Sigismondo d'India
[c. 1582 - c. 1629]
Il terzo libro de madrigali a cinque voci, 1615
Troisième livre de madrigaux à 5 voix, 1615
Dispietata pietate
Tasso,
Aminta Dispietata
pietate Une
impitoyable pitié,
fu la tua veramente, o Dafne, allora
che ritenesti il dardo:
però che'l mio morire
più amaro sarà quanto più tardo.
Ed or perché m'avvolgi
per sì diverse strade e per sì vari
ragionamenti invano ? Di che temi ?
Temi ch'io non m'uccida ?
Temi del mio bene.
Deh, lasciami morire in tante pene.
Telle fut vraiment la tienne, Daphné, lorsque
Tu retins ta flèche:
Car ma mort
Sera d'autant plus amère qu'elle tardera
davantage.
Et maintenant, pourquoi me fais-tu errer vainement
Par des chemins si divers,
Par des discours si variés ? De quoi as-tu peur ?
Crains-tu que je ne me tue pas ?
Tu as peur de me voir heureux.
De grâce, laisse-moi mourir au milieu de tant de
peines.
Dove, ah, dove ten vai
Alessandro
Striggio, 1536/37-1592, L'Orfeo Dove, ah,
dove ten vai, unico del mio cor dolce conforto ? Où,
où t'en vas-tu, unique et doux réconfort de
mon cur ?
Poi che non lunge omai
dal mio lungo cammin si scopre il porto,
perché mi fuggi e m'abbandoni, ahi lasso,
sul periglioso passo ?
Qual ben or più m'avanza,
se fuggi tu, dolcissima Speranza ?
Puisque le port apparaît désormais proche
Au bout de mon long chemin,
Pourquoi me fuis-tu, m'abandonnes-tu, ah, hélas !
Dans le passage dangereux ?
Quel bien me reste-t-il désormais
Si tu t'enfuis, toi, douce Espérance ?
Dovrò dunque morire
Ottavio
Rinuccini Dovrò
dunque morire, Je devrai
donc mourir,
a che di nuovo io miri
voi, bramata cagion de miei martiri ?
Mio perduto tesoro,
non poter dirvi, pria ch'io mora: "Io moro" ?
O miseria inaudita,
non poter dir a voi: "Moro, mia vita".
Pour pouvoir à nouveau vous voir,
Vous, cause si désirée de mon martyre ?
Mon trésor perdu,
Ne pas pouvoir vous dire, avant de mourir: "Je meurs !"
?
Ô misère inouïe,
Ne pouvoir vous dire: "Je meurs, ô ma vie
!"
Donna, quanto più a dentro
Torquato
Tasso Donna, quanto
più a dentro Madame, plus
j'ai pu connaître
conobbi il vostro core,
tanto a darvi credenza io son più tardo.
Né stimo quel di fuore,
io dico: un vago inchino, un dolce sguardo,
un dir "nel foco io ardo",
un scolorir di viso,
un dolente sospir, un lieto riso.
L'intérieur de votre cur,
Plus j'hésite à vous faire confiance.
Je ne fais nul cas des signes extérieurs,
À savoir : une jolie révérence, un doux
regard,
Un " Je brûle de passion ",
Un visage qui perd sa couleur,
Un soupir dolent, un joyeux sourire.
Canzone di lontananza: È partito il mio bene
G.-B.
Marino È
partito il mio bene, O Dio ! quel
dolce addio, Ma
bien-aimée est partie, Ô Dieu
! Ce doux " Adieu "
ho perduto il mio core. Ohimè qual vita
in vita or mi sostiene ?
Lasso ! com'è rimaso
fosco il sol, negro il cielo !
Il dì giunto è all'occaso,
amor fatto è di gelo.
Duro partir che m'hai l'alma partita,
chi ti chiamò partire
dovea con più ragion dirti morire.
che piangendo mi disse, a cui piangendo
addio risposi anch'io,
deh, come da la spoglia
l'anima non divise ?
O come per gran doglia
la vita non uccise ?
Alma e vita non ho, poiché perdendo
il mio dolce conforto,
addio dirgli ho potuto e non son morto.
J'ai perdu mon cur. Malheur ! Quelle vie
Me maintient maintenant en vie ?
Hélas ! Comme le soleil
Est resté sombre, le ciel noir !
Le jour est arrivé à son déclin,
L'amour est devenu de glace.
Dure partance qui m'a partagé l'âme,
Je t'appelle "partir",
Je devais avec plus de raison te nommer "mourir".
Qu'elle m'a dit en pleurant, auquel en pleurant
J'ai moi-même répondu "Adieu !",
Ah, comment n'a-t-il pas séparé
L'âme de son enveloppe ?
Comment, par la grande douleur,
N'a-t-il pas tué la vie ?
Je n'ai ni âme ni vie, puisque en perdant
Mon doux réconfort,
J'ai pu lui dire adieu, et je ne suis pas mort.
Ardemmo insieme
Guarini Ardemmo
insieme bella donna ed io "O che soave
amore" Nous
brûlâmes ensemble, une belle dame et moi, "Oh, quel
doux amour",
di sì subito ardore
al Iampeggiar de I'uno e l'altro sguardo,
che se fusse tra noi pari il desio.
parean dir gli occhi suoi,
verso me scintillando,
"ardi, ardi, ch'io ardo."
Lasso ! m'avvidi poi,
quando il mio ben mi fu celato e tolto,
che l'un l'avea nel cor, l'altro nel volto.
D'une ardeur soudaine,
Devant l'éclat de l'un et l'autre regard,
Comme si le désir entre nous était
égal.
Paraissaient dire ses yeux,
Étincelant vers moi,
"Brûle, brûle, puisque je brûle".
Héals ! je vis par la suite,
Quand mon bonheur me fut caché et enlevé,
Que l'un l'avait dans le cur, l'autre sur le
visage.
Perché non mi mirate
Pietro
Petracci Perché
non mi mirate, Pourquoi ne
me regardez-vous pas,
occhi crudi o pietosi,
lumi dolci o sdegnosi ?
Per non mi far gioire,
per non mi far morire ?
Miratemi, mirate,
perché voi m'uccidete e mi beate !
Yeux cruels ou compatissants,
Pupilles douces ou dédaigneuses ?
Pour ne pas me rendre heureux,
Pour ne pas me faire mourir ?
Regardez-moi, regardez,
Puisque vous me tuez et faites mon bonheur !
O fugace, o superba
O fugace, o
superba, o più che vento Ô toi
qui fuis, orgueilleuse, plus que le vent
rapida e lieve, o più che marmo dura
a le mie voci, ed all'incendio mio
via più fredda che neve,
Amarilli crudel, spietata e ria !
Ove fuggi, o chi fuggi, o perché fuggi ?
Deh, ferma, ohimè, lo sbigottito piede,
Amarilli, deh, torna, e ferma alquanto !
Amarilli fugace, ove mi lasci ?
Rapide et légère, plus dure que marbre
À mes paroles, et, devant mon incendie,
Bien plus froide que neige,
Cruelle Amaryllis, dure et sans pitié !
Où fuis-tu, qui fuis-tu, pourquoi fuis-tu ?
De grâce, arrête, hélas, ton pied
affolé,
Amaryllis, de grâce, reviens, arrête-toi un peu
!
Amaryllis qui fuis, où me laisses-tu ?
Deh, s'io v'ho dato il core
Deh, s'io
v'ho dato il core, De
grâce, puisque je vous ai donné mon
cur,
dolcissimo mio bene,
qual più segno maggiore
dell'amor mio volete ?
Ah, che voi m'ancidete,
se ch'io non v'ami, anima mia, credete.
Très douce bien-aimée,
Quel plus grand signe
De mon amour voulez-vous ?
Ah ! vous me tuez,
Puisque vous croyez, mon âme, que je ne vous aime
pas.
Deh, chi mi fa languire
Deh, chi mi
fa languire, Ah, qui me
fait languir,
sorte perversa e ria ?
Il mio cor, l'alma mia.
Deh, chi mi fa morire,
o mia pena infinita ?
Il mio ben, la mia vita.
E mentre parlo e invan sospiro e ploro,
io spasmo, ohimè, io vengo meno, io moro.
Sort pervers et cruel ?
C'est mon cur, c'est mon âme.
Ah, qui me fait mourir,
Ô ma peine infinie ?
C'est ma bien-aimée, c'est ma vie.
Et pendant que je parle et qu'en vain je soupire et
pleure,
Je me pâme, hélas, je défaille, je
meurs.
Dove, dove son io ?
Dove, dove
son io ? Où,
où suis-je ?
Ohimè, chi mi ferisce ?
Ohimè, chi mi rapisce ?
Oh nell'Egeo d'amor dolce sirena,
ch'immergi l'alme in sì soave oblio !
Ma che ninfa terrena,
ma che sirena ! Stolto ! io giurerei
che, se il volto mi scuopri, Angela sei !
Malheur ! qui me frappe ?
Malheur ! qui m'enlève ?
Oh, douce sirène dans la mer d'amour,
Qui plonges l'âme dans un si doux oubli !
Mais quelle nymphe terrestre,
Quelle sirène ? Stupide que je suis ! Je jurerais
Que, si tu me découvres ton visage, tu es un ange
!
Mercè ! grido piangendo
"Mercè
!" grido piangendo "
Pitié " crié-je en pleurant,
Ma chi m'ascolta? Ahi lasso ! io vengo meno.
Morrò dunque tacendo.
Deh, per pietade, almeno,
o del mio cor tesoro,
potessi dirti, pria ch'io mora: "Io moro".
Mais qui m'écoute ? Ah, hélas ! je perds
connaissance.
Je mourrai donc en me taisant.
Ah ! par pitié, du moins,
Ô trésor de mon cur,
Si je pouvais te dire, avant de mourir: "Je
meurs."
Quell'augellin che canta
G.-B.
Guarini, Il Pastor fido, I, 1, 175-186 Quell'augellin
che canta Cet oiseau
qui chante
sì dolcemente e lascivetto vola
ora dall'abete al faggio,
ed or dal faggio al mirto,
s'avesse umano spirto,
direbbe: "Ardo d'amore, ardo d'amore."
Ma ben arde nel core
e parla in sua favella,
sì che l'intende il suo dolce desio.
Ed odi a punto, Silvio,
il suo dolce desio
che gli risponde: "Ardo d'amore anch'io."
Si doucement, et vole allègrement
Tantôt du sapin au hêtre,
Tantôt du hêtre au myrte,
S'il avait un esprit humain,
Dirait: "Je brûle d'amour, je brûle
d'amour."
Mais en effet, il brûle dans son cur,
Et il parle en son jargon,
Si bien que le doux objet de son désir l'entend.
Et tu entends précisément, Silvio,
Le doux objet de son désir
Qui lui répond: "Moi aussi, je brûle
d'amour."
Io mi son giovinetta
"Io mi son
giovinetta "Moi je suis
toute jeunette
e rido e canto alla stagion novella",
cantava la mia dolce pastorella,
quando l'ali il cor mio
spiegò come augellin subitamente
tutto lieto e ridente,
cantando in sua favella:
"Son giovinetto anch'io
e rido e canto a più beata e bella
primavera d'amore,
che nei begli occhi tuoi fiorisce." Ed ella:
"Fuggi, se saggio sei" - disse - : " l'ardore,
fuggi, chè in questi rai
primavera per te non sarà mai."
Et je chante et je ris à la saison nouvelle",
Chantait ma douce pastourelle,
Quand mon cur, subitement,
Déploya ses ailes tel un oiseau,
Tout joyeux et riant,
Chantant en son langage:
"Je suis jeune moi aussi,
Et je ris, et je chante pour le plus gentil, le plus
beau
Printemps d'amour
Qui fleurit dans tes beaux yeux." Et elle:
"Fuis, si tu es sage" dit-elle, "fuis l'ardeur,
Fuis, car dans mes yeux,
Jamais il n'y aura pour toi de printemps."
Ombrose e care selve
Guarini Ombrose e
care selve, Chères
forêts ombreuses,
se sospirando in flebili sussurri
al nostro lamentar vi lamentaste,
gioite anco al gioire, e tante lingue
sciogliete quante frondi
scherzando al suon di queste
piene del gioir nostro aure ridenti.
Cantate le venture e le dolcezze
d'Amarilli e di Tirsi,
avventurosi amanti.
Si vous vous êtes lamentées sur nos
lamentations,
Soupirant en plaintifs chuchotements,
Jouissez aussi de notre bonheur, et mettez en branle
Autant de langues que vous avez de feuilles
Qui jouent au son de ces brises riantes
Pleines de notre bonheur.
Chantez les joies et les douceurs
D'Amaryllis et Tircis,
Amants fortunés.
Lasso, dicea Fileno
"Lasso",
dicea Fileno Ecco ch'io
movo in ver la morte il passo Ma ben ti
seguirò di vita casso, "Hélas",
disait Philène Vois, je
dirige mes pas vers la mort, Mais je te
suivrai, même privé de vie,
alla sua bella Clori:
"Tu mi dicesti: 'mori !';
ed io per tuo contento
or di morir consento.
e m'involo al sereno
del dì, del sol, dei tuoi fulgenti rai.
Più non mi rivedrai.
nudo spirto, ombra errante:
nemico sì, come or ti son amante".
À sa belle Cloris,
"Tu m'as dit: Meurs !
Et moi, pour te contenter,
Je consens maintenant à mourir.
Je m'envole vers le beau temps
Du jour, du soleil, de tes yeux lumineux.
Tu ne me reverras plus.
Esprit dépouillé, ombre errante,
Aussi ennemi de toi que je suis maintenant
amoureux."
Chi vuol aver felice e lieto il core
Chi vuol aver
felice e lieto il core, Qui veut
avoir le cur heureux et joyeux
non segua il crudo Amore,
quel lusinghier che ancide,
quando più scherza e ride;
ma tema di beltà, di leggiadria
l'aura fallace e ria.
Al pregar non risponda, alla promessa
non creda: e se s'appressa,
fugga pur, che baleno è quel ch'alletta;
né mai balena Amor, se non saetta.
Ne doit pas suivre le cruel Amour,
Cet enjôleur qui tue
D'autant plus qu'il badine et rit;
Qu'il craigne le rayonnement trompeur et criminel
De la beauté, de la séduction.
Qu'il ne réponde pas aux prières, qu'il ne
croie pas
Aux promesses; et s'il s'approche,
Qu'il fuie, car ce qui attire est un éclair;
Et Amour ne lance pas d'éclairs sans transpercer de
flèches.
Indarno Febo il suo bell'oro eterno
Gabriello
Chiabrera (1552-1638) ou Francesco Rasi
(1574-1621) Indarno Febo
il suo bell'oro eterno C'est en vain
que Phébus me montre
e Cinzia mi disvela il puro argento,
ch'io lontano da voi nulla non sento.
E move indarno lusinghievol vento
e tra bell'erbe di ruscello il suono,
ch'io lontano da voi nulla non sento;
Ohimè, dell'esser mio poco ragiono:
ch'io lontano da voi nulla non sono.
Son bel or éternel, et Cynthie son pur argent:
Loin de vous, je ne ressens rien.
C'est en vain que le vent enchanteur se meut,
Comme le son du ruisseau parmi les belles herbes:
Loin de vous, je ne ressens rien.
Hélas ! je ne dis pas grand chose de mon
être:
Loin de vous, je ne suis rien.
O rimembranza amara
Francesco
Rasi O rimembranza
amara, O rimembranza
amara, Amer
souvenir Amer
souvenir,
che somministri al core
infinito dolore,
omai partiti a volo;
e con l'acceso stuolo
degli alati sospiri
partansi i miei desiri.
fui ben per te felice;
or sei del viver mio,
se non ti prenda oblio,
solo tormentatrice.
Qui infliges au cur
Une infinie douleur,
Envole-toi maintenant;
Et qu'avec la troupe enflammée
Des soupirs ailés
S'en aillent mes désirs.
Oui, grâce à toi, j'ai été
heureux;
Maintenant, si l'oubli
Ne s'empare pas de toi,
Tu n'es que le bourreau de ma vie.
Non è di gentil core
Fabrizo
degl'Atti Non è
di gentil core Il n'a pas un
cur noble,
chi non arde d'amore.
Ma voi, che del mio cor l'anima sete,
e nel foco d'amor lieta vivete,
sete di gentil core,
perché ardete d'amore.
Celui qui ne brûle pas d'amour.
Mais vous, qui êtes l'âme de mon cur,
Et vivez heureuse dans le feu de l'amour,
Vous avez un cur noble,
Parce que vous brûlez d'amour.
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