Cadmus
& Hermione
Tragédie
en Musique en un Prologue & V Actes
representée
par
l'Academie Royale de
Musique
le
Poëme est de Monsieur Philippe
Quinault
la
Musique est de Monsieur Jean-Baptiste
Lully
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les
personnages du Prologue:
Palés,
Divinité Champêtre
Melisse, Divinité Champêtre
Le Dieu Pan
Arcas, Compagnon de Pan
L'Envie
Le Soleil
Quatre Vents soûterrains
Quatre Vents de l'Air
Troupe de
Nymphes
Troupe de Pasteurs
Suivans de Pan
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La
Scene est dans la Grece
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Le
Serpent Python
Le
Sujet de ce Prologue est pris du premier Livret & de la
huitiéme Fable des Metamorphoses, où Ovide
décrit la naissance & la mort du montrüeux
Serpent Python, que le Soleil fit naistre par la chaleur du
limon bourbeux qui estoit resté sur la terre
aprés le Déluge, & qui devint un Monstre
si terrible, qu'Apollon luy-même fut obligé de
le détruire.
Le sens allegorique de ce sujet est si clair qu'il est
inutile de l'expliquer. Il suffit de dire que LE ROY
s'est mis au dessus des loüanges ordinaires, & que
pour former quelque idée de la grandeur & de
l'éclat de sa Gloire, il a falu s'élever
jusques à la Divinité même de la lumiere
qui est le Corps de sa Devise.
Le Theatre s'ouvre & represente une Campagne, où
l'on découvre des Hameaux des deux costez & un
Marais dans le fond: le Ciel fait voir une Aurore
éclatante, qui suivie du lever du Soleil dont le
Globe brillant s'éleve sur l'horison, dans le temps
que les Instrumens achevent de joüer
l'Ouverture.
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Palés
Déesse des Pasteurs, & Melisse Divinité
des Forests & des Montagnes, sortent des deux costez du
Theatre, & appellent des Troupes Champestres qui ont
accoûtumé de les suivre.
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Palés,
Melisse, Troupe de Nymphes, Troupe de
Pasteurs
|
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Palés:
Hastez-vous, Pasteurs, accourez;
Melisse:
La vois des Oiseaux nous appelle:
Palés:
Nos Camps sont éclairez:
Melisse:
Nos Costeaux sont dorez.
Palés:
Tout brille dans l'éclat de la clarté
nouvelle;
Melisse:
Mille Fleurs naissent dans nos Prez:
Palés
& Melisse:
Que l'Astre qui nous luit rend la Nature belle !
Ne perdons pas un seul moment
D'un jour si doux & si charmant.
[le
Choeur repete les deux derniers Vers]
Le Coeur
[sic] continuë à chanter:
Admirons, admirons l'Astre qui nous éclaire,
Chantons la gloire de son Cours ?
Que tout le Monde revere
Le Dieu qui fait nos beaux jours.
[Pan
Dieu des Bergers paroît accompagné de
Joüeurs d'Instrumens Champestres, & de Danseurs
Rustiques, qui viennent prendre part à la
réjoüissance des Nymphes & des Pasteurs,
& tous ensemble commencent à former une maniere
de Feste à l'honneur du Dieu qui donne la
jour]
Pan:
Que chacun se ressente
De la douceur charmante,
Que le Soleil répand sur ces heureux Climas,
Il n'est rien qui n'enchante
Dans ces lieux pleins d'appas,
Tout y rit, tout y chante,
Eh pourquoy ne rirons-nous pas ?
[les
Danseurs Rustiques qui ont suivy le Dieu Pan, commencent une
Feste qui est interrompuë par des bruits
soûterrains, & par une espece de Nuit qui
obscurcit le Theatre entierement, & tout à coup;
ce qui oblige l'Assemblée Champestre à
füir avec des cris de frïeur, qui font une maniere
de concert affreux avec les bruits
soûterrains]
Les
Choeurs:
Quel desordre soudain ! quel bruit affreux redouble !
Quel épouventable fracas !
Quels Gouffres s'ouvrent sous nos pas !
Le Iour pâlit, le Ciel se trouble;
La Terre va vomir tout l'Enfer en courroux:
Fuyons, fuyons, sauvons-nous, sauvons-nous.
[Dans
cette obscurité soudaine, l'Envie sort de son Antre
qui s'ouvre au milieu du Theatre: Elle évoque le
Monstrüeux Serpent Python, qui paroist dans son Marais
bourbeux, jettant des feux par la gueule & les yeux, qui
font la seule lumiere qui éclaire le Theatre: Elle
appelle les Vents les plus impetueux pour seconder sa
fureur, elle en fait sortir quatre de ceux qui sont
renfermez dans les Cavernes soûterraines, & elle
en fait descendre quatre autres de ceux qui forment les
orages,, qui tous apres avoir volé & s'estre
croisez dans l'air, viennent se ranger autour d'elle, pour
l'aider à troubler les beaux jours que le Soleil
donne au Monde]
L'Envie:
C'est trop voir le Soleil briller dans sa Carriere,
Les rayons qu'il lance en tous lieux,
Ont trop bleßé mes yeux;
Venez, noirs Ennemis de sa vive lumiere,
Ioignons nos transports furieux.
Que chacun
me seconde:
Paroissez Monstre affreux.
Sortez Vents soûterrains, des Antres les plus
creux,
Volez, Tirans des airs, troublez la Terre & l'Onde.
Répandons la terreur;
Qu'avec nous le Ciel gronde:
Que l'Enfer nous réponde;
Remplissons la Terre d'horreur:
Que la Nature se confonde;
Iettons dans tous les coeurs du monde
La jalouse fureur
Qui déchire mon coeur.
[l'Envie
distribuë des Serpents aux Vents, qui forment autour
d'elle des manieres de tourbillons]
L'Envie,
continuë à chanter:
Et vous, Monstre, armez-vous pour nuire
A cét Astre puissant qui vous a sçeu
produire;
Il répand trop de biens, il reçoit trop de
voeux.
Agitez vos Marais bourbeux:
Excitez contre luy mille vapeurs mortelles:
Déployez, étendez vos aisles,
Que tous les Vents impetueux
S'efforcent d'éteindre ses feux.
[les
Vents forment de nouveaux tourbillons, tandis que le Serpent
Python s'éleve en l'air, par un rond qu'il fait en
volant]
L'Envie,
continuë:
Osons tous obscurcir ses clartez les plus belles,
Osons nous opposer à son cours trop heureux:
Quels Traits ont crevé le Nüage ?
Quel torrent enflamé s'ouvre un billant passage ?
Tu triomphes, Soleil ? tout céde à ton pouvoir
?
Que d'Honneurs tu vas recevoir !
Ah qu'elle [si] rage ! ah qu'elle rage !
Quel desespoir ! quel desespoir !
[des
Traits enflamez percent l'épaisseur des Nüages,
& fondent sur le Serpent Pyhton, qui parés
s'estre débattu quelque temps en l'air, tombe enfin
tout embrazé dans son MArais bourbeux; Une pluye de
feu se répand sur toute la Scene, & contraint
l'Envie de s'abismer avec les quatre Vents soûterrains
, tandis que les Vents de l'Air s'envolent, & dans le
mesme instant les Nüages se dissipent, & le Theatre
devient entierement éclairé.
L'Assemblée Champestre que la frayeur avoit
chassé, revient, pour celebrer la victoire du Soleil,
& pour lui preparer des Trophées & des
Sacrifices]
Palés:
Chassons la crainte qui nous presse.
Melisse:
Rien ne doit plus nous faire peur.
Pan:
Le Monstre est mort, l'orage cesse,
Le Soleil est vainqueur.
Le Choeur
repete:
Le Monstre est mort, l'orage cesse,
Le Soleil est vainqueur.
Palés:
Qu'on luy prepare
De superbes Autels.
Melisse:
Que l'on les pare
D'ornemens immortels.
Le
Choeur:
Conservons la memoire
De sa victoire.
Par mille honneurs divers:
Répandons le bruit de sa gloire
Iusques au bout de l'Univers.
Palés:
Mais le Soleil s'avance
Il se découvre aux yeux de tous.
Le
Choeur:
Respectons sa presence
Par un profond silence
Escoutons, taisons-nous.
Le Soleil
sur son Char:
Ce n'est point par l'éclat d'un pompeux
Sacrifice,
Que je me plais à voir mes soins recompensez;
Pour pris de mes Travaux ce me doit estre aßez
Que chacun en joüisse.
Ie fais le plus doux de mes voeux
De rendre tout le monde heureux.
Dans ces
lieux fortunez, les Muses vont descendre,
Les Ieux galants suivront ses pas;
I'inspire les chants pleins d'appas
Que vous allez entendre.
Tandis que je suivray mon cours
Profitez des beaux jours.
[le
Soleil s'éleve dans les Cieux, & toute
l'Assemblée Champestre forme des Ieux, où les
Chansons sont meslées avec les
Danses]
Le
Choeur:
Profitons des beaux jours.
Palés:
Suivons tous la mesme envie.
Le
Choeur:
Profitons des beaux jours.
Melisse:
Aymons, tout nous y convie.
Le
Choeur:
Profitons des beaux jours.
Palés
& Melisse, ensemble:
Les plus beaux jours de la vie
Sont perdus sans les Amours.
Le
Choeur:
Profitons des beaux jours.
[tandis
que les Nymphes & les Dieux Champestres dansent avec les
Bergers & les Bergeres, Palés, Melisse & Pan,
meslent leurs Voix avec les Instrumens
rustiques]
Palés,
Melisse & Pan, ensemble:
Heureux qui peut plaire !
Heureux les Amants !
Leurs jours sont charmants;
L'Amour sçait leur faire
Mille doux moments.
Que sert la jeunesse
Aux coeurs sans tendresse ?
Qui n'a point d'amour
N'a pas un beau jour.
En vain
l'Hyver passe,
En vain dans les Champs
Tout charme nos sens,
Une ame de glace
N'a point de Printemps;
Il faut se défaire
D'un coeur trop severe,
Qui n'a point d'amour
N'a pas un beau jour.
[Arcas
un des Dieux des Forests chante, & tous les Instrumens
& toutes les Voix luy répondent tandis que
l'Assemblée champêtre danse, & se joüe
avec des Branches de chesne, dont elle forme plusieurs
figures agreables]
Arcas:
Peut-on mieux faire
Quand on sçait plaire,
Peut-on mieux faire
Que d'aymer. [bien]
Quelqu'embaras que l'Amour fasse
C'est toûjours un charmant lien:
Trop de repos bien souvent embarasse,
Que fait-on d'un coeur qui n'aime rien.
L'Amour
contente,
La peine enchante,
L'Amour contente,
Tout en est bon.
Dans les beaux jours de nostre vie
Les plaisirs sont dans leur saison,
Et quelque peu d'amoureuse folie
Vaut souvent mieux que trop de raison.
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les
personnages de la Tragedie:
Cadmus,
Fils d'Agenor Roy de Tyr, & Frere d'Europe
Deux Princes Tyriens
Arbas, Africain de la Suite de Cadmus
Hermione, Fille de Mars & de Venus
Charite, une des Graces, Compagne d'Hermione
Aglante, Autre Compagne d'Hermione
La Nourrice d'Hermione
Draco, Geant, Roy d'Aonie
Iunon
Pallas
L'Amour
Un Grand Sacrificateur de Mars
Le Dieu Mars
Jupiter
Venus,
l'Himen
Comus, Dieu des Festins
Deux
Africains, Compagnons d'Arbas
Troupe d'Africains dançans
Le Page de Cadmus
Le Page d'Hermione
Quatre Geants, suivans de Draco
Le Page du Geant
Dix Statues d'or
Dix petits Amours
Dix Sacrificateurs dançants
Un Timbalier
Quatre Furies
Echion, un
des Combatans nez de la Terre
Troupe de Combatans nez de la Terre
Troupe de Suivans de Comus
Troupe d'Amadryades
Troupe de Divinitez celestes
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La
Scene est dans la Contrée de la Grece qui estoit
appellée Aonie, & que Cadmus nomma
Beotie
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Scene
premiere
Cadmus, deux Princes Tyriens, un Page
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Le
Theatre change, & represente un Iardin
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Le Premier
Prince Tyrien:
Quoy, Cadmus, fils d'un Roy qui tient sous sa puissance
Les Bords feconds du Nil & les Climats brûlez;
Cadmus, apres deux ans loing de Tir écoulez,
Estranger chez les Grecs, n'a point d'impatience
De revoir un Païs dont il est l'esperance ?
Et laisse sans regret tant de coeurs desolez ?
Les deux
Princes, Ensemble:
Nous suivrons vos destins par tout sans resistance;
Faudra-t'il que toûjours nous soyons exilez
?
Cadmus:
I'aymerois à revoir les lieux de ma naissance;
Mais avant que je puisse en goûter la douceur,
I'ay juré d'achever une juste vengeance.
Le
Ir Prince:
Et cependant, Seigneur,
Vous laissez en ces lieux languir vostre grand
coeur.
Cadmus:
Aprés avoir erré sur la Terre & l'Onde
Sans trouver Europe ma Soeur;
Aprés avoir envain cherché son Ravisseur,
Le Ciel termine icy ma course vagabonde;
Et c'est pour obeïr aux Oracles des Dieux
Qu'il faut m'arrester en ces lieux.
Le
Ir Prince:
Si vous trouvez des Dieux dont l'ordre vous engage
A choisir ce sejour;
Le Dieu que vostre coeur consulte davantage
Est peut-estre l'Amour.
Le
IIe Prince:
Seroit-il bien poßible
Qu'un Heros invincible
Eût un coeur qu'Amour sçeût charmer
?
Cadmus:
Quel coeur n'est pas fait pour aymer ?
Et pour estre un Heros doit-on estre insensible ?
Que sert contre Hermione un courage indompté ?
Qui peut n'en estre pas enchanté ?
La Dieu
Mars est son Pere,
Elle en a la noble fierté;
La Mere d'Amour est sa Mere,
Elle en a la beauté.
Le
Ir Prince:
A quoy sert un amour qui n'a point d'esperance ?
Hermione est sous la puissance
D'un Tyran qui regne en ces lieux.
Cadmus:
C'est un affreux Geant, c'est un Monstre odieux.
Le
IIe Prince:
Il est du sang de Mars, ce Dieu le favorise,
Et c'est enfin à luy qu'Hermione est promise:
Nul autre des Mortels n'en doit estre l'Espoux;
Et si vous en tentez la fatale entreprise,
La Terre avec le Ciel s'armera contre vous.
Cadmus:
Hé bien je periray si le destin l'ordonne,
Ie veux délivrer Hermione,
Et si je l'entreprens en vain,
Ie ne sçaurois perir pour un plus beau
dessein.
|
Scene
2
Cadmus, Arbas, deux Princes Tyriens, un Page
|
|
Cadmus:
Ou sont nos Affriquains ? que leur Troupe s'avance:
La Princesse veut voir leur plus galante Dance.
D'où vient qu'aucun d'eux ne paroist ?
Arbas:
Vos ordres sont suivis, Seigneur, & tout est prest.
Mais le Tiran s'est mis en teste
Qu'il faut que ses Geans dancent dans cette
feste.
Cadmus:
Comment faire mouvoir des Collosses affreux ?
Arbas:
Quand on luy dit, Comment ? il répond, Ie le
veux.
Ces grands Hommes pleins de chimeres
Sont d'un raisonnement fascheux;
Et fiers d'estre au dessus des Hommes ordinaires
Pensent que la Raison doit estre au dessous d'Eux.
Ie n'ay pû garder de mesures,
I'ay pesté contre luy, j'ay vomy mille injures,
Ie l'ay nommé Tiran cent fois.
Cadmus:
On doit toûjours respect aux Roys.
Arbas:
Eût-il dû métrangler, je n'aurois
pû me taire:
I'estois trop en colere.
Si je n'avois rien dit,
I'aurois étouffé de dépit.
Cadmus:
Contentons le Geant, il est icy le Maistre;
Hermione est soûmise à son cruel pouvoir:
Ce Divertissement, tel enfin qu'il puisse estre,
Me vaudra quelque tempsle plaisir de la voir.
S'il ne m'est pas permis de luy parler moy-mesme,
Et d'oser dire que je l'ayme,
Du moins nos Affriquains, par leurs chants les plus
doux,
Pourront l'entretenir de mon amour extrême,
En dépit d'un Rival jaloux.
Preparons
tout en diligence,
Hastons-nous, la Princesse s'avance.
Arbas:
Allons.
Cadmus:
Toy ne suy point mes pas.
Ie vais voir le Geant, il faut que tu
l'évites.
Arbas:
Non, non, nous n'aurons point de bruit ny d'embraras,
Pour les inhures que j'ay dites,
Ie les disoins si bas
Qu'il ne m'entendoit pas.
|
Scene
3
Hermione, Charité, Aglante, la Nourrice d'Hermione,
un Page
|
|
Hermione:
Cet aimable sejour
Si paisible & si sombre,
Offre du silence & de l'ombre,
A qui veut éviter le bruit, & le grand jour;
Ah ! que n'est-il außi facile
De trouver un azile
Pour éviter l'Amour !
L'impitoyable
tyrannie,
Dont je suy les barbares Loix,
Ne défend pas d'aimer le Chant & l'Harmonie;
Vous, qui me faites compagnie;
Répondez à ma voix.
Aglante:
On a beau füir l'Amour, on ne peut l'éviter;
On n'oppose à ses traits qu'une defense vaine,
On s'épargne bien de la peine,
Quand on se rend sans resister.
Charité:
La peine d'aimer est charmante,
Il n'est point de coeur qui s'exempte
De payer ce tribut fatal.
Si l'Amour épouvante
Il fait plus de peur que de mal.
La
Nourrice:
Quel choix est en vostre puissance ?
Songez à quel Espoux le Ciel veut vous
unir.
Hermione:
Ie frémis quand j'y pense,
Pourquoy m'en fais-tu souvenir ?
La
Nourrice:
Vous estes sans espoir du costé de la Terre:
Le Roy qui vous retient dans ce charmant Sejour,
A pour luy le Dieu de la Guerre;
Il a r'assemblé dans sa Cour
Les restes des Geans échapez du Tonnerre.
Gardez vous pour Cadmus d'un malheureux amour,
Le don de vostre coeur luy cousteroit le jour.
Hermione:
Ah ! quelle cruauté de vouloir me contraindre
A ce choix odieux que je puis souffrir !
La
Nourrice:
Tout le monde vous trouve à plaindre,
Personne cependant n'ose vous secourir.
Aglante:
Voicy les Affriquains, mais les Geants les
suivent.
Hermione:
Quoy par tout des Geants ? quoy toûjours nous
troubler.
Charité:
C'est d'ordinaire ainsi que les plaisirs arrivent,
Quelque chagrin fascheux s'y vient toûjours
méler.
|
Scene
4
Hermione, Charité, Aglante, la Nourrice d'Hermione,
un Page,
Cadmus, les deux Princes Tiriens, Arbas, le Geant, trois
Pages,
quatre Geants, Troupe d'Affriquains
|
|
[un
des Affriquains plante un grand Palmier au milieu du
Theatre. Cét Arbre est orné de plusieurs
Festons & Guirlandes. Les quatre Geants se meslent avec
les Affriquains, & forment ensemble une Danse
meslée de Chansons]
Arbas,
chante avec deux Affriquains:
Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflamer,
Ah !Ah! Ah ! qu'il est doux d'aimer !
Ir
Affriquain:
Quand l'Amour nous l'ordonne,
Souffrons ses rigueurs,
Cherissons ses langueurs;
Il n'exempte personne
De ses traits vainqueurs;
Quel peril nous étonne ?
Laissons trembler les foibles coeurs.
Arbas,
avec les deux Affriquains:
Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflamer,
Ah !Ah! Ah ! qu'il est doux d'aimer !
IIe
Affriquain:
Deux Amants peuvent feindre
Quand ils sont d'accord;
Plus l'Amour trouve à craindre,
Plus il fait d'effort;
On a beau le contraindre,
Il en est plus fort.
Arbas,
avec les deux Affriquains:
Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflamer,
Ah !Ah! Ah ! qu'il est doux d'aimer !
Tous les
Trois Ensemble:
On a rien de charmant
Aysément,
Et sans allarmes:
Mais tout plaist en aymant,
Il n'est point de tourment
Qui n'ait des charmes:
Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflamer,
Ah !Ah! Ah ! qu'il est doux d'aimer !
[apres
l'Entrée, Hermione se leve de sa place où elle
estoit assize prés du Geant, qui la suit, &
l'arreste dans le temps qu'elle se veut
retirer]
Le
Geant:
Il est temps de finir sa peine
Aprés tant d'injustes refus.
Où voulez-vous aller ? vous füiez, inhumaine
?
Hermione:
I'estois pour voir icy une Danse Affriquaine,
Les Affriquains ne dansent plus.
Le
Geant:
Rien ne doit plus m'estre contraire;
Mars est pour moy, c'est vostre Pere,
C'est luy qui veut unir vostre coeur & le
mien.
Hermione:
Ie suis Soeur de l'Amour, & Venus est ma Mere,
S'ils ne sont pas pour vous, les contez-vous pour rien
?
Le
Geant:
Il faut que vostre Destinée
Suive l'ordre du Dieu dont vous tenez le jour:
Et toûjours l'Hyménée
Ne prend pas l'avis de l'Amour.
Vous
craignez les raisons dont le puis vous confondre ?
Vous ,e m'écoutez pas ? vous voulez m'éviter
?
Hermione:
Quand on a rien à répondre,
A quoy sert-il d'écouter ?
Le
Geant:
Ie vous suivray par tout malgré vostre colere ?
Sans cesse à vos regards je veux me presenter:
Et si ce n'est pas pour vous plaire
Ce sera pour vous tourmenter.
|
Scene
5
Cadmus, les deux Princes Tiriens, un Page
|
|
Cadmus:
C'est trop l'abandonner à ce cruel suplice;
Il est temps d'éclater,
Et d'oser tout tenter
Contre tant d'injustice.
Le
Ir Prince:
C'est exposer vos jours à d'horribles hazards:
Vous aurez à dompter l'affreux Dragon de
Mars.
Le
IIe Prince:
Il faut fermer ses dents, & voir soudain la Terre
Et former des Soldats pour vous faire la Guerre.
Les deux
Princes ensemble:
Voyez quels dangers vous allez vous offrir.
Cadmus:
Ie ne voy qu'Hermione, & je la voy souffrir:
Tout cede à cette horreur extréme;
Il est moins affreux de mourir
Que de voir souffrir ce qu'on aime.
Rien ne me
êut épouvanter:
Malgré tant de perils, l'Amour veut que
jespere.
|
Scene
6
Junon, Pallas,Cadmus, les deux Princes Tiriens, un
Page
|
|
Junon sur
son Char:
Ou vas-tu temeraire ?
Où cours-tu te precipiter ?
C'est l'Espouze & la Soeur du Maistre du Tonnerre,
La Mere du Dieu de la Guerre,
C'est Iunon qui vient t'arrester.
Pallas sur
son Char:
Va, Cadmus, que rien ne t'étonne,
Va, ne crains ny Iunon, ny le Dieu des Combats:
Ose Secourir Hermione:
Tu vois dans ton party la Guerriere Pallas,
Cours aux plus grands dangers, je vais suivre tes pas,
C'est Iupiter qui me l'ordonne.
Junon:
Pallas pour les Amants se declare en ce jour;
Qui l'auroit jamais osé croire ?
Pallas:
Qui peut estre contre l'Amour
Quand il s'accorde avec la Gloire ?
Junon:
Evite un courroux dangereux.
Pallas:
Profite d'un avis fidelle.
Junon:
Fuys un trespas affreux.
Pallas:
Cherche dans les perils une gloire immortelle.
Cadmus:
Entre deux Deïtez qui suspendent mes voeux,
Ie n'ose resister à pas une des Deux,
Mais je suy l'Amour qui m'appelle.
Junon:
Ie poursuivray tes jours.
Pallas:
Ie vole à ton secours.
[Junon
& Pallas sont enlevées sur leurs
Chars]
|
haut
de page

|
Le Theatre change,
& represente un Palais
|
Scene
premiere
Arbas, Charite
|
|
Arbas:
Charite, il est trop vray, Cadmus veut entreprendre
De remettre Hermione en pleine liberté:
Il l'a dit au Tiran, & je viens de
l'entendre.
Charite:
Et que dit le Geant ? n'est-il point irrité
?
Arbas:
Il rit de sa temerité.
Mon Maistre doit voir la Princesse
Avant que d'attaquer le Fragon furieux
Qui veille pour garder ces Lieux:
Et l'Amour qui pour toy me presse
Veut que je vienne außi te faire mes
adieux.
En te
voyant, belle Charite,
I'avois crû que l'Amour fut un plaisir charmant;
Mais lors qu'il faut que je te quitte
I'esprouve qu'il n'est point un plus cruel
tourment.
La douleur
me saisit, je ne puis plus rien dire...
Quand je pluere, & quand je soûpire,
Tu ris ? & rien n'émeut ton coeur indifferent
?
Charite:
Tu fais la grimace en pleurant,
Ie ne puis m'enpécher de rire.
Arbas:
La pitié, tout au moins, devroit bien t'engager
A prendre quelque part à mes ennuis
extrémes.
Charite:
S'il est bien vray que tu m'aymes,
Pourquoy veux-tu m'affliger ?
Arbas:
Pour soulager mon coeur du chagrin qui le presse,
Te coûteroit-il tant de t'affliger un peu ?
Charite:
C'est un poison que la tristesse,
L'Amour n'est plus plaisant dés qu'il n'est plus un
jeu.
Arbas:
On console un Amant des rigueurs de l'absence
Par de tendres adieux.
Charite:
Quand il faut se quitter, un peu d'indifference
Console encore mieux.
Arbas:
Tu me l'avois bien dit, qu'il estoit impoßible
Que ton barbare coeur perdît sa
dureté.
Charite:
Du moins, si tu te plains de me voir insensible,
Tu dois estre content de ma sincerité.
Puis
qu'enfin pour te satisfaire
Ie ne puis pleurer avec toy,
Si tu voulois me plaire
Tu rirois avec moy.
Arbas:
C'est trop railler de mon martyre
Le dépit doit m'en délivrer.
N'est-on pas bien fou de pleurer
Pour qui n'en fait que rire.
Charite:
Guery-toy, si tu peux,
I'approuve ta colere;
Quand on desespere
Un coeur amoureux,
C'est par un dépit heureux
Qu'il faut se tirer d'affaire.
Charite
& Arbas ensemble:
Quand on desespere
Un coeur amoureux,
C'est par un dépit heureux
Qu'il faut se tirer d'affaire.
Arbas:
Mais la Nourrice vient, il me faut
éloigner.
Charite:
Tu sçais que tu luy plaist, la veux-tu
dédaigner.
C'est une conqueste aßez belle.
Arbas:
Su je luy plais tant pis pour elle.
|
Scene
2
Arbas, Charite, la Nourrice
|
|
La
Nourrice:
Quoy, dés que je parois, tu füis au méme
instant.
Lors qu'on a des amis, est-ce ainsi qu'on les quitte
?
Arbas:
Le temps presse, & Cadmus m'attend.
La
Nourrice:
Quand tu parlois seul à Charite,
Le temps ne te pressoit pas tant.
Quel charme a-t'elle qui t'attire ?
Qu'ay-je qui te fait en aller ?
Arbas:
I'avois à luy parler,
Ie n'ay rien à te dire.
Ie dois suivre Cadmus, nous partons de ce lieu.
La
Nourrice:
Me dire adieu, du moins, est une bien-seance,
Dont rien ne te dispense.
Arbas:
Ie te dis donc adieu.
|
Scene
3
Charite, la Nourrice
|
|
La
Nourrice:
Il me quitte, l'Ingrat, il me füit, l'Infidelle !
Ne crains pas que je te rappelle;
Va, cours, je te laisse partir:
Va, je n'ay pour toy qu'une haine mortelle:
Puisse-tu rencontrer la mort la plus crüelle,
Puisse le Dragon t'engloutir.
Charite:
Croy-moy, modere
L'éclat de ta colere:
Un dépit qui fait tant de bruit
Fait trop d'honneur à qui nous füit.
La
Nourrice:
Ah ! vrayment je vous trouve bonne !
Est-ce à vous, petite Mignonne,
De reprendre ce que je dis ?
Attendez l'âge
Où l'on est sage,
Pour donner des avis.
Charite:
Ie suis jeune, je le confesse,
Trouves-tu ce deffaut si digne de mépris ?
N'a-t'on point de bon sens qu'en perdant la jeunesse ?
Il seroit bien cher à ce prix.
La
Nourrice:
Le temps doit meurir les Esprits,
Et c'est bruit de la Vieillesse.
Charite:
Il n'est pas seur que la sagesse
Suive toûjours les cheveux gris.
La
Nourrice:
Ie souffre peu que l'on me blesse,
Par des discours piquans
Pretens-tu m'insulter sans cesse ?
Charite:
Ie respecte trop tes vieux ans.
Mais
Cadmus, & la Princesse,
Viennent dans ces lieux:
Ne troublons pas leurs adieux.
|
|
Cadmus:
Ie vais partir, belle Hermione,
Ie vais executer ce que l'Amour m'ordonne,
Malgré le peril qui m'attend:
Ie veux vous délivrer, ou me perdre moy-mesme;
Ie vous voy, je vous dis enfin que je vous ayme,
C'est assez pour mourir content.
Hermione:
Ah ! Cadmus, pourquoy m'aymez-vous ?
Pourquoy vouloir chercher une mort trop certaine ?
Eh ! que peut la valeur humaine
Contre le Dieu Mars en courroux ?
Voyez en quels perils vostre Amour vous entraîne ?
I'aurois mieux aymé vostre haine:
Ah ! Cadmus, pourquoy m'aymez-vous ?
Cadmus:
Vous m'aymez, il suffit, ne soyez point en peine:
Mon destin, quel qu'il soit, ne peut estre que
doux.
Hermione:
Vivons pour nous aymer, & cessez de poursuivre
Ce funeste dessein que vous avez formé.
Il doit bien estre doux de vivre
Lors qu'on ayme, & qu'on est aymé.
Cadmus:
Sous une injuste loy je vous voy asservie:
Seroit-ce vous aymer que le pouvoir souffrir ?
Lors que pour ce qu'on ayme on s'expose à perir,
La plus affreuse mort a dequoy faire envie.
Hermione:
Mais vous ne songez pas qu'il y va de la vie:
Faut-il que pour mes jours vous soyez sans effroy ?
Ie vivray sous l'injuste loy
Où mon cruel destin me livre,
Mais si vous perissez pour moy,
Ie ne pourray pas vous survivre.
Cadmus:
I'ay besoin de secours, voulez-vous m'accabler ?
Ah ! Princesse, est-il temps de me faire trembler
?
Hermione:
Soyez sensible à mes alrmes ?
Cadmus:
Ie ne sens que trop vos douleurs.
Hermione:
Partirez-vous malgré mes pleurs ?
Cadmus:
Il faut aller tarir la source de vos larmes.
Hermione:
Quoy, vous m'allez quitter ?
Cadmus:
Ie vais vous secourir.
Hermione:
Ah ! vous allez perir !
Vous cherchez une mort horrible;
Mon Amour me dit trop que vous perdrez le jour.
Cadmus:
L'Amour que j'ay pour vous ne croit rien d'impossible:
Ie me flate en partant d'un bien heureux retour.
Hermione
& Cadmus, ensemble:
Croyez en mon amour.
Hermione:
Vous n' écoutez point ma tendresse ?
Rien ne vous retient ?
Cadmus:
Le temps presse.
Ensemble:
Au nom des plus beaux noeuds que l'Amour ait formez,
Vivez, si vous m'aimez.
Cadmus:
Esperons.
Hermione:
Tout me desespere.
Que je me veux de mal d'avoir trop sçeu vous plaire
!
Ensemble:
Qu'un tendre amour couste d'ennuis !
Hermione:
Vous fuyez ?
Cadmus:
Il le faut.
Hermione:
Demeurez.
Cadmus:
Ie ne puis.
Ie m'affoiblis plus je differe;
Il faut m'arracher de ce lieu.
Hermione:
Ah ! Cadmus !
Cadmus:
Hermione !
Ensemble:
Adieu.
|
|
Hermione:
Amour, voy quels maux tu nous fais.
Où sont les biens que tu promets ?
N'as-tu point pitié de nos peines ?
Tes rigueurs les plus inhumaines
Seront-elles toûjours pour les plus tendres Coeurs
?
Pour qui, cruel Amour gardes-tu tes douceurs ?
|
Scene
5
Hermione, l'Amour
|
|
L'Amour
sur un nüage:
Calme tes déplaisirs, dißipe tes allarmes,
L'Amour vient essuyer tes larmes,
Il n'abandonne pas ceux qui suivent ses Loix.
Souviens-toy
que tout m'est poßible.
Que rien
à mon abord ne demeure insensible,
Que pour la divertir tout s'anime à ma
voix.
[des
Statuës d'Or sont animées par l'Amour, &
sautent de leurs Pié-destaux pour danser;
L'Amour descend & vient chanter au milieu des
Statuës animées]
L'Amour:
Cessez de vous plaindre
De souffrir en aimant;
Amants, vous devez ne rien craindre,
Si vous souffrez, vostre prix est charmant.
Aprés
des rigueurs inhumaines
On aime sans peines,
On rit des Ialoux;
Un bien plein de charmes
Qui couste des larmes,
En devient plus doux.
Tout doit
rendre hommage
A l'Empire amoureux;
Il faut tost ou tard qu'on s'engage,
Sans rien aimer on ne peut estre heureux.
Aprés
des rigueurs inhumaines, &c.
[l'Amour
reprend sa place sur le Nüage qui l'a apporté,
les Statuës se remettent sur leurs Pié-destaux,
tandis que dis petits Amours d'Or, qui tiennent des
Corbeilles pleines de fleurs, sont à leur tour animez
par l'Amour, & viennent par son ordre jetter des fleurs
en volant autour d'Hermione]
L'Amour:
Amours, venez semer mille fleurs sous ses pas.
Hermione:
Laissez-moy ma douleur, j'y trouve des appas.
Dans l'horreur d'un peril extréme,
Est-ce là le secours que l'on me doit offrir ?
Peut estre ce que j'aime
Est tout prest de perir.
l'Amour
s'envolant au milieu des dix Amours:
Ie vais le secourir.
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de page

|
Le
Theatre change, & represente un Desert & une
Grotte
|
Scene
premiere
Les deux Princes Tiriens, Arbas, deux
Affriquains
|
|
Ir
Prince Tirien:
Tu détournes bien tes regards ?
IIe
Prince:
As-tu perds du Dragon de Mars ?
Arbas:
La défiance est necessaire,
Il est bon de prévoir un fascheux accident;
On ne doit point icy marcher en temeraire.
Ir
Prince:
C'est tres-bien fait f'estre prudent.
Arbas:
Ie suis hardy quand il faut l'estre;
Si quelqu'un en doutoit, il pourroit le
connoistre.
IIe
Prince:
Qui voudroit s'attaquer à toy ?
Ir
Prince:
On te croit vaillant sur ta foy:
Mais la couleur de ton visage
Respond mal à ta valeur ?
Arbas:
Est-ce par la couleur
Que l'on doit juger du courage ?
IIe
Prince:
Que tes sens paroissent troublez ?
Tu tremble ?
Arbas:
C'est qu'il vous le semble:
Chacun croit que l'on luy ressemble,
C'est peut-estre vous qui tremblez ?
Que maudit
soit l'Amour funeste
Qui nous fait tant souffrir dans ce mal-heureux jour !
On se soulage quand on peste,
Et l'on ne sçauroit trop pester contre
l'Amour.
Les deux
Princes, & Arbas, ensemble:
Gardons-nous bien d'avoir envie
D'estre jamais amoureux:
De tous les maux de la vie
L'Amour est le plus dangereux.
Ir
Prince:
Cadmus veut essayer de rendre Mars propice,
C'est icy qu'il pretend offrir un Sacrifice.
IIe
Prince:
Pour des soins differents il faut nous separer.
Les
Princes ensemble:
Allons tous preparer.
|
Scene
2
Arbas, deux Affriquains
|
|
Arbas:
Acquittons-nous des soins où Cadmus nous engage.
Quel bruit ! non, ce n'est rien, courage, Amis, courage;
Qu'on a peine à donner du courage en tremblant ?
Il ne tient pas à moy que je ne sois vaillant,
Ie tasche au moins de le paraistre;
Ie ne suis pas le seul qui se picque de l'estre,
Et qui n'en fait que le semblant.
Il faut
puiser de l'eau pour la ceremonie;
Avancez; je vous suy. Quel Dragon furieux !
Les deux
Affriquains:
O Dieux ! ô Dieux !
[dans
le temps que les deux Affriquains veulent puiser de l'eau,
le Dragon s'élance sur eux, & les
entraîne]
Arbas:
Ah ! c'est fait de ma vie !
N'est-il point d'arbre, ou de Rocher,
Qui s'entrouve pour me cacher.
|
|
Cadmus:
Où vas-tu ?
Arbas:
Le Dragon...
Cadmus:
Hé bien ?
Arbas:
Ah ! mon cher Maistre...
Cadmus:
Parle-donc ?
Arbas:
Le Dragon...
Cadmus:
Où le vois-tu paraistre ?
Ie regarde par tout, & je n'apperçois
rien.
Arbas:
Quoy le Dragon nous füit ? mais regardez-vous bien
?
Cadmus:
Où sont tes Compagnons ? qui t'oblige à te
taire ?
Tu parois interdit d'effroy ?
Arbas:
Seigneur, vous jugez mal de moy,
Si je suis interdit, ce n'est que de colere.
Mes
pauvres Compagnons ! helas !
Le Dragon n'en a fait qu'un fort leger repas.
Cadmus:
Allons, il faut que je les vange.
Arbas:
Quelle haste avez-vous que le Dragon vous mange ?
Laissez-le se cacher. Ah ! le voila qui sort !
O sercours ! ô secours ! je suis mort ! je suis
mort.
O Ciel
! où sera mon azile ?
La frayeur me rend immobile;
Ie ne sçaurois plus faire un pas:
Ah ! cachons-nous; ne soufflons pas.
[Arbas
se cache, & Cadmus combat contre le
Dragon]
Cadmus,
apres avoir tué le Dragon:
Il ne faut plus que je differe
D'engager le Dieu Mars à calmer sa colere
!
Si je puis
l'adoucir, rien ne me peut troubler,
Mes gens sont ecartez, il faut les rassembler.
|
|
Arbas,
sortant de l'endroit où il estoit caché:
Le Dragon assouvy de sang & de carnage,
S'est enfin retiré dans quelque Antre sauvage;
Tout est calme en ces lieux, & je n'entens plus
rien.
Ie sens revenir mon courage,
Et je croy que je füiray bien.
Allons conter par tout le trépas de mon Maistre.
Que je plains son funeste sort !
Allons, mais que vois-je paraistre ?
Le Dragon étendu ! ne fait-il point le mort ?
Non, je le voy percé, son sang coule, ah ! le
Traistre !
Ie ne puis contre luy retenir mon courroux;
Et je luy veux donner au moins les derniers
coups.
[Arbas
met lespée à la main, & va percer le
Dragon, qui fait encore quelque mouvement, qui oblige Arbas
à retourner sur le devant du
Theatre]
|
Scene
5
Arbas, les deux Princes Tiriens
|
|
le Premier
Prince:
Quoy l'espée à la main ! que faut-il
entreprendre ?
Le
IIe Prince:
De quel peril es-tu preßé ?
Les deux
Princes ensemble:
Nous aurons soin de te défendre.
Arbas:
Vous venez un peu tard, le peril est
paßé.
Les deux
Princes:
Que voyons-nous ? qui l'eût pû croire ?
Quoy le Dragon est abbatu !
Arbas:
Nous en avons sans vous remporté la
Victoire.
Le
Ir Prince:
As-tu suivy Cadmus ?
Le
IIe Prince:
As-tu part à sa gloire ?
Arbas:
Eh, nous n'estions pas loin quand il a combattu.
Les deux
Princes:
Conte-nous ce Combat.
Arbas:
I'en suis si hors d'haleine,
Que je ne puis encore m'exprimer qu'avec peine.
Il est bon d'essuyer ce fer ensanglanté,
De crainte qu'il ne soit gasté.
Les deux
Princes:
Ah ! quels chagrins pour nous de manquer l'avantage
De signaler nostre courage !
Arbas:
Tous ces chagrins & ces regrets
Sont des soins qui ne coustent guere,
Quand on ne void plus rien à faire
On fait le brave à peu de frais.
Le
Ir Prince:
On prend peu garde à toy: Cadmus nous rend
justice,
Mais il vient, rengeons-nous pour voir le
Sacrifice.
|
Scene
6
Arbas, les deux Princes Tiriens, Cadmus, le Grand
Sacrificateur,
Sacrificateurs chantants & dansants, un
Timbalier
|
|
[quatre
des Sacrificateurs dansants dressent un Ateul, & les
quatre autres portent un Trophée d'Armes qui couvre
le Grand Sacrificateur en marchant jusques au milieu du
Theatre]
Le Grand
Sacrificateur:
Mars ! ô toy qui peux
Déchaîner quand tu veux,
Les fureurs de la Guerre;
O Mars, reçoy nos voeux.
Le Choeur
des Sacrificateurs:
O Mars, reçoy nos voeux.
Le Grand
Sacrificateur:
Ton funeste courroux n'est pas moins dangereux,
Que l'écalt fatal du Tonnerre:
O Mars, reçoy nos voeux.
Le Choeur
des Sacrificateurs:
O Mars, reçoy nos voeux.
Le Grand
Sacrificateur:
Les Combats sanglants sont tes jeux:
Tu sçais, quand il te plaist, remplir toute la
Terre
De ravages affreux.
O Mars, reçoy nos voeux.
Le
Choeur:
O Mars, reçoy nos voeux.
[les
Sacrificateurs chantants demeurent prosternez, & les
Sacrificateurs dansants font cependant une Entrée au
son des Timbales & au bruit des Armes, aprés quoy
les Sacrificateurs chantants se relevent, &
chantent]
Le Grand
Sacrificateur:
Mars redoutable !
Mars indomptable !
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
Le
Choeur:
Mars redoutable !
Mars indomptable !
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
Le Grand
Sacrificateur:
O Mars impitoyable !
Est-il irrévocable
Que ta haine implacable
Accable
Un ame inébranlable
Au milieu des hazards ?
Le
Choeur:
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
Mars redoutable !
Mars indomptable !
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
Le Grand
Sacrificateur:
Que le tumulte des allarmes,
Que le bruit, que le choc, que le fracas des Armes
Retentisse de toutes parts.
Le
Choeur:
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
Mars redoutable !
Mars indomptable !
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
Le Grand
Sacrificateur:
Qu'on fasse approcher la Victime,
Puisse-t'elles [sic] calmer le courroux qui
t'anime,
Et n'attirer sur nous que tes plus doux regards.
Le
Choeur:
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
Mars redoutable !
Mars indomptable !
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
|
Scene
7
Mars paroist sur son Char, interrompant les
Sacrificateurs,
Arbas, les deux Princes Tiriens, Cadmus, le Grand
Sacrificateur,
Sacrificateurs chantants & dansants, un
Timbalier
|
|
Mars:
C'est vainement que l'on espere
Que d'inutiles voeux appaisent ma colere;
Ie ne revoque point les Loix:
Si Cadmus veut me satisfaire
Qu'il achève, s'il peut, de meriter mon choix;
Un vain respect ne peut me plaire,
On ne satisfait Mars que par de grands Exploits.
Vous, que
l'Enfer a nourries,
Venez, cruelles Furies,
Venez, brisez l'Autel en cent morceaux espars ?
Le
Choeur:
O Mars ! ô Mars ! ô Mars !
[quatre
Furies descendent qui brisent l'Autel, & s'envolent
ensuite, tenant chacune un tison du Sacrifice à la
main. Le Char de Mars tourne dans le mesme temps, &
l'emporte au fonds du Theatre, où l'on le perd de
veuë, & tous les SAcrificateurs & les
assistants se retirent, en criant, O Mars
!]
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|
Le
Theatre change, & represente le Champ de
Mars
|
Scene
premiere
Cadmus, Arbas
|
|
Cadmus:
Voicy le Champ de Mars, il faut que sans remise
I'achève icy mon entreprise;
I'ay les dents du Dragon, & je vais les
sermer.
Arbas:
Ce sont des ennemis que vous verrez formez:
Tant de Soldats armez vont naistre
Que vous serez d'abord accablé de leurs coups;
Et vous ne songez pas, peut estre,
Que vous n'avez icy que moy seul avec vous?
Cadmus:
Ie ne veux exposer personne
Au perils où je m'abandonne:
Ie dois combattre seul, & ne retiens que toy:
Tu connois mon amour, je suis seur de ta foy.
Ie veux bien que tu sois le dernier qui me
quitte.
Arbas:
Seigneur, vous m'honorez plus que je ne merite.
Cadmus:
Si je ne fais qu'un vain effort,
Accomply ce que je t'ordonne:
Si tost que tu sçauras ma mort,
Haste-toy de voir Hermione;
Va, porte-luy mes derniers voeux,
Qu'elle vive, il suffit de plaindre un mal-heureux:
Qu'ele ait soin de garder le souvenir fidelle
D'une flame si belle;
C'est l'unique prix que je veux
De ce que j'auray fait pour elle.
Ie ne
pretens plus t'arrester
Laisse-moy.
Arbas:
Faut-il vous quitter ?
Cadmus:
Ie le veux, obeïs.
Arbas:
Ah ! quelle violence
Seigneur, exigez-vous de mon obeïssance ?
|
|
L'Amour,
sur un Nuage brillant:
Cadmus, reçoy le Don que je viens t'apporter:
C'est l'Ouvrage du Dieu qui forge le Tonnerre;
Ne manque pas de la jetter
Au milieu des Soldats enfantez par la Terre.
Il faut
faire voir en ce jour
Ce que peut un grand coeur secondé par
l'Amour.
Acheve le
dessein où mon ardeur t'engage.
Cadmus:
Ie te vais obeïr sans tarder davantage.
L'Amour
& Cadmus ensemble:
Il faut faire voir en ce jour
Ce que peut un grand coeur secondé par
l'Amour.
[l'Amour
s'envole, & Cadmus seme les dents du Dragon, dont la
Terre produit des Soldats armez, qui se preparent d'abord
à tourner leurs armes contre Cadmus, mais il jette au
milieu d'eux une maniere de Grenade, que l'Amour luy a
apportée, qui se brise en plusieurs éclats,
& qui inspire aux Combattans une fureur qui les oblige
à combattre les uns contre les autres, & à
s'entr'égorger eux-mesmes. Les cinq derniers qui
demeurent vivants, viennent apporter leurs armes aux pieds
de Cadmus]
|
Scene
3
Cadmus, les Combattans nez de la Terre
|
|
Aechion,
Combattant:
Arrestons un transport funeste;
Pourquoy nous immoler en naissant dans ces lieux ?
Reservons le sang qui nous reste,
Pour servir un Heros favorisé des Dieux.
Cadmus:
Allez: que dans ces Murs chacun de vous s'empresse
De rendre hommage à la Princesse
Qui doit donner icy des ordres absolus,
Vos premiers respects luy sont dûs.
Ie vous suivrat de prés, c'est ma plus douce
envie.
[les
Combattans obeïssent à Cadmus, qui demeure pour
chercher & pour r'assembler les
Tiriens]
Cherchons
nos Tiriens, ils tremblent pour ma vie.
Allons les rassurer, voyons de toutes parts.
|
|
Le
Geant:
Non, ce n'est point aßés d'avoir satisfait
Mars:
Tu vois un Ennemy qu'il faut encore abattre,
Au lieu de triompher recommence à
combattre.
Cadmus:
Combattons.
Le
Geant:
I'ay pitié du peril que tu cours:
Il m'est honteux de vaincre avec tant d'avantage;
Va, füis, & cede moy l'Objet de nos amours
Tu n'auras plus de Dieux qui deffendent tes
jours.
Cadmus:
Les Dieux m'on donné du courage,
Et c'est un aßez grand secours.
Le
Geant:
Voyons s'il n'est rien qui t'étonne.
|
Scene
5
Cadmus, le Geant, trois autres Geants,
Pallas
|
|
Le
Geant:
Qu'on vienne à moy, qu'on l'environne !
Qu'on le perce de tous costez.
Pallas,
assise sur un Hibou, volant:
Cadmus ferme les yeux. Perfides arrestez.
[Pallas
découvre son bouclier, & le presente aux yeux des
autre Geants, qui demeurent immobiles &
déviennent dans un instant quatre Statuës de
pierre]
Pallas:
Voy, Cadmus, voy quel supplice
A puny leur injustice.
Cadmus:
Que voy-je ! les Geants armez
Ne sont plus des corps animez !
Pallas:
Ie t'ay promis ton aßistance,
Ie vais te preparer un superbe Palais:
Ie veux joindre aux douceurs d'un Hymen plein
d'attraits,
L'éclat, & la magnificence.
Goûte en paix un sort glorieux.
Va n'écoute plus rien que l'Amour qui t'anime;
Hermione vient dans ces lieux.
Cadmus:
Par quel remerciement faut-il que je m'exprime ?
Pallas,
s'envolant:
Proteger la vertu d'un Prince Magnanime
C'est le plus doux employ des Dieux.
|
Scene
6
Cadmus, Hermione,
Suite de Cadmus, Suite d'Hermione
|
|
Cadmus:
Ma Princeße !
Hermione:
Cadmus !
Cadmus:
Quel bon-heur !
Hermione:
Quelle gloire !
Cadmus:
Ie vous vois libre enfin !
Hermione:
Ie vous revoie vainqueur ?
Cadmus:
Quelle favorable victoire !
Hermione:
Qu'elle a cousté cher à mon coeur !
Cadmus:
Que c'est un charmant avantage
Que de pouvoir sauver d'un cruel esclavage
La Beauté dont on est charmé.
Hermione:
Que c'est un sort digne d'envie
Que de pouvoir tenir le bon-heur de sa vie,
De la main d'un Vainqueur aimé.
Cadmus
& Hermione, ensemble:
Apres des rigueurs inhumaines
Le Ciel favorise nos voeux.
Ah ! que le souvenir des peines
Est doux quand on devient heureux.
Cadmus:
Dieux ! je ne voy plus Hermione !
Quel Nüage espais l'environne !
[un
Nüage s'éleve de la Terre qui enveloppe
Hermione]
|
Scene
7
Junon, Cadmus, Hermione,
Suite de Cadmus, Suite d'Hermione
|
|
Junon sur
son Char:
Tu vois l'effet de mon courroux,
Il faut combattre encore Iunon & sa puissance.
Le soin que prend pour toy mon infidele Espoux
Attire sur tes feux l'éclat de ma vengeance.
Iris, détruy l'espoir ce cét Audacieux ?
Enleve sur ton Arc Hermione à ses yeux.
Execute à l'instant ce que Iunon
t'ordonne.
Hermione,
enlevée sur l'Arc-en-Ciel:
O Ciel !
Tous
Ensemble:
O Ciel ! ô Ciel ! Hermione ! Hermione
!
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de page

|
Le
Theatre change, & represente le Palais que Pallas a
preparé pour les Nopces de Cadmus &
d'Hermione
|
|
Cadmus,
seul:
Belle Hermione, helas ! puis estre heureux sans vous ?
Que sert dans ce Palais la pome qu'on prepare ?
Tout espoir est perdu pour nous:
Le bon-heur d'un Amour si fidelle, & si rare,
Iusqu'entre les Dieux a trouvé des Ialoux.
Belle Hermione, helas ! puis estre heureux sans vous
?
Nous nous
estions flattez que nostre Sort barbare
Avoit épuisé son courroux:
Quelle rigueur quand on separe
Deux Coeurs prests d'estre unis par des Liens si doux ?
Belle Hermione, helas ! puis estre heureux sans vous
?
|
|
Pallas,
sur un Nüage:
Tes voeux vont enfin estre satisfaits;
Iupiter & Iunon ont finy leur querelle,
L'Amour luy-mesme a fait leur paix;
Ton Hermione enfin descend dans ce Palais,
Les Dieux s'avancent avec Elle;
Le Ciel veut que ce jour soit celebre à
jamais.
|
|
Les
Cieux s'ouvrent, & tous les Dieux paroissent, &
s'avacent pour accompagner Hermione qui descend dans un
Thrône, à côté de
l'Hyménée qui donne sa place à Cadmus,
& se met au milieu des deux Espoux.
La Suite de Cadmus, & celle d'Hermione, viennent prendre
part à la réjoüissance des Dieux, &
Iupiter commence à inviter les Cieux & la Terre
à contribüer au bon-heur de ces deux
Amants.
|
|
Jupiter:
Que ce qui suit les Loix du Maistre du Tonnerre,
Que les Cieux, & la Terre,
S'accordent pour combler vos voeux.
Aprés
un sort si rigoureux,
Aprés tant de peines cruelles,
Amants fidelles,
Vivez heureux.
Tous les
Choeurs respondent:
Aprés un sort si rigoureux,
Aprés tant de peines cruelles,
Amants fidelles,
Vivez heureux.
L'Himen:
L'Himen veut vous offrir ses Chaînes les plus
belles.
Junon:
Iunon en veut former les noeuds.
Les
Choeurs:
Amants fidelles
Vivez heureux.
Venus:
Venus vous donnera des douceurs
éternelles.
Mars:
I'écarteray de vous les fatales querelles,
Et les Ennemis dangereux.
Les
Choeurs:
Amants fidelles
Vivez heureux.
Pallas:
Attendez de Pallas mille faveurs nouvelles.
L'Amour:
L'Amour conservera toûjours de si beaux
feux.
Les
Choeurs:
Aprés un sort si rigoureux,
Aprés tant de peines cruelles,
Amants fidelles,
Vivez heureux.
Jupiter:
Himen, prend soin icy des Danses, & des Ieux.
Les
Choeurs:
Amants fidelles
Vivez heureux.
L'Himen:
Venez, Dieu des Festins, aymables Ieux, venez;
Comblez de vos douceurs ces Espoux fortunez,
Tandis que tout le Ciel prepare
Les Dons qu'il leur a destinez:
La Terre doit y mesler ce qu'elle a de plus rare.
Venez, Dieu des Festins, aymables Ieux, venez;
Comblez de vos douceurs ces Espoux fortunez.
[Comus,
Dieu des Festins, s'avance accompagné de ses Suivans
ordinaires, six Hamadriades sortent de la Terre, avec des
Corbeilles pleines de Fruits. Comus commence à danser
seul, ses Suivans dansent ensuite, & apres que le
Hamadriades ont esté presenter leurs Fruits aux deux
Espoux, elles viennent danser avec les Suivans de Comus:
Cependant Arbas & la Nourrice ne peuvent retenir les
transports de leur joye, & viennent mesler leurs chants
avec les Danses]
Arbas
& la Nourrice, ensemble:
Serons-nous dans le silence
Quand on rit, & quand on danse:
Les Chagrins ont eû leur temps,
Pour jamais le Ciel les chasse,
Les Plaisirs ont pris leur place;
Quand deux Coeurs sont constants,
Ou tost ou tard ils sont contents.
Qu'il est
doux quand on soûpire,
De sortir d'un long martire !
Les Chagrins ont eû leur temps,
Pour jamais le Ciel les chasse,
Les Plaisirs ont pris leur place;
Quand deux Coeurs sont constants,
Ou tost ou tard ils sont contents.
[des
Amours sont decendus du Ciel sous une espece de petit
Pavillon, les Presents des Dieux, attachez à des
Chaînes galantes. Les Amadriades & les Suivants de
Comus les portent aux deux Espoux, & forment une Danse,
ou Charite mesle une Chanson]
Charite:
Amants, aymez vos Chaînes,
Vos soins, & vos soupirs;
L'amour suivant vos peines,
Mesure vos plaisirs.
Il cause des allarmes,
Il vend bien cher ses charmes;
Mais pour un si grand bien
Tous les maux ne sont rien.
Sans une
aimable flame
La vie est sans appas:
Qui peut toucher une ame
Qu'Amour ne touche pas ?
Il cause des allarmes,
Il vend bien cher ses charmes;
Mais pour un si grand bien
Tous les maux ne sont rien.
[tous
les Dieux du Ciel & de la Terre recommencent à
chanter, les Hamadryades & les Suivans de Bacchus
continuënt à danser, & ce mélange de
chants & de danses, forme une réjoüissance
generale, qui acheve la Feste des Nopces de Cadmus &
d'Hermione]
Tous les
Choeurs:
Apres un effort si rigoureux,
Apres tant de peines cruelles,
Amants Fidelles
Vivez heureux.
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