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Pyrame et Thisbé
Opéra pour rire

représenté au Théâtre Royal à Covent Garden, 1745


le livret est adapté de William Shakespeare
musique de: John Frederick Lampe

 

"L’un, le plus beau des jeunes gens,

l’autre, la jeune fille préférée à toutes celles que l’Orient a possédées."

Ovide, Métamorphoses, IV, vers 55-56

 

Argument

Pyrame et Thisbé étaient deux célèbres amants, élevés à Babylone, dont les parents vivaient dans des maisons mitoyennes; ils entretenaient une correspondance nocturne par un trou dans le mur qui séparait leurs jardins. Ils décidèrent un soir de quitter la maison en cachette, et de se retrouver, au clair de lune, à une heure convenue, à la tombe de Ninus, l’un des monarques assyriens.
Thisbé arriva la première au lieu de rendez-vous, où elle fut malheureusement effrayée par un lion, et s’enfuit, laissant son manteau derrière elle dans sa terreur.
Le lion arrivant à la tombe, et trouvant le manteau, de rage le mit en pièces; il le laissa taché de sang, sa bouche étant encore sanglante d’une proie qu’il avait trouvée auparavant.
Le lion n’était pas plus tôt parti que Pyrame arriva à la tombe. Voyant le manteau de sa maîtresse déchiré et sanglant, il conclut qu’elle avait été dévorée par quelque bête sauvage, et, de désespoir, tira son épée et se tua.
Thisbé, ayant surmonté sa peur, retourna à la tombe où, voyant ce triste spectacle de sang et d’horreur, et son cher amant mort, elle mit un terme à sa vie malheureuse avec la même épée.

 

 

les personnages:

les interprètes:


Pyrame

Mr Beard

Thisbé

Mme Lampe

Le Mur

Mr Laguerre

Le Clair de Lune

Mr Roberts

Le Lion

Mr Reinhold

les autres rôles sont tenus par des comédiens

 

les parties du texte de William Shakespeare apparaissent en caractères normaux; les ajouts et modifications du librettiste en caractères gras sépia.

 

INTRODUCTION

 

Entrent le régisseur et le souffleur

Le régisseur:
Les accessoires et tout le reste sont-ils prêts pour la représentation ?

Le souffleur:
Tout est prêt, Monsieur.

Le régisseur:
Avez-vous ordonné aux chanteurs de s’habiller, que la répétition soit en bonne et due forme ?

Le souffleur:
Tout est prêt comme vous l’avez ordonné. Nous attendons seulement M. Laronde. Le voici, Monsieur.

Entrent M. Laronde et deux gentilshommes

Laronde
Monsieur, votre serviteur. J’espère que je ne vous ai pas fait attendre, mais j’ai dû inviter ces deux Messieurs, que j’ai eu la hardiesse d’amener avec moi entendre la musique.

Le régisseur
Monsieur, pas besoin d’excuses, ces Messieurs sont les bienvenus.

Premier gentilhomme:
Monsieur, nous vous sommes bien obligés.

Laronde
Vous devez savoir, Monsieur, que l’un de ces Messieurs, ayant fait son « Tour d’Italie », n’a que peu de goût pour nos divertissements domestiques, anglais, et il n’a pas encore surmonté son préjugé en faveur de l’étranger. Mais, entre nous, je ne doute pas que, quand il aura entendu un peu de cette pièce, je puisse l’amener à notre opinion, et lui faire voir que la langue anglaise est aussi propre à la musique que n’importe quelle langue étrangère.

Le régisseur
L’un de nos plus grands compositeurs a été de cette opinion, et je suis depuis longtemps de cet avis.

Premier gentilhomme
Nous serons enchantés d’être convaincus.

Le régisseur
Je vais presser les artistes.

[il sort]

Deuxième gentilhomme
Dites-moi, M. Laronde, quelles voix avez-vous ?

Laronde
J’ai eu quelque difficulté à rassembler un petit nombre de chanteurs, mais comme je n’ai pas ménagé ma peine avec eux, j’espère que vous allez trouver qu’ils font assez bonne figure. Et si la Ville a la bonté de tolérer ces voix anglaises que nous pouvons nous procurer actuellement, je ne doute pas que, avec un encouragement approprié, nous puissions à terme être capables de donner au public des divertissements musicaux sans envoyer notre argent à l’étranger pour acheter des artistes à des prix exorbitants.

Premier gentilhomme
Je vous souhaite de réussir, Monsieur ; mais j’avoue que j’ai quelque crainte pour vous.

Laronde
J’ai confiance dans le bon naturel du public, aussi ne désespérons pas. Mais nous perdons du temps, je vois que les artistes attendent.

Entre le Prologue

Le Prologue
Si nous déplaisons...c’est sans mauvaise intention...
De vous persuader... que nous ne venons pas pour déplaire,
Mais bien avec l’intention... de montrer notre simple savoir-faire,
Voilà le vrai commencement de notre fin.
Considérez donc que nous venons... pour vous outrager...
Nous ne venons pas... dans le but de vous satisfaire...
Telle est notre véritable intention... pour votre plaisir...
Nous ne sommes pas là…pour que vous le regrettiez.
Les chanteurs sont à votre service et, par leur spectacle,
Vous apprendrez tout ce que vous devez apprendre.

Premier gentilhomme
Ce gaillard-là ne s’arrête pas à la ponctuation.

Deuxième gentilhomme
Il a monté son prologue comme un poulain sauvage ;
il ne connaît ni pause ni rythme.

Premier gentilhomme
Oui vraiment, il a joué son prologue comme un enfant du flageolet. Des sons, mais pas de mesure.

 

 

Ouverture

 

Après l’ouverture, le rideau se lève.
Un jardin. On aperçoit le Mur.

Premier gentilhomme
Qui vient là ?

Laronde
Cet homme, avec son plâtre et sa chaux, représente le Mur qui séparait les amants, et à travers lequel, pauvres âmes, ils doivent chuchoter.

Le Mur
Dans ce même interlude, il se trouve
Que moi (
Crève-la-faim de mon nom), je représente le Mur,
Et ce Mur, je vous prie de croire,
Possède une fente, un trou, ou une fissure,
À travers laquelle les amants, Pyrame et Thisbé,
Avaient l’habitude de chuchoter en secret.
Ce
torchis, ce plâtras et ce moellon vous montrent
Que je suis bien ce Mur, en vérité.
Et ceci est la fente, à droite et à gauche,
À travers laquelle les amants craintifs doivent chuchoter.

Air

Le Mur

Les déchirants soupirs et les plaintes,
Les sanglots désolés et les gémissements,
C’est avec pitié que
Je les ai vus, et je compatis maintenant.
J’accède maintenant à leur requête,
Et leur prête assistance,
Sans résistance,
S’ils viennent en diligence
Vers mon trou chuchotant.

Deuxième gentilhomme
Qui pourrait désirer que de la chaux à barbe chante mieux ?

Premier gentilhomme
C’est la cloison la plus
musicale que j’ai jamais entendue.

Laronde
Mes amis, ce n’est rien comparé à ce qu’ils ont à l’étranger; et peu à peu, j’ai bon espoir d’amener nos Anglais à ce raffinement de goût. Mais voyez, Pyrame s’approche du Mur. Silence !

Entre Pyrame

Pyrame
Ô nuit horrible ! ô nuit aux couleurs si noires !
Ô nuit qui es partout où le jour n’est pas !
Ô nuit ! ô nuit ! hélas ! hélas ! hélas !
Je crains que ma Thisbé n’ait oublié sa promesse !

Air

Pyrame

Et toi, ô Mur !
Mur doux et charmant
Qui te dresses entre les terrains de son père et du mien,
Montre-moi ta crevasse
Que je puisse hasarder un œil
À travers.

Pyrame
Merci, mur courtois ! Que Jupiter te protège pour cela.
Mais que vois-je ? non, je ne vois pas Thisbé.

Air

Pyrame

Ô méchant Mur, à travers lequel je ne vois pas mon bonheur,
Maudit sois-tu de m’avoir ainsi déçu.

[il sort]

Premier gentilhomme
À mon avis le Mur, puisqu’il est doué de raison, doit riposter.

Laronde
Non vraiment, vous faites erreur, car « de m’avoir ainsi déçu(e) » est une réplique de Thisbé: elle doit entrer, et
il doit l’épier à travers le Mur. Juste comme je vous ai dit: la voici qui arrive.

Entre Thisbé

Thisbé
Les joies que se promettent des amants,
Seul un amant peut les exprimer.
J’arrive ici pleine d’espérance,
Pour couronner mes vœux et rencontrer mon amour.

Air

Thisbé

Vole promptement, temps bienfaisant, trois fois plus vite,
Et amène l’instant propice;
Amour, fais voler les heures pour les cœurs qui saignent,
Et pour toutes les autres plaintes.
La flamme secrète qui réchauffe mon sein,
Et fait le tour de mon cœur,
Maintenant me donne l’espoir d’être heureuse
Et d’étreindre bientôt mon amour.

Thisbé
Ô Mur, que de fois tu m’as entendue gémir
De ce que tu me séparais de mon cher Pyrame !

Entre Pyrame

Pyrame
J’aperçois une voix. Allons maintenant à la crevasse,
Pour voir si je n’entendrais pas le visage de ma Thisbé. Thisbé !

Thisbé
Mon amour, c’est toi, je crois, mon amour !

Pyrame
Crois ce que tu voudras; je suis la grâce de ton amant,
Et tel Limandre, toujours fidèle.

Thisbé
Et moi, telle Hélène, jusqu’à ce que le Destin me tue.

Duo chuchoté

Pyrame & Thisbé ensemble

[Pyrame] Shaphale ne fut pas si fidèle à Procrus
[Thisbé] Autant Shaphale le fut à Procrus, autant je le suis pour toi.

Pyrame
Oh, embrasse-moi à travers le trou de ce méchant mur !

Thisbé
C’est le trou du mur que j’embrasse, et non tes lèvres.

Pyrame
Veux-tu me rejoindre immédiatement à la tombe de Minus ?

Thisbé
Morte ou vive, j’y vais sans délai.

Duo

Thisbé & Pyrame

[Pyrame] J’arrive sans délai
[Thisbé] J’y vais sans délai.

[ils sortent]

Le Mur, seul
Ainsi j’ai rempli mon rôle, moi, le Mur,
Et cela fait, le Mur s’en va.

[il sort]

Premier gentilhomme
Maintenant le mur qui séparait les deux voisins est abattu.

Deuxième gentilhomme
On ne peut rien faire,
mon ami, si les murs ont assez de volonté pour écouter sans prévenir.

Premier gentilhomme
C’est ce que j’ai entendu de plus stupide.

Laronde
Dans ce genre de pièces, le meilleur, ce n’est que des ombres, et le pire n’est pas pire si l’imagination les corrige.

Premier gentilhomme
Ce doit être votre imagination, alors, et non la leur.

Deuxième gentilhomme
Si nous ne pensons pas plus de mal d’eux qu’ils n’en pensent d’eux-mêmes, ils peuvent passer pour d’excellents
artistes.

Laronde
Mais voici deux nobles bêtes : un
Homme, et un Lion.

Premier gentilhomme
Je me demande si le Lion va
chanter.

Laronde
Rien d’étonnant à cela; un lion le peut bien, quand bien des singes le font.
D’ailleurs, vous qui avez vu les opéras italiens, vous avez vu des choses bien plus extravagantes.

La tombe de Ninus dans un bois près de Babylone
Entre le Lion

Le Lion
Mesdames, vous dont le gentil cœur s’effraie
De la souris la plus monstrueusement petite qui trotte sur le parquet,
Vous pourriez bien ici frissonner et trembler,
En entendant un lion féroce rugir avec la plus farouche rage.
Sachez donc que je suis Ajusté le menuisier,
Et non un lion cruel, ni même maman de lion;
Car si je venais en tant que lion chercher querelle
En ce lieu, alors pitié pour ma vie !

Air

Le Lion

Mesdames, n’ayez pas peur,
Je vais vous charmer
Par un gentil rugissement !
Il ne faut pas qu’une créature
Même féroce dans la nature,
Change son caractère,
Je vous en supplie.
Qui peut crier haro
Sur un lion si bien apprivoisé,
Si bien élevé,
Tellement supérieur
Aux autres lions ?

Premier gentilhomme
Une bien gentille bête, et de bonne moralité !

Deuxième gentilhomme
La meilleure que j’aie jamais vue chez une bête !

Premier gentilhomme
Ce lion est un vrai renard pour le courage.

Deuxième gentilhomme
Oui, et une oie pour la prudence.

Laronde
Non pas,
mon ami, car son courage ne peut pas emporter sa prudence, alors que le renard emporte l’oie.

Deuxième gentilhomme
Sa prudence, j’en suis sûr, ne peut pas emporter son courage, car l’oie n’emporte pas le renard.

Laronde
C’est bien. Laissons-le à sa prudence, et prêtons l’oreille à la Lune.

Entre la Lune

La Lune
Cette lanterne représente la lune et ses cornes:
Moi-même, je suis censé être l’homme-qu’on-voit-dans-la-lune.

Deuxième gentilhomme
Voilà la plus grande de toutes les bévues. L’homme devrait être mis dans la lanterne. Sinon, comment peut-il être l’homme-qu’on-voit-dans-la-lune ?

Premier gentilhomme
Il n’ose pas s’y mettre à cause de la chandelle; voyez, elle est déjà en train de charbonner.

Air

La Lune

L’homme-qu’on-voit-dans-la-lune, c’est moi, Monsieur,
Et je descends ici du ciel, Monsieur,
Pour vous dire comment nous, le peuple de là-haut,
Nous menons une vie de plaisirs et d’amour.
Toujours par les chemins,
Toujours changeant,
Buvant de bons coups,
Ne pensant jamais,
Nous nous bagarrons, nous faisons du tapage.

Premier gentilhomme
J’en ai assez de cette Lune. Va-t-il changer ?

Deuxième gentilhomme
Il semble, par son peu de lumière, qu’il est sur son déclin. Mais par courtoisie, et en toute équité, laissons-le prendre son temps. Continue, Lune !

La Lune
Tout ce que j’ai à dire, c’est vous déclarer
Que cette lanterne est la lune;
Et moi, l’homme-qu’on-voit-dans-la-lune;
Ce buisson d’épines, mon buisson d’épines,
Et ce
verre, mon verre.

Entre Thisbé

Thisbé
Voici la tombe du vieux Minus. Où est mon amour ?

Air

Thisbé

Où est mon amour, mon Pyre adoré ?
Que la roue de la Fortune te guide,
Avec le doux amour à ton côté.
Bonne lune, aimable lune,
Brillante lune, conduis-le ici.

Le Lion
Ho ! ho ! ho !

[le Lion rugit]

Thisbé
Ah ! ah !

[Thisbé laisse tomber son voile et s’enfuit]

Premier gentilhomme
Bien rugi, Lion !

Deuxième gentilhomme
Bien couru, Thisbé !

Premier gentilhomme
Bien mastiqué, Lion !

Deuxième gentilhomme
Et voici Pyrame.

Premier gentilhomme
Et le Lion s’est éclipsé.

Entre Pyrame

Pyrame
Douce Lune, merci de tes rayons solaires;
Merci, Lune, de briller maintenant avec tant d’éclat,
Car, à la clarté dorée de tes torrents lumineux,
J’espère savourer la vue de la très fidèle Thisbé.
Mais arrête ! - Ô douleur !
Mais regarde ! - Pauvre chevalier !
Quel malheur affreux !

[il voit le manteau]

Mes yeux, voyez-vous ?
Est-il possible ?
Ô mon mignon poulet ! ô ma biche !
Ton manteau –un bon manteau !-
Quoi, couvert de sang !

Air

Pyrame

Approchez, cruelles Furies !
Ô Parques ! venez, venez,
Coupez le fil de mes jours,
Frappez, écrasez, massacrez, achevez !

Premier gentilhomme
Cette douleur causée par la mort d’une amie chère pourrait presque donner l’air triste à un homme.

Deuxième gentilhomme
Maudit soit mon cœur si je ne plains pas cet homme.

Premier gentilhomme
Si les dames n’en sont pas émues, ce pauvre Pyrame va prendre de la peine pour pas grand chose.

Laronde
Si cela ne rapporte pas une souscription, je ne prétendrai plus jamais de ma vie composer un opéra ou une masque.

Pyrame
Ô nature ! pourquoi créas-tu des lions ?
Puisqu’un lion infâme a défloré ici ma bien-aimée !
Celle qui est – non, non – qui était la plus belle Dame
Qui ait vécu, qui ait aimé, qui ait chéri, qui ait regardé avec cœur.
Venez, larmes, consumez-moi;
Sors, épée, et blesse
Le téton de Pyrame.
Oui, le téton gauche,
Là où le cœur sautille
Comme un oiseau sautille en cage,
C’est ainsi que je meurs, ainsi, ainsi, ainsi !

Air

Pyrame

Maintenant me voilà mort,
Maintenant me voilà parti.
Mon âme est dans le ciel;
Langue, perds ta lumière,
Lune, prends la fuite,
Je meurs, meurs, meurs, meurs.

Premier gentilhomme
Bon, c’est la fin de Pyrame.

Deuxième gentilhomme
Je vous assure que cet homme est mort comme il faut: comme un héros dans un opéra italien, parfaitement en mesure et juste.

Premier gentilhomme
Comment se fait-il que le clair de Lune soit parti avant que Thisbé retourne, et trouve son amant ?

Laronde
Elle le retrouvera à la clarté des étoiles – La voici, et sa douleur termine la masque.

Deuxième gentilhomme
À mon avis, elle ne devrait pas en éprouver une bien longue pour ce Pyrame-là. J’espère qu’elle sera brève.

Laronde
Quel est le meilleur, de Pyrame ou de Thisbé ? Un fétu ferait pencher la balance. – Silence, elle vient de l’apercevoir.

Entre Thisbé

Thisbé
Endormi, mon amour ?
Quoi, mort, mon pigeon !
Ô Pyrame, lève-toi !
Parle, parle – Complètement muet !
Mort ! mort ! – Une tombe
Devra couvrir tes yeux charmants.

Air

Thisbé

Ces lèvres de lis,
Ce nez de cerise,
Ces joues jaunes comme la primevère
S’en sont allés, s’en sont allés.
Amants, gémissez,
Ses yeux étaient verts comme les poireaux.
Ô vous, les trois sœurs,
Venez, venez à moi,
Avec vos mains aussi pâles que le lait.
Trempez-les dans le sang,
Puisque vous avez tranché
De vos ciseaux ce fil de soie.
Langue, pas un mot !
Viens, épée fidèle,
Viens, lame, rougis mon sein.
Maintenant adieu, mes amis,
Ainsi finit Thisbé.
Adieu, adieu, adieu.

Premier gentilhomme
Il reste le clair de Lune et le Lion pour enterrer les morts.

Deuxième gentilhomme
Oui, et aussi le Mur.

Laronde
Non, je vous assure. Le Mur qui séparait les jardins de leurs pères est tombé. Maintenant, voulez-vous voir l’épilogue, ou une danse ?

Deuxième gentilhomme
Pas d’épilogue, je vous prie. La masque n’a pas besoin d’excuses: quand les artistes sont tous morts, il n’y a personne à blâmer. Pourtant, je pense que si celui qui a écrit cela avait fait Pyrame et s’était pendu à la jarretière de Thisbé, cela aurait été une belle tragédie.

Premier gentilhomme
Et telle qu’elle est, c’en est une, et jouée très remarquablement.
Mais dites-moi, M. Laronde, qui doit jouer l’épilogue ?

Laronde
Pyrame et Thisbé.

Premier gentilhomme
Pyrame et Thisbé ! – Ils sont morts tous les deux.

Laronde
Bah, bah, pas si morts, et ils peuvent revivre sans l’aide d’un chirurgien. – Allons, vous entendez, levez-vous et préparez-vous pour l’épilogue. – N’est-ce pas mieux qu’ils se lèvent tout seuls plutôt que d’être emportés par deux-trois machinistes crasseux ? – Et pendant qu’ils se préparent, nous allons vous divertir avec une danse.

DANSE

 

Pyrame et Thisbé s’avancent et s’adressent au public

 

 

EPILOGUE

 

Pyrame
Messieurs et Mesdames, nous avons à vous demander la faveur
Que vous daigniez aimer notre masque.

Thisbé
Et en retour, nous vous remercierons,
En rivalisant pour vous plaire jour après jour.

Pyrame
Et nous vous souhaitons d’être tous amoureux
Comme moi de Thisbé, et elle de moi.

Duo

Pyrame & Thisbé

Étreignant,
Contemplant,
Caressant,
Possédant
Mon Pyre / ma chère,
Nous irons jusqu’au bout de l’année.
Et avec son renouveau,
Nous continuerons à nous faire la cour
Jusqu’à ce que des éternités, une fois passées, semblent des minutes.
Et, mon Pyre, chaque minute se révélera heureuse,
Regorgeant de plaisirs, débordant d’amour.

Choeur

Maintenant, avant que vous partiez,
Nous espérons que vous apprécierez
Cette merveilleuse histoire d’un merveilleux amour.

traduction: Jacqueline & Alain DUC

pour les passages provenant de W. Shakespeare il a été largement emprunté à la traduction de François-Victor Hugo

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