Barbara Strozzi
[1619 - 1677]
Les loisirs d'Euterpe, ou Cantates et ariettes pour une seule voix
dédié à Nicolo Sagredo, procurateur de Saint-Marc et ambassadeur extraordinaire auprès de Sa Sainteté Alexandre VII
Opus 7, Venise, 1659
Sino alla morte
Sebastiano
Baldini Sino alla
morte Jusqu'à
la mort
mi protesto
d'adorarvi.
Voglio amarvi
a dispetto del tempo e della sorte
sino alla morte.
L'inanellato crine
che biondeggia superbo in masse d'oro
per le man dell'età divenga argento.
L'amorose rovine
della vostra beltà ch'io tanto adoro
calpesti il tempo a consumarle intento,
resti ogni lume spento
delle pupille e d'ostri e di cinabri
veggansi impoverir le quance e i labri.
Pur del pensiero
che nudre l'alma
avrà la palma
il cieco arciero.
Al desio ch'a voi s'aggira,
che per voi sempre so spira,
goderò del mio core aprir le porte
sino alla morte.
Turbi la fede mia
il tosco degl'amanti,
la ministra de' pianti,
l'origin d'ogni mal, la gelosia.
Servirò la tiranna
ch'a morir mi condanna
tra cure, ne' martir, fra le ritorte
sino alla morte.
Scuota la mia costanza
la nemica d'amore,
la madre del dolore,
la furia d'ogni cor, la lontananza.
In adorar costei
con tutti i voti miei
mi vedrà quale Anteo sorger più forte
sino alla morte.
Può la fortuna
trarmi lontano
ma sempre invano
gl'affanni aduna.
Aque non serba il fiume dell'oblio
che bastino a temprar l'incendio mio,
poiché ad estinguer l'amoroso foco
ci vuol un mare, anzi, ch'un mare è poco.
Io so ch'alle faville degl'amanti
tutti i mari alla fin non son bastanti.
Je vous promets
De vous adorer.
Je veux vous aimer
En dépit du temps et du sort
Jusqu'à la mort.
Ces cheveux bouclés,
Blondissants, superbes, en une masse d'or,
Peuvent bien devenir argent par la main de l'âge;
Les ruines amoureuses
De votre beauté que j'adore tant,
Le temps peut les fouler, appliqué à les
consumer;
Tout l'éclat de vos yeux
Peut s'éteindre, et de nacre et de cinabre
Se voir dépouillées vos joues et vos
lèvres -
Mais l'aveugle archer
Gardera la palme
Du penser
Qui nourrit mon âme.
Au désir qui tourne autour de vous,
Qui pour vous toujours soupire,
Mon cur aura plaisir à ouvrir les portes
Jusqu'à la mort.
Elle peut bien troubler ma foi,
Ce poison des amants,
Cette servante des larmes,
Cette origine de tout mal, qu'est la jalousie.
Je servirai la cruelle
Qui à mourir me condamne
Parmi les soins, les martyres, les chaînes,
Jusqu'à la mort.
Qu'elle ébranle ma constance,
L'ennemie de l'amour,
La mère de la douleur,
La fureur de tout cur, qu'est la séparation
!
Adorant celle-ci
De tous mes vux,
On me verra tel Antée me redresser plus fort
Jusqu'à la mort.
La Fortune peut
M'emmener au loin,
Mais c'est toujours en vain
Qu'elle accumule les tourments.
Le fleuve de l'oubli n'a pas assez d'eau
Pour suffire à calmer mon incendie;
Car pour éteindre le feu amoureux,
Il faut une mer; et même, une mer est peu.
Je sais que pour les flammes des amants
Toutes les mers, à la fin, ne suffisent
pas.
Lamento
Gio. Pietro
Monesi Appresso ai
molli argenti Près
de l'argent liquide
d'un rivo mormorante,
sedea Fileno amante
per accordar con l'onde i suoi lamenti,
allor ch'in sen nutriva
per lontana beltà fiamme cocenti.
Ond'ei, dal duolo oppresso,
sospirava, piangeva, indi s'udiva
gridar contro la sorte;
e solo egli chiedea,
per dar fine al suo mal, pietade a morte.
Onde, da un cruccio interno
traffitto e combattuto,
mesto, pallido e muto
le luci al ciel rivolse,
poi, parlando così, d'Amor si dolse:
"A qual barbara sventura
mi condanna Amor tiranno,
che sol vuol di pena e affanno
del cor ch'avampa alimentar l'arsura !
A' miei danni congiurato,
vuol Amor per tormentarmi
dal mio sole allontanarmi
perch'io mora disperato,
ond'io provo in modo strano
mentre a Filli son lontano,
più ardent'il foco e la prigion più dura.
A qual barbara sventura !
Appresso il caro bene
gradite eran le pene,
m'era dolce il soffrir, soave il foco,
Ma l'idolo ch'adoro
in pianto amaro or ch'io non miro, io moro.
Chiare stelle in cielo ardenti,
siete belle e risplendenti,
ma sia pur con vostra pace:
più assai di voi il mio bel sol mi piace.
Augelletti, che spiegate
vostr'affetti in voci grate,
di voi tutti il canto io lodo,
ma in udir Filli mia molto più godo.
Vaghi fiori, che spirate
d'almi odori aurette amate,
sete belli, io lo ravviso,
ma son più belli i fior ch'ha Filli in viso."
Mentr'in tal guisa il misero Fileno,
lagnandosi d'Amore
narrava il suo dolore
alle stelle, agl'augelli, ai fiori, all'acque,
dal mesto cor trasse un sospiro e tacque.
D'un ruisseau murmurant,
L'amoureux Philène était assis
Pour accorder ses plaintes avec les ondes
Alors qu'il nourrissait en son sein
Des flammes brûlantes pour une beauté
lointaine.
Là, accablé de douleur,
Il soupirait et pleurait, puis on l'entendait
Crier contre le sort;
Et il demandait seulement à la mort
D'avoir pitié et de mettre fin à son
malheur.
Là, transpercé, combattu
Par un tourment intérieur,
Triste, pâle et muet,
Il tourna ses yeux vers le ciel
Puis, parlant ainsi, se plaignit d'Amour:
"À quel barbare mauvais sort
Me condamne le tyran Amour,
Qui veut seulement alimenter de peine et chagrin
La combustion du cur qui brûle.
Conspirant contre moi,
Amour veut pour me tourmenter
M'éloigner de mon soleil
Pour que je meure désespéré;
Et je sens, de façon étrange,
Pendant que je suis éloigné de Philis,
Que le feu est plus ardent, la prison plus dure.
Ah, quelle barbare infortune !
Près de ma chère bien-aimée,
Les peines étaient agréables,
Souffrir m'était doux, plaisant était le
feu.
Mais maintenant que je ne vois pas l'idole que j'adore,
En larmes amères, je me meurs.
Claires étoiles qui brûlez dans le ciel,
Vous êtes belles et resplendissantes,
Mais, sauf votre respect,
Mon beau soleil me plaît bien plus que vous.
Oiseaux qui déployez
Vos sentiments d'une voix plaisante,
Je loue votre chant à tous,
Mais j'a bien plus de plaisir à entendre ma
Philis.
Jolies fleurs, qui exhalez
Les aimables brises de merveilleux parfums,
Vous êtes belles, j'en suis conscient,
Mais les fleurs que Philis a sur le visage sont plus
belles."
Pendant que le malheureux Philène,
Se plaignant d'Amour,
Exposait de la sorte sa douleur
Aux étoiles, aux oiseaux, aux fleurs, aux eaux,
Il tira un soupir de son triste cur, puis se
tut.
Fin che tu spiri, spera
Rottilio
Lepidi Fin che tu
spiri, spera, Tant que tu
respires, espère,
moribondo mio core !
Fu costante il dolore,
regna il diletto ove il tormento impera.
Se il tuo fato vuol ch'adori
una sorda deità,
la tua fede spiegherà
il troffeo di quei rigori.
Atra nube il sol discaccia,
alla notte alba succede
e del verno alfin si vede
trionfar la primavera.
Su dunque, datti pace !
Quella fiamma, quel dardo
ch'uscì dal ciel d'un guardo
sarà fulmine e face
possente a incenerire i tuoi martiri;
con l'aura de' sospiri
tranquillerai quell'ocean crudele.
Tronca le tue querele,
armati di costanza:
idolo degl'amanti è la speranza.
Se con i pianti Orfeo
Averno impietosì,
se con arco Rifeo
la crudeltà ferì,
non disperar, ch'un dì
il tuo duol renderà
pietosa l'empietà,
che vince sofferenza alma di fera.
Mon cur moribond !
La douleur a été constante,
Le plaisir règne là où le tourment
commande.
Si ton destin veut que tu adores
Une divinité sourde,
Ta fidélité remportera
Le trophée de la victoire sur ces rigueurs.
Le soleil chasse les noirs nuages,
L'aube succède à la nuit,
Et on voit à la fin le printemps
Triompher de l'hiver.
Courage donc, sois tranquille !
Cette flamme, cette flèche
Qui a jailli du ciel d'un regard
Seront foudre et flambeau
Capables de consumer ton martyre;
Avec la brise de tes soupirs,
Tu calmeras cet océan cruel.
Cesse tes plaintes,
Arme-toi de constance:
L'espérance est l'idole des amants.
Si, par ses larmes, Orphée
A apitoyé l'Averne,
Si Riphée
avec son arc
A blessé la cruauté,
Ne désespère pas, un jour
Ta douleur rendra
La dureté miséricordieuse,
Car la souffrance triomphe d'une âme de bête
sauvage.
Lamento: Lagrime mie, à che vi trattenete ?
Pietro
Dolfino Lagrime mie,
à che vi trattenete ? Lidia che
tant'adoro, E voi, lumi
dolenti, non piangete ? Lidia,
ahimè, vedo mancarmi Se la morte
m'è gradita, Ma ben
m'accorgo Se dunque
è vero, o Dio, Mes larmes,
pourquoi vous retenez-vous ? Lydie que
j'adore tant, Et vous, yeux
affligés, vous ne pleurez pas ? Lydie,
hélas ! je vois me manquer Puisque la
mort m'est plaisante, Mais je
m'aperçois bien S'il est donc
vrai, ô Dieu !
Perchè non isfogate il fier dolore
che mi toglie 'l respiro e opprime il core ?
perch'un guardo pietoso, ahi, mi donò
il paterno rigor l'impriggionò.
Tra due mura rinchiusa
sta la bella innocente
dove giunger non può raggio di sole;
e quel che più mi duole
ed accresc'al mio mal tormenti e pene,
è che per mia cagione
provi male il mio bene.
Lagrime mie, à che vi trattenete ?
l'idol mio che tanto adoro;
sta colei tra duri marmi,
per cui spiro e pur non moro.
hor che son privo di speme,
deh, toglietemi la vita,
ve ne prego, aspre mie pene.
che per tormentarmi maggiormente
la sorte mi niega anco la morte.
che sol del pianto mio
il rio destino ha sete,
lagrime mie, à che vi trattenete ?
Pourquoi n'épanchez-vous pas la cruelle douleur
Qui m'ôte la respiration et m'oppresse le cur
?
Parce que, hélas ! elle m'a accordé un regard
indulgent,
A été emprisonnée par la rigueur
paternelle.
La belle innocente se trouve
Recluse entre deux murs
Là où ne peut arriver un rayon de soleil;
Et ce qui m'afflige le plus
Et accroît tourments et peines de mon malheur,
Est que c'est à cause de moi
Que ma bien-aimée est
éprouvée.
Mes larmes, pourquoi vous retenez-vous ?
L'idole que j'adore tant;
Elle se trouve entre de durs marbres,
Celle pour qui je respire - et pourtant, je ne meurs
pas.
Maintenant que je suis privé d'espérance,
De grâce, ôtez-moi la vie,
Je vous en supplie, ô mes âpres
douleurs.
Que pour me tourmenter plus cruellement,
Le sort me refuse même la mort.
Que le cruel destin
N'a soif que de mes pleurs,
Mes larmes, pourquoi vous retenez-vous ?
Non volete ch'io mi dolga ?
Pietro
Dolfin Non volete
ch'io mi dolga Vous ne
voulez pas que je me plaigne
se quei vezzi che mi fate
sono finti e simulati,
se quei sguardi che vibrate
sono dardi avvelenati,
se con barbaro rigore
qual Sirena lusinghiera
alletate perché pera
questo misero mio core,
s'io sto in pene fra catene
ne v'è alcuno che mi sciolga,
non volete ch'io mi dolga ?
Non volete ch'io mi dolga,
se il destino meco irato
m'ha riddotto a questo passo
che qual Sisifo dannato
io mi crucio con un sasso ?
Sasso fu che tocco, oh Dio,
dall'acciaio di mia fede,
per indebita mercede
mandò il foco al seno mio.
S'io mi sento tal tormento
che non so dove mi volga,
non volete ch'io mi dolga ?
Si ces caresses que vous me faites
Sont feintes et simulées,
Si ces regards que vous lancez
Sont des flèches empoisonnées,
Si avec une barbare rigueur,
Telle une Sirène séductrice,
Vous m'attirez pour que périsse
Mon misérable cur,
Si je reste affligé dans les chaînes,
S'il n'y a personne qui m'en délivre,
Vous ne voulez pas que je me plaigne ?
Vous ne voulez pas que je me plaigne
Si le destin irrité contre moi
M'a réduit à telle enseigne
Que tel Sisyphe le damné,
Je me martyrise avec un rocher ?
Ce fut un rocher, ô Dieu ! qui, touché
Par l'acier de ma fidélité,
En guise de récompense indue,
Mit le feu à mon sein.
Et quand je ressens un tel tourment,
Que je ne sais où me tourner,
Vous ne voulez pas que je me plaigne ?
Così non la voglio
Marc'Antonio
Corraro Così
non la voglio Ce n'est pas
ce que j'attends
di te, ria fortuna,
nemica mia sorte,
pur troppo mi doglio,
così non la voglio.
Lusingando i miei pensieri
mi prometti alte speranze,
ma poi rigidi e severi
trovo i fatti alle sembianze.
Cerco il porto d'amor, ma incontro un scoglio.
Vezzeggiando le mie brame
credo haver propitio amore
ma nutrendo in sen le fiamme
martirizzo questo core.
Tento scioglier il piè, ma più
l'imbroglio.
De toi, cruelle Fortune,
Destinée hostile,
Je souffre vraiment trop,
Ce n'est pas ce que j'attends.
En berçant mes pensers d'illusions,
Tu me promets de hautes espérances,
Mais je trouve ensuite des réalités
Aux aspects durs et sévères.
Je cherche le port d'amour, mais je rencontre un
écueil.
En dorlotant mes désirs,
Je crois trouver l'amour favorable,
Mais en nourrissant les flammes dans mon sein,
Je martyrise mon cur.
Je veux détacher mon pied, et je l'entrave
davantage.
Pensaci ben mio core
Marc'Antonio
Corraro Pensaci bien,
mio core, Fuggi di due
begl'occhi anco l'ardore. Fermati pur,
mio core: Penses-y
bien, mon cur: Fuis
même l'ardeur de deux beaux yeux. Arrête-toi
donc, mon cur:
d'amore al foco
anco per gioco
farfalletta non t'accostar;
guarda il fin del tuo girar
che non sia d'incenerire
quando credi di gioire.
Pensaci ben mio core...
se nel periglio
brami consiglio
pelicano non ti mostrar.
Lascia Lilla di mirar
se non vuoi con dura sorte
nel gioir trovar la morte.
Sotto l'arco d'un ciglio è ascoso Amore.
Pensaci ben mio core.
Ne va pas, papillon,
Même par jeu,
T'approcher du feu d'amour;
Prends garde que la fin de ton vol
Ne sois pas de te consumer
Quand tu crois arriver au plaisir.
Penses-y bien, mon cur...
Si dans le danger
Tu souhaites un conseil,
Ne
fais pas le pélican.
Cesse de regarder Lilla
Si tu ne veux pas, dans un cruel destin,
Trouver la mort dans la jouissance.
Sous l'arc d'un cil se cache Amour.
Penses-y bien, mon cur.
Per un bacio
Francesco
Piccoli Per un bacio
che rubbai Pour un
baiser que j'ai dérobé
dalle labra del mio bene
in prigion di mille guai
rinserrato Amor mi tiene.
Al Giudice fiero
ch'udendo ci stà
la mia sdegnosetta
dimanda vendetta,
io chiedo pietà
ma sono intese oh Dio
le sue querelle
e non il pianto mio.
Sur la bouche de mon aimée,
Amour me retient enfermé
Dans un cachot de mille malheurs.
Devant le cruel Juge
Qui tient son audience,
Ma petite cruelle
Demande vengeance,
Moi, j'implore pitié;
Mais, ô Dieu ! on entend
Ses doléances
Et non mes larmes.
Tradimento !
Giorgio
Tani Amore e la
speranza Amour et
lespérance
voglion farmi prigioniero,
e a tal segno il mal s'avanza
ch'ho scoperto ch'il pensiero
dice d'esserne contento.
Tradimento !
La speranza per legarmi
a gran cose mi lusinga,
s'io le credo avvien che stringa
lacci sol da incatenarmi.
Mio core all'armi !
S'incontri l'infida
si prenda s'uccida su presto !
è periglioso ogni momento.
Tradimento !
Veulent me faire prisonnier
Et le mal est si avancé
Que jai découvert que mon penser
Déclare en être satisfait.
Trahison !
Lespérance, pour me lier,
Me fait miroiter de grandes choses;
Si je la crois, elle resserre
Les liens, pour bien menchaîner.
Aux armes, mon cur !
Affrontons la perfide,
Prenons-la, tuons-la, vite !
Tous les instants sont dangereux.
Trahison !
Mi fa rider la speranza
Giovanni
Pietro Monesi Mi fa rider
la speranza L'espérance
me fait rire,
che per forza vuol ch'io speri
e ch'io semini i pensieri
nel terren dell'incostanza.
Sempre vol quest'importuna
ch'io contrasti col mio fato
e ch'io segua un cor ingrato
al dispetto di fortuna.
Ma senza godere
ch'io peni ogni dì
non è di dovere,
non dico così;
non piace al mio core
ch'è scaltr'amatore
si barbara usanza.
Mi fa rider la speranza...
Favolosi precipizi
furon quelli di Fetonte
e bugiarde in Flegetonte
son le pene anchor di Tizi.
io sì che nel pianto
sommergomi ogn'hora
e sempre pur tanto
l'ardor mi divora,
che provo un inferno
che dura in eterno
e sempre s'avanza.
Mi fa rider la speranza...
Elle veut à toute force que j'espère
Et que je sème mes pensers
Dans le terrain de l'inconstance.
Cette importune veut toujours
Que je me batte contre mon destin
Et que je suive un cur ingrat
En dépit de la fortune.
Mais que je souffre chaque jour
Sans avoir aucune jouissance,
Ce n'est pas obligatoire,
Je ne suis pas d'accord:
Un si cruel usage
Ne plaît pas à mon cur,
Qui est un amoureux rusé.
L'espérance me fait rire.
Phaéton précipité de son char,
C'est une légende;
Mensongers sont les supplices
Des Furies
au Phlégéton;
Mais moi, oui, dans mes larmes,
Je me noie à tout moment,
Et néanmoins, toujours
L'ardeur me dévore;
J'éprouve un enfer
Qui dure pour l'éternité
Et subsiste toujours.
L'espérance me fait rire...
Basta così, v'ho inteso !
Signor
Pellicani Basta
così, v'ho inteso ! Il suffit, je
vous ai entendue !
Ma voi non ci sete,
che dentro la rete
non voglio esser preso.
Non vo' che trabocchi
la mia libertà,
da' vostri begl'occhi,
limosinar non vo' la carità.
Se l'alma è disciolta,
tacete una volta !
Amor so che cos'è:
è bello, è buono
ma pur non fa per me,
che da' suoi dardi esser non voglio offeso.
Mais vous n'y êtes pas:
Je ne veux pas être prisonnier
Dans le filet.
Je ne veux pas que ma liberté
Trouve des obstacles,
Je ne veux pas mendier l'aumône
De vos beaux yeux.
Puisque mon âme est détachée,
Taisez-vous une bonne fois !
L'amour, je sais ce que c'est:
Il est beau, il est bon,
N'empêche, je n'en veux pas,
Je ne veux pas être blessé par ses
flèches.
Sete pur fastidioso
Marc'Antonio
Corraro "Sete pur
fastidioso" "Sete pur
dispettoso" "Vous
êtes vraiment pénible" "Vous
êtes vraiment agaçant",
mi disse Lilla un dì,
e con ciglio ritroso
mirandomi partì.
Stupido in un istante
amator vaneggiante
io di gir o restar irrisoluto
il suo troppo parlar mi rese muto.
gridò Lilla con me,
ma nel volto vezzoso
vermiglio ella si fè.
Avido de favori
ammiral quei colori
ma però vidi ben che quel rossore
nacque da sdegno sol, ma non d'amore.
Me dit un jour Lilla,
Et elle partit en me regardant
D'un il hostile.
Abasourdi sur le coup,
Amoureux en plein délire,
Ne pouvant décider entre partir et rester,
Je fus rendu muet par son mot de trop.
Se fâcha Lilla contre moi,
Mais sur son joli visage,
Elle devint vermeille.
Désireux de ses faveurs,
J'admirai ces couleurs,
Mais je vis bien que sa rougeur
Naissait de la seule colère, et non de
l'amour.
Appena il sol con le sue chiome belle
Pietro
Dolfin Appena il sol
con le sue chiome belle Le soleil
avec ses beaux cheveux,
coronato di raggi,
vestito di splendori,
sorgea dall'onde ad offuscar le stelle,
quando un afflitto amante,
non trovando riposo,
lasciò le piume e spinto dal pensiero
per ignoto sentiero
si portò vanneggiante
finché giunse in un prato
dove un fiume scorrea.
Qui sospirando ei solo,
per dar tregua al suo duolo,
ad alta voce allor così dicea:
"Dio di Delo,
che nel cielo
porti luce al novo dì,
fa' che Lilla il caro bene
per mercé delle mie pene,
pria del tuo tramontar mi doni un sì.
Fa' ch'Amore,
quale il cuore
con sua face acceso m'ha,
del mio mal fatto pietoso,
spenga almeno il foco ascoso
che chiuso dentr'al sen ora mi sta."
In questa guisa appunto,
sulla riva del fiume passeggiando,
gridava Eurillo quando,
per soverchio dolore,
avend'il piede al pari del pensiero
vaccillante, e non essendo asciutto
dalla ruggiada ancor l'umido suolo,
sdruciolando nell'aque s'affogò,
Così d'amore le fiamme amorzò.
Couronné de rayons,
Revêtu de splendeurs,
Sortait à peine de l'eau pour obscurcir les
étoiles,
Quand un amoureux affligé,
Ne trouvant pas le repos,
Quitta son lit et, poussé par ses pensées,
S'en alla délirant
Sur un sentier inconnu,
Jusqu'à ce qu'il arrivât dans un pré
Où courait une rivière.
La, seul, soupirant,
Pour imposer une trêve à sa douleur,
À haute voix, il parla alors ainsi:
"Dieu de Délos
Qui dans le ciel
Apportes la lumière au nouveau jour,
Fais que Lilla, ma chère bien-aimée,
En récompense de mes peines,
M'accorde un "oui" avant ton coucher.
Fais qu'Amour,
Qui avec son flambeau
M'a enflammé,
Prenant pitié de mon malheur,
Éteigne au moins le feu caché
Qui est en ce moment enfermé dans mon sein."
Ainsi précisément,
Cheminant sur le bord de la rivière,
Criait Euryllus, quand,
Pour mettre le comble à sa douleur,
Comme son pied, à l'égal de ses pensers,
Était vacillant, et comme le sol
Humide de rosée, n'avait pas encore
séché,
Il fit un faux pas et se noya dans les eaux.
C'est ainsi qu'il éteignit les flammes de
l'amour.
Che v'ho fatto, o luci, dite
Pietro
Dolfin Che v'ho
fatto, o luci, dite, O mio sole
dunque sempre Que vous
ai-je fait, beaux yeux, dites-moi, Ô mon
soleil ! Ainsi donc, toujours
che ad ognor mi tormentate ?
Se pietà voi mi negate
a che fine mi ferite ?
Di saettarmi il cor cessate, o rai,
giacché piagate e non sanate mai.
tu m'alletti acciò ch'io mora
né per me mutansi ancora
del destin le fiere tempre.
Di riscaldarmi il sen fermati omai,
giacché promovi e non rissolvi mai.
Pour que vous me tourmentiez sans cesse ?
Puisque vous me refusez toute pitié,
Pourquoi donc me blessez-vous ?
Cessez, beaux yeux, de me percer le cur de
flèches,
Puisque vous blessez sans jamais soigner.
Tu m'attires afin que je meure,
Et la cruauté du destin
Envers moi ne change jamais.
Cesse désormais de me réchauffer le sein,
Puisque tu commences et ne conclus jamais.
Non occorre ch'io ci pensi
Nicola
Beregani Non occorre
ch'io ci pensi, Pas besoin
que j'y pense,
il mio caso è già spedito
poichè Lilla ha stabilito
darmi ognor martiri immensi.
S'io piango ella ride,
s'io rido mi strugge,
s'io seguo mi fugge,
s'io fuggo m'uccide.
Così per lei non ho più cor né
sensi.
Non occorre ch'io ci pensi,
Il mio caso è già spedito
poiché Lilla ha stabilito
darmi ognor martiri immensi.
S'io provo lasciarla
più 'l laccio mi stringe;
s'un guardo ella finge,
è d'uopo adorarla;
così a un idol crudel spargo gl'incensi.
Non occorre ch'io ci pensi.
Il mio caso è già spedito
poiché Lilla ha stabilito
darmi ognor martiri immensi.
Mon cas est déjà réglé,
Puisque Lilla a décidé
De m'infliger sans cesse d'immenses supplices.
Si je pleure, elle rit,
Si je ris, elle me détruit,
Si je la suis, elle me fuit,
Si je fuis, elle me tue.
Ainsi, à cause d'elle, je n'ai plus ni cur ni
sens.
Pas besoin que j'y pense,
Mon cas est déjà réglé,
Puisque Lilla a décidé
De m'infliger sans cesse d'immenses supplices.
Si j'essaie de la quitter,
Elle resserre le lacet,
Si elle fait semblant de me regarder,
Il faut l'adorer;
Ainsi, j'offre de l'encens à une idole cruelle.
Pas besoin que j'y pense,
Mon cas est déjà réglé,
Puisque Lilla a décidé
De m'infliger sans cesse d'immenses supplices.