Claudio Monteverdi
[1567 - 1643]
![]() |

Torquato
Tasso [1544 - 1595] Non si
levav'ancor l'alba novella E dicea l'una
sospirand'allora: Laube
nouvelle ne sétait pas encore levée, Et lune
disait alors en soupirant:
né spiegavan le piume
gl'augelli al novo lume,
ma fiammeggiava l'amorosa stella,
quand'i duo vaghi e leggiadrett'amanti,
ch'una felice notte aggiuns'insieme,
com'acanto si volg'in vari giri,
divise il novo raggio e i dolci pianti
nell'accoglienz'estreme
mescolavan con baci e con sospiri
mille ardenti pensier, mille desiri.
Mille voglie non paghe
in quelle luci vaghe,
scopria quest'alma innamorata e quella.
anima, a dio, con languide parole.
E l'altra: vita, a dio, le rispondea,
a dio, rimanti. E non partiansi ancora
inanzi al novo sole,
e inanzi a l'alba che nel ciel sorgea,
e questa e quella impallidir vedea
le bellissime rose
ne le labr'amorose,
e gl'occhi scintillar come facella
e come d'alma che si part'e svella,
fu la partenza loro:
a dio che part'e moro,
dolce languir, dolce partita e fella.
Et les oiseaux nouvraient pas leurs ailes
À la nouvelle lumière,
Mais létoile amoureuse flamboyait,
Quand les deux beaux et séduisants amoureux
Quune nuit de bonheur avait réunis
Comme lacanthe senlace dans ses volutes,
Furent séparés par la naissance du jour; et
leurs douces plaintes
Dans leurs ultimes étreintes
Mêlaient avec des baisers et des soupirs
Mille ardentes pensées, mille désirs.
Et lune et lautre âme amoureuse
Découvrait dans ces beaux yeux
Mille vux insatisfaits.
«Mon âme, adieu», languissantes paroles.
Lautre lui répondait: «Ma vie, adieu,
Reste à la grâce de Dieu." Et ils ne se
séparaient pas encore.
Devant le nouveau soleil,
Et devant laube qui pointait au ciel,
Et lun et lautre voyait pâlir
Les si belles roses
Sur les lèvres amoureuses,
Et les yeux scintiller comme une torche;
Et leur séparation fut comme
Celle dune âme qui sen va et
sarrache:
Adieu, je men vais et je meurs,
Douce agonie, douce et cruelle séparation.
Girolamo
Girolamo Casoni Bevea Fillide
mia Ma Philis
buvait
e nel ber dolcemente
baci al dolce liquor porgea sovente.
Tutto quel che rimase
lieta mi diede poi
misto con baci suoi:
io il bevo e non so come bevo Amore,
che dolcement'anch'ei mi bacia il core.
Et en buvant doucement,
Elle donnait souvent des baisers à la douce
liqueur.
Tout ce qui resta,
Elle me le donna joyeuse,
Mêlé à ses baisers:
Je le bois, et, je ne sais comment, je bois Amour,
Qui doucement lui aussi me baise le cur.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] Dolcissimi
legami Doux
liens
di parole amorose,
che mi legò da scherz'e non mi scioglie.
Così egli dunque scherz'e così coglie ?
Così l'alme legate
sono ne le catene insidiose ?
Almen chi sì m'allaccia
mi leg'ancor fra quelle dolci braccia.
De mots damour,
Il ma lié pour jouer et ne me détache
pas.
Cest donc ainsi quil joue et quil attrape
?
Cest ainsi que les âmes sont liées
Dans des chaînes insidieuses ?
Au moins, que celui qui me lie ainsi
Mattache aussi dans ses doux bras.
Girolamo
Girolamo Casoni Non giacinti
o narcisi, Nous ne
sommes pas jacinthes ou narcisses,
ma piccioletti fior siamo, ch'Amore
mand'a voi, di beltà candido fiore.
O se 'l sol de' vostr'occhi,
pur un poco ne tocchi,
saran vil alghe poi
e narcisi e giacint'a fronte a noi.
Mais toutes petites fleurettes, quAmour
Vous envoie, blanche fleur de beauté.
Oh ! si le soleil de vos yeux
Nous touche un tant soit peu,
Narcisses et jacinthes, en face de nous,
Seront de méprisables algues.
Intorno a due
vermiglie e vaghe labra, Autour de
deux ravissantes lèvres vermeilles,
di cui rose più belle
non ha la primavera,
volan soavi baci a schier'a schiera.
E son più ch'a le stelle
in ciel puro e sereno,
più ch'a le gemme de la terra in seno.
Motti sonori od amorosi o casti,
tra tanti un mi negasti,
spietat'un bacio solo,
tu che non spieghi a volo,
Amor, insidiando a baci
sì com'augei rapaci,
che sol imaginand'han già rapita
quest'alm'e questa vita.
Tendi l'insidie tendi
ed un'almen tra mill'ardito prendi.
Telles que le printemps na pas
De roses plus belles,
De doux baisers volent en troupes,
Plus nombreux que les étoiles
Dans un ciel pur et serein,
Plus nombreux que les gemmes dans le sein de la terre.
Mots sonores, amoureux ou chastes,
Parmi tant, tu men as refusé même un
seul,
Cruelle, un seul baiser.
Toi qui ne tenvoles pas,
Amour, tendant des pièges aux baisers
Comme à des oiseaux rapaces
Qui, rien quen imagination, ont déjà
ravi
Mon âme et ma vie,
Tends tes pièges, tends-les
Et prends-en hardiment au moins un entre mille.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] Non son in
queste rive Il nest
point sur ces rivages
fiori così vermigli
come le labra de la donna mia.
Né 'l suon de l'aure estive,
tra fonti e rose e gigli,
fan del suo canto più dolce armonia.
Canto che m'ardi e piaci,
t'interrompano solo i nostri baci.
De fleurs aussi vermeilles
Que les lèvres de ma dame.
Le son des brises dété,
Entre sources, roses et lis,
Ne fait pas une plus douce harmonie que son chant.
Chant, toi qui menflammes et me séduis,
Que seuls nos baisers tinterrompent !
Filippo
Neri Tutte le
bocche belle, Toutes les
belles bouches
in questo nero volto ai baci sfida
la mia nemica infida.
Restanvi i baci impressi
quasi amorose stelle
nel vago oscuro velo,
onde s'amant'il cielo.
O perché non poss'io cangiarm'in lui ?
ch'intorno a gl'occhi miei
per mille baci mille stell'avrei.
Sont mises au défi par ma perfide ennemie
De donner des baisers sur mon noir visage.
Les baisers y restent imprimés
Comme des étoiles amoureuses
Sur le beau voile obscur
Dont senveloppe le ciel.
Pourquoi ne puis-je être changé en lui ?
Autour de mes yeux, jaurais
Pour mille baisers mille étoiles.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] Donna, nel
mio ritorno il mio pensiero, Dame, pendant
mon retour, mon penser
a cui nulla pon freno,
precorre dov'il ciel è più sereno
e sen vien a far con voi soggiorno,
né da voi si diparte
giamai la nott'e il giorno,
perché l'annoia ciascun'altra parte,
onde sol per virtù del pensier mio
mentre ne vengo a voi con voi son io.
À qui je nimpose aucun frein,
Court devant, là où le ciel est plus
serein,
Et vient demeurer avec vous,
Et ne séloigne pas de vous,
Jamais, ni la nuit ni le jour,
Car tout autre endroit lui pèse;
Ainsi, par la seule vertu de ma pensée,
Pendant que je reviens vers vous, je suis avec
vous.
Girolamo
Casoni Quell'ombr'esser
vorrei Je voudrais
être cette ombre
che 'l dì vi segue leggiadrett'e bella,
che s'or son servo, i' sarei vostr'ancella.
E quando parte il sole,
m'asconderei sotto quei bianchi panni:
lasso, ben ne gl'affanni,
ombr'ignuda d'uom vivo, Amor, mi fai,
ma non mi giungi a la mia donna mai.
Qui le jour vous suit, charmante et belle:
Si maintenant je suis votre serviteur, je serais votre
servante.
Et quand le soleil sen va,
Je me cacherais sous ces draps blancs.
Hélas, dans mes tourments,
Amour, tu fais de moi une ombre nue dhomme vivant,
Mais tu ne me réunis jamais à ma
dame.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] S'andasse
Amor a caccia, Si Amour
allait à la chasse,
Grechin a lass'avria per suo diletto
e de le damme seguiria la traccia,
ché vago pargoletto
è questo come quello
e leggiadrett'e bello.
Vezzosetto Grechino,
se pur vol tuo destino
ch'egli sia cacciatore,
prendi costei mentr'ella fugge Amore.
Il aurait, pour son plaisir, Grechin en laisse,
Et il suivrait la trace des daims
Car lun comme lautre
Est un joli petit enfant,
Et beau et charmant.
Mignon Grechin,
Si ton destin veut
Quil soit chasseur,
Prends celle-ci pendant quelle fuit Amour.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] Mentr'io
mirava fiso Alors que je
regardais fixement
de la mia donna gl'occh'ardenti e belli,
due vaghi spiritelli
fiammeggiando n'uscir a l'improviso,
e leggiadretti e snelli,
facendo mille scherz'e mille giri,
mille fughe d'intorno
e mille aguati dentr'al sen adorno,
mi trassero dal cor mille sospiri,
onde con dolc'ed amorosi lai,
pietà, pietà, gridai.
Les beaux yeux ardents de ma dame,
Deux beaux petits esprits
Flamboyants, en sortirent soudain,
Et, ravissants et rapides,
Faisant mille jeux et mille tours,
Mille fugues tout autour,
Et mille embuscades dans ce sein paré,
Ils me tirèrent du corps mille soupirs,
Si bien quavec de douces et amoureuses
lamentations,
Je criai: pitié, pitié.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] Se tu mi
lassi, perfida, tuo danno: Si tu me
quittes, perfide, tant pis pour toi:
non ti pensar che sia
misera senza te la vita mia.
Misero ben sarei
se miseria stimasse e non ventura
perder chi non mi cura
e ricovrar quel che di me perdei.
Misera e tu, che per novell'amore
perdi quel fido core,
ch'era più tuo che tu di te non sei.
Ma 'l tuo già non perd'io,
perché non fu mai mio.
Ne va pas penser que ma vie
Sera malheureuse sans toi.
Je serais bien misérable
Si jestimais que cest malheur, et non pas
chance,
De perdre qui na cure de moi
Et de retrouver ce que jai perdu de
moi-même.
La malheureuse, cest toi, qui pour un nouvel amour
As perdu ce cur fidèle,
Qui tappartenait plus que tu ne tappartiens
à toi-même.
Mais ton cur, je ne le perds pas,
Car il ne fut jamais à moi.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] Ecco mormorar
l'onde Voici
murmurer les ondes
e tremolar le fronde
a l'aura mattutina e gl'arboscelli
e sovra i verdi rami i vaghi augelli
cantar soavemente
e rider l'oriente;
ecco già l'alba appare
e si specchia nel mare
e rasserena il cielo
e le campagne imperla il dolce gelo
e gl'alti monti indora.
O bella e vagh'aurora
l'aura è tua messagiera, e tu de l'aura
ch'ogn'arso cor ristaura.
Et trembler les feuillages
Dans la brise du matin; vois les arbrisseaux,
Et sur leurs verts rameaux, les beaux oiseaux
Chanter doucement,
Rire lorient;
Voici que déjà laube apparaît
Et vient se mirer dans la mer,
Le ciel redevient calme,
Un doux givre emperle les campagnes,
Et dore les hauts sommets.
Ô belle, ravissante aurore,
La brise est ta messagère, et toi celle de la
brise
Qui rafraîchit tout cur
brûlé.
Enzo
Bentiviglio La bocca onde
l'asprissime parole La bouche
dont sortaient les rudes paroles
solean uscir ch'ir mi facean dolente
vie più di quante mai fur sotto il sole,
or nutre l'alma mia soavemente
d'odor di fresche rose e di viole,
cui cede ogn'altro che l'Arabia sente
e d'ambrosia e di nettare si pasce,
ché tra le perl'e i bei rubini nasce.
Qui me faisaient aller dolent,
Plus dures que toutes celles qui jamais furent sous le
soleil,
Nourrit désormais doucement mon âme
Dune odeur de fraîches roses et de violettes
Qui lemporte sur tous les parfums de
lArabie,
Et elle se repaît dambroisie et de nectar
Qui naissent parmi les perles et les beaux rubis.
Torquato
Tasso [1544 - 1595] Dolcemente
dormiva la mia Clori Ma Cloris
dormait doucement
e intorn'al suo bel volto
givan scherzand'i pargolett'amori.
Mirav'io da me tolto,
con gran diletto lei,
quando dir mi sentei: stolto, che fai ?
tempo perduto non s'acquista mai.
Allor io mi chinai così pian piano
e baciandole il viso,
provai quanta dolcezz'ha il paradiso.
Et autour de son beau visage
Allaient jouant les petits amours.
Je la regardais, arraché à moi-même,
Avec grand plaisir,
Quand je mentendis dire: Que fais-tu, imbécile
?
Le moment perdu ne se retrouve jamais.
Alors, je me penchai, doucement, tout doucement,
Et, lui baisant le visage,
Je sentis combien le paradis a de douceur.
Giovanni
Battista Guarini [1538 - 1612] Crudel,
perché mi fuggi Cruel(le),
pourquoi me fuis-tu,
s'hai della morte mia tanto desio ?
tu sei pur il cor mio.
Credi tu per fuggire,
crudel, farmi morire ?
Ah ! non si pò morir senza dolore
e doler non si pò chi non ha core.
Si tu désires tellement ma mort ?
Tu es pourtant mon cur.
Crois-tu par ta fuite,
Cruel(le), me faire mourir ?
Ah ! On ne peut mourir sans souffrance
Et qui na plus de cur ne peut
souffrir.
Girolamo
Casoni Questo
specchio ti dono, Je te donne
ce miroir,
rosa tu dam'or che l'età consente,
ch'io colga il tuo bel fior primo ridente.
Se ciò non voi, te mira,
cara fanciull'ivi due volt'e poi,
o caduc'onor tuoi,
vermiglia in sul matin, bell'e gentile,
di sera ti vedrai pallida e vile.
Toi, donne-moi ta rose, maintenant que lâge
consent
Que je cueille ta belle fleur en son premier sourire.
Si tu ne veux pas, chère fillette,
Regarde-toi deux fois dans ce miroir: alors,
Ô charmes périssables,
Vermeille sur le matin, belle et gentille,
Le soir tu te verras pâlie et
méprisable.
Bartolomeo
Gottifredi Non
m'è grave 'l morire, Ce nest
pas mourir qui me pèse,
donna, per acquetar vostro desire,
anzi il viver m'annoia,
sapend'esser voler vostro ch'io moia.
Ben morrei più contento,
s'io fossi inanzi a voi di vita spento,
e vi vedess'a sorte
lagrimar per pietà de la mia morte.
Madame, pour satisfaire votre désir;
Cest plutôt vivre qui mennuie,
Sachant que votre vouloir est que je meure.
Je mourrais plus content
Si je perdais la vie devant vous,
Et si par bonheur je vous voyais
Pleurer apitoyée par ma mort.
Filippo
Alberti [1548-1612] Ti
spontò l'ali, Amor, la donna mia, Amour, ma
dame ta rogné les ailes
acciò tu gissi solo
nei suoi begl'occh'a volo.
Mira se queste sono
piume de l'ali tue, ch'io n'ebb'in dono:
o perché piangi, stolto ?
prendi le piume tue,
ma taci pria e gl'occh'asciugh'e 'l volto.
Ah, tel credevi, Amore !
se voi le piume tue, rendimi il core.
Afin que tu ne puisses voler
Ailleurs que sur son beau visage.
Regarde si ce sont bien là
Les plumes de tes ailes, que jai reçues en
cadeau:
Pourquoi pleures-tu, sot ?
Prends tes plumes,
Mais tais-toi dabord, sèche tes yeux et ton
visage.
Ah, tu ty croyais, Amour !
Si tu veux tes plumes, rends-moi mon cur !
Pietro Bembo
[1470-1547] Cantai un
tempo e se fu dolce il canto, Jai
chanté un temps, et si ce chant fut doux,
questo mi tacerò, ch'altr'il sentiva.
Or è ben giont'ogni mia festa a riva
ed ogni mio piacer rivolto in pianto.
O fortunato chi raffrena in tanto
il suo desio: che riposato viva !
Di riposo e di pac'il mio mi priva:
così va ch'in altrui pon fede tanto.
Je men tairai, car cest une autre qui
lentendait.
Maintenant, ma fête est finie,
Tous mes plaisirs se sont changés en pleurs.
Heureux celui qui tient la bride à son
désir;
Quil vive en repos !
Le mien me prive de repos et de paix,
Tel est le sort de qui se fie autant à
autrui.