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Marthesie, Première Reine des Amazones
Tragédie en musique en un Prologue & V Actes
chantée devant sa Majesté à Fontainebleau, au mois d'Octobre 1699
livret d'Antoine Houdar de La Motte
musique de: André Cardinal Destouches


Prologue
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V



PROLOGUE

les personnages du Prologue:

Cibelle [Cybelle], Déesse de la Terre, et Mère des Dieux
Jupiter, Dieu du Feu
Junon, Déesse de l'Air
Neptune, Dieu des Mers
Divinitez de la Terre, chantantes
Fleuves
Suite de Cybelle
Trois Dieux des Bois
Deux Driades
Un Triton, representant l'Eau
Deux Zéphirs
Suite de Jupiter
Dieux MArins
Zéphirs
Dieux du Ciel


Le Théâtre represente de grands Rochers où paroissent des Fleuves appuyés sur leurs Urnes qui se gégorgent dans la Mer: au-dessus de ces Rochers, des Nuages, & au-dessus des Nuages, la Sphére du Feu.


Cybelle:
Que Neptune à son gré trouble et calme les mers,
Que la fiere Junon exerce sa puissance,
Dans le vaste empire des airs
Et qu'au milieu des feux que Jupiter nous lance,
Il fasse trembler l'Univers,
Leurs pouvoirs eclatants n'a rien que je desire
La terre où je commande est un bien plus charmant
Depuis qu'un Roy fameux en fait tout l'ornement
Rien n'est egale à mon empire.

Vous , Dieux des fleuves et des monts,
Dont le front orgueilleux et les antres profonds
N'ont jamais sur ses pas retardé la victoire
Accourez à ma voix, venez, rassemblez vous;
Et marquez avec moi combien il vous est doux
D'être les temoins de sa gloire

Choeur des Dieux des Fleuves & des Montagnes:
Chantons, qu'avec nous tout s'unisse
Remplissons de nos chants et le terre et les airs
Que de son nom tout retentisse
Qu'il vole au bout de l'Univers.

[Air pour les Divinitez de la terre: ces Dieux témoignent par leur danse la part qu'ils prennent à la joie de Cybelle]

Cybelle:
Descendez, descendez, Divinitez des Cieux
Vous Dieux des mers sortez de l'onde,
Venez tous applaudir à ce Roy glorieux
Sur qui tout mon bonheur se fonde
Entre tous les objets que nous offre le monde,
Rien n'est si digne de vos yeux
Descendez, descendez Divinitez des Cieux
Vous Dieux des mers sortez de l'onde.

[Air pour la descente des Divinitez: Jupiter descend dans un Globe de Feu, Junon descend sur des Nuages, & Neptune sort de la Mer dans une Conque tirée par des Dauphins]

Jupiter:
Tu ne peux trop venter l'exemple des vainqueurs
Jamais rien de si grand n'a paru sur la terre
Pour punir de superbes coeurs
Cent fois entre ses mains j'ay remis mon Tonnerre.

Neptune:
Mes flots ont été mille fois
le Theatre de ses exploits

Junon:
Il n'a jamais trouvé l'obstacle à ses conquetes.
Vainement dans les airs grondoient les aquilons,
Son courage a bravé les frimats, les tempetes
Ses exploits ont été de toutes les Saisons.

Cybelle, Neptune, Junon & Jupiter:
Que tout reponde a ses desirs
Que son bonheur soit egal a sa gloire
Luy seul prend soin de sa memoire
Prenons le soin de ses plaisirs.

[Air & Menuet:la Suite des ces Dieux forme une Fète]

Une Nayade:
Aymons tous, le tems nous presse
L'aymable Jeunesse
ne revient jamais
L'Amour veut que tout s'enflamme
Le bonheur d'une ame
Dépend de ses traits.
Qu'à ses coups nos coeurs s'exposent
Le trouble qu'ils causent
Vaut mieux que la paix.

Choeur:
Chantons le plus grand des Vainqueurs,
Chantons le Souverain des Coeurs.

Jupiter:
Contre luy, la discorde armoit mille ennemis
Elle allumoit des feux plus craint que le tonnerre
Les larmes, le sang et les cris
Signaloient sa fureur aux deux bouts de la terre.
Ce roy toujours vainqueur repoussé ses traits
Mais il n'a cherché dans la guerre
D'autre Triomphe que la paix.

Le Choeur:
Qu'à suivre des Loix tout s'empresse
Que l'Amour dans les Coeurs lui dresse des Autels
Qu'il régne et triomphe sans cesse
Qu'il assure à jamais le repos des Mortes.

Cybelle:
Preparez pour ce Roy les festes les plus belles
Allez, de Mathesie offrez lui les travaux
Il a sur les autres heros
L'avantage qu'elle eut sur les autres mortelles.

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ACTE PREMIER

les personnages de la Tragédie:

Mathesie, Premiere Reine des Amazones
Talestris, Parente de Mathesie, & Fille du Fleuve Thermodon
Mars
Argapise, Roi des Scythes
Arcas, Favori d'Argapise
Cephise, Confidente de Talestris
La Grand Pretresse du Soleil
L'Hymen
Troupe de Scythes, Troupe de Prestresses, Troupe d'Amazones,
Troupes de Dieux,de Ruisseaux, de Nymphes, de Fontaines
Troupes d'Indiens, de Persans, de Grecs & d'Egyptiens
Troupes de Jeux, de Plaisirs, & de Graces


La Scène est sur les Rives du Fleuve Thermodon


Scène premiere
Talestris

Le Théâtre represente le Camp des Scythes & le Soleil sur l'Hémisphére


Ritournelle

Talestris, seule:
Foible fierté, gloire impuissante
Ah, faut-il que l'amour nous ravisse mon coeur ?
Que me sert de combattre un naissance ?
Vous me livrez à sa vigueur;
Des efforts que je fais, ma foiblesse s'augmente
Foible fierté, gloire impuissante,
Ah, faut-il que l'amour nous ravisse mon coeur ?
Hélas ! c'est au milieu d'une guerre sanglante
Qu'un barbare m'inspire une tendre langueur
Lache captive, indigne amante
Je me plais dans mes fers, & j'ayme mon vainqueur.
Foible fierté, gloire impuissante
Ah, faut-il que l'amour nous ravisse mon coeur ?


Scène 2
Talestris, Argapise, & sa Suite

Marche

Argapise, à sa Suite:
Qu'on cherche la Prestresse, allez, qu'on l'avertisse
Qu'elle vienne en ces lieux offrir un sacrifice
Il faut qu'au dieu du jour, elle adresse nos voeux

Talestris, à part:
Hélas, en le voyant je sens coistre mes feux.

Le Roy:
Et vous de nos guerriers excitez le courage.
Pour le combat que tout soit preparé;
Ils iront apres leur hommage
Combattre aux yèux du dieu qu'ils auront imploré.
C'est trop souffrir que de foibles mortelles
Se couvrent d'un eclat qui nous obscurcit tous.
Les plaisirs et l'amour doivent etre pour elles;
Mais la Gloire n'est que pour nous.
Vengeons par d'autres fers l'amoureux esclavage

Talestris, à part:
Cruel, tu m'apprens trop qu'il est nostre partage.


Scène 3
Talestris, Argapise


Argapise:
Princesse, enfin ce jour va venger l'Univers.
Tout le sang ennemi doit assurer ma gloire.
Déjà le sort vous a mis dans mes fers
C'est le gage de ma victoire.

Talestris:
Crains plutôt que ce jour ne soit fatal pour toy;
Tu connois mal encor me coeur d'une Amazone,
La moindre suffirroit pour venger ton trône.
Apprens qu'il n'en est point de si foible que moy.
Redoute au moins le bras qui défend Mathesie
Un dieu mesme l'anime et conduit tous ses coups
Et quand tu crois combattre que nous
Mars, le terrible Mars, s'arme contre ta vie.

Argapise:
Ah, ce péril encore redouble ma furie.

Soleil brillant auteur de tout ce que tu vois,
Arreste, et du séjour celeste
Ecoute mes voeux et ma voix.

Dût m'attendre au combat le sort le plus funeste
Je cours vanger les Peuples et les Roys.
La fière Mathesie ou celui qui t'arreste
Te voye pour la derniere fois

Talestris:
Eh bien ! perce mon coeur avant qu'elle perisse
Pour frapper Mathesie essaye icy ton bras
Epargne moy l'affreux supplice
De voir sa mort... ou son trepas.

Argapise:
Qu'entens-je ? à ce discours je n'ose rien comprendre.

Talestris:
Je n'en ay que trop dit si tu voulois m'entendre
En vain mon coeur s'explique par mes yeux
Tu ne veux rien comprendre
A ma langeur extrême.
Ah ? cruel, m'entendrois tu mieux
Quand je te dirois que je t'aime ?

[on entend une Simphonie qui annonce les Prestresses]

Le Roy:
Ce bruit nous avertit que l'on vient en ces lieux.

Talestris:
Suis ton penchant, Barbare, & cours te satisfaire;
Va par des flots de sang rougir ceux de mon Pere.
Peut-être, hélas ! qu'à ton retour
J'aurai par mon trepas expié ma foiblesse:
Cruel, ma honte & mon amour
M'auront ravi le jour que tu me laisses.

[il va au-devant des Prestresses]


Scène 4
Talestris

Marche

La Prestresse:
Poursui, Soleil, poursui ta carriere eclatante
Repands tes bienfaits et le jour.
Sans toy, la terre est triste et languissante
Tout s'y anime à ton retour.
Poursui, Soleil, poursui ta carriere eclatante
Repands tes bienfaits et le jour.

Le Choeur:
Poursui, Soleil, poursui ta carriere eclatante
Repands tes bienfaits et le jour.
Sans toy, la terre est triste et languissante
Tout s'y anime à ton retour.

La Prestresse:
Que ton eclat t'attire un eternel hommage.
Pour qui ne te voit plus la vie est sans appas;
Heureux, que le sommeil nous en ôte l'usage
Dans les tristes momens où tu ne brille pas.

Choeur des Prestresses:
Tiens nous les faveurs
qu'a promis l'Aurore,
Viens prestera Flore
des vives couleurs
Quand l'ombre a tes feux
cede la victoire
En servant ta gloire
tu combles nos voeux.
Il n'est point de lieux
qui puissent nous plaire
Il n'est point de lieux
qui sans ta lumiere
puisse plaire aux yeux.

La Prestresse:
Fais toy de l'Univers un temple glorieux
Dieu brillant; qu'avec nous tous les mortels t'implorent
Ils ont trop reveré des maistres qu'il ignorent
Triomphe, obscurcit tous ces Dieux
Il faut que tous les coeurs adorent
Celui qui brille à tous les yeux.

Le choeur des prestresses:
Tiens nous les faveurs... &c.

[Air des prestresses du soleil: les Prestresses forment une Fète en l'honneur du Soleil]

La prestresse:
Les plus doux objets
te doivent leurs charmes,
Et sans tes attraits
l'amour est sans armes
Il n'a plus de traits.
Par mille beaux jours
Rempli notre attente
La beauté n'enchante
Que par ton secours.
L'eclat de tes feux
La rend plus touchante
Et les plus beaux yeux
Ne sont rien sans eux.

[les Prestresses continüent leur danse]

La Prestresse:
Achevons la ceremonie,
Que tout d'un saint respect soit icy penetré
Il est tems que je sacrifie
Le mortel que le sort destine au fer sacré.

La Victime:
Divin flambeau du jour, Soleil, suspend ta course.
En perissant par tous, voi quels sont mes plaisirs.
Des plus brillants succés couronne leurs desirs,
Trop heureux, que mon sang doive en être la source.

D'un éclat immortel la mort va me couvrir,
Toi-même est le témoin du zèle qui m'anime.
Je préfére l'honneur de ma voir ta Victime
A l'empire du Roy pour qui je vais périr.

[lorsque la Prestresse est prête, de sacrifier la Victime, des Nuages se rassemblent, & viennent obscurcir le Soleil; ce qui suspend le Sacrifice]

La Prestresse:
Mais d'où viennent dans l'air ces tenebreux nuages ?
Quels feux, quels bruits soudains, ah ! que d'affreux presages

Le Choeur des Scythes & des Prestresses:
O ciel ! quels terribles eclats !
Nostre hommage attise la foudre.
La erre tremble sous nos pas,
L'autel va se reduire en poudre.

Argapise:
C'est trop trembler, chassez ces indignes terreurs
Le dieu qui s'obscurcit veut éprouver nos coeurs.

Malgré ce pregage funeste,
Soleil, je sçaurait veincre avant nostre retour:
Donnez moi seulement le jour
Et mon bras repond du reste.

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ACTE SECOND

La Théâtre represente la tente de Mathesie


Scène premiere
Mathesie, le Choeur des Amazones, & leurs Alliés, derrière le Théâtre

Choeur des Amazones:
Faison tout retentir du succés de nos armes
Ah ! que la victoire a de charmes !

Mathesie:
Que fais-je ? Où suis-je ? Hélas, où s'egare mon coeur ?
Tout me reproche icy mon indigne langueur.
Quoy j'aimerois ? non je ne le puis croire !
Npn; ne mêlons point en un jour
de foiblesse à tant de gloire.
Est-ce pour ton triomphe, impitoyable Amour,
Que j'ai remporté la victoire ?

Choeur:
Faison tout retentir...&c.

Mathesie:
Laysse moi, sors d'un coeur dont tu trouble la paix
Amour, est-ce que le tems de regner dans mon ame ?
Quoy ! de l'ardeur d'un Dieu j'ay bravé les attraits
Et c'est pour mon captif que ton couroux m'enflamme ?
Hélas ! mon coeur blessé de tes funestes traits,
Devoit l'estre plutôt ou ne l'estre jamais.

Choeur:
Faisons tout retentir...&c.

Mathesie:
J'entens regner par tout La Gloire et le Courage;
Tandy qu'icy mon coeur sert d'aziles aux amours
Rompons, rompons un indigne esclavage,
On m'ameine ce Roy pour qui l'Amour m'engage.
Gloire, Fierté, venez à mon secours.


Scène 2
Mathesie, Argapise, captif

Argapise:
Hélas, en l'approchant mon trouble me surmonte,
Ô ciel ! puis je souffrir le jour ?
Malheureux, suis je né pour les fers et la honte,
Et ne puis je du moins triompher de l'amour ?

Mathesie:
Il ne peut sans depit se voir sous mon empire.

Argapise:
Quoy ? malgré mes efforts je languis, je soupire,
Je cherche encor les yeux dont je me sens charmer;
Poursuis, lâche, poursuis. A la honte d'aimer
Ajoute encor la honte de le dire.

Mathesie:
J'ai trop gemit du sort qui vous livre en mes mains
Prince, je prendray soin d'en reparer l'injure.

Le Roy:
Ce n'est point contre luy qu'éclate mon murmure,
C'est de vos yeux que je me plains.
Tant d'attraits à l'Amour m'ont forcé de me rendre.

Mathesie:
Prince, que venez vous m'apprendre ?

Non, non, loin de nous y livrer
Banissez l'amour de votre ame;
Est-ce à vous de sentir sa flamme ?
Est-ce à moy de nous l'inspirer ?

Ah ! du moins rougissez d'ôser le declarer.

Le Roy:
Non, je le veux en vain, non, je ne sçaurois feindre
Vous m'inspirez des transports trop pressants.
C'est deja trop d'aymer sans encor me contraindre.
Vangez nous s'il le faut des feux que je ressens;
Mais layssez moi la douceur de me plaindre

Mathesie, à part:
Quel trouble il jette dans mes sens !
Ah ! je croyois n'avoir que mon amour à craindre !

Argapise:
Ne me cachez point mes malheurs,
Ce trouble, ce silence augmente mes douleurs.
Ciel ! que mon sort est déplorable !
Je voy que vostre haine et le prix de mes voeux;
Ah ! de tous les revers dont le destin m'accable,
Ce malheur est le plus affreux.

Mathesie, à part:
Hélas ! que je souffre à me taire.

Argapise:
Parlez, Reyne, parlez, vostre voix m'est si chère.
Quoy ? vous fuyez ? rien ne peut vous toucher ?
Laissez moy voir ces yeux où j'ay pris tant de flâme
Tous mes regards sur eux cherchent à s'attacher.
Quand ils ont embrase mon ame,
Est-il tems de me les cacher ?

Mathesie:
On vient; chacun icy s'avance,

[à part]

Achevons de nous vaincre; Ah ! quelle violence !


Scène 3
Mathesie, Argapise,
Troupe d'Amazones, Troupe de Scythes

Marche des Amazones, tenant chacune un Scythe sacré

Mathesie, à Argapise:
Prince, je vous rends vos etats
Et vous offre mon alliance;
Partez, remenez sur vos pas
Tous ceux de nos guerriers qui sont en ma puissance.
Que ces captis soient dechaînez;
Qu'il ne soit plus icy de coeurs infortunez.

[Air pour les Amazones: les Amazones déchaînent les Scythes, qui contractent alliances avec elles, & se rejouissent de leur liberté]

Choeur:
Chanton une Reyne charmante,
La Gloire vole sur ses pas;
Chantons sa valeur triomphante
Tout tombe sous ses coups, tout cède à ses appas.

Une Amazone & un Scythe:
Ah ! que la victoire doit plaire !
N'aimons jamais, & cherchons-la toûjours;
Un grand coeur ne balance guere,
Entre la Gloire et les Amours.

[on entend un bruit de guerre]

Mathesie:
Mars, par ce bruit, annonce sa presence,
Qu'on se retire de ces lieux.

[à Argapise]

Et vous, Prince, partez; allez sous d'autres cieux
Et pour toute reconnaissance,
Ne paroissez plus à mes yeux.

Argapise:
J'aimeroy mieux la mort qu'une Loy si cruelle.

Mathesie, à part:
Pourray-je resister à ma douleur mortelle ?


Scène 4
Mathesie, Mars

Mars:
Pour notre triomphe en ce jour
J'ai fait voler Bellone & la Victoire.
Ne puis je être heureux à mon tour ?
Quand je fais tout pour votre gloire,
Ne puis je rien pour mon amour ?

Mathesie:
Vous commencez ma gloire, il faut que je l'achève
En triomphant encor de l'amoureuse Loy.
Plus par vos soins la victoire m'élève,
Et plus l'amour est au dessous de moy.

Mars:
Laissez repose la victoire,
D'un tendre amour essayez le plaisir.
Pour prix de toute votre gloire,
Ne puis je esperer un soupir ?

La gloire auprès de vous doit servir ma tendresse

Mathesie:
L'amour n'est jamais sans foiblesse.

Mars:
Ah ! vos mepris pour moy redoublent chaque jour.
Et vous dédaignez Mars encor plus que l'Amour.

Vous craignez mes soupirs, un noir chagrin vous presse
Mes soins soins ne peuvent vous toucher.

Mathesie:
Malgré moy mon chagrin naît de votre tendresse;
Mais puisqu'il vous offense, il faut vous le cacher.

Mars:
Elle fuit ! l'ingrate, me laisse !


Scène 5
Mars

Mars:
Soupçons cruels, funeste jalousie,
De quels nouveaux tourmens menacez vous mon coeur ?
Sous quels traits m'offrez vous l'ingrate Mathesie
Insensible aux transports dont mon ame est saisie,
Connoit elle un autre vainqueur ?
Cherchons d'où peut venir sa nouvelle vigueur:
S'il faut que pour un autre elle soit attendrie,
Vangeons nous, l'amour meme armera ma fureur.
Soupçons cruels, funeste jalousie,
De quels nouveaux tourmens menacez vous mon coeur ?

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ACTE TROISIEME

Le Théâtre represente une Solitude.
Le Fleuve Thermodon paroît dans l'éloignement, & l'on voit plusieurs chûtes d'eau parmi les Rochers.


Scène premiere
Talestris, Cephise

Talestris:
Que nous sert de chercher la gloire ?
Hélas, nostre penchant nous rameine à l'amour.
Si nostre coeur s'echappe & court à la victoire,
L'amour est sur de son retour.
Que me sert de chercher la gloire ?
Hélas ! nostre penchant nous rameine à l'amour.

Cephise:
Pourquoy brûler sans esperance ?
Des liens d'un ingrat dégagez votre coeur;
S'il ne partage votre ardeur
Partagez son indifferrence.

Cessez d'aymer un coeur qui ne peut rien aymer.

Talestris:
Hélas, en n'aimant rien il sçait tout enflâmer.
La Reyne de ses feux m'a fait la confidence;
Mais elle se fait violence
Elle éloigne un ingrat que mon coeur fuit toujours.
Il n'ayme rien, tachons de la flechir encore.
Mais qui s'approche icy ? C'est l'ingrat que j'adore.
Vien. Je veux de mon pere implorer le secours.


Scène 2
Argapise

Argapise:
Dieux de ces eaux, redouble ton murmure,
Plains les maux que l'amour m'a faits;
Echos, soyez touchez du tourment que j'endure,
De mes tristes accents remplissez les fôrets;
Et toi, Soleil, cède à la nuit obscure,
Je rougis à tes yeux de mes tendres regrets.
Quoy ? je ne verrois plus cette Reyne si belle ?
J'yrois languir, j'irois mourir loin d'elle ?
Non, je ne suivray point cette barbare Loy.
Ce n'est que pour la voir que je respire encore;
Et la clarté du jourest affreuse pour moy,
Sans les yeux que mon coeur adore.

[les Rochers s'entre-ouvrent, & laissent voir des Nayades appuyés sur des Unrnes, d'où coulent les Eaux qu'on voyoit]

Quels sons, quelles beautez naissent de toutes parts !
Quels jeux s'offrent à nos regards !


Scène 3
Argapise, Nayades, Dieux des Ruisseaux, Nymphes

Choeur:
Rassemblez vous sur nos rivages,
Chantez, chantez, heureux oyseaux;
Aaccorder vos tendres ramages
Au doux murmure de nos eaux.

Un Ruiseau, alternativement avec le Choeur:
De l'amour peut on se plaindre ?
Tout en plaist jusqu'aux soûpirs.
On pert trop à se contraindre,
Suivons nos tendres desirs.
Laissez-vous aller sans craindre
A la pente des plaisirs.

Choeur:
De l'amour...&c.

Un Ruisseau:
Vos coeurs sont pour la tendresse
N'en bornez jamais le cours.

Choeur:
Nos coeurs sont pour la tendresse
N'en bornons jamais le cours.
Les ruisseaux coulent sans cesse
Un coeur doit aymer toujours.
Le jour où l'amour nous blesse
Est le plus beau de nos jours.

Choeur:
Nos coeurs...&c.

Argapise:
Cessez de troubler mes soûpirs.
Qui peut m'offrir d'inutiles plaisirs ?


Scène 4
Argapise, Talestris

Talestris:
Mon pere vient pour nous d'embellir cette rive,
Cette feste exprimoit & se voeux et les miens
Vainement la victoire a brisé mes liens;
Je sens qu'auprès de vous je suis toujours captive.

Argapise:
Quoy ? vous brûlez des mesmes feux ?
Daigneriez vous encor aymer un malheureux ?
L'amour vous vange trop de mon indifference,
Son courroux me condamne à d'eternels regrets.

Talestris:
Quoy ! vous eprouvez sa puissance ?

Argapise:
Le Cruel, dans mon coeur a lancé tous ses traits.

Talestris:
Ah ! ne combattez pas sa douce violence

Il ne charge que deux beaux yeux
du soin qui punit qui l'offense.
Les faveurs des autres Dieux
Ne valent pas sa vengeance.

Argapise:
Charmé de Mathesie...

Talestris:
O ciel ! qu'ay je entendu ?

Le Roy:
Un seul de ses regards pour jamais m'a perdu.

Au moment qu'en son coeur j'allois plonger mes armes,
Je l'ay veüe, & mon bras s'est laissé desarmé;
Abattu, troublé par ses charmes
Je n'ay plus sçeu combattre & je n'ay sçeu qu'aymer.
Que sert ma liberté ? je ne puis la reprendre;
Elle m'éloigne d'elle, & j'aime mieux mes fers.
Plus sa fierté s'obstine a me la rendre,
Et plus je sens que je la perds.

Talestris:
Poursuy, cruels, poursuy; comble ta barbarie;
Acheve de m'ôter la vie;
Brule pour une ingratte au mepris de ma foy
Que ton amour a mes yeux se signale.
Tous tes soupirs pour ma rivale
Barbare, sont autant de coups mortels pour moy.

Talestris & Argapise:
Ah, quelle douleur, quel supplice !
Ciel ! que mon sort a de rigueurs !

Argapise:
Amour ! quel est ton injustice ?
C'est pour les diviser que tu blesse les coeurs.

Talestris & Argapise:
Ah, quelle douleur, quel supplice !
Ciel ! que mon sort a de rigueurs !

Argapise:
Il faut nous epargner d'odieuses langueurs.


Scène 5
Talestris

Talestris, seule:
O Mort ! o triste mort ! mon desespoir t'appelle
Viens, termine à la fois mes malheurs & mes jours.
Seule, tu peux eteindre une flâme cruelle;
Je n'attends de l'ingrat qu'une haine eternelle;
Et tant que je vivrois, je l'aymerois toujours.
O Mort ! o triste mort ! mon desespoir t'appelle
Viens, termine à la fois mes malheurs & mes jours.


Scène 6
Talestris, Mars

Mars:
Arrêtez, Talestris. Eh ! quel malheur extrême
Peut nous armer contre nous mesmes ?

Talestris:
Du Roy, mon coeur était charmé
Mais, malgré mes soupirs, c'est la Reyne qu'il aime;
Et je ne sçay que trop qu'il n'est pas moins aymé.

Mars:
O ciel ! faut-il qu'ainsi mon destin s'eclaircisse.
Mon soupçon me semblait le plus affreux supplice;
Mais cétait un bonheur qui devoit me flater
Aupres du desespoir de n'en pouvoir douter.

Suivons le depit & la rage,
Vangeons le mepris de nos voeux;
Faisons gemir qui nous outrage,
Dans leur sang eteignons leurs feux.

Talestris:
Quel fruit de nos soupirs que cet affreux carnage !
Ils periroient, ô dieux ! quel barbare transport
N'importe. Je crains plus leur amour que leurs mort.

Mars & Talestris:
Suivons le depit & la rage
Vangeons le mepris de nos voeux;
Faisons gemir qui nous outrage,
Dans leur sang eteignons leurs feux.

Talestris:
Je vous laisse le soin de punir leur offence.

Mars:
Je veux à mon amour egaler ma vengeance.

Scène 7
Mars

Mars, seul:
Tremble, ingrate Beauté. Quand mes soupirs sont vains
Ton coeur, pour un captif, cesse d'estre rebelle.
Est-ce pour l'adorer, cruelle
Que je l'ay livré dans tes mains ?

Hélas ! tout me trahit pour le prix de ta gloire:
Mais de ta trahison tu ne jouiras pas.
Fuyez, fuyez d'icy, trop fidelle victoire.
Venez fureurs, venez ravagez ses etats.


Scène 8
Mars,
des Furies qui embrasent tout le Théâtre,
Troupe de Nayades qui fuient

Choeur:
Qu'avec nousle tonnerre gronde,
Embrasons la terre & les airs,
Que la nature se confonde,
Dans un cahot affreux, rejettons l'Univers.

Mars:
Mais que gagne mon coeur en perdant une ingrate !
Que sert à mon amour que ma fureur eclate !
Cessez. Je veux la voir & tenter son retour.
Faisons de son ardeur trîomphez la constance.
S'il faut courir à la vangeance,
Ne l'employons, du moins, qu'après l'amour.

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ACTE QUATRIEME

Le Théâtre represente des Arcs de Triomphe & une Statüe éleves à la gloire de Mathesie, dans la Cour de son Palais.


Scène premiere
Argapise, Arcas

Arcas:
Qu'attendez-vous icy , seigneur ? qui nous arreste ?
He quoy ! nostre depart ne fait pas tous nos soins ?
De la Reyne, en ces lieux, le triomphe s'appreste;
Voulez vous nous forcer d'en estre les temoins ?

Argapise:
Laisse moy chercher ce que j'ayme,
Va, remeine sans moy ces guerriers malheureux,
Je ne puis regner sur moi mesme,
Je ne dois plus regner sur eux.

Un charme trop puissant sur ma raison l'emporte,
Ma fatale tendresse est toujours la plus forte;
Entrainé vers la Reyne... elle viens, je la voy,
Fais ce que je t'ordonne , Arcas, & laisse moy.


Scène 2
Argapise, Mathesie

Mathesie:
Que voy je ? Est-ce en ces lieux qu'Argapige doit estre ?

Argapise:
Si je m'en eloignois, je ne vous verrois pas.

Mathesie:
Vostre gloire à mes yeux vous defend de paroistre.

Argapise:
L'amour, malgré ses Loix, m'attache sur vos pas.

Mathesie:
Je vous avois interdit ma presence.

Argapise:
Vos yeux, au même instant, m'ont fait une autre Loy.

Mathesie:
Je croyois sur vostre ame avoir plus de puissance.

Argapise:
S'il ne faut point vous fuir, vous pouvvez tout sur moy.


Scène 3
Argapise, Mathesie, Mars

Mars:
Que vois-je ! Il est donc vray, la perfide l'adore !
J'interroms vos soupirs, je trouble vos ardeurs.
Ah ! cruelle, quel prix du feu qui me devore !
Je le vois, vous tremblez. Mais ma vengeance encore
Ira plus loin que vos frayeurs.

Mathesie:
Si je fremis, c'est de votre injustice.
Quoy ! voyez vous dans ses yeux satisfaits
Que de ses feux mon amour soit complice ?
Je le bannis, j'evite ses regrets,
Sa presence en ces lieux m'est un cruel supplice,
Et mon amour depend de ne le voir jamais

Argapise:
O Ciel ! pourray je encor survivre à cet outrage !
Non, non, c'est trop souffrir de mépris en un jour.
Vous portez dans mon coeur le depit & la rage;
Et pour comble des maux, vous y laissez l'amour.
Eh-bien, cruelle ! il faut s'arracher à vos charmes;
Je sens que la mort etouffe mes soupirs.
Vous ne m'avez rendu mes armes
Qu'afin que ma fureur pût servir vos desirs.

Mathesie, lui arrachant son épée:
Arrêtez. Où vous porte une aveugle furie ?

Mars:
Hé ! Quoy ? quel interest prenez vous à sa vie ?

Mathesie:
Il doit survivre à ses malheurs.
Qu'il vive pour sentir une honte eternelle,
Et pour estre un temoin fidelle
De ma gloire & de vos fureurs.

Argapise, à Mars:
Dieu trop heureux, c'est donc toy que j'implore.
Frappe ! prive mes yeux de ses cruels appas;
Punis un Rival qui l'adore;
Vange toy d'un mortel qui ne t'adore pas.
Quoy ! l'excès de mes feux n'exite point ta rage ?
Ton bras contre un Rival refuse de s'armer ?
Qu'attends tu ? perce un coeur que l'inhumaine outrage,
Et qui l'ayme encor plus que tu ne peux l'aymer.

Mars:
C'est trop soutenir sa furie;
Qu'on le derobe à mon courroux.

Argapise:
Ah ! c'en est fait, cruelle Mathesie.
Je n'ay plus besoin de ses coups;
L'horreur de m'éloigner de vous,
Suffit pour m'arracher la vie.

Mars, à Mathesie:
Ce temeraire enfin s'éloigne de nos yeux.
Mais nostre triomphe s'apprête;
Déja ses doux concerts en annoncent la feste,
Et le peuple vient dans ces lieux.


Scène 4
Argapise, Mathesie

Une Amazone conduit une Troupe de Citoyens representans des Grecs, des Persans, des Indiens & des Egyptiens, dont le Peuple souhaite la domination à Mathesie, & qui doivent servir d'ornemens à sa Statüe

Une Amazone, à Mathesie:
Que la victoire à jamais nous couronne.
Triomphez, triomphez de cent peuples divers.
Que le terrible Mars, que la fière Bellonne
Conduisent nos drapeaux au bout de l'Univers.

Une Amazone, alternativement ave le Choeur:
Dans ces lieux, après la Gloire,
Les plaisirs auront leur tour:
Il est tems que la victoire
Fasse enfin place à l'amour.

Que luy seul regne en nos festes;
C'est le plus doux des vainqueurs:
Et les plus belles conquetes
Sont toujours celles du coeur.


Scène 5
Mars, Mathesie

Mars:
Reyne, vous me trompiez. Je connois vos allarmes;
Je voy tout vostre amour dans ce trouble fatal;
Vous poussez des soupirs, vous repandez des larmes,
Et vous cherchez des yeux un trop heureux Rival.

Mathesie:
Faut-il toujours que vostre amour se plaigne ?
Quoy ! n'est ce que pour luy que je peux soupirer ?

Mars:
Ah ? c'est assez de la craindre:
Son trepas m'en doit assurer.
J'y cours, il est tems que j'eteigne
Ce temeraire amour qui s'oppose à mes soins.

Mathesie:
Arrêtez, c'est trop crainde un Roy que je dedaigne.

Mars:
Vous m'arresteriez mieux en le desirant moins.

Mathesie:
Ciel ! il me fuit;Il faut le suivre.
Si mon amant perit, je n'y pourray survivre.


Scène 6
Mathesie, Argapise, entrant d'un coté, quand Mars sort de l'autre

Argapise:
Inhumaine, arrêtez !

Mathesie:
Ô Dieux, où courrez vous ?

Argapise:
Par de nouveaux soupirs, comblez votre courroux.
J'echape à ceux qui veilloient sur ma vie.

Mathesie:
Ah ! fuyez.

Argapise:
Quoy ? toujours vouloir que je vous fuye.

Mathesie:
Ah ! de grace, fuyez: vos jours sont en danger.

Argapise:
Eh ! c'est le seul espoir qui peut me soulager.

Quelle barbare Loy voulez vous que je suive ?
Non je ne puis obéïr.
Quoy ! n'est ce pas assez de me haïr ?
Voulez vous encor que je vive ?

Mathesie:
Mars vous cherche.

Argapise:
A vos pieds qu'il vienne me chercher.
Mon coeur, d'auprès de vous, ne sçauroit s'arracher.

Si vous voulez ma mort , contentez vostre envie;
Par de nouveaux mepris, comblez mon desespoir.
Si vous voulez ma vie,
Je ne puis vivre sans vous voir.

Mathesie:
Que je crains !

Argapise:
De quel sort ma tendresse est suivie !
Quoy ? toujours vostre haine en sera le succès ?

Mathesie:
Mon coeur ne craindroit rien, si je vous haïssois.

Argapise:
Ciel ! qu'entends je ? est-ce à moy que ce discours s'adresse ?

Mathesie:
En vain je veux encore vous cacher ma foiblesse.

Malgré tous mes efforts, le trouble où je me voy
Montre assez pourquoi je soupire;
Et deja vostre coeur peut vous dire pour moy
Tout ce que je n'ose vous dire.

Argapise:
Quoy ? j'aurois touché vostre coeur ?
Est-ce à moi que l'amour reservait tant de gloire ?
Je doute encor de mon bonheur;
Et même en le sentant mon coeur no'soe le croire.

Mathesie:
Mes yeux vous laissent-ils douter de ma langueur ?

Mathesie & Argapise:
Livrons-nous a nostre tendresse.
Heureux, heureux lescoeurs que l'amour a blessez.
Aimons-nous; et craignons sans cesse
De ne nous pas aimer assez.

Mathesie:
Fuyez Mars, sauvez vous du transport qui le presse,
Pour rendre encor votre bonheur plus doux,
J'y veux joindre en secret le nom de mon epoux.

Vous sçavez le trait qui me blesse.
Je n'en veux plus combattre le pouvoir.
L'amour en a fait ma foiblesse,
l'hymen en fera mon devoir.

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ACTE CINQUIEME

Le Théâtre represente le Temple de l'Hymen encore tout couvert des ombres de la nuit.


Scène premiere
Mathesie

Mathesie, seule:
Regnez, obscure nuit; regnez, epaisses ombres.
Des regards d'un jaloux defendez ce séjour;
Cachez luy sous vos ailes sombres
Et mon amant & mon amour.

Mon coeur jouit deja du bonheur qu'il espere,
Icy des noeuds charmans vont combler ses desirs.
L'amour, l'hymen & le mistere
Seront les seuls temoins de mes tendres plaisirs.

Regnez, obscure nuit; regnez, epaisses ombres.
Des regards d'un jaloux defendez ce séjour;
Cachez luy sous vos ailes sombres
Et mon amant & mon amour.


Scène 2
Mathesie, l'Hymen, accompagné de sa Suite

L'Hymen:
Je prepare pour toy la chaine la plus belle.
Tout s'interresse à couronner tes voeux:

Que tout prenne a tes yeux une beauté nouvelle.
Que Venus, que Momus s'y rassemblent tous deux.

Accourez doux plaisirs; volez, aimables jeux;
L'amour avec moy vous appelle.

[les ombres de la nuit se dissipent]

Choeur de l'Hymen et de sa Suitte:
Accourez, doux plaisirs; volez, aimables jeux;
L'amour avec nous vous appelle.

[des Plaisirs volent de toutes parts]

Un Plaisir:
Aymable Jeunesse,
quand l'Amour vous presse
Cedez a ses feux;
Hâtez la victoire.
L'Amour fait sa gloire
De nous rendre heureux.

Quel plus doux partage,
Pourroit vous charmer ?
Au tems du bel age
Rien ne dedommage
Du plaisir d'aymer.

Aymable Jeunesse,
quand l'Amour vous presse
Cedez a ses feux,
hâtez la victoire
L'Amour fait sa gloire
De nous rendre heureux.

En vain sa sagesse
Combat nos langueurs,
C'est à la vieillesse
D'aymer ses douceurs;
Mais quand on sçait plaire,
L'amour seul doit faire
La raison des coeurs.

Un Autre Plaisir:
Qu'amour a de charmes !
Rendons luy les armes.
Qu'amour a de charmes !
Par quelques allarmes
Payons ses faveurs.

Qui sent ses langueurs
En aime la peine.
Quand il nous enchaine,
C'est avec des fleurs.

Qu'amour a de charmes !
Rendons luy les armes.
Qu'amour a de charmes !
Par quelques allarmes
Payons ses faveurs.

Deux beaux yeux vainqueurs
Sont ils tant à craindre ?
S'il veut nous contraindre,
C'est par leurs douceurs.
Il est sans rigueur.
Mais qu'on est à plaindre
Quand il sort des coeurs ?

Qu'amour a de charmes !
Rendons luy les armes.
Qu'amour a de charmes !
Par quelques allarmes
Payons ses faveurs.

Mathesie:
Le Roy ne paroit point ! que ma crainte est extrême !
Qui le retient loin de ces lieux ?
Ciel ! qu'est-il devenu ? que deviens-je moy-même ?
Cessez, plaisirs, cessez: offrez moi que ce j'ayme
Ou disparoissez à mes yeux.
Que vois-je ? Quel spectacle ! O Cieux !


Scène 3
Mathesie, Talestris, Argapise, soûtenu par deux Scythes

Talestris:
Reconnois ta Rivalle à cet affreuse image.
J'avois appris l'hymen qu'à prevenu ma rage.

[montrant Argapise]

A la fureur de Mars je viens de le livrer.
Pour me venger d'un amour qui m'outrage
Je te laisse l'horreur de la voir expirer,
Et je vais par ma mort expier mon courage.

Mathesie, tombant sur un siege:
Ciel !


Scène 4
Mathesie, Argapise

Argapise:
Je ne me plains point du destin qui m'accable,
Je meurs, mais je vous vois, mon sort est assez doux
Achevez, donnez moi cette main adorable;
Je mourray trop heureux si je meurs vostre epoux.

Ah, plus je m'affoiblis et plus mon coeur soûpire,
Mars redouble mes feux en m'arrachant le jour.
Et je ne sçais au moment que j'espire
Si je meurs de ses coups, ou si je meurs d'amour.

[les Scythes vuelent l'emporter]

Arretez, je respire encore,
Cruels, vous me privez de mon plus doux plaisir
Ah ! Layssez moi donner a l'objet que j'adore
Et mes derniers regards & mes derniers soupirs.


Scène 5
Mathesie

Mathesie, seule:
Quel coup me reservoit la colere celeste !
De quel sang ont rougy ces lieux ?
Mais quel trasport ! Dieux ! Quel trouble funeste !
Je ne me connois plus, tout change à mes yeux.

Quels bruits, que d'eclats de tonnerre !
Que d'éclairs menaçans s'alument dans les airs !
La foudre vient d'ouvrir la terre,
Elle offre à mes regards un passage aux enfers.

Oh ciel ! de mon amant je voy l'ombre sanglante,
Je l'entends qui m'adresse une voix gemissante.
Attens, chere ombre, attends; je vole te vanger...
Où fuis-tu Talestris ? Non, n'attends point de grace.
Tu fuis en vain le coup qui te menace:
Les enfers t'ont vomy il faut t'y replonger.

Mais vous, Euménides cruelles
Pourquoy me retenir ? pourquoy me desarmer ?
Ah ! je vois Mars encor plus affreux qu'elles.
Barbare, contre moy viens-tu les animer ?

Evitons tant d'horreur, cherchons ce que j'adore.
Cher ombre, tu parois encore.
Trop heureuse à tes yeux de terminer mes jours,
C'en est fait, je descens dans le royaume sombre.
Comme toy, cher amant, je ne suis plus qu'une ombre,
Je ne suis plus et je t'aime toujours.


Scène 6
Mathesie, Mars

Mars:
Non, ma fureur n'est pas contente.
J'ai versé le sang d'un Rival;
Je veux encor joüir des pleurs de son Amante.
Mais quels spectacle ! ô Ciel ! Mathesie expirante !
Malheureux, quel revers fatal !
Tout mon feu se rallume en la voyany mourante.

[à Mathesie]

Vivez, Reine, vivez, & ne voyez le jour
Pour vous plaindre du moins de mon cruel amour.

Mathesie:
Qu'entens-je ? quelle voix me rappelle à la vie !
Je reprens à la fois ma raison & mes sens.

[à Mars]

Est-ce toi, Dieu cruel ? est-ce toy que j'entends ?
Vien-tu par mon trepas combler ta barbarie ?
Tu gémis ! j'aime mieux tes coups que tes soupirs.
Barbare, frappe un coeur où tu vois tant de haine.
Mais, non, tu n'es point fait pour servir mes desirs,
C'est à moi de finir ma peine.

[elle se frappe]

Plus malheureuse que moy, tu m'aimes, tu me perds;
Et moi, je vais retrouver ton Rival aux Enfers.

Mars:
O Ciel ! elle cesse de vivre.
Que ne puis je, ô Destin ! la sauver ou la suivre.

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