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La Nymphe
de la Seine:
Que mon cours a d'appas ! que mes ondes sont belles !
Le Firmament se plaît à se mirer en elles:
De nouveaux Cieux, des Astres plus brillants,
Répandent dans mon sein leurs feux
étincelans.
Aprés
avoir rendu mille Plaines fertiles,
Portant mon tribut à la Mer,
J'arrose la reine des Villes,
Et le Palais de Jupiter
Du Vainqueur des Titans qu'il a réduits en
poudre,
Et qui fument encor des éclats de sa
foudre.
Une
Nayade:
En parlant du Maître des Dieux,
De LOUIS vous faites l'Histoire;
Sur de pareils audacieux
Il s'est acquis la même gloire.
La Nymphe
de la Seine:
C'est de lui seul aussi que je vous entretiens;
Le nom du Dieu convient à son image:
Ses travaux à la Terre offrent les mêmes
biens;
De l'Univers entr'eux ils ont fait le partage.
Mais une Déité vole dans ces Cantons;
C'est la Renommée. Ecoutons.
La
Renommée:
Fortunés habitansde ces Bords salutaires,
Peuples chéris, accourez tous;
Je ne saurois long-temps demeurer avec vous;
Et jamais je n'eûs tant d'affaires.
Un Roi
victorieux,
Un Héros, un nouvel Alcide,
Rend mon emploi laborieux.
Je vole d'une aîle rapide,
Et n'ai pas trop de mes cent voix
Pour publier tous ses Exploits.
Je vous
annonce ce Monarque,
Suivi de ses braves Guerriers;
Il revient couvert de Lauriers;
Il revient Vainqueur de la Parque,
De cette cruelle Atropos,
Qui jalouse ce Héros,
Et n'ayant pû, par sa présence,
Suspendre un moment sa vaillance,
A voulu voir si, dans son lit
Lorsque la Fièvre l'affaiblit,
A l'approche des Funérailles,
Il auroit l'intrépidité
Qu'il montroit au sein des Batailles.
La Parque
le vit, l'admira,
Et, par respect, se retira.
Il me
suit, il flatte vos voeux;
Pour vous son amour se déploye,
Il veut assister à vos Jeux,
Et, pour la redoubler, partager votre joye.
Je reprens la route des Airs;
Dans cent Climats je dois me rendre:
Je suis comtable à l'Univers
Des Vertus qui vont le surprendre.
La Nymphe
de la Seine:
Que mon coeur est enchanté de tout ce que j'entens
!
Qu'il vienne ce Roi que j'attens !
Que sur l'aîle de la Victoire
Il nous rende à la fin les témoins de sa
gloire !
Son éclat rejaillit sur mes flots
argentés.
J'efface aujourd'hui la mémoire
De tous ces Fleuves si vantés:
Quel que soit l'orgueil qui les flatte,
Et le Gange, & le Nil, & le
Tibre, & l'Euphrate,
Ont-ils coulés sous l'Epire des Rois
Aussi Grands que celui qui me donne des Loix ?
Qu'il tarde à mon désir, que chaque instant
fait croître,
De revoit cet aimable Maître !
Une
Nayade:
LOUIS, par sa présence, à nos jours
ténébreux
Va faire succéder une lumiere pure:
Ainsi l'on voit briller l'Astre de la Nature,
Triomphant d'un orage affreux.
La Nymphe
de la Seine:
Tels, aprés que l'Hyver, par ses cruels ravages,
A suspendu mon cours & flétri mes Roseaux,
Zéphire les ranime, il vient fondre mes
Eaux,
Et des plus belles Fleurs couronner mes rivages.
Un
Habitant de la Seine:
De son Peuple & lui l'Amour est le lien;
Il est sûr de nos coeurs, nous le sommes du sien;
Pere de ses sujets, l'Univers le contemple:
Il fait aux Nations chérir nostre destin;
Et le Ciel a mis dans leurs sein,
Pour goûter nos plaisirs, d'imiter son
exemple.
La Nymphe
de la Seine:
Si dans l'Olympe refermé,
Jupiter ne vouloit annoncer à la Terre,
Que par le bruit de son Tonnerre,
Il seroit craint; mais seroit-il aimé ?
Non: la seule Terreur seroit sa tributaire;
Ses Autesl fumeroient d'un Encens mercenaire:
Mais lorsque sa Bonté secourable aux Humains,
De ces Bienfaits remplit leurs mains,
Leurs Coeurs tout transportés, adorent sa
Puissance.
Pour rendre un digne Hommage au Souverain des Cieux,
L'Amour & la Reconnoissance
Exalent à l'envi leur Parfum
précieux.
C'est
aujourd'hui, belles Nayades,
Ce qui se passe sous vos yeux.
Il est encor des Encelades;
LOUIS, contraint de répandre l'Effroi,
En dissipe jusques à l'ombre,
Et sçait, par des faveurs sans nombre,
Attirer tous les coeurs à soi...
Mais il se rend, je crois, à notre impatience.
De Citoyens quelle affluence !
Le Bruit s'accroît. Bien-tôt nous le
verrons.
C'est lui, c'est mon Héros. Nayades,
admirons.
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