employer vôtre pouvoir suprême
Pour m'enpêcher d'arrêter dans ces lieux
Un volage que j'aime ?
Est-ce
pour les perfides coeurs
Que vous reservez vos faveurs ?
Je ne me connois plus moy-même,
Ulisse m'abandonne, il me manque de foy,
Jusques dans les Enfers tout est changé pour
moy.
Demeure,
ingrat, ne crains pas ma vangeance,
Mon coeur encor plus tendre qu'irrité
Trouve ton infidelité
Moins cruelle aue ton absence.
Traître,
rien n'arrête tes pas,
Du moins si la pitié ne te ramene pas,
Que la cruauté te ramene,
Revien pour joüir de ma peine;
Vien me voir succomber à ma vive douleur.
C'est toy,
cruel Amour, qui causes mon malheur,
Ta funeste colere
Contre le Soleil mon Pere
Tombe toûjours sur mon coeur;
C'en est fait, je n'ay plus pour toy que de
l'horreur.
C'est trop
gémir... Allons la plainte est vaine,
Je vais dans ce funeste jour
Briser les Autels de l'Amour,
Je n'en veux désormais élever qu'à la
Haine.
Puisqu'Ulisse
a changé, que tout change en ces lieux,
Que le Ciel en courroux s'arme contre la Terre,
Que tous les Elemens se declarent la guerre,
Servez arbres, rochers, mes transports furieux,
Precipitez-vous dans l'Onde,
En un affreux cahos changez ce triste bord,
Rendez pour jamais ce Port
Inaccessible à tout le Monde.
[on
entend un grand bruit de Tonnerre, les Rochers & les
Arbres sont renversez, & comblent le Port; il
paroît à leur place des Gouffres qui vomissent
des flâmes.]
|
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