Baldassare Galuppi
[1706
1785]
La Diablesse
Drame
joyeux en musique de Polisseno Fegeio, berger arcadien,
qui sera représenté au théâtre de
San Samuele à lautomne 1755
livret de Carlo Goldoni

Le
texte traduit est celui du site carlogoldoni.it,
qui reproduit lédition du livret de Venise,
1755.
Les passages qui ne figurent pas dans le livret de
lenregistrement CPO sont entre
crochets.
Dorina,
aventurière, alto
Giannino,
jeune homme, amant de Dorina, baryton
Falco,
aubergiste, ténor
Le
comte Nastri,
alto
La
comtesse,
son épouse, soprano
Don
Poppone,
gentilhomme, basse
Ghiandina,
camérière, soprano
Gabrino,
serviteur, rôle muet

Acte Premier
Duo Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Récitatif Falco Dorina Giannino,
à Falco Falco Dorina [Giannino Falco Dorina Giannino Dorina Falco Giannino Falco Giannino Falco Giannino Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina Falco Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Falco [Giannino Falco Dorina Falco Dorina Giannino Falco Giannino Falco Cavatine
à trois Falco Dorina Giannino,
à Falco Falco Dorina Giannino,
à Falco Falco Giannino Dorina Giannino Récitatif La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte [La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse [Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte Récitatif La
comtesse Air La
comtesse Il
se trompe, celui qui croit Il
se trompe, etc. Récitatif Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina [Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Air Ghiandina Une
femme qui connaît les convenances Elle
sort. Récitatif Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Elle
sort. Récitatif Don
Poppone Récitatif Dorina Giannino Don
Poppone Dorina Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Dorina Don
Poppone Giannino Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Giannino Don
Poppone Dorina Don
Poppone Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Don
Poppone Dorina Récitatif Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Air Don
Poppone Qui
vous a parlé du trésor, Toute
ma maison est ici, [Qui
le croit nen sait rien.] Qui
vous a parlé..., etc. Récitatif Giannino Air Giannino Avec
les dames, avec les dames: Avec
les dames, etc. Récitatif [Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone [Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Air Falco Que
le ciel vous précipite Que
Mars, Saturne et Vénus Que
le ciel, etc. Récitatif Don
Poppone Ghiandina [Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Récitatif [Don
Poppone Le
comte Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone La
comtesse Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone Le
comte Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone Le
comte Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone La
comtesse Le
comte Don
Poppone La
comtesse Récitatif Le
comte Air Le
comte La
terre en vain tente avec ses vapeurs La
terre, etc. Un
sang noble nest pas obscurci La
terre, etc. Récitatif [Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Récitatif [Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Récitatif Dorina Giannino Don
Poppone Dorina,
fort, pour que Giannino entende Don
Poppone Giannino,
fort Dorina Don
Poppone,
à Dorina Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Don
Poppone Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Don
Poppone Dorina,
bas, à Don Poppone Don
Poppone,
bas, à Dorina Dorina,
bas, à Don Poppone Giannino Final Don
Poppone Giannino Dorina,
à Don Poppone Giannino Dorina Don
Poppone Dorina,
à Giannino Giannino,
à Don Poppone Dorina,
bas, à Giannino Giannino,
bas, à Dorina Dorina Don
Poppone,
à Giannino Dorina,
bas, à Don Poppone Don
Poppone,
bas, à Dorina Giannino,
à Don Poppone Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino,
à Dorina Dorina,
à Giannino Giannino Dorina Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Don
Poppone Giannino Dorina,
à Giannino Giannino Dorina,
à Don Poppone Giannino Dorina Giannino Don
Poppone Giannino Dorina Giannino Don
Poppone Dorina,
Don
Poppone,
Giannino
Une
chambre noble dauberge
Dorina et Giannino, puis Falco
Cest décidé, je veux
partir,
Arrêtez de me tourmenter.
Ah, Dorina, par pitié !
Vous voulez me laisser ici !
Tant pis, tant pis pour vous !
Oui, je veux men aller.
Vous voulez
mabandonner !
Cest décidé, cest
décidé !
Ah, Dorina, par
pitié !
Tant pis, tant pis pour vous !
Oui, je veux men aller.
Quy a-t-il, quoi encore ?
Je crois entendre que vous êtes un peu
agités.
Faites notre note,
Pour moi, je veux partir.
Ma Dorina veut mabandonner !
Mais pourquoi donc ?
Oh, pauvre garçon !
Parce que, dans la dure situation où nous
nous trouvons,
Il est nécessaire que nous nous
séparions.
Ce qui revient au même que de dire
directement
Que le pauvre Giannino na plus
quà descendre au tombeau.
Je naurais jamais cru,
(à Dorina) Avec votre permission,
Que vous eussiez si peu de compassion.
Il ma arrachée de chez moi,
Et maintenant, à cause de lui, je suis dans
lembarras.
Mais je veux lépouser.
Il veut mépouser
Mais il na pas un sou en poche,
Si bien, que, quand les feux damour seront
passés,
Nous naurons plus quà mourir de
faim.]
Dorina ma exposé son sentiment.
Eh bien, monsieur Giannin, que
dites-vous ?
Je dis... que je voudrais...
Lépouser ?
Oui, monsieur.
Et puis ?
Et puis... quand mourra mon père,
Qui est vieux et malade,
Nous vivrons chez moi dans de bonnes
conditions.
Dites la vérité, Dorina, vous
laimez ?
Si je ne laimais pas,
Je naurais pas suivi ses pas.
Donc, tout le mal, daprès ce que
jentends,
Vient de ne pas avoir dargent.
Et vous trouvez que ce nest
rien ?
Et si, ici-même,
Je vous trouvais une
honnête espérance ?
Je lui tendrais la main à linstant
même.
Laissez-moi faire.
Oh oui, Falco, je vous en prie...
Cher Falco, si gentil !
Adorable Falco !
Vous mobligerez beaucoup.
Je vous serai reconnaissant.
Écoutez: il y a ici un gros richard,
Nommé don Poppone,
Lequel, aimant beaucoup largent et
lor,
Cherche toujours à trouver quelque
trésor.
Il suffit quun étranger se
présente
Et lui fasse voir clairement
Quil est compétent pour ce genre de
fouilles,
Et il peut lui prendre dans la main
Des écus ou des doublons.
Mais je ny connais rien.
Quelle importance ?
Je pourrai vous instruire, si vous voulez.
Fiez-vous à moi, vous me
connaissez.
Je ferai tout ce quon peut faire
Pour me procurer sagement un peu de dot.
Il suffit de partager le butin avec le
maître.
Cest juste.
Vous ferez le partage.
Il me suffit du quart du résultat.
Je vous indiquerai la maison.
Vous irez seuls, pour ne pas éveiller les
soupçons
Et je vous dirai ce que vous devrez dire.
Puis, quand vous serez dans la maison,
Je viendrai directement moi aussi
Pour donner force et crédit à
limposture.
En attendant, vous nous donnerez
À manger, je suppose...
Vous êtes les maîtres.
Dorina aura tout ce quelle ordonnera,
Mon auberge est à sa
disposition.]
Si je nétais pas marié,
Je ne sais pas ce que je ferais.
Oh, chanceux Giannino,
Lui, il sera heureux !
Oh, vraiment, vous êtes
adorable !
Mais pas tant
damabilités !
Elle est gracieuse, elle est mignonne,
Je ne connais pas sa pareille.
Votre obligée, en
vérité.
Mais pas tant
damabilités !
Tu es jaloux, mon pauvre !
Il est jaloux, mon Giannino,
Et il me fait rire.
Je dois souffrir cette douleur.
Monsieur, la jalousie
Nest rien comparée à la
faim.
Madame dit vrai,
Et il me faut souffrir
Vu la nécessité.
Le comte et la comtesse
Eh bien, monsieur mon époux,
Combien de temps devrons-nous rester dans cette
auberge ?
Un peu de patience, ma chère
comtesse.
Je ne veux pas rester ici, je veux men
aller.
Jai envoyé la lettre au seigneur Don
Poppone,
À qui nous sommes recommandés,
Et nous serons peut-être logés chez
lui.
Le laquais ne revient pas avec la
réponse ?
Naples est une grande cité,
De chez don Poppone à ici,
La distance nest pas petite;
Il faut avoir un peu de patience.
Jattendrai quil revienne;
Nous entendrons la réponse;]
Mais si jamais ce Don Poppone
Ne nous envoie pas dinvitation,
Je veux partir au plus vite, changer
dauberge.
Pourquoi ? Ne sommes-nous pas bien
traités jusquà
maintenant ?
Oh oui, monsieur, nous sommes merveilleusement
traités,
Et je sais que monsieur mon galant époux
Est au comble de la joie,
Amoureux de la belle
étrangère.
Oh ! De qui ? De Dorina ? Vous vous
trompez.
Que je me trompe, je pourrais laccorder;
Mais, je le redis, je ne veux pas
rester.
Voici Gabrin qui revient ; nous allons
savoir...
Il me suffit que nous partions
dici.
Quelle réponse mapportes-tu ?
Une lettre ? Écoutons.
Je crains quil trouve quelque prétexte
pour se dérober.
Quoi quil en soit, je ne reste pas
ici.
Jai compris ; vous lavez
répété cent fois,
Et en vérité, vous mavez
fatigué.Lisons.
Mais je veux partir
dici !]
Quelle patience !
« Don Poppone Corbelli présente
ses respects
Au comte Nastri ainsi quà la
comtesse.
Ne pouvant pour linstant
Venir les saluer à lauberge,
Il les fait supplier
Quils daignent se rendre sous son toit,
Où il sera sincèrement ravi de les
accueillir. »
Allons-y donc tout de suite.
Doucement, doucement !
Aller si vite quelque part
Sans savoir... sans connaître
celui...
Je vous le redis: je ne veux pas rester
ici !
Allons-y donc, arrivera ce qui arrivera.
Il me suffit que nous partions
dici.
Allez, taisez-vous une fois,
Nous irons, oui, je vous donnerai satisfaction,
Mais faites que je ne vous entende plus
crier.
La comtesse seule
Les maris réclament
Que nous les traitions doucement,
Mais si on nobtient rien par la
bonté,
Il faut crier pour avoir raison.
Que la femme est une esclave.
Si sa charge laccable,
On la voit aspirer
À sa liberté.
Le mari est un compagnon,
Non un prince tyrannique !
Cest une misérable tromperie,
Dun cur orgueilleux,
Que duser de cruauté.
Chez
Don Poppone
Don Poppone, puis Ghiandina
Ah ! Il ne manquait plus que ce nouvel
embarras.
Loger des étrangers... je naime pas
ça...
Je ne voudrais pas quils perturbent
lopération prochaine,
Ce trésor que je dois déterrer dans
la cave.
Après tant dannées, je suis
enfin arrivé au but:
Trouver un trésor sûr et certain,
Et cest chez moi, dans ma maison, que je
lai trouvé.
Mais les étrangers...
Ghiandina !
Monsieur ma demandée ?
Un ami de Rome que je ne veux pas
désobliger
Ma mis dans un bel embarras.
On me recommande un comte et une comtesse,
Je les ai invités à loger chez
moi;
Faites en sorte que tout soit
prêt.
Cher monsieur mon maître, il est vrai que
vous êtes riche,
Mais si vous dépensez aussi
allègrement,
Votre bien sera bientôt réduit
à néant.
Quelle importance ? Demain, nous aurons les
caisses pleines
Dargent et dor.
(Doucement) Jai découvert un
trésor !
Découvert, vraiment,
Ou, comme dhabitude, trouvé dans votre
tête ?
Cette fois, cest sûr,
Je lai trouvé, Ghiandina.
Où ? On peut savoir ?
Chut ! Dans la cave.
Jespère que ce nest pas comme
dhabitude...
La chose est certaine,
Jai fait la découverte
Par le biais de certains songes;
Et jai aussi fait lessai sur le sol
Avec la baguette de coudrier.
Pour moi, je ne my entends pas.
Jattends de voir lor
Et quand je le verrai,
Je croirai que vous lavez
trouvé.]
Et quand vous le verrez sortir de la cave,
La maîtresse sera... sera
Ghiandina !
Si seulement cétait vrai...
On ne peut plus vrai, vous le verrez
bientôt.
Jai appris dans un livre à
réaliser des miracles;
Jusque là, jai été
berné par plus dun;
Mais maintenant, je suis éclairé,
Jopère à coup sûr,
Et je peux trouver un trésor dans
lobscurité.
Veuille le Ciel que ce soit vrai;
Et ensuite, monsieur, je vous promets,
Moi aussi, de vous faire trouver un autre
trésor.
Où ? Comment ?
En moi, vous trouverez un trésor
Dhonnêteté, de constance,
damour et de
fidélité.
Est un trésor sans pareil.
La belle honnêteté,
Ma fidélité,
Pourront vous rendre heureux et content;
Car largent avec le temps sen va,
Mais lamour reste dans le
cur.
Don Poppone, puis Ghiandina qui
revient
Cest vrai: une fille comme elle
Est certainement un trésor;
Mais jai besoin de trouver celui en or,
Vu que jusquà présent, peu
expert en cet art,
Jai dépensé le certain pour
lincertain;
Mais maintenant, je suis sûr.
Deux étrangers sont venus vous
demander.
Un homme et une femme ?
Bien sûr.
Ce sera le comte et la comtesse; bien,
Quils viennent, il faut les
recevoir.
Ça ne me plaît pas.
Pourquoi ?
Rien, rien.
Parlez.
La comtesse me paraît plutôt
mignonne;
Je ne voudrais pas que vous oubliiez
Ghiandina.
Don Poppone
Non, pas de doute... Si elle est jalouse,
Cest signe quelle maime.
Dès que jai réalisé
lopération du trésor,
Je vais lépouser sans aucun
délai.
Je serai critiqué: pourquoi une
servante ?
Que mimporte, à moi ?
Dans ces choses, chacun doit penser pour
soi.]
Dorina, Giannino, Don Poppone
Votre servante, Don Poppone !
Mes respects.
Je mincline devant monsieur le comte;
Je mincline humblement devant la noble
comtesse.
(Comtesse, moi ?)
(Quoi ? Je ne suis pas
Giannino ?)
Je me déclare fortuné
De pouvoir loger chez moi
Lillustre dame, le gracieux
chevalier.
Vous nous connaissez ?
Certes: lami qui vous a adressés
à moi
Minforme du rang et des titres
élevés
De vos Seigneuries.
(Falco nous a mis dans un beau
pétrin !)
(Il nous a anoblis, il va falloir jouer
fin.)
Vous êtes certainement fatigués du
voyage;
Veuillez aller vous reposer.
Puisque vous êtes déjà mari et
femme,
Vous serez indulgent
Si vous navez quune chambre et un seul
lit.
Ce nest pas un grand mal.
Non, non, monsieur, je vous en prie, de
grâce !
Jai été habituée ainsi
depuis toute petite:
Je préfère être seule dans ma
chambre.
Mais je nai pas beaucoup de place.
Peu importe: pour moi, cela suffira.
Et lui, à
lextérieur ?
Oui, monsieur, dehors:
Madame lordonne et le veut ainsi.
Oh, madame la comtesse !
Pourquoi si cruelle avec votre
mari ?
À ce que jentends, vous
nêtes pas au courant
Du nouvel usage.
(Jai bien envie de poursuivre
limposture.)
Je sais que personnellement, si javais une
épouse, je voudrais
Nuit et jour, en bonne entente, être à
son côté.
Moi aussi, vraiment, je suis du même
avis,
Je voudrais nuit et jour être près
delle.
Ceux qui font ainsi, que vos Seigneuries le
sachent,
On les appelle des maris ennuyeux.
Liberté, liberté !
Il suffit, pour linstant, je me tais... mais
plus tard, quand...
Plus tard, quand, plus tard, quand, je vous
comprends.
Quand viendra ce jour,
Vous voudrez bien agir ainsi.
Écoutez.
Je ny comprends rien.
Ah, lamour le plus candide, le plus pur,
A besoin de son clair-obscur;
Et puis, il faut distinguer
Lamour comme lentend la
plèbe
De celui de notre noblesse.
(Je veux que nous nous comportions noblement,
Que nous soyons nobles, diantre, ou que nous le
soyons pas.)
Don Poppone, Giannino
En cette matière, je men remets
à vous:
Chez moi, on fait ce quon veut
Et je laisse toute liberté à
chacun.
Mais, monsieur, permettez: vous ne me connaissez
pas.
Mais si, monsieur !
Vous êtes le comte Nastri, chevalier
romain,
Qui vient à Naples pour ses loisirs,
Avec madame la comtesse.
Mon ami ma informé de tout.
(Oh, Falco, grand brigand !)
Discutons donc de laffaire du
trésor.
Quel trésor ? Je ne connais pas de
trésors,
Je ne déterre pas de trésors;
Qui vous a donc dit
Quon déterre des trésors chez
moi ?
Celui qui menvoie chez Votre
Seigneurie.
Ce nest pas vrai, pas vrai, je vous le
redis
Et je lécrirai à mon ami de
Rome.
(Sil est au courant pour le trésor,
cest ma ruine;
Je vais le tenir à distance de la
cave.)
Donc, vous ne voulez pas que je vous aide à
creuser ?
Je suis abasourdi.
Je vous conseille de taire
Pareille proposition
Ou vous me verriez me livrer à des actes
inconsidérés.
Il en a menti par la bouche.
Ah ! la parole me manque
Avec la bile que jai au
cur !
Mes chambres, les voilà,
Et par là, cest la cuisine,
Ma maison na pas de cave,
De trésor, ici, il ny en a pas,
Et je ne comprends pas pourquoi...
Soyez-en sûr, illustrissime,
Très estimé monsieur le comte,
Il ny a rien, en
vérité.
Giannino seul
Je ny comprends rien:
Nous étions restés daccord avec
Falco sur une chose,
Et jen trouve une autre complètement
différente.
Diable, quest-ce ?
Avec cette histoire de noblesse,
Me voilà bien embrouillé,
Jamais je nai fait le gentilhomme.
Je voudrais bien messayer un peu à le
faire,
Mais je ne sais par où commencer.
Serviteur de Madame,
De bon cur, en lhonneur,
En lhonneur de la beauté...
Je manque de grâce, en
vérité.
Avec les messieurs, avec les messieurs:
Mes respects, mes hommages,
Si mon crédit peut vous être
utile !...
Oh ! cela ira vraiment mal.
Essayons avec des gens du commun:
Insolent, je ne donne rien,
Je paierai quand je voudrai !
Je nen ai pas besoin, dehors !
Ah ah ah, là, ça va bien,
Jy arrive, en
vérité !
Don Poppone, puis Falco
Comment diable lont-ils su ?
Est-il possible que la nouvelle du
trésor
Soit parvenue à Rome ? Eh, pensez
donc:
Ce sont ces bavardages
Que fait Ghiandina. Elle le leur aura dit.
Oh, maudit vice des femmes !]
Peut-on entrer ?
Venez donc, Falco.
Je suis touché de votre
obligeance.
Eh, vous le savez, je vous vois
volontiers.
Deux étrangers sont-ils venus chez
vous ?
Oui, une comte et une comtesse
Qui viennent de Rome.
Personne dautre ?
Personne dautre.
(Est-ce que Dorina et Giannino
Se seraient trompés de
maison ?)
Qui devait venir chez moi ?
Un jeune homme charmant,
Qui sappelle Giannino,
En compagnie dune belle,
Venus exprès de Turquie
À la recherche de Votre
Seigneurie.
Que veulent-ils de moi ?
Daprès ce que je leur ai entendu dire
entre eux,
Je crois quils sont à la recherche
dun trésor.
Ils savent déterrer des
trésors ?
Je crois que oui.
Faites-les venir ici.
Il me semble quils devraient
déjà être arrivés.
Ils sont étrangers, ils ont dû se
perdre.
Trouvez-les, de grâce.
Je vais les retrouver tout de suite.
Eh ! Nallez pas croire
Que je pense à déterrer quelque
trésor;
Mais je parle volontiers de certaines choses...
Et japprécie les gens
desprit.]
Je ne suis pas de ceux
Qui se mêlent des affaires dautrui,
Mais jai entendu, presque par accident,
Ces personnes dire
Que le ciel, le sort, ont destiné
Une grande fortune au seigneur don
Poppone.
Ses éclairs dor sur la tête,
Et quun tourbillon dor
Puisse vous détruire.
Vous tourmentent avec lor,
Et que les trésors vous fassent
Mourir de jubilation.
Don Poppone, puis Ghiandina
Le brave maître Falco
Mhonore trop,
Je nai pas envie de mourir tout de
suite.
Cest le jour des casse-pieds,
Deux autres étrangers qui vous
demandent.
Qui sont-ils ?
Je nen sais rien.
Falco les a vus ?
Non, monsieur; ils sont venus par ici,
Et Falco est sorti par là.
Je sais daprès que je leur ai entendu
dire eux-mêmes
Quils logeaient chez lui.
Oui, ce seront eux.
Fais-les venir au plus vite.
Avec joie.
Moins il y a dargent, plus il y a de
monde.]
Don Poppone, puis la comtesse et le
comte
Falco ne les a pas rencontrés,
Ils sont arrivés par un autre chemin.
Je te rends grâce, Fortune; les voici.
Aujourdhui, le sort me
seconde.]
Je vous présente mes respects.
Brave homme, vous êtes le
bienvenu.
Votre servante.
Je vous salue, petite demoiselle.
(Quelle goujaterie !)
(Quel traitement abject !)
(On voit que ce sont des gens
intelligents.)
Monsieur, nous sommes venus...
Je suis déjà au courant.
Nous allons en discuter ensemble.
Ce qui mimporte le plus
Est que vous et votre demoiselle
Veniez avec moi dans ma cave.
Monsieur, je métonne:
On ne fait pas de telles invitations à des
gens comme nous.
Dans ma cave, il y a
largent !
Pour qui nous prenez-vous ?
Je le sais, je sais qui vous êtes.
Falco ma tout dit;
Je sais que vous êtes venus de loin pour me
voir,
Et vous ne serez pas venus chez moi pour
rien.
Expliquez-vous, monsieur,
Je ne vous comprends pas.
Sachez que dans ma cave...
Mais on vient...
Je ne veux pas quon sache
Ce qui se passe entre nous...
Allez, allez, nous parlerons plus tard.
Comment ?
Je ne veux pas quon vous voie dans ma
maison.
Pourquoi ?
Si on vous reconnaît,
Je peux me retrouver dans une situation
embarrassante.
Mais nous, qui sommes...
Sortez, vous dis-je !
À une dame !
À un cavalier !
Cest bon, je sais que dans de pareils
cas,
Il faut feindre la noblesse et la
supériorité;
Mais il vient du monde, vous dis-je,
partez.
Bien, je pars, mais je saurai pourquoi;
Vous aurez à me rendre compte de
tout.
Don Poppone, le comte
Un tel traitement,
De tels outrages,
Doivent vous faire prendre pour un fou !
Je sais qui je suis ;
Pour lamour de notre ami, je vous
pardonne.
Dobscurcir le soleil;
Celui-ci envoie ses splendeurs
Scintiller à travers les
nuages.
Par une misérable ignorance,
Et lorgueil ne peut lui être ravi
Par ce qui ne peut lui en donner.
Don Poppone, puis Dorina
En fait, cest comme dhabitude
Avec ceux qui veulent faire certains
métiers,
Se faire passer pour dames et cavaliers.
Mais voici la comtesse
Qui sapproche, toute seule, de moi.
A dire vrai, cela ne me déplaît
pas;
Mais je dois la traiter avec
noblesse.]
Pourquoi le seigneur Don Poppone
Nous prive-t-il de sa
présence ?
Je vous fais la révérence,
Je demande pardon à votre grâce,
Et je suis serviteur de madame la
comtesse.
Et la comtesse, respectueusement,
Vous présente ses compliments.
(Comme elle est gracieuse !)
(Jai limpression quil est
amoureux.)
Si jétais dune autre
condition,
Que je fusse noble comme vous,
Peut-être vous offrirais-je...
Je prends la liberté de vous comprendre, et
jaccepte.
Quelle grande bonté !
À dire vrai, monsieur, je suis venue
ici,
Et un certain je ne sais quoi me retient...
Je ne puis le dire.
(Elle est amoureuse de moi !)
(Il va falloir allécher le
benêt.)
(Je veux découvrir quelque chose de
plus.)
De quel endroit venez vous ?
Notre ami ne vous la pas dit dans sa
lettre ?
Il dit que vous venez de Rome,
Mais ne dit pas si vous êtes
Romaine.
Je suis... cher monsieur...
Palermitaine.
Et monsieur votre époux ?
Espagnol.
Et où allez-vous, si je puis me
permettre ?
Par le monde, pour connaître les gens
De mérite, desprit;
Et je vénère, jestime
En vérité, parmi eux, Don Poppone en
premier.
Merci de tant dhonneur.
Avec votre permission... Je reviens tout de
suite...
(Je dois retrouver Giannino et le mettre au
courant
De ce quil doit dire si on lui pose des
questions.)
Don Poppone, puis Giannino
Cétait agréable, et elle
sen est allée,
Jespère quelle reviendra.
En vérité, elle me plaît
Et jai limpression quelle va me
faire dire des bêtises.
Oh ! si elle navait pas lEspagnol
pour mari,
Elle ne sortirait plus de ces portes.
Le voici.]
Votre Seigneurie pourrait-elle me dire
Où se trouve madame mon
épouse ?
Elle était ici il y a un instant;
Si lillustrissime seigneur comte
lordonne,
Je lenverrai chercher sur le
champ.
Il nest pas nécessaire, monsieur, mais
je vous suis obligé.
Ah ! comme en un coup dil on
reconnaît
Chez le seigneur comte la nation
espagnole !
Je ne suis pas Espagnol.
Non ? Doù,
alors ?
Je suis de Florence.
(Jaurai mal compris.)
Et madame ?
Et madame, cher monsieur, est née
À Macerata.
Elle nest pas née à
Palerme ?
Que non ! Pourquoi ?
(Je ne comprends pas.)
(Il y a un malentendu.)
Peut-on savoir pourquoi vous êtes venus
Dans notre région ?
Nous sommes venus acheter un marquisat.
Ce nest pas ce que ma dit madame la
comtesse.
Que vous a donc dit la dame ?
La voici.
Les mêmes, Dorina, puis
Ghiandina
(Je ne voudrais pas que Giannino ait dit le
contraire de moi.)
(Je mattends à des
problèmes,
Nous allons le savoir tout de suite.)
(Je voudrais bien découvrir la
vérité.)
(à Dorina) Madame, (à
Giannino) avec votre permission...
(bas, à Dorina) Je ne me rappelle pas
bien votre patrie.
Palerme.
Vous entendez, monsieur le Toscan !
Cest vrai, cest vrai: je suis de
Palerme.
(Diable !)
Ce nest pas lui ? Il nest pas
Espagnol ?
Il est originaire dEspagne.
La comtesse est originaire de Romagne.
Je suis...
... de Macerata.
Élevée à Palerme.Lui est
né en Espagne.
Mais par mon éducation, je suis
Toscan.
Et vous êtes venus ici...
... Comme vous savez...
Je vous lai déjà
expliqué...
Pour les connaissances...
Et pour le marquisat...
Titre honorable...
Que nous voulons acheter.
Parfaitement, monsieur.
Nest-ce pas, comtesse ?
Exactement.
Cest un peu embrouillé,
Mais je veux bien tout croire
(bas, à Dorina) À partir du
moment où il est vrai
Que vous ayez de la bonté en ma
faveur.
Cela, soyez-en assuré.
Monsieur le comte sera-t-il content
Si je suis votre chevalier servant ?
Content, absolument enchanté.
(Fort, à Giannino) Nest-ce pas,
mon époux ?
Oui, oui, absolument exact !
(Par crainte dun faux-pas,
Il faut que je dise tout ce quelle
veut.)
Cher comte, pour tous vos titres,
Je veux vous vénérer.
Pour le sang, pour le mérite,
Parce que vous êtes riche et noble,
Et pour cette aimable épouse
Que je suis heureux dhonorer.
Obligé, obligé de vos
compliments,
Obligé, obligé de vos bonnes
dispositions,
Mais quand même, pour ma femme,
Ne vous dérangez pas tant.
Je ne refuse pas de recevoir
Vos grâces on ne peut plus gracieuses;
Vous êtes un homme dun heureux
caractère,
Je ne veux pas vous décevoir.
Je ne veux pas que son estomac
Soit surchargé de
compliments.
Ce sont des aliments légers,
Ils se digèrent bien.
On ne propose
Que des choses permises, des choses faciles
À digérer.
Un mot, monsieur le comte...
Avec votre permission... (à Dorina,
en se rapprochant) Me voici...
Sil ne collabore pas, sil nest
pas arrangeant,
Monsieur le raisonneur ne mangera
pas.
Vous avez raison, je nai rien à
répondre;
On supportera tout ce quil est
possible.
Don Poppone, un mot...
Avec votre permission... (à
Dorina, en se rapprochant) Me
voici...
Cet il languissant,
Cette tendre bouche,
Trouveront un cur complaisant.
Ferme comme le chêne,
Solide comme le rocher,
Mon cur vivra pour vous au comble de la
gratitude.
Permettez...
Veuillez ordonner...
Que dit-elle ? Que
dit-elle ?
Demandez-le à madame,
Vous lapprendrez de sa bouche.
Permettez...
Que voulez-vous ?
Qua-t-il dit ? Qua-t-il
dit ?
Mystère, secret !
Quel manque de
civilité !
Monsieur...
Je suis sidéré.
Quy a-t-il ?
Je suis qui je suis.
Je ne voudrais pas...
Cela va trop loin.
Vous êtes fou.
Cest une insolence.
Ne faites pas attention !
Je suis le mari.
Fou, vous êtes !
Je suis sidéré.
Je ne voudrais pas...
Cela va trop loin.
Ne faites pas attention !
Je suis le mari, je suis le
mari !
Oh,
honoré seigneur !
Taisons-nous, ne rendons pas publics nos
démêlés;
Sauvons au moins les apparences de notre
noblesse.
Acte deuxième
Récitatif Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte Récitatif Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone Le
comte,
à Don Poppone La
comtesse Don
Poppone La
comtesse [Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone La
comtesse Air La
comtesse Dabord,
considérez qui je suis, Récitatif Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Air Le
comte Un
tendre sentiment Un
tendre sentiment... Récitatif Don
Poppone Falco Don
Poppone [Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco [Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco [Don
Poppone Falco Don
Poppone Il
sort.] {
Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Air Don
Poppone Falco,
Falco, mon ami, Récitatif Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina [Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina Falco Dorina Falco Air Falco Si
de cet il noir, Si
de cet il noir, Récitatif Dorina Giannino Dorina Giannino Récitatif Don
Poppone Dorina Giannino Don
Poppone Dorina Don
Poppone Giannino Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Giannino Don
Poppone Dorina Giannino Dorina Giannino Don
Poppone Dorina Giannino Don
Poppone Dorina Giannino Don
Poppone Récitatif Le
comte La
comtesse Don
Poppone Le
comte La
comtesse Récitatif Dorina Don
Poppone Giannino Dorina Giannino Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Giannino Don
Poppone Dorina Giannino Air Giannino Mes
aïeux du XVIe siècle Quil
en vienne peu, quil en vienne beaucoup, Récitatif [Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Don
Poppone Dorina Air Dorina Monsieur,
en homme généreux, Je
sais que vous allez me dire [Ce
qui est une belle preuve Non,
ce nest pas lintérêt Récitatif Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone Ghiandina Don
Poppone [
Air Don
Poppone Mon
idole, je ny tiens plus, Récitatif Ghiandina Air Ghiandina Belles
dames, qui souhaitez Récitatif Falco
à Dorina et Giannino en coulisse Don
Poppone avec une lumière à la main,
une pioche et une bêche. Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Final Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco
et Don Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Tremblant. Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone creuse. Tous Dorina
et Giannino,
à deux Falco Don
Poppone Il
le donne à Dorina. Falco Giannino Il
bat Don Poppone. Don
Poppone Dorina Falco Giannino Il
le bat comme plus haut. Don
Poppone Dorina Falco Don
Poppone Giannino Don
Poppone Falco,
Dorina,
Giannino Don
Poppone Giannino,
Dorina,
Falco Ils
éteignent la lumière. Don
Poppone Dorina,
Falco,
Giannino Don
Poppone Dorina,
Falco,
Giannino Don
Poppone Tous Dorina,
Falco,
Giannino
La comtesse, le comte
Des cris, des galopades ? Un peu de
calme !
Ma dignité demande
Quavant de men aller,
Je sache la raison
De lindigne accueil de Don
Poppone.
Allons, nous sommes connus,
Ce nest pas un fou qui va nous offenser,
Lor, comme on dit, est à labri
des taches.
Mais laffront exige...
Ce nest pas cela qui vous retient,
Mais je lis sur votre visage:
Cest cette aventurière, Dorina, que
jai vue ici,
Et qui sera venue en accord avec vous.
Comment pouvez-vous croire...
Je ne parle pas dans le vide.
Don Poppone ferait lentremetteur
Dans sa propre maison ?
Don Poppone est un rustre.
Chut, le voici.
Les mêmes, Don Poppone
Quest-ce que cette
agitation ?
Je naurais jamais cru voir chez vous
Ce que jy ai vu.
Vous avez vu...
Vous êtes assez bien pourvu,
Lor et largent ne vous manqueront
sûrement pas.
Moi aussi, je me flatte davoir un beau
trésor.
Ne faites pas attention.
Et vous voulez partager avec mon mari
Une si belle fortune ?
En vérité, jai
lintention
De faire moitié-moitié avec
lui.
Bravo, vraiment !
Voilà un beau métier;
Mas il ne vous profitera pas,
Je le jure devant le ciel,
Je mettrai au grand jour toutes ces
machinations.
Nen faites rien, par
pitié !
Pourquoi vouloir
Partager avec mon époux
Le triste fruit de vos efforts ?
La moitié ne lui suffit pas ?
Quoi ? Il veut tout ?
Ce quil veut, je nen sais rien; mais je
sais bien
Que je ne le supporte pas
Et que ce plan criminel sera
dévoilé.
Vous voulez me ruiner...
Taisez-vous.
Par pitié...
Vous êtes un perfide.]
Vous qui trahissez ma paix !
Ah ! Vous faites donc si peu de cas
De lhonneur ?
Quelle vilenie ! Quelles murs
criminelles !
Quelque dieu, quelque astre
Punira votre âme
scélérate !
Époux ingrat, indigne ami,
Soyez sûr que ma colère
Saura comment se venger !
Traître à ma paix,
Traître, traître !
Un astre punira votre âme
scélérate !
Traître, traître !
Pensez dabord qui je suis,
Soyez sûr que ma colère
Saura comment se venger.
Le comte, Don Poppone
Que diable cette fille a-t-elle contre
moi ?
Dites-moi la vérité: la pauvrette est
folle ?
Toute sa folie tient dans la jalousie.
De qui est-elle jalouse ?
De cette étrangère qui loge chez
vous.
Elle croit que je laime, elle croit
Que cest vous qui lavez introduite ici
pour mon compte,
Elle croit...
Doucement, doucement: donc, elle
croit...
Que vous me servez dentremetteur.
Ah ! maintenant, je comprends sa
virulence.
Elle croit que nous voulons faire
moitié-moitié.
Je parlais du trésor.
Et elle a compris que cest Dorina que vous
appeliez un trésor.
Je voulais parler du trésor dans ma
cave.
Nous y voici: vous pensez
Que tout lhonneur consiste à
boire ?
Je ne vous parle pas du vin, je vous parle de
lor.
Lor dans la cave ?
Vous ne savez pas ?
Vous nêtes pas venus ici
Pour maider à creuser ?
Falco ma pourtant dit
Que vous y excelliez
Et que vous faites des miracles
Dans la recherche des trésors.
(Je vais aller dans son sens
Pour découvrir la vérité.)
En fait, oui, cest mon métier
De déterrer des trésors.
Et pour vous cacher, vous faites semblant
dêtre noble.
Exactement.
Parfait; mais il faut calmer
Létrange doute de votre dame,
Qui croit que je veux faire
lentremetteur,
Parce que, pour parler franchement, monsieur,
La faveur de cette dame, je la veux pour
moi.
Vous êtes amoureux delle ?
Je ne dirais pas que je laime dun grand
amour,
Mais elle ma fait lhonneur
De me dire tant de douces paroles amoureuses
Que, quoique jen fusse bien
éloigné,
Tout doucement, elle ma fait
méprendre delle.
Pour vous dire la vérité,
Moi aussi, jai de lestime pour
elle.
[Il y a, par ailleurs, un je ne sais
Si je dois dire « son amant »
ou « son mari » -
Qui minquiète beaucoup, et qui est
jaloux.
En me rencontrant, ce galant homme
Se montre si obligeant
Quil montre tout son dévouement pour
moi.
Je ne sais que dire; je vous envie votre
situation.
Vous êtes bien heureux.
Il ne me manque, pour me rendre content,
Que de déterrer le trésor.
Pour moi, je suis là.
(Lamour me conseille de feindre
ainsi.)]
Sest glissé dans mon sein,
Et me fait languir,
Livré au désir.
Disposez de moi,
Vous aurez la preuve
De ma loyauté.
Je sens déjà que lamour
Entre lespoir et la crainte
Vient me tourmenter.
Don Poppone, puis Falco
Une double fortune
Mattend aujourdhui:
Jaurai le riche trésor, et la
comtesse.
Eh bien, les gens du trésor sont-ils
venus ?
Oui, ils sont arrivés,
Et sont tous deux logés chez moi.
Que vous en semble ?
Ils voulaient nier leur science.
Ils le font pour préserver votre
dignité.
Ils voulaient se faire passer
Lun pour un cavalier, lautre pour une
dame.
Ils le font pour mettre en crédit leur
réputation.
Mais moi, gentiment,
Je leur ai montré que jétais au
courant,
Et finalement, lhomme ma tout
avoué.]
Vous leur avez fait des cadeaux ?
Pas encore. Je men occuperai
Quand jaurai vu ce que vaut leur
travail.
Chez monsieur, vous nen ferez rien.
Puisque vous avez confiance en eux,
Du respect et de lestime,
Je vous conseille de leur faire des cadeaux
dabord.
Pourquoi ?
Parce que de cette façon,
Voyant que vous êtes
Un homme généreux et
honnête,
Ils feront les choses plus proprement et plus
vite.]
Que pourrais-je leur donner ?
Vous pourriez donner une bague de diamants à
la dame,
Et à lhomme à lesprit
cupide,
Une bourse pleine dargent.
Une bague ? Une bourse ?
La bague, la voici.
La bourse, je ne lai pas pour
linstant.
Il faut la trouver.
Je vais la trouver.
Et puis, mon cher Falco,
Et puis, il y a une autre chose
Qui millumine un si beau jour.
Quoi donc ?
Un beau, un ravissant visage.
Celui de la fille au trésor.
Fi ! Non, celui dune autre jeunesse,
belle et subtile,
Que le sort a envoyée chez moi,
Une gracieuse dame
Qui soupire et aspire après moi,
Qui ma delle-même
découvert son amour.
Et qui est cette dame ?
Une comtesse.
Celle, peut-être, qui logeait auparavant chez
moi ?
Elle, précisément.
Cest vrai quelle est
charmante.
Charmant, on ne peut plus charmante,
Spirituelle, gracieuse, et si
distinguée !
Je ny tiens plus, je me sens tout
attendri,
Quand je pense à ce beau visage
Qui ma frappé en plein cur.
Beaux yeux, ravissantes étoiles,
Beaux rubis purpurins,
Lait et roses, mille choses,
Mille choses que je voudrais dire,
Que je voudrais, et ne puis dire.
Ah, mon Falco, quelle beauté,
Je me sens tout attendri...
Falco, puis Dorina
Comment est-il tombé amoureux de la comtesse
Nastri ?
Heureusement que lanimal
Ne sest pas épris de Dorina
Qui est si mignonne à mes yeux.
La voici justement:
Jai à peine prononcé son
nom,
Et la voici qui apparaît devant mes yeux.
Si elle le faisait à chaque fois !
Ravissante
Dorina !}
Eh là ! Un pas en
arrière !
Un peu plus de respect et de
savoir-vivre !
Quest-ce à dire ?
Je veux dire que je suis qui je suis.
Eh bien, en voilà de
bonnes !
Il mest venu un peu du style de la
haute.
Eh bien ! Depuis quand cette grande
noblesse ?
De linstant même
Où tu mas fait devenir
comtesse.
Moi ?
Qui donc a mis dans lesprit de Don
Poppone,
Avec de subtiles ruses,
Que je suis comtesse et Giannino
comte ?
Et il vous croit tels ?
Devrait-il, peut-être, y avoir du
mal ?
Vous trouvez que je ne porte pas la noblesse sur le
visage ?
Moi aussi, je sais causer la bouche bien
ouverte.
Je sais parler, donner des ordres
Exiger, envoyer,
Me promener avec hauteur,
Menacer sévèrement,
Défendre, protéger,
Décider, corriger,
Et je sais ce qui se fait,
Et je sais aussi garder mon
sérieux.]
Doucement, doucement !
Peut-on savoir comment ça
marche ?
Il y a un malentendu:
Don Poppone vous a carrément confondus
Et vous prend pour le comte et la comtesse
Nastri.
Il peut bien me prendre pour Ruban,
ou Câble,
Ou
Cordage, ou Ficelle, ou
Lacet:
Laccident est splendide;
Et tant quil dure,
Je veux me donner lallure dune
dame.
Vous allez nous perdre.
Pourquoi ?
Je sais que, sur mon conseil,
Il devait vous faire des cadeaux; maintenant, il ne
le fera plus,
Vous croyant trop nobles pour cela.
Pour un cadeau, sil avait cette
idée,
Je renonce à être dame et
comtesse.
Essayez de lobtenir
Avec votre prudence et votre talent.
Et votre part vous sera mise de
côté.
De vous, Dorina chérie, je nattends
rien dautre,
Pour ma part, quun regard
bienveillant.
Vous me regardez un peu,
Ce sera pour moi un trésor,
Je ne peux rien souhaiter de plus.
Si ensuite votre bouche dit:
« Jaurai pitié de toi,
Bien-aimé, tu seras heureux »,
Je mourrai de joie.
Mais ne croyez pas...
Jaime lhonnêteté.
Je suis un homme qui se contente
De ce quil peut avoir.
De cet il noir,
Vous me regardez un peu,
De cet il, cet il noir,
Si vous me regardez...
Mais ne croyez pas...
Dorina, puis Giannino
Il faut bien avouer
Que Falco est un brave homme,
Quil ny a en lui aucune malice
Et quil nagit que par
amitié.
Quand allons-nous en finir avec cette
affaire ?
Quand allons-nous partir ?
Dorina, je ne peux plus rester.
Le seigneur Don Poppone
A préparé, je viens juste de
lapprendre,
Un cadeau pour vous, un cadeau pour moi.
Prenons ce que nous pouvons,
Mais je ne veux plus devenir fou:
Le trésor, le titre de comte... quel
embrouillamini !
Les mêmes, Don Poppone
Me voici de retour,
Veuillez mexcuser
Si je vous ai jusquà présent
traités de façon
désobligeante.
En vérité, monsieur,
Il me paraît un peu étrange
Que vous nous ayez privés de votre
présence.
Mais si vous voulez repartir, vous avez notre
permission.
Galant cavalier, en vérité,
Aussi amoureux que moi de la
liberté.
Quavez-vous à la
main ?
Rien, rien,
Une petite bourse
Avec un peu dargent.
Et pour quoi faire ?
Pour lemployer
À certaine affaire.
Ma foi, je gage
Que vous voulez faire quelque petit
cadeau.
Bravo, bravo, comtesse,
Vous avez deviné.
Et cest peut-être une dame
Qui doit en
bénéficier ?
Et un homme aussi ?
Jai prévu doffrir
Lanneau à une dame
Et jai préparé la bourse pour
un homme.
(Parfait.)
(Excellent.)
Et peut-on savoir
Qui est celle qui recevra cet
anneau ?
Peut-on savoir à qui va la
bourse ?
La bourse et lanneau vont à deux
personnes
De basse condition.
En vérité, cet anneau
Ferait bien mon affaire.
Je pourrais agréer cette bourse.
Je sais bien que vous plaisantez !
À un comte, à une comtesse,
Ce nest pas largent et les pierreries
qui manquent,
Ils ne daigneraient pas accepter ces
bagatelles.
Si vous voulez essayer...
Allez, essayez !
Quel cher cavalier ! Je sais que vous
plaisantez !]
Les mêmes, le comte, la
comtesse
Monsieur, mon épouse
Veut sen aller
immédiatement.
Je veux partir,
Et suis venue vous le dire par
courtoisie.
Arrêtez, madame,
De grâce, ne partez pas encore.
Je vous ai préparé quelque petite
chose.
(à la comtesse) À vous,
lanneau (au comte) et à vous,
cette petite bourse.
À moi, de largent ? Me faire cet
affront !
Pour qui me prenez-vous ?
Vous me rendrez compte,
Malappris, de vos outrages
répétés.
Monsieur, je métonne.
Je me déclare offensée moi aussi,
On noffre pas un anneau à
quelquun de mon rang.
Don Poppone, Dorina, Giannino
Qui sont ces gens si fiers ?
Des gens du commun.
Ils ignorent le savoir-vivre.
Refuser des cadeaux ! Quelle
bassesse !
Qui est bien né sait accepter.
Si cest un ami qui offre,
On accepte sa gentillesse.
Un pareil cadeau ne se méprise
pas.
Je ne voudrais pas vous froisser;
Sinon, je vous offrirais...
Non, je ne me froisse pas,
Je laccepterai en gage de votre
amitié.
Lanneau ?
Je vous suis très obligée.
La bourse ?
Très obligé.
Obligeant cavalier !
Dame au noble cur, au cur
gracieux !
Monsieur, je vous suis reconnaissante.
Je veux bien agréer.
Mont enjoint par testament
Daccepter par courtoisie
Tout ce qui arrivera.
Jamais je ne refuse,
Et je voudrais, si jétais femme,
Exécuter les volontés
De mon grand-père et ma
grand-mère.
Don Poppone, Dorina
Les ascendants du comte
Ont fait un testament
Vraiment respectable de nos jours;
Ah, si les vôtres en avaient fait
autant !
Mais je dois vivre soumise,
Suivant le rite du mariage,
Sous les lois de mon mari.
Donc, pour obéir
À vos ancêtres,
Vous prenez tout ce quon vous
donne ?
Tout, je ne sais pas. Il y a un codicille
Qui permet parfois de dire non.]
Par exemple, si je vous donnais un
trésor ?
Je laccepterais.
Et si je vous offrais mon
cur ?
Jy réfléchirais.
Je dirais, comme disait
Dans sa patrie, une jeune fille de Venise:
« Vot cur, sque vous
voulez qujen
fasse ? »
Et puis, devant cette proposition,
Avec sa grâce vénitienne,
Elle chantait cette chansonnette:
Vous moffrez votre cur ?
Que mimporte à moi,
Ce beau cadeau ?
Si vous navez rien de mieux
Pour me faire honneur,
Suivez mon conseil:
Ne parlez plus damour.
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Généreux monsieur, votre
cur.
Quun cur vaut un trésor,
Mais il ny en a pas beaucoup
Qui soient sincères.
Ce nest pas dans les paroles
Quest le plus grand mérite,
Elles sont comme les carrosses,
Le plus beau, cest
lextérieur.
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Moi, votre cur, je ny crois
pas.
Pour dire quon est amoureux,
Cest quand on arrive
Avec de petits cadeaux.
Cest une chose équivoque
De dire « Jai de lamour pour
vous »,
Mais la belle splendeur de lor
Touche jusquaux entrailles;
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Moi, votre cur, je ne le vois
pas.
Qui parle ainsi en moi.
Ce qui me fait penser ainsi,
Cest seulement lusage.
Si on ne vous croit pas,
Ne vous étonnez pas,
On connaît lamour, on le voit
Uniquement dans les actes.
Gardez-le-vous, profitez-en,
Conservez-le ou jetez-le,
Votre cur, sil ny a pas de
preuves.]
Don Poppone, puis Ghiandina
Je ne sais plus où jai la
tête.
Je trouve en un moment
Cent choses contraires,
Et je crains de me retrouver berné à
la fin.
[Celle-ci ma donné des
espérances;
Maintenant, elle change de langage... Les deux
étrangers
Venus pour déterrer le trésor avec
moi
Refusent lanneau, refusent lor.
En attendant, je perds du temps
Et lamour avance... Voici Ghiandina;
Elle, la pauvrette
Laissée à labandon ?
Ah, vraiment, vraiment, je suis
confus.]
Monsieur, veuillez me donner un bon certificat;
Je men vais.
Comment ? Pourquoi ?
Parce que vous vous êtes trouvé une
autre amoureuse,
Et moi, monsieur, ne le prenez pas mal,
Je ne veux pas servir une rivale.
Qui vous la dit ?
Je sais ce que je dis,
Je ne suis ni sourde ni aveugle.
En fait, je lavoue moi-même,
Je dois céder la place à une
comtesse.
Mais... Ce nest pas vrai...
Si, monsieur, cest vrai,
Jai vu, jai entendu,
Je suis au courant des tendres sentiments,
Je sais que vous avez fait des cadeaux.
(Comment le sait-elle ?)
Mais je suis ébahie
De voir que vous remplacez
Une jeune fille par une femme
mariée.
(Elle a raison.)
Je vous lai déjà dit, et je
vous le redis:
Donnez-moi mon congé, je veux
partir !
Non, Ghiandina, restez !
Si vous mabandonnez, je
mourrai !
Je ne resterai sûrement pas
Si vous ne maimez plus,
Si vous ne congédiez pas
Une rivale qui me tourmente.
Je vais à linstant
Lui donner congé, faire quelle
sen aille.
Je ne veux pas vous faire de peine, ma
Ghiandina.
Je me sens tout attendri,
Quand je pense à ce beau visage
Qui ma frappé en plein cur.
Beaux yeux, ravissantes étoiles,
Beaux rubis purpurins,
Lait et roses, mille choses,
Mille choses que je voudrais dire,
Que je voudrais, et ne puis dire.
Mon idole ! quelle beauté,
Je me sens tout attendri... ]
Ghiandina seule
Je me crée des illusions,
jespère
Quil me dit la vérité.
Un homme amoureux
Oublie parfois son premier amour
Mais revient là où son cur
sest fixé.
Que vos amants soient fidèles,
Sils vous semblent inconstants,
Nallez pas les tourmenter.
Entreprenez par la douceur
De les ramener à leur feu premier,
Vous les verrez peu à peu
Revenir dans vos filets.
Une
cave obscure
Falco avec une lanterne, puis Don
Poppone,
puis Dorina et Giannino déguisés
en esprits
Retirez-vous avec cette lampe dans ce coin
sombre,
Don Poppone va arriver.
[Pour dire la vérité,
Moi non plus, je ne reste pas ici de bon
cur;
Mais puisque jy suis engagé,
Il faut que je profite un peu de
loccasion,
De la crédulité de Don Poppone.
Là-dedans, il y a tout ce quil vous
faut,
Habits et autres choses nécessaires.
Le voici avec sa lampe
Et avec les outils.
Le
benêt va maintenant voir des
miracles.]
Vous êtes là ?
Oui, monsieur.
Mais où sont donc nos
assistants ?
Chut ! Ils sont là dehors.
Ils vous aideront.
Ils mont donné cette feuille
Où est noté le texte de
conjuration.
Ils étaient fâchés contre
moi.
Comment se sont-ils calmés ?
Grâce à moi;
Le trésor déterré, ils
sen iront.
Ils ont pris comme une insulte
Le don de la bourse et de la bague.
Et lanneau, et la bourse,
Quen avez-vous fait ?
Je les ai immédiatement offerts
Au comte et à la comtesse
Qui se trouvaient là par hasard.
(Personne ne ma rien dit.
Je ne comprends toujours pas
Ce quil veut dire avec le comte et la
comtesse.)]
Eh bien, que faut-il faire ?
Pour creuser,
Jai apporté les outils.
Avez-vous de lor, ou de
largent ?
Oui, cela aussi,
Je lai apporté.
Commençons tout de suite.
Répétez après moi.
Je vous fais confiance.
Je moccupe de tout.
Esprits errants...
Esprits errants...
Du royaume de Dité...
Du royaume de Dité...
Apparaissez ici... Don
Poppone ne répète
pas.
Il faut poursuivre.
Je sens venir un peu de peur.
Courage !
Courage !
Il faut souffrir.
Apparaissez ici.
Apparaissez ici.
Devant moi.
Devant moi.
Avec votre horrible aspect.
Avec votre horrible...
Malheur !
Vous tremblez ?
Non, non !
Courage.
Courage. (Bruit de chaînes à
lintérieur de la grotte).
Je nai pas peur.
Entendez les chaînes.
Lesprit arrive.
Je n... nai... pas
peur.
Le diable se rapproche.
Quil ne vienne pas par
là !
Et voici la diablesse.
Elle nest pas si laide.
Creusez, creusez, Don Poppone.
Oh ! quel diable
affreux !
Creusez, creusez la cave.
Oh la jolie diablesse !
Mettez-vous au travail.
Lui, je ne veux pas le regarder.
Allez, creusez, et continuez
La lecture quil faut faire.
Farfadet, Gambetorte , pendant
que Don Poppone continue à
piocher
Apporte, apporte mon trésor.
Or, or.
Il faut offrir de lor aux
esprits.
De lor... Oui monsieur...
Plutôt de ce
côté.
Creusez, piochez !
Largent,
largent !
Oh, pauvre de moi !
Donnez-le moi.
Déterrez le trésor.
De lor, de lor.
Assez, par pitié !
Donnez-le par ici.
Continuez à creuser.
Je nen peux plus.
De lor pour moi.
Mais puisquil ny en a
plus.
Si lor est épuisé,
Le charme est terminé.
Mais où est le
trésor ?
Voyez-le ici.
Aïe, aïe !
Falco, où es-tu ?
Gambetorte, farfadet,
Mettez dehors ce pauvre niais,
Quon le traîne hors
dici.
Falco, Falco, par
pitié !
Sil ne dit pas « Vive
lOrque »,
Don Poppone se verra
Bastonné comme un
goret !
Vive lOrque, vive
lOrque !
Vive lOrque et lOrquesse avec,
Et la jolie diablesse
Du trésor profitera.
Diables par ici, diables par là,
La diablesse sera contente,
Vive lOrque, vive lOrque,
La diablesse sera contente.
Acte troisième
Récitatif La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte Récitatif Don
Poppone Le
comte Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone [Le
comte La
comtesse Don
Poppone Le
comte Don
Poppone [Le
comte Don
Poppone La
comtesse Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone Le
comte Don
Poppone La
comtesse Don
Poppone Le
comte Il
donne quelques lettres à Don
Poppone. La
comtesse Don
Poppone,
après avoir lu Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Don
Poppone Air Don
Poppone Je
ne puis dire ce qui sest passé, Je
peux douter de vous, Ce
qui est sûr et certain, Récitatif La
comtesse Le
comte La
comtesse Le
comte La
comtesse Air La
comtesse Je
nose espérer Retournons,
ô cher, Récitatif Le
comte [
Air Le
comte On
ne connaît pas le bien Le
cur se rétablit Récitatif Ghiandina Giannino Dorina Ghiandina Giannino Dorina Ghiandina Dorina Ghiandina Air Ghiandina Oui,
madame et monsieur, cest ainsi, Le
gros bandit de diable, Récitatif [Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Il
nous faut trouver une solution. Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Récitatif Falco Giannino Dorina Falco Giannino Falco Giannino Falco Dorina,
à Falco Falco Dorina Giannino Dorina Giannino Falco Dorina Falco Air Falco Nous
devons, sur notre mer, Jai
une tête qui ne craint pas Récitatif Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Duo Giannino Pendant
que Giannino chante tristement, Dorina
lécoute un peu puis, petit à
petit, elle séloigne et va
sasseoir sur un autre
siège. Dorina Giannino
entendant que Dorina se lamente, se lève,
sapproche, et elle continue. Lui
séloigne alors un peu; elle se
lève et ils se rapprochent petit à
petit. Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino Dorina Giannino,
Giannino Dorina,
regardant Giannino Ensemble Giannino,
Giannino Dorina,
faisant semblant de le chasser Giannino Dorina,
avec tendresse Giannino,
faisant semblant de la chasser Dorina Ensemble Giannino Dorina Giannino Dorina Ensemble Un
doux repos, Récitatif Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Don
Poppone Falco Final Dorina,
Giannino,
à deux Deux
jeunes gens arrivent et remettent ses pièces
à Don Poppone. Falco Don
Poppone Dorina,
Giannino,
Falco,
à trois Don
Poppone Le
comte et la comtesse Don
Poppone Dorina,
Giannino Ils
se donnent la main. Don
Poppone Ghiandina Giannino Don
Poppone Tous Déjà
sont ravies
Le comte et la comtesse
M'offrir de largent ! Une pareille
injure à une personne de ma
qualité !
Je ne peux pas ne pas réagir devant un tel
affront.
Mais vous ne le voyez pas ?
Don Poppone est un fou.
Non, non, je ne le crois pas;
Je le vois parfaitement sain desprit
Pour dautres activités.
Il faut admettre quil y a ici quelque
tromperie,
Et avant de partir,
Je veux tirer cela au clair.
Certes, à dire vrai,
Il nous a réservé un tel
traitement
Que nous devons conclure
Quil ne croit pas que nous soyons ce que nous
sommes.
Notre dignité exige
Quil soit détrompé avant que
nous partions,
Et quil sache comment il faut respecter une
dame.
Le voici qui arrive.
Les mêmes, Don Poppone
Maudits sorciers,
Vous êtes encore là ?
Comment parlez-vous ?
Je sens encore les coups de bâton sur mon
dos.
Mais, seigneur Don Poppone, pour qui nous
prenez-vous ?
Pour deux personnes amies du démon,
Et mes épaules en sont un bon
témoignage.
Vous parlez comme un sot.
Ou bien vous lêtes
réellement,
Ou bien le vin de la cave vous a fait du
mal.
Oui, précisément, la cave
Ma fait mal, je vous le garantis -
Pas avec le vin, mais avec le bois.]
Quest-ce que ce discours ?
En deux mots:
Ou bien vous faites en sorte que le
démon
Me rende largent quil ma
escroqué,
Ou bien vous serez accusés devant le
juge.
Eh ! Veuillez respecter
Le comte Nastri et la comtesse son
épouse.
Je suis le serviteur dévoué
Du comte et de la comtesse.
Je reçois avec honneur
Les grâces quil me font;
Quant à vous, que le diable vous
emporte !]
Comment ? Qui sommes-nous ?
Nous connaissez-vous ?
Je vous répète que vous êtes
deux sorciers.
Je ne suis pas le comte Nastri ?
Vous ?
Notre ami de Rome ne nous a pas
recommandés ?
Vous ?
Vous ne nous avez pas invités dans votre
demeure ?
Vous ?
Quelle merveille est-ce là ?
Sil vous reste le moindre doute,
Voici dautres missives de notre ami
commun.
Vous êtes dans lerreur, ou vous vous
amusez ?
Nous reconnaissez-vous ?
Je suis pétrifié.
Pourquoi parlez-vous de sorciers ?
Pourquoi parlez-vous
dargent ?
Pourquoi moffrir indignement une
bourse ?
Moffrir un anneau, à moi !
Pourquoi ?
Je ne sais que dire.
Il y a eu une équivoque...
Je sais que jai été
bastonné...
Donc, ce seront les autres...
Et comment ?
Je vous demande pardon, je me suis
mépris.
Mais je saurai le tirer au clair.
Attendez... Je voudrais...
Pardonnez... Je ne saurais...
À qui devrai-je faire
confiance ?
Je peux douter deux.
Je ne suis pas sûr pour le trésor.
Tout dit oui et non.
Cest quon ma bastonné,
Je ne déterre plus de trésor,
Je ne fais plus le brave.
Le comte et la comtesse
Le malheureux sest fait berner.
Javais deviné que quelque folie le
faisait délirer.
Avant quautre chose vienne nous troubler,
partons.
Sans voir au moins Naples, que nous sommes venus
admirer ?
Rentrons à Rome.
Je vois que le destin soppose à mes
plaisirs.
Jusquici, jen ai eu mon
content.
Un plaisir supérieur
À laffection
De mon cher époux
Qui fidèlement
Me conserve son cur.
Dans notre patrie,
Car lamère crainte
De vous voir infidèle
Rend cruel
Lamour lui-même.
Le comte seul
Je compatis, et je veux lui complaire.
Ce nest pas un petit embarras
Que celui où je me suis mis.
Jai vécu heureux jusque là,
Fidèle à mon épouse dans mon
pays;
Pourquoi perdre la paix à mon
détriment ?
Tant quon léprouve;
Un désastre nous aide
À modérer nos
désirs.
Dans sa paix
Sil peut voir le piège
Dun mal séduisant.
]
Dorina, Giannino, Ghiandina
Parfaitement, mes maîtres, vous êtes
découverts,
Vous allez devoir vous en aller, et
peut-être,
Pour châtiment de votre malice,
Vous devrez rendre des comptes à la
justice.
Je ne sais pas de quoi vous parlez.
Je ne suis au courant de rien.
Quelle innocente fillette !
Quel honnête jeune homme !
Jai envie de rire. Monsieur le comte,
Madame la comtesse,
Le gros diable avec la diablesse !
Mon pauvre patron assassiné,
Volé, bastonné,
Jai tout vu depuis lentrée de la
cave.
Ayez pitié, chère
Ghiandina !
Cest la faute de Falco.
Je sais que ce brigand la berné,
Mais il sera puni comme il le
mérite.
Mais vous, quavez-vous à voir
là-dedans ?
Jai à y voir
Bien plus que vous ne croyez,
Attendu que, si vous ne le savez pas,
Je suis entrée par cette porte comme
servante,
Mais je deviendrai lépouse du
maître.
Le patron mépousera,
Le patron récompensera
Mon amour et ma foi.
Et vous autres comploteurs,
Qui faites les sorciers,
Vous partirez dici.
La comtesse diablesse,
Paieront à mon patron.
Dorina, Giannino
Me voilà dans un bel imbroglio.
Par votre faute, je suis ruinée.
Par moi ?
Bien sûr, par vous:
Nous sommes au bord du précipice
À cause de votre peu de jugement.
Je ne voulais pas venir ici.
Sans argent, que pouvions-nous faire ?
Vous mavez fait fuir de chez moi.
Si javais prévu votre
misère,
Non, certainement, je ne serais pas
venue.
Je lai fait par amour.]
Quel bel amour !
Je vais y perdre mon honneur,
Perdre la liberté et la vie.
{Ah, comme je me repens de vous avoir
connu !
Monstre de cruauté ! Vous me faites
pleurer.
Pleurer ?
À quoi bon ? Ce sont des
enfantillages.}
Comment ?
Fuir aussi vite que le peuvent des
désespérés.
Nous fuirons tous les deux.
Mais séparément.
Pourquoi séparément ?
Parce que ce qui mest arrivé avec
vous
Jusquà présent me
suffit.
Malheureux infortuné !
Pauvre Dorina !
Je suis au désespoir.
Je suis perdue.
Les mêmes, Falco
Vous êtes là !
Nous sommes là, au fond du
gouffre.
Vous nous avez complètement
assassinés.
Je vous apporte de bonnes nouvelles.
Sils vous trouvent,
Les nouvelles seront mauvaises pour vous
aussi.
Lisez cette lettre.
De qui vient-elle ?
Lisez, et vous apprendrez
Que votre père
Vous a fait la gentille faveur,
Pour vous rendre heureux,
De sen aller au trot dans lautre
monde.
Son père est mort ?
Cest sûr, sûr et
certain.
Cest vrai, Giannino ?
Oui, ma Dorina, on ne peut plus vrai.
Donc, vous mépouserez ?
Donc, vous memmènerez
Passer des jours heureux ailleurs ?
Laissez-moi pour linstant pleurer un peu.
Laissez le pauvre sépancher;
La nature va vouloir faire son effet.
Je vous fais mes condoléances; mais je vais
tout de suite
Trouver Don Poppone.
Il faut régler laffaire,
Lui rendre largent quon lui a
soutiré,
Et sexcuser pour la bastonnade.
Comment faire ?
Ne vous tourmentez pas,
Là aussi, laissez-moi men
occuper.
Ajuster la voilure au vent,
Et recourir à la boussole
Si le vent nest pas favorable.
La tempête au milieu de londe.
Il peut bien sempêtrer, celui qui
Na pas ma grande
habileté.
Dorina, Giannino
Donc, nous pouvons espérer
Que tout ira bien, mon Giannino.
Mon pauvre père ! Il est mort, le
pauvret !
Que voulez-vous y faire ? Qui est mort, est
mort.
Consolons-nous en espérant, comme il faut
espérer,
Quenfin nos affaires iront bien.
Je ne peux pas trouver la paix.
Il était vieux, mal en point,
estropié,
Il devait mourir.
Mon père sen est
allé.
Moi aussi, quand je me rappelle
Ma mère, que jai abandonnée
pour vous,
Je suis toute bouleversée;
Mais je me console auprès de mon
Giannino,
Et vous devriez en faire autant pour
moi.
Oh mon pauvre père
Qui était si bon !
Le pauvre est parti,
Je ne le verrai plus.
Oh ma pauvre mère,
Qui maime tellement.Je lai
abandonnée,
Je ne la vois plus,
hélas !
Oh mon pauvre père !
Oh ma pauvre mère !
Qui était si bon.
Elle maime tant.
Il est mort, le pauvre.
Hélas, je ne la vois plus.
Mon père est mort.
Je ne vois plus ma mère.
Et jagirais ainsi ?
Je ne peux pas, je ne peux pas.
Chère Dorina.
Ma mère est morte.
Et je pleurerai.
Cher Giannino.
Mon père est mort.
Et moi, je mourrai.
Mourir, pourquoi ?
Il ny pas de remède.
Toi, cher trésor,
Peux me réconforter,
Tu peux me consoler.
Tu seras ma maminette.
Tu seras mon gentil papa.
Grosse bourrelle,
malandrine !
Petit escroc, petit bandit !
Tu mas fait soupirer.
Plus de douleur,
Plus de crainte,
Plus de tourments
À éprouver.
Un cur amoureux
Font exulter
Les heureux époux.
Une
salle
Don Poppone, Falco
Non, je ne me fie plus, plus jamais à
personne.
Le comte et la comtesse,
Puis la diablesse,
Lor quon ma
dérobé,
Et cent scélératesses,
Et, le plus grave, les coups de
bâton !
En ce qui concerne le comte Nastri,
cétait une erreur.
Vous avez pris, monsieur,
Lun pour lautre et pour lautre
lun,
Sans quil y ait rien de votre faute.
Pour ce qui est de lor, que vous dites
Avoir été dérobé par le
diable,
Il vous sera restitué; et puis,
Quant au compliment à coups de
bâton,
Il vous suffira de recevoir des excuses.
Lexcuse ne me sert à rien
Pour soulager la douleur que je ressens encore;
Quils me rendent lor, et je suis
satisfait.
Les magiciens vont venir
Pour faire lopération
De la restitution.
Non, je ne veux pas,
Je préfère leur en faire
cadeau.
Nayez pas peur, monsieur, ce sont des
amis.
Tous
Esprits bienveillants,
Paraissez ici,
Restituez lor
À qui il se doit.
Le voilà.
Jen rends grâces
À votre bonté.
Soyez content.
Lor a été rendu.
Vous pardonnerez
À qui vous a offensé,
Par charité.
Que le Ciel vous donne
La félicité.
Nous prenons congé de vous,
Nous voici sur le départ.
Bon voyage et bonne santé.
Daignez être témoin
De notre hyménée
Qui a lieu ici-même.
Je veux me marier moi aussi,
(À Ghiandina)
Viens ici, ma belle idole.
Ghiandina vient à vos
côtés.
Et avec la diablesse,
Giannino sunira.
Tout va bien.
Toutes les affaires
Sont arrangées.
Mais qui paiera
Les coups de bâton ?
Qui les a reçus les a reçus,
On nen parle plus.
Chacun jouira
De sa paix.
La servante et la comtesse,
Et la diablesse
Le sera aussi.

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