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Georg Friedrich Händel

 

Hercule
Drame musical [Oratorio] en III Actes
texte de Thomas Broughton,
d'après "Trachiniai" de Sophocle &
des "Métamorphoses" de Publius Ovidius Naso

Hercules, Hwv 60, 1744
Georg Friedrich Händel [1684 - 1759]

les personnages

Dejanira

soprano

Iole

soprano

Un Oechalien

soprano

Lichas

alto

Hyllus

ténor

Hercules

basse

Un Trachinien

basse

Prêtre de Jupiter

basse

Choeur


effectif musical

2 hautbois
2 cors, 2 trompettes, timballes
3 violons, alto, violoncelle et basse continue


Acte I
Acte II
Acte III

ACTE UN

Ouverture

Scene 1: le palais royal de Trachis, en Thessalie
Dejanira, Lichas, Choeur de Trachiniens

Accompagné

Lichas:
Voyez avec quelle tristesse, que abattement
La princesse éplorée s'abandonne au chagrin !
Elle pleure de l'aube au crépuscule
Des ténèbres de la nuit aux premières rougeurs de l'aurore;
Incertaine du sort d'Alcide,
Elle se lamente, inconsolable de son absence.

Air

Lichas:
Que cesse, ô destin, l'implacable courroux,
Préserve, ô grand Jupiter, la vie du héros !
Couronne de gloire ses exploits
Et rends-le à son épouse affligée.

Accompagné

Déjanire:
Hercule ! pourquoi es-tu loin de moi ?
Reviens, reviens dans mes bras !
O dieux ! combien cruelles sont les douleurs de l'absence
A qui aime aussi tendrement que moi !

Air

Déjanire:
Le monde, quand le jour a fini sa course,
Pleure dans l'obscurité le soleil absent:
Et moi, privée de la chère lumière
Qui réchauffait mon coeur et réjouissait ma vue,
Je déplore dans les plus épaisses ténèbres de chagrin
L'absence du valeureux héros.

Récitatif

Lichas:
Princesse, console-toi et espère:
Les heures qui viennent peuvent le ramener,
Dans tes bras impatients de te retrouver.


Déjanire:
Hélas, non, c'est impossible ! Jamais il ne reviendra !

Lichas:
Faîtes qu'il n'en soit rien, ô ciel et vous, puissances tutélaires
Qui protégez la vertu, l'innocence et l'amour !

[Hyllus entre]

Déjanire:
Mon fils ! chère image de ton père absent !
Quelles réconfortantes nouvelles apportes-tu à ta mère ?


Hyllus:
Impatient de connaître le sort de mon père,
J'ordonnai aux prêtres de scruter par un sacrifice solennel
La volonté du ciel. La flamme s'éleva sur l'autel,
Le sang de la victime immolée se mit à couler - et voilà
Qu'une lumière soudaine resplendit de toutes parts dans l'enceinte sacrée.
Le prêtre reconnut dans l'heureux présage
La présence du dieu lorsque, brusquement,
Le temple fut ébranlé, la lumière disparut
Et une obscurité plus profonde que celle de minuit envahit les lieux.


Lichas:
Quelle horreur !

Hyllus:
Enfin l'auguste prêtre,
Habité par la divinité, déclara prophétiquement :

Air

Hyllus:
"Je sens le dieu, il gonfle ma poitrine !
L'avenir se révèle à mes yeux:
Je vois le valeureux héros gisant inanimé
Et des flammes jaillissent du haut sommet de L'Oeta."

Récitatif

Déjanire:
Alors je suis perdue ! Oh, quelle terrible oracle !
Mes chagrins écrasent de leur poids mon âme tourmentée
Et ne tarderont pas à m'engloutir dans le royaume de la nuit.
Alors je t'y reverrai, Hercule,
En train de brandir la lance, de bander l'arc rétif
Ou à raconter tes exploits à l'assemblée des ombres.

Air

Déjanire:
Là, reposant dans les myrtes ombreux
Auprès des ruisseaux qui serpentent à travers l'Elysée,
Nous goûterons dans la plus tendre union
L'éternité de la béatitude et de l'amour.

Récitatif

Hyllus:
Ne désespère pas ! Que l'espoir naissant
Suspende l'excès de chagrin jusqu'à ce que je sois sûr
Du destin de mon père chéri. Demain, le soleil levant
Verra ton Hyllus se mettre pieusement en route,
Résolu à parcourir le monde entier à la recherche de mon père.
S'il est encore en vie, je te le ramènerai,
Sinon je périrai dans cette entreprise.

Air

Hyllus:
Là où les fleuves du Nord
Se figent, gelés, dans l'étau des glaces,
Là où les plus ardents rayons du soleil
Dessèchent le sabre brûlant de Lybie:
Là, conduit par l'honneur, l'amour et le devoir
Je porterai hardiment mes pas.

Choeur:
O piété filiale ! O généreux amour !
Va, ardent jeune homme, mets ton courage à l'épreuve !
Que la gloire immortelle t'attende
Et que le ciel compatissant t'assiste !

Récitatif

Lichas:
Bannissez vos craintes ! Le noble Hercule
Est vivant et retourne en vainqueur d' Oechalie
Par lui mise à sac et rasée !


Déjanire:
O joyeuses nouvelles ! Bienvenues comme l'aube
Au monde plongé dans les ténèbres, comme les ondées
A la terre desséchée ! Loin de moi, mensongers présages,
Loin de moi toute anxiété !

Air

Déjanire:
Allez-vous-en, mes craintes, fuyez
Comme les nuages devant le rayon de soleil matinal !
Mon héros rentre
Couronné de lauriers,
Le ciel se laisse attendrir,
Le destin se montre consentant,
La joie qui m'envahit dompte mes chagrins
Et des transports d'allégresse soulèvent mon âme.

Récitatif

Lichas:
Un cortège de captifs, rougis de blessures qui leur font honneur
Et ployant sous le poids de leurs chaînes, suit le conquérant.
Mais pour embellir la pompe de la victoire
La ravissante Iole, princesse d'Oechalie,
De sa beauté de captive rehausse la joie du triomphe.


Hyllus:
Mon âme s'émeut pour l'infortunée princesse
Et c'est volontiers, ma foi, que je la délivrerais de ses chaînes:
Mais, dis-moi, son père, l'altier roi Eurytos... ?


Lichas:
Il a péri en combat singulier par le glaive d'Hercule.

Déjanire:
N'en dis pas davantage, mais hâte-toi d'accueillir ton maître !

[elle sort]

Lichas:
Comme le plus profond chagrin fait vite place à la joie !

[Lichas et Hyllus sortent]

Scene 2: une place devant le palais
Hercule & sa suite

Marche

Récitatif

Hercule:
Grâces soient rendues aux puissances d'en haut, mais avant tout à toi,
Père des dieux, de la semence immortelle duquel
Je suis issu ! Mes labeurs sont finis,
La fureur de Junon apaisée. C'est avec plaisir
Que, parvenu au repos, je jette un regard sur mes exploits passés.
Le chute d'Oechalie s'ajoute à mes titres
Et signale l'apogée de la gloire.

[il se tourne vers Iole]

Belle princesse, sèche tes pleurs ! Oublie ces fers,
Tu es libre à Trachis comme en Oechalie.

Iole:
Pardonne-moi, généreux vainqueur, si je ne puis réprimer
Un soupir pour mon père chéri, pour mes amis,
Mon pays. Adieu à jamais,
Joies souriantes, innocentes délices
De la jeunesse et de la liberté ! Amer souvenir !
Je ne puis cependant oublier
Que cela fut et que j'en jouis autrefois.

Air

Iole:
Mon père ! Ah ! Il me semble voir
Le glaive infliger la blessure mortelle:
Il perd son sang, il s'affaisse, agonisant,
Il meurt en expirant la poussière du sol empourpré.
Repose en paix, ombre chérie,
Que la terre te soit douce !
Dans le pieux souvenir de ta fille
Vivent gravées toutes tes vertus.

[Iole et les Oechaliennes sortent]

Récitatif

Hercule:
Adieu donc aux armes ! Désormais le temps
M'emportera doucement dans son cours vers l'âge mûr.
De la guerre je vole à l'amour, ne voulant rien d'autre
Que goûter les tendres embrassements de l'aimable Déjanire.

Air

Hercule:
Quittant le sanglant terrain de bataille, le dieu des combats
Dépose, devenus inutiles, le javelot et le glaive étincelants,
Et, soumis aux charmes de la beauté conquérante,
S'abandonne à l'amour dans les bras de Cythère.

Choeur:
Couronnez ce jour d'une pompe de fête,
Laissez éclater la plus vove allégresse !
Que sur les autels s'élève l'encens de la gratitude,
Que les jeunes filles incitent les jeunes gens
A se joindre aux danses, tandis que la voix de la musique
Raconte en accents vigoureux la joie qui nous transporte !

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ACTE DEUX

Scene 1: un appartement
Iole et les Oechaliennes

Air

Iole:
Sort béni que celui de la jeune fille destinée
A vivre, dans un paisible contentement, dans une hume chaumière
Loin des villes,
Faisant paître en compagnie des bergers les troupeaux
Dans les plaines verdoyantes où murmurent les ruisseaux,
Aimée de chaque pâtre.

[Dejanira entre]

Air

Déjanire:
Lorsque la beauté porte la livrée du chagrin,
La douleur de la belle éveille en nous la passion.
L'Amour plonge ses flèches dans ses pleurs
Et les dirige vers le coeur.

Récitatif

Iole:
D'où vient cet injuste soupçon ?

Déjanire:
C'est seulement le renom de ta beauté (je viens d'en être informée)
Qui conduisit Alcide à la cour d'Oechalie.
Il vit, aima, il chercha à t'obtenir de ton père;
Sa demande rejetée, il rasa par vengeance
L'altière cité et emporta le butin;
Mais le riche récompense pour laquelle il lutta et conquit,
C'était Iole.


Iole:
Ah, non ! Ce fut l'ambition,
Et non l'amour dédaigné, qui battit Oechalie
Et qui fit de la malheureuse Iole une captive.
Des rumeurs cachant sous des dehors de vérité
Les plus noirs mensonges ont abusé ton oreille
D'une histoire inventée; mais je t'en conjure,
Pour la quiétude de ton esprit, garde-toi de la jalousie !

Air

Iole:
Ah ! Songe aux maux que ressentent les jaloux:
C'en est fait de la paix, c'en est fait de l'amour,
Echangés contre un tourment sans fin.
La poitrine se soulève, gonflée de venin,
Et une incessante discorde habite
Là où devrait régner l'harmonie.

Récitatif

Déjanire: - s'en allant:
Il nest que trop sûr qu'Hercules est infidèle.

[Lichas entre]

Lichas:
Mon divin maître ?

Déjanire:
Est un traître, Lichas,
Traître à l'honneur, à l'amour et à Déjanire.


Lichas:
Alcide infidèle ? Impossible.

[Dejanira sort]

Choeur:
Jalousie ! infernal fléau,
Tyran du coeur humain !
Comme les moindres prétextes
Font se dresser la tête exécrée !
Des vétilles aussi impalpables que l'air
Te paraissent les preuves les plus solides !

[Lichas sort]

Scene 2: un appartement
Iole, Hyllus

Récitatif

Hyllus:
Elle connaît ma passion et m'a entendu exhaler
Mes voeux les plus ardents; mais, sourde à ma tendre requête,
Elle rejette l'amour que je lui offre. Voyez comme elle se tient là,
Semblable à la noble Diane, entourée de ses nymphes.


Iole:
Je devine trop bien, jeune homme,
La raison qui conduit ici tes pas.
Pourquoi vouloir me presser d'une demande que je ne dois pas écouter ?
Croirais-tu que Iole puisse jamais aimer
Le fils d'Hercule, par qui elle fut dépossédée
De son pays, de son père, de la liberté ? Impossible !


Hyllus:
Je reconnais la vérité des arguments qui anéantissent mes espoirs naissants;
Permets-moi cependant, charmante enfant, de contempler
Ces chers attraits qui enchantent mon âme
Et d'apercevoir, au moins, le ciel qu'il me faut désespérer d'obtenir.

Air

Hyllus:
Descendant de leur célste demeures
Et renonçant temporairement aux divines félicités,
Les dieux quittèrent leur ciel
Pour goûter celui, plus doux, de l'amour.
Cesse donc de blâmer ma passion,
Cesse de dédaigner une flamme elle aussi divine.

Choeur:
Dieu folâtre des ardeurs amoureuses,
Des voeux, des soupirs et des tendres désirs,
Tous les êtres vivants observent tes lois !
Dans les airs, sur les eaux et sur la terre ferme
Tu étends ton règne absolu et sans limites.

Scene 3: un autre appartement
Hercules, Dejanira

Récitatif

Déjanire:
Oui, je te félicite de tes titres de gloire, rehaussés
Du haut fait de la chute d'Oechalie, mais combien je m'afflige
De voir le vainqueur soumis au vaincu.
Hélas, quel égarement, quelle déchéance !
Ta renommée éclipsée, tels lauriers flétris !

Hercule:
Injuste reproche ! Non, Déjanire non !
Alors que de glorieux exploits exigent un juste prix !

Air

Hercule:
Le nom d'Alcide resplendira
Jusqu'à la fin des temps du plus vif éclat
Et les héros futurs parviendront à la gloire
Par des exploits rivalisant avec les miens.

Recitatif

Déjanire:
O glorieux modèle d'actions héroïques !
Le vaillant guerrier que ni la haine de Junon
Ni une longue série d'incessants travaux
Ne purent jamais soumettre, une jeune captive l'a conquis !
Honte à la mâle vertu ! déshonneur des armes !

Air

Déjanire:
Abandonne la massue et le butin du lion
Pour voler de la guerre aux labeurs féminins !
Au lieu du glaive et du bouclier étincelants
Tiens le fuseau et la quenouille !
Le tonitruant Mars ne te fera plus prendre les armes,
L'appel de la gloire ne te fera plus frémir:
Que Vénus et le dolent Amour
Occupent dans la volupté chacune de tes heures.

Récitatif

Hercule:
On t'a trompée ! Quelque infâme
Aura calmonié mon amour et ma constance sans faille.


Déjanire:
S'il en était ainsi, la rumeur
N'aurait pas répandu à travers toutes les villes grecques
La honteuse nouvelle !


Hercule:
Les prêtres de Jupiter
S'apprêtent, par des rites solenels, à remercier le dieu
De la victoire de mon expédition armée;
Le sacrifice réclame ma présence;
Je m'y rends. En attendant, laisse dormir tes soupçons
Et qu'une jalousie sans motif n'alarme pas ton coeur.

[il sort]

Déjanire:
Hypocrite, infidèle, perfide Hercules !
Ne jura-t-il pas, lorsque pour la première fois il me courtisa,
Que le soleil cesserait de luire, que la lune d'argent
Arrêterait sa révolution avant qu'il ne s'avérât infidèle ?

Air

Déjanire:
Cesse de te lever, souverain du jour,
Et toi, Cynthia, n'éclaire plus les cieux nocturnes !
Il en a appelé dans son serment à vos brillants rayons,
Scellez d'une nuit sans fin son parjure.

Récitatif

Déjanire:
Quelque puissance plus aimablement disposée m'inspire de ragagner
Son amour qui de moi s'est détaché et de ramener à moi le fugitif !
Je détiens un vêtement, baigné du sang
Qui coula de la blessure faite au flanc de Nessus
Par le javelot lancé de la main d'Alcide.
Il possède la vertu miraculeuse de ranimer
La flamme expirante de l'amour.

[Lichas entre]

Lichas, porte de tes mains au temple
Ce vêtement aux riches broderies et prie ton maître
De vouloir sur-le-champ jeter sur ses viriles épaules
Ce présent de son épouse, gage d'amour renaissant.


Lichas:
O l'agréable devoir ! O heureux Hercule !

Déjanire:
Mais voilà la princesse Iole. Retire-toi !

[Lichas sort]

Calmez-vous, craintes que fait naître en moi la jalousie, et permettez à ma langue
De déguiser les tortures de mon coeur qui saigne.

[Iole entre]

Déjanire:
Pardonne-moi, princesse, si ma folle jalousie
T'a fait un trop rude accueil ! Je confesse et me reproche
L'erreur qui, m'ayant égarée, m'a conduite à insulter
Cette innocence et cette beauté.


Iole:
Grâces soient rendues aux dieux
Qui ont inspiré à ton esprit de plus calmes pensées
Et ôté de ton coeur le vautour de la jalousie.
Vis et sois heureuse dans l'amour d'Alcide,
Tandis que l'infortunée Iole...(pleurant)


Déjanire:
Princesse, n'en dis pas davantage ! Mais élève des beaux yeux
Vers l'heureuse perspective du bonheur retrouvé.
A ma prière, Alcide te rendra
A la liberté et au trône paternel.

Duo

Déjanire:
Les joies de la liberté, les joies de la puissance,
Te seront bientôt prodiguées
Et te procureront la félicité.


Iole:
Quelles paroles délicieusement agréables !
Que quelle douceur elles séduisent mon coeur
Et apaisent par enchantement mon âme !

[Iole sort]

Récitatif

Déjanire:
Père d'Hercule, ô grand Jupiter, fais réussir
Cet ultime expédient de l'amour au désespoir !

Choeur:
Amour et Hymen, venez main dans la main
Rétablir le lien nuptial !
Et que les plaisirs sans nuages
Couronnent le héros et sa noble épouse !

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ACTE TROIS

Sinfonia

Scene 1: Lichas, Choeur des Trachiniens

Récitatif

Lichas:
Fils de Trachis, pleurez votre valeureux héros,
Retourné des attaques de l'ennemi et de mortels dangers
Pour périr sans gloire par la main d'une femme.

Alors que le héros se tenait debout,
Prêt pour le sacrifice, et que de fastueux ornements
Décoraient le temple, ces mains infortunées
Lui remirent, au nom de Déjanire,
Un vêtement précieux, gage d'amour renaissant.
Avec un sourire témoignant de la joie qui s'élevait en lui,
Alcide jeta sur ses viriles épaules
Le perfide présent. Mais au moment où la flamme de l'autel
Commençait à réchaffer ses membres,
Le vêtement traîtesement imprégné d'un produit mortel
Colle à son corps, répandant à travers tout son sang un subtil poison.
Dans les douleurs de l'agonie, il traîne,
Au prix d'efforts forcenés, son corps supplicié sur le sol sacré,
Tentant d'arracher le fatal vêtement,
Mais il arrache en même temps sa chair mutilée, ensanglantée:
La voûte du temple renvoie ses cris affreux !

Air

Lichas:
O spectacle de détresse jamais vue !
O soleil de gloire englouti de la sorte !
Quel langage saurait exprimer notre douleur ?
Vaillant, infortuné héros, adieu !

Choeur:
Désormais les tyrans ne redouteront plus
De fouler aux pieds les esclaves vaincus !
Des monstres affreux
Tourmenteront de nouveau le monde gémissant !
Toute crainte de châtiment s'est évanouie:
Le vengeur du monde n'est plus !

Scene 2: le temple de Jupiter
Hercules, Hyllus, Prêtres et assistance

Accompagné

Hercule:
O Jupiter ! quel pays est-ce là, quel est ce terrible climat
Où Phébus fait rage de ses rayons ? Je brûle, je brûle,
Un feu torturant me consume, je meurs !
Ménagez-moi, ô dieux compatissants !
La fureur me dévore,
Avec des souffrances dépassant celles de l'enfer
Le subtil poison se hâte, comme un feu liquide,
A travers mes veines enfiévrées.
Borée, envoie ta brise
Et fais-la mugir à travers mon sein !
Bienveillant Neptune, répands en ma poitrine
Tous les flots de l'océan
Et rafraîchis mon sang en ébullition !

Récitatif

Hyllus:
Grand Jupiter, soulage ses souffrances !

Hercule:
Etait-ce pour cela que j'ai accomplis des exploits sans nombre ?
O Junon et Eurysthée, je vous pardonne !
Votre plus noire méchanceté cède à celle de Déjanire:
Fausse, cruelle, traîtresse Déjanire !
Maudit vêtement qui colle à mes flancs déchirés,
Absorbant mon sang et ma vie !


Hyllus:
Hélas, mon père !

Hercule:
Mon fils ! Exauce la requête de ton père mourant:
Tant que je suis encore en vie, transporte-moi au sommet de l'Oeta;
Sur la cime de ce mont couronné de nuages
Abats le chêne majestueux et le cyprès élancé
Et dresse un bûcher funèbre: qu'on m'y étende !
Puis qu'on l'embrase afin que je puisse,
Sur l'aile des flammes, monter rejoindre les dieux !


Hyllus:
O glorieuse pensée ! Digne fils de Jupiter !

Hercule:
Mon souffrances redoublent... fais vite, mon fils,
Conduis-moi sur les lieux de la mort glorieuse.


Hyllus:
Comme voilà le héros terrassé !

Air

Hyllus:
Que la rumeur ne porte pas la nouvelle
Jusqu'aux murailles conquises de la fière Oechalie !

[tous sortent, emmenant Hercules]

Scene 3: le palais
Dejanira

Accompagné

Déjanire:
Où fuir ? où cacher ce chef coupable ?
O fatale erreur de l'amour fourvoyé !
O cruel Nessus, comme te voilà vengé !
Et moi, misérable créature, c'est par moi que meurt Alcide !
Ce sont ces mains impies qui ont envoyé avant l'heure
Notre maître au royaume des ombres ! Que la clémence s'empare de moi !
Enchaînez-moi, Furies, à vos carcans de fer
Et, de vos scorpions, fouettez mon ombre coupable !

Voyez, voyez, les voilà ! Voilà Alecto avec ses serpents,
La féroce Mégère et la noire Tisiphone !
Voyez se dresser les effroyables soeurs
Dont la funeste présence infecte les nues !
Voyez les serpents dont elles fouettent !
Quels hurlements ils font entendre à mon oreille suppliciée !
Cachez-moi à leur vue exécrée,
Ombres bienveillantes de la plus noire des nuits !
Hélas, au coupable qu'elles poursuivent
Les Furies ne laissent nul répit de l'esprit !

Scene 4: le palais
Dejanira, Iole

Récitatif

Déjanire:
Voilà que paraît la beauté qui est la cause fatale de tout ce malheur !
Fuis de mon regard, sorcière abhorrée, fuis
Avant que ma fureur effrénée ne se déchaîne contre toi,
Ne te déchire et te disperse à tous les vents du ciel !
Hélas, je délire ! La charmante enfant est innocente,
Et c'est moi seule qui suis la cause de tout.


Iole:
Privée par la main d'Hercule de toute joie,
De l'amour d'un père, de mon pays natal,
Du bien chéri de la liberté, je ne puis cependant qu'avoir pitié
Des malheurs sans nombre qui accablent cette famille infortunée.

Air

Iole:
Ma poitrine se gonfle d'une tendre pitié
A la vue du malheur des hommes
Et ressent angoisse et compassion
Où que le destin frappe ses coups.

Scene 5: le palais
Dejanira, Iole, le Prêtre de Jupiter, Hyllus, Lichas, Choeur des Trachiniens

Récitatif

Le Prêtre de Jupiter:
Réjouis-toi, princesse, toi dont la main guidée par le ciel
A élevé Alcide jusqu'au trône de Jupiter !


Déjanire:
Parle ô prêtre ! Que signifie cette salutation sinistrement mystérieuse ?
Qu'il soit mort, et par cette main funeste,
Mon coeur qui saigne ne le devine, hélas, que trop sûrement.


Le Prêtre de Jupiter:
Transporté (sur son ordre même) au sommet de l'Oeta,
Le héros gisait, étendu sur un bûcher funèbre.
Déjà les flammes crépitantes enveloppent sa dépouille
Lorsqu'un aigle, s'abattant des nuages,
Dirige rapidement son vol vers le bûcher embrasé:
Il le survole un instant, puis, à tire d'aile,
Regagne le ciel. Stupéfaits, nous consultons
Le bocage sacré où, par la voix des chênes,
L'oracle révèle la volonté de Jupiter.
Le puissant maître proclama alors le sort de son fils:
"Que sa part mortelle soit consumée par les flammes dévorantes,
Sa part immortelle transoprtée à l'Olympe
Pour y séjourner dans le cénacle des divinités !"


Déjanire:
Les mots sont trop faibles pour exprimer les passions contraires
Qui se combattent en mon coeur: douleur, étonnement, joie
Tour à tour abattent et exhaltent mon âme.


Le Prêtre de Jupiter: - à Iole:
Ta destinée aussi, illustre jeune fille,
Fait l'objet de la sollicitude particulière de Jupiter, qui décrète:
Que l'hyménée couronne des plus pûres joies de l'amour
La princesse d'Oechalie et le fils d'Hercule.


Hyllus:
Quelle félicité est la mienne si la charmante Iole
Ratifie, de son propre consentement, le présent du ciel !


Iole:
A ce qu'ordonne Jupiter, Iole pourrait-elle résister ?

Duo


Iole:
O prince, dont tous admirent les vertus,
Puisque Jupiter a écarté tout obstacle,
Je sens mon coeur vaincu conspirer
A couronner une flamme approuvée par le ciel.


Hyllus:
O princesse dont les nobles attraits
Enflamment mon coeur plus que l'ambition,
Que la joie est grande de combler ces bras
A la fois d'amour et de pouvoir !


Iole:
Je ne m'afflige plus à présent que je vois
Tout le bonheur revenu en toi.


Hyllus:
Je n'en demande pas davantage, à présent que je trouve
Tous les biens de la terre réunis en toi.

Récitatif

Le Prêtre de Jupiter:
Fils de la liberté, chantez à présent en joyeux accents
A travers toutes contrées le héros impérissable
Que sa vertu éleva aux demeures étoilées des dieux !

Choeur:
C'est à lui que reviennent vos louanges remplies de reconnaissance,
Chantant le thème de la liberté !
Terrifiés par son nom, l'oppression fuit la lumière,
Et l'esclavage cache son visage dans la nuit profonde
Tandis que les peuples heureux doivent à son exemple
Les bienfaits que prodiguent la paix et la liberté.

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