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La Descente d'Orphée aux Enfers
Opéra de chambre
le livret est tiré des oeuvres d'Ovide, mais son auteur est anonyme
musique de: Marc-Antoine Charpentier

les personnages:

Daphné
Enone
Proserpine
Aréthuse
Euridice
Orphée
Apollon
Titye
Ixion
Tantale
Pluton




OUVERTURE

ACTE I

Scène 1
Daphné, Enone, Aréthuse, Euridice
Choeur des Nymphes, chantant et dansant

Daphné:
Inventons mille jeux divers,
Pour célébrer dans ce bocage
De deux parfaits époux le charmant assemblage.

Choeur:
Inventons mille jeux divers,
Pour célébrer dans ce bocage
De deux parfaits époux le charmant assemblage.

Daphné:
Que nos chansons percent les airs
Et que nos pas en impriment l'image
Sur l'herbe de ce tapis vert.

[entrée des Nymphes]

Enone & Aréthuse:
Ruisseau qui dans ce beau séjour
D'un printemps éternel entretiens la verdure
Pour flatter Euridice en lui faisant la cour,
Mêle à nos chants ton doux murmure.
Et vous petits oiseayx
Si vous voulez lui rendre hommage,
Accordez votre doux ramage
Au bruit charmant des eaux.

Euridice:
Compagnes fidèles,
Je vois sous vos pas
Mourir les appas
De cent fleurs nouvelles.
Ah ! Ménagez mieux
Ces dons précieux
Des soupirs de Flore
Et des pleurs de l'Aurore.
Epargnez leurs attraits naissants,
Je les prétend offrir au héros que j'attends.
Couchons-nous sur la tendre herbette,
Et mêlons àla violette
Le vermeil de la rose et le blanc du jasmin.
Nous en ferons une couronne
Que je lui mettrai de ma main,
Sa constance en est digne et l'hymen me l'ordonne.

Choeur:
Qu'il se croira fortuné,
Ce héros tendre et fidèle,
De se voir couronné
Par une main fidèle.

Euridice:
Ah !

Enone:
L'on ne goûte point de plaisirs sans douleurs,
Chère compagne, et les plus fines
Ne peuvent éviter la pointe des épines
En se jouant avec les fleurs.

Euridice:
Soutiens-moin chère Enone, un serpent m'a blessée,
Je n'en puis plus, je tombe, et du venin pressée.


Scène 2
Orphée, une Troupe de Bergers, chantant & dansant,
et les mêmes Acteurs de la scène précédente

Orphée:
Qu'ai-je entendu, que vois-je ?

Tous:
Oh ! Comble de malheurs !

Orphée:
Quoi ! Je perds Euridice !

Euridice:
Orphée, adieu, je meurs.

Orphée:
Ah ! Bergers, c'en est fait, il n'est plus d'Euridice,
Ses beaux yeux sont fermés pour ne jamais s'ouvrir.
Impitoyables dieux, vous la laissez mourir,
Quelle rigueur, quelle injustice !
L'infortunée à peine entrait
dans ses beaux jours
Et vous en terminez le cours.

Choeur:
Ah ! Nymphes, c'en est fait, il n'est plus d'Euridice.
Ses beaux yeux sont fermés pour ne jamais s'ouvrir.
Impitoyables dieux, vous la laissez mourir,
Quelle rigueur, quelle injustice !
L'infortunée à peine entrait
dans ses beaux jours
Et vous en terminez le cours.

[entrée de Nymphes et de Bergers désespérés]

Orphée:
Lâche amant, pourrais-tu survivre
A la nymphe qui t'a charmé ?
Non ! Tu ne l'as jamais aimée
Si tu diffères de la suivre,
Mourons ! Destin jaloux qui rompt de si beaux noeuds,
Malgré toi le tombeau nous rejoindra tous deux.


Scène 3
Apollon, et les susdits

Apollon:
Ne tourne point, mon fils, ce fer contre toi-même,
C'est répandre mon sang que de verser le tien.
J'entre dans ta douleur, ton tourment est le mien,
Suis mes conseils plutôt que ta fureur extrême.

Orphée:
Hélas ! Une malheureuse qui perd tout ce qu'il aime
Après le coup affreux d'un si funeste sort
Ne doit-il pas se donner la mort ?

Apollon:
Mon fils, ne perds point l'espérance.
Va, pour revoir ta nymphe, implore la puissance
Du prince ténébreux qui règne chez les morts.
Va lui faire sentir la douce violoence
De ces charmants accords
Où je dressais tes mains dès ta plus tendre enfance.
Tes chants adouciront ce tyran des Enfers.
Tout barbare qu'il est, touché de ta demande,
Ne doute point qu'il ne te rende
La nymphe que tu perds.

Orphée:
Que d'un frivole espoir c'est flatter mon supplice !
N'importe, essayons tout pour ravoir Euridice.

Choeur:
Juste sujet de pleurs,
Malheureuse journée,
Sont-ce là les douleurs
Que les noeuds d'un saint hyménée
Promettaient à ces jenes coeurs ?

[entrée de Nymphes et de bergers désespérés]

ACTE II

Prélude

Scène 1
Ixion, Tantale & Titye, Furies chantantes

Prélude

Ixion, Tantale & Titye:
Affreux tourments, gênes cruelles,
Qu'en ces lieux nous souffrons sans espoir de secours,
Renaissantes douleurs, peines toujours nouvelles,
Hélas, durerez-vous toujours ?


Scène 2
Orphée, Ixion, Tantale & Titye, Furies chantantes

Prélude

Orphée:
Cessez, cessez, fameux coupables,
D'emplir ces tristes lieux de cris réitérés,
Les tourments que vous endurez
Aux rigueurs de mon fait ne sont point comparables.

Ixion, Tantale & Titye:
Quelle touchante voix, quelle douce harmonie
Susprend mon rigoureux tourment ?

Tantale:
Ni ces fruits, ni ces eaux ne me font plus d'envie.

Ixion:
Je respire, ma roue s'arrête en ce moment.

Titye:
De mes cruels vautours la faim semble assouvie.

Ixion, Tantale & Titye:
Mortel, qui que tu sois,
Si ton coeur est sensible à notre martyre,
Recommence à mêler au doux son de ta lyre
Les tendres accents de ta voix?

Orphée:
Je ne refuse point ce secours à vos larmes,
Heureux si ces tristes accents
Sur vos maux puissants
Pour attendrir Pluton avaient les mêmes charmes,
Heureux si ces tristes accents
Le portaient à finir les peines que je sens.

Choeur:
Il n'est rien aux Enfers qui se puisse défendre
De leurs charmes vainqueurs.
Juges-en par leurs pleurs
Que tu nous vois répandre,
Attendris nos barbares coeurs,
Calme nos cuisantes douleurs,
C'est ce qu'il n'apparaissent qu'à toi seul d'entreprendre.
Que tes chants ont d'appas, qu'ils sont pleins de douceurs !

[les Fantomes]


Scène 3
Pluton, Proserpine,
Ombre heureuses chantant et dansant avec les susdits

Prélude

Pluton:
Que cherche en mon palais ce mortel téméraire ?
Ose-t-il en troubler le silence éternel ?
Prévoit-il ce qui suit son dessein criminel ?
Connaît-il le danger qu'on court à me déplaire ?

Orphée:
Je ne viens point ici, Monarque des Enfers,
Pour faire aucune violence
Aux lieux soumis à ta puissance,
Ni poussé du désir d'apprendre à l'Univers
Qu'orphée a mis Cerbère aux fers.
L'unique et cher objet pour qui mon coeur soupire,
Euridice... A ce nom je sens manquer ma voix,
Ma lyre en est autant muette, sous mes doigts
Ne peut plus exptimer mon rigoureux martyre.
Soupirs, ardents soupirs, c'est à vous à le dire.

Proserpine:
Pauvre amant, quel coeur de rocher
Ne se laisserait pas toucher
Aux tendres accents de ta plainte ?

Choeur:
Pauvre amant, quel coeur de rocher
Ne se laisserait pas toucher
Aux tendres accents de ta plainte ?

Proserpine:
Donne relâche à tes soupirs,
Raconte tes malheurs sans crainte,
Je partage tes déplaisirs.

Choeur:
Donne relâche à tes soupirs,
Raconte tes malheurs sans crainte,
Nous partageons tes déplaisirs.

Orphée:
Euridice n'est plus, et mon feu dure encore.
Cette naissante fleur ne faisait que d'éclore.
Hélas ! Dans son plus beau printemps
Un serpent a fini sa triste destinée,
Sur le point qu'elle allait par un doux hyménée
Récompenser mes feux constants.
Ah ! laisse-toi toucher à ma douleur extrême,
Rends-moi, Dieu des Enfers, cette rare beauté,
Le jour m'est odieux sans la nymphe que j'aime,
Redonne-lui la vie ou m'ôte la clarté.

Pluton:
Le destin est contraire à ce que tu souhaites.
Epoux infortuné, finis tes vains regrets,
Les ombres qui me sont sujettes
De l'empire des morts ne retournent jamais.

Proserpine:
Ah ! Puisqu'avant le temps la rigueur de la PArque
A tranché le fil de ses jours,
Permets qu'elle revive, ô souverain Monarque,
Et qu'elle en achève le cours.

Choeur:
Permets qu'elle revive, ô souverain Monarque,
Et qu'elle en achève le cours.

Orphée:
Tu ne la perdras point, hélas ! Pour me la rendre
Tout mortel est soumis à la loi du trépas,
Et ma chère Euridice aura beau s'en défendre,
Il faut que tôt ou tard elle rentre ici-bas.

Pluton:
Quel charme impérieux m'incite à la tendresse
Et me fait plaindre son tourment,
Pluton, aurais-tu la faiblesse
De te laisser toucher aux regrets d'un amant ?

Proserpine:
Courage, Orphée, étale ici les plus grands charmes
De tes accents mélodieux,
Le plus inflexible des dieux
Ne retient qu'à peine ses larmes.

Choeur:
Courage, Orphée, étale ici les plus grands charmes
De tes accents mélodieux,
Le plus inflexible des dieux
Ne retient qu'à peine ses larmes.

Orphée:
Souviens-toi du larcin que tu fis à Cérès,
Souviens-toi que l'Amour
Dans les yeux plein d'attraits
De ton épouse incomparable
Choisit le plus beau de ses traits
Dont le coup sut percer ton coeur impénétrable.
C'est par ce coup heureux dont ton coeur fut blessé,
C'est par ces yeux charmants dont ce trait fut lancé
Que le fidèle Orphée à tes pieds te conjure
De soulager l'excès des peines qu'il endure,
N'ont-ils plus les appas dont tu fus enchanté ?
Ah ! laisse-toi toucher à ma douleur extrême,
Rends-moi, Dieu des Enfers, cette rare beauté,
Le jour m'est odieux sans la nymphe que j'aime,
Redonne-moi la vie ou m'ôte la clarté.

Pluton:
Je cède, je me rends, aimable Proserpine,
Conjuré par vos yeux je n'ai plus de rigueur.
Voyez ceque peut sur mon coeur
Voitre beauté divine.
Retourne à la clarté du jour,
Orphée amoureux et fidèle,
Je vais tirer des mains de la PArque cruelle
L'objet de ton amour.
Sors triomphant de l'empire des ombres,
Euridice suivra tes pas.
Mais pour la regarder ne te retourne pas,
Que tu ne sois sorti de ces demeures sombres,
Sinon je la reprnds par un second trépas.

[Proserpine et Pluton disparaissent]

Orphée:
Amour, brûlant Amour, pourras-tu te contraindre ?
Ah ! que le tendre Orphée à lui-même est à craindre.


Scène 4
Choeur d'Ombres heureuses, coupables, de Furies et de Fantômes

Choeur:
Vous partez donc, Orphée,
Ah ! regrêts superfus,
Soulagement trop court,
Plaisirs trop peu durables,
Hélas, vous êtes disparu
Comme des songes agréables.
Demeurez toujours avec nous,
Charmante impression de cette voix touchante
Qui nous ravit, qui nous enchante.

Ixion, Tantale & Titye:
Tant que nous garderons un souvenir si doux
Le bonheur des Enfers rendra le Ciel jaloux.

[entrée des Fantômes]

Choeur:
Demeurez toujours avec nous,
Charmante impression de cette voix touchante
Qui nous ravit, qui nous enchante.
Tant que nous garderons un souvenir si doux
Le bonheur des Enfers rendra le Ciel jaloux.