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Karl Ditters von Dittersdorf
Baldassare Galuppi
Archifanfaron, Roi des Fous
livret de
Carlo
Goldoni musique
de: Baldassare Galuppi [1706 - 1785] Arcifanfano,
Re dei Matti, Venise, Esterhaza, automne 1777,
dirigé par Joseph Haydn
Dramma
comico per musica en III Actes
[Drame comique en musique]
musique
de: Karl Ditters von Ditterersdorf [1739 -
1799]
L'Archifanfaron,
roi des fous [Arcifanfano]
Glorieuse,
folle orgueilleuse [Madama Gloriosa]
Furibard,
fou colérique [Furibondo]
Grippe-Sous,
fou avare [Sordidone]
Mangebien,
fou prodigue [Malgoverno]
Simplette,
folle timide [Madama Simplicina]
Gracieuse,
folle joyeuse [Madame Garbata]
Deux fous ministres; fous serviteurs

ACTE I
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Campagne délicieuse avec une plaisante colline à lhorizon, ornée darbustes divers; dun côté, vue de la ville, avec la porte qui y mène. Archifanfaron sous (sic) un trône de fantaisie. Deux fous, ses ministres, écrivant sur une petite table; dautres fous, serviteurs. Les six autres fous, hommes et femmes, sont assis, dispersés sur la colline, sous les arbres; et deux fous restent debout au pied de la colline, écoutant ce que leur disent les précédents. Les six fous chantent ce qui suit: |
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Choeur |
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Six
Fous Glorieuse
et Furibard Tous [Les deux fous serviteurs partent de la colline et vont vers le trône de lArchifanfaron ; ils sinclinent et lui parlent à voix basse.] |
Récitatif Archifanfaron [Les
deux serviteurs séloignent vers la
colline.] Archifanfaron [Les
six fous, ayant reçu la réponse des
serviteurs, chantent:] Six
Fous Glorieuse
et Furibard Tous [Furibard
se lève, descend avec les serviteurs, et
sapproche du trône.] Archifanfaron Furibard Archifanfaron Furibard Archifanfaron Furibard Archifanfaron Furibard
Donc, il y a six fous
qui veulent devenir nos sujets ?
Quils viennent donc, mais afin que je puisse
découvrir
comment lentend leur esprit stupide,
faites-les-moi venir un à la fois.
Et vous, fous ministres,
qui enregistrez les noms
des sujets de mon glorieux empire,
prévoyez suffisamment de papier
parce que les fous prolifèrent plus que
jamais.
Vive lArchifanfaron,
seigneur de la cité.
Nous serons tous sujets
de Sa Majesté.
Allons, allons bien vite,
il va donner audience.
Vive lArchifanfaron,
seigneur de la cité.
Holà ! qui êtes-vous ?
Je mappelle Furibard,
et je fais par ma valeur trembler le monde.
Quel est votre métier ?
Je fais profession
de me faire respecter par les personnes.
Si quelquun me marche sur les pieds,
je lhumilie et je le malmène,
je le défie, je le bâtonne, je
lassomme;
je suis plein de courage, et valeureux.
Bravo, seigneur Furibard !
Moi aussi, quand la moutarde me monte au nez,
je précipite, je fracasse,
je tabasse, je découpe, je concasse,
et je ne suis pas de ces fous
qui parlent beaucoup et nagissent guère.
Je vous accepte dans mon royaume, et puisque vous
êtes
un homme aussi bravache,
je vous fais gardien des portes de mon royaume.
Jaccepte ce noble emploi, et si quelquun
veut me jeter un regard de travers,
à loccasion, je fracasserai aussi la
porte.
Mais, seigneur Furibard,
seigneur terreur du monde,
pourquoi êtes-vous venu dans ce
royaume ?
Ici mont fait venir la rage et la colère.
Je ne pouvais souffrir
de me voir préférer
dans les charges dhonneur,
des gens perfides et vils, et sans pudeur.
Les torts et les injustices
mont fait délirer, et je suis venu
pour prier le seigneur Archifanfaron
de couvrir de gloire ma valeur,
afin que le monde ne tombe pas
sous ma formidable épée.
Air Furibard Dun
coup de tierce et de quarte, [Il
part et entre par la porte de la ville, accompagné
des serviteurs qui reviennent ensuite.]
jai une épée qui tranche, qui
écartèle,
et fait par son éclat trembler tout le monde.
Commandez, et vous verrez qui je suis:
je serai tourbillon, foudre et tonnerre;
je saurai me faire estimer de tous.
Récitatif Archifanfaron [Entre
temps, madame Glorieuse descend, escortée de deux
serviteurs, et sapproche du
trône.] Glorieuse Archifanfaron Glorieuse Archifanfaron Glorieuse Archifanfaron [il
descend] Dites-moi :
de quel trône ? Glorieuse Archifanfaron Glorieuse Archifanfaron Glorieuse Archifanfaron Glorieuse Archifanfaron Glorieuse Archifanfaron Glorieuse
Voilà un fou malheureux et infortuné,
parce quil est haï de tous.
Moi aussi, je fais semblant dêtre brave,
mais je suis davis
que cest une meilleure affaire dêtre
poltron.
Vous êtes lArchifanfaron ?
Oui, cest moi.
Une dame de mon rang ne sincline pas.
Vous êtes quelque reine ?
Oui, monsieur.
Pardonnez mon erreur.
Je suis la reine des belles.
Cest un royaume sujet à beaucoup de
dégâts,
il dure au plus jusquà trente ans.
Les
trente-trois beautés
recherchées chez les dames,
se trouvent jusquà la dernière
à leur perfection en moi;
des trente-trois, il ne men manque aucune.
Sur ce point-là,
je suis plus beau que vous :
mes beautés sont trente-six.
Mon visage est aussi beau,
que séduisant est mon cerveau.
Dans toute ma structure,
je suis un miracle de la nature.
Vous rendriez en vérité
le vaste empire des fous fortuné.
Mais pour quelle raison,
hautaine dame,
êtes-vous ici venue ?
Parce que le monde
nest pas digne de moi, que personne
ne connaît mon mérite,
parce que je ne suis pas
de la part de la gent mal née
suffisamment servie et respectée.
Et pourtant, le monde est plein
de gent folle, encline par coutume
à encenser la beauté des dames.
Mais moi qui mappelle divinité de la
beauté,
je veux être adorée au-delà de la
coutume.
Cest pourquoi, Archifanfaron,
je viens à vous et me recommande
afin quun ordre de vous
fasse que dans ce royaume
plein détranges humeurs,
tous soient de mon visage les adorateurs.
Allez, allez seulement,
sils nétaient pas fous,
mes héroïques sujets,
vous suffiriez à les rendre tels.
On peut le dire fou, celui
qui ne reconnaît pas et napprécie pas la
beauté.
Air Glorieuse Une
belle bouche, un beau visage [Elle
sort par la porte de la cité, escortée de
deux, etc.]
peut parler, peut agir;
avec la caresse, avec le rire,
je veux me faire adorer.
Tel le soleil qui à lentour
rend splendide le jour,
mes yeux feront
briller ce royaume.
Récitatif Archifanfaron [Grippe-Sous
descend de la colline avec une cassette sous le bras,
escorté comme les autres.] Grippe-Sous,
aux deux serviteurs [Les
deux serviteurs se retirent.] Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous [il
montre la cassette] et
regarder largent me fait plaisir. Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous [Il
lui donne la cassette.] Aïe,
aïe ! Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous
Si elles venaient toutes ici,
ces femmes qui sont
folles par vanité, comme celle-ci,
je remplirais rapidement mes états.
Allez, allez-vous-en;
je ne veux pas que vous écoutiez,
je ne veux pas que vous voyiez,
parce quà votre mine, vous êtes deux
coquins.
Qui êtes-vous, galant homme ?
Je suis un pauvre homme
qui a toujours trimé,
jai toujours peu mangé,
bu moins encore, et mal dormi,
et suis toujours allé mal vêtu.
Le pauvre ! Pourquoi ?
Pour me mettre de côté
un peu dargent.
Argent béni, tu mes si cher !
Eh ! Vous en avez beaucoup ?
Je ne voudrais pas
que quelquun mentende. Le voici,
voici mon trésor:
quatre mille philippes en doubles dor.
Doucement, ne lébruitons pas.
Dites-moi, en confidence : cet argent,
vous lavez gagné,
ou vous lavez volé ?
Je vais vous dire.Jai pratiqué
lusure;
jai prêté de largent contre des
gages solides.
Si je trouvais un imbécile,
avec ma bourse disposée à laider,
je commençais à compter à partir du
trente,
et ils mont rapporté tout compris
seize sous par mois et par ducat.
Que votre Seigneurie me pardonne:
ici, on accepte les fous, mais pas les coquins.
Le monde est trop méprisant
quand il me traite de fou
parce que jai gardé largent dans la
poche
et que je nai jamais eu un moment de plaisir.
Mais ma bien-aimée, mon cur,
cest elle, elle seule
Mais que voulez-vous faire de ce tracas ?
Moi, je nen fais aucun cas.
Sachez donc que les fous
ont de lantipathie pour les sous;
quand ils ont de largent, ils le jettent loin
deux.
Cest pour cela que je suis venu
recourir à vous. Dans mon pays,
je ne men sors pas. Parce quon sait
que jai un peu dargent,
tout le monde me tourne autour,
on ne me laisse tranquille ni nuit ni jour.
Celui-ci me tend un lacet,
celui-là mattend à la porte,
chacun me fait de belles manières, me donne du
« cher ami »,
pour me dérober largent dans la poche.
Ici, où on ne fait pas de cas de largent,
je suis au moins persuadé
que je pourrai jouir en paix de mon trésor
sans craindre les semeurs de traquenards.
Donnez-moi cet argent.
Je le garderai,
et quand vous le voudrez,
vous le verrez toujours entre mes mains.
Mais, seigneur...
Vous navez pas confiance ?
Vous nêtes pas digne de vivre parmi nous,
et je vous ferai chasser hors de mon royaume.
Mais il sera en sécurité ?
En archi-sécurité,
parole de roi des fous super-archi-fou.
Dans ces conditions, tenez.
Quavez-vous ?
Je ruisselle de sueur.
Ah, je vous laisse mon cur enfermé dans cet
écrin.
Allez, entrez
dans cette ville heureuse. Je vous nomme,
pour conforter votre belle humeur,
économe et dépensier des fous.
Jy vais
mais je ne sais pas
je vous
recommande
mon pauvre cur.
Votre cur,
dites-moi, où repose-t-il ?
Je lai caché dans cette cassette.
Air Grippe-Sous Mon
cur, le pauvret, [Il
part avec les serviteurs.]
qui est là dans la cassette,
me retient, mappelle à lui;
et mon foie, qui laime,
ne peut rester sans le cur.
Et même les ailes des poumons
veulent dire leurs raisons;
et les boyaux, les pauvres petits,
font du vacarme dans le corps,
en allant chercher le cur.
Récitatif Archifanfaron Mangebien Archifanfaron Mangebien Archifanfaron Mangebien Archifanfaron Mangebien Archifanfaron Mangebien [Il donne de largent aux
serviteurs.] profitez tant quil y en a.
De tous les fous, le plus grand
fou,
cest celui qui se fait mépriser.
Lavare est un animal
qui ne fait de bien à personne, et se fait du mal
à lui-même.
Je dis parfois des choses
qui font que je nai pas lair dun fou, mais
il faut bien
que le roi des fous, dans son esprit
égaré,
ait parfois des intervalles de lucidité.
Mangebien, fou prodigue, descend de la colline.
Archifanfaron, on mappelle
Mangebien
parce que jai dilapidé mon patrimoine.
Je vivais dans lallégresse
sans penser à rien;
maintenant, tout est liquidé,
et si jétais beau auparavant, maintenant, je
suis laid.
Bravo, aucune importance.
Au moins, vous vous serez fait des amis
qui se rappelleront les jours heureux.
Fini, les amis,
si largent est fini. Même les dames,
qui jouaient à être éprises de moi,
ont bien changé, maintenant que je nai plus
dargent.
Alors, oui, vous êtes digne
de venir dans mon royaume.
Pour quelle raison ?
Parce que, si vous avez cru
au cur menteur et rusé des femmes,
vous êtes fou, archi-fou, sans discussion.
Maintenant que jai fini de devenir fou,
tous les autres sont sages, et je ne trouve plus
personne qui se rappelle, par courtoisie,
avoir un jour causé ma folie.
Et je suis désespéré;
me voici devant votre trône.Jespère que
peut-être
quelque fou prendra pitié de moi.
Je ne serais pas roi des fous
si je nétais pas pris de pitié pour
vous.
Voici de largent: tenez,
dépensez, gaspillez.
Puisque vous êtes le chef des balourds,
je vous fais maître des chahuts et des bombances.
Merci à Votre Majesté. Tenez, amis,
Quand nous nen aurons plus,
nous redeviendrons coquins comme avant.
Air Mangebien Largent
est rond, tout rond, [Il
part en donnant de largent aux serviteurs et entre
dans la ville avec la cassette.]
il court vite et il sen va.
Le plus beau plaisir du monde,
toujours largent ce sera.
Récitatif Archifanfaron [Madame
Simplette descend de la colline avec les
serviteurs.] Archifanfaron Simplette,
aux serviteurs Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron
Voilà comment finit largent
que le fou avare accumule en se privant.
Quelle mignonne petite fofolle !
Quelle est gracieuse et belle !
Avec elle, ma foi,
je partagerais bien la royauté de la
folie.
Allons, allons, enlevez vos mains,
éloignez-vous de moi.
Quavez-vous,
gentille follette, à être en
colère ?
Je fuis de mon village
parce que je ne veux pas quon me touche;
et ces abrutis de fous veulent me toucher.
Allez, dégagez ! Pauvre petite,
qui êtes-vous ?
Madame Simplette.
Jeune fille, ou mariée ?
Fi, que dites-vous ?
Moi, mariée ? Moi ? Comment ? Moi
qui
nai jamais regardé un homme en
face ?
Pourquoi tant de retenue ?
Parce que je suis un tant soit peu pudique.
Vous avez le même caractère que moi,
moi aussi, je suis un peu pudique.
Eh, les hommes sont tous
méchants et fourbes.
Comment le savez-vous ?
Jai déjà fait
lexpérience.
Comment, si vous ne les avez jamais regardés en
face ?
Les jeunes filles modestes
ne lèvent jamais les yeux.
Vous dites bien.
Ce nest pas bon de se regarder.
Mais on peut bien échanger quelque petite
parole.
À condition quelle soit modeste.
On peut se toucher la main sans indécence.
À condition que ce soit sans mauvaise
intention.
Jai appris à me comporter
sans aucune mauvaise intention
depuis que jai vu Le
Monde de la Lune.
Seigneur je suis venue
vous solliciter. Les hommes audacieux
narrêtent pas de minsulter
et je ne sais plus où je dois me
réfugier.
Avez-vous père et mère ?
Oui, Monsieur.
Pourquoi est-ce quils ne vous marient
pas ?
Je vais vous dire:
parce que mes parents ne veulent pas
me donner pour mari celui que je voudrais.
Vous êtes amoureuse ?
Oui, Monsieur.
Votre amant est-il beau ?
Je ne sais pas,
vu que je ne lai jamais regardé en
face.
Ô, vraiment digne
dêtre parmi ces folles bienheureuses,
puisque vous tombez amoureuse sans voir !
Je me recommande à Votre Majesté;
je deviens toute rouge, Seigneur, si je reste encore
ici.
Allez, et nayez pas peur,
les fous ne vous toucheront pas.
Mais dabord, Simplette,
donnez-moi une petite illade.
Oh ! que dites-vous !
Vous ne faites aucun mal en me regardant,
puisque enfin, je suis le roi des fous.
Je ne le ferai jamais, ou alors, seulement
si vous my obligez par un ordre
exprès.
Très bien, madame, écoutez-moi:
levez les yeux, et puis regardez-moi.
Air Simplette Je
vous regarde fixe, fixe, [Elle
entre dans la ville avec les serviteurs.]
je vois dans ce beau visage
cet il qui y demeure,
qui me blesse ici;
et lamour, sur cette bouche,
me décoche une flèche là.
Ce cil
vous le dirai-je ?
Vous me faites rougir.
Je nai jamais regardé
les beaux yeux dun homme,
je ne veux pas les regarder.
Récitatif Archifanfaron [Madame
Gracieuse descend de la colline avec les
serviteurs.] Gracieuse Archifanfaron Gracieuse Archifanfaron Gracieuse Archifanfaron Gracieuse Archifanfaron Gracieuse Archifanfaron Gracieuse Archifanfaron Gracieuse
Cela, cest la folie
quon appelle timidité,
laquelle, peu à peu,
de glace au début, finit par être en
feu.
De la joie, bonnes gens,
je veux quon soit dans la joie et
lallégresse.
Cher Archifanfaron, seigneur des fous,
je viens pour savourer plaisirs et
divertissements.
Bravo ! ça, ça me plaît.
Vive lallégresse;
au diable la mélancolie !
Me connaissez-vous ?
Non, madame.
Je vais vous dire qui je suis :
Je suis Madame Gracieuse,
pétrie dallégresse.
Je ne veux pas parler de malheurs;
je ny ai jamais pensé, je ny pense
jamais.
Oh, quelle étrange humeur !
Soit guerre ou paix,
soleil ou pluie, temps triste ou beau temps,
je suis toujours la même.
Le monde peut bien périr,
la maison seffondrer,
je serai toujours la même.
Des amants, pas damants, cest bien pareil pour
moi:
redressez-moi la coiffe, elle est tout de
guingois.
Oh, mille fois digne
du grand royaume des fous ! Par ma foi,
lallégresse est la récréation des
fous.
Jai fui de ma cité
parce que les hommes, là-bas,
veulent faire les sages,
et avec leurs lubies,
ils sont trois fois plus fous que nous.
Parfois, ils font un festin, et au plus beau,
ils deviennent jaloux
et la joie se change en fâcherie.
Sils sont à un repas,
à côté de leur belle,
au lieu de manger,
on les entend soupirer.
Ils font du pied sous la table
et si elle ne répond pas,
lamant est décontenancé,
plein damour, de jalousie, de rage;
il dépense son argent, et il mange du
poison.
Oh, quels fous, oh quels fous ! Moi,
je ne voudrais pas être le roi de ces
gens-là.
Mes fous à moi sont bien moins fous.
Je voudrais rester joyeuse,
sans entendre de soupirs et de gens qui battent.
Cest pourquoi je suis venue ici
auprès de Votre Majesté,
que le Ciel vous conserve en bonne santé.
Allez, entrez, et puis nous verrons;
nous jouirons en paix.
Nous ferons nos arrangements !
Nous resterons dans lallégresse.
Vive les fous !
Air Gracieuse Je
veux rester dans lallégresse; [Elle
part vers la ville avec les serviteurs.]
je veux me payer du bon temps;
fais-je bien de faire ainsi ?
Lun me dit oui,
lautre me répond non.
Ou lun ou lautre est fou,
ou nous sommes fous tous les trois.
Le monde est si beau
parce quil est dhumeurs variées.
Je veux faire tout ce qui
me paraît bon et me plaît.
Récitatif Archifanfaron
Maintenant, oui, je peux mappeler
le grand monarque des fous,
parce que régner sur les fous est une charge.
Aujourdhui, jai fait lacquisition
de six personnes différentes,
dopinion ou de fantaisies diverses,
de diverses murs ou folies.
Air Archifanfaron Le
fou furibond [Il
sort.]
veut assommer tout le monde.
La folle orgueilleuse
veut se faire adorer.
Le pauvre avare
a le cur dans son argent.
Le prodigue, en vitesse,
le dépense, le dilapide.
La simplette est folle
par sa feinte vertu.
La joyeuse papillonne,
elle ne pense pas.
Et vive les fous !
Lan la ra, la, la.
Une chambre
Madame Glorieuse, Mangebien
Récitatif Glorieuse Mangebien [Il
lui donne quelques pièces, elle les
prend.] Glorieuse [Elle
jette lor et senfuit.] Mangebien [Il
la suit.]
Holà, quelle hardiesse est la vôtre !
Baissez vos yeux,
ne me regardez pas au visage;
ou bien, par un sourire,
ou par une caresse adroite,
je vous fais tomber mort à linstant.
Non, ma belle, nen faites rien,
retenez votre colère.
Chère, ne me tuez pas.
Pour preuve de lestime
dans laquelle je tiens le trésor de votre
beauté,
je vous fais le sacrifice de cet or.
Lor nest pas nécessaire
à qui a dans ses blonds cheveux
de précieuses richesses plus belles que
lor.
Arrêtez ! si la valeur de cet or
ne suffit pas, je vous offre mon sang et mon
cur.
Grippe-Sous
Récitatif [Grippe-Sous
voit lor par terre.] Grippe-Sous [Il
sort.]
Oh fortune, oh fortune, oh bonheur !
Tout cet or que jai trouvé !
Quel beau pays que celui-ci !
Si on trouve ainsi de lor partout,
on peut se faire un trésor sans transpirer.
Mais voici des gens; je ne veux pas
que quelquun me le voie. Je vais le remettre
dans ma chère cassette.
Plus saccroît le montant de mon
trésor,
plus je sens mon cur grossir dans mon sein.
Furibard, lépée en main, talonnant
quelques fous; puis lArchifanfaron avec un nerf
de buf
Récitatif Furibard Archifanfaron [Il
donne un coup de nerf de buf à
Furibard.] Furibard Archifanfaron,
lui montrant le nerf de buf Furibard Archifanfaron Furibard [Il
sort.] Archifanfaron
Vile canaille, je veux vous assommer,
je veux tous vous trucider.
Pare, allonge, tire, ah !
Halte, halte, halte-là !
Grâce, Votre Majesté !
Vous le connaissez ?
Oui, seigneur, je le connais.
Eh bien, comment sappelle-t-il ?
Dans mon pays,
ces nobles matraques, si bien faites,
on les appelle des châtie-fous.
Pour châtier les fous les plus coquins,
ce sont là mes épées et mes
canons.
Les mêmes, madame Simplette, puis madame
Gracieuse
Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron [Il
veut partir.] Simplette Archifanfaron [Il
revient près delle.] Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron [Il
la serre de près.] Simplette [Elle
veut prendre la fuite. Arrive madame
Gracieuse.] Gracieuse Archifanfaron Simplette Gracieuse Archifanfaron Simplette [Elle
sort.] Gracieuse Archifanfaron Gracieuse
et
Archifanfaron Simplette,
qui revient Gracieuse
et Archifanfaron Simplette Gracieuse
et Archifanfaron Simplette Simplette,
Gracieuse
et Archifanfaron Quelle
belle allégresse,
Seigneur, puis-je venir ?
Mais oui, mais oui, venez;
vous êtes la maîtresse
de ma superarchifolle couronne.
Oh ! comme je me repens
dêtre venue ici ! Je veux rentrer chez
moi.
Ne faites pas une telle folie.
Pourquoi ce repentir ?
Vous mavez toute étourdie par votre
regard.
Je vous soignerai.
Non, seigneur, je ne veux pas.
Si vous ne voulez pas,
eh bien, je men vais.
Eh ! Où allez-vous ?
Ma chère, je suis à vous.
Ne me touchez pas !
Bien, je ne vous toucherai pas;
je vais me tourner par là.
Pourquoi vous tournez-vous par là ?
Pour vous regarder.
Ne me regardez pas.
Quest-ce que je dois faire ?
Partir ou rester ?
Toucher ou ne pas toucher ?
Me tourner ou regarder ?
Rester, mais pas toucher.
Vous tourner, mais pas regarder.
Je suis le roi des fous,
je ne peux plus tenir.
Allez-vous-en, partez,
laissez-moi tranquille.
(Prenons du bon temps.)
Quest-ce que cest que ce
chahut ?
Elle ne veut pas que je la regarde.
Il me regarde et il me touche.
Quelle folle, quelle benête !
Laissez-le faire.
Je suis le roi des fous,
je ne peux plus tenir.
Allez-vous-en, partez,
laissez-moi tranquille.
Laissez-la partir,
prenons du bon temps entre nous.
Au moins, avec vous,
on peut plaisanter.
Que vive à jamais
la belle allégresse.
La belle folie
nous fait jubiler.
(Oh ! quelle jalousie
ils me font éprouver !)
Par allégresse pure,
je veux vous embrasser.
Et moi, pauvrette ?
Vous me faites de la peine.
Venez vous aussi,
vous pouvez avec nous
être pleine de gaieté.
Je sens mon cur
bondir dans ma poitrine.
quelle belle folie,
qui fait jubiler !
On reprend le décor de la
première scène avec la colline sur laquelle
sont assis danseurs et danseuses, représentant
dautres fous et folles qui viennent demander à
entrer dans la ville; après avoir été
acceptés par ordre du Roi des fous, ils gravissent la
colline et entrecroisent leurs danses.

ACTE II
Madame Glorieuse, un miroir à la main;
Mangebien avec la cassette
Récitatif Mangebien Glorieuse,
se regardant dans le miroir Mangebien Glorieuse Mangebien Glorieuse Mangebien Glorieuse Mangebien Glorieuse Mangebien Glorieuse Mangebien
Arrêtez-vous un moment !
Que de vie, que dallure !
Ah, de grâce,
écoutez deux mots.
La splendeur de mes regards éclipse le
soleil.
Mais vous ne faites pas attention à
moi ?
Je ne fais pas attention à vous
pour observer le respect dû à la
beauté.
Belle, je vous offre
un petit trésor;
accordez-moi un seul regard, et je suis content.
Loffre que vous me faites,
à combien se monte-t-elle ?
Il y a environ
deux mille doubles dor.
À côté de ce que je vaux, ce nest
pas un trésor.
Je ne peux pas faire plus.
Les pierreries du Pérou
seraient encore trop peu
pour la beauté qui fleurit mes joues.
Ô précieuse beauté, qui na pas de
prix !
Et pourtant, avec beaucoup moins,
quelquun de plus chanceux
trouverait des dames à bon marché.
Les mêmes, madame Gracieuse
Récitatif Gracieuse Mangebien Gracieuse,
à Mangebien Mangebien,
à Glorieuse Glorieuse Mangebien Gracieuse Mangebien Gracieuse Glorieuse,
à Mangebien Mangebien,
à Gracieuse Gracieuse Glorieuse Mangebien,
à Gracieuse
Madame, monsieur, mes respects. Que se
passe-t-il ?
Je soupire en vain pour un peu de pitié.
Vous êtes bien fou, si vous soupirez.
Vous êtes folle, si vous me refusez votre
pitié.
Elle est folle, celle qui à tous
accorde les fruits de sa propre beauté.
Regardez, je lui offre
tout mon argent, et elle refuse
de façon aussi insultante.
Elle refuse largent ? Quelle
folie !
Si je vous loffrais à vous, vous
laccepteriez ?
Oui, monsieur, oui, monsieur, je laccepterais
et je vous remercierais;
je porterais toujours votre image gravée dans mon
cur,
et au besoin, je vous ferais même un
ballet.
Comment ? Vous feriez
un outrage aussi cruel à ma
beauté ?
Belle, si vous me promettez
du réconfort pour mon amour,
vous êtes la maîtresse de tout mon
or.
Je jure que si vous me faites un tel honneur,
vous serez le maître de mon cur.
(Que décide-t-il ? Que
fait-il ?)
Tenez, chère !
Vous êtes la plus belle entre les belles;
vous me paraissez une étoile.
Je nai cure dune beauté
qui dédaigne tous les curs.
Vive cette beauté
qui prend pitié de qui en demande.
Que la pitié orgueilleuse périsse en
rougissant.
Air Mangebien Si
on dit que le soleil est beau, [Il
sort.]
cest parce quil réchauffe tout le
monde.
Personne napprécie ou naime
la beauté inutile.
Avec toutes ses splendeurs
quelle répand autour delle,
la folle vanité
ne trouve pas dadorateurs.
Madame Glorieuse et madame Gracieuse
Récitatif Glorieuse Gracieuse Glorieuse Gracieuse
Un homme du commun, grossier,
un homme qui napprécie pas
le trésor supérieur de la
beauté !
Et vous, qui sans aucun mérite
usurpez les tributs dus à ma beauté,
vous devriez avoir honte
dêtre appelée
« belle » devant moi.
Cest bien la folie
quont toutes les femmes,
quelles soient belles ou laides.
Chacune sapprécie elle-même,
et croit quil nexiste pas dautre
beauté.
Mais vous, laide ou belle,
vous ne deviez pas accepter cet argent.
Parce que, si vous êtes laide,
il ne vous convient pas;
et si vous avez un riche trésor de beauté,
vous devez le défendre avec plus de
dignité.
Je ne sais pas si je suis belle ou laide;
mais je vous dis, ma sur,
que lor plaît à toutes,
et que lor rend belles même les laides.
Ce nest plus une époque
où les amants acceptent
de répandre pour la beauté des soupirs et des
larmes.
Chacun souvre un chemin avec des cadeaux,
et une beauté réservée
ne peut rien espérer:
si lune refuse, une autre accepte.
Air Gracieuse Pour
moi, je suis [Elle
sort.]
toujours ainsi faite:
qui dit maimer
doit le montrer.
Je ne crois rien
quand je ne vois rien.
Avec moi, il se trompe,
celui qui veut me jouer.
Je ne suis pas cupide,
je ne suis pas de celles
qui veulent tondre
leurs amants;
mais un petit cadeau,
en signe damour,
rend bien vite
mon cur amoureux.
Madame Glorieuse, seule
Récitatif Glorieuse
Non, il ne sera pas vrai
que je mabaisse à tel point
que jaime un homme indigne de moi.
Si Jupiter ne descend pas sous forme de pluie dor,
ou changé en taureau,
pour me faire une douce invite,
je ne veux aucun mari au monde.
Air Glorieuse Belles
dames, qui vantez [Elle
sort.]
le riche trésor de votre beauté,
conservez avec dignité
la faveur que le ciel vous fait.
Ne vous laissez pas séduire
par lingrat sexe masculin;
car une fois manipulée,
la fleur perd sa beauté.
Archifanfaron, Grippe-Sous
Récitatif Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous [Il
brandit un couteau contre Archifanfaron.] Archifanfaron [Deux
serviteurs arrivent avec des
bâtons.] Celui-ci
est pris de frénésie; [Les
serviteurs lèvent leurs
bâtons.] Grippe-Sous [Ils
rient.] Et en
plus, vous vous moquez de moi, Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous [Il
se lance en furie contre Archifanfaron.] Qui es-tu,
qui es-tu ? [Il
prend son bâton à un fou.] Archifanfaron Grippe-Sous [Il
bastonne les fous, qui senfuient. Archifanfaron veut
fuir, mais Grippe-Sous le retient.] Arrête,
ne pars pas. Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous Archifanfaron Grippe-Sous
Ma cassette, ma cassette !
La cassette est partie.
Vous mavez assassiné.
Vous voulez que je me tue ?
Ah, les fous savent encore voler !
Tu ne vois pas, Grippe-Sous,
que je tai rendu service
en tenlevant ce précipice dentre les
pattes ?
Mon cur, mon cur, où est mon
cur ?
Pauvre petit fou,
ne cherche pas ton cur, cherche ta
cervelle.
Si vous ne me rendez pas
le cur que vous détenez,
je mourrai misérable;
mais avant de mourir, je vous tuerai.
Hé, hé, ne faites pas
limbécile !
Mes fous, mes fous, venez !
calmez-lui un peu sa folie.
Arrêtez, de grâce.
En plus de ma disgrâce,
vous voulez me bastonner ?
et jai perdu mon argent ?
Voilà bien le digne plaisir du fou
avare !
Quoi,
avare ?
Je suis économe.
Largent, je me létais mis de
côté,
et le diable me la emporté.
Cest le fruit de lavarice folle.
Hélas, je nen peux plus.
Quelle est cette flamme
qui me vient à la tête ?
Holà, qui êtes-vous ?
Gradasse
ou Roland ?
Je te défie en bataille. Voici mon
épée.
Retenez-le, retenez-le.
Arrêtez,
ou je vous donne à tous des coups
destoc.
Tu ne me connais pas ?
Je suis le roi des fous.
Et alors, que mimporte ?
Ou bien tu me rends largent que tu mas
volé,
ou je te fais mourir sous le bâton.
Cher monsieur le fou,
ne me maltraitez pas;
laissez-moi partir, je reviendrai
et vous rapporterai votre argent.
Je nai pas confiance.
Je le jure.
Je ne te crois pas.
(Si je pouvais me sortir de ce
guêpier !)
Va-ten
reste
va donc
. arrête,
je ne veux pas.
Air Archifanfaron Grippe-Sous,
cher, très cher, [Il
part en courant.]
de grâce, laissez-moi partir.
Je vais aller chercher largent,
je vous promets de revenir.
Oui, monsieur, je reviens tout de suite.
Vous ne voulez pas ? Je reste, je reste.
Je suis votre excellent ami.
(Ah, si je peux, je lentortille.)
Oh ! Qui vient ? Je ne bouge pas.
(Maintenant, jessaye de fuir.)
Grippe-Sous, puis madame Gracieuse
Récitatif Grippe-Sous [Il
prend une corde qui lui servait de
ceinture.] Oui, oui,
avec cette corde, [Il
attache le nud pour se pendre.] Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse [Elle
jette la corde.] Dites-moi,
pour quelle raison Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse [Elle
va prendre la cassette.] Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse [Ils
jouent de la guitare, les violons de lorchestre
accompagnent en pizzicati.]
Où est-elle ? Où es-tu ? Ah, on me
la cachée !
Même le roi ma roulé.
Ah ! je suis assassiné par tout le
monde !
Jai perdu mes doubles,
jai perdu mon trésor.
Quelle fureur ! quelle douleur !
Je défaille, je meurs.
Mais quai-je à faire sur cette terre,
sans mon trésor ?
Mon cur est mort, je veux mourir moi aussi.
pour me tirer dembarras,
je veux faire un nud coulant.
Puisquil nest plus rien qui me console,
je veux me pendre par le col.
Holà, holà, que faites-vous ?
Allez-vous-en, laissez-moi tranquille.
On peut savoir ce que vous voulez faire ?
Je veux me pendre.
Et vous voulez pendre sans bourreau ?
Si ça vous dérange,
madame le docteur,
venez donc vous-même faire la bourrelle.
Me voici, donnez-moi la corde.
La voici.
Eh, au diable,
voilà bien la dernière folie des
fous.
voulez-vous vous tuer ?
Parce que ma cassette,
hélas, ma été
volée.
Chut ! votre cassette, je lai
retrouvée.
Donnez-la moi, par pitié !
Je vous la donnerai,
mais à une condition:
je veux que vous restiez avec moi en toute
allégresse,
je veux que nous fassions la fête,
et que vous envoyiez promener la mort.
Si vous me rendez mon cher argent,
vivre me sera précieux et cher.
Attendez un moment.
Ma cassette, ma cassette ! Ah que je suis
content !
La voilà; quen dites-vous ?
Vous êtes consolé, maintenant ?
Mon cur, mon cur ! Ah que je suis
heureux !
Maintenant, il faut respecter votre engagement.
Je suis prêt, commandez.
Je reviens tout de suite, attendez.
Pauvre cassette ! Elle est ouverte.
Elle a lair bien idiote.
Vite, vite, de la joie; vite, de la joie.
Et quest-ce que je dois faire ?
Tenez, prenez
la guitare. Je joue, vous jouez.
Je veux chanter pour vous, et vous, chantez.
Duo Gracieuse Grippe-Sous [Tourné
vers la cassette, sans la guitare] Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse Grippe-Sous Gracieuse
et Grippe-Sous [Ils
sortent.]
La belle pastourelle
va-t-avec son berger
par ci et puis par là,
affichant son amour.
Par ci et puis par là,
jirai avec mon trésor.
Je suis la pastourelle,
et voici mon berger.
Laissez donc largent,
tournez-vous vers moi.
Il nest pas dobjet
plus cher que celui-ci.
Regardez, cest moi
qui vous donne mon amour.
Vous êtes très belle,
mais cest elle qui est mon cur.
Si vous ne voulez pas maimer, peu importe;
il me suffit dêtre dans
lallégresse.
La jubilation de mon cur me transporte
et me fait chanter: vive la folie !
Oui, chère, lallégresse me
réjouit;
mais mon allégresse vient de largent, et de lui
seul.
Prenons chacun nos plaisirs où ils sont;
vive lallégresse, vive les fous.
Madame Simplette, fuyant Furibard
Récitatif Simplette Furibard Simplette Furibard Simplette Furibard Simplette Furibard
Éloignez-vous, éloignez-vous !
Nayez pas peur,
je ne veux pas vous agresser,
au contraire, je serai toujours votre
défenseur.
Je nai rien à faire de vous.
Donc, vous méprisez
ma valeur et ma protection ?
Vous ne savez pas qui je suis ?
Je suis quelquun qui terrorise le monde entier,
et de mon nom, on mappelle Furibard.
Avec votre nom et votre figure,
vous me faites trembler de peur.
Baisez-moi la main.
Regardez le maraud !
Comment ! Moi, maraud ? Corps du diable,
je ne sais ce qui me retient,
téméraire fillette,
de vous projeter en lair dun coup de poing.
Je voudrais vous broyer, vous réduire en
poussière,
mais je ne peux my résoudre,
car comme le dit lariette:
le lion ne sirrite pas contre
lagnelle.
Air Furibard «Le
lion qui va errant [Il
sort.]
Par sa plaine natale,
Sil voit un agnelet,
Ne meut point à colère
Son
cur généreux.»
Madame Simplette, puis Archifanfaron.
Récitatif Simplette [Elle
sassied, et fait semblant de
dormir.] Archifanfaron
Grâce au Ciel, il est parti.
Que voilà un fou vraiment démesuré
!
Mais voici lArchifanfaron.
Je voudrais... et ne voudrais pas...
jirais... je nirais pas...
il me plaît, mais je ne sais...
Je suis entre le oui et le non.
Pour voir ce quil peut faire et dire,
je vais faire semblant de dormir.
Que vaut ma royauté,
si je ne peux jouir de quelque contentement
avec cette petite folle un seul moment ?
Mais la voici qui dort.
Oh comme elle est mignonne !
Quelle belle petite bouche !
Quel beau teint de rose !
Dommage quelle soit si timide !
Et pourtant, le roi des fous
ne devrait pas avoir tant de scrupules.
Mais lamour, avec ses caprices
tantôt enlève la cervelle, tantôt la
rend.
Je veux la réveiller... et puis
elle sen ira une fois réveillée;
donc, mieux vaut la laisser endormie.
Mais tant quelle dort,
elle ne peut prendre pitié de mon amour.
Donc, il vaut mieux la réveiller... et
après ?
Je vais y aller comme ça, en beauté,
la réveiller, lappeler tout doucement,
je me tiendrai ni près ni loin.
Duo Archifanfaron Simplette,
endormie Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette,
se réveille Archifanfaron Simplette,
fait semblant de ne pas le voir Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette
et Archifanfaron
Simplette belle, belle,
allons, réveillez-vous, par
pitié.
Archifanfaron chéri,
par pitié, consolez-moi.
Je viens, je viens... Elle dort encore.
Chéri, chéri...
Elle dort encore,
et en dormant, elle rêve de moi.
Simplette, ma petite belle.
Qui mappelle ?
Oui, cest moi.
Où êtes-vous, mon
idole ?
Chère, chère, me voici.
Plaignez-moi, jai fait un
rêve.
Voici le rêve confirmé.
Oh, quel rêve !
Simplette !
Jai honte.
Allons, ma belle !
Puisque le songe est révélé,
oh, quel songe bienheureux !
Oh, quel doux et cher amour !
Un salon extravagant, ou un autre décor de fantaisie,
avec cinq cages de fer.
Dans lune, madame Glorieuse; dans la
deuxième, Grippe-Sous; dans la
troisième, madame Gracieuse;
dans la quatrième, Furibard, et dans la
cinquième, Mangebien.
Les autres fous les observent et se moquent
deux
Quatuor Tous Glorieuse
et Furibard Tous
Tombe la rogne,
tombe la rage
sur celui qui ma
fait mettre en cage.
Je ne suis que colère,
ne suis que fureur.
Et vous riez,
fous que vous êtes,
et de nous navez
point de compassion.
Tombe la rogne,
tombe la rage
sur qui nous a
fait mettre en cage.
Je ne suis que colère,
ne suis que fureur.
Récitatif Archifanfaron Glorieuse Grippe-Sous Mangebien Furibard Glorieuse Archifanfaron Les
Quatre Fous Glorieuse Archifanfaron [Les
fous serviteurs ouvrent sa cage, et elle sort toute
réjouie.] Gracieuse Simplette Archifanfaron Gracieuse Glorieuse Simplette Grippe-Sous Archifanfaron Furibard
et Mangebien Gracieuse
et Simplette Archifanfaron Glorieuse,
Grippe-Sous,
Furibard
et Mangebien Gracieuse,
Simplette
et Archifanfaron [On
ouvre les cages, et tous sortent.]
Holà, fous enragés,
quest-ce que cest que ce vacarme ?
Tenez-vous tranquilles, ou vous allez voir le
reste.
Seigneur, ma beauté
ne peut rester recluse.
De grâce, laissez-moi partir.
Si vous me libérez,
seigneur, je vous donnerai
dix ducats, quand je les aurai.
Ouvrez-moi, vilains,
ou je briserai le fer de mes mains.
Ouvrez, soyez gentils,
je vous ferai tous vivre dans
lallégresse.
Ô folles gens, jai entendu vos
doléances.
Écoutez maintenant ce que je vous réponds:
lorgueilleuse restera là
jusquà ce quelle se défasse de son
excès de vanité;
lavare restera enfermé
jusquà ce quil perde lamour de son
argent;
lexcité restera là-dedans
jusquà ce quil devienne pacifique;
et le prodigue ne sortira pas
jusquà ce quil soit sec comme
lamadou, le pauvre.
Maintenant que vous avez entendu
comment vous devez sortir de ces malheurs,
dites-moi: quand sortirez-vous ?
Jamais, jamais, jamais !
Et moi, alors ? Si je dois sortir
quand jaimerai les soucis et les malheurs,
moi aussi, je dis avec les autres: jamais, jamais,
jamais.
Lheureuse folie
de madame Gracieuse
est utile au trône des fous;
je lui accorde donc la liberté.
Vive lArchifanfaron,
vive notre roi.
Vive lArchifanfaron,
mais quil vive aussi pour moi.
Cest comme ça que vous me plaisez:
vive votre roi.
Madame Glorieuse,
vous êtes belle à voir,
mais restez donc là.
Pitié, pitié, pitié.
Oh, avare sordide,
savourez votre argent,
mais restez donc là.
Pitié, pitié, pitié.
Le prodigue détestable,
le fou furieux,
jamais ne sortiront.
Pitié, pitié, pitié.
Pitié, ayez pitié;
moi aussi, jimplore votre pitié.
Mon affection pour vous
ne peut refuser la pitié.
Pitié, pitié, pitié.
Vous ressentirez ma pitié
et aurez votre liberté.
Choeur Tous Gracieuse
et Simplette Tous
Vive lArchifanfaron,
seigneur de la cité.
Baisez-lui la main,
en signe dhumilité.
Vive lArchifanfaron,
seigneur de la cité.
Vive lallégresse,
vive la folie
qui ne nuit pas aux autres.
Vive lallégresse,
vive la folie
qui rend chacun joyeux.
Vive lArchifanfaron,
seigneur de la cité.
Le
Roi des fous, pour offrir un divertissement à ses
nouveaux sujets, présente un ballet. Un maître
de ballet, Persignac, esquissant un programme et cherchant
une idée, donne des instructions aux danseurs, qui,
avec divers caractères, exécutent ce
quon leur ordonne.

ACTE III
En rase campagne
Grippe-Sous avec sa cassette et une bêche, puis
Mangebien
|
Air |
|
Grippe-Sous Terre,
terre, terre-mère, [En chantant, il creuse un trou et y enfouit la cassette, quil recouvre de terre. Mangebien, caché, lobserve.] |
|
Récitatif |
|
Grippe-Sous [Il sort.] |
Air Mangebien Terre,
terre, terre-mère, [Il
creuse la terre, dégage le trésor et sen
empare.]
laisse, laisse, et pour moi desserre
cette cassette, qui est mon cur.
Récitatif Mangebien
Ô pauvres pièces,
condamnées à la prison, quavez-vous
fait ?
Enterrer largent ? Oh quel grand
fou !
Mangebien, madame Glorieuse
Récitatif Glorieuse Mangebien Glorieuse Mangebien Glorieuse Mangebien Glorieuse Mangebien [Il
lui donne la cassette et sort.]
Voici le contempteur de ma beauté !
Madame, je suis votre esclave.
Quavez-vous dans la main ?
Un trésor, si vous le voulez;
mais non, vous ne daignez pas;
vous rejetez lor et largent.
Je le prendrai, à condition
que vous direz que je suis belle entre toutes les
belles.
Vous brillez comme le soleil parmi toutes les
étoiles.
Me voici donc satisfaite.
Prenez-le, chère amie, je vous le donne.
Madame Glorieuse, puis Furibard
|
Air |
|
Glorieuse Nul
nestime |
Récitatif Furibard [Il
lui prend la cassette.) Glorieuse [Elle
sort.]
Lâche, lâche,
lâche ça.
Mon Dieu ! de frayeur,
je vais perdre le bel incarnat de mes
joues !
Furibard, puis madame Gracieuse
Récitatif Furibard Gracieuse Furibard [Il
lui donne la cassette et sort.] Gracieuse
Lor et la terre,
tout est pour moi.
Je veux faire la guerre
à tous les rois.
Toujours aussi furieux ?
Dites-moi, pourquoi ?
Je ne veux rien;
tout est pour toi.
Eh bien, en voilà une bien bonne !
Qui est né fou ne guérit jamais.
Quai-je à faire, quai-je à faire
de ce trafic ?
Je lai donné une fois, je nen veux
plus.
Gracieuse, Archifanfaron
Récitatif Archifanfaron Gracieuse
Holà, femme rapace,
restitue-moi
ce qui nest pas à toi.
Tenez cette boîte à malices,
moi, largent mest complètement
égal.
Air Gracieuse Je
ne suis pas intéressée;
en échange de fleurs, je rends des fruits;
je me dépouillerais pour tous;
je ne suis que charité.
Archifanfaron, puis madame Simplette
|
Récitatif |
|
Archifanfaron [Pendant quon joue la ritournelle de lair, entre madame Simplette.] |
Air Archifanfaron Mon
idole adorée, [Il
lui laisse la cassette et sort.]
je sors mon cur de mon sein
et je te le remets.
Prends-le, ô belle,
prends-le, ô chère,
car je suis le roi.
Mon trésor unique,
ah, pour toi je languis et meurs.
Que vais-je devenir ?
Prends-le, ô belle,
prends-le, ô chère,
car je suis le roi.
Simplette, puis Grippe-Sous
Récitatif Simplette Grippe-Sous
Ma maman ma bien dit
que quand on aime, on fait des cadeaux.
Donc, si le roi me fait un cadeau,
son affection sadresse à moi.
Mais après, de son amour,
que veux-je en faire ?
Je ne veux pas le regarder,
je ne veux pas le toucher;
et je ne veux plus rendre
les gens épris damour
pour ces yeux clairs, rares, avares.
Avares ou pas avares,
que vous importe ?
Cet argent est à moi,
et en dépit de vous, je le veux.
Air Grippe-Sous Oui,
je le veux, je le veux, je le veux. [Il
sort.]
Malédiction ! Quelle douleur, quel
embarras !
Je ne sais plus où le cacher.
Chut, chut, je sais quoi faire:
je vais le rendre liquide, et je me le
boirai.
Simplette, seule
Récitatif Simplette
Il croit mavoir causé du
désagrément
et ma rendu service:
lor, pour les filles, est un vrai
précipice.
Air Simplette Ma
grand-mère un jour ma dit: [Elle
sort.]
largent fait tout;
et la vertu des pauvres
se perd quelquefois
à cause de largent.
Une chambre avec un trône et trois sièges
Archifanfaron avec des gardes; puis madame Glorieuse, madame
Gracieuse et madame Simplette
Récitatif Archifanfaron,
aux gardes [Un
garde sort, Archifanfaron monte sur le trône. Entrent
les trois dames.] Glorieuse Archifanfaron Gracieuse Archifanfaron Simplette,
sans le regarder Archifanfaron Et
maintenant, calmement, Glorieuse Archifanfaron Gracieuse Archifanfaron Simplette Archifanfaron Glorieuse [Elle
sort.] Archifanfaron Gracieuse [Elle
sort.] Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron [Il
descend du trône et va sasseoir à
côté delle.] Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette Archifanfaron Simplette
Donc, le royaume des fous
veut que son roi sunisse dans les liens du
mariage.
Par la barbe du diable,
ils ont bien su trouver la meilleure
pour me faire devenir toujours plus fou.
Holà ! puisque les belles
petites folles nouvelles
aspirent à la couronne des fous,
quelles viennent toutes les trois,
jen choisirai une pour moi...
Que la quenouille, noble monarque,
que pour vous file la Parque,
soit toujours pleine, et loin de vous la barque
qui fait passer le Styx à ceux que le sort
marque.
Vive la belle Laure de Pétrarque.
Souverain, que toujours sain
vous maintienne le ciel, et que reste loin
de votre corps le mal ultramontain.
Vous êtes Hélène du ciel
troyen.
Seigneur, cest avec le cur,
que je mincline devant votre splendeur;
je montre quelque rougeur, et jai peur
de perdre en vous regardant ma pudeur.
De lenfant Amour, vous êtes la
sur.
joyeusement, discrètement,
exposez ce que vous voulez, asseyez-vous si vous
pouvez.
Ma beauté aspire
à la grandeur du trône,
si votre rudesse ne me rejette point.
Je ne suis pas trop amateur dembonpoint.
Moi, je viens vous prier,
de bien vouloir, si vous le daignez,
entre ces folles rares, me couronner.
Vous nallez pas tarder à me faire
éclater.
Je voudrais, je ne voudrais pas...
exposer mes désirs...
las, la honte me fera mourir.
Jai entendu, jai entendu, tu seras mon
épouse.
Je dédaigne votre règne,
et de ma beauté vous êtes indigne.
Orgueilleuse beauté, en vain tu
trépignes.
Ennemi de lallégresse,
vous savez ce que je vous dis ?
Que je me moque de vous comme de lan
quarante.
Le ciel ma libéré dune charge
pesante.
Et moi, que dirai-je ?
En vérité, je nen sais rien.
Approchez.
Non, seigneur.
Pour vous mettre en confiance, je vais descendre.
Fi, seigneur, fi donc !
Je vous donnerai le sceptre.
Vous me donnerez le sceptre ? Je le
prendrai.
Bravo, bravo
Mais je veux
que vous respectiez
toutes les conditions que je mettrai, toutes.
Quelles sont ces conditions ?
Je vais vous les dire:
Air Simplette Si
je suis votre épouse,
toujours je ferai
ce que je voudrai.
Je ne veux jamais
vous entendre dire
« Non ».
Récitatif Archifanfaron Simplette Archifanfaron [Ils
sortent.]
Je ne suis pas si coïon.
Alors, je men vais;
je ne veux pas me marier.
Arrêtez: je serai,
ma chère, un coïon.
Une salle
Grippe-Sous, Mangebien, Furibard, madame Glorieuse, madame
Gracieuse, fous serviteurs
Choeur Tous Deux
Fous Tous
Nous voulons savoir
de sa majesté
le nom exact
de la cité.
Nous nous en irons
sil ne le dit pas.
Nous voulons le nom
de la cité.
Nous voulons savoir
de sa majesté
le nom exact
de la cité.
Les mêmes, Archifanfaron, Simplette
Récitatif Archifanfaron [Les six fous avancent en
chantant:] Les Six
Fous Archifanfaron [Les fous serviteurs donnent
à chacun une lettre de lalphabet, ainsi
quà lArchifanfaron.] Eh bien, allons-y, rangez-vous, [Il les range, mais le nom
napparaît pas clairement.] Non, comme ça, ça ne
va pas. [Il les range
autrement.] Non, ça ne marche toujours
pas; [Il les range autrement, en
se mêlant à eux; on voit les lettres former les
deux mots «LE MONDE»] Voilà le nom, voilà
le nom.
Fous, mes sujets,
vous allez être satisfaits.
tous, vous voulez savoir
le nom de notre grande cité;
à linstant, je le promets, vous le saurez.
Que viennent par devant nous
les six nouveaux fous.
Je veux que par eux,
unis à ma royale personne,
le nom de la cité aujourdhui soit
donné.
Nous voulons savoir
de sa majesté
le nom exact
de la cité.
Holà, mes ministres, quon donne
à chacun une lettre de lalphabet,
qui servira à former ce nom, clair et
parfait.
disposez-vous en bonne harmonie.
Et on pourra voir
le nom de notre noble cité.
Il faut permuter.
mais je vais bien y arriver, tout de suite.
Soyez satisfaits.
Il nen faut pas beaucoup pour satisfaire les
fous.
Air Archifanfaron Les sages et les
fous
vivent en ce bas monde,
et souvent entre eux,
ils se confondent.
Celui qui se croit fou
est parfois sage;
et tel se croit sage
qui a le cur.