
livret
du Sieur Pierre Perrin musique
de:Robert
Cambert
representé
à Londres
1674
adapté pour la scène Londonienne par
Grabu
les
personnages:
Bacchus
Ariane,
fille de Minos Roi de Crete, delaissée par
Thesée
Venus
Euphrosine,
Grâce
Silene,
Vieux Satyre Nourricier de Bacchus
Mars
Belone
Apollon
Diane
Hercule
Megere,
Furie
Cloris,
Bergere
Philis,
Bergere
Damon,
Berger amant de Cloris
Thetis
Troupe de Coribantes de la Suite de Bacchus
Saliens & Satyres Danceurs
Autre Troupe de Coribantes Danceurs
Rois Indiens Esclaves de Bacchus
Saliens Prestres de Bacchus
Dieux Marins
Bacchantes, Satyres & Païzans
Hautbois & Symphonistes de Bacchus, de Mars & de
Venus
La Scene
est à Naxos, l'une des Isles de l'Archipel
consacré à Bacchus, & son sejour
Ordinaire.
Ouverture
de Theatre par la Symphonie, qui decouvre la Thamise
à l'endroit de Londre. Trois Nimphes representant
trois Fleuves, la Thamise, la Seyne & le Tybre, ces
Nimphes portées sur un Conque de Nacre, abbordent sur
le Rivage, & chantent le Prologue.
La
Thamise Le
Tybre La
Seine Le
Tybre La
Thamise La
Seine Le
Tybre La
Thamise Toutes
trois ensemble [Ritornelle
par les Instruments] Le Tybre,
aux autres La
Seine Toutes
ensemble [Ritornelle
comme auparavant] [ces
trois Nimphes achevant de Chanter, une autrieme apraist
portée comme les Premieres, representant le
Po] Le Po,
à la Thamise J'ai
traversé les Fieres Ondes, La
Thamise, au Po Toutes
quatre ensemble [Ritornelle
demême]
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de page
Venez, venez mes cheres Soeurs,
Nimphes du Tybre & de la Seine:
Venez de ma Feconde Plaine,
Goûter les tranquiles douceurs.
Tout rit en ce Climat, tout fleurit, tout respire,
Soûs l'amoureus Ampire:
La charmante Cypris pour cet heureux Sejour
Quite sa Rive Solitaire:
Voici la nouvelle Cythere
Voici l'Ile d'Amour.
Et mille sages Testes,
Détourner Loin de toi la Foudre & les
Tampestes.
C'est la valleur qui rêgne en cette Cour.
C'est Themis.
C'est l'Amour.
C'est la Valleur.
C'est Thelis.
C'est l'Amour.
C'est la Valleur; c'est Themis; c'est l'Amour.
Aussi je viens sur ces Rivages,
Lui randre mes homages.
Je viens porter jey mes Passetems nouveaux,
Et mes Chans les plus beaus.
Unissons, unisson nos voix & nos Musettes.
Chantons nos tendres Amourettes;
Et qu'on trouve partout sur ces Bords bien heureus,
Les Spectacles charmans, les Concerts amoureus;
Les Danses, les Jeux, les Chansonnettes.
Reine des Flots, belle Thamise,
Qui dans l'Eclat où ton Grand Roi t'a mise,
N'as point d'égale soûs les Cieux:
Soufre que je vienne en ces Lieux,
Malgré les Destins & l'Envie,
Joindre ma Divine Marie
Au plus Grand de tes Demidieux.
De deux Mers vastes & profondes;
J'ai franchi des Rochers, & des Monts, & des
Bois,
Par mille Routes vagabondes;
Et quitant, pour subir tes Loix,
Mes Bords delicieus, mes Campagnes fecondes,
Viens donner une Soeur au plus Grand de tes Rois.
Nimphe, tes soins officieus,
Ont eû de ce Grand Roi, leur juste
récompense:
Et l'on a veû sans repugnance,
Ses Peuples recevoit tonEnfant precieus:
Mais tu dois ton bonheur aux charmes de ses Yeux.
Ces Yeux Seuls, triomphant de notre resistance,
Par une douce violence,
Font des Adorateurs de tous ses Envieuz.
Unisons, unisons nos voix & nos Muzettes !
Chantons de tendres Amourettes.
Et qu'on trouve par tout dans ces Chams bienheureus;
Les Spectacles charmans, les Concerts amoureus:
Les Dances, les Jeux, les Chansonnettes.

Ouverture
de la Piece par la Symphonie. Fanfare. Change de Theatre.
Portique du Palais de Bacchus.
Hautbois de Bacchus sortant du Portique, suivis de
Coribantes les uns chantant & les autres
dançant se joignent au Concert des Instrumens.
Apres-quoy Cliton chante.
Cliton Sautéz,
dancéz autour de ses Autêls [Ritornelle
pendant laquelle dansent les Corybantes.] Cliton aux
Bacchantes Cliton
& les Cotybantes chantant, accompagnéz de Violons
& Haubois
Le voici de retour, le Vainqueur de la Terre.
Le Dieu des Verres & des Pots !
Qui vient lâssé des travaux de la Guerre,
Goûter la Paix & le Repos.
Couronnez vos Fronts de Lierre !
Et randéz Lui des honneurs
immôrtels.
Sortéz de vos Maisons toute
échevelées
Bacchantes, couréz dans ces Bois !
Faites gemir cês profondes Valées
De vos épouvantables voix,
Les Piques à la Main de pampre
entortillées.
Sautéz, dancéz autour de ses Autêls
Et randéz Lui des honneurs
immôrtels.
Silene vient se joindre avec eux
Tous en
semble Silene
seul Tout le
Tresor des Indes, Cliton
& les Corybantes Silene Tous
ensamble
Sautéz, dancéz autour de ses Autêls
Et randéz Lui des honneurs
immôrtels.
Qu'il eut raison ce Dieu charmant,
Qui planta le Sarment,
De quiter le Ciel pour la Terre !
On n'y voir que Frimâs, que Foudres, que Tonneres:
Mais dans ce beau Sejour,
On n'entand que le choc de la Pinte & du Verre:
Mais dans ce beau Sejour,
On pinte Nuit & Jour.
Dont il est le Vainqueur,
Ne vaut pas sa Liqueur.
Trinquons & faisons mille Brindes.
Bevons à sa santé
Du Jus qu'il a planté.
Bevons à sa santé, &c.
Les Haubois, les Coribantes, Cliton, Silene, Bacchus, Venus,
Euphrosine
Bacchus,
à la Paix Une
Coribante Venus
& Euphrosine Les
Coribantes Venus
& Euphrosine Les
Coribantes Venus
& Euphrosine Les
Coribantes Venus
& Euphrosine Les
Coribantes Bacchus Les
Bacchantes Aussi je
me promêts, [les
Haubois se retirent. Bacchus & Cliton les suivent, &
les Coribantes sautent & dancent autour du
Dieu]
Descens des Cieux,
En ces Bas-lieux,
O Paix ! O douce Paix si longtems désirée
!
Et que rien desormais ne trouble ta durée.
Qu'à nos Autels,
Tous les Mortels
Viennent pour ce Bienfait immoler des Victimes;
Et rendre à nos Bontez des honneurs
legitimes.
Enfin Bacchus ne fera plus sa Cour
Au Grand Dieu des Allarmes.
Il trouve plus de Charmes,
Aux douceurs de l'Amour.
Il veut quitter les Armes,
Pour boire Nuit & Jour.
A bien aimer il met toute sa gloire.
Dans nos Plaisirs il trouve son Bonheur.
L'honneur de nous servir, est son plus grand
honneur.
Est-il d'honneur plus grand que celui de bien boire
?
[phrase illisible]
Est-il d'honneur plus grand que celui de bien boire
?
Heureux est le Guerrier,
Qui changé de Laurier
Est content de sa gloire;
Termine ses Projêts,
Au bien de ses Sujêts,
Et goûte en sa Maison les fruits de sa Victoire
!
Encore plus heureus,
Si les soins amoureus
Ne troublent point sa vie:
Et si dans ce Loizir,
Un moins criel plaiszir,
Peut remplir ses Desirs, & borner son envie !
De vivre desormais
Exant de cette Flamme:
Du monde, & de mon Coeur,
Egalement vainqueur,
Maitre de l'Univers, & Maitre de
moi-même.
Silene & des Coribantes rentrent chantant.
Venus & Euphrosine
Venus Euphrosine Il faut
aimer sa Chaine. Venus
& Euphrosine
Quoi ! l'Orgueilleus, à nos Autels,
Refusera à l'Obeïssance !
Et seul entre les Immortêls,
Il bravera notre Puissance !
Non, non. Amour triomphera
Enfin de cette âme rebelle:
Et malgré sa fierté, bientôt il
aimera
UneBeauté mortelle.
Que sert la resistance ?
Que sert le vain effort ?
Malgr é notre défence,
Amour est le plus fort.
Il faut suivre ses pas.
Aussi bien il entraine,
Celui qui ne suit pas.
Non, non. Amour triomphera.
Silene & des Coribantes chantant.
Silene Un
Coribante Silene Le
Coribante
Ah ! ah ! ah ! ah ! il aimera; mais la Bouteille
Et sa Liqueur vermeille,
Toujours le charmera.
Il aimera; mais le Jus de la Treille.
Quoi ! ce Monarque triomphant,
Vivra soûs les Loix d'un Enfant !
Il brûlera des mêmes flâmes,
Dons sa Liqueur défent les Ames !
Quoi ! le Dieu de la Liberté,
Sera dans la Captivité !
Pendant que Silene & les Coribantes chantnt, Mars &
Bellone paraissent au Ciel,
dans châcun une Chariot
Mars,
â Bellone Bellone Mars Bellone Mars Bellone [les
trois Furies sortent de l'Enfer, & volent vers le Char
de Mars]
A moi ma Soeur ! mon fidêle Recours !
A moi Bellone ! à mon secours !
Quel Dieu ! quel habitant du Ciel ou de la Terre !
Oze attaquer le grand doeu de la Guerre !
Le Scithe contre nous, arme de toutes parts,
Et couvre nos Chams d'Etandars.
O Ciel ! O Foudre !
Que ton Courous est lent !
Frappe, mon Bras, réduis en poudre
Cet Insolent !
Mettons tout en alarmes !
Appelons au secours les hommes & les Dieux.
Que l'Enfer, la Terre, & les Cieux,
Suivent nos Invincibles Armes.
Brizés vos Fers,
Et sortez des Enfers,
Noires Furies,
Mêres des Barbaries.
Portéz icy la Mort & la Terreur,
Et secondéz notre fureur.
Silene & les Coribantes rentrent
Mars,
descendant en terre, chante [Mars,
Bellone & les Furies étant dessendus, les Chars
s'enlevent] Silene
& les Coribantes, se moquant Bellone,
mêt l'Epée à la main Mars &
Bellone [les
Furies chassent Silene & les Coribantes à coups
de Fouêt]
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Bacchus Victorieus, quitte nos Exercisses,
Et suis la Paix & les Delices.
Allons de ce Grand Coeur
Interrompre le Calme:
Et porter ce Vainqueur,
A cueillir avec nous une nouvelle Palme.
Ah ! le dieu du Sarment a bien d'autres emplois !
Il fait la Guerre,
A coups de verre;
Et les Combats des Pots terminent ses Explois.
C'est vous, O troupe infame,
Qui corrompêz son Ame !
Lâches, effeminéz ! fuïéz,
fuïéz mes coups !
Fuïés; fuïés notre courous
!

|
Des
Rois Indiens Esclaves de Bacchus, ravis
d'être dans les Chaines d'un Dieu si
charmant, dansent au pié de sa statuë
erigée sur un Autel au milieu du
Theatre. Seconde Entrée
Rois
Indiens & Saliens dançant: Les Prestres
de Bacchus entrent & se viennent joindre
à leur Dance, sautant & dançant
dessus & autour de l'Autel. |

Changement de Theatre. Rivage de Mer. Symphonie de
Flutes.
Cloris & Philis
Cloris,
tenant une Ligne [Flutes] Cloris Philis,
tenant une Cage en sa main Je suis
une bonne Maitresse:
Venéz, venéz petis Poissons;
Venêz morde à mes hameçons,
Et satisfaites votre envie:
Vous y trouveréz des Appas;
Mais s'il vous en coute la vie,
Au moins ne m'en accuséz pas.
Mon Berger fut ainsi duppé;
Il fut comme vous atrappé,
Par une trompeuze apparance.
En croïant me prandre, il fut pris.
Et n'eût de moi pour récompense
Que des Rigueurs, & des mépris.
Voléz, voléz dans cette Cage,
Petis Oiseaus de ce Boccage:
Voléz, voléz dans cette Cage,
Goutéz l'Appas qui vous est apprêté.
Vos Pênes seront petites;
Et vous en seréz quites,
Pour votre Liberté.
Je ris, je flatte, je caresse:
Je suis une bonne Maitresse,
Mon jeune Coeur n'a point de cruauté?
Vos Pênes seront petites, &c.
Damon, Cloris & Philis
Damon Cloris Damon Cloris Damon Cloris Damon Cloris
Ah ! que le Ciel me seroit s ecourable !
Aprés tes trahizons;
Si je pouvois comme eux mourir dans tes Prizons.
Et terminer ainsi mon Destin misérable !
Espere mieux Berger:
Ton sort pourra changer.
Quoi ! tu finiras ma soufrance !
A la fin ma rigueur
Lassera ta constance
A la fin ma rigueur
Finira ta Langueur.
Ah ! je mourai fidelle.
Ton dépit quelque jour se rendra le plus
fort.
Non non, douce ou cruelle,
Je t'aimerai jusqu'à la mort.
Retire-toi Berger, ta presence & tes plaintes,
Empêchent les Poissons de mordre à mes
appas.
Aussibien qu'elles soient veritables, ou feintes
Tu perds tes Larmes & tes plas.
Ariane, Bacchus, Cliton, Philis, Cloris, Silene
Philis & Cloris se mettent à l'écart pour
les écouter
Ariane Silene,
à l'écart montrant sa Bouteille Ariane,
sans les voir Silene,
éloigné Ariane,
sans les voir Silene Cliton Bacchus Silene Cliton Silene,
lui portant la Bouteille Ariane,
revient à soi [elle
s'en va toute furieuse courir les Bois]
Il s'en va le Cruel ! le Traitre m'abandonne !
Il me laisse l'Ingrat, dans ce funeste Lieu,
Sans Pitié, sans souci du tourmant qu'il me
donne,
Helas ! sans m'avoir dit seulement un Adieu.
Il m'abandonne, helas ! seule sur un Rivage !
Il me laisse l'ingrat sans Honneur, sans secours;
Dans ces Bois-écartéz, dans ces
Deserts-sauvages.
Helas ! où sera mon secours !
A la liqueur incomparable,
Qui charme les plus grands Ennuïs:
Et qui fait au plus miserable,
Souvent passer de douces Nuits.
Et vous, injustices Dieux, qui souffréz cette
Injure
Sans armer contre lui les Flôts & les
Eccueïls !
Sans que votre Vangeance abyme ce Parjure:
Et dans le fonds des Eaus lui creuze des Cercueils
Venéz Tygres, venéz au secours de mes
pênes.
C'est de vous que j'attans la fin de mes Malheurs.
Arrachez moi le Coeur, & tirez de mes Veines,
Mon sang, Mon Ame, & mes douleurs !
Ah ! votre coeur, belle Princesse,
Mérite un traitement plus dous;
Ce n'est pas morceau de Tigresse,
Ni gibier de Chiens ni de Loups.
Mais ! pourquoi recourir dans le mal qui m'outrage,
A des Monstres-Cruëls ! à des dieux
impuissant.
Non non ! pour m'etouffer c'est assez de ma Rage:
C'est assez pour mourir des transports que je sens.
Déja, déja le Ciel contente mon envie !
Je souffre de la Mort des Dernieres Langueurs !
Un soupir seulement ! & c'est fait de ma vie !
Je vais mourir ! Helas ! Je meurs !
Ah ! Le Desespoir la transporte.
Elle est prête à s'évanouïr
!
Helas !
Elle est morte !
Elle est morte.
Ça ! du Vin pour la secourir.
Mais ! je revoi le Jour. Je reconnais ces Plaines !
Ces Montagnes, ces Bois, ces Flots & ces Rochers !
Et je voi sur les Eaux courir à Voiles pleines,
Ce Corsaire-inhumain, & ses Traitres-Nochers !
Il faut souffrir encore un Objet execrable !
Il faut voir à mes yeux ce Spéctable d'horreur
!
Ce Lâche ! cet Ingrat ! ce Monstre abominable !
O Tourmant ! O Rage ! O Fureur !
Philis & Cloris demeurent cachées,
Bacchus, Silene & Cliton s'avancent
Bacchus [Bacchus
se retire, tout rêveur]
Ha ! que les soupirs, & les Larmes,
Ont de puissance sur nos coeurs !
Et qu'une Beauté toute en pleur,
A d'Atrais & de Charmes !
Pôvre Ariane, helas ! ta funeste amitié
Me cause une douleur que je ne puis comprandre:
Et je sens pour tes Maux, je ne saiquoi de tendre,
Qui passe la pitié.
Cloris, Silene, Cliton s'avancent
Cliton Cloris Silene Cloris Cliton
& Silene Cloris Cliton
& Silene Cloris Cliton
& Silene, se moquant
Que dis-tu Bérgere,
De cette Douleur ?
Qu'une Ame foible & legére,
Est sujette à ce malheur.
Qui peut se deffendre
Des traits de l'Amour !
Qui n'a pas le coeur si tendre;
Ou bien qui n'aime qu'un Jour.
Votre coeur, la Belle,
Est il fait ainsi ?
S'il n'est pas du tout rebelle
Il n'est pas facile aussi.
Que faudrait-il faire
Pour te conquérir ?
Qui ne sait pas ce mistere,
Ne doit pas s'en enquérir.
Qui ne sait pas ce mistere,
Ne doit pas s'en enquérir.
Cloris & Philis, Bellone, Megere
Cloris,
appercevant Bellone & Megere [les
Bergeres s'en fuient]
O dieux ! quelle affreuze Guerriere !
Quel Objêt d'horreur & d'éffroi !
Ah ! cete Infernale Megere !
Fuions ! fuions !
Megere entourée de Dragons & de Serpents,
Bellone
Megere,
à Bellone Bellone Et je
crain que ce Dieu se laisse charmer [la
Furie part, le Flambeau à la main, & s'envole
suivie de Dragons volans]
Commande moi
Pour te servir, O Déesse Invincible !
Je ferai l'impossible.
Je bouleversserai les Plaintes & les Monts !
Je déchainerai les Dêmons !
Je semerai partout la Discorde & la Guerre.
De Carnage & de Sang je ramplirai la Terre.
Non, je ne veux de toi ni Meurtre ni Combâts.
Je les reserve à mon Bras.
Je voi que d'une ardeur profane.
Bacchus est prêt à s'enflamer:
Aus Atrais d'Ariane.
Trouble le cours
De ses folles Amours.
Empêche-la dumoins de partager sa pêne
Fai que jamais son coeur
Ne brûle d'autre feu que du feu de la haine
!
|
Premiere Entrée Les
Bacchantes detestant l'infidelité de
Thésée, courent toutes furieuses leur
Torches ardantes à la main, pour le
brûler dans son Vaisseau; & le
voïant voguer en pleine Mer, elles veulent le
poursuivre dans les vagues, qui les repoussent sur
le Rivage: Thetis Déesse de la Mer qui voit
l'attentat des Coribantes, & qui est parente de
Bacchus, sort du milieu des Flots, &
tâche d'arrêter leur Fureur. |

Changement de Theatre. Desert.
Bacchus, Silene
Bacchus
Mon coeur, quell', est votre pensée !
Que cherchez vous dans ces Lieux pleins d'horreur !
Qu'attandez vous d'un' Insensée,
Que des sentimans de fureur !
Non non ! votre esperance est vaine.
Vous ne pouvéz dans le même sejour,
Avec les Froideurs de la haine,
Unir les Flâmes de l'Amour.
Bacchus, Silene, Ariane, Euphrozine
Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Arriane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane
Transports de haine & de tendresse !
Enfin laisséz moi respirer !
Ah ! c'est asséz Belle Princesse.
C'est asséz & trop soupirer
Pour un Cruël.
... Pour un Barbare !
Pour un Traitre !
... Pour un Volleur.
Le ciel justemant t'en sépare.
Helas !
Appaize ta douleur.
Aprês avoir rompu ses Chaines;
Trahi Parens, Païs, Honneur,
Soufert tant d'Ennuis, tant de Peines.
Quite, quite, ce Suborneur.
Ciel ! que fais tu de ton Tonnerre !
N'aime, n'aime plus que les dieux.
Il n'est plus de Foi sur la Terre.
Il faut la chercher dans les Cieux.
Ha ! si jamais l'Amour m'engage.
Puisse...
Toutbeau. N'en jure pas.
La Terre...
Change de Langage.
La terre fonde soûs mes pas !
Change.
Non, non.
Change d'envie.
Ah ! mon mal ne se peut guerir !
Tu veux pleurer toute ta vie ?
Pleurer, soupirer, & mourir.
Venus, Bacchus, Silene, Ariane, Euphrozine,
Troupe d'Amours
Venus Euphrozine Venus Venus
& Euphrozine [les
Amous enchainent Bacchus avec des Chaines de
Fleurs] Bacchus Venus
& Euphrozine Bacchus Venus
& Euphrozine
Enfin le voila qui soupire !
Il reconnaît nos Saintes Loix:
Et le Vainqueur de tant de Rois,
Vient faire homage à notre Ampire.
L'invincible est vaincu !
Le Rebelle est soûmis !
A la merci de ses deux Ennemis !
Sus sus ! Qu'on le charge de Chaines !
L'Orgueïlleus l'a bien merité:
Et que de sa Témérité,
Il endure les justes pênes.
Que par tout l'Univers on apprêne en ce Jour
Que tout se rand, que tout cêde à l'Amour
!
Ah ! je confesse ma Défaite !
Il est vrai, je suis dans vos Fêrs:
Mais la Victoire est imparfaite,
Si vous ne triompéz de celle que je sers !
Nous aurons bien tôt cette Gloire.
Elle ressentira nos Traits victorieus.
Que pouvez-vous sur un Coeur furieus !
Amour sur la Douleur, & toujours la Victoire
Et celle qu'une fois nous avons seû charmer,
Jamais ne se défend d'aimer.
Bacchus
Bacchus
Ah ! Contre Amour, que sert la Puissance,
Le Coeur, la Vaillance !
Le plus genereus,
Est le plus amoureus !
Le plis Libre est le plus Esclave.
Et contre ce dieu triomphant
Plus on est brave
Moins on se défent.
Symphonistes de Mars, Bellone, les Furies,
Soldats
[Mars
& Bellone parraissent à la teste d'une Symphonie
de Guerre, Trompettes, Timbales, Tambours &
Fiffers] [Simphonie
& Fanfare] Mars,
Bellone & Megere Bellone,
aux Furies Mars Bellone Bellone,
Mars & Megere [Ritornelle
des Instrumens] Mars Bellone Mars &
Bellone [Apollon
& Diane d'un côté, & Hercule de
l'autre, volent du Ciel en terre] [Entrée
de quatre Drappeaus]
Battez, Tambours. Battez Timbales !
Sonnez Trompettes & Clairons.
Allons, allons Troupe-Infernale,
Allons, charger ces Fanfarons !
A moi Bellone.
Megere, Alecton & Thisiphone !
A moi braves soldats.
Suivez le Demon des Combats.
Suivéz le grand dieu des Alarmes !
A l'assaut, à l'assaut ! à la Bataille ! aux
Armes !
Vous donc les Trais vainqueurs percerent les Geans.
Enfans-jumeau du Grand dieu du Tonnerre;
Et toi dont les Darts triomphans,
De Monstres purgerent la Terre !
Venez, Venez, volez !
Symphonistes de Mars, Bellone,
Furies, Soldats,
Apollon, Diane & Hercules
Mars &
Bellone Apollon,
Diane & Hercules [Ritornelle] Bellone
A la Guerre ! à la Guerre !
A la Guerre ! à la Guerre !
Allons faire tomber soûs l'effort de nos Coups
Des Peuples infideles.
Bacchus, Silene, Euphrosine, Symphonistes de Mars,
Bellone,
Furies, Soldats,
Apollon, Diane & Hercule
Apolon,
Diane & Hercules Mars Bellone Tous
ensamble [Bacchus
& Silene entrent, & les autres
demeurent] Mars
à Bacchus [Euphrozine
à l'écart, entandant ces Paroles, acourt tout'
éperdue] Euphrosine [Ariane
par precipitémant sans parler] Bacchus Euphrosine Bacchus [il
veut suivre] Mars,
l'arêtant Bacchus,
interdit Bellone Euphrosine Bellone Euphrosine Bacchus [il
y court] Euphrosine,
l'arête Bacchus Euphrosine Bacchus Bellone Euphrosine Bellone Euphrosine Bacchus
& Euphrosine [Bacchus
& Euphrosine partent] [Ritornelle
du même par les Instrumens]
Marche nous te suivrons !
Immollons ces Rebelles à mon Couroux !
Couvrons les de sang & de Larmes !
A l'assaut, à l'assaut à la Bataille ! aux
armes !
Toi, qui vient de cueïllir des Moissons de
Lauriers,
Qui par tout l'Univers signales ta Vaillance.
Seras-tu le seul des Guerriers,
Qui nous refuzera ta fidelle Assistance !
Ciel ! contre son Amour ils arment sa Valleur !
On veut nous le ravir ! prevenons ce Malheur !
O ! Destin. Ariane ! O Destin déplorable !
Parlés ! Elle s'en va mourir !
O Dieux !
O La Douleur !
Allons la secourir !
Quoi ! tu nous quiteras pour une Miserable !
Que feras-tu, mon Coeur !
Qui sera ton vainqueur !
Ou l'Amour, ou la Gloire !
L'Amour a des Atrais plus doux & plus pressans:
L'Honneur a des Liens plus forts & plus puissans:
Qui des deux aura la Victoire !
A la Gloire !
A l'Amour !
A la Gloire !
A l'Amour.
A la Gloire ! à la Gloire
Quoi ! sans secours elle perdra le Jour !
Helas !
Tu laisseras mourir abandonée,
Celle que le Destin à tes soins a donnée !
A l'Amour !
S'en est fait !
A la Gloire !
A l'Amour !
A la Gloire .
A l'Amour.
A l'Amour ! à l'Amour !
Silene, Symphonistes de Mars, Bellone,
Furies, Soldats,
Apollon, Diane & Hercule
Mars Diane
& Apollon Tous
Ensamble [Ritornelle] [Tous
ensamble se retirent marchant en ordre de Bataille,
aïant Mars en teste]
Hé bien ! puis que l'Amour a pour Lui plus de
charmes,
Laissons le vibre augré de ses desirs !
Suivons, suivons de plus nobles Plaisirs !
A la Guerre ! à l'Assaut !
A l'Assaut à l'Assaut ! à la bataille ! aux
Armes.
Silene rentre seul, pleurant
Silene Hé
! que deviendrez vous, helas ! Pleuréz,
O ! Peres des Raizins ! [les
Satyres Dancent & chantent]
Helas ! mon Pôvre Nourisson !
Mon cher, mon aimable Garçon !
L'Enfant de la bonne Denize,
Ne fera jamais plus la Cour,
A la douce Liqueur de Nize,
Et quite le Vin pour l'Amour !
Pampre, Vigne, Ceps, Echallâs !
Et Toi precieuze Bouteïlle !
Qui voudra te faire la Cour,
Puisque le grand dieu de la Treille
A quité le Vin pour l'Amour !
Pleuréz Satyres mes Voizins ! !
Enterrons cette Miserable:
Qu'elle perde à jamais le Jour
Puisque le grand dieu de la Table
A quité le Vin pour l'amour !
Entrée
de Ballet par des Satyres Des
Satyres couvers de Crêpe dancent, a prenant
la Bouteille des Mains de Silene & continuant
son Dueil, la portent en Terre en cadance, &
l'enterrent dans un Tombeau couvert de
Cyprês, & chantent un Air
Funêbre.

Damon,
Berger, Seul
Changement de Theatre. Jardin & Grotte de Venus,
où répont un Echo
Damon
Adieu Perfide amour ! enfin je me retire !
De ton cruel-Ampire.
Ah ! vivre soûs tes Loix,
Ingrat ! ce n'est pas vivre:
C'est mourir mille fois.
Enfin de ton Pouvoir la Raison me delivre !
Mais ! que moïen helas ! de guerir de tes
Côups.
Et de rompre des Fers si charmans & si doux.
Non, non ! Cruel-Amour, il faut souffrir tes pênes
!
Et dussions nous languir incessammant,
Et mourir dans tes Chaines,
Il faus Languir, & mourir en aimant !
Symphonie. Echo de Flûtes.
Cloris, Philis, Cliton, Damon étant
caché
Cloris
à l'Echo [Echo
de Flûtes] Cliton
à l'Echo
Pour un Plaizir mille Douceurs !
Bergere volage,
Qui croit le Langage,
De ses Cageoleurs
N'a que pêne, que honte;
Et trouve enfin de conte
Pour un Plaisir mille Douceurs !
Pour une Douleur cent Plaisirs:
Bergere discrette,
Qui dans l'Amourette,
Rêgle ses Desirs.
N'a ni pêne, ni honte,
Et trouve en fin de conte,
Pour une Douleur cent Plaisirs.
Cloris, Philis, Cliton, Damon
Damon Cliton
& Cloris Damon Cliton
& Cloris, ensamble Damon Tousdeux
Je suis donc le seul malheureus,
Qui soufre, en l'Ampire-amoureus,
Une Pêne-eternelle !
Le remêde est si doux ! change, change
Berger.
Ah, c'est trop m'outrager.
Change, change Berger.
Et je me vangerai de ta rigueur extrême.
Change, change Berger.
A force de changer,
Nous trouvons qui nous aime.
Ariane, les deux Bergeres & Cliton
demeurent
Ariane,
pleurant Cliton Ariane Cliton Ariane
& Cliton Philis
Pleurez ! pleurez mes tristes Yeuz.
Aiméz, aiméz un Objêt plein de Charmes
!
Pleuréz, pleuréz & fondéz vous en
larmes !
Aiméz, aiméz le plus parfait des
dieux.
Ah ! ce malheur Funeste,
Est tou ce qui me reste !
Quand un Berger est inconstant,
Pourquoy languir d'une douleur extrême.
Quand un Berger est inconstant,
Il faut le quiter à l'instant.
Dés que l'on perd un infidelle
Rien ne console tant
Que de la changer à l'instant.
Venus & les Graces entrent
Ariane & les Bergers demeurent
[Venus
presente à Ariane une Ceinture dont le Charme fait
naitre l'Amour & la Joye] Venus Ariane Venus Ariane Venus [Ariane
se laisse mêttre par les Graces, la Ceinture de
Venus] Cloris Ariane
Reçoy ce merveilleux Present,
Des Mains de la Déesse.
Il peut charmer l'ennui le plus cuizant,
Et porter dans les coeurs l'amour &
l'alaigresse.
Amour ! dont le tourment,
Vient d'accabler mon âme !
Ah ! ne crain rien de ton nouvel Amant,
Ce dieu brûle pour toy d'une sincere
flâme.
Helas ! & qui peut m'asseurer
Que ses feux soïent fidelles !
La foy d'Hymen qu'il est prêt à jurer,
Et d'un serment sacré les charmes
eternelles.
Ah ! pour inspirer tels plaisirs,
Et pour enflâmer nos desirs,
Pourquoy belle Déesse, employer d'autres armes !
Il sufit de vos yeux, il sufit de vos charmes.
O Dieux ! quel changemant soudain !
Je ne me connais plus, je ne suis plus moy-même.
Un doux transport succéde à mon dedain,
Un ardeur ! un plaisir ! Ah ! je pense que j'aime.
Ah ! plus je songe à ce grand dieu,
Plus je ne sens toucher à son amour
extrême.
Mais je le voi, qui paraist en ce lieu !
Je sens que je rougis: Ah ! j'ai peur que je
n'aime.
Bacchus, Silene, les Corybantes entrent,
Venus, les Graces, Ariane estans
restées
Bacchus
aïant entre-ouy Ariane Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Bacchus Ariane Tous deux
ensemble Bacchus Ariane Bacchus Ariane Tous
deux Cliton
& Euphrosine [ils
sortent]
Vous aimez ! qu'aimez vous ingrate !
J'abhore le Traitre inconstant.
Et vous aimez pourtant.
J'aime ! c'est peu, j'adore !
Quel est donc cet heureus Amant !
De tous les dieux le plus charmant.
Ah ! Cruelle, vous confessez
Qu'à la fin vous-vous rendez
A mon amour fidelle !
Mes regards le disent assez.
Quel bonheur !
Quel bonheur !
Qu'un objét adorable,
Soit propice à mes voeux.
Que le plus grand des dieux
Aime une miserable.
O ! l'admirable changement,
O ! le parfait contentement.
Doi-je le croire !
Puis-je esperer
Que je possede tant de gloire !
Que ce bonheur puisse durer !
Dois-je croire, &c.
Heureux couple d'Amans,
Vivéz, vivéz contens.
Sous les Loix de l'Amour;
Jusqu'au bien-heureux jour,
Que l'Hymen vous assemble.
Silene, les Corybantes,
Venus & les Graces
Silene,
pleurant Venus Silene Venus Silene Venus
& les Graces Euphrosine Silene Euphrosine Venus Silene Tous
ensemble Tous
ensemble de même [Dance
des Satyres]
Helas ! Helas !
Qu'as-tu mon Pere ?
Faut-il pleurer de la façon ?
Ha !
Quel ennui te desespere ?
Rend-moi, ren-moi mon Nourrisson.
Mes cheres Soeurs, je vous conjure
Donnéz lui ce contentement.
Comment ! est-ce lui faire injure ?
Nous le traitons si doucement !
Peut-il carresser la Bouteille,
Tant qu'il aura l'amour au coeur.
L'amour s'enflame & se réveille
Par le secours de sa liqueur.
Accordons-nous, Pere Silene:
Qu'il brûle de mon feu divin.
Pourveu qu'il boive à Tasse plène,
Et qu'il aime toûjours le vin.
Ainsi nous aurons tous la gloire
De le posseder tour à tour.
Il passera le jour à boire,
Et la nuit à faire l'amour.
Il passera, &c.
Entrée
de Ballet Des
Satyres couronnéz de Lierre doré,
leurs Cornes entortillées de Chaines de
Fleurs, la Coupe à la main, rapportent en
triomphe la Bouteille ressicitée, tout'
enjolivée de Rubans. La placent,
dançant sur un petit Throne de Gazon,
semé de Fleurs, & parfumé
d'Ensens pendant que d'autres
chantent. Pendant
ces rejouissances, un petit Nuage descend du ciel
qui enlêve la Bouteille, & laisse les
Satyres remplis d'admiration.

Haubois & Corybantes.
Ceux de Bacchus estans yvres viennent à la Feste,
& se joignent aux Violons.
Un
Coribante seul, chante Un autre
Coribante Un
3ème Coribante
Venéz, venéz voir l'Espousée,
Mignonne de nostre dieu;
Benit soit le brave Thésée,
Qui nous l'a conduite en ce lieu.
La voila qui laisse la terre,
Pour aller vivre entre les dieux,
Que sa Noble troupe de guerre,
Le suive jusques dans les Cieux,
Avec le doux tintin du verre.
Qu'ils aillent goûter l'Ambrozie,
Et boire le Nectar divin;
Je le verrai sans jalousie;
S'ils nous conservent le bon vin,
Le Muscat & la Malvoizie.
Haubois & Corybantes, Silene yvre
Silene
Est-il jour, est-il nuit,
Tout est sombre, tout luit.
Il est jour, il est jour, j'entens les hirondelles,
Il est nuit, il est nuit, je voi mille chandelles:
A force de penser tous mes sens sont troubléz.
L'oreille me tinte & me corne;
Et je me trompe, ou tout ce que je voi devant moi,
Sont toutes bestes à corne !
J'y voi des mélanges confus,
Des Nymphes douces & cruelles;
Mais ce qui m'étonne le plus,
Je n'y saurais voir de Pucelles !
Haubois & Corybantes, Silene, Bacchus, Ariane,
Clitton
Bacchus
& Ariane Ariane Bacchus Tous
deux Bacchus Ariane
O douceur ! O plaisir ! O changement heureux !
De transports de fureur, en transports amoureux !
De soûpirs de douleur ! de soûpirs de
tristesse,
En soûpirs de plaisir ! en larmes d'alaigresse
!
Mon Epoux !
Ma Déesse !
Vivons, vivons soûs une même loi !
Brûlons, brûlons d'une commune flâme
!
Reçoy ma main pour gage de ma foi !
Reçoi mon coeur ! reçoi mon
âme.
Des Païzans, Hautbois, Silene, Coribantes, Philis,
Cloris, Cliton
Philis Un
Coribante seul [Ritornelle] Cloris,
tenant un Bouquet [elle
presente son Bouquet à Ariane qui le reçoit,
& lui donne en échange la Ceinture qui fait
aimer. La Bergere qui ne sait rien de la vertu qu'a cette
Ceinture, la prent & se la ceint] Ariane, en
la lui donnant Silene,
lui presente sa Bouteille [Ritornelle] [pendant
que les Instrumens joüent la Ritornelle, Silene va
querir les Païzans changent adraitement leurs Panniers,
& presentent ses Comperes aux nouveaux
Mariéz] Silene
Cueilléz, Nymphes, cueilléz des roses.
Donnés des lyz à pleines mains.
Et parseméz tous les chemins
De fleurs nouvellement écolses.
Celebréz ce bienheureux jour,
De paix, d'alaigresse, & d'amour.
Sortéz de vos Antres sauvages,
Faunes, Satyres, & Sylvains !
Et venéz de vos chans divins
Remplir les bois & les rivages !
Venéz à ces lieux touspuissans
Offrir la victime & l'encens.
Pour moi je leur donne une offrande
De Bouquets tissus de ma main;
De fleurs d'orange & de Jasmin.
Et tout ce que je leur demande,
C'est qu'ils me gardent des Filoux,
Des chiens, de l'amour, & des loups.
Je reçoi mon bel Ange,
Ton present & tes voeux;
Et te donne en échange
Ce Tissu precieux.
Moi, je leur fais un sacrifice,
De ma chere & douce Nourrice.
L'objet de mes tendes amours
De mon adorable Maitresse,
Que j'embrace, que je caresse,
Et qie je baize tous les jours !
Les bonnes gens de mon village
Viennent aussi grand dieu !
Vous rendre leur hommage.
Entrée de Ballet.
Des Païzans yvres dancent.
Ces
Païsans, voizins de Silene, viennent dancer aux Noces
de Bacchus; & lui apportent pour Presens dans des
Panniers, des Saucissons, des Oeufs rouges, & des
Truffes. Silene dans la Dance, change subtilement leurs
Panniers & leur en donne d'autres: & lors qu'ils
viennent à les ouvrir, ils y trouvent au lieu de
Saucissons, des Anguilles vives; des Grenouilles pour des
Oeufs; & des Rats au kieu de Truffes.
Les Haubois, & les Païzans, Damon, Clitton, &
Cloris
Damon Clitton Damon Clitton Damon Cloris Cloris,
Damon & Clitton [Ritornelle]
Helas ! que peut donner à ce Couple amoureux,
Un coeur plein de trouble & d'alarmes !
Que peut offrir un Berger malheureux,
Que des soûpirs, des plaintes, & des larmes
!
Cesse Berger, de troubler nos plaisirs:
Amour répond à tes desirs.
Et couronne enfin ta constance
En ce jour de rejouïssance.
Tout dansc, tout rit, tout aime en ces lieux.
Les Faunes, Sylvains, les Bergers, les Dieux.
Tout dance, tout rit, tout aime en ces lieux !
Quoi ! ma Bergere
N'est plus legere !
Voici, voici le jour,
Des merveilles d'amour !
Cloris n'est plus cruelle !
Non, non, Berger, chante comme elle.
Voici, voici le jour.
Voici, voici le jour,
Des merveilles d'amour !
Tous les Acteurs demeurent.
Les Haubois, & Symphonistes de Venus, Païzans,
Damon, Clitton, & Cloris, Bergers &
Bergeres
Un
Palais brillant descend des Cieux, dans le milieu duquel,
paraist un Throne élevé; au Daiz de ce Throne
on voit une Couronne de sept Pierres precieuzes,
suspenuë en l'Air par quatre Amours volans. Venus avec
les Graces autour d'elle, est assise sur le Throne tout
entouré de Symphonistes. Pendant
la Symphonie, le Palais descend lentement en terre;
où il n'est pas plutôt posé,
Que Venus & les Graces descendent du Trône, &
prenans les nouveaux Mariéz par la main, les
conduisent & les placent sur ces Throne, Bacchus au
milieu, Ariane à sa droite, Venus à la gauche,
& les Graces à leurs piéz.
[les
Symphonistes joüent] Venus Euphrosine [les
sept Pierres precieuzes de la Couronne d'Ariane se changent
tout d'un coup en sept Etoiles] Venus
& Euphrosine Damon Cloris Euphrosine Silene Venus Tous
ensemble Venus
& Euphrosine Damon Tous
ensemble, les Voix & les Instruments [les
Païzans dancent aux sons des Voix & des Instrumens,
pendant que la Palais s'enleve de terre au
Ciel]
Enfin Bacchus nous rend les armes !
Une beauté pleine de charmes,
En triomphe par mon secours !
Couronnéz-la, petis amours.
Couréz, couréz à cette Fête !
Et comme Autheurs de sa Conquête,
Portéz-lui ses riches atours !
Couronnéz-le, petis amours.
Vive ! vibe à jamais la nouvelle Déesse
!
Vive à jamais nôtre aimable Princesse
!
Passons comme eux, passons nos jours,
Loin des travaux, & des soins de la guerre;
Parmi les jeux, les ris, & les amours !
Dans les plaisirs de la table & du verre.
Bevons !
Aimons !
Bevons, aimons, & chantons tour à
tour.
Vive, vive à jamais la nouvelle Déesse
!
Vive, vive à jamais nôtre aimable Princesse
!
Bevons, aimons, & chantons tour à tour.
Vive Bacchus ! vive l'Amour.