Jean-Baptiste Lully
[1632 - 1687]
Achile & Polixene
|
représentrée
pour la première livret de Jean Galbert de Campiston |
Jean-Baptiste Lully ne
put écrire que le Prologue & l'Acte premier,
les actes suivants sont de Pascal
Colasse, suite
à la mort de Lully

Prologue
Mercure Troupe de
Genies qui suivent Melpomene
Melpomene,
Muse de la Tragedie
Terpsicore,
Muse de la Musique
Thalie,
Muse de la Comedie
Jupiter
Troupe de Genies qui suivent Terpsicore
Troupe de Genies qui suivent Thalie
Le
Theatre represente un lieu propre à donner des
spectacles, & qui peut convenir à la
Tragédie & à la Comedie; ce lieu n'a plus
la magnificence qu'il paroist avoir eû autrefois il
est mesme presque rétruit & ruiné. On y
voit Melpomene, Terpsicore & Thalie sans auncune suite.
Mercure descend du Ciel.
Mercure Melpomene Thalie Terpsicore Melpomene,
Thalie & Terpsicore Mercure Ce lieu
desert & détruit reprend tout d'un coup sa
premiere magnificence Melpomene Melpomene
& Terpsicore Le Choeur de
Genies Thalie Melpomene,
Terpsicore & Thalie Mercure Le
Choeur Dans ce
moment Jupiter paroist dans son Char Jupiter Melpomene,
Terpsicore & Thalie Jupiter Le
Choeur
Scavantes Soeurs, arbitres de la Scene,
Quel accident funeste a fait cesser vos Jeux ?
Ie ne voy plus icy vôtre appareil pompeux,
Et ie ne reconnois qu'à peine,
Thalie, & Melpomene;
Et vous dont les charmans Concerts,
En ces lieux autrefois, railonnoient dans les Airs;
Quelle trouble, ou quelle indifference
Cause aujourd'huy vôtre silence ?
Ignorez-vous, que le plus grand des Rois
Etandant chaque jour ses conquête
Et signalant son bras, par de nouveaux Exploits
A negligé nos plus superbes Fêtes !
Depuis ce fatal moment,
Nos Spectacles privez de leur magnificence,
Ne sçauroient plus avoir l'éclat &
l'adrement
Qu'ils ne devoient qu'à sa presence.
La tristesse regne en ces lieux,
Nous rougissons de ne pouvoir lui plaire;
Helas ! ne sçaurions-nous rien faire
Digne de paroître à ses yeux ?
Helas ! ne sçaurions-nous rien faire
Digne de paroître à ses yeux ?
Terminez vos regrets, que vôtre souleur cesse.
Dans vôtre sort Jupiter s'interesse;
Et veut icu revoir, dés ce même moment
Un spectacle charmant,
Qu'un chagement favorable
Redonne à ces tristes lieux
Tout ce qu'ils ont eû d'aimable:
C'est l'Ordre irrevocable
Du Souverain des Dieux.
Vous, secourables Genies,
Ni necessaires à nos Jeux,
Hâtez-vous, secondez nos voeux;
Venez, & prêtez-nous vos graces
infinies.
Animez d'une ardeur nouvelle,
Venez remplir nos desirs,
Et faites que nos plaisirs
Doivent leur charme à vôtre
zéle.
Animons d'une ardeur nouvelle,
Venons remplir vos desirs,
Et faisons que vos plaisirs
Doivent leur charme à nôtre
zéle.
Vous qui sçavez si bien, par une heureuse adresse
Calmer les noirs chafrins, bannir les soins
fâcheux,
Favorisez mes Soeurs, & mêlez dans leurs Ieux
Quelques traits de vôtre allegresse.
Que nos Ieux vont avoir de charmes !
Tous nos chants vont inspirer l'Amour,
Venez tous, rendez-luy les armes,
Il est doux dans cet heureux sejour.
Que nos Ieux vont avoir de charmes !
Tous nos chants vont inspirer l'Amour.
Ce n'est plus le temps des allarmes,
Les Plaisirs sont enfin de retour.
Que nos Ieux vont avoir de charmes !
Tous nos chants vont inspirer l'Amour.
Iupiter va paroitre.
Redoublez vos efforts pour plaire à vôtre
Maître.
Iupiter va paroitre.
Redoublons vos efforts pour plaire à nôtre
Maître.
Il ne manque aux apprêts de la Fête
nouvelle,
Que Mercure à fait préparer,
Que le choix du Heros qu'on y doit celebrer,
Le soin de le choisir auprés de vous m'appelle.
Renouvellez dans vos Jeux
Le souvenir de l'invincible Achile,
Et rappellez dans une Cour tranquile,
L'Histoire & les Comabts de ce Guerrier
fameux.
Renouvellons dans nos Jeux
Le souvenir de l'invincible Achile,
Et rappellons dans une Cour tranquile,
L'Histoire & les Comabts de ce Guerrier
fameux.
Consacrez tous vos Jeux au plus grand Roy du monde,
Formez sur luy tous les Portraits
De vos Heros les plus parfaits,
Sa valeur, sa bonté, sa sagesse profonde,
Vous prêteront d'innimitables traits.
Consacrons tous nos Jeux au plus grand Roy du monde,
Sa valeur, sa bonté, sa sagesse profonde,
Vous prêteront d'innimitables traits.
Consacrons tous nos Jeux au plus grand Roy du
monde.
Acte Premier
Achile,
Roy de Thessalie Les Graces,
les Amours, & les Plaisirs qui suivent Venus
Patrocle,
Amy d'Achile
Diomede,
l'un des Chefs de l'Armée des Grecs
Venus
Arcas,
confident d'Achile
Agamemnon,
Roy de Mycene & d'Argos, Chef de tous les
Grecs
Priam,
Roy de Troye
Andromaque,
veuve d'Hector fils de Priam
Polixene,
fille de Priam
Briséis,
Princesse prisonniere d'Achile
Junon
La Hayne, la Discorde, la Fureur, l'Envie
Troupe de Chefs & de Soldats Grecs
Suite de la Discorde
Troupe de Troyens
Troupe de Troyennes
Troupe de Thessaliens
Le
Theatre represente l'Isle de Tenede, ou Achille s'est
retiré auprés de ses Vaisseaux, depuis sa
querelle avec Agamemnon
|
Scene
premiere
Patrocle Achile Patrocle Achile Patrocle Achile Patrocle Achile Patrocle
Scene
II
Achile,
seul
Scene
III
Diomede Achile Diomede Achile Diomede Achile Diomede Achile
Scene
IV
Venus
paroist en l'air avec l'amour; elle est
accompagnée des Graces & des Plaisirs:
le nüage qui les porte descend jusques au bas
du Theatre; ils en sortent tous, & le
nüage se va perdre dans les
Airs Venus
Scene
V
Une
des Graces Un
Plaisir Deux
Graces & un Plaisir Une
des Graces Un
Plaisir Deux
Graces & un Plaisir
Scene
VI
Arcas Achile Arcas Achile
Scene
VII
Achile
& Arcas |
Acte Second
Le Theatre represente le Camp des Grecs devant Troye; cette superbe Ville paroît dans l'éloignement.
Scene
premiere Diomede Agamemnon Diomede Agamemnon Diomede Agamemnon Diomede Agamemnon Scene
II Le
Choeur Quelle
allegresse ! Deux
Capitaines Grecs Le
Choeur Chantons
la valeur & sa gloire Achile Scene
III Arcas Scene
IV Priam Priam,
Andromaque & Polixene Scene
V Priam Achile Andromaque Achile Priam Polixene Achile
Agamemnon, Diomede
Puis qu'Achile au combat, nous allons
triompher,
Nôtre victoire est certaine.
Cessez de le haïr, hâtez-vous
d'étouffer
La malheureuse Amour qui cause vôtre
haine.
Vous devez rendre à ce Heros
Le charmant objet de sa flame.
Ah, s'il faut à ce prix assûre
[r] son repos,
Dieux ! qu'il en coûtera de tourmans à
mon ame !
Si vous pouviez fléchir la cruelle
beauté,
Dont vôtre coeur est enchanté,
I'excuserois une injustice
Qui foniroit vôtre sort rigoureux:
Mais je dois condamner un funeste caprice
Qui vous rend tout ensemble injuste &
malheureux.
Il est vray que j'attache un coeur inexorable,
Ie ne puis flechir sa rigueur;
Mais contez-cous pour rien la flateuse douceur
De rendre un rival miserable !
Le malheur d'un rival flate-t'il vôtre
ennuy,
Quand vous estes encor plus malheureux que luy
?
Rappellez vôtre courage,
Que la raison vous dégage
De vos fatales Amours.
Que peut de la raison le triste & vain
secours
Contre les traits vainqueurs d'une beauté
cruelle ?
Quand l'Amour à nos yeux vient l'offrir tous
les jours
Avec quelque grace nouvelle.
Ranimons toutefois mon courage abatu,
C'est nourir trop long-temps une vaine
tendresse,
Surmontons ma foiblesse
Par un dernier effort digne de ma vertu.
Achile est triomphant, je le vois qui s'avance
Suivy de nos Soldats, charmez de sa
valeur.
Eloignons-nous, evitons sa presence,
Ie ne sçaurois encor repondre de mon
coeur.
Achile, Chefs & Soldats Grecs
Guerrier terrible,
Soyez toûjours invincible.
Que vos exploits
Fassent trebler tous les Rois.
Ciel equitable,
Sois luy toûjours favorable,
Que son bonheur
Soit égal à sa valeur.
Guerrier terrible, &c.
Quel triomphe pour la Grece !
Ses ennemis
Luy seront bien-tôt soûmis.
Guerrier terrible,
Soyez toûjours invincible.
Que vos exploits
Fassent trebler tous les Rois.
Venez tous à l'envy seconder nôtre
ardeur,
Honnorez vôtre heureux Defenseur.
Celebrez sa victoire,
Chantez sa valeur & sa gloire.
Que tous nos rois
Charmez de ses Exploits
Soient soûmis à ses loix.
Suivons, suivons sans cesse
Ce Heros, ce fameux vainqueur,
C'est à sa bras, que la Grece
Doit sa force & son bonheur.
Du Heros qui nous a sauvez,
Qu'il jouïsse, apres la victoire
Des honneurs éclatans à luy seul
reservez;
Chantons la valeur & sa gloire
Du Heros qui nous a sauvez.
De ses heureux travaux cherissons la memoire,
Consacrons-luy des jours qu'il nous a
conservez.
Chantons la valeur & sa gloire
Du Heros qui nous a sauvez.
Allez, que chacun coure ou son devoir
l'appelle,
Vos soins pour moy feroient trop de jalaoux,
Et de mes ennemis la vangeance cruelle
Ne pouvant m'accabler retomberoit sur
vous.
Arcas, Priam, Andromaque, Polixene
Venez, marchez sans defiance,
Les Grecs vous ont donné leur foy,
Achile est heureux, craignez moins sa presence,
Et qu'une juste esperance
Succéde à vôtre
effroy.
Priam, Andromaque, Polixene
Restes infotunez du plus beau sang du monde,
Polixene, ma fille, & vous veuve d'Hector,
Mêlez vos pleurs aux miens, & s'il se
peut encor
Que tout redouble icy nôtre douleur
profonde.
Puissons-nous attendrir la coeur
De ce superble vainqueur !
Achile, Arcas, Priam, Andromaque, Polixene
Vous voyez, Guerrier indomptable,
Un Roy qui fut long temps le plus puissante des
Rois;
C'est ce même Priam, qui tenoit sous les
loix
Des Troyens renommez, l'Empire redoutable;
C'est luy que le dernier de vos fameux
Exploits,
Viens de rendre plus miserable,
Qu'il ne fut heureux autrefois.
Le sort ne peut changer l'auguste caractere,
Dont les Dieux vous ont revêtu.
Ie le respecte en vous, je plains vôtre
vertu,
Ie sens expirer ma colere,
Ie cesse de haïr mes plus grands ennemis,
Sitôt que je les vois ou vaincus ou
soûmis.
I'ay perdu mon époux dans un combat
funeste,
Vôtre valeur me l'a ravy;
Mon amour, chez les morts, l'auroit déja
suivy
Sans les soins que je dois au seul fils qui me
reste.
Vous le sçavés, Dieux que
j'atteste,
Au sort de cét enfant, mon sort est
asservy;
Ie l'ay perdu cét époux que
j'adore,
Et pour comble d'horreur, je sçay qu'il est
encore
Indignement privé, par des ordres cruels
D'un droit que le trépas donne à tous
les mortels:
Souffrez que je le rende aux murs qui l'ont
vû naître,
Qu'un superbe Tombeau fasse du moins
connoître
La splendeur de son sang, son sort & mon
amour:
Ce Tombeau servira de Temple à vôtre
gloire.
Puis que tout l'avenir y verra quelque jour
L'histoire de nos maux & de vôtre
victoire.
Quels regrets ! quels terribles accens !
Dieux ! que sa douleur est tendre !
Que ses soupirs sont puissans !
Que je souffre à les entendre !
Par vos sacrez Ayeux, par le nom de Thetis,
Laissez-moy recueillir les cendres de mon fils.
Pour m'accorder la grace que j'espere
Souvenez-vous de vôtre Pere,
Et songez que l'Amour il eut toujours pour vous
Ie sentois pour mon fils une égale
tendresse;
Ah ! jugez par l'excés de cet Amour si
doux
Quel doit être aujourd'huy l'excés de
ma tristesse.
Que pourrois-je esperer du secours de mes
pleurs,
Si mon Pere & ma Soeur vous trouvent inflexible
!
Si vous meprisez leurs douleurs,
A mes plaintes, helas ! serez-vous plus sensible
!
Sorty du sang des Dieux imitez leur
bonté,
A nos soûpirs rendez-vous favorable,
N'augmentez point l'excés de nôtre
adversité
Par un refus impitoyable.
Que peut-on refuser au pouvoir de vos yeux !
Vous pouvez tout en ces lieux.
Rassûrez-vous, calmez la douleur qui vous
presse,
Emportez dans vos murs ce Heros glorieux,
Ne craignez point les efforts de la Grece,
I'arrêteray ses desseins furieux:
Suivez l'ardeur qui vous anime,
Rien ne vous troublera dans ce soins legitime:
Ie ne vais songer désormais
Qu'à vous donner une éternelle
paix.
Acte Troisiesme
Le Theatre represente le Quartier d'Achile
Scene
premiere Achile Arcas Achile Arcas Achile Scene
II Achile Scene
III Agamemnon Achile Agamemnon Scene
IV Achile Agamemnon Diomede Scene
V Briséis Achile Briséis Achile Briséis Achile Scene
VI Briséis Iunon
descend sur son Char Scene
VII Junon Dans
le temps qu'elles sortent des Enfers, tout le
Theatre s'obscurcy Briséis Junon Junon
remonte dans son Char Junon Briséis Junon Scene
VIII Briséis On
entend un bruit de Haut-bois & de
Flûtes Mais
quel bruit harmonieux Scene
IX Un
Berger Un
Berger & une Bergere Trois
Bergers Un
Berger & une Bergere Le
Choeur Un
Berger & une Bergere Le
Choeur Aprés
tant de trouble & de larmes
Achile, Arcas
C'en est fait, cher Arcas, j'adore Polixene,
Quoy qu'il en coûte enfin, je veux la
posseder;
C'est toy que j'ay choisi pour l'aller
demander,
Cours à Troye, il est temps de soulager ma
peine.
Son Pere à vôtre Amour voudra-t'il
l'accorder ?
Il sera trop heureux de me donner sa fille,
Et de me voir devenir son époux;
L'amitié que ce noeud fera naître
entre nous
Soutiendra désormais son Thrône &
sa famille.
Iuste Ciel ! des Troyens vous devenez l'appuy ?
Loin de les accabler vous voulez les defendre
?
Contre un Peuple abattu, que pourrois-je
entre-prendre ?
Aprés ce que mon bras vient de faire
aujourd'huy ?
Hector seul merotoit la gloire
De mourir par mes coups,
[?] des Troyens apres cette victoire
Est indigne de mon courroux.
Achile
Quand apres un cruel tourment
L'hymen succede
Aux tendres desirs d'un Amant,
Que le trouble qui precede
Ce bien-heureux moment
Est doux & charmant !
Mais on vient en ces Lieux, ma surprise est
extrême !
C'est Agammemnon luy-même.
Achile, Agamemnon
Je ne sçaurois plus long-temps
Conserver contre vous mes chagrins & ma
haine,
Aprés vos Exploits éclatans,
Un mouvement plus doux prés de vous me
ramene:
Avec les jours d'Hector nos perils sont passez,
Troye a perdu le bras qui pouvoit la
défendre.
I'ay fait mon devoir, c'est assez,
Vous n'avez point de graces à me rendre:
Ie n'ay point crû servir ceux qui m'ont
outragé,
Et c'est Patrocle qeul que mon bras a
vangé.
Vôle colere dure encore,
Elle éclate dans vos discours:
Il faut pour en finir le cours
Vous rendre la beauté qui vous aime
toûjours,
Et que vôtre coeur adore.
Venez, charmant objet, revoyez vôtre
amant.
Achile, Agamemnon, Briséis, Diomede
Ah Ciel ! ma raison céde à mon
étonnement.
Mes respects, mes soûpirs, les marques de ma
flame
N'ont fait qu'allumer son courroux;
Ses constantes rigueurs m'ont appris que son
ame
Ne peut brûler que pour vous.
Iouïssez du bonheur que l'amour vous
presente,
Que vôtre ardeur s'augmente
De moment en moment !
Que c'est un plaisir charmant
Aprés une absence cruelle
De retrouver sa Maîtresse fidelle
!
Achile, Briséis
Quel triste accüeil, Dieux ! qu'est-ce que je
voy ?
Suis-je encor Briséis ? N'êtes vous
plus Achile ?
Pouvez-vous me revoir, & demeurer tranquile
?
Qu'est devenu l'Amour dont vous brûliez pour
moy ?
Vous ne réponez point ?...
Helas !
Que me veut dire
Ce regard, ce soûpir échapé
malgré vous ?
Ah ! que mon destin sera doux
Si c'est encor pour moy que vôtre coeur
soupire !
O Ciel ! que je suis malheureux !
Dans quel temps venez-vous m'accabler de vos larmes
?
Que ne suis-je à mon gré le
maître de mes voeux !
Ie finirois bien-tôt vos mortelles
allarmes,
Mais un charme fatal...
Perfide, c'est assez.
Ie voy toute mon infortune,
Un autre Amour te rend ma tendresse importune.
Ie te fatigue enfin par mes soins empressez:
Le bruit de cette amour nouvelle
Estoit venu jusques à moy,
Mais je n'ay pû le croire &
soupçonner ta foy,
I'ay crû ton coeur trop grand pour
n'être pas fidele.
C'en est donc fait ? Ie ne dois plus penser
A l'Hymen qui faisoit toute mon esperance,
A ce suprême honneur il me faut renoncer,
D'un Amour si parfait, funeste recompense !
Dieux ! quelle est ma douleur ? Ie céde
à son effort,
Cruel, peux-tu la voir avoir indifference ?
Et ne sçais-tu pas que ma mort
Suivra de prés ton inconstace !
Ie ne puis entendre
Un plainte si tendre.
Ie souffre autant que vous les Dieux m'en sont
témoins,
Faut-il vous immoler ma vie ?
Ordonnes, ce sera le plus doux de mes soins
De satisfaire à vôtre envie ?
Mais calmez vos transports & ne m'affligez
plus
Par des reproches superflus.
Vous connoissez mon coeur incapable de feindre,
Ie suis moins criminel que je ne suis à
plaindre,
Di sort & de l'Amour l'indispensable loy
M'entraîne ailleurs malgré
moy.
Briséis
Quel Amant m'est ravy ? sa valeur, sa noblesse
L'elevent au dessus du reste des mortels,
La victoire le suit sans cesse,
Et ses moindres vertus meritent des Autels;
Dans le haut rang où son destin
l'appelle
Il eût esté parfait, s'il eût
esté fidelle.
Mais n'est-il pas quelque moyen
De détourner l'Hymen où son coeur se
prepare ?
Ah ! faisons que Iunon contre luy se declare,
Elle haït tout le sang Troyen,
Et ne souffrira pas que cét Hymen
funeste
Sauve un peuple qu'elle deteste.
Puissante Reyne des cieux !
Escoûtez-moy, daignez jetter les yeux
Sur le malheur qui me menace,
Prevenez ma honte & ma mort,
En prenant pitié de mon sort.
Des perfides Troyens vous confondrez l'audace,
Mes voeux sont exaucez, Iunon descent des
cieux,
Et pour me secourir s'approche de ces
lieux.
Briséis, Iunon
Calme tes déplaisirs, ne verse plus de
larmes,
L'Hymen qui cause tes allarmes
Ne sera jamais achevé.
En vain Priam croit son païs sauvé,
Son Throne doit tomber, & de toute sa
gloire
Il ne restera rien qu'une triste memoire.
Ie vais invoquer les Enfers
La Hayne la Fureur, la Discorde & l'Envie,
Leur presence sera suivie
De cents prodiges divers.
Sortez de la nuit infernale
Noires Divinitez, vos antres sont
ouvers.
L'horreur de leur Sejour, se répand dans les
Airs !
Volez, portez par tout vôtre rage fatale,
Versez dans tous les Coeurs vôtre mortel
poison,
Chassez la Paix de cette terre,
Et faites y regner la Guerre,
La Vangeance & la Trahison.
Versez dans tous les Coeurs vôtre mortel
poison.
Poursuivez vostre carriere
Soleil, & rendez nous vôtre clarté
premiere.
Favorable Déesse
I'attens le succés de vos soins.
Avant la fin du jour tes yeux seront
témoins
De l'affet de ma promesse.
Briséis
Junon pour moy vient de se declarer,
Elle a fait à mes yeux éclater sa
puissance,
Ie doy tout esperer
De sa divine assistance.
Se fait entendre dans ces lieux !
Ah ! je voy les Bergers que l'horreur de la
Guerre
Avoit chassez de cette terre,
La treve les r'appelle à leur premiere
Sejour.
Et déja leurs chansons annoncent leur
retour.
Que leurs chants irritent la peine
Et la douceur que je sens !
Fuyons, je ne puis voir leurs plaisirs innocens
Puis-qu'ils sont dûs à
Polixene.
Troupe de Bergers & de Bergeres
Aprés tant de trouble & de larmes
Un doux repos succéde à nos
allarmes,
Benissons à jamais
Le genereux Vainqueur qui nous donne la
paix.
Cét heureux jour doit nous charmer,
Dans ces champs mille fleurs vont
renaître,
Recommençons d'aymer
En les voyant paroitre.
Charchons avec empressement
Ces retraits, ces lieux paisibles
Que le Ciel a fait seulement
Pour le plaisir des coeurs sensibles.
Tristes bocages
Reprenez vos feüillages,
Servez nous toûjours
D'aziles à nos Amours.
Tristes bocages, &c.
Paix adorable
Soyez toûjours durable,
Sans vous helas !
Ces lieux n'ont point d'appas.
Paix adorable, &c.
Un doux repos succéde à nos
allarmes,
Benissons à jamais
Le genereux Vainqueur qui nous donne la
paix.
Acte Quatriesme
Le Theatre represente le Magnifique Palais de Priam
Scene
premiere Polixene,
seule Scene
II Andromaque Polixene Andromaque Polixene Andromaque Polixene Andromaque Scene
III Polixene,
seule Scene
IV Priam Arcas Polixene Priam Scene
V Un
Troyen Le
Choeur Une
Troyenne Le
Choeur Deux
Troyens Une
Troyenne Une
Troyenne Un
Troyen Le
Choeur
Polixene
Enfin je me voy seule, & je puis sans
contrainte,
Faire éclater les divers mouvemens
Dont mon ame est atteinte,
Et connoître du moins quels sont mes
sentimens.
Depuis l'instant fatal ou l'invincible Achile
A daigné par ses soins soulager nôtre
ennuy,
Ie suis cent fois moins tranquile.
Et je songe toûjours à luy.
Seroit ce qu'en effet mon indigne foiblesse
Me previendroit en sa faveur ?
Non, non, je me souviens sans cesse
Des maux que m'a causé sa funeste
valeur,
Et le vainqueur d'Hector, le vangeur de la
Grece
Ne peut avoir aucun droit sur mon coeur.
C'en est fait je triomphe, & dés ce
moment même
Ie ne veux plus m'en soûvenir.
Puisse, grands Dieux, vôtre pouvoir
suprême
Me condamner & me punir !
Si jamais... Ciel ! que fais-je ? & quel
transport m'inspire ?
Malheureuse, qu'allois-je dire ?
Dois-je faire un serment pour ne la pas tenir ?
Ie souffre trop dans les cruels combats
Qu'il m'en coûte pour me défendre
!
Et je trouve mille appas
A me rendre.
Mais puis-je avoüer sans honte,
Que l'Amour me tourmente ?
N'écouteray-je plus ny raison ny devoir
!
Contre ce Dieu leur force est impuissante !
Est il un coeur qui s'exempte
De reconnoître son pouvoir ?
Ie luy cede aujourd'huy, tous mes efforts sont
vains.
Ie ne puis resister à l'ardeur qui
m'enflame;
Mais de moins, si l'AMour dispose de mon ame,
C'est en faveur du plus grand des
humains.
Polixene, Andromaque
Ah ! ma soeur, sçavez-vous qu'Achile
Se flate qu'un hymen tranquile,
Avant la fin du jour doit vous unir tous deux ?
Souffrirez-vous que ce noeud s'accomplisse ?
Et pouvez vous sans injustice
De ce fier ennemy favoriser les voeux ?
Auriez-vous oublié que sa valeur barbare
D'un frere tant aymé pour jamais vous separe
?
D'un frere la terreur & l'amour des
mortels:
Cette sanglante mort, cette affreuse victoire
Toûjours présente à ma
memoire
A condamné mes yeux à des pleurs
éternels.
Est-ce de moy que mon sort doit dependre ?
Priam seul en peut disposer.
Par de détour croyaez-vous m'abuser ?
Non, non, je commence à comprendre
Quels sont vos sentimens secrets,
Vos yeux timides & discrets
Ne me les font que trop entendre.
Que voulez-vous me dire ? & que
soupçonnez-vous ?
Que loin de seconder ma haine
Vous verrez sans peine
Ce funeste ennemy devenir vôtre
époux,
Vous voulez joüir de la gloire
De triompher de sa fierté,
C'est une agréable victoire
Pour vôtre vanité.
Quand je voy ce Heros digne de mon estime,
Sentir pour moy l'Amour le plus parfait,
Est-ce un grand crime
De m'en applaudir en secret ?
Aprés un tel aveu je n'ay plus rien à
craindre,
C'est le dernier malheur que je puis redouter.
Helas ! que me sert de ma plaindre ?
Personne ne veut m'écouter.
Cher époux dont l'illustre vie
Fut si digne d'envie,
Tout ton sang te trahit pour plaire à ton
Vainqueur,
Ie pleure en vain ta mort, triste effet de ses
armes,
Ie voy mépriser mes larmes
Et par ton Pere & par ta Soeur:
Mais leur exemple au moins ne peut rien sur mon
ame,
Ie sens encor la même flame
Et la même douleur,
Le seul espoir dont mon coeur est flaté,
C'est qu'en donnant toûjours des pleurs
à ta memoire,
Ie rendray ma fidelité
Aussi haineuse que ta gloire.
Polixene
Que reproche fatal ! je rougis de l'entendre,
Il me fait souvenir des conseils de Cassandre:
Elle me prédit chaque jour
Que si jamais mon coeur s'abandonne à
l'Amour
Ma foiblesse sera suivie
D'éternelles douleurs;
Elle m'annonce enfin de si cruels malheurs
Qu'ils pourront me coûter la vie:
N'importe, je ne puis changer de sentiment,
Mon coeur est occupé d'un objet trop
charmant.
Malgré les conseils qu'on me donne
D'une plus vive ardeur je me sens enflamer,
Un coeur que le peril estonne
N'est pas digne d'aimer.
Polixene, Priam, Arcas,
Suite de Priam & d'Arcas
Ma fille, il n'est plus temps de répandre
des pleurs,
Voicy le jour heureux qui finit nos malheurs:
Le fier Achile rend les armes
A tes charmes,
Et malgré tous les Grecs jaloux de ton
bonheur
Il te donne aujourd'huy son Empire & son
coeur.
Princesse, ce Heros ne cherche qu'à vous
plaire
Vous avez en vos mains, & sa vie & sa
mort,
C'est à vous de régler son sort;
Il a déja l'aveu de vôtre Pere,
Mais pour assûrer son bonheur,
Il veut sçavoir si vôtre coeur
A ses tendres desirs ne sera pas
contraire.
C'est assez que le Roy m'ordonne d'obeïr,
Je connois mon devoir, je ne le puis
trahir.
Chel changement favorable
Flate aujourd'huy mes desirs !
Aurois-je crû mon coeur encor capable
De sentir quelques plaisirs ?
Malgré ce changement un chagrin legitime
En trouble la douceur & s'oppose à la
paix;
Mais le soins de l'Etat est le seul qui
m'anime,
Et je prefere à tout le bien de mes
Sujets.
Vous, que vôtre sort interesse
Dans cet evenement heureux,
Peuples, montrez vôtre allegresse,
Par les Jeux les plus pompeux.
Polixene, Priam, Arcas,
Suite de Priam & d'Arcas,
Troupe de Troyens & de Troyennes
Vos beaux yeux, adorable Princesse,
On détruit les desseins de la Grece,
Un seul de vos regards a rangé sous vos
loix
Un Heros dont le nom fait trembler tous les
Rois.
Vos beaux yeux, &c.
Que ne peuvent point vos charmes !
Tout leur est soûmis,
Ils arrachent les armes
A nos ennemis.
Que ne peuvent point vos charmes !
Tout leur est soûmis.
Que ne peuvent point vos charmes !
Que l'amour est puissant sur les coeurs !
Il enchaîne
Sans peine
Les plus redoutables Vainqueurs.
Qu'aprés une grand victoire
Un Guerrier est heureux,
S'il sçait mêler aux charmes de la
gloire
Le doux amusement des plaisirs amoureux.
Vous si long-temps bannis de ce sacré
sejour,
[-] charmans, revenez dans cette auguste
Cour.
La Paix rameine icy l'abondance,
Faites voir vôtre magnificence,
Par vos chants redoublez, celebrez ce grand
jour,
Et de vôtre bonheur rendrez grace à
l'Amour.
La Paix rameine icy l'abondance,
Faites voir vôtre magnificence,
Par vos chants redoublez, celebrez ce grand
jour,
Et de vôtre bonheur rendrez grace à
l'Amour.
Acte Cinquiesme
Le Theatre represente l'avenuë & le Temple d'Apollon
Scene
premiere Achile Scene
II Achile Polixene Achile Polixene Achile Scene
III Priam Priam,
Achile & Polixeme Achile Priam Le
Choeur Un
Grec Le
Choeur Un
Grec & deux Troyennes Le
Choeur Priam Achile
& Polixene Scene
IV Briséis Un
juste desespoir m'anime, Scene
V Le
Choeur Briséis Arcas Briséis Arcas Briséis Scene
VI Polixene Briséis Scene
VII & derniere Polixene [ici,
le texte est illisible {5 lignes}, noyé sous
de grosses taches d'encre] Trop
heureux si tu m'es fidelle.
Achile
Ah, que sur moy l'Amour regne avec violence !
Que de transports puissans mon coeur est
agité !
Mais j'apperçoy la divine beauté
Qui cause mon impatience,
Son Pere la conduit, & vient sur ces Autels
Entendre & confirmer nos sermens
mutuel.
Achile, Arcas, Polixene,
Choeur de Grecs de la Suite d'Achile,
Choeur de Troyens & de Filles Troyennes qui suivent
Priam & Polixene
Princesse enfin le Ciel répond à mon
attente;
Il assure à mon coeur les plaisirs les plus
doux,
Ah ! que mon sort doit faire de jalaoux !
Si l'Hymen dont lespoir m'enchante
N'est pas un supplice pour vous.
Quoy ? ce transport ne srt qu'à vous
confondre ?
Craignez vous de me répondre ?
Pourquoy tourner vos yeux de toutes parts ?
N'osez-vous sur moy seul arrêtre vos regards
?
Parlez, beauté charmante,
Le don de vôtre coeur suivra-t'il vôtre
foy ?
Hélas ! plus je vous voy,
Et plus mon trouble augmente.
Puis-je du moins en ma faveur
Expliquer ce profond silence ?
Un Heros tel que vous, quand il donne son
coeur,
N'est-il pas assuré de la reconnoissance
?
C'en est trop; vos bontez passent mon
esperance.
Prima, Achile, Arcas, Polixene,
Choeur de Grecs de la Suite d'Achile,
Choeur de Troyens & de Filles Troyennes
Commençons à joüir en ce
jour
Des plaisirs que la paix nous rameine
Les feux de la haine
Cédent à ceux de l'Amour.
Commençons à joüir en ce
jour
Des plaisirs que la paix nous rameine
Les feux de la haine
Cédent à ceux de l'Amour.
Peuples soumis à mes loix,
Secondez les transports de mon ame;
Ioignez vos voix
Pour chanter les beautez de l'Objet qui
m'enflame.
Peuples soûmis à mes loix,
Vous joüissez d'un sort tranquille,
Ioignez vos voix
Pour chanter les vertus & le bonheur
d'Achile.
Que tous ces lieux retentissent
Du nom de ces heureux époux,
Que l'Amour & l'Hymen les unissent
De leurs noeuds les plus doux.
Ah que vos chaînes sont belles !
Tendres Amans, que vous serez heureux !
Seuls dignes l'un de l'autre, & pleine des
mêmes feux,
Egalement charmes, également fidelles,
Tendres Amans, que vous êtes
heureux.
Tendres Amans, &c.
Chacun de vous connoit le prix de ce qu'il
aime,
Et luy consacre tous ses feux;
Chacun de son Amour fait sa gloire
suprême,
Tendres Amans, que vous êtes heureux
!
Tendres Amans, &c.
Ne perdons plus de precieux momens,
Allons sur les Autels consacrer les Sermens
D'une paix éternelle.
Ne perdons plus de precieux momens,
Allons sur les Autels consacrer les Sermens
D'une paix éternelle,
Et d'un Amour tendre & fidele.
Briséis
Que vois-je ? C'en est fait, & mon parfait
Amant
Espouse en ce moment
Sa nouvelle Maîtresse.
Ah ! Iunon, est-ce ainsi que tu tiens ta promesse
!
Est-ce ainsi que tu romps ces funestes liens,
Qui vont causer ma mort & sauver les Troyens
?
Mon amour outragé demande une victime,
Courons l'immoler ou perir;
Si mes transports jaloux me font commettre un
crime,
Pour l'expier je suis prête à
mourir.
Briséis, Arcas,
Choeur des Grecs qui sortent en desordre du Temple
d'Apollon
Fuyons une mort certaine,
Nous n'avons plus de deffenseur.
Où courez-vous ? quelle terreur
Loin de ces lieux vous entraîne ?
Achile ne vit plus.
Ciel ! quel est son vainqueur ?
L'indigne serviteur d'Helene
Par une trahison a terminé son
sort.
Quoy ? le traistre Paris est l'au theur de sa mort
?
Briséis, Polixene
Dieux ! quelle horrible spectacle !
Le perfide Paris triomphe sans obstacle,
Il joüit de son crime, & ne me permet
pas
D'embrasser mon époux même
aprés son trépas,
D'un coup mortel j'ay vû fraper Achile,
I'ay retiré le trait dont il étoit
percé;
Helas ! dans les douleurs dont mon coeur est
pressé
Ce trait fatal peut m'estre [utile
?].
Ie vay presser nos Chefs & nos Soldats,
Dans vanger le meurtre d'Achile.
Oüy, dans mon desespoir je conduiray leurs
pas
Sur les remparts de vôtre Ville.
Puisse le juste Ciel se déclarer pour nous
!
Et puissent aujourd'huy les Troyens perir
tous.
Polixene
Va punir les Troyens, cours hâter la
vangeance
D'un Heros qu'on vient d'immoler
Laisse-moy seule icy, ne vien plus me troubler
Par une odieuse presence.
Par ces soins éclatans va prouver ton
Amour,
Poursuy Paris, fais-luy ravir le jour,
Au Heros que tu perds l'on te verras survivre,
Depuis qu'il ne vit plus, rien ne plaist à
mes veux,
Une sanglante mort va finir en ces lieux
Les horribles tourmens ou sa perte me livre.
Ah ! n'est-il pas moins glorieux
De la vanger que de le suivre ?
Mais quels tristes objets viennent s'offrir
à moy ?
Dieux ! que saisissement ! quels transports ! quel
effroy !
Ah ! je voy mon Epoux sur l'infernale rive
I'entends les cris de son ombre plaintive,
Elle m'appelle, elle me tend les bras,
Ciel ! je voy dans ses yeux éclater sa
colere
Chere Ombre, attends, je vais te satisfaire
S'il ne faut pour te plaire
Que courir au trépas.
Quel sort d'une Amour si tendre !
I'éprouve enfin tous les malheurs
Que Cassandre cent fois pleine de ses fureurs
Voulût en vain me faire entendre.
Et oy qui teint encor du sang de mon Epoux
...
...
C'en est fait, le succés répond
à mon attente,
Ie n'ay plus guere à souffrir,
Ie sans que je vais mourir
Et c'est assez pour me rendre contente.
Reçoy mon Sang aprés mes pleurs
Achile, c'est à toy que je me
sacrifie...
Sans toy je deteste la vie...
Ouy je le jure... helas... je frissonne... je
meurs...