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Baldassare Galuppi

[1706 1785]

La Diablesse

La Diavolessa

Drame joyeux en musique de Polisseno Fegeio, berger arcadien,
qui sera représenté au théâtre de San Samuele à l’automne 1755

livret de Carlo Goldoni

 

Avertissement

Le texte traduit est celui du site carlogoldoni.it, qui reproduit l’édition du livret de Venise, 1755.
Les passages qui ne figurent pas dans le livret de l’enregistrement CPO sont entre crochets.

 

les personnages

 

Dorina, aventurière, alto
Giannino, jeune homme, amant de Dorina, baryton
Falco, aubergiste, ténor
Le comte Nastri, alto
La comtesse, son épouse, soprano
Don Poppone, gentilhomme, basse
Ghiandina, camérière, soprano
Gabrino, serviteur, rôle muet

 

Acte I
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Acte II
|
Acte III

Acte Premier

 

Scène première
Une chambre noble d’auberge
Dorina et Giannino, puis Falco

 

Duo

 

Dorina
C’est décidé, je veux partir,
Arrêtez de me tourmenter.

Giannino
Ah, Dorina, par pitié !
Vous voulez me laisser ici !

Dorina
Tant pis, tant pis pour vous !
Oui, je veux m’en aller.

Giannino
Vous voulez m’abandonner !

Dorina
C’est décidé, c’est décidé !

Giannino
Ah, Dorina, par pitié !

Dorina
Tant pis, tant pis pour vous !
Oui, je veux m’en aller.

 

Récitatif

Falco
Qu’y a-t-il, quoi encore ?
Je crois entendre que vous êtes un peu agités.

Dorina
Faites notre note,
Pour moi, je veux partir.

Giannino, à Falco
Ma Dorina veut m’abandonner !

Falco
Mais pourquoi donc ?
Oh, pauvre garçon !

Dorina
Parce que, dans la dure situation où nous nous trouvons,
Il est nécessaire que nous nous séparions.

[Giannino
Ce qui revient au même que de dire directement
Que le pauvre Giannino n’a plus qu’à descendre au tombeau.

Falco
Je n’aurais jamais cru,
(à Dorina) Avec votre permission,
Que vous eussiez si peu de compassion.

Dorina
Il m’a arrachée de chez moi,
Et maintenant, à cause de lui, je suis dans l’embarras.

Giannino
Mais je veux l’épouser.

Dorina
Il veut m’épouser
Mais il n’a pas un sou en poche,
Si bien, que, quand les feux d’amour seront passés,
Nous n’aurons plus qu’à mourir de faim.]

Falco
Dorina m’a exposé son sentiment.
Eh bien, monsieur Giannin, que dites-vous ?

Giannino
Je dis... que je voudrais...

Falco
L’épouser ?

Giannino
Oui, monsieur.

Falco
Et puis ?

Giannino
Et puis... quand mourra mon père,
Qui est vieux et malade,
Nous vivrons chez moi dans de bonnes conditions.

Falco
Dites la vérité, Dorina, vous l’aimez ?

Dorina
Si je ne l’aimais pas,
Je n’aurais pas suivi ses pas.

Falco
Donc, tout le mal, d’après ce que j’entends,
Vient de ne pas avoir d’argent.

Dorina
Et vous trouvez que ce n’est rien ?

Falco
Et si, ici-même,
Je vous trouvais une honnête espérance ?

Dorina
Je lui tendrais la main à l’instant même.

Falco
Laissez-moi faire.

Giannino
Oh oui, Falco, je vous en prie...

Dorina
Cher Falco, si gentil !

Giannino
Adorable Falco !

Dorina
Vous m’obligerez beaucoup.

Giannino
Je vous serai reconnaissant.

Falco
Écoutez: il y a ici un gros richard,
Nommé don Poppone,
Lequel, aimant beaucoup l’argent et l’or,
Cherche toujours à trouver quelque trésor.
Il suffit qu’un étranger se présente
Et lui fasse voir clairement
Qu’il est compétent pour ce genre de fouilles,
Et il peut lui prendre dans la main
Des écus ou des doublons.

[Giannino
Mais je n’y connais rien.

Falco
Quelle importance ?
Je pourrai vous instruire, si vous voulez.
Fiez-vous à moi, vous me connaissez.

Dorina
Je ferai tout ce qu’on peut faire
Pour me procurer sagement un peu de dot.

Falco
Il suffit de partager le butin avec le maître.

Dorina
C’est juste.

Giannino
Vous ferez le partage.

Falco
Il me suffit du quart du résultat.
Je vous indiquerai la maison.
Vous irez seuls, pour ne pas éveiller les soupçons
Et je vous dirai ce que vous devrez dire.
Puis, quand vous serez dans la maison,
Je viendrai directement moi aussi
Pour donner force et crédit à l’imposture.

Giannino
En attendant, vous nous donnerez
À manger, je suppose...

Falco
Vous êtes les maîtres.
Dorina aura tout ce qu’elle ordonnera,
Mon auberge est à sa disposition.]

 

Cavatine à trois

 

Falco
Si je n’étais pas marié,
Je ne sais pas ce que je ferais.
Oh, chanceux Giannino,
Lui, il sera heureux !

Dorina
Oh, vraiment, vous êtes adorable !

Giannino, à Falco
Mais pas tant d’amabilités !

Falco
Elle est gracieuse, elle est mignonne,
Je ne connais pas sa pareille.

Dorina
Votre obligée, en vérité.

Giannino, à Falco
Mais pas tant d’amabilités !

Falco
Tu es jaloux, mon pauvre !
Il est jaloux, mon Giannino,
Et il me fait rire.

Giannino
Je dois souffrir cette douleur.

Dorina
Monsieur, la jalousie
N’est rien comparée à la faim.

Giannino
Madame dit vrai,
Et il me faut souffrir
Vu la nécessité.

 

Scène II
Le comte et la comtesse

 

Récitatif

La comtesse
Eh bien, monsieur mon époux,
Combien de temps devrons-nous rester dans cette auberge ?

Le comte
Un peu de patience, ma chère comtesse.

La comtesse
Je ne veux pas rester ici, je veux m’en aller.

Le comte
J’ai envoyé la lettre au seigneur Don Poppone,
À qui nous sommes recommandés,
Et nous serons peut-être logés chez lui.

[La comtesse
Le laquais ne revient pas avec la réponse ?

Le comte
Naples est une grande cité,
De chez don Poppone à ici,
La distance n’est pas petite;
Il faut avoir un peu de patience.

La comtesse
J’attendrai qu’il revienne;
Nous entendrons la réponse;]
Mais si jamais ce Don Poppone
Ne nous envoie pas d’invitation,
Je veux partir au plus vite, changer d’auberge.

Le comte
Pourquoi ? Ne sommes-nous pas bien traités jusqu’à maintenant ?

La comtesse
Oh oui, monsieur, nous sommes merveilleusement traités,
Et je sais que monsieur mon galant époux
Est au comble de la joie,
Amoureux de la belle étrangère.

Le comte
Oh ! De qui ? De Dorina ? Vous vous trompez.

La comtesse
Que je me trompe, je pourrais l’accorder;
Mais, je le redis, je ne veux pas rester.

Le comte
Voici Gabrin qui revient ; nous allons savoir...

La comtesse
Il me suffit que nous partions d’ici.

[Le comte
Quelle réponse m’apportes-tu ?
Une lettre ? Écoutons.
Je crains qu’il trouve quelque prétexte pour se dérober.

La comtesse
Quoi qu’il en soit, je ne reste pas ici.

Le comte
J’ai compris ; vous l’avez répété cent fois,
Et en vérité, vous m’avez fatigué.Lisons.

La comtesse
Mais je veux partir d’ici !]

Le comte
Quelle patience !
« Don Poppone Corbelli présente ses respects
Au comte Nastri ainsi qu’à la comtesse.
Ne pouvant pour l’instant
Venir les saluer à l’auberge,
Il les fait supplier
Qu’ils daignent se rendre sous son toit,
Où il sera sincèrement ravi de les accueillir. »

La comtesse
Allons-y donc tout de suite.

Le comte
Doucement, doucement !
Aller si vite quelque part
Sans savoir... sans connaître celui...

La comtesse
Je vous le redis: je ne veux pas rester ici !

Le comte
Allons-y donc, arrivera ce qui arrivera.

La comtesse
Il me suffit que nous partions d’ici.

Le comte
Allez, taisez-vous une fois,
Nous irons, oui, je vous donnerai satisfaction,
Mais faites que je ne vous entende plus crier.

 

Scène III
La comtesse seule

 

Récitatif

La comtesse
Les maris réclament
Que nous les traitions doucement,
Mais si on n’obtient rien par la bonté,
Il faut crier pour avoir raison.

 

Air

 

La comtesse

Il se trompe, celui qui croit
Que la femme est une esclave.
Si sa charge l’accable,
On la voit aspirer
À sa liberté.
Le mari est un compagnon,
Non un prince tyrannique !
C’est une misérable tromperie,
D’un cœur orgueilleux,
Que d’user de cruauté.

Il se trompe, etc.

 

Scène IV
Chez Don Poppone
Don Poppone, puis Ghiandina

 

Récitatif

Don Poppone
Ah ! Il ne manquait plus que ce nouvel embarras.
Loger des étrangers... je n’aime pas ça...
Je ne voudrais pas qu’ils perturbent l’opération prochaine,
Ce trésor que je dois déterrer dans la cave.
Après tant d’années, je suis enfin arrivé au but:
Trouver un trésor sûr et certain,
Et c’est chez moi, dans ma maison, que je l’ai trouvé.
Mais les étrangers... Ghiandina !

Ghiandina
Monsieur m’a demandée ?

Don Poppone
Un ami de Rome que je ne veux pas désobliger
M’a mis dans un bel embarras.
On me recommande un comte et une comtesse,
Je les ai invités à loger chez moi;
Faites en sorte que tout soit prêt.

Ghiandina
Cher monsieur mon maître, il est vrai que vous êtes riche,
Mais si vous dépensez aussi allègrement,
Votre bien sera bientôt réduit à néant.

Don Poppone
Quelle importance ? Demain, nous aurons les caisses pleines
D’argent et d’or.
(Doucement) J’ai découvert un trésor !

Ghiandina
Découvert, vraiment,
Ou, comme d’habitude, trouvé dans votre tête ?

[Don Poppone
Cette fois, c’est sûr,
Je l’ai trouvé, Ghiandina.

Ghiandina
Où ? On peut savoir ?

Don Poppone
Chut ! Dans la cave.

Ghiandina
J’espère que ce n’est pas comme d’habitude...

Don Poppone
La chose est certaine,
J’ai fait la découverte
Par le biais de certains songes;
Et j’ai aussi fait l’essai sur le sol
Avec la baguette de coudrier.

Ghiandina
Pour moi, je ne m’y entends pas.
J’attends de voir l’or
Et quand je le verrai,
Je croirai que vous l’avez trouvé.]

Don Poppone
Et quand vous le verrez sortir de la cave,
La maîtresse sera... sera Ghiandina !

Ghiandina
Si seulement c’était vrai...

Don Poppone
On ne peut plus vrai, vous le verrez bientôt.
J’ai appris dans un livre à réaliser des miracles;
Jusque là, j’ai été berné par plus d’un;
Mais maintenant, je suis éclairé,
J’opère à coup sûr,
Et je peux trouver un trésor dans l’obscurité.

Ghiandina
Veuille le Ciel que ce soit vrai;
Et ensuite, monsieur, je vous promets,
Moi aussi, de vous faire trouver un autre trésor.

Don Poppone
Où ? Comment ?

Ghiandina
En moi, vous trouverez un trésor
D’honnêteté, de constance, d’amour et de fidélité.

 

Air

 

Ghiandina

Une femme qui connaît les convenances
Est un trésor sans pareil.
La belle honnêteté,
Ma fidélité,
Pourront vous rendre heureux et content;
Car l’argent avec le temps s’en va,
Mais l’amour reste dans le cœur.

Elle sort.

 

Scène V
Don Poppone, puis Ghiandina qui revient

 

Récitatif

Don Poppone
C’est vrai: une fille comme elle
Est certainement un trésor;
Mais j’ai besoin de trouver celui en or,
Vu que jusqu’à présent, peu expert en cet art,
J’ai dépensé le certain pour l’incertain;
Mais maintenant, je suis sûr.

Ghiandina
Deux étrangers sont venus vous demander.

Don Poppone
Un homme et une femme ?

Ghiandina
Bien sûr.

Don Poppone
Ce sera le comte et la comtesse; bien,
Qu’ils viennent, il faut les recevoir.

Ghiandina
Ça ne me plaît pas.

Don Poppone
Pourquoi ?

Ghiandina
Rien, rien.

Don Poppone
Parlez.

Ghiandina
La comtesse me paraît plutôt mignonne;
Je ne voudrais pas que vous oubliiez Ghiandina.

Elle sort.

 

Scène VI
Don Poppone

 

Récitatif

Don Poppone
Non, pas de doute... Si elle est jalouse,
C’est signe qu’elle m’aime.
Dès que j’ai réalisé l’opération du trésor,
Je vais l’épouser sans aucun délai.
Je serai critiqué: pourquoi une servante ?
Que m’importe, à moi ?
Dans ces choses, chacun doit penser pour soi.]

 

Scène VII
Dorina, Giannino, Don Poppone

 

Récitatif

Dorina
Votre servante, Don Poppone !

Giannino
Mes respects.

Don Poppone
Je m’incline devant monsieur le comte;
Je m’incline humblement devant la noble comtesse.

Dorina
(Comtesse, moi ?)

Giannino
(Quoi ? Je ne suis pas Giannino ?)

Don Poppone
Je me déclare fortuné
De pouvoir loger chez moi
L’illustre dame, le gracieux chevalier.

Giannino
Vous nous connaissez ?

Don Poppone
Certes: l’ami qui vous a adressés à moi
M’informe du rang et des titres élevés
De vos Seigneuries.

Giannino
(Falco nous a mis dans un beau pétrin !)

Dorina
(Il nous a anoblis, il va falloir jouer fin.)

Don Poppone
Vous êtes certainement fatigués du voyage;
Veuillez aller vous reposer.
Puisque vous êtes déjà mari et femme,
Vous serez indulgent
Si vous n’avez qu’une chambre et un seul lit.

Giannino
Ce n’est pas un grand mal.

Dorina
Non, non, monsieur, je vous en prie, de grâce !
J’ai été habituée ainsi depuis toute petite:
Je préfère être seule dans ma chambre.

Don Poppone
Mais je n’ai pas beaucoup de place.

Dorina
Peu importe: pour moi, cela suffira.

Don Poppone
Et lui, à l’extérieur ?

Giannino
Oui, monsieur, dehors:
Madame l’ordonne et le veut ainsi.

Don Poppone
Oh, madame la comtesse !
Pourquoi si cruelle avec votre mari ?

Dorina
À ce que j’entends, vous n’êtes pas au courant
Du nouvel usage.
(J’ai bien envie de poursuivre l’imposture.)

Don Poppone
Je sais que personnellement, si j’avais une épouse, je voudrais
Nuit et jour, en bonne entente, être à son côté.

Giannino
Moi aussi, vraiment, je suis du même avis,
Je voudrais nuit et jour être près d’elle.

Dorina
Ceux qui font ainsi, que vos Seigneuries le sachent,
On les appelle des maris ennuyeux.
Liberté, liberté !

Giannino
Il suffit, pour l’instant, je me tais... mais plus tard, quand...

Dorina
Plus tard, quand, plus tard, quand, je vous comprends.
Quand viendra ce jour,
Vous voudrez bien agir ainsi.

Giannino
Écoutez.

Don Poppone
Je n’y comprends rien.

Dorina
Ah, l’amour le plus candide, le plus pur,
A besoin de son clair-obscur;
Et puis, il faut distinguer
L’amour comme l’entend la plèbe
De celui de notre noblesse.
(Je veux que nous nous comportions noblement,
Que nous soyons nobles, diantre, ou que nous le soyons pas.)

 

Scène VIII
Don Poppone, Giannino

 

Récitatif

Don Poppone
En cette matière, je m’en remets à vous:
Chez moi, on fait ce qu’on veut
Et je laisse toute liberté à chacun.

Giannino
Mais, monsieur, permettez: vous ne me connaissez pas.

Don Poppone
Mais si, monsieur !
Vous êtes le comte Nastri, chevalier romain,
Qui vient à Naples pour ses loisirs,
Avec madame la comtesse.
Mon ami m’a informé de tout.

Giannino
(Oh, Falco, grand brigand !)
Discutons donc de l’affaire du trésor.

Don Poppone
Quel trésor ? Je ne connais pas de trésors,
Je ne déterre pas de trésors;
Qui vous a donc dit
Qu’on déterre des trésors chez moi ?

Giannino
Celui qui m’envoie chez Votre Seigneurie.

Don Poppone
Ce n’est pas vrai, pas vrai, je vous le redis
Et je l’écrirai à mon ami de Rome.
(S’il est au courant pour le trésor, c’est ma ruine;
Je vais le tenir à distance de la cave.)

Giannino
Donc, vous ne voulez pas que je vous aide à creuser ?

Don Poppone
Je suis abasourdi.
Je vous conseille de taire
Pareille proposition
Ou vous me verriez me livrer à des actes inconsidérés.

 

Air

 

Don Poppone

Qui vous a parlé du trésor,
Il en a menti par la bouche.
Ah ! la parole me manque
Avec la bile que j’ai au cœur !

Toute ma maison est ici,
Mes chambres, les voilà,
Et par là, c’est la cuisine,
Ma maison n’a pas de cave,
De trésor, ici, il n’y en a pas,
Et je ne comprends pas pourquoi...

[Qui le croit n’en sait rien.]
Soyez-en sûr, illustrissime,
Très estimé monsieur le comte,
Il n’y a rien, en vérité.

Qui vous a parlé..., etc.

 

Scène IX
Giannino seul

 

Récitatif

Giannino
Je n’y comprends rien:
Nous étions restés d’accord avec Falco sur une chose,
Et j’en trouve une autre complètement différente.
Diable, qu’est-ce ?
Avec cette histoire de noblesse,
Me voilà bien embrouillé,
Jamais je n’ai fait le gentilhomme.
Je voudrais bien m’essayer un peu à le faire,
Mais je ne sais par où commencer.

 

Air

 

Giannino

Avec les dames, avec les dames:
Serviteur de Madame,
De bon cœur, en l’honneur,
En l’honneur de la beauté...
Je manque de grâce, en vérité.
Avec les messieurs, avec les messieurs:
Mes respects, mes hommages,
Si mon crédit peut vous être utile !...
Oh ! cela ira vraiment mal.
Essayons avec des gens du commun:
Insolent, je ne donne rien,
Je paierai quand je voudrai !
Je n’en ai pas besoin, dehors !
Ah ah ah, là, ça va bien,
J’y arrive, en vérité !

Avec les dames, etc.

 

Scène X
Don Poppone, puis Falco

 

Récitatif

[Don Poppone
Comment diable l’ont-ils su ?
Est-il possible que la nouvelle du trésor
Soit parvenue à Rome ? Eh, pensez donc:
Ce sont ces bavardages
Que fait Ghiandina. Elle le leur aura dit.
Oh, maudit vice des femmes !]

Falco
Peut-on entrer ?

Don Poppone
Venez donc, Falco.

Falco
Je suis touché de votre obligeance.

Don Poppone
Eh, vous le savez, je vous vois volontiers.

Falco
Deux étrangers sont-ils venus chez vous ?

Don Poppone
Oui, une comte et une comtesse
Qui viennent de Rome.

Falco
Personne d’autre ?

Don Poppone
Personne d’autre.

Falco
(Est-ce que Dorina et Giannino
Se seraient trompés de maison ?)

Don Poppone
Qui devait venir chez moi ?

Falco
Un jeune homme charmant,
Qui s’appelle Giannino,
En compagnie d’une belle,
Venus exprès de Turquie
À la recherche de Votre Seigneurie.

Don Poppone
Que veulent-ils de moi ?

Falco
D’après ce que je leur ai entendu dire entre eux,
Je crois qu’ils sont à la recherche d’un trésor.

Don Poppone
Ils savent déterrer des trésors ?

Falco
Je crois que oui.

Don Poppone
Faites-les venir ici.

[Falco
Il me semble qu’ils devraient déjà être arrivés.
Ils sont étrangers, ils ont dû se perdre.

Don Poppone
Trouvez-les, de grâce.

Falco
Je vais les retrouver tout de suite.

Don Poppone
Eh ! N’allez pas croire
Que je pense à déterrer quelque trésor;
Mais je parle volontiers de certaines choses...
Et j’apprécie les gens d’esprit.]

Falco
Je ne suis pas de ceux
Qui se mêlent des affaires d’autrui,
Mais j’ai entendu, presque par accident,
Ces personnes dire
Que le ciel, le sort, ont destiné
Une grande fortune au seigneur don Poppone.

 

Air

 

Falco

Que le ciel vous précipite
Ses éclairs d’or sur la tête,
Et qu’un tourbillon d’or
Puisse vous détruire.

Que Mars, Saturne et Vénus
Vous tourmentent avec l’or,
Et que les trésors vous fassent
Mourir de jubilation.

Que le ciel, etc.

 

Scène XI
Don Poppone, puis Ghiandina

 

Récitatif

Don Poppone
Le brave maître Falco
M’honore trop,
Je n’ai pas envie de mourir tout de suite.

Ghiandina
C’est le jour des casse-pieds,
Deux autres étrangers qui vous demandent.

[Don Poppone
Qui sont-ils ?

Ghiandina
Je n’en sais rien.

Don Poppone
Falco les a vus ?

Ghiandina
Non, monsieur; ils sont venus par ici,
Et Falco est sorti par là.
Je sais d’après que je leur ai entendu dire eux-mêmes
Qu’ils logeaient chez lui.

Don Poppone
Oui, ce seront eux.
Fais-les venir au plus vite.

Ghiandina
Avec joie.
Moins il y a d’argent, plus il y a de monde.]

 

Scène XII
Don Poppone, puis la comtesse et le comte

 

Récitatif

[Don Poppone
Falco ne les a pas rencontrés,
Ils sont arrivés par un autre chemin.
Je te rends grâce, Fortune; les voici.
Aujourd’hui, le sort me seconde.]

Le comte
Je vous présente mes respects.

Don Poppone
Brave homme, vous êtes le bienvenu.

La comtesse
Votre servante.

Don Poppone
Je vous salue, petite demoiselle.

La comtesse
(Quelle goujaterie !)

Le comte
(Quel traitement abject !)

Don Poppone
(On voit que ce sont des gens intelligents.)

Le comte
Monsieur, nous sommes venus...

Don Poppone
Je suis déjà au courant.
Nous allons en discuter ensemble.
Ce qui m’importe le plus
Est que vous et votre demoiselle
Veniez avec moi dans ma cave.

Le comte
Monsieur, je m’étonne:
On ne fait pas de telles invitations à des gens comme nous.

Don Poppone
Dans ma cave, il y a l’argent !

La comtesse
Pour qui nous prenez-vous ?

Don Poppone
Je le sais, je sais qui vous êtes.
Falco m’a tout dit;
Je sais que vous êtes venus de loin pour me voir,
Et vous ne serez pas venus chez moi pour rien.

Le comte
Expliquez-vous, monsieur,
Je ne vous comprends pas.

Don Poppone
Sachez que dans ma cave...
Mais on vient...
Je ne veux pas qu’on sache
Ce qui se passe entre nous...
Allez, allez, nous parlerons plus tard.

La comtesse
Comment ?

Don Poppone
Je ne veux pas qu’on vous voie dans ma maison.

Le comte
Pourquoi ?

Don Poppone
Si on vous reconnaît,
Je peux me retrouver dans une situation embarrassante.

La comtesse
Mais nous, qui sommes...

Don Poppone
Sortez, vous dis-je !

La comtesse
À une dame !

Le comte
À un cavalier !

Don Poppone
C’est bon, je sais que dans de pareils cas,
Il faut feindre la noblesse et la supériorité;
Mais il vient du monde, vous dis-je, partez.

La comtesse
Bien, je pars, mais je saurai pourquoi;
Vous aurez à me rendre compte de tout.

 

Scène XIII
Don Poppone, le comte

 

Récitatif

Le comte
Un tel traitement,
De tels outrages,
Doivent vous faire prendre pour un fou !
Je sais qui je suis ;
Pour l’amour de notre ami, je vous pardonne.

 

Air

 

Le comte

La terre en vain tente avec ses vapeurs
D’obscurcir le soleil;
Celui-ci envoie ses splendeurs
Scintiller à travers les nuages.

La terre, etc.

Un sang noble n’est pas obscurci
Par une misérable ignorance,
Et l’orgueil ne peut lui être ravi
Par ce qui ne peut lui en donner.

La terre, etc.

 

Scène XIV
Don Poppone, puis Dorina

 

Récitatif

[Don Poppone
En fait, c’est comme d’habitude
Avec ceux qui veulent faire certains métiers,
Se faire passer pour dames et cavaliers.
Mais voici la comtesse
Qui s’approche, toute seule, de moi.
A dire vrai, cela ne me déplaît pas;
Mais je dois la traiter avec noblesse.]

Dorina
Pourquoi le seigneur Don Poppone
Nous prive-t-il de sa présence ?

Don Poppone
Je vous fais la révérence,
Je demande pardon à votre grâce,
Et je suis serviteur de madame la comtesse.

Dorina
Et la comtesse, respectueusement,
Vous présente ses compliments.

Don Poppone
(Comme elle est gracieuse !)

Dorina
(J’ai l’impression qu’il est amoureux.)

Don Poppone
Si j’étais d’une autre condition,
Que je fusse noble comme vous,
Peut-être vous offrirais-je...

Dorina
Je prends la liberté de vous comprendre, et j’accepte.

Don Poppone
Quelle grande bonté !

Dorina
À dire vrai, monsieur, je suis venue ici,
Et un certain je ne sais quoi me retient...
Je ne puis le dire.

Don Poppone
(Elle est amoureuse de moi !)

Dorina
(Il va falloir allécher le benêt.)

Don Poppone
(Je veux découvrir quelque chose de plus.)
De quel endroit venez vous ?

Dorina
Notre ami ne vous l’a pas dit dans sa lettre ?

Don Poppone
Il dit que vous venez de Rome,
Mais ne dit pas si vous êtes Romaine.

Dorina
Je suis... cher monsieur... Palermitaine.

Don Poppone
Et monsieur votre époux ?

Dorina
Espagnol.

Don Poppone
Et où allez-vous, si je puis me permettre ?

Dorina
Par le monde, pour connaître les gens
De mérite, d’esprit;
Et je vénère, j’estime
En vérité, parmi eux, Don Poppone en premier.

Don Poppone
Merci de tant d’honneur.

Dorina
Avec votre permission... Je reviens tout de suite...
(Je dois retrouver Giannino et le mettre au courant
De ce qu’il doit dire si on lui pose des questions.)

 

Scène XV
Don Poppone, puis Giannino

 

Récitatif

[Don Poppone
C’était agréable, et elle s’en est allée,
J’espère qu’elle reviendra.
En vérité, elle me plaît
Et j’ai l’impression qu’elle va me faire dire des bêtises.
Oh ! si elle n’avait pas l’Espagnol pour mari,
Elle ne sortirait plus de ces portes.
Le voici.]

Giannino
Votre Seigneurie pourrait-elle me dire
Où se trouve madame mon épouse ?

Don Poppone
Elle était ici il y a un instant;
Si l’illustrissime seigneur comte l’ordonne,
Je l’enverrai chercher sur le champ.

Giannino
Il n’est pas nécessaire, monsieur, mais je vous suis obligé.

Don Poppone
Ah ! comme en un coup d’œil on reconnaît
Chez le seigneur comte la nation espagnole !

Giannino
Je ne suis pas Espagnol.

Don Poppone
Non ? D’où, alors ?

Giannino
Je suis de Florence.

Don Poppone
(J’aurai mal compris.)
Et madame ?

Giannino
Et madame, cher monsieur, est née
À Macerata.

Don Poppone
Elle n’est pas née à Palerme ?

Giannino
Que non ! Pourquoi ?

Don Poppone
(Je ne comprends pas.)

Giannino
(Il y a un malentendu.)

Don Poppone
Peut-on savoir pourquoi vous êtes venus
Dans notre région ?

Giannino
Nous sommes venus acheter un marquisat.

Don Poppone
Ce n’est pas ce que m’a dit madame la comtesse.

Giannino
Que vous a donc dit la dame ?

Don Poppone
La voici.

 

Scène XVI
Les mêmes, Dorina, puis Ghiandina

 

Récitatif

Dorina
(Je ne voudrais pas que Giannino ait dit le contraire de moi.)

Giannino
(Je m’attends à des problèmes,
Nous allons le savoir tout de suite.)

Don Poppone
(Je voudrais bien découvrir la vérité.)
(à Dorina) Madame, (à Giannino) avec votre permission...
(bas, à Dorina) Je ne me rappelle pas bien votre patrie.

Dorina, fort, pour que Giannino entende
Palerme.

Don Poppone
Vous entendez, monsieur le Toscan !

Giannino, fort
C’est vrai, c’est vrai: je suis de Palerme.

Dorina
(Diable !)

Don Poppone, à Dorina
Ce n’est pas lui ? Il n’est pas Espagnol ?

Dorina
Il est originaire d’Espagne.

Giannino
La comtesse est originaire de Romagne.

Dorina
Je suis...

Giannino
... de Macerata.

Dorina
Élevée à Palerme.Lui est né en Espagne.

Giannino
Mais par mon éducation, je suis Toscan.

Don Poppone
Et vous êtes venus ici...

Dorina
... Comme vous savez...

Giannino
Je vous l’ai déjà expliqué...

Dorina
Pour les connaissances...

Giannino
Et pour le marquisat...

Dorina
Titre honorable...

Giannino
Que nous voulons acheter.

Dorina
Parfaitement, monsieur.

Giannino
N’est-ce pas, comtesse ?

Dorina
Exactement.

Don Poppone
C’est un peu embrouillé,
Mais je veux bien tout croire
(bas, à Dorina) À partir du moment où il est vrai
Que vous ayez de la bonté en ma faveur.

Dorina, bas, à Don Poppone
Cela, soyez-en assuré.

Don Poppone, bas, à Dorina
Monsieur le comte sera-t-il content
Si je suis votre chevalier servant ?

Dorina, bas, à Don Poppone
Content, absolument enchanté.
(Fort, à Giannino) N’est-ce pas, mon époux ?

Giannino
Oui, oui, absolument exact !
(Par crainte d’un faux-pas,
Il faut que je dise tout ce qu’elle veut.)

 

Final

 

Don Poppone
Cher comte, pour tous vos titres,
Je veux vous vénérer.
Pour le sang, pour le mérite,
Parce que vous êtes riche et noble,
Et pour cette aimable épouse
Que je suis heureux d’honorer.

Giannino
Obligé, obligé de vos compliments,
Obligé, obligé de vos bonnes dispositions,
Mais quand même, pour ma femme,
Ne vous dérangez pas tant.

Dorina, à Don Poppone
Je ne refuse pas de recevoir
Vos grâces on ne peut plus gracieuses;
Vous êtes un homme d’un heureux caractère,
Je ne veux pas vous décevoir.

Giannino
Je ne veux pas que son estomac
Soit surchargé de compliments.

Dorina
Ce sont des aliments légers,
Ils se digèrent bien.

Don Poppone
On ne propose
Que des choses permises, des choses faciles
À digérer.

Dorina, à Giannino
Un mot, monsieur le comte...

Giannino, à Don Poppone
Avec votre permission... (à Dorina, en se rapprochant) Me voici...

Dorina, bas, à Giannino
S’il ne collabore pas, s’il n’est pas arrangeant,
Monsieur le raisonneur ne mangera pas.

Giannino, bas, à Dorina
Vous avez raison, je n’ai rien à répondre;
On supportera tout ce qu’il est possible.

Dorina
Don Poppone, un mot...

Don Poppone, à Giannino
Avec votre permission... (à Dorina, en se rapprochant) Me voici...

Dorina, bas, à Don Poppone
Cet œil languissant,
Cette tendre bouche,
Trouveront un cœur complaisant.

Don Poppone, bas, à Dorina
Ferme comme le chêne,
Solide comme le rocher,
Mon cœur vivra pour vous au comble de la gratitude.

Giannino, à Don Poppone
Permettez...

Don Poppone
Veuillez ordonner...

Giannino
Que dit-elle ? Que dit-elle ?

Don Poppone
Demandez-le à madame,
Vous l’apprendrez de sa bouche.

Giannino, à Dorina
Permettez...

Dorina, à Giannino
Que voulez-vous ?

Giannino
Qu’a-t-il dit ? Qu’a-t-il dit ?

Dorina
Mystère, secret !

Giannino
Quel manque de civilité !

Don Poppone
Monsieur...

Giannino
Je suis sidéré.

Don Poppone
Qu’y a-t-il ?

Giannino
Je suis qui je suis.

Don Poppone
Je ne voudrais pas...

Giannino
Cela va trop loin.

Dorina, à Giannino
Vous êtes fou.

Giannino
C’est une insolence.

Dorina, à Don Poppone
Ne faites pas attention !

Giannino
Je suis le mari.

Dorina
Fou, vous êtes !

Giannino
Je suis sidéré.

Don Poppone
Je ne voudrais pas...

Giannino
Cela va trop loin.

Dorina
Ne faites pas attention !

Giannino
Je suis le mari, je suis le mari !

Don Poppone
Oh, honoré seigneur !

Dorina, Don Poppone, Giannino
Taisons-nous, ne rendons pas publics nos démêlés;
Sauvons au moins les apparences de notre noblesse.

 

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Acte deuxième

 

Scène première
La comtesse, le comte

 

Récitatif

Le comte
Des cris, des galopades ? Un peu de calme !
Ma dignité demande
Qu’avant de m’en aller,
Je sache la raison
De l’indigne accueil de Don Poppone.

La comtesse
Allons, nous sommes connus,
Ce n’est pas un fou qui va nous offenser,
L’or, comme on dit, est à l’abri des taches.

Le comte
Mais l’affront exige...

La comtesse
Ce n’est pas cela qui vous retient,
Mais je lis sur votre visage:
C’est cette aventurière, Dorina, que j’ai vue ici,
Et qui sera venue en accord avec vous.

Le comte
Comment pouvez-vous croire...

La comtesse
Je ne parle pas dans le vide.
Don Poppone ferait l’entremetteur
Dans sa propre maison ?
Don Poppone est un rustre.

Le comte
Chut, le voici.

 

Scène II
Les mêmes, Don Poppone

 

Récitatif

Don Poppone
Qu’est-ce que cette agitation ?

La comtesse
Je n’aurais jamais cru voir chez vous
Ce que j’y ai vu.

Don Poppone
Vous avez vu...

La comtesse
Vous êtes assez bien pourvu,
L’or et l’argent ne vous manqueront sûrement pas.

Don Poppone
Moi aussi, je me flatte d’avoir un beau trésor.

Le comte, à Don Poppone
Ne faites pas attention.

La comtesse
Et vous voulez partager avec mon mari
Une si belle fortune ?

Don Poppone
En vérité, j’ai l’intention
De faire moitié-moitié avec lui.

La comtesse
Bravo, vraiment !
Voilà un beau métier;
Mas il ne vous profitera pas,
Je le jure devant le ciel,
Je mettrai au grand jour toutes ces machinations.

[Don Poppone
N’en faites rien, par pitié !

La comtesse
Pourquoi vouloir
Partager avec mon époux
Le triste fruit de vos efforts ?

Don Poppone
La moitié ne lui suffit pas ? Quoi ? Il veut tout ?

La comtesse
Ce qu’il veut, je n’en sais rien; mais je sais bien
Que je ne le supporte pas
Et que ce plan criminel sera dévoilé.

Don Poppone
Vous voulez me ruiner...

La comtesse
Taisez-vous.

Don Poppone
Par pitié...

La comtesse
Vous êtes un perfide.]

 

Air

 

La comtesse

D’abord, considérez qui je suis,
Vous qui trahissez ma paix !
Ah ! Vous faites donc si peu de cas
De l’honneur ?
Quelle vilenie ! Quelles mœurs criminelles !
Quelque dieu, quelque astre
Punira votre âme scélérate !
Époux ingrat, indigne ami,
Soyez sûr que ma colère
Saura comment se venger !
Traître à ma paix,
Traître, traître !
Un astre punira votre âme scélérate !
Traître, traître !
Pensez d’abord qui je suis,
Soyez sûr que ma colère
Saura comment se venger.

 

Scène III
Le comte, Don Poppone

 

Récitatif

Don Poppone
Que diable cette fille a-t-elle contre moi ?
Dites-moi la vérité: la pauvrette est folle ?

Le comte
Toute sa folie tient dans la jalousie.

Don Poppone
De qui est-elle jalouse ?

Le comte
De cette étrangère qui loge chez vous.
Elle croit que je l’aime, elle croit
Que c’est vous qui l’avez introduite ici pour mon compte,
Elle croit...

Don Poppone
Doucement, doucement: donc, elle croit...

Le comte
Que vous me servez d’entremetteur.

Don Poppone
Ah ! maintenant, je comprends sa virulence.

Le comte
Elle croit que nous voulons faire moitié-moitié.

Don Poppone
Je parlais du trésor.

Le comte
Et elle a compris que c’est Dorina que vous appeliez un trésor.

Don Poppone
Je voulais parler du trésor dans ma cave.

Le comte
Nous y voici: vous pensez
Que tout l’honneur consiste à boire ?

Don Poppone
Je ne vous parle pas du vin, je vous parle de l’or.

Le comte
L’or dans la cave ?

Don Poppone
Vous ne savez pas ?
Vous n’êtes pas venus ici
Pour m’aider à creuser ?
Falco m’a pourtant dit
Que vous y excelliez
Et que vous faites des miracles
Dans la recherche des trésors.

Le comte
(Je vais aller dans son sens
Pour découvrir la vérité.)
En fait, oui, c’est mon métier
De déterrer des trésors.

Don Poppone
Et pour vous cacher, vous faites semblant d’être noble.

Le comte
Exactement.

Don Poppone
Parfait; mais il faut calmer
L’étrange doute de votre dame,
Qui croit que je veux faire l’entremetteur,
Parce que, pour parler franchement, monsieur,
La faveur de cette dame, je la veux pour moi.

Le comte
Vous êtes amoureux d’elle ?

Don Poppone
Je ne dirais pas que je l’aime d’un grand amour,
Mais elle m’a fait l’honneur
De me dire tant de douces paroles amoureuses
Que, quoique j’en fusse bien éloigné,
Tout doucement, elle m’a fait m’éprendre d’elle.

Le comte
Pour vous dire la vérité,
Moi aussi, j’ai de l’estime pour elle.
[Il y a, par ailleurs, un – je ne sais
Si je dois dire « son amant » ou « son mari » -
Qui m’inquiète beaucoup, et qui est jaloux.

Don Poppone
En me rencontrant, ce galant homme
Se montre si obligeant
Qu’il montre tout son dévouement pour moi.

Le comte
Je ne sais que dire; je vous envie votre situation.
Vous êtes bien heureux.

Don Poppone
Il ne me manque, pour me rendre content,
Que de déterrer le trésor.

Le comte
Pour moi, je suis là.
(L’amour me conseille de feindre ainsi.)]

 

Air

 

Le comte

Un tendre sentiment
S’est glissé dans mon sein,
Et me fait languir,
Livré au désir.
Disposez de moi,
Vous aurez la preuve
De ma loyauté.
Je sens déjà que l’amour
Entre l’espoir et la crainte
Vient me tourmenter.

Un tendre sentiment...

 

Scène IV
Don Poppone, puis Falco

 

Récitatif

Don Poppone
Une double fortune
M’attend aujourd’hui:
J’aurai le riche trésor, et la comtesse.

Falco
Eh bien, les gens du trésor sont-ils venus ?

Don Poppone
Oui, ils sont arrivés,
Et sont tous deux logés chez moi.

[Falco
Que vous en semble ?

Don Poppone
Ils voulaient nier leur science.

Falco
Ils le font pour préserver votre dignité.

Don Poppone
Ils voulaient se faire passer
L’un pour un cavalier, l’autre pour une dame.

Falco
Ils le font pour mettre en crédit leur réputation.

Don Poppone
Mais moi, gentiment,
Je leur ai montré que j’étais au courant,
Et finalement, l’homme m’a tout avoué.]

Falco
Vous leur avez fait des cadeaux ?

Don Poppone
Pas encore. Je m’en occuperai
Quand j’aurai vu ce que vaut leur travail.

Falco
Chez monsieur, vous n’en ferez rien.
Puisque vous avez confiance en eux,
Du respect et de l’estime,
Je vous conseille de leur faire des cadeaux d’abord.

[Don Poppone
Pourquoi ?

Falco
Parce que de cette façon,
Voyant que vous êtes
Un homme généreux et honnête,
Ils feront les choses plus proprement et plus vite.]

Don Poppone
Que pourrais-je leur donner ?

Falco
Vous pourriez donner une bague de diamants à la dame,
Et à l’homme à l’esprit cupide,
Une bourse pleine d’argent.

[Don Poppone
Une bague ? Une bourse ?
La bague, la voici.
La bourse, je ne l’ai pas pour l’instant.

Falco
Il faut la trouver.

Don Poppone
Je vais la trouver.

Il sort.]

{ Don Poppone
Et puis, mon cher Falco,
Et puis, il y a une autre chose
Qui m’illumine un si beau jour.

Falco
Quoi donc ?

Don Poppone
Un beau, un ravissant visage.

Falco
Celui de la fille au trésor.

Don Poppone
Fi ! Non, celui d’une autre jeunesse, belle et subtile,
Que le sort a envoyée chez moi,
Une gracieuse dame
Qui soupire et aspire après moi,
Qui m’a d’elle-même découvert son amour.

Falco
Et qui est cette dame ?

Don Poppone
Une comtesse.

Falco
Celle, peut-être, qui logeait auparavant chez moi ?

Don Poppone
Elle, précisément.

Falco
C’est vrai qu’elle est charmante.

Don Poppone
Charmant, on ne peut plus charmante,
Spirituelle, gracieuse, et si distinguée !

 

Air

 

Don Poppone

Falco, Falco, mon ami,
Je n’y tiens plus, je me sens tout attendri,
Quand je pense à ce beau visage
Qui m’a frappé en plein cœur.
Beaux yeux, ravissantes étoiles,
Beaux rubis purpurins,
Lait et roses, mille choses,
Mille choses que je voudrais dire,
Que je voudrais, et ne puis dire.
Ah, mon Falco, quelle beauté,
Je me sens tout attendri...

 

Scène V
Falco, puis Dorina

 

Récitatif

Falco
Comment est-il tombé amoureux de la comtesse Nastri ?
Heureusement que l’animal
Ne s’est pas épris de Dorina
Qui est si mignonne à mes yeux.
La voici justement:
J’ai à peine prononcé son nom,
Et la voici qui apparaît devant mes yeux.
Si elle le faisait à chaque fois !
Ravissante Dorina !}

Dorina
Eh là ! Un pas en arrière !
Un peu plus de respect et de savoir-vivre !

Falco
Qu’est-ce à dire ?

Dorina
Je veux dire que je suis qui je suis.

Falco
Eh bien, en voilà de bonnes !

Dorina
Il m’est venu un peu du style de la haute.

Falco
Eh bien ! Depuis quand cette grande noblesse ?

Dorina
De l’instant même
Où tu m’as fait devenir comtesse.

[Falco
Moi ?

Dorina
Qui donc a mis dans l’esprit de Don Poppone,
Avec de subtiles ruses,
Que je suis comtesse et Giannino comte ?

Falco
Et il vous croit tels ?

Dorina
Devrait-il, peut-être, y avoir du mal ?
Vous trouvez que je ne porte pas la noblesse sur le visage ?
Moi aussi, je sais causer la bouche bien ouverte.
Je sais parler, donner des ordres
Exiger, envoyer,
Me promener avec hauteur,
Menacer sévèrement,
Défendre, protéger,
Décider, corriger,
Et je sais ce qui se fait,
Et je sais aussi garder mon sérieux.]

Falco
Doucement, doucement !

Dorina
Peut-on savoir comment ça marche ?

Falco
Il y a un malentendu:
Don Poppone vous a carrément confondus
Et vous prend pour le comte et la comtesse Nastri.

Dorina
Il peut bien me prendre pour Ruban, ou Câble,
Ou Cordage, ou Ficelle, ou Lacet:
L’accident est splendide;
Et tant qu’il dure,
Je veux me donner l’allure d’une dame.

Falco
Vous allez nous perdre.

Dorina
Pourquoi ?

Falco
Je sais que, sur mon conseil,
Il devait vous faire des cadeaux; maintenant, il ne le fera plus,
Vous croyant trop nobles pour cela.

Dorina
Pour un cadeau, s’il avait cette idée,
Je renonce à être dame et comtesse.

Falco
Essayez de l’obtenir
Avec votre prudence et votre talent.

Dorina
Et votre part vous sera mise de côté.

Falco
De vous, Dorina chérie, je n’attends rien d’autre,
Pour ma part, qu’un regard bienveillant.

 

Air

 

Falco

Si de cet œil noir,
Vous me regardez un peu,
Ce sera pour moi un trésor,
Je ne peux rien souhaiter de plus.
Si ensuite votre bouche dit:
« J’aurai pitié de toi,
Bien-aimé, tu seras heureux »,
Je mourrai de joie.
Mais ne croyez pas...
J’aime l’honnêteté.
Je suis un homme qui se contente
De ce qu’il peut avoir.

Si de cet œil noir,
De cet œil noir,
Vous me regardez un peu,
De cet œil, cet œil noir,
Si vous me regardez...
Mais ne croyez pas...

 

[ Scène VI
Dorina, puis Giannino

 

Récitatif

Dorina
Il faut bien avouer
Que Falco est un brave homme,
Qu’il n’y a en lui aucune malice
Et qu’il n’agit que par amitié.

Giannino
Quand allons-nous en finir avec cette affaire ?
Quand allons-nous partir ?
Dorina, je ne peux plus rester.

Dorina
Le seigneur Don Poppone
A préparé, je viens juste de l’apprendre,
Un cadeau pour vous, un cadeau pour moi.

Giannino
Prenons ce que nous pouvons,
Mais je ne veux plus devenir fou:
Le trésor, le titre de comte... quel embrouillamini !

 

Scène VII
Les mêmes, Don Poppone

 

Récitatif

Don Poppone
Me voici de retour,
Veuillez m’excuser
Si je vous ai jusqu’à présent traités de façon désobligeante.

Dorina
En vérité, monsieur,
Il me paraît un peu étrange
Que vous nous ayez privés de votre présence.

Giannino
Mais si vous voulez repartir, vous avez notre permission.

Don Poppone
Galant cavalier, en vérité,
Aussi amoureux que moi de la liberté.

Dorina
Qu’avez-vous à la main ?

Don Poppone
Rien, rien,
Une petite bourse
Avec un peu d’argent.

Giannino
Et pour quoi faire ?

Don Poppone
Pour l’employer
À certaine affaire.

Dorina
Ma foi, je gage
Que vous voulez faire quelque petit cadeau.

Don Poppone
Bravo, bravo, comtesse,
Vous avez deviné.

Dorina
Et c’est peut-être une dame
Qui doit en bénéficier ?

Giannino
Et un homme aussi ?

Don Poppone
J’ai prévu d’offrir
L’anneau à une dame
Et j’ai préparé la bourse pour un homme.

Dorina
(Parfait.)

Giannino
(Excellent.)

Dorina
Et peut-on savoir
Qui est celle qui recevra cet anneau ?

Giannino
Peut-on savoir à qui va la bourse ?

Don Poppone
La bourse et l’anneau vont à deux personnes
De basse condition.

Dorina
En vérité, cet anneau
Ferait bien mon affaire.

Giannino
Je pourrais agréer cette bourse.

Don Poppone
Je sais bien que vous plaisantez !
À un comte, à une comtesse,
Ce n’est pas l’argent et les pierreries qui manquent,
Ils ne daigneraient pas accepter ces bagatelles.

Dorina
Si vous voulez essayer...

Giannino
Allez, essayez !

Don Poppone
Quel cher cavalier ! Je sais que vous plaisantez !]

 

Scène VIII
Les mêmes, le comte, la comtesse

 

Récitatif

Le comte
Monsieur, mon épouse
Veut s’en aller immédiatement.

La comtesse
Je veux partir,
Et suis venue vous le dire par courtoisie.

Don Poppone
Arrêtez, madame,
De grâce, ne partez pas encore.
Je vous ai préparé quelque petite chose.
(à la comtesse) À vous, l’anneau (au comte) et à vous, cette petite bourse.

Le comte
À moi, de l’argent ? Me faire cet affront !
Pour qui me prenez-vous ?
Vous me rendrez compte,
Malappris, de vos outrages répétés.

La comtesse
Monsieur, je m’étonne.
Je me déclare offensée moi aussi,
On n’offre pas un anneau à quelqu’un de mon rang.

 

Scène IX
Don Poppone, Dorina, Giannino

 

Récitatif

Dorina
Qui sont ces gens si fiers ?

Don Poppone
Des gens du commun.

Giannino
Ils ignorent le savoir-vivre.

Dorina
Refuser des cadeaux ! Quelle bassesse !
Qui est bien né sait accepter.

Giannino
Si c’est un ami qui offre,
On accepte sa gentillesse.

Dorina
Un pareil cadeau ne se méprise pas.

Don Poppone
Je ne voudrais pas vous froisser;
Sinon, je vous offrirais...

Dorina
Non, je ne me froisse pas,
Je l’accepterai en gage de votre amitié.

Don Poppone
L’anneau ?

Dorina
Je vous suis très obligée.

Don Poppone
La bourse ?

Giannino
Très obligé.

Don Poppone
Obligeant cavalier !
Dame au noble cœur, au cœur gracieux !

Dorina
Monsieur, je vous suis reconnaissante.

Giannino
Je veux bien agréer.

 

Air

 

Giannino

Mes aïeux du XVIe siècle
M’ont enjoint par testament
D’accepter par courtoisie
Tout ce qui arrivera.

Qu’il en vienne peu, qu’il en vienne beaucoup,
Jamais je ne refuse,
Et je voudrais, si j’étais femme,
Exécuter les volontés
De mon grand-père et ma grand-mère.

 

Scène X
Don Poppone, Dorina

 

Récitatif

[Don Poppone
Les ascendants du comte
Ont fait un testament
Vraiment respectable de nos jours;
Ah, si les vôtres en avaient fait autant !

Dorina
Mais je dois vivre soumise,
Suivant le rite du mariage,
Sous les lois de mon mari.

Don Poppone
Donc, pour obéir
À vos ancêtres,
Vous prenez tout ce qu’on vous donne ?

Dorina
Tout, je ne sais pas. Il y a un codicille
Qui permet parfois de dire non.]

Don Poppone
Par exemple, si je vous donnais un trésor ?

Dorina
Je l’accepterais.

Don Poppone
Et si je vous offrais mon cœur ?

Dorina
J’y réfléchirais.
Je dirais, comme disait
Dans sa patrie, une jeune fille de Venise:
« Vot’ cœur, s’que vous voulez qu’j’en fasse ? »
Et puis, devant cette proposition,
Avec sa grâce vénitienne,
Elle chantait cette chansonnette:

 

Air

 

Dorina

Monsieur, en homme généreux,
Vous m’offrez votre cœur ?
Que m’importe à moi,
Ce beau cadeau ?
Si vous n’avez rien de mieux
Pour me faire honneur,
Suivez mon conseil:
Ne parlez plus d’amour.
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Généreux monsieur, votre cœur.

Je sais que vous allez me dire
Qu’un cœur vaut un trésor,
Mais il n’y en a pas beaucoup
Qui soient sincères.
Ce n’est pas dans les paroles
Qu’est le plus grand mérite,
Elles sont comme les carrosses,
Le plus beau, c’est l’extérieur.
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Moi, votre cœur, je n’y crois pas.

[Ce qui est une belle preuve
Pour dire qu’on est amoureux,
C’est quand on arrive
Avec de petits cadeaux.
C’est une chose équivoque
De dire « J’ai de l’amour pour vous »,
Mais la belle splendeur de l’or
Touche jusqu’aux entrailles;
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Moi, votre cœur, je ne le vois pas.

Non, ce n’est pas l’intérêt
Qui parle ainsi en moi.
Ce qui me fait penser ainsi,
C’est seulement l’usage.
Si on ne vous croit pas,
Ne vous étonnez pas,
On connaît l’amour, on le voit
Uniquement dans les actes.
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Votre cœur, s’il n’y a pas de preuves.]

 

Scène XI
Don Poppone, puis Ghiandina

 

Récitatif

Don Poppone
Je ne sais plus où j’ai la tête.
Je trouve en un moment
Cent choses contraires,
Et je crains de me retrouver berné à la fin.
[Celle-ci m’a donné des espérances;
Maintenant, elle change de langage... Les deux étrangers
Venus pour déterrer le trésor avec moi
Refusent l’anneau, refusent l’or.
En attendant, je perds du temps
Et l’amour avance... Voici Ghiandina;
Elle, la pauvrette
Laissée à l’abandon ?
Ah, vraiment, vraiment, je suis confus.]

Ghiandina
Monsieur, veuillez me donner un bon certificat;
Je m’en vais.

Don Poppone
Comment ? Pourquoi ?

Ghiandina
Parce que vous vous êtes trouvé une autre amoureuse,
Et moi, monsieur, ne le prenez pas mal,
Je ne veux pas servir une rivale.

Don Poppone
Qui vous l’a dit ?

Ghiandina
Je sais ce que je dis,
Je ne suis ni sourde ni aveugle.
En fait, je l’avoue moi-même,
Je dois céder la place à une comtesse.

Don Poppone
Mais... Ce n’est pas vrai...

Ghiandina
Si, monsieur, c’est vrai,
J’ai vu, j’ai entendu,
Je suis au courant des tendres sentiments,
Je sais que vous avez fait des cadeaux.

Don Poppone
(Comment le sait-elle ?)

Ghiandina
Mais je suis ébahie
De voir que vous remplacez
Une jeune fille par une femme mariée.

Don Poppone
(Elle a raison.)

Ghiandina
Je vous l’ai déjà dit, et je vous le redis:
Donnez-moi mon congé, je veux partir !

Don Poppone
Non, Ghiandina, restez !
Si vous m’abandonnez, je mourrai !

Ghiandina
Je ne resterai sûrement pas
Si vous ne m’aimez plus,
Si vous ne congédiez pas
Une rivale qui me tourmente.

Don Poppone
Je vais à l’instant
Lui donner congé, faire qu’elle s’en aille.
Je ne veux pas vous faire de peine, ma Ghiandina.

 

[ Air

 

Don Poppone

Mon idole, je n’y tiens plus,
Je me sens tout attendri,
Quand je pense à ce beau visage
Qui m’a frappé en plein cœur.
Beaux yeux, ravissantes étoiles,
Beaux rubis purpurins,
Lait et roses, mille choses,
Mille choses que je voudrais dire,
Que je voudrais, et ne puis dire.
Mon idole ! quelle beauté,
Je me sens tout attendri...
]

 

Scène XII
Ghiandina seule

 

Récitatif

Ghiandina
Je me crée des illusions, j’espère
Qu’il me dit la vérité.
Un homme amoureux
Oublie parfois son premier amour
Mais revient là où son cœur s’est fixé.

 

Air

 

Ghiandina

Belles dames, qui souhaitez
Que vos amants soient fidèles,
S’ils vous semblent inconstants,
N’allez pas les tourmenter.
Entreprenez par la douceur
De les ramener à leur feu premier,
Vous les verrez peu à peu
Revenir dans vos filets.

 

Scène XIII
Une cave obscure
Falco avec une lanterne, puis Don Poppone,
puis Dorina et Giannino déguisés en esprits

 

Récitatif

Falco à Dorina et Giannino en coulisse
Retirez-vous avec cette lampe dans ce coin sombre,
Don Poppone va arriver.
[Pour dire la vérité,
Moi non plus, je ne reste pas ici de bon cœur;
Mais puisque j’y suis engagé,
Il faut que je profite un peu de l’occasion,
De la crédulité de Don Poppone.
Là-dedans, il y a tout ce qu’il vous faut,
Habits et autres choses nécessaires.
Le voici avec sa lampe
Et avec les outils.
Le benêt va maintenant voir des miracles.]

Don Poppone avec une lumière à la main, une pioche et une bêche.

Don Poppone
Vous êtes là ?

Falco
Oui, monsieur.

Don Poppone
Mais où sont donc nos assistants ?

Falco
Chut ! Ils sont là dehors.
Ils vous aideront.
Ils m’ont donné cette feuille
Où est noté le texte de conjuration.

Don Poppone
Ils étaient fâchés contre moi.
Comment se sont-ils calmés ?

Falco
Grâce à moi;
Le trésor déterré, ils s’en iront.

Don Poppone
Ils ont pris comme une insulte
Le don de la bourse et de la bague.

Falco
Et l’anneau, et la bourse,
Qu’en avez-vous fait ?

Don Poppone
Je les ai immédiatement offerts
Au comte et à la comtesse
Qui se trouvaient là par hasard.

Falco
(Personne ne m’a rien dit.
Je ne comprends toujours pas
Ce qu’il veut dire avec le comte et la comtesse.)]

Don Poppone
Eh bien, que faut-il faire ?
Pour creuser,
J’ai apporté les outils.

Falco
Avez-vous de l’or, ou de l’argent ?

Don Poppone
Oui, cela aussi,
Je l’ai apporté.

Falco
Commençons tout de suite.
Répétez après moi.

Don Poppone
Je vous fais confiance.

Falco
Je m’occupe de tout.

 

Final

 

Falco
Esprits errants...

Don Poppone
Esprits errants...

Falco
Du royaume de Dité...

Don Poppone
Du royaume de Dité...

Falco
Apparaissez ici...
Don Poppone ne répète pas.
Il faut poursuivre.

Don Poppone
Je sens venir un peu de peur.

Falco
Courage !

Don Poppone
Courage !

Falco et Don Poppone
Il faut souffrir.

Falco
Apparaissez ici.

Don Poppone
Apparaissez ici.

Falco
Devant moi.

Don Poppone
Devant moi.

Falco
Avec votre horrible aspect.

Don Poppone
Avec votre horrible... Malheur !

Falco
Vous tremblez ?

Don Poppone
Non, non !

Falco
Courage.

Don Poppone
Courage. (Bruit de chaînes à l’intérieur de la grotte).
Je n’ai pas peur.

Falco
Entendez les chaînes.
L’esprit arrive.

Don Poppone
Je n’... n’ai... pas peur.

Tremblant.

Falco
Le diable se rapproche.

Don Poppone
Qu’il ne vienne pas par là !

Falco
Et voici la diablesse.

Don Poppone
Elle n’est pas si laide.

Falco
Creusez, creusez, Don Poppone.

Don Poppone
Oh ! quel diable affreux !

Falco
Creusez, creusez la cave.

Don Poppone
Oh la jolie diablesse !

Falco
Mettez-vous au travail.

Don Poppone
Lui, je ne veux pas le regarder.

Falco
Allez, creusez, et continuez
La lecture qu’il faut faire.

Don Poppone creuse.

Tous
Farfadet, Gambetorte ,
pendant que Don Poppone continue à piocher
Apporte, apporte mon trésor.

Dorina et Giannino, à deux
Or, or.

Falco
Il faut offrir de l’or aux esprits.

Don Poppone
De l’or... Oui monsieur...
Plutôt de ce côté.

Il le donne à Dorina.

Falco
Creusez, piochez !

Giannino
L’argent, l’argent !

Il bat Don Poppone.

Don Poppone
Oh, pauvre de moi !

Dorina
Donnez-le moi.

Falco
Déterrez le trésor.

Giannino
De l’or, de l’or.

Il le bat comme plus haut.

Don Poppone
Assez, par pitié !

Dorina
Donnez-le par ici.

Falco
Continuez à creuser.

Don Poppone
Je n’en peux plus.

Giannino
De l’or pour moi.

Don Poppone
Mais puisqu’il n’y en a plus.

Falco, Dorina, Giannino
Si l’or est épuisé,
Le charme est terminé.

Don Poppone
Mais où est le trésor ?

Giannino, Dorina, Falco
Voyez-le ici.

Ils éteignent la lumière.

Don Poppone
Aïe, aïe !
Falco, où es-tu ?

Dorina, Falco, Giannino
Gambetorte, farfadet,
Mettez dehors ce pauvre niais,
Qu’on le traîne hors d’ici.

Don Poppone
Falco, Falco, par pitié !

Dorina, Falco, Giannino
S’il ne dit pas « Vive l’Orque »,
Don Poppone se verra
Bastonné comme un goret !

Don Poppone
Vive l’Orque, vive l’Orque !

Tous
Vive l’Orque et l’Orquesse avec,
Et la jolie diablesse
Du trésor profitera.

Dorina, Falco, Giannino
Diables par ici, diables par là,
La diablesse sera contente,
Vive l’Orque, vive l’Orque,
La diablesse sera contente.

 

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Acte troisième

 

Scène première
Le comte et la comtesse

 

Récitatif

La comtesse
M'offrir de l’argent ! Une pareille injure à une personne de ma qualité !
Je ne peux pas ne pas réagir devant un tel affront.

Le comte
Mais vous ne le voyez pas ?
Don Poppone est un fou.

La comtesse
Non, non, je ne le crois pas;
Je le vois parfaitement sain d’esprit
Pour d’autres activités.
Il faut admettre qu’il y a ici quelque tromperie,
Et avant de partir,
Je veux tirer cela au clair.

Le comte
Certes, à dire vrai,
Il nous a réservé un tel traitement
Que nous devons conclure
Qu’il ne croit pas que nous soyons ce que nous sommes.

La comtesse
Notre dignité exige
Qu’il soit détrompé avant que nous partions,
Et qu’il sache comment il faut respecter une dame.

Le comte
Le voici qui arrive.

 

Scène II
Les mêmes, Don Poppone

 

Récitatif

Don Poppone
Maudits sorciers,
Vous êtes encore là ?

Le comte
Comment parlez-vous ?

Don Poppone
Je sens encore les coups de bâton sur mon dos.

La comtesse
Mais, seigneur Don Poppone, pour qui nous prenez-vous ?

Don Poppone
Pour deux personnes amies du démon,
Et mes épaules en sont un bon témoignage.

[Le comte
Vous parlez comme un sot.

La comtesse
Ou bien vous l’êtes réellement,
Ou bien le vin de la cave vous a fait du mal.

Don Poppone
Oui, précisément, la cave
M’a fait mal, je vous le garantis -
Pas avec le vin, mais avec le bois.]

Le comte
Qu’est-ce que ce discours ?

Don Poppone
En deux mots:
Ou bien vous faites en sorte que le démon
Me rende l’argent qu’il m’a escroqué,
Ou bien vous serez accusés devant le juge.

[Le comte
Eh ! Veuillez respecter
Le comte Nastri et la comtesse son épouse.

Don Poppone
Je suis le serviteur dévoué
Du comte et de la comtesse.
Je reçois avec honneur
Les grâces qu’il me font;
Quant à vous, que le diable vous emporte !]

La comtesse
Comment ? Qui sommes-nous ?

Le comte
Nous connaissez-vous ?

Don Poppone
Je vous répète que vous êtes deux sorciers.

Le comte
Je ne suis pas le comte Nastri ?

Don Poppone
Vous ?

Le comte
Notre ami de Rome ne nous a pas recommandés ?

Don Poppone
Vous ?

La comtesse
Vous ne nous avez pas invités dans votre demeure ?

Don Poppone
Vous ?

Le comte
Quelle merveille est-ce là ?
S’il vous reste le moindre doute,
Voici d’autres missives de notre ami commun.

Il donne quelques lettres à Don Poppone.

La comtesse
Vous êtes dans l’erreur, ou vous vous amusez ?
Nous reconnaissez-vous ?

Don Poppone, après avoir lu
Je suis pétrifié.

Le comte
Pourquoi parlez-vous de sorciers ?

La comtesse
Pourquoi parlez-vous d’argent ?

Le comte
Pourquoi m’offrir indignement une bourse ?

La comtesse
M’offrir un anneau, à moi ! Pourquoi ?

Don Poppone
Je ne sais que dire.
Il y a eu une équivoque...
Je sais que j’ai été bastonné...
Donc, ce seront les autres...
Et comment ?
Je vous demande pardon, je me suis mépris.

 

Air

 

Don Poppone

Je ne puis dire ce qui s’est passé,
Mais je saurai le tirer au clair.
Attendez... Je voudrais...
Pardonnez... Je ne saurais...
À qui devrai-je faire confiance ?

Je peux douter de vous,
Je peux douter d’eux.
Je ne suis pas sûr pour le trésor.
Tout dit oui et non.

Ce qui est sûr et certain,
C’est qu’on m’a bastonné,
Je ne déterre plus de trésor,
Je ne fais plus le brave.

 

Scène III
Le comte et la comtesse

 

Récitatif

La comtesse
Le malheureux s’est fait berner.

Le comte
J’avais deviné que quelque folie le faisait délirer.

La comtesse
Avant qu’autre chose vienne nous troubler, partons.

Le comte
Sans voir au moins Naples, que nous sommes venus admirer ?

La comtesse
Rentrons à Rome.
Je vois que le destin s’oppose à mes plaisirs.
Jusqu’ici, j’en ai eu mon content.

 

Air

 

La comtesse

Je n’ose espérer
Un plaisir supérieur
À l’affection
De mon cher époux
Qui fidèlement
Me conserve son cœur.

Retournons, ô cher,
Dans notre patrie,
Car l’amère crainte
De vous voir infidèle
Rend cruel
L’amour lui-même.

 

[ Scène IV
Le comte seul

 

Récitatif

Le comte
Je compatis, et je veux lui complaire.
Ce n’est pas un petit embarras
Que celui où je me suis mis.
J’ai vécu heureux jusque là,
Fidèle à mon épouse dans mon pays;
Pourquoi perdre la paix à mon détriment ?

 

[ Air

 

Le comte

On ne connaît pas le bien
Tant qu’on l’éprouve;
Un désastre nous aide
À modérer nos désirs.

Le cœur se rétablit
Dans sa paix
S’il peut voir le piège
D’un mal séduisant.
]

 

Scène V
Dorina, Giannino, Ghiandina

 

Récitatif

Ghiandina
Parfaitement, mes maîtres, vous êtes découverts,
Vous allez devoir vous en aller, et peut-être,
Pour châtiment de votre malice,
Vous devrez rendre des comptes à la justice.

Giannino
Je ne sais pas de quoi vous parlez.

Dorina
Je ne suis au courant de rien.

Ghiandina
Quelle innocente fillette !
Quel honnête jeune homme !
J’ai envie de rire. Monsieur le comte,
Madame la comtesse,
Le gros diable avec la diablesse !
Mon pauvre patron assassiné,
Volé, bastonné,
J’ai tout vu depuis l’entrée de la cave.

Giannino
Ayez pitié, chère Ghiandina !

Dorina
C’est la faute de Falco.

Ghiandina
Je sais que ce brigand l’a berné,
Mais il sera puni comme il le mérite.

Dorina
Mais vous, qu’avez-vous à voir là-dedans ?

Ghiandina
J’ai à y voir
Bien plus que vous ne croyez,
Attendu que, si vous ne le savez pas,
Je suis entrée par cette porte comme servante,
Mais je deviendrai l’épouse du maître.

 

Air

 

Ghiandina

Oui, madame et monsieur, c’est ainsi,
Le patron m’épousera,
Le patron récompensera
Mon amour et ma foi.
Et vous autres comploteurs,
Qui faites les sorciers,
Vous partirez d’ici.

Le gros bandit de diable,
La comtesse diablesse,
Paieront à mon patron.

 

Scène VI
Dorina, Giannino

 

Récitatif

[Giannino
Me voilà dans un bel imbroglio.

Dorina
Par votre faute, je suis ruinée.

Giannino
Par moi ?

Dorina
Bien sûr, par vous:
Nous sommes au bord du précipice
À cause de votre peu de jugement.

Giannino
Je ne voulais pas venir ici.

Dorina
Sans argent, que pouvions-nous faire ?
Vous m’avez fait fuir de chez moi.
Si j’avais prévu votre misère,
Non, certainement, je ne serais pas venue.

Giannino
Je l’ai fait par amour.]

Dorina
Quel bel amour !
Je vais y perdre mon honneur,
Perdre la liberté et la vie.
{Ah, comme je me repens de vous avoir connu !

Giannino
Monstre de cruauté ! Vous me faites pleurer.

Dorina
Pleurer ? À quoi bon ? Ce sont des enfantillages.}

Il nous faut trouver une solution.

Giannino
Comment ?

Dorina
Fuir aussi vite que le peuvent des désespérés.

Giannino
Nous fuirons tous les deux.

Dorina
Mais séparément.

Giannino
Pourquoi séparément ?

Dorina
Parce que ce qui m’est arrivé avec vous
Jusqu’à présent me suffit.

Giannino
Malheureux infortuné !

Dorina
Pauvre Dorina !

Giannino
Je suis au désespoir.

Dorina
Je suis perdue.

 

Scène VII
Les mêmes, Falco

 

Récitatif

Falco
Vous êtes là !

Giannino
Nous sommes là, au fond du gouffre.

Dorina
Vous nous avez complètement assassinés.

Falco
Je vous apporte de bonnes nouvelles.

Giannino
S’ils vous trouvent,
Les nouvelles seront mauvaises pour vous aussi.

Falco
Lisez cette lettre.

Giannino
De qui vient-elle ?

Falco
Lisez, et vous apprendrez
Que votre père
Vous a fait la gentille faveur,
Pour vous rendre heureux,
De s’en aller au trot dans l’autre monde.

Dorina, à Falco
Son père est mort ?

Falco
C’est sûr, sûr et certain.

Dorina
C’est vrai, Giannino ?

Giannino
Oui, ma Dorina, on ne peut plus vrai.

Dorina
Donc, vous m’épouserez ?
Donc, vous m’emmènerez
Passer des jours heureux ailleurs ?

Giannino
Laissez-moi pour l’instant pleurer un peu.

Falco
Laissez le pauvre s’épancher;
La nature va vouloir faire son effet.
Je vous fais mes condoléances; mais je vais tout de suite
Trouver Don Poppone.
Il faut régler l’affaire,
Lui rendre l’argent qu’on lui a soutiré,
Et s’excuser pour la bastonnade.

Dorina
Comment faire ?

Falco
Ne vous tourmentez pas,
Là aussi, laissez-moi m’en occuper.

 

Air

 

Falco

Nous devons, sur notre mer,
Ajuster la voilure au vent,
Et recourir à la boussole
Si le vent n’est pas favorable.

J’ai une tête qui ne craint pas
La tempête au milieu de l’onde.
Il peut bien s’empêtrer, celui qui
N’a pas ma grande habileté.

 

Scène VIII
Dorina, Giannino

 

Récitatif

Dorina
Donc, nous pouvons espérer
Que tout ira bien, mon Giannino.

Giannino
Mon pauvre père ! Il est mort, le pauvret !

Dorina
Que voulez-vous y faire ? Qui est mort, est mort.
Consolons-nous en espérant, comme il faut espérer,
Qu’enfin nos affaires iront bien.

Giannino
Je ne peux pas trouver la paix.

Dorina
Il était vieux, mal en point, estropié,
Il devait mourir.

Giannino
Mon père s’en est allé.

Dorina
Moi aussi, quand je me rappelle
Ma mère, que j’ai abandonnée pour vous,
Je suis toute bouleversée;
Mais je me console auprès de mon Giannino,
Et vous devriez en faire autant pour moi.

 

Duo

 

Giannino
Oh mon pauvre père
Qui était si bon !
Le pauvre est parti,
Je ne le verrai plus.

Pendant que Giannino chante tristement, Dorina l’écoute un peu puis, petit à petit, elle s’éloigne et va s’asseoir sur un autre siège.

Dorina
Oh ma pauvre mère,
Qui m’aime tellement.Je l’ai abandonnée,
Je ne la vois plus, hélas !

Giannino entendant que Dorina se lamente, se lève, s’approche, et elle continue. Lui s’éloigne alors un peu; elle se lève et ils se rapprochent petit à petit.

Giannino
Oh mon pauvre père !

Dorina
Oh ma pauvre mère !

Giannino
Qui était si bon.

Dorina
Elle m’aime tant.

Giannino
Il est mort, le pauvre.

Dorina
Hélas, je ne la vois plus.

Giannino, Giannino
Mon père est mort.

Dorina, regardant Giannino
Je ne vois plus ma mère.

Ensemble
Et j’agirais ainsi ?
Je ne peux pas, je ne peux pas.

Giannino, Giannino
Chère Dorina.

Dorina, faisant semblant de le chasser
Ma mère est morte.

Giannino
Et je pleurerai.

Dorina, avec tendresse
Cher Giannino.

Giannino, faisant semblant de la chasser
Mon père est mort.

Dorina
Et moi, je mourrai.

Ensemble
Mourir, pourquoi ?
Il n’y pas de remède.
Toi, cher trésor,
Peux me réconforter,
Tu peux me consoler.

Giannino
Tu seras ma maminette.

Dorina
Tu seras mon gentil papa.

Giannino
Grosse bourrelle, malandrine !

Dorina
Petit escroc, petit bandit !

Ensemble
Tu m’as fait soupirer.
Plus de douleur,
Plus de crainte,
Plus de tourments
À éprouver.

Un doux repos,
Un cœur amoureux
Font exulter
Les heureux époux.

 

Scène IX
Une salle
Don Poppone, Falco

 

Récitatif

Don Poppone
Non, je ne me fie plus, plus jamais à personne.
Le comte et la comtesse,
Puis la diablesse,
L’or qu’on m’a dérobé,
Et cent scélératesses,
Et, le plus grave, les coups de bâton !

Falco
En ce qui concerne le comte Nastri, c’était une erreur.
Vous avez pris, monsieur,
L’un pour l’autre et pour l’autre l’un,
Sans qu’il y ait rien de votre faute.
Pour ce qui est de l’or, que vous dites
Avoir été dérobé par le diable,
Il vous sera restitué; et puis,
Quant au compliment à coups de bâton,
Il vous suffira de recevoir des excuses.

Don Poppone
L’excuse ne me sert à rien
Pour soulager la douleur que je ressens encore;
Qu’ils me rendent l’or, et je suis satisfait.

Falco
Les magiciens vont venir
Pour faire l’opération
De la restitution.

Don Poppone
Non, je ne veux pas,
Je préfère leur en faire cadeau.

Falco
N’ayez pas peur, monsieur, ce sont des amis.

 

Scène dernière
Tous

 

Final

 

Dorina, Giannino, à deux
Esprits bienveillants,
Paraissez ici,
Restituez l’or
À qui il se doit.

Deux jeunes gens arrivent et remettent ses pièces à Don Poppone.

Falco
Le voilà.

Don Poppone
J’en rends grâces
À votre bonté.

Dorina, Giannino, Falco, à trois
Soyez content.
L’or a été rendu.
Vous pardonnerez
À qui vous a offensé,
Par charité.

Don Poppone
Que le Ciel vous donne
La félicité.

Le comte et la comtesse
Nous prenons congé de vous,
Nous voici sur le départ.

Don Poppone
Bon voyage et bonne santé.

Dorina, Giannino
Daignez être témoin
De notre hyménée
Qui a lieu ici-même.

Ils se donnent la main.

Don Poppone
Je veux me marier moi aussi,
(À Ghiandina)
Viens ici, ma belle idole.

Ghiandina
Ghiandina vient à vos côtés.

Giannino
Et avec la diablesse,
Giannino s’unira.

Don Poppone
Tout va bien.
Toutes les affaires
Sont arrangées.
Mais qui paiera
Les coups de bâton ?

Tous
Qui les a reçus les a reçus,
On n’en parle plus.
Chacun jouira
De sa paix.

Déjà sont ravies
La servante et la comtesse,
Et la diablesse
Le sera aussi.

 

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC

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