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Claudio Monteverdi

[1567 - 1643]

 

 

Courtois lecteur,

Ne vous émerveillez pas si dans cet ouvrage vous trouvez quelques madrigaux déjà imprimés dans le livre huit; je ne les ai imprimés dans cet ouvrage que pour offrir plus de commodité aux virtuoses. Bientôt, s’il plaît à Dieu, vous aurez d’autres œuvres nouvelles. Vivez heureux.

[note de l'imprimeur]

 

 

 

  1. Bel pastor dal cui bel guardo
  2. Zefiro torna e di soav’accenti
  3. Se vittorie si belle
  4. Armato il cor d'adamantina fede
  5. Ardo e scoprir, ahi lasso, io non ardisco
  6. O sia tranquillo il mare
  7. Alcun non mi consigli
  8. Di far sempre gioire amor speranza dà
  9. Quando dentro al tuo seno
  10. Non voglio amare per non penare
  11. Come dolce hoggi l'auretta
  12. Alle danze, alle gioie
  13. Perchè se m'odiavi
  14. Sì, sì, ch’io v’amo
  15. Su, su pastorelli vezzosi
  16. O mio bene

 

 

Bel pastor, dal cui bel guardo

Ottavio Rinuccini, d’après Passerat

le poème de Jean Passerat [1534 - 1602]

soprano & ténor

Bel pastor, dal cui bel guardo
spira foc’ond'io tutt'ardo,
m'ami tu... – Si, cor mio.
com'io desio ? – Si, cor mio.
- Dimmi quanto ?
- Tanto, tanto.
- Come che ?
- Come te,
pastorella
tutta bella.

- Questi vezzi e questo dire
non fan pago il mio desire.
Se tu m'ami, o mio bel foco,
dimmi ancor, ma fuor di gioco:
Come che ?
- Come te,
pastorella
tutta bella.

Viepiù lieta udito avrei:
"t'amo al par degli occhi miei."
- Come rei del mio cordoglio
questi lumi amar non voglio,
di mirar non satii ancora
la beltà che sì m'accora.
- Come che ?
- Come te,
pastorella
tutta bella.

Fa' sentirmi altre parole
se pur vuoi ch'io mi console.
M'ami tu come la vita ?
- No, ch’è afflitt’e sbigottito [sic]
d'odio e sdegno e non d'amore,
fatt' albergo di dolore
per due luc’anzi due stelle
troppo crud’e troppo belle.
- Come che ?
- Come te,
pastorella
tutta bella.

Non mi dir più "come te",
dimmi "io t'amo... come me".
- No, ch'io stesso odio me stesso.
- Deh, se m'ami dimmi espresso...
- Si, cor mio.
- Com'io desìo,
Dimmi quanto.
- Tanto tanto.
- Come che ?
- Come te,
pastorella
tutta bella.

Beau berger, dont le regard
Respire un feu dont je brûle toute,
M’aimes-tu ? – Oui, mon cœur.
- Comme je le désire ? – Oui, mon cœur.
- Dis-moi combien ?
- Tellement, tellement.
- Comme quoi ?
- Comme toi,
Pastourelle
Toute belle.

- Ces cajoleries, ces paroles
Ne satisfont pas mon désir.
Si tu m’aimes, ô mon beau feu,
Dis-moi encore, mais sans plaisanter:
Comme quoi ?
- Comme toi,
Pastourelle
Toute belle.

- J’aurais entendu avec plus de plaisir:
“Je t’aime à l’égal de mes yeux.”
- Mes yeux, je ne veux pas les aimer,
Ils sont cause de ma douleur,
Pas encore rassasiés de regarder
La beauté qui m’afflige tant.
- Comme quoi ?
- Comme toi,
Pastourelle
Toute belle.

Fais-moi entendre d’autres paroles,
Si tu veux me faire plaisir.
M’aimes-tu comme ta vie ?
- Non, car elle est pleine de chagrin et de trouble,
De haine et de colère, et non d’amour,
Devenue logis de la douleur
À cause de deux yeux, ou plutôt deux étoiles
Trop cruelles et trop belles.
- Comme quoi ?
- Comme toi,
Pastourelle
Toute belle.

- Ne me dis plus “comme toi”,
Dis-moi “je t’aime... comme moi.”
- Non, car je me hais moi-même.
- De grâce, si tu m’aimes, dis-moi clairement...
- Oui, mon cœur.
– Comme je le désire,
Dis-moi combien ?
– Tellement, tellement.
- Comme quoi ?
- Comme toi,
Pastourelle
Toute belle.

 

 

 

Zefiro torna e di soav’accenti

Ottavio Rinuccini

soprano & ténor

Zefiro torna e di soav’accenti
l’aer fà grato e’l pie discioglie a l’onde,
e mormorando tra le verdi fronde
fa danzar al bel suon su’l prato i fiori.

Inghirlandat’ il crin, Fillide e Clori,
note temprando lor care e gioconde
e da monti e da valli ime e profonde
radoppian l’armonia gl’antri canori.

Sorge più vaga in ciel l’Aurora, e’l sole
sparge più luci d’or; più puro argento
fregia di Teti il bel ceruleo manto.

Sol io per selve abandonate e sole
l’ardor di due begl’occhi e’l mio tormento
come vuol mia ventura hor piango hor canto.

Zéphyr est de retour, et de ses doux accents,
Réjouit l’air et donne aux eaux envie de bouger,
Et murmurant parmi les vertes frondaisons,
Il fait danser sur sa belle musique les fleurs dans le pré.

Avec des guirlandes dans les cheveux, Philis et Cloris
Harmonisent leurs notes chères et gaies,
Et des monts et du creux des vallées profondes,
Les antres mélodieux redoublent l’harmonie.

L’Aurore apparaît plus belle dans le ciel, et le soleil
Répand plus de lumière d’or; un argent plus pur
Ourle le beau manteau d’azur de Thétis.

Seul, parmi des forêts désertes et solitaires,
Comme le veut mon sort, tantôt je pleure, tantôt je chante
L’ardeur de deux beaux yeux et mon tourment.

 

 

 

Se vittorie sì belle

Déjà dans livre VIII, n° 4

contre-ténor, ténor & basse

Se vittorie sì belle
han le guerre d'amore,
fatti guerrier mio core.
E non temer degl'amorosi strali
le ferite mortali.
Pugna, sappi ch'è gloria
il morir per desio de la vittoria.

Si les guerres d’Amour
Ont de si belles victoires,
Mon cœur, fais-toi soldat.
Et ne crains pas les blessures mortelles
Des flèches amoureuses.
Combats, sache qu’il est glorieux
De mourir par désir de la victoire.

 

 

 

Armato il cor d'adamantina fede

Déjà dans livre VIII, n° 5

2 ténors

Armato il cor d'adamantina fede
nell'amoroso regno,
a militar ne vegno,
contrasterò col Ciel e con la sorte,
pugnerò con la morte,
ch'intrepido guerriero
se vittoria non ho, vita non chero.

Le cœur bardé d’une fidélité adamantine,
Au royaume d’Amour,
Je viens comme soldat.
Je combattrai le ciel et le sort,
Je lutterai contre la mort,
Car, guerrier intrépide,
Si je n’ai pas la victoire, je ne veux pas de la vie.

 

 

 

Ardo e scoprir, ahi lasso, io non ardisco

Déjà dans livre VIII, n° 13

2 ténors

Ardo e scoprir, ahi lasso, io non ardisco
quel che porto nel sen rinchiuso ardore,
e tanto più dolente ogni hor languisco
quanto più sta celato il mio dolore.
Fra me tal'hor mille disegni ordisco
con la lingua discior anco il timore.
E all'hor fatto ardito io non pavento
gridar soccorso al micidial tormento.

Ma s'avvien ch'io m'appressi a lei davante
per trovar al mio mal pace e diletto,
divengo tosto pallido in sembiante,
e chinar gl'occhi a terra son costretto.
Dir vorrei, ma non oso; indi tremante
comincio, e mi ritengo alfin l'affetto.
S'aprir, nuntia del cor, la lingua vole,
si troncan su le labbra le parole.

Je brûle et je n’ose, malheureux ! révéler
Cette ardeur que je porte renfermée dans mon sein;
Et je languis d’autant plus, toujours souffrant,
Que ma douleur est plus cachée.
Par devers moi, parfois j’ourdis mille desseins
De chasser la crainte par ma langue;
Et alors, enhardi, je n’ai pas peur
De crier au secours face à ce tourment homicide.

Mais s’il advient que je m’approche d’elle
Pour trouver paix et plaisir pour mon mal,
Je deviens aussitôt pâle de visage,
Et suis forcé de baisser les yeux à terre.
Je voudrais parler, mais je n’ose; ainsi, tremblant,
Je commence, et à la fin je retiens ma passion.
La langue, messagère du cœur, veut se délier;
Les paroles se brisent sur les lèvres.

 

 

 

O sia tranquillo il mare

Déjà dans livre VIII, n° 14

2 ténors

O sia tranquillo il mare o pien d'orgoglio,
mai da quest' onde io rivolgo il piede;
io qui t'aspetto e qui de la tua fede,
tradito amante, mi lamento e doglio.

Spesso salir su queste rive io soglio
per veder se’l tuo legno ancor sen riede;
quivi m'assido e piango, onde mi crede
il mar un fonte e 'l navigante un scoglio.

E spesso ancor t'invio per messagieri,
a ridir la mia pena e 'l mio tormento
dell'aria vaga i zeffiri leggieri,

ma tu non torni, o Filli, e 'l mio lamento
l'aura disperge, e tal mercè ne speri
che fida a donna il cor e i prieghi el vento.

Que la mer soit tranquille ou pleine d’arrogance,
Jamais je ne détourne mon pied de ces flots;
Je t’attends ici, et c’est ici qu’amant trahi,
Je souffre et me lamente de ta foi.

J’ai l’habitude de souvent monter sur ces rives
Pour voir si ton bateau revient;
Je m’y assieds et je pleure; si bien que la mer
Me prend pour une source, le marin pour un écueil.

Et souvent aussi, je t’envoie pour messagers,
Pour te redire ma peine et mon tourment,
Les zéphyrs légers de l’air vagabond.

Mais tu ne reviens pas, Philis, et ma plainte
Est dispersée au vent; et c’est la récompense que doit attendre
Celui qui confie son cœur à une femme, et ses prières au vent.

 

 

 

Alcun non mi consigli

contre-ténor, ténor & basse

Alcun non mi consigli,
se ben il cor perdei,
ch'abbandonai colei
ch'è la mia vita, ancor che cruda e fera:
che se ben vuol ch'io pera
e che la speme mia ne port'il vento,
non me n'adiro, no,
non me ne doglio, no, non me ne pento.

Ben s'affatica invano
chi m'addita il mio male;
e 'l contrastar non vale
che beltà, ch'è severa, un cor diletta.
Sì dolce è la saetta
che, se ben brama il cor fiamma e tormento,
non me n'adiro, no,
non me ne doglio, no, non me ne pento.

Perché lo stral di morte
esce dagl'occhi belli,
perché gl'aurei capelli
son la cantena e quel tenace nodo
in cui stretto mi godo,
e perché se le piace il mio lamento,
non me n'adiro, no,
non me ne doglio, no, non me ne pento.

Que personne ne me conseille,
Même si j’ai perdu mon cœur,
D’abandonner celle
Qui est ma vie, même si elle est farouche et cruelle;
Car même si elle veut que je meure
Et que le vent emporte mon espoir,
Je ne me fâche pas, non,
Je n’en souffre pas, non, je ne me repens pas.

Il se fatigue pour rien,
Celui qui m’indique mon mal;
Et il ne sert à rien de débattre
Car la beauté, même sévère, réjouit le cœur.
Si douce est la flèche
Que, même si le cœur demande flamme et tourment,
Je ne me fâche pas, non,
Je n’en souffre pas, non, je ne me repens pas.

Parce que le trait mortel
Sort de ces beaux yeux,
Parce que les cheveux d’or
Sont la chaîne et le nœud solide
Où je jouis d’être retenu,
Et parce que ma plainte lui plaît,
Je ne me fâche pas, non,
Je n’en souffre pas, non, je ne me repens pas.

 

 

 

Di far sempre gioire

contre-ténor, ténor & basse

Di far sempre gioire Amor speranza dà,
ma vago di martire languir poi sempre fa.
Sì che fuggite, fuggite l'arco e la face
del nudo arciero si lusinghiero, ch'egli è fallace.

A voi disciolti cori dirlo per prova il so,
ch'invan pianti e dolori miser per lui mi stò.
Sì che fuggite...

Invan piangendo e grido del mio penar mercé,
che’l dispietato infido non mi mantien la fé.
Sì che fuggite...

Amour donne l’espoir de toujours jouir,
Mais ensuite, avide de souffrance, il fait toujours languir.
Ainsi donc, fuyez, fuyez l’arc et la torche
De l’archer nu et séducteur, car il est trompeur.

À vous, cœurs légers, je peux le dire par expérience,
Larmes et douleurs sont vaines, par lui je reste malheureux.
Ainsi donc, fuyez...

Pleurant en vain, je crie “Grâce pour mes peines”,
Car le criminel, le perfide, ne me tient pas parole.
Ainsi donc, fuyez…

 

 

 

Quando dentro al tuo seno

soprano, ténor & basse

Quando dentro al tuo seno
vibra amoroso sguardo
il primo dolce dardo,
Oh che gioir !
Ma quando di veleno
arma le punte acute,
e ti nega salute,
oh, che languir !

Quando quel vago viso
mira con dolci rai
i tuoi pianti, i tuoi guai
oh che gioir !
ma quando in altri fiso
gir il tuo mal in canto
prende a riso il tuo pianto
oh che languir !

Quando donna honorata
senti ch'ai tuoi sospiri
pietosa risospiri
oh che gioir !
ma quando finge ingrata
non udir i lamenti,
non veder i tormenti,
oh che languir !

Quand dans ton sein,
Un regard amoureux lance
Le premier doux trait,
Oh, quel plaisir !
Mais quand il enduit de poison
Les pointes aiguës,
Et te refuse la guérison,
Oh, quelle agonie !

Quand ce beau visage
Regarde avec ses doux yeux
Tes larmes, tes souffrances,
Oh, quel plaisir !
Mais quand se fixant sur un autre,
Il tourne ton mal en chanson,
Et se rit de tes larmes,
Oh, quelle agonie !

Quand tu entends la dame de tes pensées
Répondre à tes soupirs
En soupirant apitoyée,
Oh, quel plaisir !
Mais quand l’ingrate fait semblant
De ne pas entendre tes plaintes,
De ne pas voir tes tourments,
Oh, quelle agonie !

 

 

 

Non voglio amare

soprano, ténor & basse

Non voglio amare
per non penare,
ch'Amor seguendo
di duol sen va
l'alma struggendo
di pene amare.
Non vuò più amare,
no, no, no, no.

Chi vive amando ?
s'è cieco Amore
come ch'egli è,
il mio dolore
non può mirare
Non vuò più amare,
no, no, no, no.

Fuggir vogl'io
quest'empio e rio.
S'Amor è crudo,
come ch'egli è,
fanciul’ignudo,
che mi può dare ?
Non vuò più amare,
no, no, no, no.

Je ne veux pas aimer,
Pour ne pas souffrir,
Car en suivant Amour,
De douleur, l’âme
Va se détruisant,
De peines amères.
Je ne veux plus aimer,
Non, non, non, non.

Qui vit en aimant ?
Si Amour est aveugle,
Comme il l’est,
Il ne peut regarder
Ma douleur.
Je ne veux plus aimer,
Non, non, non, non.

Je veux fuir
Ce scélérat, ce criminel.
Si Amour est cruel,
Comme il l’est,
Cet enfant nu,
Que peut-il me donner ?
Je ne veux plus aimer,
Non, non, non, non.

 

 

 

Come dolce hoggi l'auretta

Giulio Strozzi

3 sopranos

Come dolce hoggi l'auretta
spira lusinga
e vien lascivetta,
a baciarmi le guancie 'l sen.

Gl’Amoretti l'aura fanno
quando l'ali spiegan al Ciel
quando vanno, quando vanno
della notte a squarciar il vel.

Ride il bosco, brilla il prato,
scherza il fonte, festeggia 'l mar
quando un fiato, quando un fiato
d'aura fresca s'ode spirar.

Entri pur nel nostro petto
o bell'aura nel tuo venir
quel diletto, quel diletto
che fa l'alme tanto gioir.

Comme la brise aujourd’hui doucement
Respire, charmeresse,
Et vient, coquine,
Me baiser les joues et le sein.

Ce sont les petits amours qui font la brise,
Quand ils déploient leurs ailes vers le ciel,
Quand ils vont, quand ils vont
Disperser le voile de la nuit.

Le bois rit, le pré brille,
La source joue, la mer est en fête
Quand on entend respirer
Une souffle de fraîche brise.

Qu’il entre donc dans notre poitrine,
Ô belle brise, avec ta venue,
Ce plaisir, ce plaisir
Qui fait tant jouir l’âme.

 

 

 

Alle danze, alle gioie, ai diletti

soprano, ténor & basse

Alle danze, alle gioie, ai diletti,
che c'infiammano il cor d'amore,
al soave conforto de' petti !

Alle gemme, alle perle, a' bei fiori,
che v'adornino il crin del [sic] seno,
a' bei fregi di mille colori !

Alle tazze, ai cristalli, alli argenti,
che v'invitano a trar la sete,
a' bei pomi di minio ridenti !

Aux danses, aux joies, aux plaisirs,
Qui nous enflamment le cœur d’amour,
Au doux réconfort des poitrines !

Aux pierreries, aux perles, aux belles fleurs
Qui vous ornent les cheveux et le sein,
Aux belles parures de mille couleurs !

Aux coupes, aux verres, à l’argenterie
Qui vous invitent à étancher la soif,
Aux belles pommes riantes de cinabre.

 

 

 

Perché se m'odiavi

soprano, ténor & basse

Perché se m'odiavi
mostravi d'amarmi
per sol ingannarmi ?
Ahi, stella
ti fe' così bella,
sì fera, sì altera,
per l'alma impiagarmi.
Io t'adorava, e tu sprezzavi me,
empia Filli, perché ?

Chi sà ch'una volta,
la stolta fierezza
non brami chi sprezza.
Ahi, ch'io vuò dir al cor mio
che fugga, che strugga
l'infida bellezza.
Forse a te toccherà chieder pietà,
empia Filli, chi sà !

No, no, ch'io non voglio,
se scoglio m'aspetta
drizzar la barchetta.
Ahi fiera, quest'empia Megera
uccide, s'en ride e ridendo saetta.
Chiama pur quanto vuoi,
ch'io non verrò,
empia Filli, no, no.

Pourquoi, si tu me haïssais,
As-tu fait semblant de m’aimer,
Rien que pour me tromper ?
Ah, un astre
T’a faite si belle,
Si cruelle, si hautaine
Pour blesser mon âme.
Je t’adorais et tu m’as dédaigné,
Cruelle Philis, pourquoi ?

Qui sait si un jour
Ta sotte cruauté
Ne désirera pas celui qu’elle méprise ?
Ah ! je veux dire à mon cœur
De fuir, de détruire
L’infidèle beauté.
Peut-être à ton tour demanderas-tu pitié,
Cruelle Philis, qui sait ?

Non, non, je ne veux pas,
Si un écueil me guette,
Y conduire ma barque.
Ah ! cruelle, cette affreuse Mégère
Tue, rit et, en riant lance ses traits.
Appelle-moi donc tant que tu veux,
Je ne viendrai pas,
Cruelle Philis, non, non.

 

 

 

Sì, sì, ch'io v'amo

contre-ténor, ténor & basse

Sì, sì, ch'io v'amo
occhi vaghi, occhi belli;
si, si, ch'io bramo
vostri nodi tenaci,
aurei capelli,
e null'altro desio
che sia vostro il mio cor
come egli è mio.

Sì, sì, ch'io spero,
occhi dolci, occhi amati,
sì, sì, ch’è vero
ch’ogn’hor voglio adorarvi
occhi beati
e null’altro desio
che sia vostro il mio cor
come egli è mio.

Sì, sì, ch'ardete,
occhi lieti, occhi cari,
sì, sì, che sete,
occhi, fonti d’amore
del sol più chiari,
e null’altro desio
che sia vostro il mio cor
come egli è mio.

Oui, oui, je vous aime,
Beaux yeux, yeux ravissants;
Oui, oui, je désire
Vos nœuds solides,
Cheveux d’or,
Et je ne veux rien d’autre
Sinon que mon cœur soit vôtre
Comme il est mien.

Oui, oui, j’espère,
Doux yeux, yeux aimés;
Oui, oui, il est vrai
Que je veux toujours vous adorer,
Yeux bienheureux,
Et je ne veux rien d’autre
Sinon que mon cœur soit vôtre
Comme il est mien.

Oui, oui, vous brûlez,
Chers yeux, yeux joyeux,
Oui, oui, vous êtes,
Yeux, des sources d’amour
Plus claires que le soleil,
Et je ne veux rien d’autre
Sinon que mon cœur soit vôtre
Comme il est mien.

 

 

 

Sù, sù, sù, pastorelli vezzosi

soprano, ténor & basse

Sù, sù, sù, pastorelli vezzosi,
correte, venite
a mirar, a goder
l'aure gradite,
e quel dolce gioir,
ch'a noi porta ridente
la bell'alba nascente.
Mirate i prati pien di fiori
ch'al suo vago apparir
ridon festosi.

Sù, sù, sù, augelletti canori,
sciogliete, snodate
al cantar, al garrir,
le voci amate
e al dolce apparir
salutate l’aurora
e sù rametti pien
del suo leggiadro crin
e sù rametti pien
di vaghi fioretti
dite gl’honori.

Sù, sù, fonticelli loquaci,
vezzosi, correte
à gioir, à scherzar
come solete;
siavi caro il mirar
la bell’alba nascente
e di quai lampi
son coloriti i campi
che prometton ai cor
gioie veraci,
sù, sù, fonticelli loquaci.

Allez, jolis bergers,
Accourez, venez
Regarder, savourer
Les plaisantes brises
Et cette douce jouissance
Que nous apporte en riant
La belle aube naissante.
Regardez les prés pleins de fleurs,
Qui à sa belle venue
Rient et font fête.

Allez, oiseaux mélodieux,
Laissez aller, libérez
Pour chanter, pour babiller
Vos voix chéries,
Et à sa douce venue,
Saluez l’aurore,
Et sur des rameaux pleins
De sa charmante chevelure,
Et sur des rameaux pleins
De jolies fleurs,
Chantez en son honneur.

Allez, sources babillardes,
Ravissantes, courez,
Pour jouir, pour jouer,
Selon votre habitude;
Qu’il vous soit cher de regarder
La belle aube naissante,
Et ces lueurs
Dont sont colorés les champs
Qui promettent au cœur
Des joies véritables,
Allez, sources babillardes.

 

 

 

O mio bene, o mia vita

soprano, ténor & basse

O mio bene, o mia vita,
non mi far più languire.
Non mi negar aita,
ch'io mi sento morire.
Non più guerra d'amore,
no, no, mio core.

O begli occhi, o bei rai,
non più, non più penare,
non mi date più guai,
ch'io mi sento mancare.
Non più guerra di pene,
no, no, mio bene.

O mio core, o mia face,
non m'esser più crudele,
non mi negar più pace,
perché io ti son fedele.
Non più guerra di noia,
no, no, mia gioia.

Ô mon amour, ô ma vie,
Ne me fais plus languir.
Ne me refuse pas ton secours,
Je me sens mourir.
Plus de guerre d’amour,
Non, non, mon cœur.

Ô beaux yeux, beaux rayons,
Plus, non, plus de peine,
Ne m’infligez plus de souffrances,
Je me sens défaillir.
Plus de guerre de peine,
Non, non, mon amour.

Ô mon cœur, ô mon flambeau,
Ne me sois plus cruel,
Ne me refuse plus la paix,
Car je te suis fidèle.
Plus de guerre d’ennui,
Non, non, ma joie.

 

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC