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Baldassare Galuppi

Le Monde à l'envers ou
Ce sont les femmes qui commandent

 

Il Mondo alla Roverso osia Le donne che commando, Venise, 1750

Drame Bemesco [Drame burlesque] en III Actes

livret de Carlo Goldoni

musique de: Baldassare Galuppi [1706 - 1785]

 

Tulia, soprano
Aurora, mezzo-soprano
Cintia, mezzo-soprano
Rinaldino, amant de Tulia, soprano
Graziosino, amant de Aurora,baryton
Giacinto, amant de Cintia, baryton
Ferramonte, ténor

Choeur

 

Acte I
Acte II
Acte III

L'action est dans une île dans les Antipodes.

 

ACTE I

 

[Une cour spacieuse, ornée sur son pourtour de dépouilles viriles conquises en différentes circonstances par les femmes de la cour.
L’espace se termine par des arcs majestueux au travers desquels on voit la grande place d’où pénètre dans la cour un char de triomphe tiré par plusieurs hommes. Tulia, Cincia, Aurora, précédées par un chœur de femmes qui portent des chaînes et les drapeaux victorieux.
Pendant le chœur, les hommes s’enchaînent]

Ouverture

Scène 1
Tulia, Aurora, Cintia, Chœur

Récitatif

Chœur
Vite, vite, à vos chaînes,
à vos tâches habituelles
Il n’y a pas de honte ni de souffrance
dans l’esclavage volontaire.

Tulia
Allez à vos tâches serviles
et partagez-vous le travail et les charges.
Certains à la garde du château, d’autres aux travaux
de l’aiguille, d’autres aux jardins ou à la cuisine,
là où vous avez été placés sur notre ordre.

Aurora
Obéissez, travaillez et puis espérez
que le règne des femmes plein d’espoir
Si l’on ne peut se réjouir, il reste au moins l'espoir.

Cintia
Celui qui vit dans l’espoir
du bonheur meurt en chantant.

Chœur
Vite, vite, à vos chaînes, etc.

[Les hommes partent enchaînés, conduits par les femmes. Les trois femmes descendent du char qui repart par le chemin emprunté lors de son arrivée]

Scène 2
Tulia, Aurora, Cintia

Récitatif

Tulia
Maintenant nous avons soumis
la superbe orgueilleuse
du sexe masculin,
nous devons le tenir
enchaîné au trône.
Mais ne pensez-vous pas,
mes fidèles compagnes et conseillères
qu’ils soient de meilleures méthodes
pour tenir les hommes
sous notre assujettissement ?

Cintia
Ce sexe ennemi
de nature fière et orgueilleuse
secoue et déchire le lien quand on en a pitié.
Les femmes avisées savent bien
qu’avec rigueur et dédain il faut tenir
les hommes dans la soumission et les chaînes.
S’ils sont amoureux
tous ont l’habitude de souffrir; et quand
les femmes sont plus dédaigneuses et plus cruelles
ils sont eux-mêmes plus patient et plus fidèles.

Aurora
C’est vrai, mais la cruauté tue l’amour;
Je crois qu’il serait de meilleur conseil
de les illusionner,
de feindre de toujours les aimer
de les enflammer complètement petit à petit
et de s’amuser ensuite de leur amour.

Tulia
Il nous faut être ni trop cruelles,
ni trop douces, car le mépris
excite la pitié si l’on en abuse.
La fierté est crainte et non aimée.
Que la sagesse règle
l’empire de la femme.
Que notre cœur se montre
tantôt clément, tantôt fier
et le sexe mâle tombera à nos pieds.

Cintia
A chacune ses idées: moi, je veux
les traiter avec dureté,je veux les voir
pleurer, soupirer, frémir, délirer,
et je veux qu’après une longue,
cruelle et amère servitude,
ils me paient cher un petit plaisir octroyé.

[elle s’en va]

Scène 3
Tulia, Aurora

Récitatif

Tulia
Aurora, je ne voudrais pas
qu’à trop vouloir on en vienne à perdre
notre pouvoir acquis à ce jour
Nous sommes après tout des femmes
et la nature ne nous a donné
que le charme, le regard et la parole.
S’occuper d’épées, de lances, d’armures et d’écus
n’est pas notre affaire.
Si l’homme se réveille, son seul bras vaut mieux
que dix mains de femmes gracieuses et tendres
qui trouvent leur plaisir à être belles.

Aurora
Tulia, vraiment vous parlez sagement
et le sort vous adonné un corps de femme
mais votre sagesse et votre savoir surpassent ceux des hommes.
Ainsi, Mère Nature
à la petitesse de la taille
de votre corps gracieux et beau
a suppléé en vous donnant beaucoup de cervelle.
Votre mère vous a donné avec raison le nom de Tulia
parce que vous ressemblez à Tullius Ciceron.

Tulia
Rejoignons le Conseil,faisons en sorte d’établir
des lois meilleures pour que l’on rende
l’homme impuissant à se libérer du joug.
Car si l’homme revient à son ancienne fierté
il fera un cruel carnage de notre pouvoir.

Air

Tulia

Le fier lion, qui a parcouru
avec audace la vaste arène
supporte sa chaîne
et ne sait pas menacer.
Mais s’il brise ses liens
il revient à sa fierté
en massacrant tout autour de lui.

Scène 4
Aurore, puis Graziosino

Récitatif

Aurora
Quel plaisir, quel charme
une grande rigueur peut apporter à la femme ?
Traite avec amour
les hommes qui nous sont soumis
leur fait supporter leur servitude dans le calme
et la femme s’en réjouit et s’en félicite.
Ainsi moi, au milieu de tous ceux qui sont pris dans
nos filets j’aime mon Graziosino,
il est amoureux, fidèle et ingénu,
et pour qu’il m’adore et m’apprécie, je le traite
avec de tendres paroles et de douces caresses.

[un serviteur entre]

Eh là, faites venir tout de suite
Graziosino, l’esclave qui est à mon service.

[le serviteur s’en va]

En effet, le pauvre petit
mérite que je lui fasse bonne figure
car il me sert et fait office de soubrette.
Le voici qui vient. Eh ! Graziosino !

Graziosino, arrivant en tricotant des bas
Madame.

Aurora
Que faites-vous ?

Graziosino
Je me dépêche de travailler, et dans trois mois
j’aurai fait la moitié d’une chaussette.

Aurora
Laissez votre ouvrage. Venez ici.

Graziosino
Bien madame !

Aurora
Obéirez-vous toujours à mes ordres ?

Graziosino
Je ferai ce que vous me commandez.

Aurora
Mon cher Graziosino, vous êtes si mignon.

Graziosino
Vous me faites rougir.

Aurora
Je vous aime bien
et vous allez voir le fruit de mon amour.

Graziosino
Ces paroles me consolent entièrement.

Aurora
Baisez-moi la main.

Graziosino
Oui, madame.

Aurora
Je vous fais cette gracieuseté
parce que vous me plaisez.

Graziosino
Oh, bénie soit ma beauté !

Aurora
Je veux que vous soyez attentif
à me servir en tout ce que je vous commande.
Tôt le matin,
vous m’apporterez le chocolat au lit,
vous mettrez à chauffer mes vêtements,
vous devrez préparer la petite table,
vous serez dans l’antichambre,
attendant mon ordre pour entrer,
et si des visiteurs arrivent pour me voir,
vous devrez m’en aviser,
et comme font les bons serviteurs
vous devrez rester et attendre dehors.

Graziosino
Dehors ?

Aurora
Naturellement.

Graziosino
Et dedans ?

Aurora
Non monsieur.
Vous devrez attendre.

Graziosino
J’attendrai.

Aurora
Si vous faites ceci, je vous aimerai.

Graziosino
Oui, chère, je ferai tout:
je ferai la soubrette,
je ferai la cuisine,
je ferai toutes les plus basses besognes,
je laverai les bassins et les pots de chambre.

Aurora
Je ne veux pas vous employerà des tâches aussi basses.
Car vous êtes mon cher, mon beau,
mon tendre amour,
vous êtes mon fidèle et aimé Graziosino,
si mignon, et si cher à mon cœur.

Air

Aurora

Ces petits yeux si coquins
m’ont rendue amoureuse,
cette toute petite bouche
me fait toujours soupirer,
mon cher bien-aimé,
mon doux espoir,
je veux toujours toujours t’aimer.
(Il est tout content et c’est le fruit de la flatterie.
Qu’elle aime ou qu’elle feigne une femme,
si elle le veut, charme les hommes.)

Scène 5
Graziosino

Récitatif

Graziosino
Ah ! quelle joie ! Ah ! quelle joie !
Ah ! comme je sens mon cœur
ne plus retenir sa joie.
Heureux Graziosino.
Oh ! Comme je me réjouis !
Il ne peut y avoir au monde
de plaisir plus grand
que celui d’un amour réciproque.
Les bêtes sauvages, les poissons dans l’eau aiment,
les oiseaux aiment,les moutons et les agneaux aiment,
ainsi que les chiens et les chats,
et ceux qui ne savent pas aimer sont tous fous.

Air

Graziosino

Quand les oiseaux chantent,
c’est l’amour qui les fait chanter,
et quand les poissons fraient,
c’est l’amour qui les fait frayer.
La brebis, la tourterelle,
le moineau, l’alouette,
c’est l’amour qui les rend joyeux.
Oh, quel agréable plaisir !
Oh ! qu’il est bon d’aimer,
je ferai le cuisinier, je ferai le plongeur,
je laverai les plats, et tout, et tout,
parce que l’amour
bouleverse mon cœur,
il le fait rire et jubiler.

Scène 6
Giacinto, Cintia

Air

[Giacinto se regarde avec affection dans un miroir]

Giacinto

Mère Nature,
tu m’as trahi,
mais je me suis ri de toi
en me faisant beau,
avec un pinceau,
comme les femmes
ont l’habitude de faire.

Récitatif

Giacinto
Cette perruque, en vérité,
ces cheveux poudrés,
font ressortir admirablement mon visage.
En jouant avec la prunelle de mes yeux caressants,
ceux-ci jettent flammes et étincelles,
et cette bouche, à l’égal de mes yeux,
gracieuse et belle,
le rend toutes amoureuses quand elle parle.
Les femmes sont toutes
folles de moi, je suis l’esclave
de toutes ces belles, c’est vrai,
mais je règne sur le cœur de toutes.
Voici la charmante Cintia.
Vite, vite, vite le ruban, la perruque, les gants, tout,
tout doit être mis comme il faut, et les yeux, la bouche,
avec de douces paroles et de tendres regards
se préparent à lancer flèches et dards.

Cintia, ironiquement
(Voilà mon beau Cupidon.)

Giacinto
Ma reine, ma déesse, je vous salue.

Cintia
Eh bien, que faites-vous ici ?

Giacinto
Tel le petit papillon attiré par votre flamme,
je viens, ô ma belle, y brûler mes ailes.

Cintia
Il me semble qu’avec plus de raisons
vous pouvez parler de gros papillon.

Giacinto
De cette bouche charmante ne sortent
que paroles sages et spirituelles.

Cintia
La vôtre ne sait que dire des sottises.

Giacinto
Ah ! permettez que je puisse,
à l’aide du souffle odorant
de mes ardents soupirs,
encenser ces belles joues adorées.

Cintia
Allez-vous-en d’ici, cessez de m’ennuyer.

Giacinto
Ah ! si vous dédaignez, ô ma belle,
les ardeurs de mon cœur, je porterai ailleurs
mes regards, mes pas,
mon amour sincère et ma foi.

Cintia
Holà ! comment me parlez-vous ?
Vous m’abandonnez ?
Vous voulez devenir le serviteur,
l’esclave et l’amant d’une autre femme ?
Téméraire ! Arrogant !
Vous devez endurer mes chaînes.

Giacinto
Quels remerciements en aurai-je ?

Cintia
Des tourment et de la souffrance.

Giacinto
Jupiter, Pluton, Neptune,
dieux terribles et tout-puissants,
vous qui entendez les paroles
d’une femme sans pitié,
enlevez-moi ces chaînes ingrates.
Oui, oui, Neptune m’inspire,
Jupiter me donne du courage,
Pluton me donne de la fureur.
Tyran perfide, je vous salue humblementet m’en vais.

Cintia
Arrêtez ! Vous auriez
le cœur de m’abandonner ?
Vous avez dit que vous m’aimiez,
que vous me serviriez de tout de votre cœur,
et maintenant vous m’abandonnez, ah ! Traître !

Giacinto
Mais vous me méprisez,
vous me bafouez,
comme si j’étais un homme rustre et vil,
alors que j’essaie en vain de paraître civilisé.

Cintia
A vous voir, vous êtes assez gentil,
gracieux et beau.
Ces yeux coquins,
cette charmante bouche, ce beau minois,
m’ont touché en plein cœur.

Giacinto
Donc, ma chère, vous m’aimez.

Cintia
Oui, je vous adore.

Giacinto
Mon idole, mon trésor,
je n’ai pas assez de mots
pour rendre grâce à votre doux amour.
Accordez-moi la faveur
de pouvoir baiser votre belle main,
respectueusement et très humblement.

Cintia
Oh, monsieur, vous l’espérez en vain.

Giacinto
Mais pourquoi donc? Pourquoi ?

Cintia
Cette faveur ne s’obtient pas
si facilement de moi.

Giacinto
J’en mourrai.

Cintia
Peu m’importe !

Giacinto
Donc si cela vous est égal,
j’appartiendrai à une autre belle.

Cintia
Vous êtes à moi !

Giacinto
Que voulez-vous faire ?

Cintia
Ce que je veux.

Giacinto
Ah ! cette douce rigueur m’enchaîne encore plus.
J’endurerai ma peine,
je mourrai, j’éclaterai si vous le voulez.
Il suffit, ma douce idole, que vous m’aimiez.

Scène 7
Cintia, et Tulia

Récitatif

Cintia
Oh, que vous me faites rire
avec ces soupirs, avec ces pleurs.
Les hommes ne s’avisent pas,
que plus ils prient,
plus les femmes deviennent orgueilleuses
et tourment alors les amants par jeu.

Tulia
Cintia, qu’avez-vous donc fait
à ce pauvre Giacento ?
Il soupire, il défaille et délire;
si vous vous comportez ainsi
vous perdrez tout empire sur son cœur.

Cintia
Au contraire, je le perdrai
plus facilement avec la pitié et les caresses.
Les hommes sont accoutumés,
de par leurs faciles victoires sur notre sexe,
à se fatiguer de tout et à changer fréquemment.

Air

Cintia

Si les hommes soupirent,
que m’importe à moi,
qu’ils pleurent, qu’ils dépérissent,
mais je veux qu’ils soient à mes pieds.
Eux aussi, s’ils le pouvaient,
ils agiraient ainsi avec nous.

Là où n’existe pas encore
le pouvoir des femmes,
la tyrannie des perfides
se déchaîne malheureusement,
et maintenant c’est ici
que l’on venge leurs malheurs.

Scène 8
Tulia, puis Rinaldino

Récitatif

Tulia
Mais moi, à dire vrai,
mon cœur est plus tendre que le leur.
Avec mes amants je suis
quant il le faut, sévère et orgueilleuse,
mais je sais, s’il le faut, être charitable.
Tantôt je feins la rigueur,
tantôt je feins l’amour,
je freine leur attachement et leur assurance,
et je les maintiens entre la peur et l’espérance.

Rinaldino
Tulia, ma belle idole.
Je suis le plus fidèle de vos serviteurs.
Ah, ne laissez pas dans l’oisiveté
ma foi, mon zèle,
car c’est seulement quand je m’occupe de vous
que je découvre le bonheur dans mon existence.

Tulia
Dites-moi la vérité, Rinaldino:
vous vous repentez maintenant d’être resté
mon sujet, mon chevalier servant ?
Cela vous pèse et vous regrettez
votre liberté première perdue ?
La chaîne vous parait-elle dure et sévère ?

Rinaldino
Oh, très doux nœuds,
désirés, voulus et toujours chers à mon cœur !
Que les guerriers transpirent donc
sous le heaume, qu’Astrée tourmente sa suite
au barreau, que le médecin imposteur
étudie et peine sur les pages
mal comprise de Gallien.
Je suis le suivant de l’amour,
loin de la foule insensée de ceux qui mènent
leur vie dans de dures privations.
Je jouis, soyez-en remerciée,
de la paix et de la plénitude.

Tulia
Nous traitons avec douceur les vassaux et nos serviteurs
et nous ne sommes pas cruelles avec les hommes,
à la différence de ceux-ci avec les femmes.
Mais nous sommes exclus des conseils,
privées de noblesse, comme si nous naissions
non pour être la compagne de l’homme,
mais sa servante et son esclave
condamnées par votre sexe ingrat
uniquement aux tâches serviles.
On devrait faire pour nous la même chose que pour vous.
Mais notre autorité, notre rigueur
sera atténuée par un tendre amour,
et votre servitude, qui n’est pas écrasante,
sera bienvenue pour nous, et douce pour vous.

Air

Tulia

Chers liens, peines aimées
d’un cœur aimant et fidèle,
qui a su consacrer sa liberté au dieu de l’amour.
S’il est près de son bien-aimé,
il ne ressent pas son tourment,
mais rempli de bonheur il loue le destin.

Scène 9
Rinaldino

Récitatif

Rinaldino
Où est celui qui a dit
que la prison de l’amour
est dure et amère ?
Depuis le moment où un amant
vit dans le doute et l’incertitude,
entre le devoir et l’amour,
entre la douceur et la rigueur,
il n’a plus aucun repos.
Mais puisque tout le monde s’abandonne au plaisir,
à la jouissance et ne ressent pas
les remords de son cœur...
Mais Oh dieu, malheureusement,
je les ressens en moi, en dépit de
mon abandon aveugle au plaisir,
et l’honneur me le reproche malgré moi.
Ah ! que faire ? Je vais voir
s’il y a possibilité de chasser de mon cœur
ce restant fatal de ma honte.

Air

Rinaldino

Chers jeux, inondez
de plaisir un cœur qui doute,
et que triomphe une liesse générale
qui dispersera une crainte cruelle.
Finalement le doux lien de l’amour
n’est pas une gêne,
mais un plaisir pour notre cœur.

Scène 10
Giacinto, Aurora

Récitatif

Giacinto
Oh, ma douce Diane !

Aurora
Charmant Actéon !

Giacinto
La comparaison me plaît,
parce que je suis votre amant et votre serviteur.
Mais, par malheur, Actéon a été transformé en cerf.

Aurora
Je ne suis pas aussi cruel que le fut la déesse.

Giacinto
Et je ne serai pas imprudent
comme le fut ce malheureux berger.

Aurora
Vous êtes beau et sage.

Giacinto
Votre êtes trop bonne.

Aurora
Giacinto, en vérité,
vous me plaisez beaucoup.

Giacinto
Je sens que je m’enflamme sous les rayons de vos yeux.

Scène 11
Giacinto, Aurora, Cintia

Récitatif

Cintia, à part
(Giacinta avec Aurora ?)

Aurora
Mais vous appartenez à Cintia.

Giacinto
Vous me plaisez plus qu’elle.
Il me semble que le fait de m’appeler «beauté»
me rend beaucoup plus svelte:
regardez sur mon visage, comment, petit à petit,
sous votre amour, je deviens tout feu tout flamme.

Cintia
De l’eau, de l’eau, il nous faut de l’eau
pour éteindre ce feu.

Giacinto
O ma Cintia !
Je brûle d’amour pour vous.

Cintia
Tu ne peux me tromper:
j’ai entendu toutes tes paroles...

Giacinto
Ah ! ma vie...

Cintia
… et elles méritent le bâton.

Giacinto
Bastonner un homme comme moi?
Ah, Aurora, mon honneur fait appel à vous.

Aurora
Vous êtes l’esclave de Cintia, ce n'est pas moi qui commande.

Cintia
Et vous, ma douce dame,
vous vous délectez à voler
le vassal et l’amant d’autrui ?

Aurora
Je fais, moi aussi, ce que tant d’autres font.

Cintia
Mais que vous ne ferez pas avec moi.

Aurora
Maintenant que je sais
que je peux vous rendre jalouse,
vous devrez craindre mes talents.

Cintia
En agissant ainsi,
notre pouvoir sera détruit.

Aurora
Peu m’importe que notre empire
soit tout mis sens dessus dessous,
plutôt que de me plier à votre nature fière et altière.

Cintia
Allons-nous-en Giacinto.

Giacinto
Je viens.

Aurora
Cruel, tu veux donc m’abandonner ?

Giacinto
Mais s’il faut...

Cintia
On vient oui ou non ?

Giacinto
Je viens tout de suite.

Aurora
Je mourrai si vous partez.

Giacinto
Me voilà, je reste.

Final 1

Cintia
Venez, ou vous allez
ressentir ma colère.

Aurora
Barbare cruel,
vous me déchirez le cœur.

Giacinto
(Je me retrouve dans une impasse
entre l’amour et la crainte.)

Cintia
Vous êtes mon esclave.

Giacinto
Oui, c’est vrai, madame.

Aurora
Je suis votre amante.

Giacinto
Mon cœur aussi vous adore.

Cintia
Je veux être obéie.

Giacinto
Et je vous obéirai.

Aurora
Je ne mérite pas d’être trahie.

Giacinto
Je ne vous trahirai pas !

Cintia, Aurora
Eh bien, que décidez-vous ?

Giacinto
Mes toutes belles,
si vous le voulez,
je vais me partager,
sous serez satisfaite,
oui, n’en doutez pas.

Cintia, Aurora
Ne partez pas d’ici
je vais revenir.

Giacinto
Vous serez satisfaite,
oui, n’en doutez pas.

Cintia, Aurora
Je vais revenir.

[les deux femmes partent]

Giacinto
C’est un imbroglio
Non, je ne veux plus
me faire si beau.
Ceux qui me voit
perde la tête.
Tout le monde soupire
après ma beauté.

Cintia, Aurora, revenant
Me voici de retour
c’est encore moi.

Giacinto
Mes beaux astres,
j’implore votre pitié.

Aurora, lui présentant un cœur
Voici mon cœur
qui pleure pour vous.

Cintia, lui montrant un bâton
Voici un bâton
qui vous est destiné.

Giacinto
Je ne sais plus où j’en suis.

Aurora
Si vous le voulez,
je vous le donnerez.

Giacinto
Je ne sais plus où j’en suis.

Cintia
Je vous assommerai
à coups de bâton.

Giacinto
Je ne sais plus où j’en suis.

Cintia
Oui.

Giacinto
(L’une t’apporte un cadeau,
l’autre un bâton,
d’un côté la fureur,
de l’autre l’amour.
Que faire ?)

Cintia, Aurora
Allons, décidez-vous.

Giacinto
Je vais me décider.

Cintia, Aurora
Allons, décidez-vous.

Giacinto
Je vais me décider.
(à Cintia) Votre tyrannie
ne m’apporte aucun plaisir.
(à Aurora) Votre courtoisie
me rend plus heureux.

Aurora
Alors, venez avec moi !

Giacinto
Je vais partir avec vous.

Cintia
Brigand, si tu pars
tu auras du bâton.

Giacinto
Avec vous j’aurai la bastonnade,
avec elle les étreintes.

Cintia
Indigne, scélérat,
je me vengerai.

Giacinto, Aurora
(Crier, trépignez,
en attendant je vais m’amuser.)

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ACTE II

 

Une pièce préparée pour le Conseil des Femmes.

Scène 1
Tulia, Cintia, Aurora, Suite de Femmes

Récitatif & Chœur

Chœur
Liberté, liberté,
chère, chère liberté
Quel plaisir,
Quelle joie,
quel délice elle m’apporte au cœur.
Liberté, liberté,
chère, chère liberté.

[tout le monde s'assoit]

Tulia
La douce liberté qui nous réjouit
doit être conservée, mais pour la préserver
nous devons nous garder de trois choses
de trop de tyrannie,
de l’inconstance et de la jalousie.
Un empire tyrannique dure peu.
Tout le monde s’efforce
de fuir un cœur inconstant,
et la colère transforme la jalousie en fureur.
Ainsi, pour que l’on préserve
cette chère liberté qui nous réjouit,
nous devons être fidèles, prudentes et charitables.

Chœur
Liberté, liberté, etc.

Aurora
Je ne me trouve pas inconstante,
si je veux et si je cherche à acquérir plus de vassaux.
Notre pouvoir, notre beauté, resplendit
quand plus d’adorateurs
nous apportent leur cœur en tribut.
Et étant libres
nous pouvons aimer qui nous voulons.

Chœur
Liberté, liberté
chère, chère liberté.

Cintia
Mais on ne doit pas usurper les droits d’autrui.
Mais on ne dois pas, par des afféteries
et des caresses, rendre les hommes fous d’amour,
pour faire injure ou causer du tort à ses compagnes.
Que chacune fasse à son idée,
que chacune se conduise comme elle le veut,
puisque l’on peut jouir de la liberté.

Chœur
Liberté, liberté
chère, chère liberté.

Tulia
La disparité qui apparaît
dans nos différentes façons de penser,
me donne à croire qu’il serait plus utile
d’introduire la monarchie parmi nous.
On pourrait rendre éternel le pouvoir
d’une seule personne, et de cette façon,
si une seule femme commandait et régnait,
tout le monde devrait observer la même loi.

Cintia
Cette idée ne me plaît pas,
car qui parmi nous pourrait être capable
de soutenir la nouvelle monarchie ?

Tulia
Celle qui a le plus de bon sens,
celle qui a le plus d’expérience,
qui sait avec plus de prudence
mettre en usage la rigueur et la clémence.

Aurora
Il faut, pour gouverner, une femme qui sache
tenir tous les hommes enchaînés
par de doux et suaves actes de pitié.

Cintia
Au contraire, une qui, fièrement sur le trône
féminin, sache refréner l’orgueil des hommes.

Tulia
Nous allons procéder ainsi.
Que chacune d’entre nous se propose,
que chacune mette aux voix son nom,
et qu’ensuite le trône suprême soit donné
à celle qui sera élue à la majorité.

Cintia
Je suis d’accord.

Aurora
J’accepte.

Tulia
Qu’on nous apporte
l’urne et les jetons, moi,
puisque j’ai été la première à proposer ce noble projet,
je me présente en premier et j’attends vos votes.

[les femmes votent et l’on ouvre l’urne]

Chœur
Je ne sais pas ce qui sera mieux pour nous:
la monarchie ou bien la liberté.

Cintia
Tulia, je regrette beaucoup.
Maintenant la volonté commune va être connue:
vous n’avez pas eu une seule voix.

Tulia
Femmes des plus ingrates,
l’envie est votre dieu,
et la vaine ambition votre costume.

Aurora
Maintenant, je propose mon nom
et vous verrez comme
que je suis plus appréciée
pour les vertus de la manière douce.

[elles votent pour Aurora]

Chœur
Je ne sais pas ce qui sera mieux pour nous:
la monarchie ou bien la liberté.

Cintia
Hélas, madame Aurora,
je regrette pour vous:
vous n’avez pas eu une seule voix.

Aurora
Je comprends votre méchanceté,
à la grande injustice qui vient de m’être faite.

Cintia
Vite, vite, finissons-en.
Je veux un vote pour moi aussi.
(Cette fois, automatiquement le pouvoir est à moi.)

Chœur
Je ne sais pas ce qui sera mieux pour nous:
la monarchie ou bien la liberté.

Aurora
Chère madame Cintia,
on n’a pas voté pour vous,
votre urne des oui est vide.

Cintia
Femmes injustes,
C’est un tort manifeste que vous me faites.

Chœur
Liberté, liberté,
chère, chère liberté.

Tulia
A ce que je vois, à ce que je comprends,
aucune femme n’accepte
d’être la sujette d’une autre,
le pouvoir souverain plaît à chacune,
et chacune se préoccupe en vain de subjuguer les autres.

Aurora
(Je vais tâcher d’obtenir
le trône par la ruse.)

Cintia
(J’occuperai le trône
malgré elles.)

Tulia
(à l’aide de la ruse,
sans afficher d’orgueil,
j’arriverai sans doute à occuper le trône.)
Que le Conseil se dissolve maintenant.
Que chacune aille exercer son empire
sur ses vassaux,
et reste libre de régner entre nous.

Chœur
Liberté, liberté,
chère, chère liberté
Quel plaisir,
quelle joie.
Quel délice elle m’apporte au cœur
Liberté, liberté
chère, chère liberté.

[tout le monde s’en va, sauf Tulia]

Scène 2
Tulia

Récitatif

Tulia
Comme serait-il donc possible
que nous puissions régner dans l’union
si la paix nous tourne toujours le dos
alors que nous sommes deux femmes sous le même toit ?
Je sens que notre domination
ne va pas durer très longtemps.
Mais avant que ce ne soit fini pour nous
je voudrais régner d’une façon absolue un jour seulement.
Ah, cette soif de commander
est naturelle en nous
et toutes les femmes ont des caprices en tête.

Air

Tulia

Parmi tous les sentiments
d’amour et de colère
l’amour du pouvoir
prévaut dans le cœur
la soif des honneurs
ne peut être refrénée.

Avoir pour sujets
ces hommes fiers
qui ont pour habitude
de traiter sévèrement les femmes
Je ne saurais demander
plus grand plaisir.

Scène 3
Rinaldino, puis Giacinto, puis Graziosino

Un jardin délicieux au bord de la mer, laquelle formant une baie sur le rivage, offre un moyen commode de débarquement aux petits bateaux.

Récitatif

Rinaldino
Ces roses pourprées
que j’ai cueillies pour ma bien-aimée
sont toutes sans épines
comme l’affection sans peine amère
que j’ai dans le cœur.

Giacinto
Ce joli jasmin
que j’apporte en cadeau à ma bien-aimée,
innocent, simple et tendre
comme moi,
ressemble à mon bon cœur.

Graziosino
Cette chère tulipe
je veux la donner à ma belle,
peut-être un jour
me donnera-t-elle quelque chose aussi.

Rinaldino, Giacinto, Graziosino, ensemble
Jolies fleurs,
doux amours
vous êtes mon bonheur.

Scène 4
Rinaldino, Giacinto, Graziosino

On voit, venant de la mer, accoster une barque remplie d’hommes.

Récitatif

Rinaldino
Regardez, compagnons: voici un navire
qui s’avance vers nous.
Voyez sur la proue les marins
volontaires pour venir comme esclaves et amants.

Giacinto
Le royaume des femmes
est environné d’un aimant,
qui de loin invite et attire les hommes.

Graziosino
Et cet aimant
n’est pas une vue de l’esprit,
car chaque femme en détient une partie.

Trio

Rinaldino, Giacinto, Graziosino

A terre, à terre,
ici il n’y a pas de guerre
mais on peut jouir d’une paix perpétuelle.

[On entend de la barque un concert de hautbois et de cornes de chasse, pendant que les marins abordent et jette une passerelle pour descendre.]

Scène 5
Aurora, Cintia, la suite des femmes, Ferramonte,
Rinaldino, Giacinto, Graziosino, marins et le Chœur

Récitatif

[Aurora, Cintia et les femmes, toutes armées de flèches et de lances, courent vers la rive pour arrêter les hommes.A leur entrée on entend à l’orchestre une musique de trompettes et de tambours, qui fait taire celle venant de l’embarcation.]

Cintia
Holà, vous qui venez
sur ces heureuses rives du plaisir
dites: venez-vous en amis ou en ennemis.

Ferramonte, de l’avant du bateau
Nous sommes des amis.
Nous venons chez vous, O belles,
vous demander la faveur
de servir et égayer vos amours.

Cintia
Puisqu’il en est ainsi, descendez.
Et vous, femmes, arrêtez-les
et sans ménagementemprisonnez-les.

[Ferramonte et tous les marins débarquent, pendant ce temps on joue la musique alternativement de la barque et de l’orchestre.]

Aurora
Plus notre territoire s’agrandit,
plus le désir de régner seule s’accroît en moi.

Cintia
Il me déplaît d’avoir
à partager entre nous
tous ces beaux jeunes gens.
Quand je serai seule à régner, je serai plus à l’aise.

Chœur, auquel s’associent Giacinto et Graziosino
Vite, vite, à la chaîne
pour une servitude d’un nouveau genre
l’esclavage volontaire
n’est pas une honte, ni une charge.

Scène 6
Rinaldino, Ferramonte

Récitatif

Ferramonte
Ami, je suis votre esclave.

Rinaldino
Vous n’êtes pas
parti avec les femmes ?

Ferramonte
Au contraire, je me suis
caché ici, pour ne pas aller avec elles,
car la liberté est un grand trésor.

Rinaldino
Ce trésor, nous l’avons sacrifie
à la loi fatale du dieu aux yeux bandés.

Ferramonte
Vous êtes donc de ceux
qui sacrifiez leur cœur à de beaux visages.
Malheureuse jeunesse, malheureuse engeance,
née pour se divertir et ne rien faire.

Rinaldino
Nous sommes les employés de l’amour
au service de nos belles.

Ferramonte
Bel emploi pour des héros.
Bel emploi vraiment digne de vous.
Vous n’avez pas honte ? Ne savez donc pas
que les femmes sont toutes,
qu’elles soient belles ou laides,
des tyrans cruels et orgueilleux
et nos fières ennemies ?
Et que tenir l’homme oppressé et vaincu
est le plus grand triomphe de leur sexe ?

Rinaldino
Mais on ne peut se dire trompé
par la beauté des femmes.

Ferramonte
Au contraire, ce visage qui énamoure,
qui se bichonne, qui se poudre et se peint,
est une falsification.

Rinaldino
Et les paroles douces ?

Ferramonte
Ce sont des cajoleries
qui enchantent adroitement.
Et les femmes ensuite s’en vantent.

Rinaldino
Et les caresses ? Et les étreintes ?

Ferramonte
Avec ces douces caresses précisément,
avec un sourire accorte et finnois, elles en trahissent
aisément une centaine, l’un après l’autre.

Rinaldino
Mais mon cœur n’est pas d’accord
pour quitter sa bien-aimée.

Ferramonte
Si vous vous fiez à moi,
votre cœur,
qui est déconnecté, fasciné,
envoûté, amolli,
je vous le débarrassai de ses chaînes.

Air

Ferramonte

Quand les femmes parlent,
je ne leur accorde aucun crédit.
Qu’elles pleurent, qu’elles rient,
c’est toujours la même chose pour moi.
Je sais qu’elles feignent tout le temps,
et qu’il n'y a aucune foi en elles.

Je sais que vous êtes
très ami des femmes.
Mais ce que je vous dis est
malheureusement le fruit de l’expérience.
Et si vous voulez dire la vérité,
vous direz «c’est ainsi».

Scène 7
Rinaldino

Récitatif

Rinaldino
Ah ! c'est malheureusement vrai.
Les mots et les regards
qui rendent les amants
esclaves de la beauté sont ensorcelants.
Mais comment, O Dieu ! comment pourrait-on
rompre la chaîne amoureuse du cœur ?
La liberté m’apparaîtrait comme une prison.
Quand un cœur se complaît
dans le feu de l’amour,
il n’est pas si facile de la voir s’éteindre,
on tente vainement de s’en libérer tout à fait.

Air

Rinaldino

Le marin qui s’abandonne
au sein de la mer traîtresse,
peut toujours retourner
au rivage quand il le veut.

Dans un abîme de passion
l’amant reste immergé,
et ne peut retrouver le port
dont il s’est éloigné.

Scène 8
Cintia, l’épée à la main, puis Giacinto

Récitatif

[une pièce]

Cintia
Nous allons bien voir.Ou je règne ou l’empire de toutes les femmes est fichu.

Aut Caesar, aut nihil.
Il m’est impossible de voir autour de moi
mes compagnes qui, sans mon mérite,
veulent commander, comme moi.
Voilà Giacinto.
Ou il doit soutenir mon plan,
ou il sera le premier à subir ma colère.

Giacinto
Cintia, mon amour, mon dieu,
soeur de Cythère, ma souveraine,
ma déesse, me voici tout à vous.
Je vous demande et me prosterne à vos pieds.

Cintia
Eh bien, vous regrettez de m’avoir offensée ?

Giacinto
Ma beauté adorée,
je m’en repends tant et tant,
que j’ai lavé ma faute dans une mer de larmes ?

Cintia
Vous m’aimez, vous ?

Giacinto
Je vous adore !

Cintia
Vous êtes à moi ?

Giacinto
Je suis à vous !

Cintia
Je vous pardonne toutes les erreurs passées.

Giacinto
O chère ! O que je suis content !
Je sens mon cœur bondir de joie.

Cintia
Dites-moi, avez-vous du courage et de la bravoure ?

Giacinto
Mère Nature m’a fait le grand honneur
de me donner un beau visage et un grand courage.

Cintia
La comparaison me plaît.
(S’il est aussi brave que beau, ce sera un poltron).

Giacinto
Allons, parlez, risquez,
commandez, imposez.
Mon bras armé, sur votre ordre
sera occis, s’il le faut, le dieu aveugle lui-même.

Cintia
L’entreprise que je vous demande n’est pas difficile.

Giacinto
Ce n’est pas difficile
pour un cœur à qui tout est aisé.

Cintia
Prenez cette épée.

Giacinto
Voilà, j’accepte,
je me percerai le sein si vous le demandez.

Cintia
Pour le moment je ne veux pas la vie des hommes.
Vous devez tuer,
dans cette cité qui est la nôtre,
cent femmes, pas plus, en ce qui vous concerne.

Giacinto
Comment ? tuer des femmes ?

Cintia
Si vous faites cela,
vous serez enfin mon mari,
et vous régnerez avec moi.
Et si vous refusiez d’obéir à mon commandement,
je vous percerais le sein avec cette épée.

Giacinto
Ah ! madame, madame !
A vrai dire, je n’ai pas encore envie de mourir.

Cintia
Alors, que décidez-vous ?

Giacinto
Je vais y réfléchir.

Cintia
Vous devez vous décider tout de suite.
Ou la vie des femmes,
ou mourir de mes mains.

Giacinto
Voici ma réponse:
je tuerai toutes les femmes de ce monde.

Cintia
Attention de ne pas me trahir.

Giacinto
Je vous en donne l'assurance.

Cintia
Jurez.

Giacinto
Je le jure sur ma beauté.

Cintia
Si vous m’êtes fidèle, si vous m’obéissez,
si vous croyez en moi, vous ne le regretterez pas.

Air

Cintia

On sait déjà plus ou moins
ce que sont les femmes,
mais je crois avoir en moi
un certain je ne sais quoi qui vous plaira davantage:
ce sont ma fidélité, ma sincérité.

On peut se parer
de la grâce et la beauté,
mais ce que l’on apprécie le plus,
ce que l’on peine à trouver
c’est un cœur qui, comme le mien,
ne sait pas dissimuler.

Scène 9
Giacinto, puis Aurora

Récitatif

Giacinto
Je devrai être cruel
pour plaire à ma bien-aimé ?
Oui, oui, qu’on le fasse,
que l’on tue, que l’on extermine
ces femmes qui sont nos ennemis.
Cependant, tout doux, sur ma foi:
et si les femmes nous exterminaient ensuite ?
Je voudrais et ne voudrais pas.
J’hésite entre le oui et le non.
Je vais y penser, réfléchir et me décider.

Aurora
(Comment? Giacento armé?)

Giacinto
(Voici la femme dont je dois
percer le sein en premier.
Ah, si je la regarde
je vais défaillir.)

Aurora
(Il se parle à lui-même.
Je redoute quelque trahison.)

Giacinto
(Allons, du courage.
Je la tuerai d’un coup à l’improviste
sans la regarder en face.)

Duo

Giacinto
(Ah, quelle douce voix!)

Aurora
Que faites-vous ?

Giacinto
Je ne sais pas.

Aurora
Vous voulez me tuer ?

Giacinto
Non, madame.

Aurora
Que faites-vous avec ce poignard ?

Giacinto
Je suis un nouvel imitateur de Roland.

Aurora
Dites-le-moi...

Giacinto
Je ne puis.

Aurora
Et pourquoi donc ?

Giacinto
Parce que... je ne peux le dire... j’ai juré.

Récitatif

Aurora
Ah ! cruel, ah, barbare.
Ah ! rustre, ingrat.
Je vous connais, je comprends votre jeu,
sans doute voulez-vous me passer au fil de l’épée
pour faire croître l’amour de Cintia !

Giacinto
Oh Dieu !

Aurora
Allons, traître
Si vous avez tant de courage,
transpercez-moi donc: voici ma poitrine.

Giacinto
Ah ! je n’en peux plus; voilà que je défaille.

[l’épée lui tombe de la main]

Aurora
Maintenant cette épée m’appartient.

[elle la ramasse]

Giacinto
Pitié, de grâce !

Aurora
La mériteriez-vous ?

Giacinto
Je vous demande grâce.

Aurora
Mon cher petit Giacinto, je vous pardonne.
Mais seulement si vous me dites
qui vous a donné cette épée et dans quel but.

Giacinto
Je ne peux le dire.

Aurora
Ingrat !
Je vous accorde la vie,
et vous me refusez une légère faveur ?
Vous voulez que je meure.

Giacinto
Ah, non ! Arrêtez !
Je dirai tout: Cintia veut...

Aurora
Il suffit.
Cintia est seule coupable,
tu as agi par amour.
Vous êtes beau de visage et de cœur.

Giacinto
Ah, non, je ne mérite pas de votre part
de si belles démonstrations de votre bonté.
Je suis mortifié.
Je suis... je ne sais que dire.Je suis envoûté.

Air

Giacinto

Qui peut résister à la beauté des femmes ?
Moi, je ne le peux, non !
Je sens mon sang tourner,
je sens mon cœur s’amollir en moi,
le solide se brise,
et tout le liquide bout.
Je ne sais pas résister.

Les tigres barbares,
les ours les plus féroces,
se rendraient en voyant
ce visage aimable,
qui sans bruit,
m’a désarmé.

Scène 10
Aurora, puis Graziosino

Récitatif

Aurora
Donc, Cintia, femme malhonnête,
orgueilleuse, possédée du diable,
par désir de régner, veut tranquillement
faire massacrer de malheureuses femmes ?
L’envie, l’ambition, l’avarice,
entraîneront la chute de notre domination,
et nous avons, pour le soutenir, peu de dispositions.
Mais puisqu’elle veut
me voir l’épée au travers du corps,
je veux, moi aussi, essayer de faire de même.
La vengeance est chose commune chez notre sexe.
Voici mon Graziosino.
Lui qui m’aime vraiment
sera l’exécuteur de mon plan.

Graziosino
Chère Aurora,
Je n’en peux plus.
Si je ne vous vois pas plus souvent,
croyez-moi, j’en mourrai vraiment.

Aurora
Eh ! mon petit Graziosino, nous sommes trahis.
Voyez-vous cette épée ?

Graziosino, avec crainte
Oui, je la vois.

Aurora
Vous deviez me la passer dans le corps
mais le ciel bienveillant et miséricordieux
n’a pas réservé à mon existence cette honte.

Graziosino, sur le point de partir
Madame, avec votre permission.

Aurora
Comment ! Vous me quittez ?

Graziosino
Je vais vous dire, pardonnez-moi,
mais quand j’entends parler de mort,
mon cœur bat très fort dans ma poitrine.

Aurora
Ah ! que je suis malheureuse.
J’aime un ingrat qui ne ressent pour moi
ni crainte ni pitié.
Cintia a trouvé celui qui veut l’aider dans son dessein,
et moi, vainement enflammée d’une juste colère,
je devrais rester sans vengeance ?
Je suis désespérée.

Graziosino
Mais que devrais-je faire ?

Aurora
Transpercer le sein de Cintia avec cette épée.

Graziosino
Rien d’autre ?

Aurora
Rien d’autre.
Après tout ce n’est pas une grande affaire
pour un homme que de tuer une femme désarmée.

Graziosino
C’est ce que je dis aussi, c’est une bagatelle.

Aurora
Donc, c’est entendu ?

Graziosino
Je ne sais pas.

Aurora
Il faut vous décider.

Graziosino
Je me déciderai.

Aurora
Pourquoi ne pas accepter cet engagement sans discuter ?

Graziosino
Parce que, je l’avoue, j’ai un peu peur.

Aurora
Peur d’une femme ?

Graziosino
Pour l’avoir subie,
je sais ce qu’est une femme en colère.

Aurora
Alors, si vous ne voulez pas, tant pis pour vous.
Je devrai chercher quelqu’un qui ne saura me refuser.

Graziosino o
Chère, venez près de moi.
Moi, je vais vous dire oui.

Aurora
Vous le ferez ensuite ?

Graziosino
Je ferai tout ce que vous voulez.

Aurora
Prenez cette épée.

Graziosino
Oui, je la tiens.

Aurora
Et quand Cintia viendra...

Graziosino
Et quand Cintia viendra ?

Aurora
Plongez-la dans son sein...

Graziosino
Bon, bon !

Aurora
Vous le ferez ?

Graziosino
Je le ferai.

Aurora
Et puis vous me trahirai.

Graziosino
Non, madame.

Aurora
Aurez-vous du courage ?

Graziosino
Comme Mars.

Aurora
Mon cher petit Graziosini,
vous serez mon Mars.

Graziosino
Plutôt Martin.

Air

Aurora

Quand viendra mon ennemi,
dites aussitôt: «Ah, je t’immole».
C’est ce que dit le dieu Cupidon,
quand il blessa mon cœur pour vous.
Si vous ressentez de la pitié pour elle,
souvenez-vous de mon amour,
et pensez que c’est moi
qui a réveillé la fureur en vous.

Scène 11
Graziosino

Récitatif

Graziosino
Je suis dans un bel imbroglio,
je ne sais que faire.
Si je me montre odieux,
j’offense mon aimée,
et si je montre du courage,
je révèle immédiatement ma couardise.
Mais ici, c’est du courage qu’il faut.
Finalement une femme ne me fait pas peur.
Graziosino, c‘est le moment; du courage et du cœur.

Air

Graziosino

Je suis armé de courage,
je suis furieux,
et que vienne le monde entier
pour que je le tue.
Mais la belle réclame ma pitié ?
Je ne l’écouterai pas.
Et si elle me menace ?
Je n’aurai pas peur.
Et si elle me donne sur la figure ?
Alors je m’en irai.
Je montrerai de la bravoure,
autant que je pourrai.
Mais quand j’aurai peur,
alors, je me sauverai.

Scène 12
Cintia et Giacinto, puis Aurora et Graziosino

Récitatif

Cintia
Ou est l’épée ?

Giacinto
Madame, par pitié...

Cintia
Perfide, indigne,
tu vas éprouver ma colère.

Giacinto
Oui, tuez-moi.
Je mourrai, si la mort me réclame.
Mais ne me demandez pas d’être cruel.

Cintia
Où est mon épée ?

Giacinto
Je l’ai jetée.

Cintia
Pour quelle raison ?

Giacinto
Parce que j’ai de la compassion pour les femmes.

Final 2

Cintia
Et la promesse
que vous m’avez faite ?

Giacinto
Mon cœur vous a professé
ma constance et ma foi.

Cintia
Mais où est mon épée ?

Giacinto
Ah, cruel commandement !

Cintia
Allez, je vous envoie,
mais je suis de tout cœur avec vous.

Giacinto
Ah, cruel commandement !
qui me déchire le cœur.

[entrent au loin Aurora, et Graziosino avec l’épée à la main]

Aurora
Voilà mon ennemi.

Graziosino
(Je suis plein de courage)

Aurora
Ne faites pas que j’en dise plus.

Graziosino
(Ah! que mon coeur tremble.)

Cintia, à Graziosino
Menteur !

Giacinto
Ne dites pas çà.

Aurora, à Graziosino
(Allons, vite !)

Graziosino, à Aurora
(Attendez.)

Cintia, à Giacinto
Baratineur.

Giacinto
Pitié.

Aurora
Poltron.

Graziosino
Je suis là.

Aurora, Graziosino, Cintia, Giacinto
Je sens en moi
colère et fureur.

Aurora, à Graziosino
Tue-la !

Graziosino, portant un coup à Cintia
Ah !

Giacinto, à Graziosino
Arrêtez.

Graziosino, portant un autre coup
Ah !

Cintia
Giacinto, pitié, pitié.

Giacinto
Quel courroux, quelle colère,
quelle fureur vous tient ?

Cintia
Qu’ai-je fait ?

Aurora
Tuez-la.

Graziosino
Ah !

Giacinto
Arrêtez !

Graziosino
Ah !

Cintia
Tu es une femme indigne.

Aurora
Maudite sois-tu.
Vengeance, vengeance.
Je la veux, contre toi.

Tuez-la !

Graziosino
Ah !

Giacinto
Arrêtez !

Graziosino
Ah !

Cintia
Ah ! Perfide !

Graziosino
Ah !

Aurora
Je me vengerai à un moment plus propice.

Aurora, Graziosino, Cintia, Giacinto
Arrêtez, écoutez !
Je ne peux me retenir.
Vengeance, vengeance,
je me vengerai.

Cintia
Qu’ai-je fait, etc...

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ACTE III

 

Une pièce préparée pour le Conseil des Femmes.

Scène 1
Rinaldino en tenue de guerrier, et Ferramonte

Récitatif

Rinaldino
Aux lumières de la raison, je reconnais et constate
les ruses des femmes et mon erreur.
Vous, Erramonte, vous avez eu suffisamment
de cœur et de courage, pour, avec vos sages paroles,
me faire honte de mes malheureux sentiments.
Me voici redevenu l’homme que j’étais,
dans mon état premier,
plein de sentiments héroïques et de désirs prudents.

Ferramonte
Est-il possible que vous ayez pu servir
pendant de temps ces ensorceleuses ?
Les femmes, qu’elles soient laides ou belles
sont faites pour nous servir,
et une fois qu’elles ont servi, qu’on les abandonne.

Rinaldino
Les caresse et les flatteries
ont trop d’empire sur notre cœur.

Ferramonte
Cette assemblée de femmes traîtresses
aura mis fin au jeu.
Par jalousie elles sont dressées
les unes contre les autres,
et ont provoqué elles-mêmes leur perte.

Scène 2
Tulia, Rinaldino, Ferramonte

Récitatif

[une chambre]

Tulia
Ah! qui m’aidera ?

Rinaldino
Ah! ma Tulia !

Ferramonte, bas, à Rinaldino
(Ami, soyez fort.)

Tulia
On veut ma mort.

Rinaldino
Et qui est-ce qui vous menace ?

Ferramonte, comme ci-dessus
(Ne la regardez pas en face.)

Tulia
Les femmes envieuses,
fières et orgueilleuses,
par désir d’occuper seules le trône,
elles brûlent entre elles de colère et de mépris.

Rinaldino
Ah ! vous me faites pitié.

Ferramonte
(Rinaldino, ne tombez pas dans le piège.)

Tulia
Je m’en remets à vous.
Défendez-moi, vous !

Ferramonte
(Courage, ne les croyez pas !)

Tulia
Ah ! ne m’abandonnez pas.

Ferramonte
(Courage, ne les croyez pas !)

Rinaldino, à Ferramonte
(Dois-je la quitter ?)

Ferramonte
(Elle voudra vous tromper une autre fois.)

Rinaldino
Tulia, que voulez-vous ?

Tulia
Être votre sujet,
renoncer à toutes les raisons
de vous dominer.

Rinaldino, à Ferramonte
(Que faire ?)

Ferramonte, à Rinaldino
(Prenez-la au mot.)

Rinaldino
Mon idole, venez, à cette condition
je vous accepte à nouveau.

Air

Tulia

Je vous promets amour et fidélité.
Tant que je vivrai, je vous adorerai.
Je vous serai constante et fidèle.
Et je saurai trouver dans votre cœur
un doux empire, plus digne de moi.
Qu’une vaine ambition ne m’aveugle plus,
je veux brûler pour ce visage qui m’enflamme.

Scène 3
Rinaldino, Ferramonte

Récitatif

Ferramonte
Je ris comme un fou
à voir ces femmes humiliées
arriver avec un peu de honte
comme les toutous de Bologne.

Rinaldino
J’aime Tulia,
et si je peux l’avoir à moi,
sans déshonorer mon orgueil viril,
mon cœur aura acquis un trésor.

Ferramonte
Oui, mais faites bien attention qu’ensuite peu à peu
la femme ne vous en fasse pas venir à un jeu de brute.

Air

Ferramonte

Les femmes ont pour habitude
de travailler avec leur tête.
Elles commencent petit à petit
par des caresses, à l’envoûter,
et quand l’homme est pris,
et quand elle l’ont enflammé,
elles deviennent orgueilleuses,
elles relèvent la tête
et veulent commander.

Scène 4
Rinaldino

Récitatif

Rinaldino

Le péril passé m’a rendu prudent,
et avec une femme accorte,
je ne serai plus aveugle.Tullia, d’ailleurs,
n’est pas des plus fines,
si elle l’avait été,
je n’aurai pas eu cette épée
pour trancher mes liens.
C’est pour cela que je l’aime
sans craindre que son cœur veuille me tromper.

Air

Rinaldino

Qui croit trop en Amour
va vers vers la tromperie,
mais toujours douter
est le plus cruels des tourments.
Je me fie à mon cher Cupidon,
et je vis en paix,
et si elle vient à mentir,
je la chasserai de mon cœur.

Scène 5
Aurora, Graziosino

Récitatif

Graziosino
Je ne veux plus rien savoir.

Aurora
Je suis perdue si vous m’abandonnez.

Graziosino
Vous êtes toutes des femmes possédées du diable.

Aurora
L’empire des femmes s’en va en décomposition.

Graziosino
A cause de votre vanité excessive.

Aurora
Mais vous allez me laisser
à la merci de la fureur des hommes ?

Graziosino
Je suis l’esclave de votre seigneurie !

Aurora
Graziosini, pitié !

Graziosino
(Je me sens ému.)

Aurora
Ayez pitié.

Graziosino
(Ma poitrine brûle.)

Aurora
Si vous voulez que je meurs, je mourrai.

Graziosino
Ah ! si vous disparaissez, je mourrai.

Aurora
Donc...

Graziosino
Donc je suis à vous.

Aurora
Me sauverez-vous ?

Graziosino
Je vous sauverez.

Aurora
Et vous m’aimerez ensuite ?

Graziosino
Oui, je vous aimerez.

Air

Aurora

Quelle belle satisfaction
de régner dans le cœur de son bien-aimé,
et sans peines cruelles,
se réjouir et jubiler.
Les femmes sont seulement nées
pour être des amantes
et non pour commander.

Scène 6
Graziosino, Cincia

Récitatif

Graziosino
Ce Ferramonte
m’a conseillé d’être cruel;
mais si une dame venait à s’approcher,
il se laisserait prendre comme un benêt.

Cintia
J’ai l’impression d’avoir les intestins dévorés
par des loups, des tigres, des lions,
des guépards, des panthères, des ours et des mâtins.

Graziosino
Voilà encore une autre histoire.

Cintia
Arrêtez, c’est mon trône.
Je veux y monter.Mais Jupiter irrité,
m’a foudroyé et m’en a jeté bas;
mais la terre m’étouffe et la mer m’assomme.
Hélas, ils me frappent sur la tête avec un marteau.

Graziosino
Elle est vraiment folle !

Cintia
Bonjour, chevalier.

Graziosino
Je suis votre esclave, maîtresse.

Cintia
Allez, et que le ciel vous dispense toutes les maladies.

Graziosino
(Elle a perdu la tête.)

Cintia
Perfide, tu es celui
qui veut m’ôter le trône ?
Va-t-en ou je te bastonne.

Graziosino
Je ne sais rien.

Cintia
Ma tête se brouille,
ma cervelle me lâche.
La la la,
la la la.

Graziosino
Quand la frénésie de la domination
se met dans la tête des femmes
on assiste à mille et une folies de leur part.

Cintia
Holà ! tu es mon esclave.

Graziosino
Oui, madame.

Cintia
Approche !

Graziosino
Me voici.

Cintia
Va au diable.

Graziosino
Les femmes ne peuvent lutter contre leur nature,
et même folle l’inconstance persiste.

Cintia
Holà, fier sujet
de mon pouvoir souverain.
Me connais-tu bien, brigand, sais-tu qui je suis ?
Agenouille-toi devant le trône,
jure-moi fidélité et obéissance,
courbe la tête et fais-moi la révérence.

Graziosino
Allons donc, vous êtes folle...

Cintia
Ah, téméraire
c‘est ainsi que tu me parles ?
Jure-moi fidélité, que cela te plaise ou non,
ou je te plante ce stylet dans la poitrine.

Graziosino
Doucement, doucement, c’est moi; je ferai tout.

Cintia
Jure-moi fidélité !

Graziosino
Je le jure !

Air

Graziosino

Je le jure, madame, oui. (mais jurer quoi ?)
Je jure... (que je vais faire en sorte de sortir d’ici.)

Arrêtez. Je jure, je jure de vous servir, de vous aimer,
de vous obéir, de vous faire plaisir, de vous voir,
de vous honorer, de vous faire ceci, de vous faire cela,
en toute fidélité.

Scène 7
Cintia, Giacinto

Récitatif

Cintia
Ah! quel doux plaisir
pour les femmes de dominer les hommes.
Mais, hélas ! je vois que notre grande entreprise
vouée à la destruction,
et que les hommes veulent nous dominer.

Giacinto
Vive le sexe masculin !
La gent féminine,
avec toutes ses manies,
devra finalement se soumettre à nous.

Cintia
Giacento !

Giacinto
Que voulez-vous ?

Cintia
Je veux que vous m’aimiez.

Giacinto
Ce «je veux», Madame,
sonne mal dans votre bouche,
car ce n’est pas aux femmes à commander.

Cintia
Mais vous êtes mon esclave.

Giacinto
Esclave, je le fus,
il est vrai, mais de la beauté.
Et je constate que notre beauté
est plus grande et vaut mieux que la vôtre.

Cintia
Vous m’abandonnez donc ?

Giacinto
Si vous demandez mon amour,
rabaissez votre orgueil et agenouillez-vous.

Cintia
Et je m’humilierais ainsi ?

Giacinto
N’espérez plus d’amour de ma part,
ni que d’autres veuillent vous aimer,
si vous refusez de faire acte d’obéissance.

Cintia
(Il vaut mieux accepter, pour ne pas rester sans rien.)

Duo

Cintia
Me voici à vos pieds
pour demander votre pitié.

Giacinto
Que celui qui voit çà prenne en de la graine,
pour rendre humbles les femmes.

Cintia
Mais c’est trop humiliant pour moi.

Giacinto
Si vous ne voulez pas, adieu !

Cintia
Arrêtez !

Giacinto
Je veux m’en aller.

Cintia, s’agenouillant
Allons, mon cher petit Giacinto,
revenez à moi pour m’aimer.

Giacinto
Que le sexe féminin
vienne se regarder dans le miroir.

Cintia
Mais cela ne se fait jamais.

Giacinto
Le bonjour à votre seigneurie.

Cintia
Arrêtez !

Giacinto
Suppliez-moi !

Cintia
Hélas ! quelle cruauté !

Giacinto
Respect et humilité.

Cintia
Mon cher petit bambin, de grâce !

Giacinto
Je sens la pitié m’envahir entièrement.

Cintia, Giacinto
Petit minois aimable,
que vous êtes adorable !
Mon tendre cœur vous adorera.

Scène 8
Tous

Un endroit délicieux et magnifique destiné aux divertissements des femmes de la classe dominante.

Final 3

Chœur des Femmes
Pitié, pitié pour nous.
Vous êtes de tels héros.
Pitié, pitié pour nous !

Rinaldino
Si vous renoncez à l’empire,
si vous vous rendez à nous,
alors vous trouverez
la pitié dans notre cœur.

Tulia
Je renonce à tout et je me rends,
et j’attends la pitié de votre cœur.

Chœur, comme ci-dessus
Pitié, pitié pour nous, etc.

Aurora
Graziosino, je suis à vous.

Graziosino
Et je vous agrée.
Je vous garderai, vous aimerez et vous épouserez.

Cintia
Et vous, cher Giacento, qu’allez-vous faire ?

Giacinto
Je que je vais faire de vous, vous le saurez plus tard.

Ferramonte
Loué soit le ciel, on voit bien pour finir
que le monde à l’envers ne pouvait durer.
Elles reconnaissent d’elles-mêmes
que les femmes orgueilleuses qui commandent
courent à leur ruine.

Chœur des Femmes
Pitié, pitié pour nous
Vous êtes de tels héros.
Pitié, pitié pour nous.

Chœur des Hommes
Nous aurons pitié de vous,
quand vous freinerez votre vanité.

Tous
Les femmes qui commandent,
c’est un monde à l’envers,
qui ne durera jamais.

Épilogue

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