Scène
1
Diane,
Daphné
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Récitatif
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Diane
Daphné, si jamais une chaste brise
Ta enveloppée dune modeste
réserve,
Si jamais ta bouche fut sage, ton il sur ses
gardes,
Aujourdhui, ta vertu doit te fortifier
Face à un nouveau péril.
Pour tendre des embuscades, Amour rôde,
Sous les traits dun berger, par ces
forêts.
À mes yeux, tout est évident.
Je lai vu, et sous cet accoutrement
dhabits de mortels
Dont il est recouvert, crois-en Diane:
Jai vu ses flammes, jai vu ses
flèches.
Garde-toi, ô Daphné, garde-toi de lui,
et conserve
Ton pied libre de ses liens,
Ton sein indemne de son poison.
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Air
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Diane
Il
perd son temps, il perd son cur,
Celui qui, vassal de lAmour
scélérat,
Veut perdre sa liberté.
Fuir ses chaînes
Est le plus grand de tous les grands biens,
Est la plus belle des
beautés.
Il
perd son temps, etc.
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Scène
2
Les
mêmes [sic]
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Récitatif
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Daphné
Qui connaît les ruses dAmour, le craint
peu
Et le vainc facilement. Quil vienne
donc !
Je défendrai mon âme avec ta valeur et
la mienne.
Je sais que le superbe, pour triompher de nous,
Na besoin que dun seul regard.
Il entre par les pupilles, avec limage
De la beauté qui fait ses
délices,
Puis il la montre au cur;
Et il nous en vante tant la plaisante apparence
Que par la main du plaisir, il limprime en
notre sein,
Et enflamme le cur à ce vivant
reflet.
Mais quoi ! Laccès à mes
yeux sera fermé à Amour.
Il me verra sourde aux prières, aux larmes,
aux caresses,
Et si, étant cruelle, je nai aucun
cur qui maime,
Jaurai au moins, étant cruelle, un
cur qui mapprécie.
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Air
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Daphné
Je
sais que si elle plaît tant,
Cette rose vermeille,
Cest parce quelle se tient,
modeste,
Dans le buisson ombreux
Et on la recherche dautant plus quelle
se cache.
Je sais quon apprécie davantage
Son aimable beauté
Parce quavec ses denses épines,
Elle fait peur aux ravisseurs,
Et plus elle est dédaigneuse,
Plus on la désire.
Je
sais, etc.
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Scène
3
Amour,
puis Mercure
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Récitatif
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Amour
Écoutez, mais taisez-vous, plaisantes
brises, brises heureuses.
Amour, cest moi; je suis Amour,
Ce dieu qui souvent réchauffe vos
souffles
Avec les soupirs enflammés dun sein
Amoureux.
Écoutez, ruisseaux, mais ne
lébruitez pas:
Amour, cest moi; je suis Amour,
Ce dieu qui souvent enflamme vos eaux
Avec les tendres larmes dun cur
épris dAmour.
Ces vêtements trompeurs, cest mon
honneur qui les veut:
Je me fais passer pour un berger pour confondre
Les ruses, lorgueil et la vanité
DApollon, mon ennemi.Quil vienne, le
présomptueux !
Nous verrons alors qui a le plus de force,
Larc dApollon ou celui
dAmour.
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Air
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Amour
Il
nest point de cur qui de mon feu
Ne sembrase, soit peu, soit beaucoup,
Avec une ardeur aussi mortelle que douce.
Toute poitrine, tôt ou tard,
Éprouve la douleur funeste et
chère
De mon trait perçant et
aimé.
(da
capo)
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Scène
4
Mercure,
Amour
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Récitatif
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Mercure
Tu as raison de te vanter:
Amour pourra rester caché à
Apollon.
Le dur décret
Qui le prive encore de ses prérogatives
divines
Rend sa vue moins claire.
Mais cest en vain que tu te caches
Au regard de Mercure,
Et je vois dans ce berger
Toute ton essence divine.
Eh bien, va ! Punis ce fou !
Quil éprouve ton pouvoir dans son
sein !
Mais sache quen ce jour,
Jour grand et heureux,
Il fera son retour au ciel.
Amour
Apollon, au ciel,
aujourdhui ?
Mercure
Cest pour cela, Amour, que moi, Mercure, je
revêts aussi
Laspect dun humble berger aux cheveux
blanchis par lâge.
Je me découvrirai quand il le faudra.
Dici là, puisque aujourdhui il
retourne au ciel,
Quaujourdhui les destins
ramènent un jour précieux,
Sacré pour nous, pour lanniversaire de
Jupiter,
Aujourdhui, les Grâces en fête
jouent
Aux pieds de la divinité;
Et aujourdhui, tout est joie et plaisir,
Tout est innocence,
Et la pitié triomphe, ainsi que la
clémence.
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Air
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Mercure
Ce
nest pas le soleil qui avec son rayon
vital
Rend si belle lapparition
De ce beau jour:
La vertu, avec sa lumière immortelle
Est celle-là seule
Qui le rend si orné de
gloire.
(da
capo)
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Scène
5
Apollon,
Amour
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Récitatif
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Apollon
Couronnez mon arc, ô ravissantes fleurs.
De la chasse prochaine, combien,
Ô combien jattends
dhonneur !
Aucune flèche ne sera tirée
Qui ne soit une victoire.
La peau hérissée du sanglier lui sera
une vaine défense,
Son pied rapide laissera peu despoir au
cerf,
La fureur de lours lui sera inutile,
Si bien que mon titre de gloire ne sera pas
Lhorrible,
latroce squelette
Et que les bergers ne seront pas
En proie à la violente jalousie.
Couronnez mon arc, ô ravissantes
fleurs.
Amour
Moins de vanité, je ten prie;
Je veux bien que ta main soit experte,
Mais il est un berger qui se vante de porter des
coups
Aussi fermes et aussi sûrs que les
tiens.
Apollon
Qui peut-il être ? Où
est-il ?
Mon bras ne le cède pas à un bras
mortel,
Et quand bien même il aurait en main
larc dAmour,
Pour frapper, mon art sera
supérieur.
Amour
Tu tavances trop. Tu ne connais pas
Amour,
Cest pourquoi tu ne le juges pas à sa
vraie valeur.
Apollon
Je connais Amour. Je sais comment il décoche
son trait;
Mais je sais quil ne blesse
Que les âmes vulgaires,
Je sais quil cueille seulement ceux qui
veulent être cueillis.
Ami, finalement, Amour nest pas
Un si grand archer que tu le veux
Puisquà ses conquêtes, il manque
mon cur.
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Air
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Apollon
Même
séduit par les fleurs de la prairie,
Ce clair ruisseau ne sarrête pas,
Mais passe, indifférent, et se dérobe
à elles.
Et devant léclat dune
lumière terrestre,
Loiseau de Jupiter, sage et fort,
Ne replie pas ses ailes
Mais senvole au ciel.
(da
capo)
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Scène
6
Apollon,
Amour,
nymphes et bergers
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Récitatif
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Amour
Es-tu si ennemi dAmour ?
Apollon
Quil fasse dabord de moi son esclave,
et je lui cède bien vite.
Amour
Même les dieux ressentent ses
blessures.
Apollon
Quil frappe ma poitrine, et je le
croirai.
Amour
Crains, crains son ardeur !
Apollon
Ma poitrine est de glace !
Amour
Respecte son arc !
Apollon
Mon cur est de pierre !
Je ne fais nul cas de ses traits ni de son
feu.
Amour
Tu ne te soucies pas dAmour ? Tu
men reparleras bientôt.
Organisez la chasse, nymphes mes amies.
Toi, Dorinde, va-t-en là où le
hêtre répand
Une ombre plus dense,
Et surveille avec soin
Quand le cerf en sortira, poursuivi par les
lévriers;
QuEurilla se tienne là où il
peut chercher
Londe du ruisseau, claire et
fraîche;
À toi, Nice, je confie les filets;
Cymène, à toi ce coteau.
Vous, bergers, il vous restera des tâches
dignes de vous;
Sus, allez, et que la bête
Sorte de la forêt à la rencontre de
mes coups.
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Air
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Amour
Que
la montagne, la colline, la plaine connaissent
La valeur de larchère Cynthie;
Et que mourir de ma main
Soit la gloire de toute bête
sauvage.
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Scène
7
Chur
de chasseurs, puis Daphné
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Choeur
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Aux
pieds de Cynthie, quittant les forêts,
Bêtes solitaires, venez vous
abattre.
Daphné
Sous ses yeux, votre mort sera belle,
Car telle est sa joie, tel est son
plaisir.
(da
capo)
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Scène
8
Diane,
Daphné, Apollon, Amour
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Récitatif
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Diane
Daphné, toi qui respectes si
fidèlement mes lois
Et honores ma divinité, reste avec moi
Jusquà ce que chaque aimable
nymphe
Soit à son poste.
Daphné
Déesse, tu verras cet ombreux chêne
vert
Senorgueillir, et pousser vers le ciel
Des rameaux plus denses;
Tu verras surgir autour les fleurs plus
joyeuses,
Et, plus tendre, émailler la prairie
voisine,
Le chêne pour te faire un vert trône
à son pied,
Les fleurs pour sentrelacer dans tes beaux
cheveux.
Diane
Oui, nous pourrons ici... Mais quoi ?
Déjà le son du cor
Inonde toutes les campagnes voisines.
Lève-toi et prends ta flèche !
Ah, si la bête réussit à passer
au-delà de ces collines,
Il sera inutile de suivre ses traces,
Et la chasse sera sans fruit et sans
honneur !
Daphné
Je vais y aller promptement,
Jai déjà bandé mon
arc.
Diane
Non, attends-moi seule ici,
Et guette la proie facile à son
débucher.
Daphné
Ah, si la bête venait se jeter sous mes
coups,
Combien je marcherais la tête
haute !
Apollon
Nymphe, que le Ciel te sourie
Daphné
Quil te sourie à toi aussi,
berger !
Amour
Mes flèches, cest le moment !
Quil brûle, le présomptueux, du
feu quil méprise !
Apollon
Quelle nouvelle ardeur inhabituelle
Et dévorante, méchauffe le
sein ?
Les bêtes vont venir, vont venir,
Mais tu pourras, mieux quavec tes armes,
Les blesser avec tes yeux.
Daphné
Quelles viennent ! Nous verrons bien
alors
Si le coup vient des yeux ou des armes.
Amour
Je tends déjà larc, et je
décoche
Le trait le plus enflammé que jaie
jamais eu.
Oh, quel beau coup !
Oh, quelle plaie profonde !
Apollon
Ah, nymphe aimable, tu es vraiment
ravissante !
Amour
Maintenant, quune froide flèche
Atteigne le sein de Daphné,
Et que, pour mon divertissement, elle soit toute de
glace,
Et lui tout de feu.
Apollon
Pourquoi, pourquoi si cruelle ?
Daphné
Eh, occupons-nous de la chasse !
Je ne suis pas du genre à goûter tes
compliments.
Apollon
Daphné, jolie Daphné, tu es vraiment
belle !
Daphné
Excuse-moi si je tabandonne
impoliment.
Apollon
Où vas-tu, ma nymphe, où
vas-tu ?
Daphné
Les obligations de la chasse mappellent
ailleurs.
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Air
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Apollon
Arrête-toi,
chère, arrête-toi. Ou bien, si tu
pars,
Au moins, prends mon cur avec toi
Et laisse-moi ton cur.
Il pourra, si je ne le peux moi-même, te
dire
Quelle est son ardeur.
(da
capo)
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Scène
9
Diane,
Daphné, Apollon, Amour
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Récitatif
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Daphné
Laisse, laisse-moi mon voile !
Apollon
Tu veux partir si vite ?
Quoi ? Tu crains peut-être la
déesse que tu escortes ?
Jassouplirai avec mes larmes
Les dures lois de Diane.
Daphné
Ce nest pas la déesse qui
menlève à toi,
Cest seulement de savoir que les amants
Disposent de leurs larmes
Comme ils lentendent; ou plutôt, que
tel pleure
Qui en son for intérieur se
réjouit
De ne vaincre la beauté quavec ses
ruses.
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Air
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Daphné
Garde
ton cur pour toi;
Une nymphe qui un jour le prenne
Et senflamme à ton ardeur,
Il ne ten manquera pas.
Moi, je veux mon cur pour moi
Et je le veux en liberté.
(da
capo)
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Scène
10
Apollon,
Amour, Mercure
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Récitatif
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Apollon
La belle sen va, et avec elle,
Malgré sa volonté, mon cur
sen est allé.
Amour
Pourquoi es-tu si triste, Apollon ?
Pourquoi ton carquois oisif pend-il à ton
côté,
Avec ton arc sans flèche ?
Apollon
Je suis vaincu, et mon arc
Cède le pas à un autre, plus
fort.
Amour
Qui a eu lhonneur de vaincre
Apollon ?
Apollon
Il ne faut plus le taire, je te lavoue:
cest Amour.
Amour
Comment ? Ton sein, par hasard, ne serait pas
de glace ?
Apollon
Toute ma glace a fondu devant deux beaux
yeux.
Amour
Pourtant, tu tes vanté à moi de
ton cur de pierre.
Apollon
De ce rocher, ô Dieu !
Amour a fait jaillir son feu !
Amour
Eh bien ! Amour, cest moi. Maintenant
que tu cèdes à mon nom
Et que tu connais la force de mes traits,
Je me découvre à toi.
Mais tes larmes ne suffisent pas à ma
gloire.
Va ! Soupire et pleure ! Les soupirs
douloureux
Et les longues larmes des amants
désespérés,
Voilà mes fastes.
Apollon
Ainsi donc, arbres, sources,
Vous me verrez dans mon malheur
Toujours soupirer, toujours pleurer.
Mercure
Berger, toi qui exposes à ces
forêts
La douleur dun sentiment de bas
étage,
Redresse-toi, prends un essor plus digne
Et ne recherche pas des objets fragiles et
périssables.
Dis-moi: que peux-tu attendre dune
chaîne
Qui pèse sur ton esprit et entoure ton
cur ?
Apollon
Cette affreuse neige qui te couvre les cheveux
Transforme aussi ton cur en glace;
Et si tu condamnes le beau feu dAmour,
Ce nest pas la raison qui parle en toi, ce
sont les années.
Mercure
Amour ne doit plus aller
Se vantant de son grand triomphe.
Apollon sen va courroucé et
aveugle.
Une erreur, quand elle est douce,
Ne paraît plus une erreur, mais aspire aux
éloges.
Tant il est vrai que lâme
À qui manque lescorte
Dune haute vertu
Vit parmi les ombres
Et est morte à la gloire.
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Air
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Mercure
Comme
la fleur se nourrit de rosée,
Ainsi la vertu alimente le cur;
Et comme on voit la fleur choir privée de
rosée,
Privé de vertu, le cur se
flétrit.
(da
capo)
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Scène
11
Diane,
Daphné
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Récitatif
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Diane
Pourquoi as-tu laissé ce passage sans
surveillance ?
Cest là enfreindre mes ordres,
Nymphe, et compromettre la chasse.
Daphné
Déesse, jai
préféré
Perdre le plaisir dune victoire
Plutôt que mexposer au
déshonneur dêtre vaincue
En écoutant un Amour indigne de
moi.
Diane
Je te félicite davoir peur, mais non
de te défier
De toi-même et de ta fermeté.
Contre un amant fou, importun, audacieux,
Il suffit dune rigueur constante et
résolue;
Et la valeur dun noble refus est encore plus
suffisante.
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Air
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Diane
Les
amoureux font comme ce berger
Qui ne peut boire les eaux fraîches
Dune source hors de portée.
Il sen va désespéré
Et court vers dautres bords
Où leau est plus
accessible.
(da
capo)
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Scène
12
Les
mêmes [sic]
|
Récitatif
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Daphné
Pour toi, pour les autres déesses, dont le
sein est protégé
Par le solide bouclier de la fortune
céleste,
Tout ce que tu dis est vrai, belle
déesse;
Mais le faible sexe des pauvres nymphes,
Tendre par instinct,
Et en même temps plein de pitié, ne
peut sans danger
Écouter sans vaciller
Les flatteries, et les promesses, et les
prières
Dun amant rusé.
Le remède le plus sûr contre le mal
dAmour
Est, dès quil arrive,
De lui fermer sur notre visage
Laccès de notre esprit et celui du
cur.
|
Sinfonia
|
Air
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Daphné
Il
est prisonnier, cet oiseau,
Parce que, léger et naïf,
Il se fie trop à son vol rapide.
Sil avait craint davantage ce risque
évident,
Il ne se retrouverait pas pris par la glu,
Il ne pleurerait pas mais trop tard
sa douleur.
|
Reprise
de la Sinfonia & de l'Air
Scène
13
Les
mêmes
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Récitatif
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Diane
Il faut donc redouter Amour.
Daphné
Comme le loup pour le troupeau, le brigand pour les
campagnes,
Le gel pour les plantes, lhiver pour les
arbres,
Le mal dAmour est fatal pour les
âmes.
À
deux
Tout cur sage et prudent doit donc le
fuir !
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Duetto
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Diane
Il ny a point de paix dans
lâme
Qui est enchaînée dans les liens
dAmour.
La beauté qui séprend
Est malheureuse et déraisonne;
Elle nest heureuse que quand elle
néprouve pas
damour.
Daphné
Il ny a pas de calme
Dans lâme
Qui est enchaînée dans les liens
damour.
La beauté qui séprend
Est malheureuse et déraisonne;
Elle nest heureuse que quand elle
néprouve pas
dAmour.
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Scène
14
Apollon,
Amour
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Récitatif
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Apollon
Ah ! Quelle peine est lamour
privé despoir !
Ah ! Quelle douleur cest de souffrir
sans merci !
Daphné, tu méprises un feu
Que jai pourtant vu jaillir de tes yeux.
Amour, monstre de cruauté !
Amour
Que veux-tu de moi ?
Apollon
Beau dieu, tire dans le sein de Daphné
Une flèche semblable à celle
Dont tu mas ouvert le sein;
Et que la cruelle brûle pour moi
Comme je menflamme pour elle.
Amour
(Jouons-nous de lui en lui faisant briller
Un espoir fallacieux.)
Tu ne veux rien dautre ?
Tu seras exaucé aujourdhui,
Tu verras ton espoir verdoyer
Dans le sein immortel de Daphné.
Apollon
Heureuses espérances !
Oui, maintenant, pensers
De ma divinité perdue,
Cédez tous aux pensers dAmour.
Si, par la colère de Jupiter
Parce que jai tué Python,
Le quadrige du jour, et le ciel,
Et les astres, me sont interdits,
Jaurai la belle Daphné, qui vaut
Tout ce que jai perdu de grand
Si je peux voir dans ses yeux,
Et dans son front chéri, et dans son beau
sein,
Le jour clair, les astres joyeux, et le ciel
serein.
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|
Air
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|
Apollon
Sur
ce visage de lis et de roses,
Je savourerai toute la beauté de
laurore,
Comme dans ces deux étoiles amoureuses,
Je vois le soleil dont séprend mon
regard.
(Da
capo)
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Scène
15
Mercure,
Apollon
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Récitatif
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Mercure
Apollon délire-t-il encore ?
Apollon
Il ne délire pas, celui qui espère
quand il aime.
Mercure
Dirige ton parcours vers une plus digne
carrière.
Même si le fort échoue,
Il doit dans son échec conserver
lâme invaincue.
Qui sait ? En ce grand jour de liesse
Pour lequel le monde est en fête,
Les destins bienveillants pourraient te rappeler au
ciel.
Apollon
Vaines illusions ! Le ciel ne mattire
plus;
Et mon cur est tout empli de Daphné
que jadore.
Mercure
Misérable vantardise !
Un cur qui a toujours été
grand
Lorsque la fortune lui souriait
Craint quun sort hostile
Soit plus fort que lui !
|
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Air
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Mercure
Lorsque
le vaisseau est le plus secoué
Par les flots de la mer,
Il redouble dart et
dactivité
Et regagne le port.
Si, lâche et abandonné,
Il perd énergie et habileté,
Il se brise de toutes parts et finit par
sombrer.
(da
capo)
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Scène
16
Diane,
Apollon, Daphné
|
Récitatif
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|
Diane
Va maintenant !
Daphné, rappelle les nymphes de la
forêt,
Et là où Pénée, dont tu
es la fille,
Déverse ses claires eaux de son urne
antique,
Conduis-les en mon nom, et restes-y.
Moi, rassemblant les bergers hors du bois,
Je viendrai passer sur la lisière
ombragée et tranquille
Les heures de pénible chaleur de midi qui
approche.
Apollon
Voici la nymphe ! Ô belle
Daphné,
Ô bel espoir de mon âme !
Tu ne réponds rien ?
De grâce, tourne vers moi des yeux plus
sereins
Et regarde celui qui, à défaut
damour,
Implore ta pitié.
Daphné
Laisse-moi, et reste en paix.
Apollon
Tu parles de paix, toi qui me fais une guerre si
cruelle !
Daphné
Assez, assez, je ten prie.
Apollon
Mais quand te verrai-je moins
cruelle ?
Daphné
Tu me verras toujours telle que tu me vois
maintenant.
Apollon
Ô fallacieuses promesses de mon bourreau
Amour !
Ne sera-t-il pas possible quune seule goutte
de mes larmes
Arrive un jour jusquà ton
cur ?
Daphné
Comme le pin résiste fermement
Aux souffles adverses de lhostile vent du
Sud,
Comme la glace du ruisseau
Durcit sous la pluie de lhiver,
Ainsi mon cur livrera combat
À tes pleurs que je néglige, à
tes soupirs.
Et vers ces graves blessures que tu
étales,
Jamais mes yeux ne tourneront un regard.
Apollon
Impitoyable Daphné !
Amour menteur !
|
|
Duetto
|
|
|
|
Apollon
Belle ingrate et sans pitié,
Tu me verras ferme et constant
Dans ma résolution de taimer
toujours.
Pour que je cesse de timplorer,
La menace ne suffit pas à intimider mon
cur.
Daphné
Forcené et malheureux,
Tu me verras ferme et constante
Dans ma résolution de ne taimer
jamais.
Pour que je continue à
técouter,
Les beaux discours de ton amour
Ne suffisent pas à mon
cur.
|
Scène
17
Mercure,
Diane, Amour, Daphné, puis le chur
|
Récitatif
|
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|
|
Mercure
Diane, voici lordre
Dont je suis le héraut et
lexécutant:
Apollon se verra aujourdhui,
- Si du moins il nest pas aveugle
Affecté aux plus hautes charges,
Pour diriger le cours du jour dans le
ciel.
Diane
Les étoiles savent combien Cynthie sen
réjouit.
Amour
Eh ! pris dans mes liens, Apollon
Refusera dêtre un dieu.
Mercure
Amour, contente-toi de ta victoire.
Laisse-le retourner vers les sphères
Et respecte mieux lordre du
Tonnant.
Amour
Je ne my oppose pas.
Le voici qui vient, à lui de
répondre !
Mercure
Reconnais-moi, Apollon, et réjouis-toi:
Je ne suis pas un pauvre berger,
Comme tu le croyais, je suis Mercure.
Jupiter, pour son anniversaire, tappelle,
Glorieux, aux plus hauts honneurs.
Il met aujourdhui un terme à ton exil
voulu par le sort
Et déjà les astres amis
Attendent ton retour.
|
|
Choeur
& Solistes
|
|
|
|
Le
Choeur
Ô heureuse fortune, ô jour de
joie !
Daphné,
Diane, Amour et Le Choeur
Viens avec de nouveaux rayons
Donner aujourdhui la lumière au
monde,
Embellir aujourdhui le jour.
Jamais la route élevée de
léther
Ne sest ouverte à un jour plus
riant.
(da
capo)
|
Scène
18
Apollon,
Diane, Amour
|
Récitatif
|
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|
|
Apollon
Conduise qui veut le cours du jour lumineux.
Moi, jai une plus belle lumière dans
les yeux de Daphné;
Devenu
serviteur de lAmour, je men vante
Et jaime mieux un de ses traits
Que je ne crains le dieu tonnant et ses foudres
enflammées;
Et mon seul faste est dêtre
amoureux.
Diane
De grâce, obligeant Amour, ôte de son
sein
Le vain désir qui laveugle.
Amour
Pardonne-moi, déesse: sil est
amoureux, jen suis responsable;
Mais quil cesse de lêtre
nest pas en mon pouvoir.
|
|
Air
|
|
|
|
Amour
Je
sais par cent ruses
Emmener lâme en servage
Et mettre des chaînes à ses pieds.
Mais défaire ces nuds incombe à
la vertu
Qui a plus de pouvoir que moi.
(da
capo)
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Scène
19
Diane,
Apollon, Amour
|
Récitatif
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Diane
Si donc un tel triomphe est destiné à
la vertu,
Quattends-tu donc, inerte, paresseux
Apollon ?
Ah ! secoue le joug qui técrase
le front,
Et brise cette infâme chaîne
Qui profane ton sein !
Allons ! Pour atteindre les joies, tu dois
quitter ta peine !
|
|
Air
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Diane
Vouloir
vaincre Amour
Suffit à tassurer la victoire.
Et la gloire fournira le baume
Qui guérira les plaies de ton
cur.
(da
capo)
|
Scène
20
Apollon,
Daphné
|
Récitatif
|
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|
|
Apollon
Je ne sais ni ne veux vaincre un tyran qui me
plaît.
Daphné
Puisquau moment crucial dun si beau
destin,
Apollon ne trouve pas dans sa poitrine
Assez de vertu pour vaincre Amour,
Quil trouve dans mon sein la vertu de
Daphné.
Si maimer est sa raison de fuir le ciel,
Ô dieux den haut, dieux que
jaime,
Ôtez-moi cette faute innocente.
Que Daphné soit perdue avant de devenir
coupable.
Je sens que le destin favorise déjà
mes vux ardents.
Vois, Apollon: ma vie devient
La victime que je sacrifie à ton
honneur.
Apollon
Malheur ! que va-t-il
arriver ?
Daphné
Tu vois, ô dieu, un immortel prodige
De ma constance.
Ce feuillage nouveau
Que tu vois pousser autour de moi,
Deviendra un tombeau respecté pour tes
Amours,
Et un vert mausolée pour ma
renommée.
Tu vois déjà mes pieds
sallonger en racines,
Et mes bras en rameaux.
Déjà une écorce rugueuse
recouvre mon sein;
Déjà la force du prodige
dépasse celle de ma gorge
Et ce sont désormais les dernières
paroles de ma bouche.
Chère Cynthie, adieu !
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Air
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Daphné
Oui,
je cesse dêtre une nymphe,
Mais non dêtre illustre,
Rendue immortelle par ma mort.
Sous le voile qui me couvre,
La vertu qui domine en moi
Croîtra avec plus de gloire.
(Da
capo)
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Scène
21
Apollon,
Mercure
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Récitatif
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Apollon
De la vertu et de la valeur de Daphné,
Mon cur apprend la valeur et la vertu.
Mercure, allons au Ciel.
Je me sens déjà plein de mon essence
divine;
Déjà les arcanes du destin sont
révélés à mon
regard
Et je vois que ce jour
Où notre divinité naît aux
sphères
Ira plein de clarté jusquoù le
soleil fait demi-tour,
Pour lanniversaire de Charles, le Jupiter
dAutriche;
Et je vois que ne pouvait germer en un jour plus
heureux
Le vert laurier dont sorne son auguste
front;
Allons, allons, Mercure, retournons au
ciel.
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Air
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Apollon
Ce
feuillage qui couronne
La vertu la plus élevée et la plus
illustre
Me sera toujours cher.
La valeur des augustes souverains et des
héros
Sera ceinte de lhonneur de ses
rameaux.
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Scène
finale
Daphné,
Diane, Amour, le chur
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Tous
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Croissez,
beaux lauriers,
Et ajoutez-vous heureusement
Aux honneurs de Charles:
Les lauriers ne naissent que pour la
vertu.
Que
dun si digne feuillage,
Se fleurisse la chevelure
De Charles qui règne:
Les lauriers ne naissent que pour la
vertu.
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