Barbara Strozzi
[1619 - 1677]
Premier livre de madrigaux à deux, trois, quatre ou cinq voix
dédiés à la Sérénissime Grande Duchesse de Toscane Madame Vittoria Della Rovere [1622 - 1694]
Opus 1, Venise, 1644
Sonetto proemio dell'opera
Sonnet en
exorde de l'uvre Mercé
di voi, mia fortunata stella, Così
l'impresa faticosa e bella O che vaga e
dolcissima armonia Che gioisce
al gioir, ch'al rider ride, Grâce
à toi, mon étoile fortunée, Ainsi
l'entreprise fatigante et belle Oh, quelle
belle et suavissime harmonie Jouit de sa
jouissance, rit lorsque l'autre rit,
volo di Pindo in fra i beati cori
e coronata d'immortali allori
forse detta sarò Saffo novella.
sia felice del canto e deglá in amori,
ché, s'unisco le voci, i nostri cori
non disunisca mai voglia rubella.
fanno due alme innamorate e fide,
che quel che l'una vuol l'altra desia,
né mai sospiran, che 'l sospir non sia
d'una morte che sana e non uccide !
Je vole parmi les churs bienheureux du Pinde,
Et, couronnée d'immortels lauriers,
On m'appellera peut-être une nouvelle
Sappho.
Du chant et des amours puisse-t-elle être
heureuse;
Et si j'unis les voix, que jamais
Un vouloir rebelle ne désunisse nos
curs.
Font deux âmes amoureuses et fidèles,
Lorsque l'une veut ce que l'autre désire,
Et que jamais elles ne soupirent sans que ce soupir soit
Celui d'une mort qui guérit et ne tue pas.
Canto di Bella Bocca
Chant de
Belle Bouche Che dolce
udire una leggiadra bocca Qu'il est
doux d'entendre une jolie bouche
tutta lieta cantar versi d'amore !
Vaga, vezzosa voce
con passaggio veloce
t'alletta, ti circonda, anzi ti tocca
e dentro va quasi a baciarti il core,
mentre musico labbro
spiega d'amore i pregi.
Altro non dice
quel canoro felice
che le gioie che senti;
altro non dice
che i diletti che provi;
altro non dice
che i tuoi piaceri nuovi,
i tuoi vecchi contenti.
Dillo, o mio core,
ch'è dolce udire una leggiadra bocca
tutta lieta cantar versi d'amore !
Quell'aura armonizzata
da una gorga canora
ti ravviva e ristora,
ti fa l'alma beata.
Folle sei se non godi e non cominci,
qua giù ristretto in un caduco velo,
Tirsi, a gustar le melodie del Cielo.
Chanter, tout heureuse, des vers d'amour.
Une belle, une ravissante voix
T'attire en faisant des passages,
Elle te cerne, ou plutôt te touche
Et te pénètre presque pour te baiser le
cur
Pendant qu'une bouche musicienne
Déploie les merveilles de l'amour.
Elle ne dit rien d'autre,
Cette heureuse chanteuse,
Que les joies que tu sens,
Elle ne dit rien d'autre
Que les plaisirs que tu éprouves,
Elle ne dit rien d'autre
Que tes nouveaux plaisirs
Et tes anciens bonheurs.
Dis-le, mon cur:
Qu'il est doux d'entendre une jolie bouche
Chanter, tout heureuse, des vers d'amour.
Ce souffle harmonieux
D'une gorge mélodieuse
Te redonne force et vie,
Te rend l'âme heureuse;
Tu es fou si tu n'en jouis pas et ne commences pas
Dès ici-bas, enfermé dans ta périssable
dépouille mortelle,
Tircis, à goûter les mélodies du
Ciel.
Consiglio amoroso
Conseil
amoureux O soffrire o
fuggire o tacer sempre, L'amant
offensé et mal accepté
ma con lieto sembiante,
l'offeso deve e mal gradito amante.
Pianti, lamenti, dimostranze acerbe
non faranno cangiar costumi o tempre
a tiranne superbe, onde conviene
in tante amare pene
o soffrirle o fuggirle o tacer sempre.
Ma di che ci dogliam ch'un'incostante
ci sprezzi e ci abbandoni ? Ah, frena l'ire;
plácati, incauto amante; ah, soffri e taci;
e se vuoi donna instabile punire
puniscila coi doni,
castigala coi baci.
Doit ou souffrir, ou fuir, ou se taire toujours
Mais avec le visage radieux.
Les larmes, les lamentations, les âpres
remontrances
Ne feront pas changer d'habitudes ou de caractère
Les tyranniques orgueilleuses. C'est pourquoi il faut
Dans de si amères peines,
Ou les souffrir, ou les fuir, ou se taire toujours;
Mais pourquoi nous plaindre qu'une inconstante
Nous dédaigne et nous abandonne ? Ah ! freine ta
colère,
Apaise-toi, imprudent amoureux; ah ! souffre et
tais-toi,
Et si tu veux punir une dame volage,
Punis-la avec des cadeaux,
Châtie-la avec des baisers.
Le tre Grazie a Venere
Les trois
Grâces à Vénus Bella madre
d'Amore Belle
mère d'Amour,
anco non ti ramembra
che nuda avesti di bellezze il grido,
in sul troiano lido,
dal giudice pastore ?
Onde se nuda piaci
in sin a gl' occhi de' bifolchi idei,
vanarella che sei,
perché vuoi tu con tanti adobbi e tanti
ricoprirti a gl' amanti ?
O vesti le tue Grazie e i nudi Amori,
o getta ancor tu fuori
gl' arnesi, i manti e i veli:
di quelle care membra
nulla, nulla si celi.
Tu ridi e non rispondi ?
Ah, tu le copri, sì, tu le nascondi,
che sai ch'invoglia più, che più
s'apprezza
la negata bellezza.
Ne te souvient-il plus
Que c'est nue que tu obtins le prix de la beauté
Des mains du berger pris pour juge
Sur le rivage troyen ?
Si donc c'est nue que tu séduis
Jusqu'aux yeux des paysans de l'Ida,
Pourquoi, vaniteuse que tu es
Veux-tu de tant d'ajustements
Te recouvrir devant tes amants ?
Habille donc tes Grâces et les Amours nus,
Ou bien, rejette toi aussi
Ces équipages, ces manteaux et ces voiles,
Que rien de ton cher corps, rien,
Ne soit dissimulé.
Tu ris et ne réponds pas !
Ah ! tu le couvres, oui, tu le caches;
Car tu sais que la beauté qui se refuse
Est plus excitante et plus
appréciée.
L'Usignuolo. Donzella Ateniense sforzata dal Re di Traci
Le rossignol.
Demoiselle athénienne prise de force par le roi des
Thraces. Quel misero
usignuolo Ce
misérable rossignol
spiega la pompa de' canori accenti
e racconta il suo duolo
al fonte, al prato, a la foresta, ai venti.
Piange l'ingiurie Filomena e i torti
d'un trace ingannatore;
e non canta d'amore,
ma con l'irata lingua
ricorda al Ciel che i traditori estingua.
Chi credería che voce
cara e soave tanto
muovan gli sdegni al canto ?
Noi pur, o belle avare,
allor ch'al nostro ossequioso affetto
son le mercedi rare,
più di rabbia cantiam che per diletto.
Déploie la magnificence de ses accents
mélodieux
Et raconte sa douleur
À la source, à la prairie, à la
forêt, aux vents.
Philomène pleure les injures et les torts subis
De la part d'un Thrace trompeur
Et ne chante pas l'amour
Mais avec sa langue en colère,
Elle demande au Ciel de faire périr les
traîtres.
Qui croirait qu'une voix
Si chère et si douce
Fût poussée à chanter par le courroux
?
Et nous aussi, ô belles avares,
Alors que les récompenses sont rares
Pour notre obéissante passion,
Nous chantons plus par rage que par plaisir.
Silentio nocivo
Silence
dangereux Dolcissimi
respiri Les paroles
affectueuses et les chants
de' nostri cori amanti
son le parole affettuose e i canti.
Sfoga, o mio core, il tuo cocente ardore,
se talor non ti tocca
nodrirti almen di due soavi baci.
Afflittissima bocca,
stolta sei, se tu taci:
parla, canta, respira, esala il duolo,
canta, canta, che solo
dolcissimi respiri
de' nostri cori amanti
son le parole affettuose e i canti.
Sont les douces respirations
De nos curs aimants.
Exhale, mon cur, ta brûlante ardeur,
Si tu n'as pas parfois la chance
De te nourrir au moins de deux doux baisers.
Bouche affligée,
Tu es bien sotte si tu te tais.
Parle, chante, respire, exhale ta douleur,
Chante, chante, car seuls
Les paroles affectueuses et les chants
Sont les douces respirations
De nos curs aimants.
L'affetto humano
La passion
humaine Vago,
instabil, leggiero è il nostro affetto, Di colei che
sì dolce or m'arde il petto Così
col tempo andiam di voglie in voglie: e la sorte
chiamando e i cieli crudi, Errante,
instable, légère est notre passion; De celle qui
si doucement me brûle aujourd'hui la poitrine, Ainsi, avec
le temps, nous allons de vouloir en vouloir: Et en
traitant le sort et les cieux de cruels,
si cangiano i desir cangiando glá iñ anni,
ché di quel che fanciul tanto t'affanni,
superbetto garzon non hai diletto.
la più matura età scuopre gl'inganni;
ma glá iñ andati piacer, vecchio, condanni
ch'a lasciar i piacer ti vedi astretto.
gioco, vezzi, delizie, amori e studi
son finti scherzi e mascherate doglie;
caduchi più de le caduche foglie,
nudi venghiamo e ce n'andiamo ignudi.
Quand changent les années, se changent les
désirs.
Ce pour quoi, enfant, tu te tourmentes tellement,
Devenu un fier jeune homme, tu n'y prends aucun
plaisir.
L'âge plus mur découvre les tromperies;
Vieux, tu condamnes les plaisirs passés,
Parce que tu te vois contraint de quitter les
plaisirs.
Jeu, caresses, délices, amours et études
Sont plaisanteries simulées et douleurs
masquées.
Plus caducs que les feuilles qui tombent,
Nous venons nus et nous nous en allons nus.
Dialogo in partenza
Dialogue lors
d'une séparation S:
Anima del mio core, C:
Io parto. S:
E prenderatti, o Dio, C:
Fonte della mia vita, S:
Io resto. C:
E dubitar potrai, S:
No, no, la nostra gelosia si spenga. C:
Sì, sì, rasciuga quei begli occhi mesti. S:
Dove restar potrò che tu non resti... S e
C:
s'hanno la stanza usata C:
Mentre parto, o mio bene, S:
E 'l mio teco sen viene. C:
E 'l tuo meco sen viene. S:
Âme de mon cur, C:
Je m'en vais. S:
Et dis-moi, oh Dieu ! C:
Source de ma vie, S:
Je reste. C:
Et pourras-tu jamais S:
Non, non, que notre jalousie s'éteigne, C:
Oui, oui, que sèchent ces beaux yeux tristes. S:
Où pourrai-je rester si tu n'y restes pas
? S et
C:
Puisque nos curs ont échangé C:
Tandis que je pars, ô mon amour, S:
Et le mien s'en va avec toi; C:
Et le tien s'en va avec moi.
tu parti ?
dimmi, un picciolo oblio
giammai del nostro amore ?
tu resti ?
in sì dura partita,
della mia fede mai ?
E dove andar potrò che tu non venga...
i nostri cuor cangiata ?
il mio qui resta.
Mentre resto, o mia speme,
il tuo qui resta.
Tu t'en vas ?
Jamais le moindre oubli
De notre amour, ne s'emparera de toi ?
Tu restes ?
Douter de ma foi,
Dans une si dure séparation ?
Et où pourrai-je aller si tu n'y viens
pas,
Leur séjour habituel,
Le mien reste ici.
Tandis que je reste, ô mon espérance,
Le tien reste ici.
Godere e tacere
Jouir et se
taire Gioisca al
gioir nostro e l'aura e l'onda, Que jouissent
de notre jouissance la brise et l'onde,
scherzin tra l'erbe e i fiori
i lascivetti Amori,
a nostri dolci canti Ecco risponda.
In questo lieto e fortunato giorno
volin le Grazie intorno,
vengan sul labbro i cori
e s'annodino l'alme al suon de' baci.
Ah, non dir più, taci, mia lingua, taci !
Que jouent parmi l'herbe et les fleurs
Les folâtres petits Amours,
Qu'Écho réponde à nos doux chants.
Qu'en ce jour heureux et fortuné,
Les Grâces volent tout alentour,
Que les curs viennent sur les lèvres,
Et que les âmes s'enlacent au son des baisers.
Ah ! n'en dis pas plus, ma langue, tais-toi !
Libertà
Liberté Non ci
lusinghi più Ne nous
illusionne plus
con la tua dolce spene
vezzosa servitù:
libertà, libertà, non più catene !
Dunqu'era il mio ben[e], dunqu'era il mio core
una donna infedel, priva d'amore !
Oh stolido errore,
per breve gioire
corteggiar pene e vagheggiar martíre !
Oh basso desire,
oh alto arrischiato
chi gode nell'inferno esser dannato !
Non ci lusinghi più
con la tua dolce spene
vezzosa servitù:
libertà, libertà, non più catene
!
Avec ta douce espérance,
Séduisante servitude !
Liberté, liberté ! Plus de chaînes !
Ainsi, mon amour était, ainsi mon cur
était
Une femme infidèle, dépourvue d'amour !
Oh stupide erreur,
Pour une brève jouissance,
Faire sa cour aux peines, aspirer aux martyres !
Oh le vil désir,
Oh e grand péril !
Qui est heureux, en enfer, d'être damné ?
Ne nous illusionne plus
Avec ta douce espérance,
Séduisante servitude !
Liberté, liberté ! Plus de chaînes
!
Con le belle non ci vuol fretta
Avec les
belles, il ne faut pas se hâter Mi tien Filli
fin qui Philis me
tient jusqu'ici,
né ben detto di no,
né ben detto di sì.
Amore, e che farò, aspetto o lascio ?
Amor non mi risponde,
ma mi dice la speme: "Aspetta, aspetta,
con le belle a goder non ci vuol fretta;
vien il bene talor, né si sa donde.
Non sai tu che consola
l'amante di molt'anni un'ora sola ?"
N'ayant pas vraiment dit "non",
N'ayant pas vraiment dit "oui".
Amour, que dois-je faire ? J'attends, ou je la laisse ?
Amour ne me répond pas,
Mais l'espérance me dit: "Attends, attends !
Pour être heureux avec les belles, il ne faut pas se
hâter;
Le bonheur arrive parfois, sans qu'on sache d'où.
Ne sais-tu pas qu'une seule heure
Paye l'amoureux de nombreuses années ?"
Godere in gioventù
Jouir dans sa
jeunesse Nel bel fior
di gioventù Dans la belle
fleur de sa jeunesse,
alle gioie aprire il seno,
donzellette, è gran virtù.
Chi tardi cominciò gode assai meno:
scherniti pentimenti,
che per comprar contenti,
non ha spaccio poi molto
l'argento d'un capel, l'oro d'un volto.
Nel bel fior di gioventù
alle gioie aprire il seno,
donzellette, è gran virtù.
È d'un corto mattin breve il sereno:
bellezze fuggitive,
estinte pria che vive,
in van l'arte vi aiuta,
non si racquista più beltà perduta.
Nel bel fior di gioventù
alle gioie aprire il seno,
donzellette, è gran virtù.
Ouvrir son sein aux joies,
Demoiselles, c'est grande vertu.
Qui a commencé tard jouit bien moins.
Les regrets sont tournés en dérision,
Car pour acheter des jouissances,
L'argent des cheveux, l'or d'un visage
Sont bien peu cotés !
Dans la belle fleur de sa jeunesse,
Ouvrir son sein aux joies,
Demoiselles, c'est grande vertu.
D'un bref matin, le serein dure peu.
Beautés fugitives,
Éteintes avant de vivre,
L'art vous aide en vain:
Beauté perdue ne se retrouve point.
Dans la belle fleur de sa jeunesse,
Ouvrir son sein aux joies,
Demoiselles, c'est grande vertu.
L'amante modesto
L'amant
modeste Volano
frettolosi i giorni e presto Amante son,
ma candido e modesto; Godati chi di
me più fortunato Così
mai non guerreggia e non contrasta Les jours
volent rapidement, et bientôt, Je suis
amoureux, mais candide et modeste, Qu'il jouisse
de toi, celui qui, plus fortuné que moi, Ainsi, notre
rivalité est sans bataille ni guerre;
un secolo sarà che t'amo, o Clori,
né de' miei lunghi ossequiosi amori
un picciol guiderdone anco t'ho chiesto.
voglio che taciturno il cor t'adori
e voglio disfogar gl'interni ardori
col muto fiato d'un sospir onesto.
nacque ai diletti impuri. A me sol basta
Saper dalla mia Clori esser amato.
rivalità; diverso è il nostro stato:
egli t'ama impudica, io t'amo casta.
Cloris, il y aura un siècle que je t'aime;
Et de mon long et obéissant amour,
Je ne t'ai pas encore demandé la moindre
récompense.
Je veux que mon cur t'adore en silence,
Et je veux soulager mes ardeurs intérieures
Avec le souffle muet d'un soupir honnête.
Est né pour les plaisirs impurs; à moi, il me
suffit
De savoir que je suis aimé de ma Cloris.
Bien différent est notre état:
Il t'aime impudique, et je t'aime chaste.
Il contrasto de' cinque Sensi
Le
débat des cinq sens Chi di noi
vaglia più Lequel de
nous a le plus de valeur,
e di gioia maggior ministro sia
fiera lite ognor fu.
Io miro, io sento, io gusto, io fiuto, io tocco,
e nella donna mia
talor, anco mercé d'un picciol bacio,
tutto trabocco.
Tocca pur quanto sai,
ché nel sol tocco Amore
il verace gioir non pose mai.
Ne sia giudice il cor mesto e languente;
"ohimè" senti ch'il cor dentro ci dice,
ch'un sol bacio, ch'è niente, il fa
felice.
Et est le meilleur fournisseur de joie,
Toujours ce fut un farouche débat.
Je vois, j'entends, je goûte, je sens, je touche,
Et en ma dame
Parfois, rien que grâce à un petit baiser,
Je me précipite tout entier.
Touche donc autant que tu peux,
Car dans le seul toucher, Amour
N'a jamais placé la véritable jouissance.
Que le cur triste et languissant en soit juge !
Entends le cur en dedans nous dire "Hélas"
Alors qu'un seul baiser, qui pourtant n'est rien, le rend
heureux.
Priego ad Amore
Prière
à Amour Pietosissimo
Amore, Morir,
né morir mai, Vieni, deh,
vieni a noi, Amour plein
de miséricorde, Mourir sans
jamais mourir, Viens, de
grâce, viens à nous,
tu mai non abbandoni
chi ti consacra riverente il core.
Chi cieco ti figura,
chi nudo, chi bendato,
chi di saette armato
non provò tua dolcissima natura.
languir, ma per un poco,
è gloria del tuo foco.
vieni, gioia dell'alme,
Spargi, spargi benigno i doni tuoi
e d'un cortese affetto
alla Barbara mia feconda il petto.
Tu n'abandonnes jamais
Celui qui avec révérence te consacre son
cur.
Celui qui te représente aveugle,
Nu, les yeux bandés,
Armé de flèches,
N'a jamais éprouvé ta douce nature.
Languir, mais rien qu'un peu,
C'est la gloire de ton feu.
Viens, joie des âmes,
Répands, répands tes dons avec
bonté
Et d'une aimable passion,
Féconde le sein de ma Barbara.
Gli amanti falliti
Les amoureux
banqueroutiers Amor, Amor,
noi ricorriamo a te Amour, Amour,
nous recourons à toi,
supplichevoli avanti,
senza credito o fé, falliti amanti.
Se di forze ci spoglia
grave cadente età,
s'andiam ognora in giù,
se non potiamo più,
la tua pietà ci toglia
da dura servitù.
Amor, amor, noi ricorriamo a te
s'a noi manca ogni splendida ricchezza,
se, miseri e dolenti,
d'ogni nostra bellezza
miriamo i fior languenti.
E se non ritroviam chi più ci guardi,
frena, Amor, i tuoi dardi;
non bersagliar invano,
ch'il dar morte a manchevoli
sarebbe scorno della tua mano.
Venant devant toi en suppliants,
Sans crédit, sans confiance, amoureux faillis.
Maintenant que nous sommes dépouillés de nos
forces
Par l'âge pesant du déclin,
Que nous sommes toujours sur la pente descendante,
Que nous ne pouvons plus rien faire,
Veuille ta pitié nous délivrer
De cette dure servitude.
Amour, Amour, nous recourons à toi,
Puisque il nous manque toutes nos splendides richesses,
Que, misérables et affligés,
Nous contemplons les fleurs languissantes
De toute notre beauté,
Et si nous ne trouvons plus personne pour nous regarder,
Amour, retiens tes flèches,
Ne nous vise pas inutilement,
Car donner la mort à des gens affaiblis
Serait un déshonneur pour ta main.
La Quaglia. Sonetto burlesco
La caille,
sonnet burlesque Lascia di
Libia il ciel l'ardita quaglia Mentre sonora
più la voce scaglia Ecco vanno
del pari i nostri affanni: squaqquera
spesso, ed io sospiro a ogn'otta; La caille
audacieuse quitte le ciel de Libye Lorsqu'elle
lance son chant le plus sonore Voyez, nos
tourments vont de pair: Souvent elle
carcaille; moi, je soupire à toute heure;
e rivarcato il procelloso Egeo,
invan cercando il suo crudel Marmeo,
qui nel foco d'amor tutta si squaglia.
contro l'amante fuggitivo e reo,
par che mi desti un impeto febeo
e a dir contro di voi l'ira m'assaglia.
s'ella il capo dibatte, il mio piè trotta;
si pasce ella di migli', io di malanni;
le penne ha sconce, ed io squarciati i panni;
ella adora un Marmeo, io una marmotta.
Et, ayant franchi la mer Égée pleine de
tempêtes,
Cherchant en vain son cruel balourd,
Elle vient ici fondre tout entière au feu
d'amour.
Contre l'amant fuyard et criminel,
Il semble qu'elle éveille en moi un élan
apollinien,
Et la colère m'assaille, et me fait dire à
votre encontre:
Si elle bat de la tête, moi, c'est mon pied qui
trotte;
Elle se repaît de mil, et moi de malheur;
Elle a les plumes sales, moi les hardes
déchirées,
Elle adore un balourd et moi une marmotte.
Al battitor di bronzo, della sua crudelissima Dama
Pour celui
qui bat la statuette de sa très cruelle
Dame Quante volte
ti bacio, o bronzo amato, Quante volte
di lagrime bagnato Quanti la
notte e 'l dì teco ritorno Ma tu perdona
a gl'impeti amorosi, Combien de
fois je te baise, bronze chéri, Combien de
fois, baigné de larmes, Combien de
coups jaloux, nuit et jour, je t'assène, Pardonne-moi
mes élans amoureux:
nunzio importun di mal graditi amori,
ch'hanno i miei baci, in sì cocenti ardori,
il segno delle labbra in te lasciato !
testimonio ti fo de' miei dolori,
quando, escluso e deluso, errar di fuori
l'ira mi fa d'un demone adorato !
sdegnato a replicar colpi gelosi
con tuo danno, altrui riso e nostro scorno !
ché spero alfin che vendicate un giorno
vedrò l'ingiurie mie ne' tuoi riposi.
Importun messager d'amours mal accueillis,
Au point que mes baisers, en de si cuisantes ardeurs,
Ont laissé en toi la marque de mes lèvres
!
Je te fais témoin de mes douleurs
Quand la colère d'un démon que j'adore
Me fait errer dehors, dédaigné, bafoué
!
Lorsque, dédaigné, je viens te retrouver
Pour ton malheur, pour le rire d'autrui, et pour notre honte
!
J'espère que je finirai par voir un jour
Mes injures vengées, et toi en repos.
Pace arrabiata
Paix
enragée Come
può, non come suol, Comme il le
peut, et non comme il en a l'habitude,
quell'altero
chiede pace, pace vuol.
Grida il fiero:
"Ad Amor e non a te
curvo il collo e bacio il piè ".
Replicò Fillide allor:
"Servi me, ché servi Amor.
Tu non conosci, o stolto,
che vicario d'Amor fatto è il mio/suo volto !"
Come può, non come suol,
quell'altero
chiede pace, pace vuol.
Privilegio ha la beltà:
guerra e pace
bella donna e rompe e fa.
Ecco tace
quell'ardente; e che può dir
se non fingere e soffrir ?
Quell'altier che la sprezzò
fintamente l'inchinò.
Si vede ben ch'allora
quel che bestemmia il cor la lingua adora.
Privilegio ha la beltà:
guerra e pace
bella donna e rompe e fa.
Cet orgueilleux
Demande la paix, veut la paix.
Il crie, le fier:
"C'est Amour, ce n'est pas toi
Qui me fait plier la nuque et baiser son pied."
À quoi répondit Philis:
"Tu me sers, puisque tu sers Amour;
Tu ne sais donc pas, sot,
Que mon visage est le représentant d'Amour."
Comme il le peut, et non comme il en a l'habitude,
Cet orgueilleux
Demande la paix, veut la paix.
La beauté a ce privilège:
Une belle femme fait la guerre et la paix
Aussi bien qu'elle les rompt.
Voici que se tait
Cet audacieux: que peut-il dire,
Sinon feindre et souffrir ?
Cet orgueilleux qui l'avait méprisée
A feint de plier devant elle;
On voit bien alors
Que ce que maudit le cur, la langue l'adore.
La beauté a ce privilège:
Une belle femme fait la guerre et la paix
Aussi bien qu'elle les rompt.
Vecchio amante che rende la piazza
Vieil
amoureux qui capitule Io cedo,
Amor, io cedo Je
cède, Amour, je cède
all'ingiurie de gl' anni:
congiurate a miei danni
l'armi del tempo io vedo;
io cedo, Amor, io cedo.
Acciò la resa mia
senza gloria non sia,
pria ch'estinto io mi veggia,
Amor, per me patteggia.
La rocca del mio core
tutte ha perdute omai
le diffese di fuore:
ai balconi del volto
l'uso del lume è tolto;
di mia bocca son state
le macchine atterrate;
ogni duro si scuote
e per la breccia di rugose gote
l'ultimo assalto apparecchiato io vedo.
Io cedo, Amor, io cedo,
pria ch'estinto io mi veggia;
così per me patteggia.
Il miccio del desire
voglio primieramente
resti acceso all'uscire;
la speme porti almeno
poco bagaglio in seno;
al mio coraggio tocca
sortir con palla in bocca;
e portar di ragione
vuol la memoria un picciolo cannone,
che la memoria sol meco io mi vedo.
Io cedo, Amor, io cedo,
pria ch'estinto io mi veggia;
così per me patteggia.
Ancor sarà dovere
marchiar in ordinanza
a spiegate bandiere;
per dovunque si passa
trombeggiar, batter cassa;
ove condurmi io voglio
ch'abbia un fido convoglio.
Parla chiaro e che basti,
ché non sorghino in fin nuovi contrasti,
perch'il nemico cavilloso io vedo.
Io cedo, Amor, io cedo,
all'ingiurie de gl' anni:
congiurate a miei danni
l'armi del tempo io vedo;
io cedo, Amor, io cedo.
Aux injures des ans;
Je vois les armes du Temps
Conjurées pour ma perte,
Je cède, Amour, je cède.
Afin que ma reddition
Ne soit pas sans gloire,
Avant que je me voie éteint,
Amour, négocie pour moi en ces termes.
La forteresse de mon cur
A désormais perdu
Toutes ses défenses extérieures.
Aux balcons du visage,
L'usage de la lumière a été
ôté.
Les machines de ma bouche
Ont été jetées à terre;
Tout ce qui est dur branle,
Et par la brèche des joues rugueuses,
Je vois préparé l'ultime assaut.
Je cède, Amour, je cède.
Avant que je me voie éteint,
Amour, négocie pour moi en ces termes.
Je veux premièrement
Que la mêche de mon désir
Puisse sortir en restant enflammée
Et que l'espérance emporte au moins
Un peu de bagage sur son sein.
Il convient à mon courage
De sortir la balle dans la bouche
Et ma mémoire veut, à juste titre,
Emporter un petit canon;
Car je ne vois que la mémoire pour m'accompagner.
Je cède, Amour, je cède.
Avant que je me voie éteint,
Amour, négocie pour moi en ces termes.
Il faudra également
Marcher en bon ordre,
Bannières déployées,
Partout où on passera,
Sonner de la trompette et battre du tambour;
Que là où je veux me diriger,
J'aie un fidèle convoi.
Parle clairement, et qu'il suffise
Que ne surgissent pas à la fin de nouveaux
conflits,
Car je vois l'ennemi bien chicanier.
Je cède, Amour, je cède
Aux injures des ans;
Je vois les armes du Temps
Conjurées pour ma perte,
Je cède, Amour, je cède.
Dal pianto degli amanti scherniti s'imparò a far la carta
C'est des
larmes d'amoureux dédaignés qu'on apprit
à fabriquer le papier Mordeva un
bianco lino Aci dolente Ma quel
ch'irato lacerava il dente Tela non
sembra più, ma foglie sparte: Se nacque
già dal feminil rigore Acis dolent
mordait dans un blanc morceau de lin, Mais ce que
sa dent irritée lacérait, On ne dirait
plus du tissu, mais des feuilles éparses; Si donc jadis
naquit d'une rigueur de femme,
e come è l'uso de' scherniti amanti
alla sua bella schernitrice avanti
del mal trattar godea tela innocente.
non mai restavan d'ammollire i pianti,
che, trito omai da tanti morsi e tanti,
liquido il rese al fin l'occhio gemente.
onde tu prima c'insegnasti, Amore,
col fiero esempio a fabbricar le carte.
d'una donna crudel sì nobil arte,
che produrrà la cortesia d'un core ?
Et, selon l'usage des amants dédaignés,
Devant sa belle dédaigneuse,
Il prenait plaisir à maltraiter un tissu
innocent.
Ses larmes ne cessaient de l'amollir,
Et ce qui était broyé par tant et tant de
morsures,
Ses yeux gémissants finirent par le
liquéfier.
C'est ainsi, Amour, que tu nous enseignas pour la
première fois
Par un cruel exemple, à fabriquer le
papier.
D'une dame cruelle, un si noble art,
Que ne pourra produire la courtoisie d'un cur
?
Il ritorno
Le
retour S:
È tornato il mio bene. T:
Hai riavuto il core. S:
Son uscita di pene. T:
T'ha ravvivata Amore. S:
M'ha ravvivata Amore. S e
T: Al
gioir, al gioir, non più parole: S:
O beato ritorno ! T:
Hai quel che brami in seno. S:
O soave soggiorno ! T:
Sei consolata appieno. S:
Son consolata appieno. S e
T: Al
gioir, al gioir, non più lamenti: S:
O risorte venture ! T:
O stabiliti onori ! S:
O dolcezze sicure ! T:
O confermati Amori ! S:
O confermati Amori ! S e
T: Al
gioir, al gioir, non più querele: S:
Mon amour est revenu. T:
Tu as recouvré ton cur. S:
Je suis tirée de peine, T:
Amour t'a ressuscitée. S:
Amour m'a ressuscitée. S et
T:
Jouissons, trêve de paroles, S:
Oh heureux retour ! T:
Tu as ce que tu désires sur ton sein. S:
Oh doux séjour ! T:
Tu es pleinement consolée. S:
Je suis pleinement consolée. S et
T:
Jouissons, trêve de lamentations, S:
Oh, bonheur revenu ! T:
Oh, honneur raffermi ! S:
Oh, douceurs assurées ! T:
Oh, amours confirmées ! S:
Oh, amours confirmées ! S et
T
Jouissons, trêve de plaintes !
è tornato il mio/tuo ben, venne il mio/tuo
sole.
quand'ho le gioie in sen / mentr'hai le gioie in sen
lieti ho/hai gli accenti.
il raggio del mio/tuo sol, raggio è
fedele.
Mon/ton amour est revenu, mon/ton soleil est
arrivé.
Lorsque j'ai/Pendant que tu as la joie au cur,
J'ai/Tu as des accents joyeux.
Le rayon de mon/ton soleil est un rayon
fidèle.
La Vittoria
La
Victoire Il gran Giove
non si gloria Le grand
Jupiter ne se glorifie pas
d'altre belle essere amante;
gode solo il dio costante
quando in seno è di Vittoria.
La Vittoria d'un bel Rovere
al suo Giove adorna il crine,
nel cui verde in aure e brine
già la Gloria venne a piovere.
Nacque già nobil primizia,
già gli rese il ciel fecondi;
ma d'Etruria anco i sei mondi
d'alti Eroi voglion dovizia.
D'être l'amant d'autres belles;
Ce dieu constant n'est heureux
Que quand il est dans le sein de Vittoria/la Victoire.
La Victoire orne d'un beau chêne
La chevelure de son cher Jupiter;
Dans ce vert, déjà la gloire
Vient pleuvoir en un givre doré.
Déjà est né un noble premier
rejeton,
Déjà le ciel les a rendus féconds;
Mais les six mondes de l'Étrurie
Veulent encore abondance de nobles héros.
L'amante timido eccitato
Incitation
à l'amoureux timide T:
T'invito a godere S:
Avvezzo ai tormenti, T:
Il bene hai presente, S:
A gioie tu chiami T:
L'invito ti piace, S:
Vo pian coi diletti, T:
Ardisci e godrai: S e
T: Chi
non s'arrischia non gioisce mai. T:
Je t'invite au bonheur, S:
Accoutumé au tourment, T:
Tu as le bonheur devant toi, S:
Tu invites à la joie T:
L'invitation te plaît, S:
J'y vais doucement avec les plaisirs T:
Ose et tu seras heureux. S et
T: Qui ne
risque rien ne jouit jamais.
mio core, e paventi !
io sdegno il piacere.
mio cor, che tu brami ?
chi gioie non sente.
mio cor, né ti affretti ?
che il bene è fallace.
Mon cur, et tu as peur ?
Je méprise le plaisir.
Mon cur, que désires-tu ?
Celui qui n'en ressent point.
Mon cur, et tu ne t'empresses pas ?
Car le bonheur est trompeur.
Conclusione dell'opera
Conclusion de
l'uvre Voi sete, o
begli occhi, Vous
êtes, beaux yeux,
le stelle che scorto
col vostro bel raggio
nel primo viaggio
m'avete a buon porto.
Oh dio, che mi tocchi
di mirti e d'allori
il crine adornato,
che premio è più grato
de gli ostri e de gli ori.
Ed ecco il primo voto appendo al tempio
d'un nuovo e forse non creduto esempio.
A un lampo sereno
che splende cotanto
è forza che belle
sien l'arie novelle
nel regno del canto.
O Dio, che ripieno
di sconcia armonia
avete l'orecchio,
ond'io v'apparecchio
miglior melodia.
E a chi gli studi miei creder non giova
mando querela e lo disfido a prova.
Les étoiles qui,
Avec vos beaux rayons,
M'ont escortée à bon port
Dans mon premier voyage.
Ô Dieu, qui viens toucher
Ma chevelure ornée
De myrtes et de lauriers,
Récompense plus agréable
Que la pourpre et que l'or !
Et voici que j'appends dans le temple le premier ex-voto
D'un exemple neuf, et peut-être incroyable.
Pour un éclair serein
Qui resplendit autant,
Il est nécessaire que beaux
Soient les airs nouveaux
Au royaume du chant.
Ô Dieu ! vous avez
L'oreille pleine
D'une repoussante harmonie;
C'est pourquoi je vous prépare
Une meilleure mélodie.
Et celui qui n'arrive pas à croire à mes
études
Je lui lance un défi et l'invite à
l'épreuve.
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