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Georg Friedrich Händel

Les vicissitudes de la couronne, ou
Almira, reine de Castille

 

 

Der in Kronen erlangte Glücks-Wechsel ossia
Almira, Königin von Kastillien

Opéra en III Actes
livret allemand de Friedrich Christian Feustking,
d'après Giulio Pancieri
donné pour la première fois au Théâtre du marché aux oies,
à Hambourg le 8 janvier 1705

 

 

 

Le texte fourni avec l'enregistrement paru chez CPO ne comporte aucune indication scénique. Celles qui figurent dans notre traduction proviennent de l'édition Chrysander, 1873, qui se base sur un livret imprimé de 1705.

 

 


Acte I
Acte II
Acte III

 

les personnages

Almira, reine de Castille
Edilia, princesse de sang royal
Bellante, princesse d' Aranda
Consalvo, prince de Ségovie; également, l'Asie
Osman, son fils; également, l'Afrique
Fernando, secrétaire de la reine; également, l'Europe
Raymondo, roi de Mauritanie
Tabaro, serviteur de Fernando; également, la Folie

 

 

Acte I

 

Ouverture

 

La scène représente, dans la capitale, Valladolid, un splendide amphithéâtre, et sur le côté une magnifique estrade sur laquelle la reine doit être couronnée par Consalvo en présence du peuple. Des deux côtés du théâtre, des balcons avec les trompettes et les timbales de l’armée.

 

Scène 1
Almira, conduite par Consalvo, Osman et Fernando,
qui portent les emblèmes du royaume, toute la cour, les gardes du corps,
des soldats et le peuple

 

Récitatif

Consalvo

Altesse, le vif éclat du Titan doit rendre digne d’adoration ce jour où les années vont couronner vingt fois ta tête: et ainsi je mettrai fin à la tutelle que ton père m’avait confiée. Reçois de mes faibles mains le pouvoir du royaume bâti sur l’allégeance. Je te couronne, et me jette à tes pieds en vassal pour te saluer comme ma reine.

 

Air

Consalvo

Qu’Almira règne,
qu’Almira règne et assume
le sceptre avec bonheur, la couronne avec magnanimité,
qu’elle orne
le trône glorieux d’Alfonso, son père !
Que l’on exulte !
Qu’Almira règne et assume
le sceptre avec bonheur, la couronne avec magnanimité.

Récitatif

Consalvo

Allons ! Allumez l’éclair du canon tonnant, faites résonner les timbales et les trompettes, et retentir partout un joyeux vivat.

 

Là-dessus, on entend une fanfare de trompettes et timbales, et Almira est couronnée par Consalvo au son du canon avec les cérémonies d’usage, à quoi le peuple joint sa voix.

 

Choeur

Vive, vive, vive Almira !

 

Scène 2
Les mêmes

 

Récitatif

Almira

La postérité gravera dans le diamant que votre fidélité, Consalvo, est à couronner. C’est pourquoi nous vous sommes redevable de faveurs, et agréons votre fils, le brave Osman, à la tête de l’armée comme général en chef. Vous-même serez le deuxième après nous; vous devrez, comme un Nestor, administrer fidèlement mon État, et ainsi, par vos conseils hautement avisés, alléger la charge du royaume. Quant à Fernando (qui pénètre déjà la secrète intimité de mon cœur), qu’il soit secrétaire.

Consalvo
Je rends honneur à ta grâce à genoux.

Osman
Et moi, je dois me mettre à tes pieds.

Fernando
Oui, oui, depuis longtemps je te suis obligé comme esclave: aie pitié de mon incompétence.

Almira
Levez-vous, vous êtes pleinement dignes de ma faveur: la vertu est récompensée et honorée.

 

Air

Osman

Ah, si tu veux t’attacher les cœurs pour toujours,
n’allume pas les bougies de tes yeux,
car sentir les flammes
et ne pas pouvoir les rafraîchir,
ce sont d’infernales douleurs, infernales.
Ah, si tu veux t’attacher les cœurs pour toujours,
n’allume pas les bougies de tes yeux.

 

Récitatif

Fernando

Tu m’élèves, grande reine, à un poste hautement honorifique, moi, un étranger - et un enfant trouvé, dont les parents et le lignage te sont totalement inconnus. Que peut t’offrir ton serviteur qui t’est profondément lié ?

Almira
(Ta vertu et tes nobles yeux me révèlent suffisamment ta haute condition.)

 

Air, en italien

Fernando

Je sais bien qu’un souverain plus digne que toi,
je sais bien qu’un souverain plus digne que toi,
le monde n’en a pas,
le monde n’en a pas.
Par cette grande faveur, mon cœur est lié,
mon cœur est lié,
par cette grande faveur, mon cœur est lié
et le sera toujours.

 

Scène 3
Almira, Consalvo

 

Récitatif

Consalvo

Altesse, pour accomplir dûment la dernière volonté de ton père, je te remets cette feuille scellée, où tes yeux peuvent voir quel est celui qu’il a prévu pour être ton digne époux.

Almira
Je la prends avec respect.

(Elle lit).

 

Air

Consalvo

Lisez, yeux pétillants, attentivement,
lisez, vous devez de vos regards gracieux
favoriser quelqu’un de mon sang;
lisez ce que mon plaisir sait déjà.

 

Récitatif

Almira

Ah, douleur ! Je dois m’unir à la maison de Consalvo ? Cœur désemparé, ton espoir est enfui ! Tu aimes Fernando, mais son lignage n’est pas en rapport avec le tien ; pourtant, il semble t’avoir été envoyé par le ciel avec le sceptre, le trône et la couronne. Dis-moi, mon cœur fidèle, que dois-je faire maintenant ?

 

Air, en italien

Almira

Celui qui me plaît le plus,
je voudrais le tenir étroitement
embrassé sur mon sein.
Je sens une telle ardeur
qu’à toute heure mon cœur
pense à son amour lumineux.

 

Scène 4
Edilia, puis Osman

 

La scène représente le jardin royal avec des statues, des arbres de place en place, et une belle source

 

Air

Edilia

Magnifiques roses et narcisses,
laissez-moi, dans votre splendeur merveilleuse,
embrasser le portrait d’Osman,
qui m’a rendue amoureuse.
Grands tilleuls verdoyants, qui offrez une ombre bienveillante,
veuillez me montrer dans vos branches
si la noble floraison de l’espoir va un jour adoucir ma peine.

 

Récitatif

Osman
Est-ce Edilia ?

Edilia
Oui, oui.

Osman
Je veux m’en aller.

Edilia
(Oh, quelle douleur !) Mon cher Osman, que t’est-il arrivé ? Ma présence te rend-elle ce lieu importun ?

Osman
(Ah, quel tourment elle me cause !)

Edilia
Quelles vagues impétueuses, quel flot monstrueux, assaillent mon esprit ! Voici qu’Osman s’arrache à moi avec une méprisable irrésolution.

Osman
(Elle est déjà folle de rage, je dois dissimuler.)

 

Air

Osman

Tu te trompes, lumière de ma vie,
ce n’est pas ce que je veux dire.
Je t’aimerai,
et mon cœur t’est engagé
pour toujours :
pardonne ce badinage.

 

Récitatif

Edilia

Je fais la paix, mais donne-moi en gage ta main droite, signe que ta promesse repose sur la loyauté et la probité, et que ton cœur s’unit à mon âme.

Osman
Oui, mais en temps opportun.

Edilia
Traître ! Que l’orage, la tempête et l’éclair éclatent sur ta tête, et que Zeus réveille ton cœur mauvais de sa foudre !

 

Air, en italien

Edilia

Tu verras de quelles flèches féroces
s’arme la colère d’une femme trahie.
Comme bien vite sait se venger
la noblesse, quand elle se voit bafouée.

 

Récitatif

Osman

Écume toujours avec venin et bile ! Si ton œil impudent voyait qu’Osman n’aspire qu’à la couronne, ton orgueil, femme sans retenue, s’effondrerait.

 

Air

Osman

Enrage, enrage !
Crache des flammes, cœur blessé !
Ta fureur déchaînée
n’empêchera pas
que j’en sois satisfait.

 

Scène 5
Fernando seul

 

Air

Fernando

Aimables forêts,
champs ombragés,
rafraîchissez de ce cœur
l’indicible tourment.
De la couronne d’or
l’éclat quasi-divin
va m’éblouir:
puis-je trouver refuge
sous l’infinité des arbres ?

 

Récitatif

Fernando

La reine est l’objet de mon amour: ah, audace présomptueuse ! Téméraire cœur, c’en est trop, tu te tourmentes de peur et de vain désir. Pourtant, comme encore tout enfant j’ai été arraché à la mer en furie, sans savoir le moins du monde de qui et d’où je viens, il est certain que je vis dans l’espoir que le ciel m’a destiné au royaume et au gouvernement. Maintenant, si la reine dirige son joli pied vers ces larges tilleuls, leur écorce entamée doit lui montrer mon amour et lui faire connaître son objet secret. Ainsi je vais graver: JE L’AIME, ELLE QUE JE NE PUIS NOMMER.

 

Scène 6
Almira, Fernando

 

Air

Almira

Mains parfaites,
pourquoi voulez-vous toujours tailler
et infliger des blessures sanglantes ?
Vous êtes destinées
à guérir,
sans tarder,
le tourment de l’âme,
ma secrète douleur.

 

Récitatif

Fernando
JE L’AIME, E… quoi, ne vois-je pas venir mon rayon de soleil ?

Almira

La curiosité me pousse à voir si je ne peux lire et comprendre ce que mon bien-aimé a écrit: JE L’AIME, E …, oui, oui, si j’étais restée loin ! Je vois bien ce que cela veut dire: JE L’AIME, EDILIA. (Mon cœur souffre le martyre, et est assailli d’une violence secrète.) Pars donc immédiatement, éloigne-toi d’ici, traître, pars !

Fernando
(Quel orage terrible obscurcit son esprit !) Altesse…

Almira
Quoi ? Tu n’es pas encore parti ?

Fernando
Noble reine...

Almira
Quoi, tu ne veux pas partir ?

Il s’est éloigné, de sorte qu’il ne verra pas quel feu la jalousie amoureuse allume dans mes yeux. Mais, ah ! comme tu me tourmentes, mon cœur, pour un homme si beau, mais pourtant un enfant trouvé.

 

Air, en italien

Almira

Un tourment jaloux
me ronge peu à peu le cœur;
ne dites pas que mon âme est vile,
car mourir de jalousie
de toutes les morts est la pire.

 

Scène 7
Consalvo, Edilia

 

Récitatif

Consalvo

Le doux hasard me conduit à ta rencontre sur ces agréables chemins, très noble Edilia. Mais que se passe-t-il ? Je vois que tes yeux pleurent ?

Edilia
Je me proposais justement de te voir, pour exposer à ta générosité comment la vilenie d’un chevalier ne respecte ni promesse ni serment d’amour, et cherche à m’affliger de sa perfidie.

Consalvo
Rassérène ton visage ! Même si c’était mon propre fils, tu peux croire que le châtiment sera la récompense de ce scélérat.

Edilia
Puis-je te faire confiance, généreux seigneur ?

Consalvo
Bien sûr: sur mes paroles, tu peux édifier des rocs.

Edilia
Eh bien, comme tu l’as dit, la perfidie vient d’Osman.

Consalvo
Qu’entends-je, malheureux !

Edilia
Tiens-t’en fermement, mon prince, à la parole donnée !

Consalvo
Cette parole, prononcée hâtivement, ne change pas, même si je dois la regretter plus tard. Mais une peine cruelle m’oppresse en secret, et étouffe maintenant l’espoir riant de la couronne.

Edilia
Le vice ne mérite pas de pitié…

Consalvo
...mais il mérite que je sois comme consumé de colère.

 

Air

Consalvo

Celui qui pour l’argent et la grandeur
rompt la parole donnée,
et ne remplit pas fidèlement
le devoir d’amour qu’il a juré,
qu’il éprouve que sur terre
la lumière joyeuse espérée
peut devenir une terrifiante comète.

 

Récitatif

Edilia

Je suis d’accord avec ces paroles, et j’en appelle au droit pour ma cause, car il doit être contraint à respecter l’engagement qu’il a pris un jour avec moi.

 

Air, en italien

Edilia

Je ne veux plus
entre oui et non
fluctuer toujours ainsi,
toujours ainsi !
Mon cœur ne peut plus rester
entre les bancs de sable, nuit et jour.

 

Scène 8
Tabarco, avec des dés et des cartes, ainsi que d’autres serviteurs de la cour, qui préparent l’installation pour les jeux

 

La scène représente une belle salle illuminée dans le palais de la Reine, avec des escaliers et des galeries, dans laquelle un bal et une assemblée doivent avoir lieu. Dans les galeries se tient un ensemble de hautbois pour la danse.

 

Récitatif

Tabarco

Comme la reine a ordonné qu’une assemblée se tienne ici, je dois aller chercher tout l’attirail à temps, et tout installer complètement; car cartes, dés, damier, quoi d’autre ? une jeune personne, et voilà maintenant le principal divertissement de la cour.

 

Air

Tabarco

À la cour, ce qu’on appelle galant,
c’est ceci: les cartes à la main,
jouer à l’hombre,
faire une petite bassette,
c’est aujourd’hui grand mode [sic] et chose appréciée.
Mais pour moi,
ce que je goûte le plus,
c’est le cinq-neuf et le
passe-dix.

 

Scène 9
Fernando, puis Osman

 

Récitatif

Fernando

Allons, allons, mon cœur ! Laisse donc de côté ton écrasante douleur, tes innombrables soucis, peut-être après l’amertume du fiel goûteras-tu la douceur du miel.

 

Air

Fernando

Laisse le destin à ses éclairs et son tonnerre,
laisse trembler l’édifice de mon espoir,
mon amour reste solide.
Si seulement le sort, après bien des chagrins,
pouvait faire enfin rayonner pour moi
l’aurore de joie que j’espère !

 

Récitatif

Fernando
Osman va entrer, je veux me cacher ici pour entendre ses paroles, car son visage me semble bien troublé.

 

Air

Osman

Je veux vous maudire,
flammes passées,
reculez toujours loin d’ici !
La pourpre est plaisante
et apporte
la paix à une âme noble.

 

Scène 10
Osman, Edilia

 

Récitatif

Edilia
Non, Amour, non, tu ne dois plus croire que je veux être esclave de toi.
Non, Amour, non, je ne veux pas continuer à souffrir pour un infidèle. Le voici, visage décomposé: quelle pénible contrariété peut l’accabler ?

Osman
La contrariété et le déplaisir qui oppressent mon cœur, c’est que je suis obligé de voir Edilia.

 

Duo

Edilia, Osman

Je ne veux rien savoir
de ce qui me tient encore en prison.
Adieu, laisse-toi embrasser
au gré de ton envie ;
mes liens sont rompus.

 

Scène 11
Osman, Edilia, Consalvo, Fernando, Tabarco, Bellante,
les dames de la cour et les autres Grands, qui forment des groupes pour les jeux. Les pages et laquais de la Reine, ainsi que d’autres serviteurs

 

Récitatif

Consalvo
La reine Almira ordonne de s’asseoir à son aise, et de s’adonner à des jeux plaisants.

Edilia
Alors, je vais te choisir, Fernando.

Osman
(Elle cherche déjà le repos sur le sein d’un autre.)

Edilia
Infidèle, oui, j’ai envie de me venger de toi de cette façon.

Osman
(Mon cœur durement oppressé est prêt à faire éclater ma poitrine !)

Fernando
Et à quoi Edilia aime-t-elle jouer ?

Osman
(Quel martyre je dois endurer !)

Edilia
À l’ombre.

Fernando
Mais pour rire: il faut être trois pour le jeu.

Osman
Aussi vous demanderai-je la liberté...

Edilia
Non, Osman, non, tu n’es pas de bonne foi...

Osman
(Je vais bientôt laisser éclater ma colère.) [à Bellante] M’est-il accordé de passer le temps avec toi ?

Edilia
Elle va aussi se joindre à nous !

Bellante:
Mon prince, pardonne-moi, je ne peux pas refuser.

 

Air

Bellante

La bouche dit : non, sous la contrainte,
le cœur dit: oui, de son plein gré.
Éclaire ton regard,
je suis bien trop proche de toi.

 

Récitatif

Osman
(Elle va me précipiter dans le désespoir.)

Tabarco
Pas du tout, si on ne veut pas de toi et que la carogne te méprise, assieds-toi près de moi et joue au passe-dix.

Osman
Parasite, tu es la risée du monde.

Tabarco
Eh bien, laisse donc, je passerai le temps avec moi-même.

[On met sur les côtés les chaises et les tables de jeu, et le bal commence]

 

Scène 12
Les mêmes, Almira

 

Récitatif

[Fernando, après avoir dansé avec Edilia, s’entretient avec elle]

Almira
(Quoi, est-ce un rêve ou non ? Fernando auprès d’Edilia ? Je dois l’arracher à ses yeux.) Scélérat infidèle ! Traître, hors d’ici ! (Mon cœur souffre un enfer.)

Fernando
Je suis comme pétrifié de terreur.

[Il sort]

Almira
Edilia, on dirait que tu allais jeter l’ancre sur des sables mouvants.

Edilia
La reine compte s’unir elle-même à Osman.

Osman
Je pourrais mourir de jalousie !

Bellante:
Mon prince, tu feras mes délices et les tiennes, si seulement tu apprends à te dominer toi-même.

Consalvo
Quel orage dois-je prévoir, qui m’annonce la perte de la Castille !

Almira
Ah, oui, c’en est fait de moi: Fernando a toujours de l’inclination pour Edilia.

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Acte II

 

 

Scène 1
Fernando, Almira

La scène est la splendide salle d’audience de la reine, avec un trône richement orné.

 

Récitatif

Fernando

Altesse, un ambassadeur de Mauritanie, là où les Colonnes d’Hercule marquent la frontière entre l’Afrique et l’Europe, arrive par le golfe de Cadix, et sa très humble requête est une audience de Votre Majesté.

Almira
Il arrive au bon moment, nous sommes prête à l’écouter avec bienveillance.

 

Scène 2
Raymondo, avec une foule de nobles mauritaniens portant des lettres de créance, et accompagné d’une suite imposante, est introduit par Consalvo.
Almira, Raymond, Consalvo et Fernando. Autour du trône royal se tiennent les grands du royaume, et toute la cour

Récitatif

Raymondo:

Raymondo, qui protège le royaume des Maures et déchaîne sur la puissance ennemie des orages de flèches et de sabres, se réjouit grandement que Son Altesse Almira orne le trône de son valeureux père de sa sagesse et de sa beauté, et souhaite autant de bonheur à sa couronne que Flore répand de fleurs. Tout particulièrement, d’après le contenu de cet écrit, mon roi m’a envoyé dans ce royaume pour établir le lien sacré d’une amitié solide.

[Almira parle à Consalvo]

Consalvo
Son Altesse royale de Castille reçoit avec reconnaissance et apprécie le grand amour et la bonté hors du commun que montre Son Altesse royale de Mauritanie. Son âme, avec un profond attachement, élève la louange de celui-ci jusqu’aux étoiles, et elle accepte bien volontiers toutes les requêtes de l’ambassadeur.

Raymondo:
(Paroles plaisantes, qui nourrissent mon cœur avec l’ambroisie d’un doux espoir.)

[Il sort]

Almira
Eh bien, que nous fait-il savoir ?

Consalvo
Il semble être un grand prince déguisé.

Almira
J’ordonne donc de l’honorer comme un prince.

Fernando
Ah, mon amour s’enveloppe d’ombre !

 

Scène 3
Bellante, Consalvo, Tabarco sur le côté

 

Air, en italien

Bellante

Qui sait, mon espérance, qui sait ?
Après les nuages du chagrin,
le ciel d’amour, plus serein,
pour toi, un jour, resplendira.

 

Récitatif

Bellante:

Mais c’est une vaine consolation, celle qui ne repose que sur l’espoir, une lueur qui ne brille que d’un feu trompeur; l’amour m’a rendue prisonnière d’une illusion, mon cœur est depuis longtemps une victime de sa fureur.

Consalvo
Pourquoi soupires-tu ainsi ? Laisse mon âme se plaindre que ton cœur soit aussi dur que le silex.

Bellante:
(Sort fatal ! Que dire ?)

Tabarco
Dis qu’il faut le fusiller.

Consalvo
Ma beauté, je rends hommage à ta vertu.

Bellante:
La sagesse de ton âge badine avec ma jeunesse.

Consalvo

Tu cherches peut-être à condamner mon âge; pardonne-moi, mais l’Etna a beau être couvert de neige blanche, il n’en brûle pas moins toujours d’un feu intérieur.

Bellante:
L’énigme est obscure et bien cachée.

Consalvo
Comment le cœur de Bellante peut-il dissimuler ?

Bellante:
Comment la sagesse de Consalvo peut-elle plaisanter ?

Consalvo
Es-tu donc hors d’atteinte, cruelle ? Alors, de désespoir, je vais bientôt m’engloutir dans les vagues déchaînées d’Amour; mais montre donc de la pitié.

 

Air

Consalvo

Laisse seulement une douce pression de la main
transporter
mon cœur,
laisse-moi seulement caresser
tes joues de lis;
ah, alors mon cœur se réjouira.

 

Récitatif

Bellante:
Le déplaisir et la contrariété m’écrasent; adieu, mon prince.

Consalvo
Elle s’en va en colère.

Tabarco
C’est une rare farce: le vieux l’aime, et elle, elle aime son fils.

 

Air

Tabarco

L’âge n’entame pas la folie;
quand un barbon
veut encore embrasser des jeunesses,
il doit savoir
que son passe-temps ardent
lui use le corps et la vie.

 

Scène 4
Fernando, Tabarco

 

La chambre de Fernando, avec des tentures.

 

Récitatif

Fernando

Je dois rester seul dans cette pièce et écrire sur des affaires de la plus haute importance ; aussi, ne laisse entrer personne.

[Il s’assied à son bureau]

Tabarco
Entendu ! Je suis bien dressé, je n’ai pas mon pareil au monde.

Fernando
Je dois maintenant m’occuper avec zèle des affaires de l’État, et arracher mon esprit à tout amour.

[On frappe à la porte]

Tabarco
(Silence ! Fernando tient un conseil secret.)

Fernando
J’adore Almira.

[On frappe]

Tabarco
(Tout doux, tout doux ! Voilà un homme bien hardi.)

Fernando
Almira est l’objet de mon amour; cela, ma plume timide doit le lui dire respectueusement.

[On frappe plus fort]

Tabarco
(Le gaillard va briser la porte en morceaux.)

 

Air, en italien

Tabarco

Ayez patience,
il ne tient pas audience.
Il se trouve occupé
des affaires d’État:
faire attendre,
sans courir au devant,
c’est là être important.

 

Récitatif

Fernando
Tabarco, fais-le entrer.

Tabarco (à Osman, qui entre):
Pardonne-moi, ce n’était pas ma faute.

 

Scène 5
Fernando se lève devant son bureau et laisse ce qu’il écrivait. Osman

 

Récitatif

Osman
Je suis désolé de te déranger dans ton travail.

Fernando
Je te suis bien plus obligé de l’honneur que tu me fais.

Osman

Je sais, mon ami, que tu es discret, et que je peux te faire confiance. Ainsi, viens en aide à mon tourment, qui m’est insupportable.

Fernando
Considère que je te suis tout dévoué, autant que je peux.

Osman
Alors, écoute: la beauté merveilleuse d’Almira, qui lui attire tous les regards, a conduit mon cœur asservi à brûler d’un amour ardent. Si tu ne peux pas, toi à qui elle prête une oreille bienveillante, m’obtenir une faveur, alors il faut que je meure consumé de cette ardeur.

Fernando
(Comment puis-je me soustraire à sa prière ?)

Osman
Je t’en prie, je ne trouverai pas de repos avant; tu dois me promettre ton aide.

Fernando
Je ferai de mon mieux. Almira vient.

Osman, Fernando
Voici la lumière, la joie de ma vie.

Osman
Je vais me cacher ici pour voir comment tu vas lui faire part de mon chagrin : montre-toi un ami fidèle.

 

Air

Osman

Dis un mot favorable pour moi,
parle, implore,
pour que je touche
au port que je désire depuis longtemps.

 

Scène 6
Almira, Osman (caché), Fernando qui cherche à dissimuler son écrit

 

Récitatif

Almira
Ne dérobe pas cette feuille à mes yeux.

Fernando
C’est quelque chose d’inachevé, un simple badinage poétique.

Almira
Donne, je dois le lire.

[Elle lit]

« Si je dois nourrir en silence une ardeur dans mon sein,
et que ta faveur ne l’alimente pas en retour,
alors mes forces, comme un aimant, se consumeront
et je m’éteindrai moi-même de chagrin. »
Oui, oui, il veut exposer sa peine à Edilia (et moi, je dois souffrir en secret !)

Fernando
Altesse, si ma flamme t’est insupportable, je vais l’étouffer et la condamner.

 

Air

Fernando

Belle flamme, adieu,
mes mains reçoivent l’ordre
de cesser de répandre
de l’encens sur vos braises.

 

Récitatif

Almira

Non, non, Fernando, Fernando, non ! Par une telle coercition, je mettrais de lourds fers à la liberté. Je veux seulement que l’on soit prudent sur les chemins glissants d’Amour.

Osman
(Que signifie donc ce bavardage ?)

Fernando
Pardonne aux pensées mauvaises qui, comme Icare, sortent parfois des bornes de l’amour prescrit.

Almira
(Il ne va toujours pas me comprendre, je dois l’entraîner sur un autre terrain.) Tu sais que mon fidèle royaume désire me marier avec le premier parmi les hommes: qui estimes-tu digne du trône et du sceptre, et apte à gouverner en roi ? Dois-je choisir la maison de Consalvo ?

Fernando
(Mon cœur, que dis-tu ?)

Osman
(Donne la paix à mon âme.)

Almira
Ne vais-je pas entendre bientôt ta réponse ?

Fernando
Il est de mon devoir d’honorer la maison de Consalvo le père a été d’un très grand mérite, le fils prend le même essor que l’aigle, et sa bravoure bâtit un temple en son honneur; mais...

Almira
Poursuis, comme ton cœur te le dicte.

Osman
(Ami fidèle !)

Almira
Continue ton rapport: dois-je donc aimer la vertu d’Osman ?

Osman
(Parle donc, et n’hésite pas.)

Fernando
(Dois-je me faire souffrir moi-même à ce point ?) Altesse, aucun mortel sur terre n’est digne d’être aimé de toi.

Almira
Assez !

Osman
(Maudit chien, ta bouche traîtresse se moque de moi !)

 

Scène 7
Consalvo, Almira, Osman caché

 

Récitatif

Consalvo

Altesse, puis-je demander la grâce qu’Hymen comble de plaisir un noble couple dans une union pure, et qu’Edilia puisse...

 

Air, en italien

Almira

Non, non, je ne veux pas, non,
qu’il s’enchaîne à présent.
Qu’une telle beauté
soit prise dans des liens, cela
blesse
plus d’un sein,
plus d’un cœur.

 

Récitatif

Consalvo

Non, Osman doit être contraint à tenir sa promesse à Edilia le Ciel ne laisse pas impunément l’irrésolution rompre la parole donnée.

 

Air

Osman

Sceptre et couronne, soyez
la récompense d’un amour généreux;
tout doit céder,
si je peux obtenir
une beauté angélique
avec la pourpre et le trône.

 

Récitatif

Osman
Mon père ne pourra jamais me ramener aux liens que j’ai rompus.

Consalvo
Osman est ici ? Fils dépravé, je vais mater ton arrogance.

 

Scène 8
Raymondo, Almira

 

Le théâtre représente une cour dans le palais avec diverses architectures et des portes dans les murs, permettant l’accès de la reine à d’autres chambres

 

Air, en italien

Raymondo

Mon cœur a bon espoir
de parvenir au trône.
Tu peux me rendre heureux,
ô sort, si tu le veux;
ô sort, ne m’abandonne donc pas.

 

Récitatif

Raymondo:
Voici Almira, je vois peut-être poindre la lueur de mon bonheur flatteur.

Almira

Raymondo a inutilement revêtu l’habit d’un ambassadeur, car tous ses actes sont pleins de majesté ; je vais être assez audacieuse pour oser lui demander la raison de sa venue.

Raymondo:
J’y suis prêt, toute-puissante reine.

 

Air

Raymondo

La majesté de deux yeux,
qui transporte de ravissement le monde presque entier,
et m’enserre dans les fers de l’amour
est mon étoile polaire et mon aimant.

 

Récitatif

Almira
Et où se montre ici une telle beauté ?

Raymondo:
Le respect m’ordonne de taire le lieu.

 

Scène 9
Almira seule

 

Accompagné

Almira

Je ne puis plus brûler en silence, ni aller à ma perte sans secours. Je dois avouer à Fernando lui-même ma passion si longtemps secrète; la faveur bienveillante du ciel l’a destiné, lui seul, à la pourpre; je ne me laisserai pas détacher de son sein. Sort malheureux, c’en est fait de moi !

 

Air, en italien

Almira

Il marche à sa perte,
celui qui a pour guide un enfant aveugle.
Qui chemine les yeux bandés,
souvent trébuche;
rien n’est stable chez un dieu ailé.

 

Récitatif

Almira

Ciel, à l’aide ! Voici Osman ; quel mal va-t-il penser de moi, s’il me voit dans l’appartement de Fernando ? Je vais me cacher.

 

Scène 10
Osman, Fernando, Almira cachée

 

Air, en italien

Osman

Je le tuerai, je le tuerai,
celui qui fait la guerre à mon cœur;
tant qu’il ne tombera pas à mes pieds,
ma jalousie
bouillonnera dans sa fureur.

 

Récitatif

Osman
Mais voici mon rival. Je te cherchais.

Fernando
C’est un honneur, bien au-delà de mon mérite.

Osman
Mieux vaut que ta langue s’abstienne de flatteries mensongères; que ta main plutôt me remette ton épée.

Fernando
Elle est à ton service.

Osman
Elles sont exactement semblables; je vais aussi verrouiller la porte. Allons, traître ! Je te provoque en duel.

Fernando
Pourquoi ? Quel est donc mon crime, que ta fureur veut venger si soudain ?

Osman
Tu m’as si cruellement blessé que seul ton sang peut refermer la plaie.

Almira
(Mon cœur est bouleversé ! Je suis épouvantée !)

Fernando
De grâce, fais-moi donc savoir la cause de ton courroux, et ce que je dois payer de ma vie.

Osman
Allons !

Fernando
Ne veux-tu pas me permettre...

Osman
Tais-toi ! L’épée à la main !

Almira
(Je vais les désarmer tous les deux.)

[Elle s’empare des armes et sort]

Osman
Que vois-je ?

Fernando
Et qu’est-ce que j’aperçois ?

Osman

Une femme, c’est la protection et le bouclier du lâche; misérable, as-tu peur de perdre la vie et faut-il qu’une femme impudique te protège ?

Fernando
Je te jure que je ne sais rien de cette histoire.

Osman
Ne t’excuse pas ! La vengeance est remise à plus tard, mais ne sera assouvie qu’avec ta mort et ta perte; les dieux m’en fourniront l’occasion.

[Il sort]

Fernando
Fais ce que tu veux, je ne meurs pas d’une menace.

 

Air

Fernando

Ta bouche a beau, comme la gueule de Pluton,
cracher soufre, venin et feu,
je ne peux que rire
de ta méchanceté,
car mon fer
te montrera bien
le courage et la bravoure d’un lion.

 

Scène 11
Almira, puis Consalvo

 

La scène représente l’antichambre de la Reine

 

Récitatif

Almira
Jour heureux, où j’ai pu rendre la vie à ma vie même.

[Elle pose l’épée d’Osman sur la table]

Maudite arme meurtrière, qu’est-ce qui t’a poussée à chercher le sang et la mort ! Mais, chère épée, je t’envie, car Fernando te porte toujours à son côté, là où j’aimerais tant me trouver.

 

Air, en italien

Almira

Il guérira la plaie un jour,
celui-là qui l’ouvrit avec douceur
dans mon sein.
Toute angoisse s’enfuira,
le tourment cèdera
aux folies du plaisir amoureux.

[Consalvo entre]

 

Récitatif

Almira

Raymondo m’a révélé sa condition princière et m’a confié ce qu’il cherche. C’est vous, Consalvo, qui prendrez des dispositions pour que la cour le reçoive avec faste et réjouissance.

Consalvo
On aura soin de la cérémonie.

 

Scène 12
Edilia, puis Osman

 

Récitatif

Edilia

Je viens de la chambre d’Almira, que je ne m’attendais pas à trouver vide. Ah, grands dieux ! Que vois-je ici ? L’arme flamboyante du traître Osman; il l’a déposée pour conquérir d’autant mieux la reine en étant désarmé.

Osman
Mon épée, et Edilia !

Edilia
(Ah, traître, approche ! Tu dois blêmir: le signe et la preuve de ton ignominie sont visibles et suffisamment évidents !)

Osman
(Maudite luxure ! C’est elle qui était dans la chambre de Fernando.) Impudique, cache tes actions, pour ne pas te trahir quand tu oses emporter ce qui appartient à un autre.

Edilia
Téméraire, ne sois pas intentionnellement aveugle ! La raison doit d’abord apprendre la prudence, pour qu’on ne se trahisse pas soi-même quand on veut prendre du feu à la mèche d’une autre.

Osman
L’épée a été volée par une main lubrique.

Edilia
Plutôt abandonnée par une main lubrique.

Osman
Insensée, où donc ?

Edilia
Un lieu évident, fourbe, quand tu poursuis Almira de tes assiduités.

Osman
Oui, quand tu sors en hâte de chez Fernando.

Osman, Edilia
Je n’ai pas vu Almira/Fernando.

Osman
Elle divague.

Edilia
Il rêve.

Osman, Edilia
Que lui est-il donc arrivé ?

Osman
Je veux partir.

Edilia
L’épaisse fumée de la concupiscence, la masse de ses vices, noircit en vain l’albâtre de la vertu.

 

Air

Edilia

Le ciel va punir
ton traître cœur.
La vengeance sera le salaire
de ta perfidie cachée,
rongera, renversera,
ravagera, ruinera
ton bonheur présent,
si bien que paix et contentement.

 

Scène 13
Tabarco a dans une sacoche toutes sortes de suppliques, brevets, lettres cachetées, etc.

 

Récitatif

Tabarco

Pourquoi faut-il que Tabarco se tue toujours au travail, ce qui lui a déjà coûté bien de la sueur, à charrier les lettres tantôt à la poste, tantôt chez Fernando ? Mes pauvres pieds, vous endurez d’innombrables maux à aller, marcher, courir. Courage, mes supports fatigués, votre mission est d’éviter à ma tête de trébucher et tomber. Aïe !

[Il tombe]

Voici ma carcasse culbutée, et tout le fourbi éparpillé par terre. Patience, je dois tout ramasser, et au passage jeter un coup d’œil sur quelques lettres.

[Il jette un coup d’œil sur quelque lettres]

La cour est folle de toutes ces histoires d’amour, et presque toutes les feuilles en sont donc pleines. Que vois-je ici ? Le sceau montre un écu, et dessus, un Cupidon tout nu qui pêche un cœur dans les vagues déchaînées; l’inscrip­tion donne à comprendre qu’il a réussi à s’échapper.

[Il lit]

« Oui, fulminez comme vous voulez, lignes écrites sous le coup de la colère, mon cœur reste inchangé, l’âme reste en paix, un esprit fait face tranquillement à la foudre d’Amour, et grâce à cette fureur se hâte vers sa délivrance: j’embrasse cette main qui va me sauver des chaînes de l’esclavage amoureux sans que je l’aie demandé. » Mais qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur de ce paquet ? L’écriture montre une main de femme; je vais essayer de voir si je peux deviner le contenu d’après cette lettre.

 

Air

Tabarco

Petit jupon à falbala,
que vas-tu me dire de neuf ?
Quelle beauté doit te porter ?
Ton amitié est très intime, petit jupon à falbala.
Petit jupon à falbala,
quelle mission as-tu reçue ?
Dois-tu, témoin muet, rapporter
peut-être un oui aimé ?
Petit jupon à falbala.

 

Récitatif

Tabarco
Assez, assez, il faut que j’aille bien vite à la cour avec mes affaires.

[Il part en courant]

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Acte III

 

 

Scène 1
Fernando, en costume romain, représentant l’Europe, est amené sur un char doré attelé de chevaux; il tient sur ses genoux la couronne, le sceptre, le globe impérial et le bonnet ducal. Devant lui un chœur de hautbois, ainsi que le cortège des nations de ce continent.

 

La scène représente une colonnade avec différentes galeries; d’un côté Almira et Raymondo, de l’autre Edilia et Bellante regardent le cortège qui représente trois continents, plus Tabarco en Folie. Dessous se rangent les gardes du corps et la suite

 

Entrée

 

Air

Fernando

Incline-toi, disque du monde,
et honore ma gloire;
il est juste que la couronne du vainqueur
ceigne mes tempes.

 

Danse des Européens : Entrée da capo

 

Scène 2
Les mêmes, Osman

 

Osman, vêtu d’un habit maure, représente l’Afrique. Il est porté sous un beau baldaquin par douze Maures. Devant lui marche un ensemble de trompettes et timbales; à sa suite, les plus remarquables des peuples africains

 

Air

Osman

Tout doit céder à ma splendeur.
À mon Nil chaque fleuve
doit payer son tribut,
même l’Euphrate et le Tibre
doivent baisser pavillon devant lui.

 

Danse des Africains : Rigaudon

 

Scène 3
Les mêmes, Consalvo

 

Consalvo, représentant l’ Asie, en vêtement oriental, est tiré par des lions. Sur ses genoux, carquois, flèches, masses d’armes, etc. Devant, un ensemble de cymbales, tambours et flûtes traversières ; derrière, le cortège des nations

 

Air

Consalvo

Fier globe terrestre !
Donne au fardeau de ma grandeur
et au mérite de mon sceptre
la préférence.

Danse des Asiatiques : Sarabande

 

Récitatif

Raymondo:
La louange de l’Afrique ne vous agrée pas ?

Almira
La beauté de l’Europe domine les deux autres continents.

Raymondo:
(L’amour va dicter la sentence).

Edilia, Bellante:
Mon prince, mon suffrage ira à l’Afrique.

 

Scène 4
Les mêmes, Tabarco
Tabarco est assis sur son cheval dans un costume ridicule et représente la Folie.
Devant lui, une lyre et une cornemuse. Dans la suite, des Arlequins, des charlatans, etc.

 

Air

Tabarco

Allons, venez augmenter la gloire de la Folie,
car la plus grande partie de la terre
doit m’être assujettie.
Celui-ci a des vers et des écoulements
qui le tourmentent jour après jour;
celui-là traîne après lui un bande de froussards
et cet autre ne supporte pas
le battement du moulin à vent;
il doit se démener pour Sirius
qu’il croit son héritage et sa propriété,
et tourne ça et là
comme un sot de première grandeur.

 

Danse des charlatans : Gigue

 

Scène 5
Edilia, puis Raymondo

 

Air

Edilia

Jaillissez, pleurs accablants,
laissez respirer mon cœur.
Mais non, hélas, exaucez mon vœu,
portez-moi au froid tombeau:
car je dois éternellement me nourrir
de douleur et de peine.

 

Récitatif

Raymondo:
Qu’est-ce qui te chagrine ? Pourquoi, Princesse, ces perles de larmes roulent-elles sur le gracieux champ de tes joues ?

Edilia
La vertu a été cruellement blessée par les vices, car plus personne ne respecte la foi jurée.

Raymondo:
Ma pauvre amie, si de tes yeux jaillit un flot salé, moi, je ne peux boire que flamme et braise de ces gouttes de cristal.

Edilia
Mon prince, tu cherches à appâter ce cœur accablé que le ciel seul menace de sa mauvaise étoile.

Raymondo:
Pourtant, après une nuit orageuse, point le bel éclat de l’Aurore. Laisse donc s’apaiser la tempête de la peine amère.

Edilia
Mon prince sait s’attacher les cœurs.

Raymondo:
Et toi, très charmante, les enflammer mortellement.

 

Air

Raymondo

Accorde-moi donc après les flots de larmes
un regard favorable.
Laisse le soleil
de ta joie
saluer de rayons bienveillants
le bonheur que j’ai si souvent désiré.

 

Récitatif

Consalvo [sic, y compris chez Chrysander; plutôt Raymondo]
Décide-toi, n’y a-t-il plus d’espoir de consolation ?

Edilia
Qui veut aimer fidèlement doit espérer avec constance.

 

Scène 6
Bellante, puis Consalvo

 

Accompagné

Bellante:

Oui, Amour, mon cœur doit éprouver ta cruauté sans secours. Quand apaiseras-tu ma flamme avec le julep du contentement ! Mais non, j’aime des ombres vides, j’adore celui qui méprise mon amour; Bellante cherche à s’unir avec Osman, qui aspire bien plus à la couronne et à l’île; quant à Consalvo, son désir éteint le pousse à enlacer un sein déjà enflammé avec une froide inclination que je dois haïr éternellement.

 

Air

Bellante

Archer aveugle,
brise l’injuste pointe de tes flèches,
dont aucun mortel ne peut guérir la plaie;
à quoi bon les blessures ?

 

Récitatif

Consalvo
Ton cœur ne veut-il toujours pas m ‘aimer ?

Bellante:
Mon prince, cesse de m’importuner.

 

Air

Consalvo

Méchante beauté,
si tu veux m’abandonner,
moi aussi je te haïrai,
trompeuse sirène.

 

Scène 7
Fernando, Consalvo

 

Air

Fernando

Les nobles esprits
écartent
ce qui apporte peine et dommage,
et aspirent au contraire
à tous les moyens
d’obtenir sur cette terre
le plaisir du plus doux repos.

 

Récitatif

Consalvo
Fernando, donne-moi ton épée.

Fernando
Pourquoi le ferais-je ?

Consalvo
Tu as l’audace de le demander encore ?

Fernando
Calme-toi, j’obéirai: mais qu’ai-je donc à me reprocher ?

Consalvo
Tu le sauras bientôt. Allons, mes gardes fidèles, conduisez-le au cachot.

 

Air

Fernando

Qu’est-ce que la faveur de la cour ?
Une vapeur,
qui a tôt fait de se dissiper,
un labyrinthe temporel,
qui se plaît à nous mener
de la couronne et du trône au cachot.

 

Récitatif

Consalvo

Va, imprudent, souviens-toi que la luxure montre peut-être un sein doux comme le miel d’Hybla, mais, quand le désir a été assouvi, elle n’offre que l’amertume de la myrrhe.
Laisse maintenant Edilia te sauver des chaînes, comme avec Osman !

 

Scène 8
Consalvo, Almira

 

Récitatif

Consalvo
Altesse, Fernando a été arrêté.

Almira
Fernando (quoi ? Ma lumière, Fernando, quoi, ma vie ?) est enfermé dans l’obscurité du cachot ! Qui a osé faire cela ? il n’y a eu aucun ordre donné !

Consalvo
Il est épris d’Edilia.

Almira
(Ô parole qui me remplit l’âme d’une rage vengeresse !)

Consalvo
Il l’aime d’une passion peu commune, et l’intimité de sa chambre témoigne de la faveur qu’il lui montre.

Almira
(Que mon cœur est torturé !)

Consalvo
Juge donc, juste reine, si un tel homme, qui offre honteusement l’encens interdit à la déesse de Chypre et profane ton château par son désir lubrique, ne mérite pas toute sorte de châtiment et de fers.

Almira
(La jalousie est près de consumer mon sang.) Retirez-vous, nous allons déclarer nos intentions.

 

Air, en italien

Almira

Tu verras comment, malgré toi,
je te ferai changer bientôt
de sentiments, cruel.
Comment, de l’étreinte
de celle dont tu es amoureux,
je saurai te séparer.

 

Scène 9
Raymondo, Edilia cachée

 

La scène est une partie des jardins royaux, avec différents cabinets de verdure ; au loin, la maison de plaisance d’Almira

 

Air

Raymondo

Edilia, tu es à moi,
je ne faillirai jamais,
mon cœur doit t’être tout dévoué,
sentiments et pensées
sont près de toi, mon ange, Edilia !

 

Récitatif

Edilia
Oui, oui !

Raymondo:
Est-ce le doux écho de mes paroles ?

Edilia
Oui, oui ! Mon prince, qui cherches-tu ?

Raymondo:
Princesse, ne demande pas, je cherche mon repos dans tes bras charmants; ah, aie pitié de mon tourment !

Edilia
(Je ne peux le repousser plus longtemps, ni résister à ses soupirs.) Prince bien-aimé, il faut que je me rende...

Raymondo:
Douce parole ! Maintenant je recommence à vivre, puisque je me vois aimé.

 

Scène 10
Almira, seule

 

Accompagné

Almira

Infidèle, mon cœur a beau être tendre, je vais te montrer ma fureur et ma terrible vengeance par le fer tranchant de la hache, à la façon des sauvages Troglodytes: mon cœur palpite, éclate de jalousie; sang, meurtre et mort m’envahissent les os, la moelle et les membres. La Castille va rester interdite et trembler d’horreur, quand je lacèrerai ton cœur, ton traître cœur, et t’enverrai au Léthé dans des hurlements d’angoisse.

 

Air

Almira

Bouillonnez, veines, d’une rage vengeresse.
Concentrez en vous les flammes du Phlégéton,
que je punisse le forfait du scélérat.

 

Scène 11
Almira, Osman, Tabarco

 

Récitatif

Osman
Altesse, le ciel doit honorer la beauté que nul n’égale; elle a mon cœur.

Almira
Assez, retirez-vous, je ne veux pas entendre de flatterie.

Osman
Alors, adieu, je ne veux plus jamais t’importuner.

Almira
Il voulait me persécuter avec ses nouvelles déclarations.

Tabarco
Mais puis-je oser te remettre cette feuille ?

[Il lui tend une lettre]

Almira
De qui ?

Tabarco
De Fernando, que les fers du cachot retiennent prisonnier.

Almira
Il cherche peut-être à couvrir la grandeur de sa honte avec des paroles vaines, et à échapper au châtiment ?

[Elle ouvre la lettre]

Tabarco
Puis-je être assez hardi pour demander une réponse pour lui ?

Almira
Que vois-je ici ? Un cœur de rubis qui bouleverse mes sens. 

[Elle lit]

«Fernando, accablé par les fers, jette à tes pieds, grande reine, une feuille, et voudrait seulement apprendre de ta magnanimité si cette pierre pourrait être la cause de son malheur.» Le destin me montre un secret; que dois-je lire encore ? PROPRIÉTÉ D’ALMIRA. La grande réputation d’innocence peut abattre l’envie, mais je vais feindre. Tabarco, rapporte seulement à Fernando que, avant que Titan sommeillant ait englouti son éclat dans le sein humide de Thétis, la lumière de sa vie s’éteindra.

Tabarco
Si sa fin est proche, qu’il fasse son testament.

 

Air

Almira

Précieuse inscription, lignes bien-aimées,
que je vous embrasse !
Amour vous a fourbies
pour assaillir mon cœur,
au lieu de ses flèches.

 

Scène 12
Osman retient Edilia qui veut lui échapper

 

Récitatif

Edilia
Retire-toi, laisse-moi.

Osman
Ah, parole cruelle, aie pitié !

Edilia
Va t’en, perfide, laisse-moi.

Osman
Ma faute est-elle si grande que tu veuilles me quitter pour toujours ?

Edilia
Va t’en ! Ta mèche aime aller s’allumer à d’autres flammes.

Osman
C’en est trop ! Mon cœur n’a pas brûlé d’ardeur pour une autre.

Edilia
Mais il a été souvent en proie à l’irrésolution.

Osman
L’amour se plaît aussi à plaisanter.

Edilia
L’amour doit s’abstenir de plaisanteries débridées.

Osman
La faute a été depuis longtemps expiée par les larmes.

Edilia
Oui, des larmes que verse aussi un crocodile.

Osman
Ne veux-tu donc plus rien savoir de ma fidélité ?

Edilia
Non: qui court après les ombres, perd aussi sa proie.

Osman
C’est la mort de l’amour qui te torture de jalousie brûlante.

Edilia
Et toi, le détestable fruit infernal de l’irrésolution.

Osman
Ah, cruelle, qui te ris de ma peine !

Edilia
Oui, perfide, qui as mérité le mépris !

 

Scène 13
Raymondo

 

Air, en italien

Raymondo

Ces lèvres de corail,
rival bafoué,
tu ne les baiseras pas, non, non.
Cette onde
qui t’engloutit
m’a conduit au port.

 

Scène 14
Fernando, enchaîné; puis Tabarco

 

Un cachot souterrain

 

Air

Fernando

Il peut rire sous les éclairs et le tonnerre,
celui qu’abrite le laurier de sa vertu.
Dans le fracas des éléments
son courage n’a pas peur.
La tempête peut bien faire rage,
il sera protégé
par la vraie vertu.

 

Récitatif

Fernando
Quel réconfort m’apporte Tabarco ?

Tabarco
Seigneur, c’est une bien mauvaise mission, la reine vous envoie votre arrêt de mort.

Fernando
Quoi, Fernando doit mourir ?

Tabarco
Eh oui. Seigneur, où est votre argent ? Je voudrais bien hériter après votre départ.

 

Scène 15
Fernando, puis Almira, d’abord dissimulée

 

Accompagné

Fernando

Destin, veux-tu m’abattre, abandonné de tous ? La vertu doit-elle périr, et l’innocence être opprimée ? Pourquoi n’ai-je pas été tout enfant suffoqué dans les vagues d’Amphitrite ? puisque, sur ton conseil, la colère des étoiles a prévu et déterminé mon malheur. Mais non, c’est Almira qui a pris cette décision cruelle, je dois verser mon sang: un mot que je ne peux pas contester; ceci seul adoucirait la peur de la mort, si seulement ma bouche pâlie pouvait lui faire connaître mon amour fidèle, et lui glisser ces mots d’adieu: Fernando meurt en t’appartenant.

 

Récitatif

Fernando
Fernando meurt en t’appartenant,
il meurt t’appartenant, Almira;
jusqu’à mon dernier souffle,
je serai à toi.

Almira
(Fernando, continue,
je veux inscrire ces douces paroles
dans mon cœur,
et moi aussi être à toi pour toujours.)

Fernando
Je veux qu’on m’appelle ton fidèle amant,
rien ne peut m’arracher à toi,
ni l’angoisse ni la douleur de la mort,
Fernando meurt en t’appartenant.

Almira
(Almira, ah, que dis-tu ? Donne enfin le repos à son âme, allons, laisse ton cœur plein de pitié, que l’amour va faire comme voler en éclats, lui apporter en larmes la nouvelle qu’il ne va pas mourir.)

Fernando
Fernando meurt en t’appartenant, Almira,
il meurt en t’appartenant, Almira.

Almira
Non, non, Fernando, non, je veux t’accorder ta grâce, pourvu que tu veuilles te lier à Edilie par le mariage.

Fernando
Altesse, cette grâce ne fait que me désoler.

Almira
Comment ! n’as-tu pas aimé Edilia ?

Fernando
Mon cœur est affranchi d’un tel penchant.

Almira
Mais ne s’est-elle pas attardée en secret dans ta chambre ?

Fernando
Jamais.

Almira
Qui t’a donc arraché à la mort, et t’a désarmé ainsi qu’Osman ?

Fernando
Je ne sais pas qui elle était.

Almira
Mais veux-tu connaître la personne que, bien qu’elle t’ait protégé avec tendresse, tu tortures pourtant d’un tourment sans égal ?

Fernando
Qui peut-elle bien être ?

Almira
Almira, ta reine.

Fernando
Altesse, prends donc ma vie, mais si mon sang se répand devant tes pieds, pense que chaque goutte est un témoignage de ma fidélité.

Almira
Mon bien-aimé, tes souffrances vont finir. Relève-toi, je veux arracher les liens cruels de tes mains,

[elle détache les chaînes]

et désormais le cœur d’Almira sera proclamé tien.

 

Duo

Almira

Yeux brillants, jouez avec moi,

Fernando

Fondez, lèvres, baisers couverts de rosée,

Almira, Fernando

Parlez, plaisantez,
riez et embrassez,
apportez un plaisir parfait.
Yeux brillants, jouez avec moi.

 

Scène 16
Bellante, Osman

 

Une salle splendide

 

Air

Bellante

Je me consume, mais sans que tu bouges;
ton cœur reste encore plus dur que le diamant;
tu peux attiser mon feu d’une peine brûlante,
et pourtant opposer toujours de la résistance.

 

Récitatif

Osman

Crois, ma belle amie, que ta douce bouche est injuste avec moi : mon cœur est blessé depuis longtemps, et brûle de l’ardeur de tes yeux.

Bellante:
Ah, quel réconfort ! Viens, Osman, toi que je désire, viens, laisse-moi t’étreindre.

 

Duo

Osman, Bellante

Mon malheur doit finir,
si seulement tu consens
à ce que je trouve auprès de toi
un doux repos.

 

Scène 17
Les mêmes, Almira, Consalvo, Fernando

 

Récitatif

Almira
Fernando a clairement dit qu’il n’était pas épris d’Edilia, mais son cœur est assez hardi pour aspirer à la faveur de la couronne.

Consalvo
Et mérite ainsi un plus grand châtiment.

Almira
Il m’a envoyé ce joyau de rubis qui porte mon nom, qui lui est cher.

Consalvo
Oh ciel, ma raison se confond !

Osman, Bellante:
Qu’est-ce qui peut bien faire défaillir Consalvo ?

Consalvo
Permets, grande reine, que Fernando me conte de qui il a reçu ce joyau.

Almira
Fais comme il le demande !

Fernando
Le joyau était à mon cou quand un pêcheur m’a trouvé dans mon berceau sur les flots déchaînés.

Consalvo
Ô bonheur inexprimable ! Mon fils Floraldo, mon cher fils, je te presse passionnément sur mon sein.

Almira
Est-ce la vérité, peut-on avoir confiance ?

Consalvo

Altesse, je sais parfaitement que j’ai offert ce bijou à ma femme, qui s’appelait aussi Almira, en cadeau de noces. Après la naissance de Floraldo, il a été passé au cou de l’enfant. Comme ton père m’avait fait quitter la Sicile, mon bateau a fait naufrage avec elle, et j’ai cru aussi mon fils Floraldo perdu; mais maintenant je le retrouve de façon inattendue grâce à ce signe.

Bellante, Almira
Ô jour bienheureux où je peux vous voir comblés.

Fernando
Mon père, laisse-moi venir à toi avec joie.

Consalvo
Mon fils, ma souffrance va cesser.

Fernando, Osman
Mon frère, que mon cœur soit uni au tien pour toujours.

 

Scène 18
Les mêmes, Raymondo, Edilia, Tabarco sur son cheval

 

Récitatif

Raymondo:
Altesse, la haute bienveillance du ciel m’a donné la chaste passion d’Edilie. Accorde-moi de vivre uni à elle.

Osman
Ne puis-je pas demander la même faveur, reine ?

Almira
Soyez heureux, couple fortuné.

Almira, Consalvo
Que
Dioné vous arrose toujours de sa féconde bénédiction.

Tabarco
Bon, ma vieille rosse, ne sois pas paresseuse, prépare-toi à une bonne ripaille; je regarderai par la fenêtre avec la gueule bien grasse.

Almira

En ce grand jour de fête, je dois accomplir la dernière volonté de mon père en votre présence, et te choisir, Fernando, fils de Consalvo, pour mon bien-aimé. La Castille doit te couronner pour son roi, et je t’épouserai.

 

Air

Tous

Mon ange, ma joie,
Je t’enlace avec ravissement.

 

Choeur

Tous

Nous espérons que le ciel
après ce tumulte
nous saluera à nouveau d’un regard amical,
apaisera, adoucira
la peine amère,
et laissera la vie,
vouée à l’Amour,
durer éternellement.

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traduction: Jacqueline & Alain DUC