[1685
-
1759]
Lothaire
Opéra
seria en III Actes Londres, 2
décembre 1729
Livret de Giacomo Rossi,
daprès l'Adelaide (Venise, 1719) de
Antonio Salvi
hwv 26

Adélaïde
(Adelaide),
reine dItalie, soprano Choeur
Lothaire
(Lotario),
roi de Germanie et amoureux dAdélaïde,
contralto
Bérenger
(Berengario),
anciennement duc de Spolète, roi dItalie,
ténor
Mathilde
(Matilde),
femme de Bérenger, alto
Hildebert
(Hildebert),
fils de Bérenger, amoureux
dAdélaïde, alto
Clodomir
(Clodomiro),
capitaine de Bérenger, basse
Acte premier
Scène
premiere Bérenger La
charge dun trône est pesante, { Récitatif Hildebert Bérenger Hildebert Bérenger Hildebert Bérenger Scène
II Récitatif Clodomir Bérenger {Hildebert Bérenger,
à Clodomir Clodomir
sort. Je
veux que Pavie se rende avant que Lothaire
arrive. Scène
III Récitatif Mathilde Bérenger Mathilde Bérenger Mathilde Bérenger Hildebert Il
sagenouille. Bérenger Bérenger Que
cette femme hautaine ne pense pas Que
cette femme, etc. Scène
IV Récitatif Hildebert Mathilde Hildebert Mathilde Mathilde Va
trouver celle que tu adores, Va,
etc. Récitatif Hildebert Hildebert Pour
te sauver, mon idole, Mon
destin fatal, en te dispensant Pour
te sauver, etc. Scène
V Récitatif
accompagné Adélaïde Récitatif Adélaïde Un
garde sort. Que
va-t-il arriver ? Allez exécuter les ordres
dans les pièces voisines. Les
gardes sortent. Scène
VI Récitatif Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Souviens-toi,
souviens-toi, mon cur, {Je
combattrai pour toi, Il
sort. Récitatif Adélaïde Elle
monte sur le trône. Scène
VII Récitatif Clodomir Adélaïde Clodomir Adélaïde Clodomir Si
la mer promet du calme, De
même, si une âme est
affligée Si
la mer, etc. Il
part avec sa suite. Scène
VIII Récitatif Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Adélaïde Ce
cur que tu mas donné, Si
le mien, que tu mas dérobé, Ce
cur, etc. Elle
sort. Récitatif Lothaire Lothaire Il
me semble déjà traîner le
téméraire, Il
me semble déjà voir le vaincu Il
me semble déjà, etc. Scène
IX Quil
vive, quil vive, quil vive, et
quil règne avec bonheur, le roi
guerrier dItalie ! { Récitatif Bérenger Mathilde Bérenger Mathilde Scène
X Récitatif Adélaïde Bérenger Adélaïde Entre
Clodomir. Bérenger Clodomir Bérenger
et Clodomir se retirent à
lécart. {Mathilde Hildebert Bérenger {Hildebert Bérenger Hildebert Hildebert,
Bérenger et Clodomir sortent. Mathilde Adélaïde Mathilde Adélaïde {Mathilde Mathilde Il
va tout fiérot, Mais
si, pris dans des lacs, Il
va tout fiérot, etc. Elle
sort. Récitatif Adélaïde Adélaïde La
barque samuse en mer Ce
nest pas ainsi que mon cur La
barque samuse, etc.
Jardin
à lextérieur de la ville de
Pavie
Bérenger avec sa suite, puis Hildebert
lespérance fait croître
lorgueil,
la crainte montre les écueils,
lune et lautre ballottent le
cur.
Seigneur, mon destin veut qu'étant amoureux,
je sois malheureux et
méprisé.
La superbe Adélaïde te dédaigne
donc, et refuse de tépouser
?
Adélaïde, seigneur, est née
reine et héritière de lItalie;
toi, tu lui as ravi une grande partie de son
royaume ; et par ta main, son époux a
été victime dune mort
prématurée.
Si elle te veut pour ennemi, quelle
taie pour ennemi. Va, mon fils: je veux que
tu tavances en personne pour prendre
dassaut les murs de la
cité.
Tu sais, ô Dieu ! que mon cur vit en
Adélaïde...
Il suffit, inutile de
résister.}
Les mêmes, Clodomir
Noble seigneur, le belliqueux roi de Germanie est
descendu des Alpes, et il a inondé
maintenant de ses armées lempire
dItalie.
Lothaire ? Quest-ce qui le meut ? À
quoi prétend-il ?
Cest peut-être le danger couru par
Adélaïde, et le bruit de tes victoires
qui le rend jaloux.
Envoie des éclaireurs observer les
mouvements de ce redoutable ennemi;
puis,}
promptement, organise {avec
Hildebert}
le gros des troupes pour lassaut.
Mathilde, Bérenger, Hildebert
Sire !
Madame !
Écoute. Dans quelques instants, la superbe
Pavie touvrira ses portes.
Et comment ?
{Dans
le silence de la nuit prochaine, toute ton
armée pourra entrer dans les murailles
ennemies ;}
avec les trésors promis, tu obtiens
laccord si désiré pour la
traîtrise.
Que sarme maintenant la Germanie ! Je ne la
redoute pas.
Et cest avec de telles machinations, ma
royale mère, que tu veux dépouiller
Adélaïde de tous ses biens ? Ah,
père ! Vois à tes pieds...
Lève-toi ! Je veux user de clémence
en ta faveur. Quun héraut aille la
trouver, et lui dise dans son message que, si elle
épouse Hildebert, la paix et son royaume lui
seront rendus dès aujourdhui, en tant
que ma bru; mais que, si elle refuse, elle doit
sattendre à ma colère
éternelle et implacable.
Pouvoir me vaincre en orgueil:
Je veux quelle taime,
Ou que sa rigueur soit écrasée;
Quelle attende de ma colère
De dures chaînes aux pieds
Si elle ne cède pas à mon
vouloir,
Si elle méprise, hardie et fière,
Les liens de ton amour.
Mathilde, Hildebert
Mère, et reine ! Sous peu, la malheureuse
Adélaïde sera ta prisonnière. Ah
! La pauvre perd en un jour son royaume et sa
liberté.
En lui donnant mon fils, ne lui rends-je pas en
même temps et un époux, et un royaume
?
À cette âme noble, lun semble
méprisable, et lautre
odieux.
Hildebert, calme-toi: pour que le vaste
diadème de lItalie repose sur notre
tête, il est nécessaire quelle
périsse, ou quelle
tépouse.
Parle-lui damour,
Dis-lui quelle belle, ravissante,
Et quelle sait rendre amoureux.
Puis dis-lui que tu laimes
Et que tu la veux sur le trône,
Quelle laisse ses rigueurs
Si elle souhaite régner.
Tant que mes yeux ne seront pas fermés
à la lumière du jour, non, ma belle
idole, non, tu ne mourras pas.
Je sais ce que je devrai faire:
Je mourrai, mon amour,
Pour toi, pour te sauver;
De lobligation de maimer,
Sera le triomphe de ma foi.
Salle
daudiences avec un trône
Adélaïde et sa suite
Trône, illustre héritage de mes
aïeux, combien un traître ta
enlevé de ta splendeur en faisant
périr mon époux !
Ah ! Je voudrais tellement te venger ! (aux
gardes) Que la garde royale observe strictement
tous mes ordres. Faites entrer le guerrier qui
demande à me parler seul; que vienne ensuite
le messager de Bérenger.
Adélaïde, Lothaire
Belle reine, le Ciel qui ta élue pour
régner veut que tu règnes; cest
pourquoi il a poussé mon épée
à punir linjuste oppresseur de ton
époux et de ton trône.
Seigneur, dis-moi qui tu es.
Il nest pas mince, le secours que je
tapporte des bords de lIster:
cest Lothaire, roi de Germanie, qui est avec
toi.
Comment, grand roi ? Ta généreuse
pitié...
Calme-toi, belle: ne me découvre pas, seuls
doivent être au courant de mon
identité lamour et
moi-même.
Lamour ? Et pour qui donc ?
Pour la charmante Adélaïde: je
tavais déjà vue, majestueuse
jeune fille, dans le palais de ton père, et
jai pensé te demander en mariage; mais
ton époux ma devancé.
Maintenant, ton lit de veuve ma attiré
ici: en priorité, je défendrai ta
couronne; mais en récompense de mon action,
je veux que la mienne ajoute son éclat
à ton front.
Seigneur, tu es roi, tu es valeureux, et tu es
digne damour. De grâce, va, et procure
la paix à une reine infortunée ; et
ensuite, espère voir récompenser tes
sentiments royaux.
De ce que tu me promets,
Car je suis amoureux et roi,
Et je sais triompher.
Mais quand je reviendrai,
Rappelle-toi, mon amour,
Quil te faut aimer.Souviens-toi,
etc.}
Faites venir maintenant le messager.
Adélaïde avec des gardes, Clodomir avec un
cortège
Reine, même au milieu des armes, mon seigneur
conserve sa clémence. Il toffre
à nouveau son Hildebert. Choisis: ou
lamour du fils ou la rigueur du
père.
Le cur de Bérenger est donc si
orgueilleux ! Pars, retourne vers lui et
réponds quAdélaïde ne
pense à un second lit nuptial que par
désir de venger le premier; quelle
peut avoir pour époux un roi légitime
sans être obligée, pour sa honte et
son malheur, de multiplier la lignée de son
tyran.
Je ne vois pas, reine, quelle tyrannie tu discernes
chez mon seigneur; si on appelle tyrans ceux
qui...
Jai assez parlé; tu mas bien
entendue.
Et que le marin ne la prend pas au
sérieux,
Plus tard, le vent déchaîne les
flots
Et il risque alors dy être
englouti.
Parce que le sort lui a été
contraire,
Si elle le voit ensuite apaisé,
Elle ne doit plus irriter ce qui lui est
favorable.
Adélaïde, Lothaire
Il faut mettre son espoir dans le Ciel,
puis...
Ma reine, ah, quel malheur ! Pavie sest
révoltée, et a ouvert ses portes
à ton farouche ennemi.
Pavie révoltée ? Alors, je suis
perdue. Va-t-en.
Tu veux que je tabandonne, au comble des
malheurs ?
Encore une fois, je ten prie:
va-t-en.
Non, non, je suis mon destin, je suis mon amour: je
veux mourir à ton
côté.
Ah! Sil est vrai que tu maimes, ne
trahis pas mon amour ! Oui, va-t-en, et reviens en
vainqueur glorieux; et par ta victoire, assure mon
repos.
Reprends-le, mon amour;
Et avec deux curs dans la poitrine,
Combats et espère.
Se trouve à bout de forces,
Il recevra du tien
Sa vertu guerrière.
Ô paroles bienvenues de ma bien aimée,
combien de force et de vigueur vous ajoutez
à mon cur ! Je cours vers
lépreuve; le cruel ennemi peut bien
venir avec toute son audace, je ne crains
rien.
Le traître, attaché à mon
char;
Aller les yeux fixés vers le sol,
Plein de douleur et de honte.
Une
place de Pavie avec un arc de
triomphe
Bérenger, Mathilde, Hildebert, capitaines et
soldats
Peuples généreux, votre amour, votre
loyauté sont vainqueurs; je suis votre
obligé, puisque ce diadème que je
ceins est votre don.
La fière Adélaïde ne se
présente pas encore au vainqueur
?
Il faut dompter par la clémence la
fierté de ce cur
inflexible.
La voici précisément. Vois avec quel
visage orgueilleux elle supporte son malheur sans
trembler.}
Les mêmes, Adélaïde, puis
Clodomir
Me voici devant toi, Bérenger, illustre
butin de la félonie des autres plus que de
ta valeur. Dresse à ta guise tes
trophées sur ma ruine. Jai
déjà par ta main perdu mon
époux, mon royaume et ma
liberté.
Époux, royaume et liberté, si tu le
veux, je te les rends; et je dépose toute ma
victoire à tes pieds.
La couronne mappartient déjà;
lamant et le fils, puisque cest toi qui
les donne, je les refuse.
Clodomir, quapportes-tu ?
Dimportantes nouvelles, sire.
Même vaincue et écrasée, elle
conserve tant darrogance !
Une reine ne perd pas son courage dans les
infortunes.}
Lothaire est arrivé sur le Tessin ? Reine,
je te confie lillustre prisonnière;
lintérêt supérieur du
royaume mappelle ailleurs.
Que va-t-il se passer ?
Ne toccupe de rien dautre, mon fils,
suis-moi.
Mon cur me fait pressentir un grave
danger.
Adélaïde, tourne un regard vers le
passé, puis vers le présent. Observe
ce que tu as été et ce que tu es
maintenant: naguère reine, maintenant
vaincue et esclave.
À mes yeux, les grandeurs passées et
le malheur présent montrent le même
aspect.}
Ma clémence aurait voulu te serrer sur mon
sein, plutôt que voir les fers
tenserrer.
Et moi, je considère ta clémence
comme une peine plus lourde que les
chaînes.
Ton orgueil est trop arrogant, tu dédaignes
de monter sur un trône où ma
clémence télève. Je
verrai si ton cur reste courageux et
obstiné quand la dure chaîne des
esclaves sera le châtiment et la peine de ta
superbe.}
Le petit oiseau,
Quand il se trouve
En liberté.
En vain il se débat,
En douces notes,
Il demande pitié.
Plus étroites seront les chaînes
où mon pied sera attaché par la
cruauté des autres, plus elles seront
chères à mon âme et plus le
cachot me sera agréable.
Lorsque sourit la brise favorable;
Mais si ensuite une tempête sauvage
Trouble le ciel, soulève les flots,
Perdue, elle court au naufrage.
Cèdera à la colère
Et à la fureur dun sort cruel:
Même en face de la mort,
Il sait triompher avec grandeur.
Acte deuxième
Scène
premiere Récitatif
accompagné Bérenger,
fuyant Scène
II Récitatif Lothaire Bérenger,
se met en défense Lothaire Bérenger Lothaire Bérenger Il
lui remet son épée. Bérenger Royaume
et grandeur, Mais
la valeur Royaume
et grandeur, etc. Il
sort. Scène
III Récitatif Lothaire Lothaire Ma
belle, tyrannique, {Mon
cur attaché Scène
IV Adélaïde Esprits
éternels, qui gouvernez Le
désir qui menflamme le cur Esprits,
etc. Scène
V Récitatif Clodomir Adélaïde Clodomir,
découvre un plateau sur lequel se
trouvent un poignard et une coupe de poison Il
découvre lautre, sur lequel se
trouvent un sceptre et une couronne. Vois
maintenant ta félicité, si tu te
rends à lui. Adélaïde Clodomir Adélaïde Elle
reçoit le plateau avec le poignard et le
poison. Clodomir Adélaïde Clodomir Ne
te laisse pas abuser par lespoir Ton
sort est sur tes lèvres: Ne
te laisse pas, etc. Scène
VI Récitatif Adélaïde Pendant
quelle veut prendre le poison, Mathilde
arrive. Mathilde Adélaïde Elle
prend le poison. Mathilde Adélaïde Alors
quelle veut boire le poison, Hildebert
arrive, lépée nue à la
main, repoussant un garde qui soppose
à lui. Scène
VII Récitatif Mathilde Hildebert Mathilde Hildebert Mathilde Hildebert Il
donne le poignard à Mathilde et lui
présente sa poitrine. Vois
donc: prends ce fer, et dans mon sein... Mathilde Adélaïde Mathilde Hildebert Mathilde Hildebert Adélaïde Pendant
quAdélaïde veut boire le poison,
Hildebert approche le poignard de sa poitrine et
veut se tuer. Hildebert Mathilde,
furieuse, arrache le poison à
Adélaïde et le jette à terre;
elle fait de même avec Hildebert et le
poignard Scène
VIII Récitatif Clodomir Hildebert Mathilde Adélaïde Mathilde Mathilde La
femme hautaine (à
Adélaïde) Da
capo Scène
XI Récitatif Adélaïde Hildebert Adélaïde Hildebert Hildebert Belle,
ne me refuse pas Après
quoi, par ta rigueur, Belle,
etc. Scène
X Récitatif
accompagné Adélaïde Adélaïde Une
source trouble Ravissante
et parfumée, Une
source trouble, etc. Scène
XI Lothaire Combien
la valeur est plus forte, Récitatif Lothaire Mathilde Lothaire Mathilde Scène
XII Récitatif Clodomir Lothaire Adélaïde Mathilde Lothaire Mathilde Lothaire Mathilde Lothaire,
indigné Mathilde Lothaire,
aux gardes Mathilde Adélaïde Lothaire Scène
XIII Récitatif Hildebert Adélaïde Mathilde Hildebert,
à Lothaire Lothaire Mathilde Adélaïde Lothaire Lothaire
et Adélaïde Scène
XIV Récitatif Lothaire Bérenger Hildebert Lothaire Bérenger Lothaire Bérenger Lothaire Bérenger Lothaire Bérenger Instable
est la fortune, {Mon
cur intrépide Instable,
etc. Scène
XV Récitatif Lothaire,
aux gardes Lothaire Le
voyageur ne doit pas désespérer Avec
sa chevelure lumineuse, Le
voyageur, etc.
Vaste
campagne avec un pont sur le Tessin
Bérenger
Je suis vaincu, ô Ciel, je suis vaincu !
Où est la gloire de mon glaive
redouté ? Malheureux, que faire ! Fils,
épouse, serviteurs, où
êtes-vous ? Ah, je vous perds ! Mais si un
sort impitoyable a écrit là-haut que
je devais tomber, je mourrai en roi là
où jai vécu en régnant,
et, même en dépit de mon destin
sévère, je partirai (var. Curtis:
mourrai) libre.
Bérenger, Lothaire
Tu es prisonnier.
Ciel !
Lâche ce glaive !
Mon cur nest pas abattu, et bien que
vaincu, je mourrai en vainqueur.
Rends-toi, ne crains rien... Tu auras en moi un
vainqueur généreux; ton attitude est
désespérée.
Plus quà ta valeur, orgueilleux
guerrier, je me rends au destin.
Vassaux et trône
Me sont enlevés
Par un destin cruel et fier.
Que jai dans le cur
Ne craint pas les outrages
Des étoiles inflexibles,
Du Ciel irrité.
Lothaire seul
Si ma gloire a triomphé du cruel tyran, je
sens maintenant dans mon cur triompher
lamour pour Adélaïde.
Mattire et me tue,
Et, comme un papillon,
Mon âme, sa servante,
Adore ce feu
Qui lui brûle les ailes
Et lui donne la mort.
Baise avec ravissement
Les douces chaînes
Du cheveu doré
Qui le tient lié,
Et je lentends qui dit:
Plus jamais de liberté
!}
Une
prison
Adélaïde seule
Les tribulations des mortels,
De grâce, tournez
Un regard favorable vers mes vux
!
Est quun prompt destin réunisse
Mon âme avec mon époux
adoré,
Pour la rendre ainsi bienheureuse.
Adélaïde,
Clodomir suivi de deux pages qui portent deux plateaux
recouverts
Adélaïde, ta reine et la mienne
menvoie vers toi avec deux
cadeaux.
Qui se dit ma reine ?
Sur celui-ci, tu vois ta mort, si tu refuses
dépouser Hildebert.
Messager trop joyeux, écoute bien: tu diras
à Mathilde que ma constance est bien plus
grande que sa tyrannie.
Je ferai ce que tu ordonnes, mais en attendant,
choisis: le fer, le poison, ou lépoux,
et en même temps le règne.
Les premiers me conviennent parfaitement, et je
méprise les autres.
Pense...
Ne réplique pas.
Que ta ferme constance
Puisse jamais tobtenir ton
pardon.
Un non te conduit à la mort,
Un oui te conduit au
trône.
Adélaïde, puis Mathilde avec des
gardes
Adélaïde, à quoi penses-tu ? La
vertu est de ton côté.
(Résolument) Prenons maintenant ce
fer... Ah, non ! Avec le poison, je subirai le
même sort que mon époux.
Tu es encore vivante, orgueilleuse ? Et tu as
également méprisé tous mes
cadeaux ?
Ah, non ! Celui que joffre à mes
lèvres mest cher.
Bois. Te voir ainsi tarder mafflige
trop.
Je vais encore triompher de toi, et de mon
destin.
Les mêmes, Hildebert
Quelle est cette audace ? Oublies-tu que, bien que
fils, tu es dabord un sujet ?
Ce nest pas à la reine, mais à
ma mère que jen ai.
La reine ne técoute pas, si tu
implores la mère pour accéder
à elle.
Chasse tes soupçons. Je veux simplement
quelle meure.
Fils chéri !
Mais tu dois savoir quelle ne peut mourir
seule.
Lâche, tu moutrages ! Fou que tu es, tu
veux accroître ma honte et sa gloire
?
Seule ma constance aura la victoire.
Allons, bois ce poison !
Donne-le moi.
Écarte-toi, insensé !
Ah ! Mère, permets au moins...
Je tobéis.
Et moi, je me poignarde.
Ah ! Arrêtez, tous deux ! Il arrivera bien,
linstant de me venger de vos outrages,
scélérats, (à
Adélaïde) sorcière,
(à Hildebert) amoureux
égaré !
Les mêmes, Clodomir
Reine, mauvaises nouvelles ! Notre camp a
été vaincu; du roi, ton époux,
on ne sait encore rien, et le deuil est
extrême.
(Voilà ce quon récolte en
accablant linnocence !)
Comme la grandeur change en un moment !
(Fidèle Lothaire ! Heureux
événement !)
Va, général, et renforce les
défenses; cherche mon époux, et
réunis le Sénat au plus vite; et toi,
(à Adélaïde)
scélérate, reste dans les fers.
(à Hildebert) Toi, progéniture
incapable de te battre, reste ici avec elle, des
fleurs dans les cheveux, à parler
damourettes.
Et séductrice
Arme son regard
Dun doux dard;
Après quoi, dans son cur,
De ton fol amour,
Elle rira bien.
Mais toi, orgueilleuse,
Femelle téméraire,
Tu néchapperas pas,
Toujours arrogante,
Comme tu le fais maintenant,
À ma cruauté
Dont tu te moques.
Adélaïde, Hildebert
Oh Dieu ! Tu mériterais dêtre le
fils dun meilleur père ! Quil me
déplaît de ne pouvoir te rendre amour
pour amour !
Il nest pas permis despérer tant
de bonheur au fils de tes ennemis; accorde-moi
seulement que ma pudique affection...
Jéprouve pour toi estime,
obéissance, respect.
Ah! Permets-moi seulement de taimer, ne me
linterdis pas, et je suis
satisfait.
De pouvoir simplement taimer,
Jen suis satisfait;
Déchire mon cur dans mon sein,
Je ne plaindrai pas.
Adélaïde seule
Suprême recteur du Ciel, jadore tes
desseins avec soumission. Envoie Lothaire à
mon secours si mes malheurs deviennent
extrêmes, et, en faveur de linnocence,
fais que de pères cruels naissent des fils
miséricordieux.
Donne naissance à un ruisseau plus
clair.
La rose est issue des épines;
Une herbe nauséabonde est la mère du
lis.
Murs
de la ville de Pavie, avec un pont-levis et une
demi-lune.
Au loin, les pavillons militaires dans le camp de
Lothaire
Lothaire avec son armée, puis Mathilde sur la
muraille, et des soldats
Si un chaste amour lui sert descorte
!
Maintenant que jai pris des otages, je vais
voir mon soleil en liberté, ou bien Mathilde
sera foudroyée par ma colère.
[Il regarde la muraille.] La
voilà justement. Écoute,
femme.
Tu oses mappeler femme ? La
province vassale sincline devant moi;
respecte mes titres, appelle-moi reine.
Tu ne les pas, car tu as usurpé ton
trône. Écoute, femme orgueilleuse: si
en ce jour, tu rends à son trône,
libre, Adélaïde que tu
persécutes, je te pardonne toutes les
injures que tu lui as faites. Mais si tu refuses,
tu rencontreras la mort, le carnage, la fureur; je
frémis déjà.
QuAdélaïde vienne, tu verras bien
si jai peur.
Les mêmes, Clodomir, Adélaïde avec des
gardes
Voici la prisonnière.
Mon beau soleil...
Mon valeureux défenseur...
Lothaire, lève la tête. Vois-tu cette
femme ?
Celle que tu as trahie, arrogante !
Ou bien tu retires ton armée de ce royaume,
ou bien [faisant mine de frapper
Adélaïde] je
légorge. Parle !
Malheur ! Ma gloire, et en même temps
lamour...
Je prépare déjà le
coup.
Ah, scélérate, arrête ! Ton
époux, qui est en mon pouvoir...
Je ne te crois pas.
Que Bérenger vienne ici; que les troupes se
retirent, et toi, femme cruelle, ou bien tu verras,
sous tes yeux, ton mari massacré... mais non
(apaisé), je veux te calmer (que
dois-je faire ? Puisse le Ciel seconder mes
vux !).
Décide-toi, et
réponds-moi.
Grand roi, de grâce, naccepte pas que
mon danger fasse obstacle à ta
gloire.
Ah ! mon il se mouille.
Les mêmes, Hildebert
Non, non: la vie dAdélaïde doit
être sauvée au prix de la
mienne.
Ciel !
Ah! Fils traître, fils rebelle !
Je suis ton prisonnier jusquà ce que
la belle innocente soit à labri de mon
impitoyable mère.
Jen demeure abasourdi.
[Mathilde
reste en suspens.]
Toi si hautaine, voici donc si brusquement ton
assurance ébranlée ?
Cruel destin, destin hostile ! je suis au
désespoir !
Lothaire, je retourne au cachot.
Et moi, je reste pour te rendre la liberté
par ma valeur.
Mon amour / Mon héros,
Reçois de moi un doux adieu.
Lothaire, Bérenger, Hildebert, gardes
Bérenger, {considère
que tu as privé lépoux
dAdélaïde de sa vie et de son
royaume, et que par ma main, le Ciel...
Cest la fortune cruelle, et non ta valeur qui
a mis à mes pieds ces fers qui
étaient destinés aux
tiens.
Oh Dieu !
Écoute, orgueilleux: si ces fers te
pèsent, fais quaujourdhui
même, ta Mathilde me rende
Adélaïde et la ville; ou bien je
punirai votre fier orgueil à tous
deux.
Je ne veux pas être privé de mes
attributs royaux.
Ne tabuse pas en comptant sur ma
clémence.
Je méprise...}
Je te ferai escorter; va trouver Mathilde; dis-lui
que ta vie est en balance...
Ah! sort cruel !
... quelle doit prendre une décision
rapide, puis reviens; faute de quoi,
jégorge ton fils.
Sa roue ne tournera pas
Toujours en ta faveur.
Étanchera par sa souffrance
La colère de cette
cruelle.}
Lothaire, Hildebert
QuHildebert aille à la tente royale;
et quensuite, les machines et les troupes
soient prêtes pour donner lassaut aux
remparts. Avec deux otages si chers, son
époux et son fils, Mathilde doit craindre de
mettre en danger celle que jaime.
si dans son chemin incertain
une nuit obscure
recouvre tout le ciel.
la belle aube finira par apparaître
pour amener le jour naissant.
Acte troisième
Scène
première Sinfonia { Récitatif Mathilde Bérenger Mathilde,
aux gardes Scène
II Récitatif Bérenger Mathilde Adélaïde Bérenger Adélaïde Bérenger Bérenger
sassied à droite, Mathilde à
gauche, laissant Adélaïde au
milieu. Reine,
le grand Lothaire menvoie vers toi comme son
messager. Il est avide, il est épris de ton
beau visage, plus que de mon royaume. Adélaïde Mathilde Adélaïde Bérenger Adélaïde Bérenger Adélaïde Mathilde Bérenger Adélaïde Bérenger Mathilde Bérenger Adélaïde Bérenger Mathilde Adélaïde Mathilde Adélaïde Bérenger Adélaïde Bérenger Mathilde Bérenger Mathilde Adélaïde,
se lève en colère Adélaïde Je
ne resterai pas toujours Ma
hautaine constance Je
ne resterai, etc. Scène
III Récitatif Bérenger Mathilde Bérenger Mathilde Bérenger Bérenger Je
vous entends, oui, je vous entends, Mon
seul tourment sera Je
vous entends, etc. Scène
IV Récitatif Mathilde Mathilde Cet
orgueilleux croit déjà {Quelque
écueil, quil ne voit pas, Cet
orgueilleux, etc. Scène
V Récitatif Lothaire Sensuit
lassaut. Les machines ébranlent les
murailles, qui après quelque
résistance seffondrent en un endroit;
sur cette brèche apparaissent Clodomir et
Adélaïde, devant de nombreux soldats de
la ville. Sinfonia Récitatif Lothaire Scène
VI Récitatif Hildebert Lothaire,
à un garde qui déploie promptement
un drapeau blanc Hildebert Lothaire Les
gardes amènent
Bérenger. Scène
VII Récitatif Lothaire,
à Bérenger Hildebert Lothaire Bérenger Lothaire Hildebert Bérenger Lothaire Hildebert Lothaire Hildebert
entre par la brèche, et fait rentrer
Adélaïde. Scène
VIII Récitatif Lothaire Il
sort. Bérenger Les
gardes lemmènent. Scène
XI Récitatif Clodomir Lothaire,
savançant vers Clodomir Clodomir Lothaire Clodomir Clodomir Un
arbre orgueilleux élève vers le
ciel {Ainsi
sélève aussi, majestueuse, Un
arbre, etc. Scène
X Récitatif Lothaire Lothaire Je
verrai briller {Et
mon âme pourra Je
verrai, etc. Scène
XI Récitatif Mathilde Hildebert Mathilde Hildebert Mathilde Hildebert Mathilde Hildebert Mathilde Mathilde Apprends,
couard, Avec
un regard impavide, Apprends,
couard, etc. Pendant
que Mathilde veut sen aller, elle rencontre
Clodomir qui la retient. Scène
XII Récitatif Clodomir Mathilde Hildebert Mathilde Hildebert Si
cest un crime {Mais
si tu considères que lerreur Si
cest un crime, etc. Scène
XIII Récitatif
accompagné Mathilde Mathilde
reste en suspens, les yeux fixés à
terre, quand arrive Lothaire. Récitatif Lothaire Mathilde
revient à elle furieuse, et se met en devoir
de se tuer. Mathilde Lothaire,
veut lempêcher de se tuer Mathilde Lothaire Mathilde Scène
XIV Récitatif Bérenger Mathilde
jette son épée et se laisse
enchaîner. Scène
XV Récitatif Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Scène
XVI et dernière Récitatif Hildebert Adélaïde [Elle
enlève les chaînes à Mathilde
et Bérenger.]
Grande âme, je te fais don de tes
parents. (À
Lothaire) Mon roi, je dois la vie au prince
Hildebert. Je voudrais maintenant... Lothaire Adélaïde Hildebert Mathilde Bérenger Adélaïde Lothaire
et Adélaïde Lothaire et
Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Lothaire Adélaïde Récitatif Lothaire Bellone
et le dieu damour Seul
est digne de régner
Une
galerie darmes
Mathilde et Bérenger avec des gardes
Quon défasse Adélaïde de
ses chaînes, et quelle vienne. Dieux,
cest en vain que vous unissez vos forces
contre Mathilde.
Voici Adélaïde.
Sortez.}
Les mêmes, Adélaïde
Viens, belle Adélaïde.
Viens, belle Reine.
(Bérenger ici ?)
Assieds-toi.
(Que va-t-il se passer ?)
Assieds-toi et écoute.
Bérenger, sont-ce les vraies paroles de
Lothaire, ou une invention de Mathilde ?
Lothaire, on le sait déjà,
tinvite à monter sur le
trône.
Quen résulte-t-il ?
Que désormais, ton destin est changé,
et que tu peux, quand il te plaira, apporter
à lItalie la guerre comme la
paix.
Que puis-je faire ?
Rien dautre quépouser
Lothaire.
Eh bien, quon ouvre rapidement les portes de
la cité, et que le héros y
entre.
Mais il faut quavant la paix, soit
établi le traité de paix.
Écris à Lothaire.
Et que lui dirai-je ?
Quil se lie à nous par un
traité de paix et damitié, et
nous laisse nos royaumes.
Écris que je désire la
paix.
Et moi, que je limplore.
Ma situation ni ma dignité ne me le
permettent.
Ton royaume et ta liberté en
dépendent.
Signe cette lettre.
Et tu crois quil reçoit de moi des
ordres et des lois ?
Amour le soumet déjà à ta
volonté.
Il ne mest pas permis dimposer des lois
au vainqueur. Va, toi, parler à Lothaire;
sil te remet sur le trône, jy
consens.
Sans ta plume, le cadeau est incertain.
Replace-moi sur le trône, et alors,
jécrirai: Oui, je demande et je
veux...
Considère ce que ton refus...
Et tes réticences te
coûteront.
Jai des forces suffisantes pour tenter un
nouvel affrontement.
Ton champion ne pourra pas toujours être
invincible.
Barbares ! Cest en vain que vous me menacez !
Je retourne dans les fers, dans les chaînes.
Lothaire a vaincu; vous, attendez-vous à ce
que sa valeur et ma constance vous fassent
pleurer.
Ainsi invengée.
(à Bérenger)
Tyran !
(à Mathilde)
Monstre sans pitié !
Oui, mon épreuve doit finir !
Doit vous ôter toute espérance,
Elle vaincra la colère
Du cruel destin.
Bérenger, Mathilde
Adélaïde voit bien que notre perte
constitue son triomphe. Mais après son
refus, comment sera-t-il possible de
détourner, ô Ciel, lhorrible
assaut ?
Naie crainte; jy opposerai un cur
de pierre.
Digne épouse.
Conserve avec certitude lespoir de ta
liberté. Adélaïde
sera...
Jai confiance en toi; mais, ô Dieu ! le
danger où se trouve mon fils chéri
maiguillonne, mon amour pour lui et la loi
cruelle du vainqueur me rappellent.
Remords qui hantez mon sein;
Vous commencez, barbares,
À me déchirer le
cur.
De ne pas trouver de pitié
Chez quelquun que, traître et
ingrat,
Jai déjà su
offenser.
Mathilde seule
Espérance, ne me trahis pas. Ma constance
est mon rempart contre le destin.
Être arrivé près du rivage
Et ne voit pas
Combien de mer il a à
franchir.
Pourra encore fracasser son navire.
Oui, un vent instable peut se lever,
Qui le fera naufrager.}
Le
camp de Lothaire sous les murs de Pavie,
avec des machines de guerre pour abattre les
murailles
Lothaire seul
Bérenger est déjà revenu
à mon camp et dans les chaînes.
Puisque lobstinée Mathilde abuse
encore de ma souffrance, allons donner
lassaut aux murailles; il me semble
déjà triompher. [à son
armée] Aux armes, fidèles
soldats, aux armes !
Malheur à moi ! Que vois-je ? (à
ses soldats) Holà ! Arrêtez cet
assaut furieux !
Lothaire, Hildebert
Ah ! Seigneur, si la vie
dAdélaïde test
chère, arrête le cours...
Déploie une blanche enseigne; puis,
amène-moi Bérenger attaché. Le
danger couru par Adélaïde doit
coûter à la fière Mathilde son
époux et son fils.
Épargne mon père, prends mon
sang.
Vous mourrez tous les deux, si cette femme inique
narrache pas Adélaïde à la
cruauté de Mars. (Je vais déjouer sa
ruse par ma ruse.)
Les mêmes, Bérenger
Tu arrives à temps. Holà, soldats
!
(Quelle fureur le transporte ?)
Que le père et le fils aillent, la poitrine
nue, affronter leurs troupes !
Même dans la victoire, tu es un lâche
!
Telle est précisément la
cruauté de Mathilde envers
Adélaïde. [Il
le fait regarder vers la
brèche.]
Regarde cette cible innocente exposée aux
bras armés.
Jirai seul, seigneur, servir de bouclier
à son destin.
Non, je dois y aller à la place
dHildebert, et je veux y trouver la
mort.
Quil aille seul !
Heureux destin !
Va-t-en donc, seul et désarmé, et
défends ce beau sein de la fureur de mes
troupes; puis reviens, ou je tue ton
père.
Lothaire, Bérenger
Quon escorte Bérenger à ma
tente royale, et quil y attende lissue
du combat.
Lhomme fort méprise les cruels
accidents dun sort inique.
Un
endroit isolé à lextérieur des
murs de la cité
Clodomir, puis Lothaire
Ah ! Fortune inconstante ! Bérenger est dans
les fers, et Lothaire vainqueur, à qui Pavie
sapprête à ouvrir ses portes,
fera subir le même sort à Mathilde
quelle sy prépare
!
Lamour mamène ici
Que vois-je ? Lothaire, le Ciel te
sourit.
Le Ciel défend le juste. Mais qui es-tu
?
Je suis un... Tu le sauras bientôt. Ta
clémence sait oublier les outrages
quon a été forcé de
faire subir à linnocence.
Sa haute cime verdoyante;
La foudre tombe sur lui et labat,
Il reste mort par terre.
La superbe dun tyran;
Mais à la fin, punie par les dieux,
On la verra tomber et se consumer
Dans son tourment et sa
douleur.}
Lothaire et un garde qui lui remet une lettre
Glorieux roi, Pavie, poussée à
lindignation et à la colère,
tacclame présentement par la voix du
peuple et des grands, avec des cris de joie, et
souhaite ta victoire. Adélaïde,
je cours vers toi; le brutal orgueil de tes tyrans
est vaincu, je tapporte mon cur, la
liberté, et le trône.
Plus joyeuses et plus belles,
Ô mon beau trésor,
Les étoiles de tes yeux.
Dans sa claire splendeur
Enfin consoler
Ses sentiments.}
Grande
salle royale
Mathilde, une épée nue à la main;
Hildebert qui la retient
Laisse-moi, fils inique !
Que veux-tu faire ?
Je veux mexposer moi-même au
péril de mort auquel tu as arraché ta
belle.
Ah, mère !
Nemploie pas ce nom !
Si je lai tirée de danger, la
décision nest pas venue de
lamour, mais de la raison. Mère,
rends-moi cette épée.
Tu la plongerais dans mes veines !
Eh ! Je veux la tenir uniquement pour ta gloire, ta
défense, et ta dignité.
Défense, liberté, vie, ou la mort,
venant de toi, je méprise tout. Tu verras
que jai une âme forte.
Quune âme forte
A toujours en main
La vie ou la mort,
La gloire et le mépris.
Je regarde les tourments;
Je suis tout autant
Insensible aux joies,
Je ne prise que la renommée.
Les mêmes, Clodomir
Grande reine, il ny a désormais plus
despoir; Pavie est tombée.
Ô cieux ! Je suis vaincue par toi, fils
rebelle ! Mais avant quune épée
ennemie boive notre sang, quon amène
Adélaïde, pour quelle tombe sous
tes yeux, victime immolée à ton amour
infâme. Holà, gardes, obéissez
!
Ah! Ma reine, jai détaché les
chaînes
dAdélaïde.
Quentends-je ? Linsolence et
laudace dun fils perfide en sont venues
à ce point ? Et je te supporte, et je
técoute, et je ne te tue pas
?
De tirer de ses chaînes une innocente
Et de sauver mon idole,
Chère mère, je suis le coupable.
Oui, tue-moi, voici mon cur.
Est dictée par la vertu et lamour,
Chère mère, embrasse ton fils
Et laisse ta fureur.}
Mathilde, puis Lothaire avec des gardes
Furies du cruel Averne, où
êtes-vous ?
Ah! Oui, je vous entends; barbares,
Vous me déchirez le cur.
Eh bien donc, allons à la vengeance, au
massacre !
Ah! Malheureuse, que peux-tu espérer
De cette main impropre à la guerre ?
Secourez-moi, astres !
Faites que le danger de mon cher époux
Et de mon fils aimé, me retienne.
Non, cest lâcheté, si ma fureur
devient languissante:
Allons, colères, accourez !
Ah ! il faut que lamour
vainque.
Voici la cruelle. Holà, fidèles
soldats, que ses pieds soient enserrés par
les fers quelle a imposés à mon
idole.
Non, non, tu ne me verras pas entravée par
des liens.
Arrête, et pense, scélérate,
que ton orgueil...
Si tu approches...
... Nest pas plus grand que ma
clémence. Tu es
prisonnière.
Tu ne me verras pas céder à mon
perfide destin ! Va-t-en ou je me tue.
Les mêmes, Bérenger
Mathilde, quelle est cette fureur ? Le cur du
fort vainc par la constance; mourir
désespéré appartient à
une âme lâche.
Les mêmes, Adélaïde
Mon roi, mon défenseur, laisse-moi
étreindre ta main triomphante.
Reine, voici à tes pieds tes farouches
ennemis; en récompense, ma foi amoureuse
veut te serrer sur mon sein, comme reine et comme
épouse.
Que puis-je refuser à qui me donne la
liberté et le trône ? Oui, je suis
à toi.
Mon âme, je suis à toi.
Permets que je te demande une
grâce.
Que sera-ce ? Demande.
Laisse-moi décider du sort des
coupables.
Sois seule à distribuer pardon,
châtiment, peine et
récompense.
Les mêmes, Hildebert, Clodomir
De grâce, ma reine, sauve ceux qui mont
donné la vie.
Cette récompense est bien due à ta
pure loyauté et à ton chaste
amour.
Tu es larbitre de tes royaumes et des miens;
dispose.
Je veux donc quun fils si digne monte sur le
trône de son père.
Magnanime clémence !
Généreuse pitié !
Grandes âmes !
Je ne redoute plus le sort cruel.
Mon amour, que mon contentement soit
éternel.
Oui, beau visage, tu mas
blessé;
Viens des tempêtes vers mon
sein.
Oui, preux amant, tu es bienvenu;
Viens des tempêtes vers mon
sein.
Les astres enfin sont apaisés
Et le beau temps revient.
Le sort rebelle a tourné,
Et le beau temps revient.
Oui, beau visage, etc.
Oui, preux amant, etc.
Que cesse le fracas des armes de Mars, et que seuls
résonnent les chants de la vertu
!
Donnent au mérite
Les joies et le diadème.
Celui qui sait loger dans sa poitrine
De justes aspirations.
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