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Pluton:
Que cherche en mon palais ce mortel téméraire
?
Ose-t-il en troubler le silence éternel ?
Prévoit-il ce qui suit son dessein criminel ?
Connaît-il le danger qu'on court à me
déplaire ?
Orphée:
Je ne viens point ici, Monarque des Enfers,
Pour faire aucune violence
Aux lieux soumis à ta puissance,
Ni poussé du désir d'apprendre à
l'Univers
Qu'orphée a mis Cerbère aux fers.
L'unique et cher objet pour qui mon coeur soupire,
Euridice... A ce nom je sens manquer ma voix,
Ma lyre en est autant muette, sous mes doigts
Ne peut plus exptimer mon rigoureux martyre.
Soupirs, ardents soupirs, c'est à vous à le
dire.
Proserpine:
Pauvre amant, quel coeur de rocher
Ne se laisserait pas toucher
Aux tendres accents de ta plainte ?
Choeur:
Pauvre amant, quel coeur de rocher
Ne se laisserait pas toucher
Aux tendres accents de ta plainte ?
Proserpine:
Donne relâche à tes soupirs,
Raconte tes malheurs sans crainte,
Je partage tes déplaisirs.
Choeur:
Donne relâche à tes soupirs,
Raconte tes malheurs sans crainte,
Nous partageons tes déplaisirs.
Orphée:
Euridice n'est plus, et mon feu dure encore.
Cette naissante fleur ne faisait que d'éclore.
Hélas ! Dans son plus beau printemps
Un serpent a fini sa triste destinée,
Sur le point qu'elle allait par un doux
hyménée
Récompenser mes feux constants.
Ah ! laisse-toi toucher à ma douleur
extrême,
Rends-moi, Dieu des Enfers, cette rare beauté,
Le jour m'est odieux sans la nymphe que j'aime,
Redonne-lui la vie ou m'ôte la
clarté.
Pluton:
Le destin est contraire à ce que tu souhaites.
Epoux infortuné, finis tes vains regrets,
Les ombres qui me sont sujettes
De l'empire des morts ne retournent jamais.
Proserpine:
Ah ! Puisqu'avant le temps la rigueur de la PArque
A tranché le fil de ses jours,
Permets qu'elle revive, ô souverain Monarque,
Et qu'elle en achève le cours.
Choeur:
Permets qu'elle revive, ô souverain Monarque,
Et qu'elle en achève le cours.
Orphée:
Tu ne la perdras point, hélas ! Pour me la rendre
Tout mortel est soumis à la loi du trépas,
Et ma chère Euridice aura beau s'en
défendre,
Il faut que tôt ou tard elle rentre
ici-bas.
Pluton:
Quel charme impérieux m'incite à la
tendresse
Et me fait plaindre son tourment,
Pluton, aurais-tu la faiblesse
De te laisser toucher aux regrets d'un amant ?
Proserpine:
Courage, Orphée, étale ici les plus grands
charmes
De tes accents mélodieux,
Le plus inflexible des dieux
Ne retient qu'à peine ses larmes.
Choeur:
Courage, Orphée, étale ici les plus grands
charmes
De tes accents mélodieux,
Le plus inflexible des dieux
Ne retient qu'à peine ses larmes.
Orphée:
Souviens-toi du larcin que tu fis à
Cérès,
Souviens-toi que l'Amour
Dans les yeux plein d'attraits
De ton épouse incomparable
Choisit le plus beau de ses traits
Dont le coup sut percer ton coeur
impénétrable.
C'est par ce coup heureux dont ton coeur fut
blessé,
C'est par ces yeux charmants dont ce trait fut
lancé
Que le fidèle Orphée à tes pieds te
conjure
De soulager l'excès des peines qu'il endure,
N'ont-ils plus les appas dont tu fus enchanté ?
Ah ! laisse-toi toucher à ma douleur
extrême,
Rends-moi, Dieu des Enfers, cette rare beauté,
Le jour m'est odieux sans la nymphe que j'aime,
Redonne-moi la vie ou m'ôte la
clarté.
Pluton:
Je cède, je me rends, aimable Proserpine,
Conjuré par vos yeux je n'ai plus de rigueur.
Voyez ceque peut sur mon coeur
Voitre beauté divine.
Retourne à la clarté du jour,
Orphée amoureux et fidèle,
Je vais tirer des mains de la PArque cruelle
L'objet de ton amour.
Sors triomphant de l'empire des ombres,
Euridice suivra tes pas.
Mais pour la regarder ne te retourne pas,
Que tu ne sois sorti de ces demeures sombres,
Sinon je la reprnds par un second trépas.
[Proserpine
et Pluton disparaissent]
Orphée:
Amour, brûlant Amour, pourras-tu te contraindre ?
Ah ! que le tendre Orphée à lui-même est
à craindre.
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