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Georg Friedrich Händel

Faramond

 

Faramondo

Opéra en III Actes, 1737
auteur du livret inconnu, d'après un livret d'Apostolo Zeno
hwv 39

 

les personnages

Faramond, soprano
Clotilde, soprano
Adolphe, soprano
Childéric, soprano
Rosimonde, mezzo soprano
Gernand, alto
Gustave, basse
Théobald, basse

 


Acte I
Acte II
Acte III

 

 

 

Acte I 

 

 

Scène 1
Espace entouré de cyprès, consacré à la Vengeance, avec un autel au milieu et des préparatifs de sacrifice.

Gustave, Adolphe et des soldats en rang

 

Gustave
Peuple, fils, accompagnez en même temps,
de notes graves et tristes,
le sacrifice et les vœux d’un roi et d’un père.

[Il verse sur l’autel une coupe de liqueur.]

Adolphe
Mon malheureux cœur déverse sa plainte.

Gustave
Depuis les Champs-Élysées, écoute, ombre de Sven,
encore invengée: je jure à cette Divinité
de faire une guerre éternelle
au cruel Faramond, qui t’a tué;
et celui qui séparera du buste
cette tête exécrable et me l’apportera en cadeau,
il aura, je le jure, la main de Rosimonde
et le trône des Cimbres.

 

Chœur

Qu'il meure, qu'il meure !
Cette âme farouche !
réclame aussi sa vengeance.

 

Scène 2
Les mêmes, Théobald conduisant Clotilde enchaînée

 

Théobald
Mon roi, je vois qu’ici est prêt
le redoutable sacrifice, et qu’il ne manque
que la victime convenable; je l’amène.

Gustave
A-t-elle par chance en elle le sang de Faramond ?

Théobald
Précisément, Sire; c’est Clotilde...

Adolphe
(Oh Dieux  !)

Gustave
Sœur de Faramond.

Adolphe
(Et mon idole!)

Gustave
L’ombre de Sven demande
à un père plus de victimes...

Adolphe
Elle est innocente.

Gustave
Le sang de Faramond est toujours coupable.

Adolphe
Père, Seigneur, si jamais
ma plainte...

Gustave
Tu cherches en vain à la sauver.

Adolphe
Si tu veux que je vive, ah ! suspends encore
un coup si fatal !

Gustave
Clotilde doit mourir.

Clotilde
Que meure donc Clotilde; mon cœur est assez fort
pour que tu n’aies pas le plaisir de me voir effrayée.

[Gustave reste en suspens.]

Théobald
Que tardes-tu, Seigneur ? ta pitié
est bien intempestive.

Gustave
Que vive Clotilde !

 

Air

Gustave

Qu’elle vive, oui, car dans mon sein,
l’âme sent
sa fureur diminuer

Un autre feu est venu,
dont l’ardeur n’est pas moins forte.

[Il sort.]

 

Scène 3
Adolphe, Clotilde

 

Adolphe
Mon amour, nous voici arrachés,
toi au danger, moi à la crainte.

Clotilde
Il est vrai, mon amour.
Mais dois-je croire, dans de si cruelles vicissitudes,
que tu auras toujours un cœur bien disposé à mon égard ?

Adolphe
Pour toi, belle, mon amour sera éternel.

Clotilde
Donne-m’en donc un gage plus assuré,
en la personne de Faramond: aux épées si nombreuses
qui cherchent sa mort,
n’ajoute pas la tienne.

Adolphe
De cette poitrine,
je lui ferai un bouclier, même en dépit de mon père;
vis donc rassurée, ô mon amour, adieu !

Clotilde
En préservant Faramond, tu te préserves mon cœur.

 

Air

Clotilde

Je verrai bien si tu veux
que je t’aime
et que je sois constante.

Pardonne à mon sang
si tu veux que moi aussi je puisse
ne t’être point cruelle.

[Elle sort.]

 

Scène 4
Adolphe seul

 

Adolphe
Que les mânes de Sven pardonnent à mon amour;
la vengeance qu’ils réclament,
chez tout autre est justice moi, c’est un crime.

 

Air

Adolphe

Qui aime comme il faut, fait taire
toute autre affection en son sein.

Ce n’est que dans le désir de l’objet aimé
qu’il trouve son plaisir.

 

Scène 5
Cour du palais royal de Rosimonde
Childéric sort par une porte, en se défendant contre les soldats de Faramond; par l’autre porte entrent Faramond et sa suite;
Rosimonde, cachée

 

Childéric
Tant que j’aurai souffle et vie,
de ma poitrine, je ferai un bouclier à Rosimonde.

Rosimonde
(Ciel, que va-t-il advenir de moi ?)

Faramond
Soldats, mettez un terme
à votre rage; et toi, guerrier, si tu ne t’indignes pas
de recevoir la vie de la main
d’un ennemi, il te la donne;
c’est un roi qui te sauve, et je suis Faramond.

Rosimonde
(Qu’ai-je entendu ? C’est lui l’ennemi ? oh ! quel visage !)

Childéric
Je m’en vais, esclave soumis à ta faveur.

[Il sort.]

Rosimonde, à Faramond
Tourne donc vers moi ton fer,
barbare Faramond;
verse le sang de Rosimonde comme tu as versé
celui de Sven; frappe, monstre !

Faramond
Tu es Rosimonde ?

Rosimonde
Et quand,
et en quoi, dis-moi, t’ai-je offensé ?
Cœur cruel ! Oui, je le vois bien, tu ne rougis point.

Faramond
(Face à ces yeux, je ne suis plus maître de mon cœur.)

Rosimonde
Sers le barbare Gernand. Décharge ta fureur
sur moi; fais que je tombe expirante;
puisque tu ne peux lui offrir mon cœur, offre-lui mon sang.

Faramond
Princesse, je suis coupable, mais un coupable repentant.
Je veux du moins satisfaire à ta vengeance,
et j’apaiserai en mourant,
peut-être en même temps que ta haine, l’ombre de Sven.

Rosimonde
Oui, je réclame ta mort;
mais je la réclame à mon cœur, et non à ton bras.
(Ce beau visage, il ne m’est plus permis de le regarder.)
Va, ne trouble plus le repos d’une malheureuse.

 

Air

Rosimonde

Va-t-en, car plus je te regarde,
et plus s’accroît ma douleur.
Je sens un tourment nouveau,
je soupire à cause d’un nouveau mal,
et mon cœur s’en rend compte.

[Elle sort.]

 

Scène 6
Faramond, Gernand

 

Faramond
Malheureux Faramond !

Gernand
Faramond, je devais auparavant
à ton bras ma liberté et mon trône;
aujourd’hui, je te dois bien plus: je te dois d’avoir conquis
Rosimonde.

Faramond
Gernand, les armes et le destin
l’ont mise en ton pouvoir; il te reste
à faire le plus dur: t’emparer de son cœur.

Gernand
La nécessité et l’amour le feront mien.

Faramond
Si le repos de ton cœur
et du mien te sont chers, si tu réclames
l’amour de Rosimonde, ah ! calme sa colère,
rends-lui sa liberté et son trône.

Gernand
Comment ? Je puis bien rendre
le trône des Cimbres à son souverain; mais
je ne laisserai jamais la belle conquête
qu’est Rosimonde. Ami, ou tu as renié
notre ancienne amitié, ou tu me mens.

Faramond
Je conserverai intacts les engagements sacrés.
Je suis simplement peiné, Gernand,
d’avoir offensé Rosimonde.

Gernand
Ah ! Faramond,
je doute de tes raisons; je comprends les miennes.
Tu es ou mon ennemi, ou mon rival.

 

Air

Faramond

Je suis ton rival
mais je suis loyal.

Je te demande seulement
que tu enlèves
les chaînes à mon amour
et ne lui enseignes pas
à être cruelle.

[Il sort.]

 

Scène 7
Gernand seul

 

Gernand
Va donc; je préviendrai tes desseins scélérats
par ton trépas; ma vengeance pourra
me concilier le cœur de Rosimonde;
elle servira aussi bien sa haine que mon amour.

 

Air

Gernand

Je veux qu’il meure, oui:
transpercé par ma colère,
l’infâme tombera.

S’il ose me voler
celle qui est ma vie,
dans ma main valeureuse,
il trouvera la mort.

 

Scène 8
Rosimonde seule

 

Rosimonde
Si ma haine est juste, qu’est-ce qui la désarme ?
Quelle affection que je ne comprends pas
parle à mon cœur ? Pourquoi ma colère se tait-elle ?
Cruel Faramond, laisse-moi en paix.

 

Scène 9
Gernand, Rosimonde

 

Gernand
Princesse, apaise ta colère
en me voyant. Ton ennemi est mort.

Rosimonde
Qui ?

Gernand
Faramond, qui a tué ton frère.

Rosimonde
Comment ? Par qui ?...

Gernand
Transpercé par mes serviteurs.
Je l’ai ordonné ainsi, et j’ai accompli ta vengeance.
Récompense maintenant mon amour...

Rosimonde
Âme abjecte !
J’avais soif du sang
de Faramond, c’est vrai; mais c’est à ma haine
que je réclamais l’honneur de sa mort,
non à toi.

[Faramond entre.]

(Ah ! il vit ! oh ! quel bonheur !)

 

Scène 10
Les mêmes, Faramond

 

Faramond
Jusqu’à cet instant, Gernand,
tu m’as cru mort; mais j’ai avec bonheur
évité les traquenards; les miens ont vaincu.
Rosimonde, le palais,
tout est entre mes mains, et tu es prisonnier.

Rosimonde
(Que va-t-il se passer ?)

Gernand
Il reste encore
à vaincre Gernand.

[Il tire son épée.]

Faramond
C’est en vain que tu brandis ton épée contre moi.
Tu m’as voulu mort, et je te sauve.
Va: tu es libre;
je ne cesse pas d’être ton ami comme je le fus.

Gernand
Tant que tu es mon rival, je suis inchangé.

[Il sort.]

 

Scène 11
Faramond, Rosimonde

 

Faramond
Rosimonde, tu es
libre, tu commandes ici comme auparavant.
Je rends la royauté à ton père Gustave,
et pour ton seul repos (ah ! mon cœur s’affaiblit !),
je t’offre en outre, quand il te plaira, mon sang.

Rosimonde
Faramond, c’est le destin
qui a fait de moi ton ennemie; le serment
a affermi cette haine; je veux ton sang, je le dois
à Sven; et tes dons
ne suffiront pas à me changer. (Oh, destin ! oh, amour !
Ah ! Rien qu’à parler ainsi, ô Dieux, mon cœur se brise.)

Faramond
Conserve donc ta haine; je ne réclame aucune pitié.
Il me suffit que tu saches le tourment
que j’éprouve, simplement pour t’avoir offensée.

Rosimonde
(Oh ! Sven ! oh ! Faramond ! oh ! ce serment !)

Faramond
Je suis trop funeste à tes yeux,
je te laisse donc. Adieu. Peut-être sera-ce
l’ultime instant où tu m’auras vu;
ou bien je reviendrai, rien que pour mourir à tes pieds.

 

Air

Faramond

Oui, je reviendrai pour mourir, non pour t’apaiser,
et ainsi sera mon sort,
si je peux te satisfaire par ma mort.

[Il sort.]

 

Scène 12
Rosimonde seule

 

Rosimonde
Quel ennemi m’ont donné, en la personne de Faramond,
Sven et les Dieux ! Mais le serment a été prononcé !
Ah ! c’est vraiment trop pour moi, barbare destin !

 

Air

Rosimonde

Je sens qu’un juste courroux
m’aiguillonne à la vengeance,
mais ensuite, ces mêmes armes
me transpercent le cœur.

Tel le vaisseau battu des flots
à qui l’onde fait guerre,
s’il court se jeter à la terre,
il s’y perd aussi bien.

 

Scène 13
Gustave, Clotilde

 

Gustave
Oui, Clotilde; deux sentiments opposés
se sont mis à déchirer mon cœur:
la haine pour Faramond,
l’amour pour toi.

Clotilde
Remets-moi dans mes chaînes...

Gustave
Ne t’y trompe pas, Clotilde:
je veux que tu sois mienne.

Clotilde
Plutôt mourir !
J’ai une âme trop ferme pour être prise d’assaut.

Gustave
Tu me crains en tant que roi; ne me méprise pas comme amant.
Je sais que tu aimes Adolphe, et qu’il...

Clotilde
...Répond à mon amour.

Gustave
C’est un sujet, et un fils;
je suis père et roi: il me cédera ton cœur,
et alors...

Clotilde
Et alors, je mépriserai
également le fils et le père.

[Elle sort indignée.]

 

Scène 14
Théobald, Gustave

 

Théobald
Faramond, Seigneur, seul et sans armes,
est sorti des remparts.

Gustave
Mon ennemi ?
Sus, guerriers,
courons à sa rencontre, et qu’il tombe dans le piège tendu !

 

Air

Théobald

Je vais porter la mort
au traître scélérat !

Que le sort me soit propice,
qu’il tombe sous mon bras vigoureux,
saigné par ma fureur.

 

Scène 15
Un bosquet
Clotilde, Adolphe

 

Clotilde
Mon frère est sorti seul
de la cité, et je crains
quelque trahison. Adolphe aimé,
suis ses traces et protège-le.

Adolphe
N’en doute point, mon amour, son destin est le mien.

 

Air

Clotilde

Je pars heureuse, confiante en ta foi,
et à ta foi je jure constance.
Douces promesses, ne me trompez pas;
ne flattez pas mon espérance.

 

Scène 16
Adolphe, d’un côté; Gustave, l’épée nue, sans le voir; et Faramond seul

 

Faramond
Dans ces ombrages sauvages,
laissez-moi seul un moment; les horribles ténèbres
semblent lancer une invitation à mes douleurs.

Gustave
Cet acier...

[Il va frapper Faramond, mais Adolphe le retient.]

Adolphe
Arrête-toi.

Gustave
Qui me retient ?

Faramond
Et qui m’attaque ?

Adolphe, présente sa poitrine à son père
Tu veux
plonger le fer dans son sein ? Voici le chemin.

Gustave
Toi, Adolphe ?

Adolphe
En lui, Seigneur,
je défends ta gloire; ce n’est pas une trahison
qui doit te venger de sa valeur.

Faramond
Adolphe, mon ami !

Gustave
Fils traître !

[Arrivent les soldats de Faramond.]

Hélas ! déjà, venus de tous côtés,
les siens l’environnent; ce qui devait être mon triomphe
devient pour moi danger, fils criminel !

Faramond
N’aie crainte, Gustave, je suis ton ami.
Je te rends la couronne, et Rosimonde,
en pleine liberté.

Gustave
Je méprise ton cadeau.
Je veux ta tête coupée, et Rosimonde
en sera le prix.

Adolphe
Ah ! père, ta fureur...!

Gustave
N’emploie pas ce nom, scélérat, et pars en exil !

[Adolphe sort.]

Coupe cette tête, et alors tu seras mon fils.

[Gustave sort en colère.]

 

Scène 17
Faramond seul

 

Faramond
Je veux fatiguer le destin par ma constance.

(à ses soldats)

Allez, guerriers; le Destin
m’appelle ailleurs, et j’interdis
à quiconque de me suivre. A votre amour,
je demande seulement que, si le Destin veut que je meure,
on pardonne à l’auteur, et qu’à l’âme défunte,
vous rendiez hommage par des plaintes, et non par du sang.

[Les soldats sortent.]

 

Air

Faramond

Bien que me berce d’illusions
l’inconstante espérance,
je sais que c’est une tromperie
de pensées égarées.

Sous une douce apparence
le tourment se cache à moi,
mais je sais combien il dissimule
avec un vain plaisir.

 

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Acte II

 

 

Scène 1
Un jardin
Gustave, Rosimonde, Childéric, puis Gernand

 

Gustave
Tu as déjà entendu mon sentiment, ma fille; sois prompte
maintenant à disposer ton cœur à m’obéir.

Rosimonde
(Ordre cruel ! horrible obligation ! oh ! amour !)

[Entre Gernand.]

Childéric
Celui qui vient te voir,
Seigneur, est Gernand.

Gustave
Le roi des Suèves ?

Childéric
Qu’un tel nom
ne te mette pas en colère;
il est bon d’entendre ce qu’il demande.

Gustave
Qu’il vienne en sécurité, comptant sur ma parole.

Gernand
Seigneur, mets un terme d’un coup
à la haine entre nous; tournons-la contre les seuls Francs;
pour une commune vengeance,
je viens ici t’offrir ma vie et mon trône.

Gustave
J’accepte l’offre...

Childéric
(Le traître !)

[Il sort.]

Rosimonde
(Dessein criminel !)

Gustave
De ta valeur, Gernand, j’attends la tête
du roi des Francs.

Gernand
Tu l’auras.

Gustave
Rosimonde en est le prix, tu le sais déjà.

[Il sort.]

 

Scène 2
Rosimonde, Gernand

 

Gernand
Princesse, c’est à tes yeux
que tu dois mon dessein; c’est en eux que je cherche
la confirmation de mon entreprise.

Rosimonde
Scélérat ! Et tu le crois ?

Gernand
Gustave approuve mes vœux.

Rosimonde
Je les abhorre.

Gernand
Tourne désormais ta colère contre Faramond.

Rosimonde
Lui, je le hais à cause de mon destin; toi, tu es
mon ennemi par ta faute, et par ma nature.

Gernand
J’espère te trouver moins cruelle quand je viendrai
t’offrir cette tête, et...

Rosimonde
Va, perfide; coupe-la.
Cette tête royale, je l’attends
plus de ta scélératesse que de ton épée.
Mais sais-tu quelle récompense tu en auras ?
Après la tête de Faramond, je voudrai celle de Gernand.

 

Air

Rosimonde

Oui, tu as bien entendu, oui,
c’est là la récompense
que je te réserverai,
traître barbare.

Je verrai un cœur fier
transpercé pour son crime,
mais je veux qu’ensuite, il en soit ainsi
de ton propre cœur.

[Elle sort.]

 

Scène 3
Gernand seul

 

Gernand
« Oui, Rosimonde est indignée; et toi, Gernand,
tu n’as pas encore peur ? » me dit une crainte glacée;
mais l’espoir et l’amour répondent:
« un cœur constant finit par confondre le dédain de l’autre ».

 

Air

Gernand

Ne me trompe pas, non,
réconfort de mon cœur,
douce espérance.
Puisse l’amour, qui a pris naissance
du visage de mon aimée,
me donner la constance.

 

Scène 4
Clotilde, puis Faramond

 

Clotilde
Faramond est sain et sauf, et je dois
cette vie à Adolphe que j’aime.

[Entre Faramond.]

Faramond
Hélas ! cette vie est sans valeur
si Rosimonde la hait.

Clotilde
Tu fuis, Seigneur ? que fais-tu ?

Faramond
Je ne peux pas vivre
en étant son ennemi; et la voir encore
exige d’abord que je meure.

Clotilde
La voici; cache-toi.

[Faramond se cache derrière des myrtes, Rosimonde entre.]

 

Scène 5
Clotilde, Rosimonde, et Faramond derrière les myrtes

 

Rosimonde
Bien que tu sois la sœur
de Faramond, je ne suis pas ton ennemie.
Je compatis à ton destin, à tes chaînes.

Clotilde
Que le sort dispose à son gré de ce qui m’arrive.
Seul ce qui concerne Faramond
me fait pitié: je le plains d’être exposé à ta haine.

Rosimonde
Mon père, mon serment, le destin, et Sven
le veulent ainsi. Je voudrais le sau... et ne puis !

Clotilde
Mais s’il te demandait ici-même son pardon ?

Rosimonde
Ah ! ne me tente pas !

Clotilde
Aurais-tu le cœur si farouche ?

Rosimonde
“Tu dois mourir”,
lui dirais-je, mais en soupirant.

 

Scène 6
Les mêmes, Faramond

 

Faramond
Et qu’il meure !

Rosimonde
Malheureux, est-ce ton destin
qui t’amène mourir ici ? Chacun conspire
contre toi; que veux-tu ?

Faramond
Je viens chercher la mort à tes pieds.

Rosimonde
Oh ! Dieux ! pardonner
me rend parjure, frapper me rend ingrate.
Mais puisque tu veux être malheureux, et que je sois cruelle,
malgré mon cœur, oui: tu mourras.

 

Scène 7
Les mêmes, Théobald avec l’épée nue, Childéric

 

Théobald
Et c’est de mon épée que tu recevras la mort.

Rosimonde
Arrête !

Clotilde
Arrête, scélérat !

Rosimonde
Je te l’ordonne,
Childéric, je confie à ta loyauté
le roi des Francs: garde-le
dans mes appartements. Tu en interdiras
l’accès à quiconque.

Théobald
Il faut en prévenir le roi.

Childéric
Ton ordre royal
sera toujours gravé dans mon âme.

 

Air

Faramond

Puisque avant de mourir,
je vous savoure, yeux chéris,
je mourrai heureux.
Et si par ma mort
je peux vous apaiser
je ne me plaindrai ni du sort, ni de l’amour.

[Il sort, accompagné de Childéric.]

 

Scène 8
Rosimonde, Clotilde

 

Clotilde
Rosimonde, sa douleur
ne suffit donc pas à te satisfaire ?

Rosimonde
Pourquoi me sollicites-tu ?
S’il faut apaiser mon père, tu le peux toi aussi;
à moi, cela n’est pas permis.

Clotilde
Je vais...

Rosimonde
Je cours cacher ma rougeur;
car mon cœur s’épanche par mes yeux.

[Elle sort avec un mouchoir sur les yeux.]

 

Air

Clotilde

Combattue de deux vents,
je suis comme un navire au milieu de l’onde,
et je soupire déjà pour retrouver le rivage.
La rive me semble approcher,
mais un vent trompeur et perfide
me renvoie au naufrage.

 

Scène 9
Camp de Gustave, avec des pavillons
Gustave avec des gardes, puis Adolphe

 

Gustave
Faramond est enchaîné, et doit mourir.

Adolphe
Bien que coupable, mais toujours ton fils,
je reviens vers toi, mon roi, mon père...

Gustave
Et tu reviens
au mépris de l’interdiction ?
As-tu exécuté mon ordre ? Ou bien, peut-être, reviens-tu
pour offrir encore ta poitrine comme bouclier
pour l’ennemi prisonnier ?

Adolphe
Faramond est dans les fers ?

Gustave
Et il doit mourir.

Adolphe
Seigneur, tu n’as donc pas pitié ?

Gustave
Comme père ou comme roi, je serai toujours là pour te punir.

(aux gardes)

Qu’on enchaîne ce félon. Pourquoi tardez-vous tant ?
Exécutez mon ordre.

[Les gardes enchaînent Adolphe.]

Adolphe
Prisonnier volontaire, je t’offre mon épée.

Gustave
Va: pour te punir,
j’oublierai que je suis ton père.

Adolphe
Et moi,
même face au plus cruel péril,
je me souviendrai toujours que je suis ton fils.

 

Air

Adolphe

Si je meurs à tes pieds,
je baiserai la main
qui me donne la mort.

Si dure que soit ta rigueur,
l’affection de mon cœur
sera plus forte.

[Il sort, sous la surveillance des gardes.]

 

Scène 10
Clotilde, Gustave

 

Clotilde
Seigneur, je te demande humblement,
ou ma vie, ou ma mort: ou rends-moi
mon frère sauf, ou tue-le une nouvelle fois en moi.

Gustave
Clotilde, tu ne connais pas encore bien
tous tes malheurs. Adolphe est emprisonné:
ce sont deux victimes
qui te sont également chères.

Clotilde
Il est vrai, Adolphe m’est cher;
et je crains de plus en plus le péril qu’il court;
mais enfin, tu es son père et il est ton fils.

Gustave
Ne te flatte pas, Clotilde,
tous deux doivent mourir; mais pour Adolphe,
je peux faire preuve de pitié pour toi, pourvu que tu sois mienne.
Donne-moi ta parole de m’épouser, et il est sauvé.

Clotilde
Que je prenne ta main, alors qu’elle serait
encore chaude du sang de mon frère ? Ah ! non, tyran.
Si Faramond doit mourir,
qu’Adolphe meure aussi,
pour ta douleur, et aussi pour ma vengeance.

[Elle sort indignée.]

 

Air

Gustave

Seule la soif de vengeance
peut donner la paix à mon cœur.
L’amour outragé me presse
et l’honneur offensé me pousse.

 

Scène 11
Gernand seul

 

Gernand
J’ai tenté d’avoir accès à mon ennemi
Faramond; ah ! en vain !
le sauvage gardien
a osé m’opposer un refus;
mais j’irai le tuer même dans les bras de Pluton.

 

Scène 12
Childéric et Gernand, mettant la main à l’épée

 

Gernand
Ouvre-moi cette porte, ou je te tue !

Childéric
Je me moque et me ris de ton indigne bravade.

Gernand
Tremble, je suis un roi...

Childéric
Mais tu es un roi injuste;
et face à ta fureur, les Dieux seront mon bouclier.

[Il se retire.]

 

Air

Gernand

Sur la terre, au ciel, sur l’onde,
tu n’auras aucun refuge sûr
qui t’abrite de ma fureur.
Fuis donc, je te rejoindrai;
si tu te caches, je te découvrirai,
jusqu’à ce que je t’arrache le cœur.

 

Scène 13
Rosimonde, Childéric

 

Rosimonde
Childéric ?

Childéric
Je suis tout entier dans l’attente de tes ordres.

Rosimonde
Qu’on amène ici le prisonnier,
et qu’on lui rende son épée.

Childéric
Je mets toute ma gloire à obéir à tes ordres.

[Il sort.]

Rosimonde
Courage, ô mes esprits; dans ces événements incertains,
mon âme se trouve brouillée
par l’amour, la haine, l’honneur, et le serment.

 

Scène 14
Rosimonde,
Faramond avec un garde qui porte à Rosimonde l’épée de Faramond

 

Rosimonde
Tu n’es pas, Faramond,
prisonnier de nos armes, et ce n’est pas une juste guerre
qui t’a entraîné dans les fers;
c’est ton amour qui t’y a mis,
et c’est mon amour qui t’en tire. Prends, voici ton glaive; et, avant qu’un obstacle
plus grand se dresse devant toi, sors de ce camp.

[Elle lui donne l’épée.]

Faramond
Rosimonde, quelle pitié
encore plus cruelle est la tienne ? Si tu me veux mort,
pourquoi me donner la vie ?

Rosimonde
Plus que ma haine, c’est ma gloire qui m‘est chère.
Va-t-en.

Faramond
J’irai, Rosimonde, j’irai
mourir d’une autre main.

Rosimonde
Écoute. Je te l’ordonne:
prescris cette loi à ta douleur:
qu’il te souvienne de qui... Va, combats et vis.

 

Duo

Faramond, Rosimonde

Je vais et je vis / Va et vis
avec l’espoir
d’obtenir ta / ma pitié

Je veux espérer / Tu peux espérer
que la constance
vaincra la cruauté.

 

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Acte III

 

 

Scène 1
Galerie dans le palais
Gustave, puis Clotilde et Adolphe

 

Gustave
Mes enfants me trahissent,
mon ennemi m’a échappé ! et Rosimonde
m’a enlevé ma victime...

Clotilde
Voici, à sa place,
la victime...

Gustave
Tu ne seras
pas seule: je t’unirai
à ton amant.

Adolphe
Quelle faute,
quelle loi la condamne ?

Gustave
Ma fureur,
son orgueil, son amour.

Adolphe
Ah ! avant que mon idole périsse, je te cède
volontairement Clotilde.

Clotilde
Adolphe, je suis seule
à avoir autorité sur mon cœur.

Adolphe
Ah ! ne t’offense pas
de la voir constante.

Gustave
Ta piété filiale vient bien tard.
Je ne suis plus ton père, je ne suis plus aimant.

[Il sort.]

 

Scène 2
Clotilde, Adolphe

 

 

Clotilde
Je ne me plains pas du destin.

Adolphe
Si tu vis, je respire heureux...

Clotilde
Je serai heureuse, pourvu que je meure avec toi.

 

Duo

Clotilde, Adolphe

Mon amour / Mon amour
tu allumes dans mon cœur
une douce flamme / un doux amour
qui me force à soupirer. Dans tes regards / Dans tes yeux
les Dieux ont placé mon espoir
mais pourtant je gémis / mais pourtant je souffre
et je sens dans ma poitrine,
ô Dieux ! mon âme défaillir.

[Ils sortent sous escorte.]

 

Scène 3
Une colline, à peu de distance de laquelle est installé le camp de Faramond
Gernand et Théobald; Faramond dissimulé

 

Théobald
Seigneur, ne va pas plus loin. Ces tentes
que tu vois sont celles des Francs.

Gernand
Ami, écoute.
Mes fidèles Suèves
sont déjà dans le camp des Cimbres.
J’ai pour plan d’enlever
Rosimonde, qui est mal gardée; en même temps,
je demande à ton bras de faire Gustave prisonnier.

Théobald
Mon roi, Seigneur ?

Gernand
Je ne cherche pas
à faire périr ton roi, mais le roi Franc;
je t’en assure ma parole d’honneur; si j’aime la fille,
je ne hais pas le père; je hais le rival qui l’aime.

Théobald
Dispose de ma vie et de ma réputation;
je m’empresse de t’obéir.

Gernand
Hâtons le moment
de notre grande entreprise.

Faramond
(Traîtres ! leur plan scélérat échouera.)

[Il sort.]

 

Air

Gernand

De même que, près d’un ruisseau,
un humble arbuste dresse ses rameaux,
et verdoie plus haut que les autres,

De même tu es vassal, mais on te destine
un sort heureux, tel que tu le désires,
et tu peux être maître avec moi.

 

Scène 4
Faramond seul

 

Faramond
Retourne donc, retourne
à ton seigneur cruel, ce monstre, qui n’est pas un père;
je viendrai, dis-le lui, je viendrai, mais tel que je le dois,
et non tel qu’il m’attend.
De ma venue dépend un grand destin.

 

Scène 5
Faramond et ses soldats

 

Faramond
Allons, guerriers fidèles, je vous précède,
en chef et en camarade, et je vous demande d’agir comme d’habitude.

 

Air

Faramond

Je veux que l’indigne
soit victime de sa rage,
et ensuite ? Je dois penser
qu’il est de mon idole
le père aimé.

Tu veux, ô Ciel injuste,
me rendre criminel
aux dépens du cruel
mais, fidèle à la vertu,
l’amour ne le permet pas.

[Il sort, suivi de ses soldats, sur fond de marche militaire.]

 

Scène 6
Pavillon royal de Gustave
Gustave avec des gardes, puis Théobald

 

Gustave
D’un roi outragé, d’un père aimant,
passions farouches, et, ô Dieux ! tendres sentiments,
laissez-moi en repos.

Théobald
Sire, me voici
de retour du camp.

Gustave
Et qu’a répondu Faramond ?

Théobald
“Je viendrai”, a-t-il dit, “je viendrai; mais tel que je le dois.”

 

Scène 7
Les mêmes, Adolphe

 

Adolphe
Père...

Gustave
Toi, Adolphe, en liberté ?

Adolphe
Gernand
a enlevé Rosimonde.

Gustave
O Dieux ! ma fille ?
Sus, allons sur-le-champ...

Théobald
Souviens-toi
de ton rang, Seigneur.

Adolphe
Tes guerriers,
laisse-moi les commander, Seigneur.

Gustave
Va; et punis
ce traître; fais qu’il me rende
Rosimonde enlevée.
Fais ton devoir de fils, et rachète tes fautes passées.

[Adolphe sort avec les gardes de Gustave.]

 

Scène 8
Gustave et Théobald, puis guerriers de Gernand,
qui sortent de toutes parts, cernant le roi

 

Théobald
(Le roi est déjà désarmé; ne gâchons pas
la faveur du sort.) Holà !

Gustave
Théobald,
quels sont ces guerriers ?

Théobald
Seigneur, pour ton propre salut,
je te suis ici infidèle.

Gustave
Comment ?

Théobald
Tu es maintenant
prisonnier de Gernand.

Gustave
Auparavant, dans ton sein...

Théobald
Remets-moi ton épée.

[A l’aide de ses hommes, il désarme le roi et veut le faire enchaîner, quand arrive Faramond.]

 

Scène 9
Les mêmes, Faramond, la visière baissée, Adolphe avec des soldats

 

Adolphe
Voici les criminels.

Faramond
Sus, frappez les traîtres.

Gustave
Hélas ! Quelle divinité favorable,
ô Dieux, a pitié de mon sort ?

Faramond, à Théobald
C’est toi, scélérat, qui vas maintenant être dans les fers.

[Les soldats de Faramond l’enchaînent.]

 

Air

Adolphe

Si une tempête déchaînée
surgit sur les flots,
le courageux nautonier
ne se démonte pas,
mais, sagement,
il compte sur le Ciel.

Un bras courageux
dans un grand danger
t’arrache à la mort;
suis le conseil
d’être à ce bras
reconnaissant et fidèle.

[Il sort.]

 

Scène 10
Faramond, Gustave, puis Rosimonde et Clotilde

 

Faramond
Ne t’irrite pas, Gustave,
que ce soit moi-même qui tranche cet indigne lien,
et arme ton bras de ton illustre épée.

[Il lui remet son épée.]

Gustave
Oh ! qui que tu sois, permets
que je te serre sur mon cœur, héroïque ami.

[Il l’embrasse, tandis qu’arrivent Rosimonde et Clotilde.]

Ma fille, quel destin ami
te rend à moi, libre ?

Rosimonde, montrant Faramond
Le bras courageux
qui t’a défait des liens...

Clotilde
Et qui a mis en fuite les Suèves.

Gustave
Mais qui es-tu, toi à qui je dois tant ?

Faramond
Je suis
celui-ci, grand roi !

[Il relève sa visière.]

Gustave
Quel farouche objet, ô mes yeux,
se présente à vous ? J’ai donné l’accolade
à mon cruel ennemi ?

Rosimonde
Ah ! Seigneur, rappelle-toi...
Tu es sauf; le royaume... Je suis en liberté.

Gustave, à Faramond
Je hais la liberté, si c’est toi qui la donnes.

Faramond
Gustave, calme ton indignation;
j’ai obéi à la loi
que tu m’avais imposée; je ne suis venu en armes
que pour te sauver; maintenant que tu es sauf,
apaise ta fureur; contente ta colère.
Je suis la victime qu’il faut; je viens pour mourir.

Rosimonde
Grande âme !

Clotilde
Mon cœur se brise !

Gustave
Ah ! Faramond,
tu as vaincu ma haine; mais à quoi bon,
si je ne puis te sauver ? Ah ! fatal serment !

Rosimonde
Père, je n’ai pas le cœur
de regarder le coup funeste.

(à Faramond)

Et toi, cruel,
qui après ma défense
méprises encore la vie, sache-le:

 

Air

Rosimonde

(à Faramond) Sache-le, cruel, je t’aime
(
à Gustave) et, dussé-je te peiner
(
à Faramond) entends bien, cœur ingrat,
(
à Faramond) je mourrai pour toi.
Car je veux mourir
malgré mon destin
(
à Gustave) pour t’apaiser,
(
à Faramond) pour couronner ta fidélité.

 

Scène 11
Gustave, Faramond, Clotilde, Adolphe, et Gernand prisonnier

 

Faramond
Maintenant, je marche heureux à la mort !

Clotilde
Oh Dieux !

Faramond
Clotilde, cache-moi ta douleur;
vis heureuse pour ton amant; et toi, Gustave,
confirme une si belle union.

Gustave
J’y consens.

Faramond
Quant à Gernand, je n’ai pas
à te demander son pardon: c’est moi qui l’ai fait prisonnier.

Gernand
Ainsi les Dieux l’ont voulu pour mon destin !

Faramond
Retourne libre vers les tiens, et si je t’ai offensé
en aimant Rosimonde, je t’en demande pardon.

Gernand
Quel ami je perds, je le vois trop tard.

Gustave
(Mes larmes, ne coulez pas !) Ah ! Faramond, tu es mon ami, et tu me causes tant de douleur ?

Clotilde, Adolphe
Je sens mon cœur se briser de douleur.

Gustave
Il est temps, allons...

Faramond
Allons. Si je reste plus longtemps ici,
votre douleur me rendra moins fort, et me fera
perdre tout le mérite de ma constance dans la mort.

[Il sort avec Gustave et les gardes.]

 

Scène 12
Clotilde, Adolphe

 

Clotilde
Malheureuse ! il court à la mort,
et je reste ici à savourer mon bonheur ! Prince...

Adolphe
Mon amour,
espère; en un instant,
après un ciel de tempête, revient le calme.

[Il sort.]

 

Air

Clotilde

Une brise calme et flatteuse
après les peines, vient m’apporter
le réconfort.

Ainsi l’étoile annonciatrice de joie,
si elle apparaît au ciel sur l’onde amère
annonce le port.

 

Scène 13
Amphithéâtre dans le camp de Gustave
Gustave, Faramond et gardes

 

Gustave
Conduis mon bras désormais impuissant, ô déesse
de la vengeance; jamais tes autels
imprégnés de sang ne furent plus horribles;
mais penser à qui fut Sven, et qui le tua, me donne la force...

(Il lève l’épée pour frapper Faramond.)

[Arrive un messager porteur d’une lettre.]

Qui es-tu, pourquoi viens-tu me déranger ?

(Il lit.)

“Faramond est innocent
du sang de ton fils”… Il a tué Sven.
Poursuivons; mais c’est bien
l’écriture de Théobald, mon capitaine,
qui combat maintenant en Sarmatie ?

(Il continue à lire.)

“Sven n’était pas ton fils.” Ah ! qu’entends-je ! oh ! Cieux !

(Il continue à lire.)

Maintenant que je tombe
transpercé de coups, et que le remords m’emplit le cœur,
je vais te révéler la trahison et le traître.”

(Il lit silencieusement.)

Holà ? Qu’on se mette à la recherche
du fils de Théobald, qui est en réalité le mien.

Tous
Que la joie éclate, et que toute douleur s’envole !

 

Scène dernière
Les mêmes, Rosimonde

 

Gustave
Ma fille, Faramond...

Rosimonde
Je connais son sort;
c’est pourquoi je veux mourir.

Gustave
Je te conduis à la mort.

(la présentant à Faramond)

Faramond
Mais sur ce sein...

Rosimonde
Oh Dieux !

Faramond
Épouse chérie !

Rosimonde
Tu es vivant, et mon frère aussi ? Je peux chasser mon tourment.

Gustave
Et d’un tel plaisir, une tromperie fut l’ouvrière.

 

Air

Faramond

La vertu, qui rend un cœur si fort,
sait triompher de la haine comme de l’amour.

L’Amour vainc le pouvoir du Destin,
et fait que la souffrance mène au plaisir.

 

Choeur

La vertu, qui rend un cœur si fort,
sait triompher de la haine comme de l’amour.

 

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traduction: Jacqueline & Alain DUC