Les
Troqueurs
Intermède,
ou opéra bouffon
livret
de Jean-Jospeh Vadé, d'après le conte de La
Fontaine
musique
de: Antoine
Dauvergne
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les
personnages:
Lubin,
amant de Margot
Lucas, amant de Fanchon
Margot, fiancée de Lubin
Fanchon, fiancée de Lucas
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Lubin:
[Air:
Tout cela m'est indifférent]
Quand sur
ses vieux jours un garçon
Devient le mari dun tendron,
Un galant rit de sa folie;
Le est bientôt projetté:
Mais quun bon vivant se marie,
Les rieurs sont de son côté
[Ariette]
On ne peut
trop tôt
se mettre en ménage,
j'ai beaucoup d'ouvrage,
et le mariage
est mon vray balot,
un contrat m'engage,
j'épouse Margot,
son humeur volage
est presque le gage
d'un mauvais lot.
Mais
contre l'orage,
on met en usage
les moyens qu'il faut,
une femme est sage,
quand l'homme en un mot
n'est pas un sot.
On ne
peut trop tôt, etc.
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Lubin:
Nous voilà fiancés par un double contrat,
l'indolente Fanchon va devenir ta femme.
Lucas:
L'égrillarde
Margot va te mettre en état
de changer chaque jour une amoureuse gamme.
Compère es-tu content de ton marché,
dis-moi?
Lubin:
Et toi, compère ?
Lucas:
Et toi?
Lubin:
Parle toi ?
Lucas:
Parle toi ?
Es-tu bien satisfait ?
Lubin:
Compère es-tu bien aise ?
Lucas
(montrant Lubin du doigt):
Pour Margot tout de feu.
Lubin:
(montrant à son tour Lucas du doigt):
Pour Fanchon tout de braise,
es-tu bien satisfait ?
Lucas:
Compère es-tu bien aise ?
Lubin:
Mais, dis auparavant.
Lucas:
Tu le veux, tiens, ma foy,
Je ne sais, mais Fanchon est lente, et
paresseuse.
Lubin:
[Ariette]
Margot
morbleu
est par trop joyeuse,
elle est jaseuse,
gausseuse
pour peu
quon la mette en jeu,
elle prend feu.
La
voilà quinteuse,
grogneuse,
fâcheuse,
dites-lui
oui,
elle répond:
non,
oui,
non,
oui
Un démenti vous met en colère,
prend-on le parti
de la faire taire,
le bruit double encore,
jamais d'accord,
on se désole.
Soufflets vont leur train,
on les rend soudain,
et le bonnet vole.
Margot
morbleu, etc...
Lucas:
Le défaut de Fanchon me fait maigrir la trogne,
son air froid, engourdi, m'a désolé vingt
fois.
Lubin:
Tiens, nous avons été par trop vite en
besogne,
Margot te convient mieux.
Lucas:
C'est bien dit, je le crois.
Lubin:
Je m'accommoderai de Fanchon à merveille,
Lucas:
Troquons.
Lubin:
va,
Lucas:
tope,
Lubin:
allons,
Tous
deux:
Le changement réveille.
Troquons, troquons
changeons, compère,
point de façons
point de notaire,
tiens, déchirons
ce beau chiffon.
(ils
déchirent leurs contrats)
Troquons,
compère,
rien n'est si bon.
Lubin:
Mais de chacun de nous s'avance la future.
Lucas:
Faisons les consentir.
Lubin:
Va, nous allons conclure.
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Scène
3
Lubin, Lucas, Margot & Fanchon
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Lucas
(prenant Margot sous le bras):
Bonjour Margot,
Lubin:
Fanchon bonjour,
Fanchon:
Tu te trompes,
Lucas:
Non, ma chère,
Margot
(à Lucas qui lui baise la main):
Mais finis donc,
Fanchon
(à Lubin qui lui en fait autant):
Veux-tu te taire,
Margot
& Fanchon:
A ton ami peux-tu jouer ce tour ?
Fanchon:
Margot va m'en vouloir.
Margot:
Fanchon sera jalouse.
Lubin:
(à Fanchon):
Ecoute, c'est moi qui t'épouse.
Lucas
(à Margot):
C'est moi qui serai ton mari.
[Ariette
en quatuor]
Margot
(à Lucas, lui montrant Lubin):
Eh non, c'est lui.
Lucas:
Eh non, c'est moi,
Lubin
(à Fanchon):
nous nous unirons aujourd'hui.
Fanchon:
Pas avec toi,
c'est avec lui.
Lubin:
C'est moi qui serai ton mari.
Fanchon:
(lui montrant Lucas):
Cest lui !
Lubin:
Moi, moi
Margot:
Lui, lui !
[Quatuor]
Margot
& Fanchon:
Et non, c'est lui.
Lubin
& Lucas:
Et non, c'est moi.
[Ariette]
Margot:
D'un amant inconstant,
l'amour se venge,
même à l'instant
que son coeur change,
il n'est pas content...
C'est où ce dieu l'attend.
Des feux d'un volage,
on est peu flatté,
le plus doux langage
est toujours rejeté,
quand il est l'hommage
de la légèreté.
Sans
allarmer Flore,
le badin Zéphir
vole avec plaisir
sur les fleurs qu'elle fait éclore,
un tendre soupir
bientôt le rappelle,
il revient près d'elle
sur l'aile du désir.
D'un
amant inconstant, etc...
Fanchon
(lentement):
Air: Pourvû que Colin, ah!
voyez-vous,
On dit que
lHymen est bien doux,
Pour moi cest un mystère;
Quimporte lun ou lautre époux,
pourvu que lon soit femme, voyez-vous:
Le choix ici nest pas fort nécessaire,
tous deux ne valent guère.
Fanchon:
Margot, si tu m'en crois, nous les laisserons
faire.
Lubin
& Lucas:
Bon, bon, Fanchon entend déjà
raison.
(pendant
ce tems Fanchon & Margot se parlent à
loreille)
Margot
(à part):
Je l'en dégouterai
[haut]
terminons
donc l'affaire.
Lucas:
Ah ! quel bonheur ! Margot pense comme Fanchon.
[Ariette
en quatuor]
Les
Quatre:
Changeons, ma chère,
troquons, troquons,
changeons compère.
(Lubin
emmène Fanchon)
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Lucas:
Vive, Margot, j'aime son caractère.
Margot
(à part, finement):
Oui, tu vas l'éprouver.
Lucas:
Que nous serons heureux.
Margot
(ironiquement):
Tu me parois charmant.
Lucas:
Que tu sçais bien me plaire.
Margot
(se moquant de lui):
Je brûle d'être à toi.
Lucas:
Viens donc combler mes voeux.
[Ariette]
Margot:
Ah! qu'il me tarde
de te voir, mon époux,
surtout prend bien garde
d'être jaloux,
quand un galant me flatte,
je ne suis pas ingrate.
Si tu raisonnois,
tu verrais ce que je ferois.
J'aime la dépense,
ainsi je pense
que tu sauras gagner
de quoi faire régner
chez moi l'abondance,
les jeux et la danse.
Car
autrement,
je fais serment
que le tapage,
l'outrage,
la rage
feront ravage
dans ton ménage.
C'est mon dernier mot,
à ce prix, nigaud,
épouse Margot,
jusqu'au revoir, magot.
magot, magot,
magot...
(jusque
dans les coulisses)
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Lucas
(seul):
Va, j'épouserais morbleu plutôt le Diable,
ah! Fanchon qu'à présent, tu me parais
aimable.
[Ariette]
Pauvre
Lucas,
quelle est ta peine?
Une femme hautaine
ne te va pas.
Sans cesse la gêne,
l'aigreur, l'altercas,
les cris, le tracas,
les pleurs, le fracas,
sept fois la semaine
joueront une scène,
où tout hors d'haleine,
tu chanteras, hélas.
Sortons d'embarras,
Fanchon est ma reine,
je cours de ce pas
reprendre ma chaîne.
Ah! qu'elle a d'appas.
(il
sort)
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Lubin
(seul):
J'ai cru faire un bon coup en changeant de future.
Margot était mon fait, peste soit du
marché
Avec Fanchon hélas! il faudra donc conclure?
Qui? Moi, garder Fanchon? J'en serais bien
fâché.
[Ariette]
Sa
nonchalance
serait mon tourment,
une heure elle balance,
pour dire froidement
ouida... vraiment...
plait-il ... comment...
chaque mot est si lent
que j'en perd patience.
Ou bien en silence,
d'un pas chancelant
elle s'avance,
et marche en dormant,
et rit en baillant.
Quelle différence
de ce tempérament,
à la pétulance
de celle que j'attends?
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Lubin:
Margot ?
Margot:
Eh bien ?
Lubin:
Rends-toi, j'ai reconnu ma faute,
reprends mon coeur.
Margot:
Tout beau! Tu comptes sans ton hôte.
[Ariette]
Lubin:
Sans rire, comment va le désir conjugal ?
Margot:
Mal !
Lubin:
Oh ! dès ce soir tu porteras mon nom.
Margot:
Non.
Lubin:
Va, tu ne penses pas ainsi.
Margot:
si.
Lubin:
Méprises-tu mon tendre effort ?
Margot:
Fort.
Lubin:
Cesse d'être fière à ce
point.
Margot:
Point.
Lubin:
Tu veux donc causer mon ennui ?
Margot:
Oui.
Lubin:
Fais-moi plutôt un amoureux défi.
Margot:
Fi.
Lubin:
Ta cruauté me désole.
Margot:
Va, cours, fuis, sors, vole
sur les pas de Fanchon! Je m'en tiens à
Lucas.
Lubin:
Reçois mon repentir.
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Scène
8
Lubin, Margot, Lucas & Fanchon
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Lucas
(à Fanchon):
Ne me rebute pas.
Fanchon
(montrant Margot):
Oh ! laisse-moi, voilà la tienne.
Lubin:
Non, c'est la mienne.
Margot
(montrant Fanchon à Lubin):
Voilà la tienne.
Lucas:
Non, c'est la mienne.
Margot
(se saisissant de Lucas):
Je prends le mien.
Fanchon
(sautant sur Lubin):
Chacun le sien.
Lubin:
(à Fanchon qui le tient au collet):
Le diable t'emporte.
Lucas
(tenu par Margot):
Ah ! quel embarras !
Margot
& Fanchon:
Tu m'épouseras.
Lubin:
Peut-on, hélas !
me punir de la sorte.
Margot
& Fanchon:
Tu m'épouseras.
Lucas:
Le diable t'emporte.
Margot
& Fanchon:
Tu m'épouseras.
Lubin:
(séchappant):
Ah ! Margot !
Lucas
(séchappant):
Ah ! Fanchon !
Margot
& Fanchon:
Quel accès te transporte ?
Lubin:
(à Margot):
Reprends-moi,
Lubin:
& Lucas:
que je sois ton époux.
Margot
& Fanchon:
Vous avez fait la loi.
Lubin:
& Lucas:
Que je sois ton époux
Margot
& Fanchon:
Vous avez fait la loi
Lubin:
& Lucas:
Je t'en prie à genoux.
(ils se
jettent à genoux)
Margot:
Fanchon ? Ah ! ah ! ah ! ah !
Lubin:
& Lucas:
Je t'en prie à genoux.
Fanchon:
Margot ? Ah ! ah ! ah ! ah !
Lucas:
Cruelle
Lubin:
Traîtresse,
Lubin:
& Lucas:
pardonne-nous.
Fanchon:
Fileras-tu doux ?
Lucas:
Je filerai doux.
Margot
(à Lubin):
Au logis je serai maîtresse.
Lubin:
Maîtresse.
Fanchon
(à Lucas):
Et tu m'obéiras sans cesse.
Lucas:
Sans cesse.
Margot:
Fanchon, Je me résous.
Fanchon:
Margot, Je me résous.
Lubin:
(se relevant):
Margot, quelle allégresse !
Lucas
(se relevant):
Fanchon, quelle allégresse !
Margot
& Fanchon:
Remettez-vous.
Lubin:
& Lucas (se remettant à genoux):
Quelle tristesse !
Margot:
Fanchon !
Fanchon:
Margot !
Margot:
Cédons.
Fanchon:
Cédons.
Lubin:
& Lucas:
Quelle allégresse !
Margot
& Fanchon:
Levez-vous, levez-vous,
nous en ferons ma foi de commodes époux.
A Quatre:
Quelle allégresse !
(On
danse)
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