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Georg Friedrich Händel

[1685 - 1759]

Lothaire

Lotario

Opéra seria en III Actes
Livret de Giacomo Rossi,
d’après l'Adelaide (Venise, 1719) de Antonio Salvi

Londres, 2 décembre 1729
hwv 26

 

 

les personnages

 

Adélaïde (Adelaide), reine d’Italie, soprano
Lothaire (Lotario), roi de Germanie et amoureux d’Adélaïde, contralto
Bérenger (Berengario), anciennement duc de Spolète, roi d’Italie, ténor
Mathilde (Matilde), femme de Bérenger, alto
Hildebert (Hildebert), fils de Bérenger, amoureux d’Adélaïde, alto
Clodomir (Clodomiro), capitaine de Bérenger, basse

Choeur

 

 

 

 

Acte I
Acte II
Acte III

 

 

Acte premier

 

Scène premiere
Jardin à l’extérieur de la ville de Pavie
Bérenger avec sa suite, puis Hildebert

 

Air - Larghetto

 

Bérenger

La charge d’un trône est pesante,
l’espérance fait croître l’orgueil,
la crainte montre les écueils,
l’une et l’autre ballottent le cœur.

 

{

Récitatif

Hildebert
Seigneur, mon destin veut qu'étant amoureux, je sois malheureux et méprisé.

Bérenger
La superbe Adélaïde te dédaigne donc, et refuse de t’épouser ?

Hildebert
Adélaïde, seigneur, est née reine et héritière de l’Italie; toi, tu lui as ravi une grande partie de son royaume ; et par ta main, son époux a été victime d’une mort prématurée.

Bérenger
Si elle te veut pour ennemi, qu’elle t’aie pour ennemi. Va, mon fils: je veux que tu t’avances en personne pour prendre d’assaut les murs de la cité.

Hildebert
Tu sais, ô Dieu ! que mon cœur vit en Adélaïde...

Bérenger
Il suffit, inutile de résister.
}

 

Scène II
Les mêmes, Clodomir

 

Récitatif

Clodomir
Noble seigneur, le belliqueux roi de Germanie est descendu des Alpes, et il a inondé maintenant de ses armées l’empire d’Italie.

Bérenger
Lothaire ? Qu’est-ce qui le meut ? À quoi prétend-il ?

{Hildebert
C’est peut-être le danger couru par Adélaïde, et le bruit de tes victoires qui le rend jaloux.

Bérenger, à Clodomir
Envoie des éclaireurs observer les mouvements de ce redoutable ennemi; puis,
} promptement, organise {avec Hildebert} le gros des troupes pour l’assaut.

Clodomir sort.

Je veux que Pavie se rende avant que Lothaire arrive.

 

Scène III
Mathilde, Bérenger, Hildebert

 

Récitatif

Mathilde
Sire !

Bérenger
Madame !

Mathilde
Écoute. Dans quelques instants, la superbe Pavie t’ouvrira ses portes.

Bérenger
Et comment ?

Mathilde
{Dans le silence de la nuit prochaine, toute ton armée pourra entrer dans les murailles ennemies ;} avec les trésors promis, tu obtiens l’accord si désiré pour la traîtrise.

Bérenger
Que s’arme maintenant la Germanie ! Je ne la redoute pas.

Hildebert
Et c’est avec de telles machinations, ma royale mère, que tu veux dépouiller Adélaïde de tous ses biens ? Ah, père ! Vois à tes pieds...

Il s’agenouille.

Bérenger
Lève-toi ! Je veux user de clémence en ta faveur. Qu’un héraut aille la trouver, et lui dise dans son message que, si elle épouse Hildebert, la paix et son royaume lui seront rendus dès aujourd’hui, en tant que ma bru; mais que, si elle refuse, elle doit s’attendre à ma colère éternelle et implacable.

 

Air

 

Bérenger

Que cette femme hautaine ne pense pas
Pouvoir me vaincre en orgueil:
Je veux qu’elle t’aime,
Ou que sa rigueur soit écrasée;
Qu’elle attende de ma colère
De dures chaînes aux pieds
Si elle ne cède pas à mon vouloir,
Si elle méprise, hardie et fière,
Les liens de ton amour.

Que cette femme, etc.

 

Scène IV
Mathilde, Hildebert

 

Récitatif

Hildebert
Mère, et reine ! Sous peu, la malheureuse Adélaïde sera ta prisonnière. Ah ! La pauvre perd en un jour son royaume et sa liberté.

Mathilde
En lui donnant mon fils, ne lui rends-je pas en même temps et un époux, et un royaume ?

Hildebert
À cette âme noble, l’un semble méprisable, et l’autre odieux.

Mathilde
Hildebert, calme-toi: pour que le vaste diadème de l’Italie repose sur notre tête, il est nécessaire qu’elle périsse, ou qu’elle t’épouse.

 

Air

 

Mathilde

Va trouver celle que tu adores,
Parle-lui d’amour,
Dis-lui qu’elle belle, ravissante,
Et qu’elle sait rendre amoureux.
Puis dis-lui que tu l’aimes
Et que tu la veux sur le trône,
Qu’elle laisse ses rigueurs
Si elle souhaite régner.

Va, etc.

 

Récitatif

Hildebert
Tant que mes yeux ne seront pas fermés à la lumière du jour, non, ma belle idole, non, tu ne mourras pas.

 

Air

 

Hildebert

Pour te sauver, mon idole,
Je sais ce que je devrai faire:
Je mourrai, mon amour,
Pour toi, pour te sauver;

Mon destin fatal, en te dispensant
De l’obligation de m’aimer,
Sera le triomphe de ma foi.

Pour te sauver, etc.

 

Scène V
Salle d’audiences avec un trône
Adélaïde et sa suite

 

Récitatif accompagné

Adélaïde
Trône, illustre héritage de mes aïeux, combien un traître t’a enlevé de ta splendeur en faisant périr mon époux !

 

Récitatif

Adélaïde
Ah ! Je voudrais tellement te venger ! (aux gardes) Que la garde royale observe strictement tous mes ordres. Faites entrer le guerrier qui demande à me parler seul; que vienne ensuite le messager de Bérenger.

Un garde sort.

Que va-t-il arriver ? Allez exécuter les ordres dans les pièces voisines.

Les gardes sortent.

 

Scène VI
Adélaïde, Lothaire

 

Récitatif

Lothaire
Belle reine, le Ciel qui t’a élue pour régner veut que tu règnes; c’est pourquoi il a poussé mon épée à punir l’injuste oppresseur de ton époux et de ton trône.

Adélaïde
Seigneur, dis-moi qui tu es.

Lothaire
Il n’est pas mince, le secours que je t’apporte des bords de l’Ister: c’est Lothaire, roi de Germanie, qui est avec toi.

Adélaïde
Comment, grand roi ? Ta généreuse pitié...

Lothaire
Calme-toi, belle: ne me découvre pas, seuls doivent être au courant de mon identité l’amour et moi-même.

Adélaïde
L’amour ? Et pour qui donc ?

Lothaire
Pour la charmante Adélaïde: je t’avais déjà vue, majestueuse jeune fille, dans le palais de ton père, et j’ai pensé te demander en mariage; mais ton époux m’a devancé. Maintenant, ton lit de veuve m’a attiré ici: en priorité, je défendrai ta couronne; mais en récompense de mon action, je veux que la mienne ajoute son éclat à ton front.

Adélaïde
Seigneur, tu es roi, tu es valeureux, et tu es digne d’amour. De grâce, va, et procure la paix à une reine infortunée ; et ensuite, espère voir récompenser tes sentiments royaux.

 

Air

 

Lothaire

Souviens-toi, souviens-toi, mon cœur,
De ce que tu me promets,
Car je suis amoureux et roi,
Et je sais triompher.

{Je combattrai pour toi,
Mais quand je reviendrai,
Rappelle-toi, mon amour,
Qu’il te faut aimer.Souviens-toi, etc.
}

Il sort.

 

Récitatif

Adélaïde
Faites venir maintenant le messager.

Elle monte sur le trône.

 

Scène VII
Adélaïde avec des gardes, Clodomir avec un cortège

 

Récitatif

Clodomir
Reine, même au milieu des armes, mon seigneur conserve sa clémence. Il t’offre à nouveau son Hildebert. Choisis: ou l’amour du fils ou la rigueur du père.

Adélaïde
Le cœur de Bérenger est donc si orgueilleux ! Pars, retourne vers lui et réponds qu’Adélaïde ne pense à un second lit nuptial que par désir de venger le premier; qu’elle peut avoir pour époux un roi légitime sans être obligée, pour sa honte et son malheur, de multiplier la lignée de son tyran.

Clodomir
Je ne vois pas, reine, quelle tyrannie tu discernes chez mon seigneur; si on appelle tyrans ceux qui...

Adélaïde
J’ai assez parlé; tu m’as bien entendue.

 

Air

 

Clodomir

Si la mer promet du calme,
Et que le marin ne la prend pas au sérieux,
Plus tard, le vent déchaîne les flots
Et il risque alors d’y être englouti.

De même, si une âme est affligée
Parce que le sort lui a été contraire,
Si elle le voit ensuite apaisé,
Elle ne doit plus irriter ce qui lui est favorable.

Si la mer, etc.

Il part avec sa suite.

 

Scène VIII
Adélaïde, Lothaire

 

Récitatif

Adélaïde
Il faut mettre son espoir dans le Ciel, puis...

Lothaire
Ma reine, ah, quel malheur ! Pavie s’est révoltée, et a ouvert ses portes à ton farouche ennemi.

Adélaïde
Pavie révoltée ? Alors, je suis perdue. Va-t-en.

Lothaire
Tu veux que je t’abandonne, au comble des malheurs ?

Adélaïde
Encore une fois, je t’en prie: va-t-en.

Lothaire
Non, non, je suis mon destin, je suis mon amour: je veux mourir à ton côté.

Adélaïde
Ah! S’il est vrai que tu m’aimes, ne trahis pas mon amour ! Oui, va-t-en, et reviens en vainqueur glorieux; et par ta victoire, assure mon repos.

 

Air

 

Adélaïde

Ce cœur que tu m’as donné,
Reprends-le, mon amour;
Et avec deux cœurs dans la poitrine,
Combats et espère.

Si le mien, que tu m’as dérobé,
Se trouve à bout de forces,
Il recevra du tien
Sa vertu guerrière.

Ce cœur, etc.

Elle sort.

 

Récitatif

Lothaire
Ô paroles bienvenues de ma bien aimée, combien de force et de vigueur vous ajoutez à mon cœur ! Je cours vers l’épreuve; le cruel ennemi peut bien venir avec toute son audace, je ne crains rien.

 

Air

 

Lothaire

Il me semble déjà traîner le téméraire,
Le traître, attaché à mon char;

Il me semble déjà voir le vaincu
Aller les yeux fixés vers le sol,
Plein de douleur et de honte.

Il me semble déjà, etc.

 

Scène IX
Une place de Pavie avec un arc de triomphe
Bérenger, Mathilde, Hildebert, capitaines et soldats

 

Choeur

 

Qu’il vive, qu’il vive, qu’il vive, et qu’il règne avec bonheur, le roi guerrier d’Italie !

 

{

Récitatif

Bérenger
Peuples généreux, votre amour, votre loyauté sont vainqueurs; je suis votre obligé, puisque ce diadème que je ceins est votre don.

Mathilde
La fière Adélaïde ne se présente pas encore au vainqueur ?

Bérenger
Il faut dompter par la clémence la fierté de ce cœur inflexible.

Mathilde
La voici précisément. Vois avec quel visage orgueilleux elle supporte son malheur sans trembler.
}

 

Scène X
Les mêmes, Adélaïde, puis Clodomir

 

Récitatif

Adélaïde
Me voici devant toi, Bérenger, illustre butin de la félonie des autres plus que de ta valeur. Dresse à ta guise tes trophées sur ma ruine. J’ai déjà par ta main perdu mon époux, mon royaume et ma liberté.

Bérenger
Époux, royaume et liberté, si tu le veux, je te les rends; et je dépose toute ma victoire à tes pieds.

Adélaïde
La couronne m’appartient déjà; l’amant et le fils, puisque c’est toi qui les donne, je les refuse.

Entre Clodomir.

Bérenger
Clodomir, qu’apportes-tu ?

Clodomir
D’importantes nouvelles, sire.

Bérenger et Clodomir se retirent à l’écart.

{Mathilde
Même vaincue et écrasée, elle conserve tant d’arrogance !

Hildebert
Une reine ne perd pas son courage dans les infortunes.
}

Bérenger
Lothaire est arrivé sur le Tessin ? Reine, je te confie l’illustre prisonnière; l’intérêt supérieur du royaume m’appelle ailleurs.

{Hildebert
Que va-t-il se passer ?

Bérenger
Ne t’occupe de rien d’autre, mon fils, suis-moi.

Hildebert
Mon cœur me fait pressentir un grave danger.

Hildebert, Bérenger et Clodomir sortent.

Mathilde
Adélaïde, tourne un regard vers le passé, puis vers le présent. Observe ce que tu as été et ce que tu es maintenant: naguère reine, maintenant vaincue et esclave.

Adélaïde
À mes yeux, les grandeurs passées et le malheur présent montrent le même aspect.
}

Mathilde
Ma clémence aurait voulu te serrer sur mon sein, plutôt que voir les fers t’enserrer.

Adélaïde
Et moi, je considère ta clémence comme une peine plus lourde que les chaînes.

{Mathilde
Ton orgueil est trop arrogant, tu dédaignes de monter sur un trône où ma clémence t’élève. Je verrai si ton cœur reste courageux et obstiné quand la dure chaîne des esclaves sera le châtiment et la peine de ta superbe.
}

 

Air

 

Mathilde

Il va tout fiérot,
Le petit oiseau,
Quand il se trouve
En liberté.

Mais si, pris dans des lacs,
En vain il se débat,
En douces notes,
Il demande pitié.

Il va tout fiérot, etc.

Elle sort.

 

Récitatif

Adélaïde
Plus étroites seront les chaînes où mon pied sera attaché par la cruauté des autres, plus elles seront chères à mon âme et plus le cachot me sera agréable.

 

Air

 

Adélaïde

La barque s’amuse en mer
Lorsque sourit la brise favorable;
Mais si ensuite une tempête sauvage
Trouble le ciel, soulève les flots,
Perdue, elle court au naufrage.

Ce n’est pas ainsi que mon cœur
Cèdera à la colère
Et à la fureur d’un sort cruel:
Même en face de la mort,
Il sait triompher avec grandeur.

La barque s’amuse, etc.

 

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Acte deuxième

 

Scène premiere
Vaste campagne avec un pont sur le Tessin
Bérenger

 

Récitatif accompagné

Bérenger, fuyant
Je suis vaincu, ô Ciel, je suis vaincu ! Où est la gloire de mon glaive redouté ? Malheureux, que faire ! Fils, épouse, serviteurs, où êtes-vous ? Ah, je vous perds ! Mais si un sort impitoyable a écrit là-haut que je devais tomber, je mourrai en roi là où j’ai vécu en régnant, et, même en dépit de mon destin sévère, je partirai (var. Curtis: mourrai) libre.

 

Scène II
Bérenger, Lothaire

 

Récitatif

Lothaire
Tu es prisonnier.

Bérenger, se met en défense
Ciel !

Lothaire
Lâche ce glaive !

Bérenger
Mon cœur n’est pas abattu, et bien que vaincu, je mourrai en vainqueur.

Lothaire
Rends-toi, ne crains rien... Tu auras en moi un vainqueur généreux; ton attitude est désespérée.

Bérenger
Plus qu’à ta valeur, orgueilleux guerrier, je me rends au destin.

Il lui remet son épée.

 

Air

 

Bérenger

Royaume et grandeur,
Vassaux et trône
Me sont enlevés
Par un destin cruel et fier.

Mais la valeur
Que j’ai dans le cœur
Ne craint pas les outrages
Des étoiles inflexibles,
Du Ciel irrité.

Royaume et grandeur, etc.

Il sort.

 

Scène III
Lothaire seul

 

Récitatif

Lothaire
Si ma gloire a triomphé du cruel tyran, je sens maintenant dans mon cœur triompher l’amour pour Adélaïde.

 

Air

 

Lothaire

Ma belle, tyrannique,
M’attire et me tue,
Et, comme un papillon,
Mon âme, sa servante,
Adore ce feu
Qui lui brûle les ailes
Et lui donne la mort.

{Mon cœur attaché
Baise avec ravissement
Les douces chaînes
Du cheveu doré
Qui le tient lié,
Et je l’entends qui dit:
“Plus jamais de liberté !”
}

 

Scène IV
Une prison
Adélaïde seule

 

Air - Largo

 

Adélaïde

Esprits éternels, qui gouvernez
Les tribulations des mortels,
De grâce, tournez
Un regard favorable vers mes vœux !

Le désir qui m’enflamme le cœur
Est qu’un prompt destin réunisse
Mon âme avec mon époux adoré,
Pour la rendre ainsi bienheureuse.

Esprits, etc.

 

Scène V
Adélaïde,
Clodomir suivi de deux pages qui portent deux plateaux recouverts

 

Récitatif

Clodomir
Adélaïde, ta reine et la mienne m’envoie vers toi avec deux cadeaux.

Adélaïde
Qui se dit “ma” reine ?

Clodomir, découvre un plateau sur lequel se trouvent un poignard et une coupe de poison
Sur celui-ci, tu vois ta mort, si tu refuses d’épouser Hildebert.

Il découvre l’autre, sur lequel se trouvent un sceptre et une couronne.

Vois maintenant ta félicité, si tu te rends à lui.

Adélaïde
Messager trop joyeux, écoute bien: tu diras à Mathilde que ma constance est bien plus grande que sa tyrannie.

Clodomir
Je ferai ce que tu ordonnes, mais en attendant, choisis: le fer, le poison, ou l’époux, et en même temps le règne.

Adélaïde
Les premiers me conviennent parfaitement, et je méprise les autres.

Elle reçoit le plateau avec le poignard et le poison.

Clodomir
Pense...

Adélaïde
Ne réplique pas.

 

Air

 

Clodomir

Ne te laisse pas abuser par l’espoir
Que ta ferme constance
Puisse jamais t’obtenir ton pardon.

Ton sort est sur tes lèvres:
Un “non” te conduit à la mort,
Un “oui” te conduit au trône.

Ne te laisse pas, etc.

 

Scène VI
Adélaïde, puis Mathilde avec des gardes

 

Récitatif

Adélaïde
Adélaïde, à quoi penses-tu ? La vertu est de ton côté. (Résolument) Prenons maintenant ce fer... Ah, non ! Avec le poison, je subirai le même sort que mon époux.

Pendant qu’elle veut prendre le poison, Mathilde arrive.

Mathilde
Tu es encore vivante, orgueilleuse ? Et tu as également méprisé tous mes cadeaux ?

Adélaïde
Ah, non ! Celui que j’offre à mes lèvres m’est cher.

Elle prend le poison.

Mathilde
Bois. Te voir ainsi tarder m’afflige trop.

Adélaïde
Je vais encore triompher de toi, et de mon destin.

Alors qu’elle veut boire le poison, Hildebert arrive, l’épée nue à la main, repoussant un garde qui s’oppose à lui.

 

Scène VII
Les mêmes, Hildebert

 

Récitatif

Mathilde
Quelle est cette audace ? Oublies-tu que, bien que fils, tu es d’abord un sujet ?

Hildebert
Ce n’est pas à la reine, mais à ma mère que j’en ai.

Mathilde
La reine ne t’écoute pas, si tu implores la mère pour accéder à elle.

Hildebert
Chasse tes soupçons. Je veux simplement qu’elle meure.

Mathilde
Fils chéri !

Hildebert
Mais tu dois savoir qu’elle ne peut mourir seule.

Il donne le poignard à Mathilde et lui présente sa poitrine.

Vois donc: prends ce fer, et dans mon sein...

Mathilde
Lâche, tu m’outrages ! Fou que tu es, tu veux accroître ma honte et sa gloire ?

Adélaïde
Seule ma constance aura la victoire.

Mathilde
Allons, bois ce poison !

Hildebert
Donne-le moi.

Mathilde
Écarte-toi, insensé !

Hildebert
Ah ! Mère, permets au moins...

Adélaïde
Je t’obéis.

Pendant qu’Adélaïde veut boire le poison, Hildebert approche le poignard de sa poitrine et veut se tuer.

Hildebert
Et moi, je me poignarde.

Mathilde, furieuse, arrache le poison à Adélaïde et le jette à terre; elle fait de même avec Hildebert et le poignard
Ah ! Arrêtez, tous deux ! Il arrivera bien, l’instant de me venger de vos outrages, scélérats, (à Adélaïde) sorcière, (à Hildebert) amoureux égaré !

 

Scène VIII
Les mêmes, Clodomir

 

Récitatif

Clodomir
Reine, mauvaises nouvelles ! Notre camp a été vaincu; du roi, ton époux, on ne sait encore rien, et le deuil est extrême.

Hildebert
(Voilà ce qu’on récolte en accablant l’innocence !)

Mathilde
Comme la grandeur change en un moment !

Adélaïde
(Fidèle Lothaire ! Heureux événement !)

Mathilde
Va, général, et renforce les défenses; cherche mon époux, et réunis le Sénat au plus vite; et toi, (à Adélaïde) scélérate, reste dans les fers. (à Hildebert) Toi, progéniture incapable de te battre, reste ici avec elle, des fleurs dans les cheveux, à parler d’amourettes.

 

Air

 

Mathilde

La femme hautaine
Et séductrice
Arme son regard
D’un doux dard;
Après quoi, dans son cœur,
De ton fol amour,
Elle rira bien.

(à Adélaïde)
Mais toi, orgueilleuse,
Femelle téméraire,
Tu n’échapperas pas,
Toujours arrogante,
Comme tu le fais maintenant,
À ma cruauté
Dont tu te moques.

Da capo

 

Scène XI
Adélaïde, Hildebert

 

Récitatif

Adélaïde
Oh Dieu ! Tu mériterais d’être le fils d’un meilleur père ! Qu’il me déplaît de ne pouvoir te rendre amour pour amour !

Hildebert
Il n’est pas permis d’espérer tant de bonheur au fils de tes ennemis; accorde-moi seulement que ma pudique affection...

Adélaïde
J’éprouve pour toi estime, obéissance, respect.

Hildebert
Ah! Permets-moi seulement de t’aimer, ne me l’interdis pas, et je suis satisfait.

 

Air

 

Hildebert

Belle, ne me refuse pas
De pouvoir simplement t’aimer,
J’en suis satisfait;

Après quoi, par ta rigueur,
Déchire mon cœur dans mon sein,
Je ne plaindrai pas.

Belle, etc.

 

Scène X
Adélaïde seule

 

Récitatif accompagné

Adélaïde
Suprême recteur du Ciel, j’adore tes desseins avec soumission. Envoie Lothaire à mon secours si mes malheurs deviennent extrêmes, et, en faveur de l’innocence, fais que de pères cruels naissent des fils miséricordieux.

 

Air

 

Adélaïde

Une source trouble
Donne naissance à un ruisseau plus clair.

Ravissante et parfumée,
La rose est issue des épines;
Une herbe nauséabonde est la mère du lis.

Une source trouble, etc.

 

Scène XI
Murs de la ville de Pavie, avec un pont-levis et une demi-lune.
Au loin, les pavillons militaires dans le camp de Lothaire

Lothaire avec son armée, puis Mathilde sur la muraille, et des soldats

 

Air - Larghetto

 

Lothaire

Combien la valeur est plus forte,
Si un chaste amour lui sert d’escorte !

 

Récitatif

Lothaire
Maintenant que j’ai pris des otages, je vais voir mon soleil en liberté, ou bien Mathilde sera foudroyée par ma colère. [Il regarde la muraille.] La voilà justement. Écoute, femme.

Mathilde
Tu oses m’appeler “femme” ? La province vassale s’incline devant moi; respecte mes titres, appelle-moi reine.

Lothaire
Tu ne l’es pas, car tu as usurpé ton trône. Écoute, femme orgueilleuse: si en ce jour, tu rends à son trône, libre, Adélaïde que tu persécutes, je te pardonne toutes les injures que tu lui as faites. Mais si tu refuses, tu rencontreras la mort, le carnage, la fureur; je frémis déjà.

Mathilde
Qu’Adélaïde vienne, tu verras bien si j’ai peur.

 

Scène XII
Les mêmes, Clodomir, Adélaïde avec des gardes

 

Récitatif

Clodomir
Voici la prisonnière.

Lothaire
Mon beau soleil...

Adélaïde
Mon valeureux défenseur...

Mathilde
Lothaire, lève la tête. Vois-tu cette femme ?

Lothaire
Celle que tu as trahie, arrogante !

Mathilde
Ou bien tu retires ton armée de ce royaume, ou bien [faisant mine de frapper Adélaïde] je l’égorge. Parle !

Lothaire
Malheur ! Ma gloire, et en même temps l’amour...

Mathilde
Je prépare déjà le coup.

Lothaire, indigné
Ah, scélérate, arrête ! Ton époux, qui est en mon pouvoir...

Mathilde
Je ne te crois pas.

Lothaire, aux gardes
Que Bérenger vienne ici; que les troupes se retirent, et toi, femme cruelle, ou bien tu verras, sous tes yeux, ton mari massacré... mais non (apaisé), je veux te calmer (que dois-je faire ? Puisse le Ciel seconder mes vœux !).

Mathilde
Décide-toi, et réponds-moi.

Adélaïde
Grand roi, de grâce, n’accepte pas que mon danger fasse obstacle à ta gloire.

Lothaire
Ah ! mon œil se mouille.

 

Scène XIII
Les mêmes, Hildebert

 

Récitatif

Hildebert
Non, non: la vie d’Adélaïde doit être sauvée au prix de la mienne.

Adélaïde
Ciel !

Mathilde
Ah! Fils traître, fils rebelle !

Hildebert, à Lothaire
Je suis ton prisonnier jusqu’à ce que la belle innocente soit à l’abri de mon impitoyable mère.

Lothaire
J’en demeure abasourdi. [
Mathilde reste en suspens.] Toi si hautaine, voici donc si brusquement ton assurance ébranlée ?

Mathilde
Cruel destin, destin hostile ! je suis au désespoir !

Adélaïde
Lothaire, je retourne au cachot.

Lothaire
Et moi, je reste pour te rendre la liberté par ma valeur.

Lothaire et Adélaïde
Mon amour / Mon héros,
Reçois de moi un doux adieu.

 

Scène XIV
Lothaire, Bérenger, Hildebert, gardes

 

Récitatif

Lothaire
Bérenger,
{considère que tu as privé l’époux d’Adélaïde de sa vie et de son royaume, et que par ma main, le Ciel...

Bérenger
C’est la fortune cruelle, et non ta valeur qui a mis à mes pieds ces fers qui étaient destinés aux tiens.

Hildebert
Oh Dieu !

Lothaire
Écoute, orgueilleux: si ces fers te pèsent, fais qu’aujourd’hui même, ta Mathilde me rende Adélaïde et la ville; ou bien je punirai votre fier orgueil à tous deux.

Bérenger
Je ne veux pas être privé de mes attributs royaux.

Lothaire
Ne t’abuse pas en comptant sur ma clémence.

Bérenger
Je méprise...
}

Lothaire
Je te ferai escorter; va trouver Mathilde; dis-lui que ta vie est en balance...

Bérenger
Ah! sort cruel !

Lothaire
... qu’elle doit prendre une décision rapide, puis reviens; faute de quoi, j’égorge ton fils.

 

Air

 

Bérenger

Instable est la fortune,
Sa roue ne tournera pas
Toujours en ta faveur.

{Mon cœur intrépide
Étanchera par sa souffrance
La colère de cette cruelle.
}

Instable, etc.

 

Scène XV
Lothaire, Hildebert

 

Récitatif

Lothaire, aux gardes
Qu’Hildebert aille à la tente royale; et qu’ensuite, les machines et les troupes soient prêtes pour donner l’assaut aux remparts. Avec deux otages si chers, son époux et son fils, Mathilde doit craindre de mettre en danger celle que j’aime.

 

Air

 

Lothaire

Le voyageur ne doit pas désespérer
si dans son chemin incertain
une nuit obscure
recouvre tout le ciel.

Avec sa chevelure lumineuse,
la belle aube finira par apparaître
pour amener le jour naissant.

Le voyageur, etc.

 

 

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Acte troisième

 

Scène première
Une galerie d’armes
Mathilde et Bérenger avec des gardes

 

Sinfonia

{

Récitatif

Mathilde
Qu’on défasse Adélaïde de ses chaînes, et qu’elle vienne. Dieux, c’est en vain que vous unissez vos forces contre Mathilde.

Bérenger
Voici Adélaïde.

Mathilde, aux gardes
Sortez.
}

 

Scène II
Les mêmes, Adélaïde

 

Récitatif

Bérenger
Viens, belle Adélaïde.

Mathilde
Viens, belle Reine.

Adélaïde
(Bérenger ici ?)

Bérenger
Assieds-toi.

Adélaïde
(Que va-t-il se passer ?)

Bérenger
Assieds-toi et écoute.

Bérenger s’assied à droite, Mathilde à gauche, laissant Adélaïde au milieu.

Reine, le grand Lothaire m’envoie vers toi comme son messager. Il est avide, il est épris de ton beau visage, plus que de mon royaume.

Adélaïde
Bérenger, sont-ce les vraies paroles de Lothaire, ou une invention de Mathilde ?

Mathilde
Lothaire, on le sait déjà, t’invite à monter sur le trône.

Adélaïde
Qu’en résulte-t-il ?

Bérenger
Que désormais, ton destin est changé, et que tu peux, quand il te plaira, apporter à l’Italie la guerre comme la paix.

Adélaïde
Que puis-je faire ?

Bérenger
Rien d’autre qu’épouser Lothaire.

Adélaïde
Eh bien, qu’on ouvre rapidement les portes de la cité, et que le héros y entre.

Mathilde
Mais il faut qu’avant la paix, soit établi le traité de paix.

Bérenger
Écris à Lothaire.

Adélaïde
Et que lui dirai-je ?

Bérenger
Qu’il se lie à nous par un traité de paix et d’amitié, et nous laisse nos royaumes.

Mathilde
Écris que je désire la paix.

Bérenger
Et moi, que je l’implore.

Adélaïde
Ma situation ni ma dignité ne me le permettent.

Bérenger
Ton royaume et ta liberté en dépendent.

Mathilde
Signe cette lettre.

Adélaïde
Et tu crois qu’il reçoit de moi des ordres et des lois ?

Mathilde
Amour le soumet déjà à ta volonté.

Adélaïde
Il ne m’est pas permis d’imposer des lois au vainqueur. Va, toi, parler à Lothaire; s’il te remet sur le trône, j’y consens.

Bérenger
Sans ta plume, le cadeau est incertain.

Adélaïde
Replace-moi sur le trône, et alors, j’écrirai: “Oui, je demande et je veux...”

Bérenger
Considère ce que ton refus...

Mathilde
Et tes réticences te coûteront.

Bérenger
J’ai des forces suffisantes pour tenter un nouvel affrontement.

Mathilde
Ton champion ne pourra pas toujours être invincible.

Adélaïde, se lève en colère
Barbares ! C’est en vain que vous me menacez ! Je retourne dans les fers, dans les chaînes. Lothaire a vaincu; vous, attendez-vous à ce que sa valeur et ma constance vous fassent pleurer.

 

Air

 

Adélaïde

Je ne resterai pas toujours
Ainsi invengée.
(à Bérenger)
Tyran !
(à Mathilde)
Monstre sans pitié !
Oui, mon épreuve doit finir !

Ma hautaine constance
Doit vous ôter toute espérance,
Elle vaincra la colère
Du cruel destin.

Je ne resterai, etc.

 

Scène III
Bérenger, Mathilde

 

Récitatif

Bérenger
Adélaïde voit bien que notre perte constitue son triomphe. Mais après son refus, comment sera-t-il possible de détourner, ô Ciel, l’horrible assaut ?

Mathilde
N’aie crainte; j’y opposerai un cœur de pierre.

Bérenger
Digne épouse.

Mathilde
Conserve avec certitude l’espoir de ta liberté. Adélaïde sera...

Bérenger
J’ai confiance en toi; mais, ô Dieu ! le danger où se trouve mon fils chéri m’aiguillonne, mon amour pour lui et la loi cruelle du vainqueur me rappellent.

 

Air

 

Bérenger

Je vous entends, oui, je vous entends,
Remords qui hantez mon sein;
Vous commencez, barbares,
À me déchirer le cœur.

Mon seul tourment sera
De ne pas trouver de pitié
Chez quelqu’un que, traître et ingrat,
J’ai déjà su offenser.

Je vous entends, etc.

 

Scène IV
Mathilde seule

 

Récitatif

Mathilde
Espérance, ne me trahis pas. Ma constance est mon rempart contre le destin.

 

Air

 

Mathilde

Cet orgueilleux croit déjà
Être arrivé près du rivage
Et ne voit pas
Combien de mer il a à franchir.

{Quelque écueil, qu’il ne voit pas,
Pourra encore fracasser son navire.
Oui, un vent instable peut se lever,
Qui le fera naufrager.
}

Cet orgueilleux, etc.

 

Scène V
Le camp de Lothaire sous les murs de Pavie,
avec des machines de guerre pour abattre les murailles

Lothaire seul

 

Récitatif

Lothaire
Bérenger est déjà revenu à mon camp et dans les chaînes. Puisque l’obstinée Mathilde abuse encore de ma souffrance, allons donner l’assaut aux murailles; il me semble déjà triompher. [à son armée] Aux armes, fidèles soldats, aux armes !

S’ensuit l’assaut. Les machines ébranlent les murailles, qui après quelque résistance s’effondrent en un endroit; sur cette brèche apparaissent Clodomir et Adélaïde, devant de nombreux soldats de la ville.

 

Sinfonia

Récitatif

Lothaire
Malheur à moi ! Que vois-je ? (à ses soldats) Holà ! Arrêtez cet assaut furieux !

 

Scène VI
Lothaire, Hildebert

 

Récitatif

Hildebert
Ah ! Seigneur, si la vie d’Adélaïde t’est chère, arrête le cours...

Lothaire, à un garde qui déploie promptement un drapeau blanc
Déploie une blanche enseigne; puis, amène-moi Bérenger attaché. Le danger couru par Adélaïde doit coûter à la fière Mathilde son époux et son fils.

Hildebert
Épargne mon père, prends mon sang.

Lothaire
Vous mourrez tous les deux, si cette femme inique n’arrache pas Adélaïde à la cruauté de Mars. (Je vais déjouer sa ruse par ma ruse.)

Les gardes amènent Bérenger.

 

Scène VII
Les mêmes, Bérenger

 

Récitatif

Lothaire, à Bérenger
Tu arrives à temps. Holà, soldats !

Hildebert
(Quelle fureur le transporte ?)

Lothaire
Que le père et le fils aillent, la poitrine nue, affronter leurs troupes !

Bérenger
Même dans la victoire, tu es un lâche !

Lothaire
Telle est précisément la cruauté de Mathilde envers Adélaïde. [
Il le fait regarder vers la brèche.] Regarde cette cible innocente exposée aux bras armés.

Hildebert
J’irai seul, seigneur, servir de bouclier à son destin.

Bérenger
Non, je dois y aller à la place d’Hildebert, et je veux y trouver la mort.

Lothaire
Qu’il aille seul !

Hildebert
Heureux destin !

Lothaire
Va-t-en donc, seul et désarmé, et défends ce beau sein de la fureur de mes troupes; puis reviens, ou je tue ton père.

Hildebert entre par la brèche, et fait rentrer Adélaïde.

 

Scène VIII
Lothaire, Bérenger

 

Récitatif

Lothaire
Qu’on escorte Bérenger à ma tente royale, et qu’il y attende l’issue du combat.

Il sort.

Bérenger
L’homme fort méprise les cruels accidents d’un sort inique.

Les gardes l’emmènent.

 

Scène XI
Un endroit isolé à l’extérieur des murs de la cité
Clodomir, puis Lothaire

 

Récitatif

Clodomir
Ah ! Fortune inconstante ! Bérenger est dans les fers, et Lothaire vainqueur, à qui Pavie s’apprête à ouvrir ses portes, fera subir le même sort à Mathilde – qu’elle s’y prépare !

Lothaire, s’avançant vers Clodomir
L’amour m’amène ici

Clodomir
Que vois-je ? Lothaire, le Ciel te sourit.

Lothaire
Le Ciel défend le juste. Mais qui es-tu ?

Clodomir
Je suis un... Tu le sauras bientôt. Ta clémence sait oublier les outrages qu’on a été forcé de faire subir à l’innocence.

 

Air

 

Clodomir

Un arbre orgueilleux élève vers le ciel
Sa haute cime verdoyante;
La foudre tombe sur lui et l’abat,
Il reste mort par terre.

{Ainsi s’élève aussi, majestueuse,
La superbe d’un tyran;
Mais à la fin, punie par les dieux,
On la verra tomber et se consumer
Dans son tourment et sa douleur.
}

Un arbre, etc.

 

Scène X
Lothaire et un garde qui lui remet une lettre

 

Récitatif

Lothaire
“Glorieux roi, Pavie, poussée à l’indignation et à la colère, t’acclame présentement par la voix du peuple et des grands, avec des cris de joie, et souhaite ta victoire.” Adélaïde, je cours vers toi; le brutal orgueil de tes tyrans est vaincu, je t’apporte mon cœur, la liberté, et le trône.

 

Air

 

Lothaire

Je verrai briller
Plus joyeuses et plus belles,
Ô mon beau trésor,
Les étoiles de tes yeux.

{Et mon âme pourra
Dans sa claire splendeur
Enfin consoler
Ses sentiments.
}

Je verrai, etc.

 

Scène XI
Grande salle royale
Mathilde, une épée nue à la main; Hildebert qui la retient

 

Récitatif

Mathilde
Laisse-moi, fils inique !

Hildebert
Que veux-tu faire ?

Mathilde
Je veux m’exposer moi-même au péril de mort auquel tu as arraché ta belle.

Hildebert
Ah, mère !

Mathilde
N’emploie pas ce nom !

Hildebert
Si je l’ai tirée de danger, la décision n’est pas venue de l’amour, mais de la raison. Mère, rends-moi cette épée.

Mathilde
Tu la plongerais dans mes veines !

Hildebert
Eh ! Je veux la tenir uniquement pour ta gloire, ta défense, et ta dignité.

Mathilde
Défense, liberté, vie, ou la mort, venant de toi, je méprise tout. Tu verras que j’ai une âme forte.

 

Air

 

Mathilde

Apprends, couard,
Qu’une âme forte
A toujours en main
La vie ou la mort,
La gloire et le mépris.

Avec un regard impavide,
Je regarde les tourments;
Je suis tout autant
Insensible aux joies,
Je ne prise que la renommée.

Apprends, couard, etc.

Pendant que Mathilde veut s’en aller, elle rencontre Clodomir qui la retient.

 

Scène XII
Les mêmes, Clodomir

 

Récitatif

Clodomir
Grande reine, il n’y a désormais plus d’espoir; Pavie est tombée.

Mathilde
Ô cieux ! Je suis vaincue par toi, fils rebelle ! Mais avant qu’une épée ennemie boive notre sang, qu’on amène Adélaïde, pour qu’elle tombe sous tes yeux, victime immolée à ton amour infâme. Holà, gardes, obéissez !

Hildebert
Ah! Ma reine, j’ai détaché les chaînes d’Adélaïde.

Mathilde
Qu’entends-je ? L’insolence et l’audace d’un fils perfide en sont venues à ce point ? Et je te supporte, et je t’écoute, et je ne te tue pas ?

 

Air

 

Hildebert

Si c’est un crime
De tirer de ses chaînes une innocente
Et de sauver mon idole,
Chère mère, je suis le coupable.
Oui, tue-moi, voici mon cœur.

{Mais si tu considères que l’erreur
Est dictée par la vertu et l’amour,
Chère mère, embrasse ton fils
Et laisse ta fureur.
}

Si c’est un crime, etc.

 

Scène XIII
Mathilde, puis Lothaire avec des gardes

 

Récitatif accompagné

Mathilde
Furies du cruel Averne, où êtes-vous ?
Ah! Oui, je vous entends; barbares,
Vous me déchirez le cœur.
Eh bien donc, allons à la vengeance, au massacre !
Ah! Malheureuse, que peux-tu espérer
De cette main impropre à la guerre ?
Secourez-moi, astres !
Faites que le danger de mon cher époux
Et de mon fils aimé, me retienne.
Non, c’est lâcheté, si ma fureur devient languissante:
Allons, colères, accourez !
Ah ! il faut que l’amour vainque.

Mathilde reste en suspens, les yeux fixés à terre, quand arrive Lothaire.

 

Récitatif

Lothaire
Voici la cruelle. Holà, fidèles soldats, que ses pieds soient enserrés par les fers qu’elle a imposés à mon idole.

Mathilde revient à elle furieuse, et se met en devoir de se tuer.

Mathilde
Non, non, tu ne me verras pas entravée par des liens.

Lothaire, veut l’empêcher de se tuer
Arrête, et pense, scélérate, que ton orgueil...

Mathilde
Si tu approches...

Lothaire
... N’est pas plus grand que ma clémence. Tu es prisonnière.

Mathilde
Tu ne me verras pas céder à mon perfide destin ! Va-t-en ou je me tue.

 

Scène XIV
Les mêmes, Bérenger

 

Récitatif

Bérenger
Mathilde, quelle est cette fureur ? Le cœur du fort vainc par la constance; mourir désespéré appartient à une âme lâche.

Mathilde jette son épée et se laisse enchaîner.

 

Scène XV
Les mêmes, Adélaïde

 

Récitatif

Adélaïde
Mon roi, mon défenseur, laisse-moi étreindre ta main triomphante.

Lothaire
Reine, voici à tes pieds tes farouches ennemis; en récompense, ma foi amoureuse veut te serrer sur mon sein, comme reine et comme épouse.

Adélaïde
Que puis-je refuser à qui me donne la liberté et le trône ? Oui, je suis à toi.

Lothaire
Mon âme, je suis à toi.

Adélaïde
Permets que je te demande une grâce.

Lothaire
Que sera-ce ? Demande.

Adélaïde
Laisse-moi décider du sort des coupables.

Lothaire
Sois seule à distribuer pardon, châtiment, peine et récompense.

 

Scène XVI et dernière
Les mêmes, Hildebert, Clodomir

 

Récitatif

Hildebert
De grâce, ma reine, sauve ceux qui m’ont donné la vie.

Adélaïde
Cette récompense est bien due à ta pure loyauté et à ton chaste amour.

[Elle enlève les chaînes à Mathilde et Bérenger.] Grande âme, je te fais don de tes parents.

(À Lothaire) Mon roi, je dois la vie au prince Hildebert. Je voudrais maintenant...

Lothaire
Tu es l’arbitre de tes royaumes et des miens; dispose.

Adélaïde
Je veux donc qu’un fils si digne monte sur le trône de son père.

Hildebert
Magnanime clémence !

Mathilde
Généreuse pitié !

Bérenger
Grandes âmes !

Adélaïde
Je ne redoute plus le sort cruel.

Lothaire et Adélaïde
Mon amour, que mon contentement soit éternel.

 

Duetto

 

Lothaire et Adélaïde

Lothaire
Oui, beau visage, tu m’as blessé;
Viens des tempêtes vers mon sein.

Adélaïde
Oui, preux amant, tu es bienvenu;
Viens des tempêtes vers mon sein.

Lothaire
Les astres enfin sont apaisés
Et le beau temps revient.

Adélaïde
Le sort rebelle a tourné,
Et le beau temps revient.

Lothaire
Oui, beau visage, etc.

Adélaïde
Oui, preux amant, etc.

 

Récitatif

Lothaire
Que cesse le fracas des armes de Mars, et que seuls résonnent les chants de la vertu !

 

Choeur

 

Bellone et le dieu d’amour
Donnent au mérite
Les joies et le diadème.

Seul est digne de régner
Celui qui sait loger dans sa poitrine
De justes aspirations.

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC

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