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Barbara Strozzi

[1619 - 1677]

cantates, airs & duos

dédiés à Ferdinand III d'Autriche et Léonore II de Mantoue

Opus 2, Venise 1651

 

Sacrée Majesté Impériale,
Mon très clément seigneur,

Un si faible tribut de ma très révérente obéissance n'est pas digne d'être placé dans les coffres-forts d'un César. La méprisable mine du pauvre esprit d'une femme ne peut produire du métal pour fabriquer de riches couronnes d'or pour le mérite des Augustes Majestés; aussi me rendrais-je plus digne de moquerie que d'applaudissements si je me montrais dans le palais de Vos Majestés pour déposer à leurs pieds ces inepties musicales, où se fait sentir à tout moment l'écho des maîtres les plus choisis.

Mais en période de noces, il est licite même aux gens les plus communs et les plus plébéiens de se travestir en grands, et de se mêler aux plus remarquables cavaliers et dames, pour rendre, avec leur nombre, la fête plus variée et plus agréable.

Encouragée par nombre de professeurs de ce bel art, et spécialement par monsieur Francesco Cavalli, un des plus célèbres de ce siècle, et mon aimable précepteur depuis que je suis tout enfant, je publie donc le deuxième fruit de mes efforts, lequel, portant sur son front l'allégresse déployée pour les troisièmes heureuses noces de Votre Majesté, n'a pas à s'adresser à une autre divinité tutélaire que votre impériale protection.

Mes fastidieuses cantilènes que voici, une fois qu'elles seront noblement portées par la divine voix de monsieur Adamo Franchi aux oreilles bienveillantes de Vos Majestés, sembleront bien différentes de ce qu'elles sont; et quand elles auront reçu votre accueil bienveillant, je me proclamerai heureuse, et j'estimerai être parvenue à la fin que je me proposais, à savoir m'affirmer, de votre très clémente Majesté,

la très humble et très dévouée servante,
Barbara Strozzi

 

 

 

  1. Donna di maestà
  2. Begli occhi (Voi pur, begl'occhi, sete)
  3. Il Romeo
  4. Costume de grandi
  5. La fanciulletta semplice
  6. L'amante consolato
  7. Chiamata a nuovi amori
  8. La crudele, che non sente
  9. La vendetta
  10. L'amante bugiardo
  11. La travagliata
  12. Lilla crudele ad onta d'Amore
  13. Noiosa lontananza
  14. L'Eraclito amoroso
  15. Tra le speranze e'l timor
  16. L'amante secreto
  17. Sul Rodano severo
  18. La riamata di chi amava
  19. Morso e bacio dati in un tempo
  20. Gl'occhi superbi
  21. Gite, o giorni dolenti
  22. Amor dormiglione
  23. I baci
  24. Grand' allegrezza di cuore
  25. La, sol, fa, mi, re, do
  26. Giusta negativa

 

 

Donna di maestà

Donna di maestà, di valor tanto,
lascia al tuo regio merto i regni angusti
e l'Austria vieni a fecondar di Augusti.
Eroina bellissima di Manto,
se dal nume terren del gran Fernando
al trono eletta imperial tu sei,
ascolta, o dea benigna, i prieghi miei
ch'a un ciel di cortesia devoti io mando.
Dalle sfere più belle
scenda Imeneo, deh scenda !
Al foco delle stelle
allumi la sua face e i cori accenda.
Se mai lieto venisti,
vola Imeneo, deh vola,
e con sì grati acquisti
de' gravi affanni suoi l'Austria consola.
Su presti, su presti,
Amori celesti !
Fugate le noie,
portate le gioie !
Vezzosi, scherzosi,
di veri diletti
empiteci i petti.
Si eterni l'ardore,
lieto quaggiù s'imparadisi il core.
Di quattr'aquile gonzaghe
la primiera quella fu
che portar sull'ali vaghe
seppe in Vienna la virtù.
La seconda il caro nido
col suo Cesare farà
e di prole augusta il lido
del Danubio arrichirà.
Voi nasceste, o Leonore,
per due Cesari bear:
gran figliuol, gran genitore
voi veniste a ravvivar.
Questo è il grido comun del mondo in guerra,
sazio di fiere strepitose trombe;
son di estinti guerrier carche le tombe,
di viventi miglior vota è la terra.
A sì bella concordia
di due sposi beati
fuggite, voi mal nati
mostri dell'eresia della discordia.
Inesorabili,
inevitabili
e spaventevoli,
abbominevoli,
entro i vostri dirupi
intanatevi, o lupi !
Ogni discordia spengasi
ad union sì piena,
di amor in sulla scena
di tamburo infernal rumor non sentasi.
Inescusabili,
imperdonabili,
serpenti orribili,
d'urli e di sibili
entro i tartarei laghi
profondatevi, o draghi !
Su presti, su presti,
Amori celesti !
Fugate le noie,
portate le gioie !
Vezzosi, scherzosi,
di veri diletti
empiteci i petti.
Si eterni l'ardore,
lieto quaggiù s'imparadisi il core.
Gl'augusti sposi tra dolcezze tenere
d'un ' aurea pace ogni tranquillo godino,
mentre un santo Imeneo fa che s'annodino
l'austriaco Marte e la gonzaga Venere.

Dame de majesté, si précieuse,
Quitte les royaumes trop étroits pour ton mérite,
Et viens rendre l'Autriche féconde en héritiers impériaux.
Bellissime héroïne de Mantoue,
Puisque la divinité terrestre du grand Ferdinand
T'a élue au trône impérial,
Écoute, ô bienveillante déesse, les prières
Que j'adresse dévotement à un ciel courtois.
Que des plus belles sphères
Descende Hyménée, qu'il descende !
Qu'il allume au feu des étoiles,
Son flambeau pour enflammer les cœurs.
Si jamais tu es venu joyeusement,
Vole, Hyménée, de grâce, vole,
Et avec de si agréables conquêtes,
Console l'Autriche de ses pénibles épreuves.
Vite, vite,
Amours célestes !
Faites fuir l'ennui,
Apportez la joie !
Caressants, joueurs,
Emplissez nos poitrines
De véritables plaisirs.
Que l'ardeur soit éternelle,
Que le cœur joyeux trouve ici-bas son paradis !
Des quatre aigles des Gonzague,
La première fut celle
Qui sut sur ses belles ailes
Porter la vertu à Vienne.
La seconde fera
Son cher nid avec son César
Et enrichira d'une auguste lignée
Le rivage du Danube.
Vous êtes née, ô Léonore,
Pour faire le bonheur de deux Césars:
Vous êtes venue rendre la vie
À un grand fils, à un grand père.
C'est le cri commun du monde en guerre,
Saturé du fracas des sauvages trompettes;
Les tombes débordent de guerriers morts,
La terre est vide de meilleurs vivants.
Devant la si belle harmonie
Des deux heureux époux,
Fuyez, vous, maudits monstres
De l'hérésie, de la discorde.
Inexorables,
Inévitables,
Épouvantables,
Abominables,
Dans vos rochers,
Loups, cachez-vous dans vos tanières !
Que toute discorde s'éteigne
Devant une union si pleine;
Que sur la scène de l'amour,
On n'entende plus le bruit du tambour infernal.
Inexcusables,
Impardonnables,
Serpents horribles,
Hurlants et sifflants,
Dans les marais du Tartare,
Allez vous enfouir, dragons !
Vite, vite,
Amours célestes !
Faites fuir l'ennui,
Apportez la joie !
Caressants, joueurs,
Emplissez nos poitrines
De véritables plaisirs.
Que l'ardeur soit éternelle,
Que le cœur joyeux trouve ici-bas son paradis.
Que les augustes époux, au milieu de tendres douceurs,
Jouissent de la tranquillité d'une paix dorée
Pendant qu'un saint hyménée fait s'allier
Le Mars autrichien et la Vénus de Gonzague.

 

 

Begli occhi (Voi pur, begl'occhi, sete)

Voi pur, begl'occhi, sete
porte d'un paradiso,
voi tra lo scherzo e 'l riso
in ciel m'introducete
Ma tanto il cor m'ardete
che dal mio foco eterno
per le porte del ciel corro all'inferno.

Sì, bei seno, che tu sei
una neve animata,
sì che tua gioia grata
consola gl'ardor miei.
Ma tanto alfin godei
che grande a poco a poco
fra le falde di gel provo il mio foco.

Voi pur, bei crini, adoro,
cari dolci legami,
voi, preziosi stami
del mio ricco tesoro.
Ma della selva d'oro
se non mi fate un dono,
fra le miniere d'or povero io sono.

No, no, pomi e rubini,
che voi non pareggiate
di quelle labbra amate
i coralli divini.
Ma non mai ne' giardini
di quella bella bocca
coglier quanti vorrei baci mi tocca.

Beaux yeux, vous êtes
Les portes d'un paradis;
Entre le jeu et le rire,
Vous m'introduisez au ciel.
Mais vous m'enflammez tant le cœur
Qu'avec mon feu éternel,
Par les portes du ciel, je cours à l'enfer.

Oui, beau sein, tu es
Une neige animée;
Oui, ta plaisante joie
Console mes ardeurs.
Mais finalement, j'ai été si heureux
Qu'au milieu des couches de glace,
Je sens mon feu grandir peu à peu.

Beaux cheveux, je vous adore,
Chers liens, doux liens,
Vous, précieux fils
De mon riche trésor.
Mais si de votre forêt d'or,
Vous ne me faites pas cadeau,
Au milieu d'une mine d'or, je suis pauvre.

Non, non, pommes et rubis,
Vous n'égalez pas
Les coraux divins
De ces lèvres chéries.
Mais jamais il ne m'est donné,
Aux jardins de cette belle bouche,
De cueillir autant de baisers que je voudrais.

 

 

Il Romeo

Le pèlerin

 

Vagò mendico il core
tutto il regno d'amore,
dimandando pietà, chiedendo aita
nell'infelice sua povera vite,
né per ben salda fede
poté trovar mercede,
che di quante egli amò crudeli a torto,
chi'l fuggi, chi'l tradi, chi'l volle morte.
Tornò dal suo cammino
il mio cor pellegrino
né pietoso favor ha mai trovato
per il mendico suo misero stato.
Feminil cortesia
forz'e che spenta sia,
ch'ogni ricca beltà resa tenace
non l'udì, no'l mirò, lo mandò in pace.

Mon cœur a parcouru en mendiant
Tout le royaume d'amour,
Implorant la pitié, demandant de l'aide
Dans sa pauvre vie de malheur;
Et malgré une foi solide,
Il n'a pu trouver merci,
Car de toutes les cruelles qu'il a eu le tort d'aimer,
L'une l'a fui, l'autre l'a trahi, l'autre a voulu le voir mort.
Mon cœur pèlerin
Est revenu de son chemin
Et n'a jamais trouvé de faveur compatissante
Pour son misérable état de mendiant.
Il faut vraiment que la générosité féminine
Se soit éteinte,
Car toutes ces riches beautés, devenues avares,
Ne l'ont pas écouté, ne l'ont pas vu, l'ont éconduit.

 

 

Costume de grandi

Coutumes des grands

 

Giulio Strozzi

 

Godere e lasciare
costuman gl'amanti,
bugiardi, incostanti,
le cose più care.
Onde chi mente più spera più lode,
s'inganna e si gode.

Con ladri comandi
si ruba il piacere.
Sprezzare e godere
costume è de' grandi.
Onde chi ruba più spera più lode,
s'inganne e si gode.

Al grande e saputo
non mai si conviene
goder e dir bene
del ben ch'ha goduto.
Onde chi biasma più spera più lode,
s'inganna e si gode.

 

C'est l'usage des amants,
menteurs et inconstants,
de jouir puis quitter
les objets les plus chers.
Ainsi qui ment le plus attend le plus d'éloges,
s'il trompe et a son plaisir.

En donnant des ordres de brigand,
on vole le plaisir.
Mépriser et jouir,
c'est l'usage des grands.
Ainsi, qui vole le plus attend le plus d'éloges
s'il trompe et a son plaisir.

À qui est grand et avisé,
jamais il ne convient
de jouir et dire du bien
de la belle dont on a joui.
Ainsi, qui médit le plus attend le plus d'éloges
s'il trompe et a son plaisir.

 

 

La fanciulletta semplice

La fillette naïve

 

Cicognini

 

Spesso per entro al petto
mi passa un non so che,
e non so dir s'egli è
o martire o diletto.
Talor mi sento uccidere
da incognito rigor;
sarebbe pur da ridere
che fosse il mal d'amor.

Qualor mi s'apresenta
di Clori il bel seren,
mi nasce un foco in sen
che piace e in un tormenta.
Mi sento il cor dividere
tra il gelo e tra l'ardor,
sarebbe pur da ridere
che fosse il mal d'amor.

I più solinghi orrori
frequento volontier,
ma sento un mio pensier
che dice: "E dove è Clori ?"
Or chi mi sa decidere
che sia questo furor ?
Sarebbe pur da ridere
che fosse il mal d'amor.

 

Souvent dans la poitrine
Me passe un je ne sais quoi
Et je ne puis dire si c'est
Un tourment ou un plaisir.
Parfois je me sens tuer
Par une rigueur inconnue;
Il y aurait pourtant de quoi rire
Si c'était le mal d'amour.

Lorsqu'à moi se présente
Le bel éclat de Cloris,
Il me naît un feu dans le sein
Qui plaît et tourmente en même temps.
Je sens mon cœur se partager
Entre la glace et l'ardeur;
Il y aurait pourtant de quoi rire
Si c'était le mal d'amour.

Je fréquente volontiers
Les ténèbres les plus solitaires,
Mais je sens un mien penser
Qui me dit: "Où est Cloris ?"
Qui peut donc décider pour moi
Ce que c'est que cette fureur ?
Il y aurait pourtant de quoi rire
Si c'était le mal d'amour.

 

 

L'amante consolato

L'amoureux consolé

 

Son tanto ito cercando
che pur alfin trovai
colei che desiai
duramente penando,
Oh questa volta sì ch'io non m'inganno,
s'io non godo mio danno !

Son tali quei contenti
che pur alfin io provo
che tutto mi rinovo
doppo lunghi tormenti.
Ma tutti com'io fo far non sapranno;
chi non gode suo danno.

J'ai tant cherché
Qu'enfin j'ai trouvé
Celle que j'ai désirée
En souffrant durement.
Oh ! Cette fois, oui, je ne me trompe pas,
Si je ne suis pas heureux, tant pis pour moi !

Si grands sont les contentements
Qu'enfin je ressens
Que me voici un homme tout nouveau,
Après de longs tourments.
Mais tous ne sauront pas faire comme moi;
Celui qui n'est pas heureux, tant pis pour lui !

 

 

Chiamata a nuovi amori

Appelée à de nouvelles amours

 

Pietro Paolo Bissari

 

E che diavol sarà questo,
sempre amar dunque dovrò ?
Or che sciolta appena resto
nove laccio il pie' legò,
Non mi val dire:
"D'amor son libera,
vecchio desire
più non mi lacera."
Che se per Lidio non sento ardor,
altra bellezza ritogliemi il cor.
Che malanno ha meco Amore,
che si crede alfin di far ?
S'un mi strusse amando il core
a che serve un altro amar ?
Ma il cattivello
perch'io non fuggami
vuol ch'un più bello
il sen distruggami.
S'un viso amabile mi fe' languir,
per due begl'occhi mi sento morir.

 

Que diable est-ce encore,
Je devrai donc toujours aimer ?
Je suis à peine détachée
Qu'un nouveau lien retient mon pied.
Il ne me sert à rien de dire:
"Je suis libérée de l'amour,
Le vieux désir
Ne me déchire pas."
Si je ne sens plus d'ardeur pour Lidio,
Une autre beauté me ravit mon cœur.
Quelle malédiction m'impose Amour,
Que veut-il enfin me faire ?
Si l'un m'a détruit le cœur en m'aimant,
À quoi sert d'en aimer un autre ?
Mais la petite crapule,
Pour que je ne m'enfuie pas,
Veut qu'un plus beau
Vienne me ravager le sein.
Si un visage aimable me fait languir,
Pour deux beaux yeux, je me sens mourir.

 

 

La crudele, che non sente

La cruelle qui n'entend pas

 

Dagl'abissi del mio core
strepitosi escon gli accenti
a spiegarti il mio dolore,
a narrarti i miei tormenti.
Ma tu, bella crudel, sorda ti fai:
orecchia che non vuol non sente mai.

Nell'inferno più profondo
tormentato amor mi tiene,
d'ogni male a torto abbondo,
son immense le mie pene.
Ma tu, bella crudel, cieca ti fai:
un occhio che non vuol non vede mai.

Con un sì potresti solo,
eloquente parlatrice,
con un sì togliermi il duolo
con un sì farmi felice.
Ma tu, bella crudel, muta ti fai:
la bocca che non vuol non parla mai.

Des gouffres de mon cœur
Les mots sortent avec fracas
Pour t'exposer ma douleur,
Pour te raconter mes tourments.
Mais toi, belle cruelle, tu te fais sourde:
Oreille qui ne veut pas, jamais n'entend.

Dans l'enfer le plus profond,
Mon amour tourmenté me retient,
Je souffre tous les maux, injustement,
Immenses sont mes peines.
Mais toi, belle cruelle, tu te fais aveugle:
Un œil qui ne veut pas, jamais ne voit.

Avec un simple "oui", tu pourrais,
Toi qui parles avec tant d'éloquence,
Avec un "oui", m'ôter ma douleur,
Avec un "oui", me rendre heureux.
Mais toi, belle cruelle, tu te tais:
La bouche qui ne veut pas, jamais ne parle.

 

 

La vendetta

Giulio Strozzi

 

La vendetta è un dolce affetto,
il dispetto vuol dispetto,
il rifarsi è un gran diletto.
Vane son scuse e ragioni
per placar donna oltraggiata,
non pensar che ti perdoni !
Donna mai non vendicata
pace ha in bocca e guerra in petto.
Non perdona in vendicarsi
all'amante più gradito
che l'adora e vuol rifarsi
quand'il fiero insuperbito
verso lei perd'il rispetto.

 

La vengeance est une douce passion,
le mépris veut le mépris,
se dédommager est un grand plaisir.
Vaines sont excuses et raisons
pour apaiser une femme outragée,
n'espère pas qu'elle te pardonne !
Une femme qui ne s'est pas encore vengée
a la paix à la bouche et la guerre au cœur.
Dans sa vengeance, elle ne pardonne pas
à l'amant le plus chéri
qui l'adore et veut se rattraper
quand l'insolent, plein de superbe,
perd le respect envers elle.

 

 

L'amante bugiardo

L'amant menteur

 

I miei giorni sereni
infetti col tuo sguardo
e col sospir bugiardo
l'aria tu m'avveleni.
Ah, scherza e non schernire,
ah, mira e non mentire !
Ma falso e menzogner se parli o taci,
i vezzi hai finti e traditori i baci.

Provo dalle bugie
un'aria tormentat
da tue frodi abitata
e dalle furie mie.
Ah, giura e non mentire,
ah, taci e non tradire !
Ma falso e menzogner se parli o taci,
i vezzi hai finti e traditori i baci.

Mes jours tranquilles,
Tu les infectes avec ton regard,
Avec tes soupirs mensongers,
Tu empoisonnes mon air.
Ah, plaisante, mais ne bafoue pas !
Ah, regarde, mais ne mens pas !
Mais, faux et menteur, que tu parles ou que tu te taises,
Tes caresses sont feintes, tes baisers traîtres.

Je vis à cause de tes mensonges
Dans une atmosphère tourmentée
Habitée par tes tromperies,
Et par mes furies.
Ah, jure et ne mens pas,
Tais-toi et ne me trahis pas !
Mais, faux et menteur, que tu parles ou que tu te taises,
Tes caresses sont feintes, tes baisers traîtres.

 

 

La travagliata

L'affligée

 

Soccorrete, luci avare,
un che muore di dolore
con un vostro sguardo almeno !
Si può fare del guardare
carità che costi meno ?

Proferite, labra care,
sole sole due parole
a chi muor cortesi almeno !
Si può fare del parlare
cortesia che importi meno ?

Sodisfate, se vi pare,
un costante fido amante
con un vostro bacio almeno !
Si può dare del baciare
guiderdon che vaglia meno ?

Secourez, yeux avares,
Quelqu'un qui meurt de douleur,
Ne serait-ce que par un de vos regards !
Peut-on faire une aumône
Moins coûteuse qu'un regard ?

Prononcez, lèvres chéries,
Deux paroles seulement, rien que deux,
Paroles aimables pour quelqu'un qui meurt !
Peut-on faire une courtoisie
Qui pèse moins que de parler ?

Satisfaites, s'il vous plaît,
Un amant fidèle et constant
Ne serait-ce que par un baiser !
Peut-on donner une récompense
Qui vaille moins qu'un baiser ?

 

 

Lilla crudele ad onta d'Amore

Lilla, cruelle malgré Amour

 

Lascia sì la benda e l'ali,
cieco fanciul di Venere !
Dell'arco e degli strali
fa' pur, fanne pur cenere,
spegni, spegni la face
mentre accender, Amore,
non puoi di Lilla il core:
troppo l'esser crudel, troppo le piace !

Taci si, bamboccio dio !
Non trattar più d'uccidere,
che dei tuoi strali anch'io
vo' pur burlarmi e ridere,
frena, frena l'ardire.
Tu ti vanti, insolente,
di stral onnipotente
e una femmina vil, non puoi ferire.

Laisse ton bandeau et tes ailes,
Aveugle rejeton de Vénus !
Ton arc et tes flèches,
Réduis-les en cendres,
Éteins ton flambeau,
Amour, puisque tu ne peux
Enflammer le cœur de Lilla:
Elle aime trop être cruelle !

Tais-toi, dieu gamin,
Ne parle plus de tuer;
Tes traits, moi aussi,
Je veux m'en moquer et en rire,
Réfrène ton audace.
Tu te vantes, insolent,
D'avoir des traits tout puissants,
Et tu ne peux blesser une méprisable femme.

 

 

Noiosa lontananza

Pénible séparation

 

Dimmi, ah dimmi dove sei !
Che mi nieghi il dolce aspetto,
ricca gemma del mio petto,
vago sol degl'occhi miei ?
Dimmi, ah dimmi dove sei !
Ove prese, ohimè, la via
senza me il tuo pie'
e va senza il suo cor l'anima mia ?

Dura, ah dura dipartita !
Non ti vedo eppur io sento
che m'uccide il mio tormento,
se non torna la mia vita.
Dura, ah dura dipartita !
Riedi, riedi anima mia
al tuo cor, riedi Amor
a colei che ti desia.

Dis-moi, ah, dis-moi où tu es !
Pourquoi me refuses-tu ton doux aspect,
Riche pierrerie de ma poitrine,
Beau soleil de mes yeux ?
Dis-moi, ah, dis-moi où tu es !
Pour où ton pied, hélas,
S'est-il mis en chemin sans moi,
Où va mon âme sans son cœur ?

Ah, dure séparation !
Je ne te vois pas, et pourtant je sens
Que mon tourment me tue
Si ma vie ne revient pas.
Ah, dure séparation !
Reviens, reviens, mon âme,
Vers ton cœur; reviens, amour
À celle qui te désire.

 

 

L'Eraclito amoroso

L'Héraclite amoureux

 

Udite amanti la cagione, oh Dio,
ch'a lagrimar mi porta:
nell'adorato e bello idolo mio,
che sì fido credei, la fede è morta.
Vaghezza ho sol di piangere,
mi pasco sol di lagrime,
il duolo è mia delizia
e son miei gioie i gemiti.
Ogni martir aggradami,
ogni dolor dilettami,
i singulti mi sanano,
i sospir mi consolano.
Ma se la fede negami
quell'incostante e perfido,
almen fede serbatemi
sino alla morte, o lagrime !
Ogni tristezza assalgami,
ogni cordoglio eternisi,
tanto ogni male affliggami
che m'uccida e sotterrimi.

Amants, écoutez, ô Dieu ! la raison
Qui me conduit à pleurer:
En ma belle idole adorée,
Que je croyais si fidèle, la fidélité est morte.
Je n'ai envie que de pleurer,
Je ne me nourris que de larmes,
La douleur fait mes délices,
Mes seules joies sont les gémissements.
Tout supplice me fait plaisir,
Toute douleur me délecte,
Les sanglots me guérissent,
Les soupirs me consolent.
Mais s'il me refuse sa foi,
Ce perfide, cet inconstant,
Vous, au moins, restez-moi fidèles
Jusqu'à la mort, ô larmes !
Que toute tristesse m'assaille,
Que tout chagrin soit éternel,
Que tout mal m'afflige à tel point
Qu'il me tue et m'ensevelisse.

 

 

Tra le speranze e'l timor

Les Espérances et la Crainte

 

"Timore, e che sarà ?
Godremo sì o no ?"
"Datemi libertà,
Speranze, e vel dirò
non s'accordano mai
le Speranze e 'l Timor,
ché l'uno sogna guai
e l'altre acceca Amor."
"Timore, di', pur di' !"
"Speranze, io vel dirò,
ma se dirò di no,
voi direte di sì."

- Crainte, que va-t-il se passer ?
Jouirons-nous, oui ou non ?
- Avec votre permission,
Espérances, je vais vous le dire,
Jamais ne s'accordent
Les Espérances et la Crainte,
L'une imagine des calamités,
Les autres sont aveuglées par Amour.
- Parle, Crainte, parle quand même !
- Espérances, je vais vous le dire,
Mais si je vous réponds "Non",
Vous, vous allez dire "Oui."

 

 

L'amante secreto

L'amant secret

 

Voglio, voglio morire,
piuttosto ch'il mio mal venga a scoprire.
Oh, disgrazia fatale !
Quanto più miran gl'occhi il suo bel volto
più tien la bocca il mio desir sepolto;
chi rimedio non ha taccia il suo male.
Non resti di mirar chi non ha sorte,
né può da sì bel ciel venir la morte.
La bella donna mia sovente miro
ed ella a me volge pietoso il guardo,
quasi che voglia dire:
"Palesa il tuo martire"
ché ben s'accorge che mi struggo e ardo.
Ma io voglio morire
piuttosto ch'il mio mal venga a scoprire.
L'erbetta, ch'al cader di fredda brina
languida il capo inchina,
all'apparir del sole
lieta verdeggia più di quel che suole:
tal io, s'alcun timor mi gela il core,
all'apparir di lei prendo vigore.
Ma io voglio morire
piuttosto ch'il mio mal venga a scoprire.
Deh, getta l'arco poderoso e l'armi,
Amor, e lascia omai di saettarmi !
Se non per amor mio
fallo per onor tuo, superbo dio,
perché gloria non è d'un guerrier forte
uccider un che sta vicino a morte.

Je veux, je veux mourir
Plutôt qu'on vienne à découvrir mon mal.
Oh disgrâce fatale !
Plus mes yeux regardent son beau visage,
Plus ma bouche garde mon désir enseveli:
Qui n'a point de remède doit taire son mal.
Qui n'a pas de chance ne doit pas cesser de regarder,
La mort ne peut venir d'un si beau ciel.
Je regarde souvent ma belle,
Elle tourne vers moi un regard compatissant
Comme si elle voulait dire:
"Expose ton martyre."
Car elle s'aperçoit bien que je brûle et me détruis.
Mais je veux mourir
Plutôt qu'on vienne à découvrir mon mal.
L'herbe, lorsque le givre glacé tombe sur elle,
Baisse la tête, languissante;
Lorsque le soleil apparaît,
Elle verdoie, joyeuse, plus que de coutume;
Ainsi, moi, si quelque crainte me glace le cœur,
Lorsqu'elle apparaît, je reprends vigueur.
Mais je veux mourir
Plutôt qu'on vienne à découvrir mon mal.
De grâce, amour, jette ton puissant arc et tes flèches,
Et cesse de me transpercer
:Si ce n'est par amour pour moi,
Fais-le, fier dieu, pour défendre ton honneur
:Il n'est pas glorieux, pour un guerrier courageux
De tuer quelqu'un qui est déjà proche de la mort.

 

 

Sul Rodano severo

retour

 

Sul Rodano severo
giace, tronco infelice,
di Francia il gran Scudiero,
e s'al corpo non lice
tornar di ossequio pieno
all'amato Parigi,
con la fredd'ombra almeno
il dolente garzon segue Luigi.

Enrico il bel, quasi annebbiato sole,
delle guance vezzose
cangiò le rose in pallide viole
e di funeste brine
macchiò l'oro del crine.
Lividi gl'occhi son, la bocca langue,
e sul latte del sen diluvia il sangue.

"Oh Dio, per qual cagione",
par che l'ombra gli dica,
"sei frettoloso andato
a dichiarar un perfido, un fellone,
quel servo a te sì grato,
mentre, francese Augusto,
di meritar procuri
il titolo di giusto ?

Tu, se 'l mio fallo di castigo è degno,
ohimè, ch'insieme insieme
dell'invidia che freme
vittima mi sacrifichi allo sdegno.

Non mi chiamo innocente:
purtroppo errai, purtroppo
ho me stesso tradito
a creder all'invito
di fortuna ridente.

Non mi chiamo innocente:
grand'aura di favori
rea la memoria fece
di così stolti errori,
un nembo dell'obblio
fu la cagion del precipizio mio.

Ma che dic'io ?
Tu, Sire - ah, chi nol vede ?
tu sol, credendo troppo alla mia fede,
m'hai fatto in regia corte
bersaglio dell'invidia e reo di morte.

Mentre al devoto collo
tu mi stendevi quel cortese braccio,
allor mi davi il crollo,
allor tu m'apprestavi il ferro e 'l laccio.
Quando meco godevi
di trastullarti in sollazzevol gioco,
allor l'esca accendevi
di mine cortigiane al chiuso foco.
Quella palla volante
che percoteva il tuo col braccio mio
dovea pur dirmi, oh Dio,
mia fortuna incostante.
Quando meco gioivi
di seguir cervo fuggitivo, allora
l'animal innocente
dai cani lacerato
figurava il mio stato,
esposto ai morsi di accanita gente.
Non condanno il mio re, no, d'altro errore
che di soverchio amore.

Di cinque marche illustri
notato era il mio nome,
ma degli emoli miei l'insidie industri
hanno di traditrice alla mia testa
data la marca sesta.

Ha l'invidia voluto
che, se colpevol sono,
escluso dal perdono
estinto ancora immantinente io cada;
col mio sangue ha saputo
de' suoi trionfi imporporar la strada.

Nella grazia del mio Re
mentre in su troppo men vo,
di venir dietro al mio pie'
la fortuna si stancò,
Onde ho provato, ahi lasso,
come dal tutto al niente è un breve passo."

Luigi, a queste note
di voce che perdon supplice chiede,
timoroso si scuote
e del morto garzon la faccia vede.

Mentre il re col suo pianto
delle sue frette il pentimento accenna
tremò Parigi e torbidossi Senna.

 

Au bord du Rhône sévère
git, malheureux corps décapité,
le
Grand Écuyer de France,
et s'il n'est pas permis au corps
de retourner, entouré de respect,
vers son cher Paris,
du moins, avec sa froide ombre,
le dolent jouvenceau suit Louis.

Le bel Henri, comme un soleil voilé,
a changé les roses de ses belles joues
en pâles violettes
et a taché l'or de ses cheveux
d'un funeste givre.
Livides sont ses yeux, languissante sa bouche,
et le sang ruisselle sur sa poitrine laiteuse.

"Oh Dieu, pour quelle raison"
semble lui dire l'ombre,
"as-tu été si rapide
à déclarer félon, perfide,
ce serviteur qui te plut tant,
pendant que toi, l'Auguste des Français,
tu t'efforces de mériter
le titre de juste ?

Si ma faute a mérité un châtiment,
hélas, toi, en t'associant à elle,
tu me sacrifies en victime à la colère
de l'envie qui s'agite.

Je ne me prétends pas innocent;
j'ai trop commis de fautes,
je me suis trop trahi moi-même
en croyant aux invites
de la Fortune souriante.

Je ne me prétends pas innocent;
ma position privilégiée de "favori"
a rendu ma mémoire coupable
de si sottes erreurs;
un nuage d'oubli
fut la cause de mon effondrement.

Mais que dis-je ?
Toi, Sire - ah, qui ne le voit ?
toi seul, croyant trop à ma loyauté,
as fait de moi, à la cour royale,
la cible de l'envie, et méritant la mort.

Pendant que sur mon cou chéri,
tu allongeais ton noble bras,
c'est alors que tu causais ma ruine,
c'est alors que tu me préparais le fer et le lacet.
Quand tu prenais plaisir, avec moi,
à te récréer dans un jeu divertissant,
c'est alors que tu allumais la mèche
des mines des courtisans, au feu caché.
Cette balle volante
que frappaient ton bras et le mien
aurait dû me représenter, ô Dieu !
l'inconstance de ma fortune.
Quand avec moi tu prenais plaisir
à poursuivre le cerf aux abois, alors
l'animal innocent,
déchiré par les chiens,
figurait mon état,
exposé aux morsures de la meute déchaînée.
Je n'accuse pas mon Roi, non, d'autre faute
que d'un excès d'amour.

De cinq marques illustres
était noté mon nom,
mais les pièges industrieux de mes rivaux
ont donné la sixième marque à ma tête,
la marque de la trahison.

L'envie a voulu
que, si je suis coupable,
exclu du pardon,
je tombe mort sans aucun délai;
elle a su avec mon sang
teinter de pourpre la voie de ses triomphes.

Pendant que je montais trop haut
dans les grâces de mon Roi,
la Fortune s'est fatiguée
de venir ramper à mes pieds.
Ainsi j'ai éprouvé, hélas,
qu'entre tout et rien, bien court est le passage."

Louis, à ces accents
d'une voix qui suppliante, implore le pardon,
tremble, effrayé
et voit la face morte du jouvenceau.

Pendant que le roi, par ses larmes,
montrait qu'il se repentait de sa précipitation,
Paris trembla, et la Seine devint trouble.

 

 

Marie-Nicole Lemieux (contralto), et Philippe Jaroussky (contre-ténor) - Ensemble Battaglia

 

La riamata di chi amava

À nouveau aimée de celui qu'elle aimait

 

Dormi, o mio dolore,
addormentati, o mia pena,
i sospiri ei pianti affrena,
posa in stabil core.
Pace datevi, o speranze,
acquietatevi, o desiri,
dilungatevi, o martiri,
in eterne lontananze.
Ciego duol mi affliggi a torto,
ch'alle gioie Amor mi vuole
e mi rende il mio bel Sole,
la mia vita, il mio conforto.
Alma mia, riedi a godere
che desir con tanto affetto,
corri, o core, al cor diletto,
torna al ben, torna al piacere,
alma mia, torna al godere.

Dors, ma douleur,
Assoupis-toi, ma peine,
Calme tes soupirs et tes pleurs,
Repose dans un cœur apaisé.
Soyez en paix, espérances,
Tranquillisez-vous, désirs,
Allez-vous-en, tourments,
Dans un éternel éloignement.
Douleur aveugle, tu m'affliges à tort
Car Amour m'invite à la joie
Et me rend mon beau soleil,
Ma vie, mon réconfort.
Mon âme, jouis à nouveau
De ce que tu désires avec tant de passion
Cours, cœur, vers le cœur aimé,
Retourne au bonheur, retourne au plaisir,
Mon âme, jouis à nouveau.

 

 

Morso e bacio dati in un tempo

Morsure et baiser simultanés

 

Precipitosamente Amor, e sdegno
corono su'l mio labro.
sdegno è di morsi
Amor di baci è fabro
confitto insieme e consolato io vegno.
Mordami il dente quando
bella bocca mi baci
che mordendo e baciando
bella bocca mi piaci.
Mordimi sdegno, mordi
grida lieto il mio core
pur che teco si accordi
dolce bacio d'amore.
Pene care e soavi,
nò, nò, che non mai gravi
del tuo bel dente le punture sono
offendimi cosi che tel' perdono.

En se précipitant, l'amour et la colère
Accourent sur ma bouche.
La colère produit des morsures,
L'amour produit des baisers,
Me voici à la fois blessé et consolé.
Que les dents me mordent,
Quand, belle bouche, tu me baises,
Car en mordant et en baisant,
Belle bouche, tu me plais.
"Mords-moi, colère, mords,"
Crie joyeusement mon cœur ,
"Pourvu qu'avec toi s'accorde
Un doux baiser d'amour."
Douces et délicieuses peines,
Non, non, elles ne sont jamais pénibles,
Les marques de tes belles dents;
Agresse-moi ainsi, je te le pardonne.

 

 

Gl'occhi superbi

Occhi superbi, sì, ma però cari
un guardo sol da voi richiede
il mio amor, la mia fede.
Ma voi mi sete di pietade avari,
occhi superbi, sì, ma però cari.
Spietatissimi rai,
ai vostri altari
io spargo homai
con sospiri devoti,
oh quante spargo, lagrime, preghi e voti;
E non m'avedo, ahi lasso !
Ch'adoro un marmo e che scongiuro un sasso.
Oh di orgoglio e bellezza esempi rari !
Occhi superbi, sì, ma però cari.

Yeux orgueilleux, oui, mais pourtant chéris,
Un seul regard de vous exige
Mon amour, ma fidélité.
Mais vous êtes avares de pitié avec moi,
Yeux orgueilleux, oui, mais pourtant chéris.
Rayons impitoyables,
À vos autels,
Je répands
Avec de dévots soupirs,
Je répands, oh combien ! de larmes, de prières, de vœux;
Et je ne m'aperçois pas, hélas !
Que j'adore un marbre, que je conjure un rocher.
Oh, rares exemples de hauteur et de beauté !
Yeux orgueilleux, oui, mais pourtant chéris.

 

 

Gite, o giorni dolenti

Gite, o giorni dolenti,
che succedano al pianto
gioie, allegrezze e canto,
scherzi, vezzi e contenti.
Fra le trombe di Marte
e tra i rumor di strepitosa guerra
dal ciel festoso parte
e scende il nume delle nozze in terra.
Volano gl'imenei, corron gli amori
di voi Giovi terreni
a rallegrare i cori,
a congiunger i seni.
Vada con pie' fugace
a rinserrarsi entr'un orrore eterno
la discordia d'inferno
e rieda omai la sospirata pace.
Coronata di ulivo
Astrea ritorni,
che posi il mondo
e fiera porti
le rovine e le morti
Megera ove di fede il mondo è privo.
Felicissimi giorni
di secoli migliori
saran principi grati
questi nodi beati.
L'Austria all'Austria con questa
amorosa vicenda
saldamente s'innesta,
onde la virtù renda
colmi alfin di vittorie e di trofei
gli austriaci Semidei.
E quali aver mai lice
di bella età felice
argomenti più giusti
che le Muse a gradir tornin gli Augusti ?

Allez-vous-en, jours de douleur,
Laissez succéder aux larmes
La joie, l'allégresse, le chant,
Les jeux, les caresses, les plaisirs.
Au milieu des trompettes de Mars,
Du fracas de la guerre assourdissante,
Le dieu des noces quitte le ciel en fête
Pour descendre sur la terre.
Les hyménées volent, les amours courent
Pour réjouir vos cœurs,
Ô Jupiters terrestres,
Pour unir vos poitrines.
Que, d'un pied fuyant,
La discorde infernale
Aille se renfermer dans d'éternelles ténèbres
Et que la paix si désirée revienne.
Qu'Astrée fasse son retour
Couronnée d'olivier,
Pour que le monde se repose,
Et que, farouche, Mégère emporte
Les ruines et les morts
Là où le monde est privé de foi.
Ces nœuds bienheureux
Seront les agréables prémices
De jours prospères,
De siècles meilleurs.
Avec cette amoureuse péripétie,
L'Autriche vient se greffer
Fermement sur l'Autriche,
Afin que la vertu rende enfin
Comblés de victoire et de trophées
Les demi-dieux autrichiens.
Et quelle preuve plus juste
Peut-on avoir du retour de l'âge d'or,
Si ce n'est qu'on voit les Augustes
À nouveau favoriser les Muses ?

 

 

Amor dormiglione

Amour dormeur

 

Amor, non dormir più !
Su, su, svegliati omai,
che mentre dormi tu
dormon le gioie mie, vegliano i guai.
Non esser, non esser, Amor, dappoco !
Strali, strali, foco,
strali, strali, su, su,
foco, foco, su, su !
O pigro o tardo
tu non hai senso,
Amor melenso
Amor codardo !
Ahi quale io resto
che nel mio ardore
tu dorma Amore:
mancava questo !

Amour, finis de dormir !
Allez, allez, réveille-toi !
Pendant que tu dors,
Mes joies dorment aussi, mes malheurs sont réveillés.
Allez, Amour, ne sois pas paresseux !
Les flèches, les flèches, le feu,
Les flèches, les flèches, hop, hop !
Le feu, le feu, hop, hop !
Paresseux ou lent,
Tu es insensible,
Lourdaud d'Amour,
Poltron d'Amour !
Ah ! c'est bien ma chance,
Pendant que je brûle,
Amour, il faut que tu dormes !
Il ne me manquait que ça !

 

 

I baci

Les baisers

 

Oh dolci, oh cari, oh desiati baci !
Unite l'alme vanno
sul labro ad incontrarsi.
Col bacio l'alme fanno
nel cor gran colpi darsi.
Vezzosette si accordano;
viperette si mordano.
Ma sono i lor dolcissimi furori
grand union dei cori.
Oh dolci, oh cari, oh desiati baci !
Bacia, mia bocca, e taci !

Ô chers, ô doux baisers, baisers désirés !
Réunies, les âmes vont
Se rencontrer sur les lèvres.
Avec le baiser, les âmes font
Que de grands coups frappent les cœurs.
Caressantes, elles s'accordent;
Vipères, elles se mordent.
Mais leurs douces fureurs
Sont une grande union des cœurs.
Ô chers, ô doux baisers, baisers désirés !
Baise, ma bouche, et tais-toi !

 

 

Grand' allegrezza di cuore

Grande allégresse du cœur

 

Gorgogliando in sù vien fuor
e da gl'occhi e dalla bocca
l'allegrezza del mio cor,
Mentre amato esser mi tocca
dà colei che più desia
di goder l'anima mia.
Tenerezza il pianto,
gentilezza il canto,
tutta è gioia e tutto affetto,
ogni lagrima, ogni detto;
il pallor da me partì,
il dolor si dileguò
l'occhio mio si serenò
la mia fronte si schiari
e la voce mi tornò:
quando Amor due cori allaccia
contentezza di cuor fà bella faccia.

Par les yeux et par la bouche,
L'allégresse de mon cœur
Monte et sort en bouillonnant,
Puisque j'ai obtenu d'être aimé
De celle dont mon âme
Désire le plus jouir.
Les pleurs deviennent tendresse,
Le chant n'est plus que gentillesse,
Tout est joie et tout affection,
Toute larme, toute parole;
La pâleur m'a quitté,
La douleur s'est éloignée,
Mon œil s'est rasséréné,
Ma face s'est éclairée
Et la voix m'est revenue:
Quand Amour attache deux cœurs,
La joie du cœur embellit le visage.

 

 

La, sol, fa, mi, re, do

Gio. Battista Maiorani

 

La mia donna perché canta
non vuol dir né sì, né no,
ma parlar sempre si vanta
con la sol fa mi re do.
S'io le chieggo ch'al mio cor
voglia dar mercede un dì
pria che spiri nel dolor,
mi risponde don fa mi.
Mai non canta s'io non conto
né la voce trova il tuon,
né a sonar lo stile ha pronto
se non sente d'oro il suon.
Insegnando ognor mi va
che s'a due cantar vorrò
acciò ch'ella venga al fa
intonar conviemmi il do.
Di strascini ognora ornato
vuol mirarsi il vago pie'
ed in canto figurato
sempre intona il mi fa re.
Per mostrar quant'ella sa
passegiando fa così,
suol tenersi con do la
ed andare in do re mi.
Io credeva ch'il suo canto
fosse fatto per mi sol,
ma suol vendersi all'incanto
a colui che spender vuol,
tanto che tra noi dirò
ch'ognun canta quel che sa:
io de' gonzi il mi sol do
lei de' cucchi il re mi fa.

 

Ma belle, parce qu'elle chante,
Refuse de dire oui ou non,
Mais se flatte de toujours s'exprimer
Avec la sol fa mi re do.
Si je la prie de bien vouloir
Récompenser mon cœur un jour
Avant que j'expire de douleur,
Elle me répond "Fais-moi un cadeau."
Jamais elle ne chante si je ne paie pas,
Et sa voix ne trouve pas le ton,
Le manche de son luth n'est pas prêt à jouer,
Si elle n'entend pas le son de l'or.
Elle me fait sans cesse la leçon:
Si je veux chanter à deux,
Pour qu'elle passe à l'acte (litt.: qu'elle vienne au "fa": [elle] fait)
Il faut que je passe aux cadeaux. (que je fasse le "do": je donne)
Elle veut voir son beau pied
Toujours orné de traînes
Et en chant ornementé,
Elle entonne toujours "me faire" (il mi fa re)
Pour montrer tout ce qu'elle sait,
En faisant des passages comme ceci,
Elle a coutume de faire des tenues sur "aboule" (do la):
Et d'aller à "couvrez-moi d'or" (in do re mi).
Je croyais que son chant
N'était fait que pour moi seul (per mi sol)
Mais elle a l'usage de se vendre aux enchères
À qui veut faire la dépense,
Si bien qu'entre nous, je dirai
Que chacun chante ce qu'il peut:
Moi, je me paie sur les dupes, (il mi sol do)
Elle, elle me fait le roi des cocus. (il re mi fa)

 

 

Giusta negativa

Juste refus

 

Non mi dite ch'io canti
poter d'amor, perché dirò che sete
de' musici il flagello e degli amanti.
No no no signor no,
bocca non aprirò.
A chi cantar dev'io
s'il bell'idolo mio
lungi è da me ?
Venga l'idolo mio
ch'io canto affé.

Non mi dite ch'io suoni
forza del ciel, vi manderò là dove
non mancano altri a voi musici buoni.
No no no signor no,
tasto non toccherò.
A chi sonar dev'io
s'il bell'idolo mio
lungi è da me ?
Venga l'idolo mio
ch'io suono affé.

Ne me demandez pas de chanter
Puissance de l'amour, parce que je dirai que vous êtes
Le fléau des musiciens et des amoureux.
Non, non, non, monsieur,
Je n'ouvrirai pas la bouche.
Pour qui devrais-je chanter
Si ma belle idole
Est loin de moi ?
Que mon idole vienne,
Là, je chante, ma foi.

Ne me dites pas de jouer
Force du ciel, je vous enverrai là où
Vous ne manquerez pas d'autres bons musiciens.
Non, non, non, monsieur,
Je ne toucherai pas mon manche.
Pour qui devrais-je jouer
Si ma belle idole
Est loin de moi ?
Que mon idole vienne,
Là, je joue, ma foi.

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC