Barbara Strozzi
[1619 - 1677]
cantates, airs & duos
dédiés à Ferdinand III d'Autriche et Léonore II de Mantoue
Opus 2, Venise 1651
Sacrée
Majesté Impériale, Un
si faible tribut de ma très révérente
obéissance n'est pas digne d'être placé
dans les coffres-forts d'un César. La
méprisable mine du pauvre esprit d'une femme ne peut
produire du métal pour fabriquer de riches couronnes
d'or pour le mérite des Augustes Majestés;
aussi me rendrais-je plus digne de moquerie que
d'applaudissements si je me montrais dans le palais de Vos
Majestés pour déposer à leurs pieds ces
inepties musicales, où se fait sentir à tout
moment l'écho des maîtres les plus
choisis. Mais
en période de noces, il est licite même aux
gens les plus communs et les plus plébéiens de
se travestir en grands, et de se mêler aux plus
remarquables cavaliers et dames, pour rendre, avec leur
nombre, la fête plus variée et plus
agréable. Encouragée
par nombre de professeurs de ce bel art, et
spécialement par monsieur Francesco Cavalli, un des
plus célèbres de ce siècle, et mon
aimable précepteur depuis que je suis tout enfant, je
publie donc le deuxième fruit de mes efforts, lequel,
portant sur son front l'allégresse
déployée pour les troisièmes heureuses
noces de Votre Majesté, n'a pas à s'adresser
à une autre divinité tutélaire que
votre impériale protection. Mes
fastidieuses cantilènes que voici, une fois qu'elles
seront noblement portées par la divine voix de
monsieur Adamo Franchi aux oreilles bienveillantes de Vos
Majestés, sembleront bien différentes de ce
qu'elles sont; et quand elles auront reçu votre
accueil bienveillant, je me proclamerai heureuse, et
j'estimerai être parvenue à la fin que je me
proposais, à savoir m'affirmer, de votre très
clémente Majesté, la
très humble et très dévouée
servante,
Mon très clément seigneur,
Barbara
Strozzi
Donna di maestà
Donna di
maestà, di valor tanto, Dame de
majesté, si précieuse,
lascia al tuo regio merto i regni angusti
e l'Austria vieni a fecondar di Augusti.
Eroina bellissima di Manto,
se dal nume terren del gran Fernando
al trono eletta imperial tu sei,
ascolta, o dea benigna, i prieghi miei
ch'a un ciel di cortesia devoti io mando.
Dalle sfere più belle
scenda Imeneo, deh scenda !
Al foco delle stelle
allumi la sua face e i cori accenda.
Se mai lieto venisti,
vola Imeneo, deh vola,
e con sì grati acquisti
de' gravi affanni suoi l'Austria consola.
Su presti, su presti,
Amori celesti !
Fugate le noie,
portate le gioie !
Vezzosi, scherzosi,
di veri diletti
empiteci i petti.
Si eterni l'ardore,
lieto quaggiù s'imparadisi il core.
Di quattr'aquile gonzaghe
la primiera quella fu
che portar sull'ali vaghe
seppe in Vienna la virtù.
La seconda il caro nido
col suo Cesare farà
e di prole augusta il lido
del Danubio arrichirà.
Voi nasceste, o Leonore,
per due Cesari bear:
gran figliuol, gran genitore
voi veniste a ravvivar.
Questo è il grido comun del mondo in guerra,
sazio di fiere strepitose trombe;
son di estinti guerrier carche le tombe,
di viventi miglior vota è la terra.
A sì bella concordia
di due sposi beati
fuggite, voi mal nati
mostri dell'eresia della discordia.
Inesorabili,
inevitabili
e spaventevoli,
abbominevoli,
entro i vostri dirupi
intanatevi, o lupi !
Ogni discordia spengasi
ad union sì piena,
di amor in sulla scena
di tamburo infernal rumor non sentasi.
Inescusabili,
imperdonabili,
serpenti orribili,
d'urli e di sibili
entro i tartarei laghi
profondatevi, o draghi !
Su presti, su presti,
Amori celesti !
Fugate le noie,
portate le gioie !
Vezzosi, scherzosi,
di veri diletti
empiteci i petti.
Si eterni l'ardore,
lieto quaggiù s'imparadisi il core.
Gl'augusti sposi tra dolcezze tenere
d'un ' aurea pace ogni tranquillo godino,
mentre un santo Imeneo fa che s'annodino
l'austriaco Marte e la gonzaga Venere.
Quitte les royaumes trop étroits pour ton
mérite,
Et viens rendre l'Autriche féconde en
héritiers impériaux.
Bellissime héroïne de Mantoue,
Puisque la divinité terrestre du grand Ferdinand
T'a élue au trône impérial,
Écoute, ô bienveillante déesse, les
prières
Que j'adresse dévotement à un ciel
courtois.
Que des plus belles sphères
Descende Hyménée, qu'il descende !
Qu'il allume au feu des étoiles,
Son flambeau pour enflammer les curs.
Si jamais tu es venu joyeusement,
Vole, Hyménée, de grâce, vole,
Et avec de si agréables conquêtes,
Console l'Autriche de ses pénibles
épreuves.
Vite, vite,
Amours célestes !
Faites fuir l'ennui,
Apportez la joie !
Caressants, joueurs,
Emplissez nos poitrines
De véritables plaisirs.
Que l'ardeur soit éternelle,
Que le cur joyeux trouve ici-bas son paradis !
Des quatre aigles des Gonzague,
La première fut celle
Qui sut sur ses belles ailes
Porter la vertu à Vienne.
La seconde fera
Son cher nid avec son César
Et enrichira d'une auguste lignée
Le rivage du Danube.
Vous êtes née, ô Léonore,
Pour faire le bonheur de deux Césars:
Vous êtes venue rendre la vie
À un grand fils, à un grand père.
C'est le cri commun du monde en guerre,
Saturé du fracas des sauvages trompettes;
Les tombes débordent de guerriers morts,
La terre est vide de meilleurs vivants.
Devant la si belle harmonie
Des deux heureux époux,
Fuyez, vous, maudits monstres
De l'hérésie, de la discorde.
Inexorables,
Inévitables,
Épouvantables,
Abominables,
Dans vos rochers,
Loups, cachez-vous dans vos tanières !
Que toute discorde s'éteigne
Devant une union si pleine;
Que sur la scène de l'amour,
On n'entende plus le bruit du tambour infernal.
Inexcusables,
Impardonnables,
Serpents horribles,
Hurlants et sifflants,
Dans les marais du Tartare,
Allez vous enfouir, dragons !
Vite, vite,
Amours célestes !
Faites fuir l'ennui,
Apportez la joie !
Caressants, joueurs,
Emplissez nos poitrines
De véritables plaisirs.
Que l'ardeur soit éternelle,
Que le cur joyeux trouve ici-bas son paradis.
Que les augustes époux, au milieu de tendres
douceurs,
Jouissent de la tranquillité d'une paix
dorée
Pendant qu'un saint hyménée fait s'allier
Le Mars autrichien et la Vénus de
Gonzague.
Begli occhi (Voi pur, begl'occhi, sete)
Voi pur,
begl'occhi, sete Sì,
bei seno, che tu sei Voi pur, bei
crini, adoro, No, no, pomi
e rubini, Beaux yeux,
vous êtes Oui, beau
sein, tu es Beaux
cheveux, je vous adore, Non, non,
pommes et rubis,
porte d'un paradiso,
voi tra lo scherzo e 'l riso
in ciel m'introducete
Ma tanto il cor m'ardete
che dal mio foco eterno
per le porte del ciel corro all'inferno.
una neve animata,
sì che tua gioia grata
consola gl'ardor miei.
Ma tanto alfin godei
che grande a poco a poco
fra le falde di gel provo il mio foco.
cari dolci legami,
voi, preziosi stami
del mio ricco tesoro.
Ma della selva d'oro
se non mi fate un dono,
fra le miniere d'or povero io sono.
che voi non pareggiate
di quelle labbra amate
i coralli divini.
Ma non mai ne' giardini
di quella bella bocca
coglier quanti vorrei baci mi tocca.
Les portes d'un paradis;
Entre le jeu et le rire,
Vous m'introduisez au ciel.
Mais vous m'enflammez tant le cur
Qu'avec mon feu éternel,
Par les portes du ciel, je cours à
l'enfer.
Une neige animée;
Oui, ta plaisante joie
Console mes ardeurs.
Mais finalement, j'ai été si heureux
Qu'au milieu des couches de glace,
Je sens mon feu grandir peu à peu.
Chers liens, doux liens,
Vous, précieux fils
De mon riche trésor.
Mais si de votre forêt d'or,
Vous ne me faites pas cadeau,
Au milieu d'une mine d'or, je suis pauvre.
Vous n'égalez pas
Les coraux divins
De ces lèvres chéries.
Mais jamais il ne m'est donné,
Aux jardins de cette belle bouche,
De cueillir autant de baisers que je voudrais.
Il Romeo
Le
pèlerin Vagò
mendico il core Mon cur
a parcouru en mendiant
tutto il regno d'amore,
dimandando pietà, chiedendo aita
nell'infelice sua povera vite,
né per ben salda fede
poté trovar mercede,
che di quante egli amò crudeli a torto,
chi'l fuggi, chi'l tradi, chi'l volle morte.
Tornò dal suo cammino
il mio cor pellegrino
né pietoso favor ha mai trovato
per il mendico suo misero stato.
Feminil cortesia
forz'e che spenta sia,
ch'ogni ricca beltà resa tenace
non l'udì, no'l mirò, lo mandò in
pace.
Tout le royaume d'amour,
Implorant la pitié, demandant de l'aide
Dans sa pauvre vie de malheur;
Et malgré une foi solide,
Il n'a pu trouver merci,
Car de toutes les cruelles qu'il a eu le tort d'aimer,
L'une l'a fui, l'autre l'a trahi, l'autre a voulu le voir
mort.
Mon cur pèlerin
Est revenu de son chemin
Et n'a jamais trouvé de faveur compatissante
Pour son misérable état de mendiant.
Il faut vraiment que la générosité
féminine
Se soit éteinte,
Car toutes ces riches beautés, devenues avares,
Ne l'ont pas écouté, ne l'ont pas vu, l'ont
éconduit.
Costume de grandi
Coutumes des
grands Giulio
Strozzi Godere e
lasciare Con ladri
comandi Al grande e
saputo C'est l'usage
des amants, En donnant
des ordres de brigand, À qui
est grand et avisé,
costuman gl'amanti,
bugiardi, incostanti,
le cose più care.
Onde chi mente più spera più lode,
s'inganna e si gode.
si ruba il piacere.
Sprezzare e godere
costume è de' grandi.
Onde chi ruba più spera più lode,
s'inganne e si gode.
non mai si conviene
goder e dir bene
del ben ch'ha goduto.
Onde chi biasma più spera più lode,
s'inganna e si gode.
menteurs et inconstants,
de jouir puis quitter
les objets les plus chers.
Ainsi qui ment le plus attend le plus d'éloges,
s'il trompe et a son plaisir.
on vole le plaisir.
Mépriser et jouir,
c'est l'usage des grands.
Ainsi, qui vole le plus attend le plus d'éloges
s'il trompe et a son plaisir.
jamais il ne convient
de jouir et dire du bien
de la belle dont on a joui.
Ainsi, qui médit le plus attend le plus
d'éloges
s'il trompe et a son plaisir.
La fanciulletta semplice
La fillette
naïve Cicognini Spesso per
entro al petto Qualor mi
s'apresenta I più
solinghi orrori Souvent dans
la poitrine Lorsqu'à
moi se présente Je
fréquente volontiers
mi passa un non so che,
e non so dir s'egli è
o martire o diletto.
Talor mi sento uccidere
da incognito rigor;
sarebbe pur da ridere
che fosse il mal d'amor.
di Clori il bel seren,
mi nasce un foco in sen
che piace e in un tormenta.
Mi sento il cor dividere
tra il gelo e tra l'ardor,
sarebbe pur da ridere
che fosse il mal d'amor.
frequento volontier,
ma sento un mio pensier
che dice: "E dove è Clori ?"
Or chi mi sa decidere
che sia questo furor ?
Sarebbe pur da ridere
che fosse il mal d'amor.
Me passe un je ne sais quoi
Et je ne puis dire si c'est
Un tourment ou un plaisir.
Parfois je me sens tuer
Par une rigueur inconnue;
Il y aurait pourtant de quoi rire
Si c'était le mal d'amour.
Le bel éclat de Cloris,
Il me naît un feu dans le sein
Qui plaît et tourmente en même temps.
Je sens mon cur se partager
Entre la glace et l'ardeur;
Il y aurait pourtant de quoi rire
Si c'était le mal d'amour.
Les ténèbres les plus solitaires,
Mais je sens un mien penser
Qui me dit: "Où est Cloris ?"
Qui peut donc décider pour moi
Ce que c'est que cette fureur ?
Il y aurait pourtant de quoi rire
Si c'était le mal d'amour.
L'amante consolato
L'amoureux
consolé Son tanto ito
cercando Son tali quei
contenti J'ai tant
cherché Si grands
sont les contentements
che pur alfin trovai
colei che desiai
duramente penando,
Oh questa volta sì ch'io non m'inganno,
s'io non godo mio danno !
che pur alfin io provo
che tutto mi rinovo
doppo lunghi tormenti.
Ma tutti com'io fo far non sapranno;
chi non gode suo danno.
Qu'enfin j'ai trouvé
Celle que j'ai désirée
En souffrant durement.
Oh ! Cette fois, oui, je ne me trompe pas,
Si je ne suis pas heureux, tant pis pour moi !
Qu'enfin je ressens
Que me voici un homme tout nouveau,
Après de longs tourments.
Mais tous ne sauront pas faire comme moi;
Celui qui n'est pas heureux, tant pis pour lui !
Chiamata a nuovi amori
Appelée
à de nouvelles amours Pietro Paolo
Bissari E che diavol
sarà questo, Que diable
est-ce encore,
sempre amar dunque dovrò ?
Or che sciolta appena resto
nove laccio il pie' legò,
Non mi val dire:
"D'amor son libera,
vecchio desire
più non mi lacera."
Che se per Lidio non sento ardor,
altra bellezza ritogliemi il cor.
Che malanno ha meco Amore,
che si crede alfin di far ?
S'un mi strusse amando il core
a che serve un altro amar ?
Ma il cattivello
perch'io non fuggami
vuol ch'un più bello
il sen distruggami.
S'un viso amabile mi fe' languir,
per due begl'occhi mi sento morir.
Je devrai donc toujours aimer ?
Je suis à peine détachée
Qu'un nouveau lien retient mon pied.
Il ne me sert à rien de dire:
"Je suis libérée de l'amour,
Le vieux désir
Ne me déchire pas."
Si je ne sens plus d'ardeur pour Lidio,
Une autre beauté me ravit mon cur.
Quelle malédiction m'impose Amour,
Que veut-il enfin me faire ?
Si l'un m'a détruit le cur en m'aimant,
À quoi sert d'en aimer un autre ?
Mais la petite crapule,
Pour que je ne m'enfuie pas,
Veut qu'un plus beau
Vienne me ravager le sein.
Si un visage aimable me fait languir,
Pour deux beaux yeux, je me sens mourir.
La crudele, che non sente
La cruelle
qui n'entend pas Dagl'abissi
del mio core Nell'inferno
più profondo Con un
sì potresti solo, Des gouffres
de mon cur Dans l'enfer
le plus profond, Avec un
simple "oui", tu pourrais,
strepitosi escon gli accenti
a spiegarti il mio dolore,
a narrarti i miei tormenti.
Ma tu, bella crudel, sorda ti fai:
orecchia che non vuol non sente mai.
tormentato amor mi tiene,
d'ogni male a torto abbondo,
son immense le mie pene.
Ma tu, bella crudel, cieca ti fai:
un occhio che non vuol non vede mai.
eloquente parlatrice,
con un sì togliermi il duolo
con un sì farmi felice.
Ma tu, bella crudel, muta ti fai:
la bocca che non vuol non parla mai.
Les mots sortent avec fracas
Pour t'exposer ma douleur,
Pour te raconter mes tourments.
Mais toi, belle cruelle, tu te fais sourde:
Oreille qui ne veut pas, jamais n'entend.
Mon amour tourmenté me retient,
Je souffre tous les maux, injustement,
Immenses sont mes peines.
Mais toi, belle cruelle, tu te fais aveugle:
Un il qui ne veut pas, jamais ne voit.
Toi qui parles avec tant d'éloquence,
Avec un "oui", m'ôter ma douleur,
Avec un "oui", me rendre heureux.
Mais toi, belle cruelle, tu te tais:
La bouche qui ne veut pas, jamais ne parle.
La vendetta
Giulio
Strozzi La vendetta
è un dolce affetto, La vengeance
est une douce passion,
il dispetto vuol dispetto,
il rifarsi è un gran diletto.
Vane son scuse e ragioni
per placar donna oltraggiata,
non pensar che ti perdoni !
Donna mai non vendicata
pace ha in bocca e guerra in petto.
Non perdona in vendicarsi
all'amante più gradito
che l'adora e vuol rifarsi
quand'il fiero insuperbito
verso lei perd'il rispetto.
le mépris veut le mépris,
se dédommager est un grand plaisir.
Vaines sont excuses et raisons
pour apaiser une femme outragée,
n'espère pas qu'elle te pardonne !
Une femme qui ne s'est pas encore vengée
a la paix à la bouche et la guerre au cur.
Dans sa vengeance, elle ne pardonne pas
à l'amant le plus chéri
qui l'adore et veut se rattraper
quand l'insolent, plein de superbe,
perd le respect envers elle.
L'amante bugiardo
L'amant
menteur I miei giorni
sereni Provo dalle
bugie Mes jours
tranquilles, Je vis
à cause de tes mensonges
infetti col tuo sguardo
e col sospir bugiardo
l'aria tu m'avveleni.
Ah, scherza e non schernire,
ah, mira e non mentire !
Ma falso e menzogner se parli o taci,
i vezzi hai finti e traditori i baci.
un'aria tormentat
da tue frodi abitata
e dalle furie mie.
Ah, giura e non mentire,
ah, taci e non tradire !
Ma falso e menzogner se parli o taci,
i vezzi hai finti e traditori i baci.
Tu les infectes avec ton regard,
Avec tes soupirs mensongers,
Tu empoisonnes mon air.
Ah, plaisante, mais ne bafoue pas !
Ah, regarde, mais ne mens pas !
Mais, faux et menteur, que tu parles ou que tu te
taises,
Tes caresses sont feintes, tes baisers
traîtres.
Dans une atmosphère tourmentée
Habitée par tes tromperies,
Et par mes furies.
Ah, jure et ne mens pas,
Tais-toi et ne me trahis pas !
Mais, faux et menteur, que tu parles ou que tu te
taises,
Tes caresses sont feintes, tes baisers
traîtres.
La travagliata
L'affligée Soccorrete,
luci avare, Proferite,
labra care, Sodisfate, se
vi pare, Secourez,
yeux avares, Prononcez,
lèvres chéries, Satisfaites,
s'il vous plaît,
un che muore di dolore
con un vostro sguardo almeno !
Si può fare del guardare
carità che costi meno ?
sole sole due parole
a chi muor cortesi almeno !
Si può fare del parlare
cortesia che importi meno ?
un costante fido amante
con un vostro bacio almeno !
Si può dare del baciare
guiderdon che vaglia meno ?
Quelqu'un qui meurt de douleur,
Ne serait-ce que par un de vos regards !
Peut-on faire une aumône
Moins coûteuse qu'un regard ?
Deux paroles seulement, rien que deux,
Paroles aimables pour quelqu'un qui meurt !
Peut-on faire une courtoisie
Qui pèse moins que de parler ?
Un amant fidèle et constant
Ne serait-ce que par un baiser !
Peut-on donner une récompense
Qui vaille moins qu'un baiser ?
Lilla crudele ad onta d'Amore
Lilla,
cruelle malgré Amour Lascia
sì la benda e l'ali, Taci si,
bamboccio dio ! Laisse ton
bandeau et tes ailes, Tais-toi,
dieu gamin,
cieco fanciul di Venere !
Dell'arco e degli strali
fa' pur, fanne pur cenere,
spegni, spegni la face
mentre accender, Amore,
non puoi di Lilla il core:
troppo l'esser crudel, troppo le piace !
Non trattar più d'uccidere,
che dei tuoi strali anch'io
vo' pur burlarmi e ridere,
frena, frena l'ardire.
Tu ti vanti, insolente,
di stral onnipotente
e una femmina vil, non puoi ferire.
Aveugle rejeton de Vénus !
Ton arc et tes flèches,
Réduis-les en cendres,
Éteins ton flambeau,
Amour, puisque tu ne peux
Enflammer le cur de Lilla:
Elle aime trop être cruelle !
Ne parle plus de tuer;
Tes traits, moi aussi,
Je veux m'en moquer et en rire,
Réfrène ton audace.
Tu te vantes, insolent,
D'avoir des traits tout puissants,
Et tu ne peux blesser une méprisable
femme.
Noiosa lontananza
Pénible
séparation Dimmi, ah
dimmi dove sei ! Dura, ah dura
dipartita ! Dis-moi, ah,
dis-moi où tu es ! Ah, dure
séparation !
Che mi nieghi il dolce aspetto,
ricca gemma del mio petto,
vago sol degl'occhi miei ?
Dimmi, ah dimmi dove sei !
Ove prese, ohimè, la via
senza me il tuo pie'
e va senza il suo cor l'anima mia ?
Non ti vedo eppur io sento
che m'uccide il mio tormento,
se non torna la mia vita.
Dura, ah dura dipartita !
Riedi, riedi anima mia
al tuo cor, riedi Amor
a colei che ti desia.
Pourquoi me refuses-tu ton doux aspect,
Riche pierrerie de ma poitrine,
Beau soleil de mes yeux ?
Dis-moi, ah, dis-moi où tu es !
Pour où ton pied, hélas,
S'est-il mis en chemin sans moi,
Où va mon âme sans son cur ?
Je ne te vois pas, et pourtant je sens
Que mon tourment me tue
Si ma vie ne revient pas.
Ah, dure séparation !
Reviens, reviens, mon âme,
Vers ton cur; reviens, amour
À celle qui te désire.
L'Eraclito amoroso
L'Héraclite
amoureux Udite amanti
la cagione, oh Dio, Amants,
écoutez, ô Dieu ! la raison
ch'a lagrimar mi porta:
nell'adorato e bello idolo mio,
che sì fido credei, la fede è morta.
Vaghezza ho sol di piangere,
mi pasco sol di lagrime,
il duolo è mia delizia
e son miei gioie i gemiti.
Ogni martir aggradami,
ogni dolor dilettami,
i singulti mi sanano,
i sospir mi consolano.
Ma se la fede negami
quell'incostante e perfido,
almen fede serbatemi
sino alla morte, o lagrime !
Ogni tristezza assalgami,
ogni cordoglio eternisi,
tanto ogni male affliggami
che m'uccida e sotterrimi.
Qui me conduit à pleurer:
En ma belle idole adorée,
Que je croyais si fidèle, la fidélité
est morte.
Je n'ai envie que de pleurer,
Je ne me nourris que de larmes,
La douleur fait mes délices,
Mes seules joies sont les gémissements.
Tout supplice me fait plaisir,
Toute douleur me délecte,
Les sanglots me guérissent,
Les soupirs me consolent.
Mais s'il me refuse sa foi,
Ce perfide, cet inconstant,
Vous, au moins, restez-moi fidèles
Jusqu'à la mort, ô larmes !
Que toute tristesse m'assaille,
Que tout chagrin soit éternel,
Que tout mal m'afflige à tel point
Qu'il me tue et m'ensevelisse.
Tra le speranze e'l timor
Les
Espérances et la Crainte "Timore, e
che sarà ? - Crainte,
que va-t-il se passer ?
Godremo sì o no ?"
"Datemi libertà,
Speranze, e vel dirò
non s'accordano mai
le Speranze e 'l Timor,
ché l'uno sogna guai
e l'altre acceca Amor."
"Timore, di', pur di' !"
"Speranze, io vel dirò,
ma se dirò di no,
voi direte di sì."
Jouirons-nous, oui ou non ?
- Avec votre permission,
Espérances, je vais vous le dire,
Jamais ne s'accordent
Les Espérances et la Crainte,
L'une imagine des calamités,
Les autres sont aveuglées par Amour.
- Parle, Crainte, parle quand même !
- Espérances, je vais vous le dire,
Mais si je vous réponds "Non",
Vous, vous allez dire "Oui."
L'amante secreto
L'amant
secret Voglio,
voglio morire, Je veux, je
veux mourir
piuttosto ch'il mio mal venga a scoprire.
Oh, disgrazia fatale !
Quanto più miran gl'occhi il suo bel volto
più tien la bocca il mio desir sepolto;
chi rimedio non ha taccia il suo male.
Non resti di mirar chi non ha sorte,
né può da sì bel ciel venir la
morte.
La bella donna mia sovente miro
ed ella a me volge pietoso il guardo,
quasi che voglia dire:
"Palesa il tuo martire"
ché ben s'accorge che mi struggo e ardo.
Ma io voglio morire
piuttosto ch'il mio mal venga a scoprire.
L'erbetta, ch'al cader di fredda brina
languida il capo inchina,
all'apparir del sole
lieta verdeggia più di quel che suole:
tal io, s'alcun timor mi gela il core,
all'apparir di lei prendo vigore.
Ma io voglio morire
piuttosto ch'il mio mal venga a scoprire.
Deh, getta l'arco poderoso e l'armi,
Amor, e lascia omai di saettarmi !
Se non per amor mio
fallo per onor tuo, superbo dio,
perché gloria non è d'un guerrier forte
uccider un che sta vicino a morte.
Plutôt qu'on vienne à découvrir mon
mal.
Oh disgrâce fatale !
Plus mes yeux regardent son beau visage,
Plus ma bouche garde mon désir enseveli:
Qui n'a point de remède doit taire son mal.
Qui n'a pas de chance ne doit pas cesser de regarder,
La mort ne peut venir d'un si beau ciel.
Je regarde souvent ma belle,
Elle tourne vers moi un regard compatissant
Comme si elle voulait dire:
"Expose ton martyre."
Car elle s'aperçoit bien que je brûle et me
détruis.
Mais je veux mourir
Plutôt qu'on vienne à découvrir mon
mal.
L'herbe, lorsque le givre glacé tombe sur elle,
Baisse la tête, languissante;
Lorsque le soleil apparaît,
Elle verdoie, joyeuse, plus que de coutume;
Ainsi, moi, si quelque crainte me glace le cur,
Lorsqu'elle apparaît, je reprends vigueur.
Mais je veux mourir
Plutôt qu'on vienne à découvrir mon
mal.
De grâce, amour, jette ton puissant arc et tes
flèches,
Et cesse de me transpercer
:Si ce n'est par amour pour moi,
Fais-le, fier dieu, pour défendre ton honneur
:Il n'est pas glorieux, pour un guerrier courageux
De tuer quelqu'un qui est déjà proche de la
mort.
Sul Rodano severo
Sul Rodano
severo Enrico il
bel, quasi annebbiato sole, "Oh Dio, per
qual cagione", Tu, se 'l mio
fallo di castigo è degno, Non mi chiamo
innocente: Non mi chiamo
innocente: Ma che dic'io
? Mentre al
devoto collo Di cinque
marche illustri Ha l'invidia
voluto Nella grazia
del mio Re Luigi, a
queste note Mentre il re
col suo pianto Au bord du
Rhône sévère Le bel Henri,
comme un soleil voilé, "Oh Dieu,
pour quelle raison" Si ma faute a
mérité un châtiment, Je ne me
prétends pas innocent; Je ne me
prétends pas innocent; Mais que
dis-je ? Pendant que
sur mon cou chéri, De
cinq marques illustres L'envie a
voulu Pendant que
je montais trop haut Louis,
à ces accents Pendant que
le roi, par ses larmes,
giace, tronco infelice,
di Francia il gran Scudiero,
e s'al corpo non lice
tornar di ossequio pieno
all'amato Parigi,
con la fredd'ombra almeno
il dolente garzon segue Luigi.
delle guance vezzose
cangiò le rose in pallide viole
e di funeste brine
macchiò l'oro del crine.
Lividi gl'occhi son, la bocca langue,
e sul latte del sen diluvia il sangue.
par che l'ombra gli dica,
"sei frettoloso andato
a dichiarar un perfido, un fellone,
quel servo a te sì grato,
mentre, francese Augusto,
di meritar procuri
il titolo di giusto ?
ohimè, ch'insieme insieme
dell'invidia che freme
vittima mi sacrifichi allo sdegno.
purtroppo errai, purtroppo
ho me stesso tradito
a creder all'invito
di fortuna ridente.
grand'aura di favori
rea la memoria fece
di così stolti errori,
un nembo dell'obblio
fu la cagion del precipizio mio.
Tu, Sire - ah, chi nol vede ?
tu sol, credendo troppo alla mia fede,
m'hai fatto in regia corte
bersaglio dell'invidia e reo di morte.
tu mi stendevi quel cortese braccio,
allor mi davi il crollo,
allor tu m'apprestavi il ferro e 'l laccio.
Quando meco godevi
di trastullarti in sollazzevol gioco,
allor l'esca accendevi
di mine cortigiane al chiuso foco.
Quella palla volante
che percoteva il tuo col braccio mio
dovea pur dirmi, oh Dio,
mia fortuna incostante.
Quando meco gioivi
di seguir cervo fuggitivo, allora
l'animal innocente
dai cani lacerato
figurava il mio stato,
esposto ai morsi di accanita gente.
Non condanno il mio re, no, d'altro errore
che di soverchio amore.
notato era il mio nome,
ma degli emoli miei l'insidie industri
hanno di traditrice alla mia testa
data la marca sesta.
che, se colpevol sono,
escluso dal perdono
estinto ancora immantinente io cada;
col mio sangue ha saputo
de' suoi trionfi imporporar la strada.
mentre in su troppo men vo,
di venir dietro al mio pie'
la fortuna si stancò,
Onde ho provato, ahi lasso,
come dal tutto al niente è un breve
passo."
di voce che perdon supplice chiede,
timoroso si scuote
e del morto garzon la faccia vede.
delle sue frette il pentimento accenna
tremò Parigi e torbidossi Senna.
git, malheureux corps décapité,
le Grand
Écuyer de France,
et s'il n'est pas permis au corps
de retourner, entouré de respect,
vers son cher Paris,
du moins, avec sa froide ombre,
le dolent jouvenceau suit Louis.
a changé les roses de ses belles joues
en pâles violettes
et a taché l'or de ses cheveux
d'un funeste givre.
Livides sont ses yeux, languissante sa bouche,
et le sang ruisselle sur sa poitrine laiteuse.
semble lui dire l'ombre,
"as-tu été si rapide
à déclarer félon, perfide,
ce serviteur qui te plut tant,
pendant que toi, l'Auguste des Français,
tu t'efforces de mériter
le
titre de juste
?
hélas, toi, en t'associant à elle,
tu me sacrifies en victime à la colère
de l'envie qui s'agite.
j'ai trop commis de fautes,
je me suis trop trahi moi-même
en croyant aux invites
de la Fortune souriante.
ma position privilégiée de "favori"
a rendu ma mémoire coupable
de si sottes erreurs;
un nuage d'oubli
fut la cause de mon effondrement.
Toi, Sire - ah, qui ne le voit ?
toi seul, croyant trop à ma loyauté,
as fait de moi, à la cour royale,
la cible de l'envie, et méritant la mort.
tu allongeais ton noble bras,
c'est alors que tu causais ma ruine,
c'est alors que tu me préparais le fer et le
lacet.
Quand tu prenais plaisir, avec moi,
à te récréer dans un jeu
divertissant,
c'est alors que tu allumais la mèche
des mines des courtisans, au feu caché.
Cette
balle volante
que frappaient ton bras et le mien
aurait dû me représenter, ô Dieu !
l'inconstance de ma fortune.
Quand avec moi tu prenais plaisir
à poursuivre le cerf aux abois, alors
l'animal innocent,
déchiré par les chiens,
figurait mon état,
exposé aux morsures de la meute
déchaînée.
Je n'accuse pas mon Roi, non, d'autre faute
que d'un excès d'amour.
était noté mon nom,
mais les pièges industrieux de mes rivaux
ont donné la sixième marque à ma
tête,
la marque de la trahison.
que, si je suis coupable,
exclu du pardon,
je tombe mort sans aucun délai;
elle a su avec mon sang
teinter de pourpre la voie de ses triomphes.
dans les grâces de mon Roi,
la Fortune s'est fatiguée
de venir ramper à mes pieds.
Ainsi j'ai éprouvé, hélas,
qu'entre tout et rien, bien court est le
passage."
d'une voix qui suppliante, implore le pardon,
tremble, effrayé
et voit la face morte du jouvenceau.
montrait qu'il se repentait de sa précipitation,
Paris trembla, et la Seine devint trouble.
La riamata di chi amava
À
nouveau aimée de celui qu'elle aimait Dormi, o mio
dolore, Dors, ma
douleur,
addormentati, o mia pena,
i sospiri ei pianti affrena,
posa in stabil core.
Pace datevi, o speranze,
acquietatevi, o desiri,
dilungatevi, o martiri,
in eterne lontananze.
Ciego duol mi affliggi a torto,
ch'alle gioie Amor mi vuole
e mi rende il mio bel Sole,
la mia vita, il mio conforto.
Alma mia, riedi a godere
che desir con tanto affetto,
corri, o core, al cor diletto,
torna al ben, torna al piacere,
alma mia, torna al godere.
Assoupis-toi, ma peine,
Calme tes soupirs et tes pleurs,
Repose dans un cur apaisé.
Soyez en paix, espérances,
Tranquillisez-vous, désirs,
Allez-vous-en, tourments,
Dans un éternel éloignement.
Douleur aveugle, tu m'affliges à tort
Car Amour m'invite à la joie
Et me rend mon beau soleil,
Ma vie, mon réconfort.
Mon âme, jouis à nouveau
De ce que tu désires avec tant de passion
Cours, cur, vers le cur aimé,
Retourne au bonheur, retourne au plaisir,
Mon âme, jouis à nouveau.
Morso e bacio dati in un tempo
Morsure et
baiser simultanés Precipitosamente
Amor, e sdegno En se
précipitant, l'amour et la colère
corono su'l mio labro.
sdegno è di morsi
Amor di baci è fabro
confitto insieme e consolato io vegno.
Mordami il dente quando
bella bocca mi baci
che mordendo e baciando
bella bocca mi piaci.
Mordimi sdegno, mordi
grida lieto il mio core
pur che teco si accordi
dolce bacio d'amore.
Pene care e soavi,
nò, nò, che non mai gravi
del tuo bel dente le punture sono
offendimi cosi che tel' perdono.
Accourent sur ma bouche.
La colère produit des morsures,
L'amour produit des baisers,
Me voici à la fois blessé et
consolé.
Que les dents me mordent,
Quand, belle bouche, tu me baises,
Car en mordant et en baisant,
Belle bouche, tu me plais.
"Mords-moi, colère, mords,"
Crie joyeusement mon cur ,
"Pourvu qu'avec toi s'accorde
Un doux baiser d'amour."
Douces et délicieuses peines,
Non, non, elles ne sont jamais pénibles,
Les marques de tes belles dents;
Agresse-moi ainsi, je te le pardonne.
Gl'occhi superbi
Occhi
superbi, sì, ma però cari Yeux
orgueilleux, oui, mais pourtant chéris,
un guardo sol da voi richiede
il mio amor, la mia fede.
Ma voi mi sete di pietade avari,
occhi superbi, sì, ma però cari.
Spietatissimi rai,
ai vostri altari
io spargo homai
con sospiri devoti,
oh quante spargo, lagrime, preghi e voti;
E non m'avedo, ahi lasso !
Ch'adoro un marmo e che scongiuro un sasso.
Oh di orgoglio e bellezza esempi rari !
Occhi superbi, sì, ma però cari.
Un seul regard de vous exige
Mon amour, ma fidélité.
Mais vous êtes avares de pitié avec moi,
Yeux orgueilleux, oui, mais pourtant chéris.
Rayons impitoyables,
À vos autels,
Je répands
Avec de dévots soupirs,
Je répands, oh combien ! de larmes, de
prières, de vux;
Et je ne m'aperçois pas, hélas !
Que j'adore un marbre, que je conjure un rocher.
Oh, rares exemples de hauteur et de beauté !
Yeux orgueilleux, oui, mais pourtant
chéris.
Gite, o giorni dolenti
Gite, o
giorni dolenti, Allez-vous-en,
jours de douleur,
che succedano al pianto
gioie, allegrezze e canto,
scherzi, vezzi e contenti.
Fra le trombe di Marte
e tra i rumor di strepitosa guerra
dal ciel festoso parte
e scende il nume delle nozze in terra.
Volano gl'imenei, corron gli amori
di voi Giovi terreni
a rallegrare i cori,
a congiunger i seni.
Vada con pie' fugace
a rinserrarsi entr'un orrore eterno
la discordia d'inferno
e rieda omai la sospirata pace.
Coronata di ulivo
Astrea ritorni,
che posi il mondo
e fiera porti
le rovine e le morti
Megera ove di fede il mondo è privo.
Felicissimi giorni
di secoli migliori
saran principi grati
questi nodi beati.
L'Austria all'Austria con questa
amorosa vicenda
saldamente s'innesta,
onde la virtù renda
colmi alfin di vittorie e di trofei
gli austriaci Semidei.
E quali aver mai lice
di bella età felice
argomenti più giusti
che le Muse a gradir tornin gli Augusti ?
Laissez succéder aux larmes
La joie, l'allégresse, le chant,
Les jeux, les caresses, les plaisirs.
Au milieu des trompettes de Mars,
Du fracas de la guerre assourdissante,
Le dieu des noces quitte le ciel en fête
Pour descendre sur la terre.
Les hyménées volent, les amours courent
Pour réjouir vos curs,
Ô Jupiters terrestres,
Pour unir vos poitrines.
Que, d'un pied fuyant,
La discorde infernale
Aille se renfermer dans d'éternelles
ténèbres
Et que la paix si désirée revienne.
Qu'Astrée fasse son retour
Couronnée d'olivier,
Pour que le monde se repose,
Et que, farouche, Mégère emporte
Les ruines et les morts
Là où le monde est privé de foi.
Ces nuds bienheureux
Seront les agréables prémices
De jours prospères,
De siècles meilleurs.
Avec cette amoureuse péripétie,
L'Autriche vient se greffer
Fermement sur l'Autriche,
Afin que la vertu rende enfin
Comblés de victoire et de trophées
Les demi-dieux autrichiens.
Et quelle preuve plus juste
Peut-on avoir du retour de l'âge d'or,
Si ce n'est qu'on voit les Augustes
À nouveau favoriser les Muses ?
Amor dormiglione
Amour
dormeur Amor, non
dormir più ! Amour, finis
de dormir !
Su, su, svegliati omai,
che mentre dormi tu
dormon le gioie mie, vegliano i guai.
Non esser, non esser, Amor, dappoco !
Strali, strali, foco,
strali, strali, su, su,
foco, foco, su, su !
O pigro o tardo
tu non hai senso,
Amor melenso
Amor codardo !
Ahi quale io resto
che nel mio ardore
tu dorma Amore:
mancava questo !
Allez, allez, réveille-toi !
Pendant que tu dors,
Mes joies dorment aussi, mes malheurs sont
réveillés.
Allez, Amour, ne sois pas paresseux !
Les flèches, les flèches, le feu,
Les flèches, les flèches, hop, hop !
Le feu, le feu, hop, hop !
Paresseux ou lent,
Tu es insensible,
Lourdaud d'Amour,
Poltron d'Amour !
Ah ! c'est bien ma chance,
Pendant que je brûle,
Amour, il faut que tu dormes !
Il ne me manquait que ça !
I baci
Les
baisers Oh dolci, oh
cari, oh desiati baci ! Ô
chers, ô doux baisers, baisers désirés
!
Unite l'alme vanno
sul labro ad incontrarsi.
Col bacio l'alme fanno
nel cor gran colpi darsi.
Vezzosette si accordano;
viperette si mordano.
Ma sono i lor dolcissimi furori
grand union dei cori.
Oh dolci, oh cari, oh desiati baci !
Bacia, mia bocca, e taci !
Réunies, les âmes vont
Se rencontrer sur les lèvres.
Avec le baiser, les âmes font
Que de grands coups frappent les curs.
Caressantes, elles s'accordent;
Vipères, elles se mordent.
Mais leurs douces fureurs
Sont une grande union des curs.
Ô chers, ô doux baisers, baisers
désirés !
Baise, ma bouche, et tais-toi !
Grand' allegrezza di cuore
Grande
allégresse du cur Gorgogliando
in sù vien fuor Par les yeux
et par la bouche,
e da gl'occhi e dalla bocca
l'allegrezza del mio cor,
Mentre amato esser mi tocca
dà colei che più desia
di goder l'anima mia.
Tenerezza il pianto,
gentilezza il canto,
tutta è gioia e tutto affetto,
ogni lagrima, ogni detto;
il pallor da me partì,
il dolor si dileguò
l'occhio mio si serenò
la mia fronte si schiari
e la voce mi tornò:
quando Amor due cori allaccia
contentezza di cuor fà bella faccia.
L'allégresse de mon cur
Monte et sort en bouillonnant,
Puisque j'ai obtenu d'être aimé
De celle dont mon âme
Désire le plus jouir.
Les pleurs deviennent tendresse,
Le chant n'est plus que gentillesse,
Tout est joie et tout affection,
Toute larme, toute parole;
La pâleur m'a quitté,
La douleur s'est éloignée,
Mon il s'est rasséréné,
Ma face s'est éclairée
Et la voix m'est revenue:
Quand Amour attache deux curs,
La joie du cur embellit le visage.
La, sol, fa, mi, re, do
Gio. Battista
Maiorani La mia donna
perché canta Ma belle,
parce qu'elle chante,
non vuol dir né sì, né no,
ma parlar sempre si vanta
con la sol fa mi re do.
S'io le chieggo ch'al mio cor
voglia dar mercede un dì
pria che spiri nel dolor,
mi risponde don fa mi.
Mai non canta s'io non conto
né la voce trova il tuon,
né a sonar lo stile ha pronto
se non sente d'oro il suon.
Insegnando ognor mi va
che s'a due cantar vorrò
acciò ch'ella venga al fa
intonar conviemmi il do.
Di strascini ognora ornato
vuol mirarsi il vago pie'
ed in canto figurato
sempre intona il mi fa re.
Per mostrar quant'ella sa
passegiando fa così,
suol tenersi con do la
ed andare in do re mi.
Io credeva ch'il suo canto
fosse fatto per mi sol,
ma suol vendersi all'incanto
a colui che spender vuol,
tanto che tra noi dirò
ch'ognun canta quel che sa:
io de' gonzi il mi sol do
lei de' cucchi il re mi fa.
Refuse de dire oui ou non,
Mais se flatte de toujours s'exprimer
Avec la sol fa mi re do.
Si je la prie de bien vouloir
Récompenser mon cur un jour
Avant que j'expire de douleur,
Elle me répond "Fais-moi un cadeau."
Jamais elle ne chante si je ne paie pas,
Et sa voix ne trouve pas le ton,
Le manche de son luth n'est pas prêt à
jouer,
Si elle n'entend pas le son de l'or.
Elle me fait sans cesse la leçon:
Si je veux chanter à deux,
Pour qu'elle passe à l'acte (litt.: qu'elle vienne
au "fa": [elle] fait)
Il faut que je passe aux cadeaux. (que je fasse le "do":
je donne)
Elle veut voir son beau pied
Toujours orné de traînes
Et en chant ornementé,
Elle entonne toujours "me faire" (il mi fa re)
Pour montrer tout ce qu'elle sait,
En faisant des passages comme ceci,
Elle a coutume de faire des tenues sur "aboule" (do
la):
Et d'aller à "couvrez-moi d'or" (in do re
mi).
Je croyais que son chant
N'était fait que pour moi seul (per mi
sol)
Mais elle a l'usage de se vendre aux enchères
À qui veut faire la dépense,
Si bien qu'entre nous, je dirai
Que chacun chante ce qu'il peut:
Moi, je me paie sur les dupes, (il mi sol do)
Elle, elle me fait le roi des cocus. (il re mi
fa)
Giusta negativa
Juste
refus Non mi dite
ch'io canti Non mi dite
ch'io suoni Ne me
demandez pas de chanter Ne me dites
pas de jouer
poter d'amor, perché dirò che sete
de' musici il flagello e degli amanti.
No no no signor no,
bocca non aprirò.
A chi cantar dev'io
s'il bell'idolo mio
lungi è da me ?
Venga l'idolo mio
ch'io canto affé.
forza del ciel, vi manderò là dove
non mancano altri a voi musici buoni.
No no no signor no,
tasto non toccherò.
A chi sonar dev'io
s'il bell'idolo mio
lungi è da me ?
Venga l'idolo mio
ch'io suono affé.
Puissance de l'amour, parce que je dirai que vous
êtes
Le fléau des musiciens et des amoureux.
Non, non, non, monsieur,
Je n'ouvrirai pas la bouche.
Pour qui devrais-je chanter
Si ma belle idole
Est loin de moi ?
Que mon idole vienne,
Là, je chante, ma foi.
Force du ciel, je vous enverrai là
où
Vous ne manquerez pas d'autres bons musiciens.
Non, non, non, monsieur,
Je ne toucherai pas mon manche.
Pour qui devrais-je jouer
Si ma belle idole
Est loin de moi ?
Que mon idole vienne,
Là, je joue, ma foi.