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[1698
1782]
Achille in Sciro
Drame
conçu et développé par l'auteur dans le
délai de dix-huit jours qui lui avait
été imparti, et représenté pour
la première fois, avec la musique de
Antonio
Caldara,
à Vienne, au grand théâtre de la cour
impériale, en présence des augustes
souverains, le 13
janvier 1736,
pour les heureuses noces de leurs altesses royales
Marie-Thérèse, archiduchesse d'Autriche,
depuis impératrice et reine, et de
François-Étienne, duc de Lorraine, grand-duc
de Toscane et plus tard empereur des Romains.
![]()
La
renommée a fait savoir de longue date que,
désireux de venger par la destruction de Troie
l'offense collective soufferte lors de l'enlèvement
d'Hélène, tous les princes de la Grèce
unirent jadis leurs forces. Pendant que la formidable
armée se rassemblait, une prédiction
commença à circuler parmi les troupes
coalisées, selon laquelle la cité ennemie ne
serait jamais prise si l'entreprise n'était pas
conduite par le jeune Achille, fils de Thétis et de
Pélée. Cette croyance prit peu à peu
tant de force dans l'esprit des guerriers superstitieux que,
malgré leurs chefs, ils refusaient
catégoriquement de partir sans Achille. Thétis
le sut et, craignant pour la vie de son fils s'il se
retrouvait au milieu des armes, elle entreprit de le cacher
aux recherches des Grecs. Elle courut pour cela en
Thessalie, où Achille était
éduqué sous la conduite du vieux Chiron; et,
l'emmenant avec elle, elle le revêtit
secrètement d'habits féminins, et le confia
à un homme de confiance à qui elle ordonna de
le conduire sur l'île de Scyros, où
régnait Lycomède, et de le surveiller
discrètement, sous le nom de Pyrrha, comme si
c'était sa propre fille. Le
diligent serviteur exécuta scrupuleusement l'ordre,
se rendit avec le précieux enfant à Scyros et,
pour se rendre plus difficile à reconnaître,
changea son propre nom en celui de Néarque; et il
s'introduisit à la cour avec tant d'adresse que tous
deux obtinrent en peu de temps un rang honorable, lui parmi
les serviteurs du roi, et la prétendue Pyrrha parmi
les servantes de la princesse Déidamie, fille de
Lycomède. À la faveur de son
déguisement, Achille put admirer de près les
innombrables atouts de la belle Déidamie,
s'éprit d'elle et ne put lui cacher son
identité: il fut payé de retour, et tous deux
s'enflammèrent d'un amour réciproque des plus
ardents. Avec le temps, le vigilant Néarque s'en
aperçut et, au lieu de s'opposer à leur
passion naissante, il usa de tous les moyens pour la
favoriser, se promettant de trouver en la princesse
amoureuse un secours pour modérer l'impatience
d'Achille; en effet, celui-ci, incapable de retenir les
élans farouches de son naturel belliqueux,
détestait comme des entraves insupportables les
délicats vêtements féminins, et,
à l'éclair d'une épée, au son
d'une trompette, ou seulement en entendant parler, hors de
lui-même, menaçait de se faire connaître;
et il l'aurait fait, si l'attentive Déidamie,
craignant de le perdre, ne s'était efforcée de
le retenir. Or,
pendant que ce souci lui coûtait tant de peine, on sut
dans l'armée des Grecs où et sous quel costume
se cachait Achille, ou du moins on le soupçonna. On
décida donc d'envoyer à Lycomède un
ambassadeur subtil, lequel, sous prétexte de demander
au nom des Grecs des navires et des soldats pour aller
assiéger Troie, s'efforcerait d'établir si
Achille se trouvait bien là, et de le ramener par un
moyen quelconque. Ulysse fut désigné, comme
étant plus habile que tout autre, pour remplir cette
délicate mission. Il partit et débarqua au
port de Scyros le jour où se
célébraient les fêtes solennelles de
Bacchus. La chance lui offrit dès son arrivée
des indices suffisants pour orienter ses recherches, et il
en tira parti; il suspecta qu'en Pyrrha se cachait Achille,
inventa des stratagèmes pour s'en assurer, fit
naître l'occasion de s'entretenir avec lui, en
dépit de la jalouse surveillance de Néarque et
de Déidamie; et, mettant en uvre toute son
artificieuse éloquence il le persuada de partir. La
princesse en fut avertie et courut l'en empêcher, si
bien qu'Achille se trouva dans le plus cruel des dilemmes
entre Déidamie et Ulysse. L'un employait les
aiguillons acérés de la gloire pour l'emmener
avec lui; l'autre déployait les plus efficaces
tendresses amoureuses pour le retenir; et lui, assailli en
même temps par deux passions aussi violentes, flottait
irrésolu dans ce cruel débat. Mais le sage roi
sut y mettre un terme: informé de tout au milieu de
cette agitation, il cède le héros
demandé aux instances d'Ulysse, tout en accordant la
main de la princesse à la demande d'Achille; et, en
lui prescrivant par quelle sage alternance doivent s'aider
entre eux les tendres soucis et les fatigues
guerrières, il met d'accord la gloire et l'amour dans
son esprit combattu. Ce
fait se trouve chez tous les poètes anciens et
modernes; mais comme ils diffèrent grandement entre
eux quant aux circonstances, nous avons nous-même,
sans nous attacher à l'un plus qu'à l'autre,
prélevé chez chacun ce qui nous a paru le
mieux convenir à la conduite de notre
fable.
![]()
Lycomède,
roi de Scyros Chur
de bacchantes La
Gloire Chur de
leurs cortèges
Achille,
en vêtements féminins, sous le nom de
Pyrrha, amoureux de Déidamie
Déidamie,
fille de Lycomède, amoureuse d'Achille
Ulysse,
ambassadeur des Grecs
Théagène,
prince de Chalcis, fiancé de
Déidamie
Néarque,
gardien d'Achille
Arcas,
confident d'Ulysse
Chur de chanteurs
Amour
Le Temps
Le lieu de l'action est le palais de Lycomède, dans l'île de Scyros
Acte premier
|
Extérieur
d'un magnifique temple consacré à
Bacchus, d'où l'on descend par deux vastes
escaliers. Le temple est entouré de
portiques qui, se prolongeant des deux
côtés, forment une grande place. Entre
les colonnes des portiques, on découvre d'un
côté le bois consacré à
la divinité, et de l'autre le port de
Scyros. La place est pleine de bacchants qui,
célébrant la fête de leur dieu,
chantent au son de divers instruments le chur
qui suit.
Précédés
et suivis d'un abondant cortège de nobles
demoiselles, on voit descendre du temple
Coro Choeur Coro Parte
del Coro Tutto
il Coro Parte
del Coro Tutto
il Coro Parte
del Coro Tutto
il Coro Parte
del Coro Tutto
il Coro Choeur Une
partie du Choeur Tout
le Chur Une
partie du Choeur Tout
le Chur Une
partie du Choeur Tout
le Chur Une
partie du Choeur Tout
le Chur
On
entend au loin, dans la direction du port, un son
de trompette inattendu; le chur se tait, la
danse s'interrompt et tous s'arrêtent dans
une attitude de crainte, en regardant vers la
mer. Récitatif Achille Déidamie Achille Déidamie Achille Deux
navires apparaissent dans le lointain. On entend
à nouveau les mêmes sonneries de
trompette. Tous, sauf Achille et Déidamie,
prennent la fuite. Récitatif Achille Déidamie Achille Déidamie Achille Déidamie,
regardant autour d'elle Achille
Récitatif Achille,
absorbé par autre chose, ne
l'écoute pas Déidamie,
bas, à Néarque Néarque Achille Déidamie,
troublée Achille Déidamie
Aria Air Deidemia No,
ingrato! amor non senti; Ami,
se tel rammenti; Déidamie Non,
ingrat ! tu ne ressens pas d'amour, Tu
aimes si tu t'en souviens,
Déidamie
part. Achille va pour la rejoindre, mais,
arrivé au fond de la scène, il se
retourne et s'arrête de nouveau pour regarder
les navires, qui sont maintenant assez proches pour
qu'on puisse distinguer un guerrier à la
rambarde de l'un d'eux.
Récitatif Achille,
revenant sur scène Néarque Achille,
en colère Néarque Achille Calmé,
il s'en va, puis s'arrête. Néarque Achille,
considérant le guerrier qui est sur le
navire Il
redevient décidé. Néarque,
je suis maintenant fatigué de me voir dans
cette robe d'efféminé.
Désormais... Néarque Achille Néarque Achille Néarque Achille,
avec une attitude farouche Néarque Achille Néarque
Aria Air Achille Involarmi
il mio tesoro ! M'avvilisce
in queste spoglie Achille M'enlever
mon trésor ? Le
pouvoir de deux pupilles Il
sort.
Récitatif Ulysse Néarque Il
veut partir. Ulysse,
le considérant attentivement Néarque Ulysse Néarque Ulysse Néarque Ulysse Néarque Ulysse Néarque Il
sort.
Récitatif Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas Il
sort.
Récitatif
Aria Air Ulisse Fra
l'ombre un lampo solo Al
pellegrin ben spesso Ulysse Dans
l'ombre, une seule lueur Au
voyageur, bien souvent, Il
sort.
Récitatif Déidamie Lycomède Déidamie Lycomède,
en sortant Déidamie Lycomède Déidamie Lycomède
Aria Air Licomede Alme
incaute, che torbide ancora Confondete
con l'utile il danno; Lycomède Âmes
imprudentes, qui n'avez pas encore Vous
confondez l'utile et le nuisible, Il
sort.
Récitatif Achille,
avec une ironie dédaigneuse Déidamie Achille Déidamie Achille Déidamie Achille Déidamie Achille Déidamie Achille Déidamie Achille Déidamie Achille
Aria Air Achille Sì,
ben mio: sarò qual vuoi; Achille Oui,
mon amour, je serai tel que tu me veux,
Récitatif Achille,
plein de colère, à Ulysse Déidamie Ulysse Déidamie,
bas à Achille Achille,
se reprenant Ulysse Déidamie Ulysse Il
veut sortir. Déidamie Ulysse Achille Déidamie Ulysse Achille Déidamie Achille,
se retournant Déidamie Achille Ils
sortent.
Récitatif Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse
Récitatif Ulysse Néarque Ulysse Il
sort avec Néarque.
Récitatif
Aria Air Arcas Sì
varia in ciel talora, Non
cambia in altra foggia Arcas Ainsi,
parfois, bigarré dans le ciel, C'est
ainsi que la colombe change Il
sort.
Récitatif Achille Déidamie Achille,
se troublant Déidamie Achille Déidamie Achille Il
va se dissimuler. Lycomède Achille Théagène Achille,
regardant Théagène avec
irritation, s'avance sans s'en rendre
compte Déidamie S'avisant
qu'Achille est déjà près de
Théagène. Pyrrha
! Que veux-tu ? Va-t'en ! Achille,
se retire à l'écart, comme plus
haut Déidamie Théagène Lycomède Déidamie Achille Lycomède Déidamie Lycomède Déidamie Lycomède
Aria Air Licomede Intendo
il tuo rossor; Il
farti più soffrir Lycomède Je
comprends ta rougeur, Te
faire souffrir davantage; Il
sort.
Récitatif Théagène Déidamie
Aria Air Deidamia Del
sen gli ardori Se
fosse ognuno Déidamie Que
nul ne me vante Si
chacun était Elle
part avec Achille, lequel s'arrête avant de
sortir.
Récitatif Il
veut suivre Déidamie. Achille,
le retenant Théagène Achille,
décidé Théagène Achille Théagène Achille Il
part lentement. Théagène Achille,
partant lentement Théagène Achille,
l'air féroce Théagène Pendant
qu'Achille se retourne pour partir, il rencontre
sur scène Déidamie, qui lui dit en
colère: Déidamie Elle
le laisse, confus. Achille Théagène
Aria Air Achille Risponderti
vorrei Amor,
che a suo talento Achille Je
voudrais te répondre, Amour,
qui à sa guise, Il
sort.
Récitatif
Aria Air Théagène Chi
mai vide altrove ancora Cinga
il brando, ed abbia questa Théagène Qui
a jamais vu ailleurs Qu'elle
ceigne une épée, et qu'elle ait Il
sort.
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Acte deuxième
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Récitatif Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas Ulysse
Récitatif Ulysse,
bas, à Arcas Arcas,
bas, à Ulysse Ulysse Regardant
les sculptures. Ces
marbres sculptés semblent pleins de vie. Te
voici, Alcide, en train d'abattre l'Hydre. Ah ! on
voit sur son visage son esprit guerrier ! L'habile
artiste a bien exprimé son âme sublime
sur son visage. (Bas, à Arcas)
Regarde s'il m'entend. Arcas,
bas, à Ulysse Ulysse Achille Ulysse,
bas, à Arcas Arcas,
bas, à Ulysse Ulysse Se
tournant dans une autre direction. Que
vois-je ? Voici la terreur d'Érymanthe en
personne, accoutrée d'une robe, à
côté de sa Iole. Ah ! l'artiste a fait
une erreur. Il n'aurait jamais dû avilir son
burin à cet indigne souvenir de bassesse.
Ici, Alcide fait pitié, ce n'est plus
lui. Achille Ulysse Arcas Ulysse Il
se dirige vers Achille. Arcas,
retenant Ulysse Ulysse
Récitatif Ulysse En
faisant mine de se retirer, il s'arrête pour
écouter ce que lui dit
Lycomède. Lycomède Ulysse
Aria Air Ulisse Quando
il soccorso apprenda Più
gli farà spavento Ulysse Quand
il apprendra quel renfort Ce
renfort à lui seul Il
sort avec Arcas.
Récitatif Achille Lycomède Achille Lycomède Achille,
commence à se troubler Lycomède Achille Lycomède Achille,
en colère Lycomède Achille,
faisant effort pour se contrôler Lycomède Achille Lycomède Achille Néarque Lycomède
Aria Air Licomede Fa
che si spieghi almeno Di'
che ho per lei nel seno Lycomède Fais
qu'au moins cette âme Dis-lui
que j'ai dans mon sein Il
sort.
Récitatif Néarque Achille Néarque Achille Néarque Achille Néarque Achille Néarque Achille Néarque Achille Néarque Achille
Aria Air Achille Potria
fra tante pene Ché
quel pietoso affetto, ? Achille Pour
laisser l'être aimé Car
ce sentiment de pitié Il
sort.
Récitatif
Aria Air Néarque Così
leon feroce Ed
a tal segno oblia Néarque Ainsi
le lion féroce Et
il oublie à tel point Il
sort.
Coro Choeur Lungi
lungi fuggite fuggite, Dolci
affetti, diletti sinceri Lungi
lungi fuggite fuggite, Loin,
loin, fuyez, fuyez, Qu'Amour
offre, que la Paix dispense Loin,
loin, fuyez, fuyez,
Récitatif Déidamie Achille Théagène,
regardant Déidamie et Achille Achille,
allant prendre la coupe Lycomède,
à Ulysse Ulysse Théagène Ulysse Lycomède Un
page tend la coupe à Achille: celui-ci, en
la prenant, reste frappé en entendant
l'artificieux discours d'Ulysse. Ulysse Déidamie Achille,
se réveille, prend la coupe, se remet en
chemin puis s'arrête à nouveau Ulysse Déidamie Achille,
va avec la coupe vers Déidamie Déidamie,
bas, à Achille, en prenant la
coupe Achille Lycomède Déidamie Achille Un
page lui présente la lyre; d'autres
installent un siège sur un des
côtés, en vue de la
table. Théagène Ulysse,
bas, à Arcas Arcas,
bas, à Ulysse Il
sort.
Aria &
Coro Air &
Choeur Achille
(canta
accompagnandosi con la lira) Vuoi
che al potere Coro Achille Se
fra gli armenti ? Coro Achille E
vuoi che baci Coro Achille,
chante
en s'accompagnant de la lyre Tu
veux que tout cède Chur Achille S'il
a mugi, négligé, Chur Achille Et
tu veux qu'il baise Chur
Récitatif Le
chant d'Achille s'interrompt lorsque arrivent les
cadeaux d'Ulysse apportés par les gens de sa
suite. Ulysse Lycomède Achille,
avisant une armure qui se trouve parmi les
cadeaux Lycomède,
admirant des vêtements Théagène,
admirant les vases Déidamie,
admirant les joyaux Achille,
se lève pour aller voir les armes de plus
près Déidamie Achille,
se rassied Des
voix en coulisse On
entend un fracas d'armes et d'instruments
militaires. Tous se lèvent effrayés;
seul Achille reste assis, dans une attitude
farouche. Lycomède Arcas,
arrive en feignant la peur Ulysse,
feignant la surprise Arcas Déidamie,
s'en va effrayée Théagène,
part en la suivant Des
voix en coulisse On
entend un fracas d'armes. Lycomède,
dégainant son épée, court vers
le tumulte. Tout le monde fuit. Ulysse se retire en
cachette avec Arcas pour observer Achille qui se
lève, désormais en proie à
l'aiguillon guerrier.
Récitatif Il
se met en mouvement, furieux, puis s'arrête,
réalisant qu'il a la lyre en
main. Ulysse,
bas, à Arcas Achille Il
jette la lyre et va vers les armes apportées
parmi les cadeaux d'Ulysse. Que
mon bras déshonoré retrouve la noble
charge du pesant bouclier; Il
passe le bouclier à son bras. que
dans cette main flamboie le fer ! Il
saisit l'épée. Ah !
Maintenant, je commence à me
reconnaître ! Ah, si j'étais en face
de mille et mille escadrons ! Ulysse,
se montrant Achille Ulysse Achille,
résolu Il
s'arrête. Ulysse Achille Ulysse Achille Ulysse Il
lui retire son bouclier et le lui
présente. Dis-moi,
te reconnais-tu ? Achille,
déchirant ses vêtements Ulysse Ils
se mettent en route.
Récitatif Achille,
se retournant en colère En
partant Néarque Achille,
se retournant Ulysse Néarque
Aria Air Achille Dille
che si consoli; Che
a' suoi begli occhi soli Achille Dis-lui
de se consoler, Dis-lui
qu'à ses seuls beaux yeux, Il
sort avec Ulysse et Arcas.
Récitatif Déidamie Néarque Déidamie Néarque Déidamie Néarque Déidamie Néarque Il
sort.
Récitatif Théagène Déidamie,
avec impatience Théagène Déidamie,
voulant partir Théagène,
la suivant Déidamie Théagène Déidamie,
impatiente Théagène Déidamie
Aria Air Deidamia Non
vedi, tiranno, Che
ho l'alma sì oppressa, Déidamie Ne
vois-tu pas, tyran, Que
j'ai l'âme si oppressée Elle
sort.
Récitatif
Aria Air Teagene Disse
il ver ? parlò per gioco ? Pianger
fanno i pianti altrui, Théagène A-t-elle
dit vrai ? Parlé par jeu ? Les
larmes des autres font pleurer, Il
sort. |
Acte troisième
Récitatif Achille Ulysse,
regardant tout autour Achille Ulysse Achille Ulysse Regardant
tout autour. (Et
je ne vois pas encore Arcas.) Achille Ulysse Aria Air Ulisse Del
terreno nel concavo seno Fugge
allora; ma, intanto che fugge, Ulysse Si
un vaste incendie bouillonne, confiné Il
s'enfuit alors; mais tout en fuyant, Récitatif Achille Il
se dirige vers la mer. Récitatif Arcas Ulysse Arcas Ulysse Arcas,
bas, à Ulysse Ulysse Achille,
revenant impatient du rivage Ulysse Achille Arcas Ulysse Achille,
à Arcas Ulysse Arcas Achille Ulysse,
veut le prendre par la main Achille,
se reculant Ulysse Il
le prend par la main et se met en route avec
lui. Récitatif Achille
se retourne, voit Déidamie, et tous deux
s'arrêtent en se regardant attentivement sans
parler. Ulysse,
qui a lâché Achille Arcas Déidamie,
avec passion, mais sans colère Ulysse,
bas à Achille Achille,
à Ulysse Déidamie Achille Arcas Déidamie Achille Ulysse Achille,
à Ulysse Ulysse Achille Ulysse Achille Arcas Achille Déidamie Arcas Déidamie Achille,
à Ulysse, quasiment avec peur Ulysse Achille Déidamie Achille Ulysse Achille,
lui montrant Déidamie Déidamie,
faisant mine de partir Achille,
la suivant Ulysse,
faisant mine de partir Achille Déidamie Ulysse Achille,
à Déidamie Arcas Déidamie Elle
pleure. Arcas Déidamie Achille Ulysse Achille Ulysse Achille Ulysse Devant
les paroles mordantes d'Ulysse, Achille se trouble,
s'enflamme et s'irrite
progressivement. Holà
! rendez sa robe à notre héros. Qu'il
se repose désormais, il a déjà
suffisamment transpiré sous son
casque. Arcas Achille,
à Ulysse Ulysse Achille,
décidé Déidamie Achille Déidamie Achille Achille
part décidé et monte sur le pont du
navire, puis s'y arrête. Ulysse et Arcas le
suivent; Déidamie reste quelque temps
immobile. Arcas Ulysse Déidamie Elle
s'évanouit sur un rocher. Achille,
à Ulysse Ulysse Achille Ulysse Achille Ulysse Achille,
en colère Il
se fraye un chemin avec fougue et court vers
Déidamie. Arcas Achille Ulysse Il
part avec Arcas sans qu'Achille les
voie. Récitatif Achille Déidamie Achille Déidamie Achille Néarque Déidamie,
se relève pour s'asseoir Néarque Déidamie Achille Aria Air Achille Tornate
sereni Oh
Dio! lo sapete, Achille Redevenez
sereins, Oh
Dieu ! vous le savez, Il
sort. Récitatif Néarque Déidamie Aria Air Deidamia Chi
può dir che rea son io, Da
quel volto, in cui ripose, Déidamie Celui
qui ose dire que je suis coupable, Ce
visage où un ciel favorable, Elle
sort. Récitatif Aria Air Nearque Cedo
alla sorte Nemico
è il vento, Néarque Je
cède au destin Le
vent est hostile, Il
sort. Récitatif Théagène Achille Lycomède Achille Lycomède Aria Air Licomede Or
che mio figlio sei, Così
chi a tronco antico Lycomède Maintenant
que tu es mon fils, De
même, celui qui greffe Récitatif Ulysse Lycomède Achille,
venant à la rencontre de
Déidamie Déidamie,
s'agenouillant Lycomède Déidamie
se relève. Ce
que tu voudrais me dire est superflu. Je comprends
déjà tout l'ordre des destins. Il est
nécessaire de régler un grand
débat, on l'attend de moi: écoutez.
Pour avoir l'empire entier du cur d'Achille,
la gloire et l'amour sont en compétition.
Celui-ci veut qu'il ne soit capable que de tendres
sentiments, celle-là veut qu'il ne soit que
fureurs guerrières. Injustes l'un et
l'autre, ils sont trop exigeants. Ulysse, que
serait notre héros s'il ne respirait
à toute heure que colère et fureur ?
Que deviendrait-il, ma fille, si on le voyait
toujours languissant parmi les soucis de l'amour ?
Qu'il aille là où l'appelle la
trompette excitante, mais en tant que ton
époux. Qu'il revienne à tes
côtés, mais couronné de
trophées. Qu'il se remette de ses sueurs en
se reposant, qu'il honore son repos par ses
sueurs. Achille Déidamie Ulysse Achille Lycomède Coro Air Ecco,
felici amanti, Ecco
a recar sen viene Voyez,
heureux amants, Voyez,
il vient apporter Pendant
qu'on chante le chur qui
précède, descendra des cintres un
dense globe de nuées qui occupera en se
développant une grande partie du palais et
découvrira ensuite aux spectateurs le
lumineux temple de la Gloire, tout orné de
statues de ceux qu'elle a rendus immortels. On
verra en l'air, devant le temple lui-même, la
Gloire, Amour et le Temps, et dans une zone moins
élevée, les nombreuses troupes de
leurs suites. Récitatif Le
Temps Amour Le
Temps La
Gloire Amour Le
Temps Amour Le
Temps La
Gloire Il
Tempo Le Temps,
l'Amour, la Gloire & le Choeur Tutti
tre Coro Tutti Tous
les trois Chur Tous
Portiques
du palais, donnant sur la mer.
Des navires à peu de distance du
rivage
Ulysse, Achille en tenue
guerrière
Achille, maintenant, je te reconnais. Tes anciens
vêtements te frustraient d'une grande partie
de ton allure majestueuse, royale. Maintenant,
voici le guerrier, voici le héros ! Ainsi le
nouveau serpent sort rajeuni au soleil; il semble,
pendant qu'il se love et s'allonge, que ce soit un
autre qui sort de la dépouille qu'il
laisse.
Oui, grâce à toi, grand chef, je
reviens à la vie, je respire enfin; mais,
tel le prisonnier fraîchement
délivré de ses liens, je doute encore
de ma liberté; j'ai sur les yeux l'ombre du
lieu de réclusion, j'entends autour de moi
le son des chaînes.
(Et Arcas n'arrive pas !)
Ulysse, ce sont tes navires ?
Oui; et ils vogueront aussi fiers de leur charge
que jadis la nef Argo fut fière de la
sienne: Achille à lui seul vaut autant que
la troupe de tous ces héros et les
trésors de Phrixos.
Alors, qu'attendons-nous ?
Holà ! matelots, dépêchez-vous
de venir à terre.
Ah, pourquoi ces rives ne sont-elles pas celles de
l'hostile Scamandre ? Là, on verra comment
Achille se corrige. La noble sueur de mon front
effacera les taches indignes de mon nom; mon
épée fera excuser l'inaction de
Scyros; et peut-être occuperai-je tant la
Renommée avec mes nouveaux trophées,
qu'elle ne pourra parler de mes erreurs.
Ah, quels sentiments ! Quelles paroles ! Quel
repentir ! Quelles ardeurs dignes d'Achille ! Et on
voulait frustrer la terre de tout cela ? On
espérait, dans l'étroit
périmètre de Scyros, cacher un si
grand larcin ? Oh, mère trop injuste, trop
craintive ! Elle n'a pas prévu que pour
cacher un tel feu, tout art est vain, tout obstacle
est insuffisant ?
Vasto incendio se bolle ristretto,
A dispetto del carcere indegno
Con più sdegno gran strada si
fa.
Crolla, abbatte, sovverte, distrugge
Piani, monti, foreste e
città.
Dans le sein profond de la terre,
Malgré cette indigne prison,
Avec une rage accrue, il s'ouvre un large
chemin.
Il fait écrouler, il abat, il renverse, il
détruit
Les plaines, les monts, les forêts et les
cités.
Les navires viennent d'accoster; Ulysse, je te
précède.
Les mêmes, Arcas qui arrive en
hâte
Arcas, que tu as mis longtemps à arriver
!
Partons, seigneur, hâte-toi; ne nous
arrêtons pas.
Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Partons; tu sauras tout.
Au moins, une indication
discrète...
Oh dieux ! Ivre d'amour, aveugle de colère,
Déidamie nous suit. Je n'ai pas pu la
retenir davantage, et j'ai couru pour la
devancer.
Ah ! il faut éviter cette rude attaque
!
Qu'est-ce qu'on attend donc ?
J'arrive.
Tu es bien troublé, Arcas; quelles nouvelles
as-tu apportées ?
Aucune.
Partons.
Mais qu'est-ce que tu as à te retourner et
à regarder derrière toi ? De quoi
as-tu peur ? Parle.
(Oh ciel !)
Seigneur... J'ai peur... Le roi pourrait apprendre
notre départ inopiné, et employer la
force pour l'empêcher.
La force ? Je suis donc son prisonnier ? Il
prétend donc...
Non, mais c'est un sage dessein que de fuir les
obstacles.
Moi, fuir !
Coupons court à ces inutiles délais.
En mer, en mer, pendant que le flot est calme
!
Les mêmes, Déidamie
Achille, où vas-tu ? Arrête-toi,
Achille !
(Cette fois, oui, j'ai peur.)
(Et voici le combat de la gloire et de l'amour
!)
Barbare ! C'est donc vrai ? Tu veux me quitter
?
(Si tu lui réponds, tu es
vaincu.)
(Je vais me taire).
Cruel, c'est donc cette belle récompense que
tu réservais à tant d'amour ? Ce doux
visage cachait une âme aussi atroce ? Allez
donc, crédules amantes, faites confiance aux
promesses des autres ! Il y a un instant, ce
traître me jurait d'être constant; en
un moment, il a tout oublié; il part, il me
laisse, sans même me dire adieu.
Ah !
(Il ne résiste pas.)
Et quelle raison a fait de toi en un instant mon
ennemi ? Que t'ai-je fait ? Malheureuse que je suis
! De quel crime ta haine est-elle le
châtiment ?
Non, princesse...
Achille !
Rien que deux mots !
(Catastrophe !)
Non, princesse, je ne suis pas le traître ou
l'ennemi que tu dis. Je t'ai juré une foi
éternelle, et je la maintiendrai. Les lois
de l'honneur m'enlèvent à toi; mais
je reviendrai plus digne de ta chère
affection. Si je m'en vais sans rien dire, ce n'est
ni de la haine, ni de la colère, mais de la
crainte et de la pitié: pitié pour ta
douleur trop vive, crainte que ma valeur soit mal
assurée. J'avais prévu la
première, je n'ai pas eu confiance en
l'autre. Je sais que tu m'aimes, chère, plus
que toi-même; je sens...
Achille !
J'arrive !
(En attendant, il ne vient pas.)
Je sens dans ma poitrine...
Assez: je le vois, je suis allée trop loin.
Pardonne mes transports à mon grand amour.
C'est vrai: Achille se doit lui-même à
la Grèce, au monde et à sa gloire.
Va: je ne prétends pas en interrompre le
cours; mon affection, mes vux te suivront.
Mais puisque je dois rester privée de toi,
fais que le coup soit moins subit, moins atroce;
que ma fermeté vacillante ait le temps de
rassembler ses forces. Je ne demande qu'un jour;
après quoi tu partiras en paix. Ah ! on ne
refuse pas aux condamnés un si bref sursis
avant la mort; dois-je craindre que tu me le
refuses ?
(Si elle obtient un jour, elle obtiendra
tout.)
Tu réfléchis ? Tu ne dis rien ? Tu as
les yeux rivés au sol ?
Qu'en dis-tu, Ulysse ?
Que tu es ton propre maître, libre de partir,
libre de rester; mais moi, il ne m'est plus
possible de fouler davantage ce sol;
décide-toi à venir, ou je pars
seul.
(Quelle angoisse !)
Eh bien, réponds.
Je resterais, mais... tu as entendu ?
Eh bien, décide.
Je viendrais bien avec toi, mais... tu vois
?
Eh ! j'ai compris: tu as déjà
décidé de partir. Va, ingrat ! Adieu
!
Arrête, Déidamie !
Je comprends: il a choisi de demeurer. Reste,
lâche ! je te laisse.
Ulysse, attends !
Que veux-tu ?
Tu désires ?
Te faire plaisir... (à part) (Oh ciel
! c'est de la faiblesse !) (à Ulysse)
Te suivre. (à part) (Oh dieux ! C'est
de la cruauté.) Oui, ma gloire exige... Non,
mon amour ne peut souffrir... Oh gloire ! Oh amour
!
(Lequel sera maître de son cur ? C'est
encore incertain.)
Eh bien, puisque une si petite pitié te
coûte une si grande peine, je ne la demande
plus. Je veux maintenant que tu me fasses un don
plus digne de toi. Pars; mais auparavant, plonge ce
fer glorieux dans mon sein. Cet acte de
pitié nous sera utile à tous deux:
toi, Achille, tu commenceras à t'habituer
aux massacres; et moi, au moins, j'éviterai
une plus longue agonie. Toi, tu partiras joyeux
sans avoir personne qui te retienne; moi, je serai
heureuse que cette main aimée, arbitre de
mon destin, si elle m'a refusé la vie, me
donne la mort.
(Moi, je cèderais.)
Cet ultime don...
Ah ! tais-toi ! Ne pleure pas, ma vie ! Ulysse, lui
résister, c'est monstrueux.
Je le vois.
Enfin, elle ne demande qu'un seul jour. Tu peux
bien m'accorder un seul jour.
Oh ! pas question ! Je m'en vais raconter la gloire
d'Achille aux chefs argiens. Ils apprendront de ma
bouche quelle noble sueur lave les taches indignes
de son nom; quelles illustres excuses ton
épée fournit à l'inaction de
Scyros; et de quelle noble série de
trophées la Renommée est porteuse
pour toi.
Mais la valeur ne se perd pas...
Eh ! ne parle plus de valeur. Défais-toi de
ces armes; elle ne feraient que gêner
Pyrrha.
(Il veut le réveiller, et il le
pique.)
Moi, Pyrrha ! Oh dieux ! À moi, une robe
!
Non ? En vérité, tu as donné
une grande preuve de ton âme virile. Tu n'es
pas capable de vaincre un sentiment.
Ah ! apprends à mieux connaître
Achille ! Partons !
Tu me quittes ?
Oui.
Comment ?
Rester serait fatal à mon honneur;
Déidamie, adieu.
(Il a senti l'aiguillon.)
(Et pourtant, je ne suis pas vraiment
sûr.)
Ah, perfide ! ah, parjure ! Barbare ! Traître
! Tu pars ? Ce sont là tes derniers adieux ?
Où a-t-on jamais ouï tyrannie plus
cruelle ? Va-t'en scélérat ! Va, fuis
loin de moi: tu ne fuiras pas la colère des
dieux. S'il y a une justice dans le ciel, s'il y a
de la pitié, tous, tous s'uniront pour te
punir à qui mieux mieux. Où que tu
sois, tu verras ma vengeance te suivre comme ton
ombre. J'en jouis déjà en
l'imaginant; je vois déjà les foudres
étinceler autour de toi ! Ah, non,
arrêtez, dieux vengeurs ! S'il faut que
quelqu'un paie le prix d'une si grande faute,
épargnez son cur, frappez le mien.
S'il a une âme si cruelle, s'il n'est plus
tel qu'il était, moi, je suis telle que je
fus: je vivais par lui, par lui je veux
mourir.
Laisse-moi.
Où cours-tu ?
Au secours de Déidamie.
Ah ! donc...
Tu espères que je vais l'abandonner dans cet
état ?
Ce serait une preuve de ta valeur.
Eh ! tu réclames des preuves de
cruauté, non de valeur. Écarte-toi,
Ulysse !
(Amour a triomphé).
Princesse ! Mon amour ! Écoute-moi ! Ô
dieux ! La malheureuse n'entend plus. Ouvre les
yeux, regarde-moi: Achille est avec toi.
Arcas, j'ai l'impression que ce n'est plus le
moment d'espérer une victoire. Laissons le
champ libre, nous utiliserons d'autres
armes.
Achille, Déidamie, puis
Néarque
Malheur !
Les dieux soient loués, elle commence
à respirer. Non, mon espérance,
Achille n'est pas parti.
Est-ce toi ? Ai-je des illusions ? Que veux-tu
?
Ta paix, mon cur.
Tu as pu, ingrat, me refuser un jour, un seul ! Et
maintenant...
Ce n'est pas moi qui me suis opposé; le
coupable, le voici. Mais... Comment ? Je ne vois
pas Ulysse. Ah ! il m'a
abandonné.
Si tu cherches Ulysse, il est en train de courir
chez le roi: il veut que celui-ci découvre
qui tu es.
Parmi tant de malheurs, il ne manquait que
celui-ci. Voici notre secret
révélé à mon
père.
Ce n'est pas qu'il l'ait ignoré
jusqu'à présent.
Théagène s'est interrogé sur
tes transports et en a trouvé la cause; il a
couru trouver le roi et il est encore avec
lui.
Malheur ! Ô dieux, que vais-je devenir ?
Achille, si tu m'abandonnes, qui sera mon recours
?
Moi, t'abandonner dans un si grand danger ? Ah, non
! Parmi les entreprises d'Achille, la
première serait une lâcheté ?
Vis tranquille, laisse-moi le souci de ton sort.
Begli astri d'amore:
La speme baleni
Fra il vostro dolore:
Se mesti girate,
Mi fate morir.
Voi soli al mio core,
Voi date e togliete
La forza e l'ardir.
Beaux astres d'amour;
Que brille l'espoir
Au milieu de votre douleur;
Vos tristes mouvements
Me font mourir.
Vous seuls à mon cur
Donnez et ôtez
La force et l'audace.
Déidamie et Néarque
Néarque, je tremble. Ah,
réconforte-moi.
Comment puis-je te réconforter, alors que je
suis plus accablé, plus perturbé que
toi ?
Dieux cléments, si mes sentiments ont
été purs et innocents, dissipez ce
cruel nuage: c'est vous qui les avez
inspirés, à vous de les
protéger. Si l'amour est une faute, oui, je
l'avoue, j'ai fauté; mais mon excuse est
grande: c'est Achille que j'ai aimé.
Guardi in volto all'idol mio,
E le scuse del mio core
Da quel volto intenderà:
Fausto il Ciel, benigno Amore,
Tante cifre luminose
Di valore e di beltà.
Qu'il regarde le visage de mon idole,
Ce visage lui fera comprendre
Les excuses de mon cur,
Et l'amour bienveillant, ont
déposé
Tant de lumineux caractères
De valeur et de beauté.
Néarque seul
Va maintenant, Néarque, enorgueillis-toi de
la réussite de tes soins. Va dire à
Thétis que tu as su modérer le
farouche Achille. Vante tes discours subtils et
séduisants, montre tes plaisants conseils
lénifiants. Tous tes stratagèmes,
toutes tes ruses, les voici perdus. Ulysse à
lui seul a suffi à tout défaire. Quel
est l'astre perfide qui l'a amené à
ce rivage ?
Gli allori estremi;
Non son più forte
Per contrastar.
L'onda è infedele;
Non ho più remi,
Non ho più vele;
E a suo talento
Mi porta il mar.
Les derniers lauriers,
Je n'ai plus la force
De combattre.
L'onde est infidèle,
Je n'ai plus de rames,
Je n'ai plus de voiles,
Et la mer m'emporte
À sa volonté.
Le
palais
Lycomède, Achille, Théagène,
avec un nombreux cortège
Lycomède ne me juge toujours pas digne d'une
réponse ?
Grand roi, ce silence est maintenant trop long.
Satisfais enfin mes prières, les demandes
d'Achille. Qu'est-ce qui te retient ? Serait-ce la
parole que tu m'as donnée ? Je ne me
méconnais pas au point d'oser m'opposer
à un si brillant hyménée. Je
sais tout ce que le monde doit en espérer;
je vois qu'il a été
préparé au Ciel: jamais le Destin n'a
tissé ensemble tant de
péripéties dépourvues de
mystère. Qu'est-ce qui pourrait t'irriter ?
L'amour ? Mais depuis quand un amour innocent
est-il une faute dans un cur noble ? La
tromperie ? C'est Thétis la coupable, et
elle a déjà été punie :
elle voulait avec ce stratagème cacher son
fils à tous les regards, et elle l'a
montré à tous. Oh ! comme la Terre
exultera devant ce nud illustre: elle n'a
jamais vu tant de valeur, tant de beautés et
tant de vertus s'unir. Quel soin le Ciel ne
prendra-t-il pas de tels époux,
puisque
l'un et l'autre également descend de
lui
! Et quels descendants il devra en attendre,
puisque tous les aïeux d'Achille aussi bien
que les tiens furent des héros !
(Qui se serait jamais attendu à ce que je
trouve un soutien en Théagène
?)
Achille, ton nom résonne dans mon âme
avec tant de grandeur qu'il en chasse tout autre
penser. Que puis-je dire de l'hymen que tu
sollicites ? Le généreux
Théagène l'applaudit, le Ciel le
veut, tu le demandes: j'y consens. J'admire de si
étranges événements, et,
respectueusement, j'adore en eux les décrets
de la sagesse immortelle.
Ah, Lycomède !... Ah, Théagène
!... Gardes, allez presser de venir ma
épouse, ma bien-aimée. (à
Théagène) Prince, oh combien,
combien je te dois ! Père, seigneur, comment
pourrai-je montrer ma reconnaissance pour un don si
précieux ?
Pour Lycomède, être père d'un
tel fils est un grand remerciement.
Sfido il destin nemico;
Sento degli anni miei
Il peso alleggerir.
Florido ramo innesta,
Nella natia foresta
Lo vede rifiorir.
Je défie le destin hostile,
Je sens s'alléger
Le poids de mes années.
Un rameau à fleurs sur un vieux tronc,
Dans sa forêt natale,
Le voit refleurir.
Les mêmes, Ulysse, puis Déidamie, et
enfin tous
Ah ! viens, Ulysse. Peut-être as-tu appris
les bonheurs qui m'arrivent ?
C'est un souci bien différent qui
m'amène ici. Grand roi, il faut que, sans
plus rien voiler, je t'expose enfin la
volonté des Grecs. Sache...
Je sais déjà tout; je
répondrai à tes requêtes point
par point.
Chère épouse, tu arrives enfin ! Ne
te l'avais-je pas dit ? Le sort n'a-t-il pas
changé de visage ?
À tes pieds, mon roi, mon
père...
Relève-toi.
Femme, Ulysse, qu'en dites-vous ?
Devant les justes ordres paternels, je me
tais.
La Grèce heureuse admirera son sage
décret.
Je n'ai maintenant plus rien à
désirer.
Que le lien solide qu'ils appellent de leurs
vux unisse ces illustres époux, et que
la gloire et l'amour soient à nouveau en
paix.
Ecco Imeneo già scende:
Già la sua face accende,
Spiega il purpureo vel.
Le amabili catene
A voi, per man de' numi,
Già fabbricate in Ciel.
Voyez, Hyménée déjà
descend,
Déjà il allume son flambeau
Et déploie son voile pourpre.
Les aimables chaînes
Déjà forgées au Ciel
Pour vous, par la main des dieux.
Quel nouveau motif vous amène vers moi,
dieux rivaux ? Amour, qui a toujours voulu
séduire mes fidèles; le Temps jaloux,
sans cesse appliqué à me ternir:
combien, en un moment, l'un et l'autre changent
d'attitude, et, désormais amicaux, n'ont
plus trace sur le visage de leur ancienne haine
!
Il n'y a plus de colère dans le
ciel.
Même pour les dieux, cette lumineuse aurore
est messagère de paix. Aujourd'hui, un
nud impérissable vient sur les rives
royales de l'Ister unir les âmes augustes de
Thérèse et François. Leur
flamme est l'uvre d'Amour; mais cette si
belle flamme, c'est à toi que j'en dois les
commencements. La majestueuse beauté qui
émane d'eux pouvait à elle seule
suffire à la faire naître; mais j'ai
voulu la faire venir de sources plus sublimes. J'ai
exposé à chacun des nobles
époux la gloire et les ancêtres de
l'autre, et le vif désir d'honneur commun
à tous. Leurs grandes âmes se sont
admirées à tour de rôle, et
chacune s'est reconnue en l'autre. Une telle
ressemblance les a rendus amoureux. Ainsi, chez
tous les deux, Amour fut la cause et l'effet, si
bien qu'il reçoit et restitue l'élan
qui fait brûler et resplendir ces deux
flambeaux réunis. Ah ! Tant que mon feu, si
tu l'alimentes, a tant de puissance, je suis ton
fidèle, et non ton rival.
Et toi, déesse des héros, ne
m'appelle pas ton ennemi. Comment te rendre obscure
après un tel hyménée ? Le
époux royaux se sont eux-mêmes
modelés sur les grands exemples de
Charles
et d'Élisa.
Maintenant que le Ciel les unit, ils prolongeront
dans leurs fils les vertus des Césars.
Quelle ombre opposer à tant de
lumière ? Ah ! je ne le souhaite pas: je
suis fier d'être vaincu. Que leurs grands
héritiers donnent leur nom aux
siècles à venir ! De leur louange
inextinguible, je ferai un trésor et j'en
serai le gardien.
Il est donc enfin arrivé, l'heureux jour
dont le Ciel s'est tant entretenu ? Qui recueille
les espoirs de tant de royaumes, et qui arrive en
précurseur de tant de vux ? Oh, jour
de joie ! Courons, dieux mes amis, accroître
la pompe du palais en fête ! Il nous faut
unir tous nos soins en faveur des illustres
époux.
Je veux toujours fournir un nouvel aliment au feu
que j'ai fait naître en eux.
Je gouvernerai le cours long et tranquille du
fleuve de leur vie.
Grâce à moi, le royal lit nuptial sera
fécond en héros.
Je préserverai les exemples des aïeux
reculés pour les plus lointains
descendants.
J'ai été pour ceux-là, je
serai pour ceux-ci une compagne et un guide. Je
revêtirai tous leurs noms de lumière.
Tutti
venite, o dèi,
Il nodo a celebrar,
I dolci ad affrettar
Bramati istanti.
Ecco,
felici amanti,
Ecco Imeneo già scende:
Già la sua face accende,
Spiega il purpureo vel.
Ecco
a recar sen viene
Le amabili catene
A voi, per man de' numi,
Già fabbricate in Ciel.
Venez
tous, ô dieux,
Célébrer le nud,
Hâter les doux moments
Si désirés.
Voyez,
heureux amants,
Voyez, Hyménée déjà
descend,
Déjà il allume son flambeau
Et déploie son voile pourpre.
Voyez,
il vient apporter
Les aimables chaînes
Déjà forgées au Ciel
Pour vous, par la main des dieux.

Compositeurs
ayant utilisé ce livret -
Antonio
Caldara -
Vienne 13 février 1736
- Domenico
Natale Sarro
- Naples 4 novembre 1737
- Giuseppe
Arena -
Rome 7 janvier 1738
- Pietro
Chiarini, dit Il Bresciano
- Venise carnaval 1739
- Leonardo
Leo -
Turin carnaval 1740
- Niccolo
Jommelli
- Vienne 30 août 1749
- Sciroli
- Naples 1751
- Manna
- Milan 1755
- Mazzoni
- Naples 1756
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