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Jean-Baptiste Moreau
[1656 - 1733]
Esther
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crée au Carnaval 1689 |

Prélude pour la Pieté qui descend du Ciel
La Pieté fait le Prologue & finit en disant: Tout respire icy Dieu, la Paix, la Verité
Acte Premier
Une
Israëlite Une
Autre Ensemble Le
Choeur [Mes
filles, chantez-nous quelqu'un de ces Cantiques,
&c.] Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Une
Autre Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Une
Autre Une
Autre Le
Choeur Une
Israëlite Une
Autre Une
Autre Une
Autre Le
Choeur Deux
Voix Deux Autres
Voix Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur
Ma soeur, quelle voix nous appelle ?
J'en reconnois les agreables sons,
C'est la reyne,
Courons, mes soeurs, obeïssons,
Allons, rangeons-nous auprés d'elle.
La reyne nous appelle,
Allons, rangeons-nous auprés d'elle.
Déplorable Sion, qu'as-tu fait de ta gloire ?
Tout l'Univers admiroit ta splendeur.
Tu n'es plus que poussiere, & de cette grandeur
Il ne nous reste plus que la triste memoire.
Sion, jusques au Ciel élevée autrefois,
Jusqu'aux Enfers maintenant abaissée !
Puissai-je demeurer sans voix,
Si dans mes chants ta douleur retracée,
Jusqu'au dernier soupir n'occupe ma
pensée.
O rives du Jourdain ! O champs aimez des Cieux !
Sacrez monts ! Fertiles valées
Par cent miracles signalée !
O rives du Jourdain ! O champs aimez des Cieux !
Sacrez monts ! Fertiles valées
Seront-nous toûjours exilées
Du doux païs de nos ayeux ?
Quand verrai-je O Sion relever tes remparts,
Et de tes Tours les magnifiques faistes !
Quand verrai-je de toutes parts
Tes peuples en chantant accourus à tes
festes.
O rives du Jourdain ! O champs aimez des Cieux !
Sacrez monts ! Fertiles valées
Seront-nous toûjours exilées
Du doux païs de nos ayeux.
Pleurons & gemissons, mes fidelles campagnes,
A nos sanglots donnons un livre cours,
Levons les yeux vers les saintes montagnes
D'où l'innocence attend tout son secours.
O mortelles allarmes !
Tout Israël perit, pleurez mes trisrtes yeux,
Il ne fut jamais sous les Cieux
Un si juste sujet de larmes.
O mortelles allarmes !
N'estoit-ce pas assez qu'un vainqueur odieux
De l'auguste Sion eût détruit tous les
charmes,
Et traîné ses enfans captifs en mille lieux
!
O mortelles allarmes !
Foibles agneaux, livrez à des loups furieux,
Nos soupirs sont nos seules armes.
O mortelles allarmes !
Arrachons, déchirons tous ces vains ornemens,
Qui parent nostre teste.
Revestons-nous d'abillemens
Conformes à l'horrible feste,
Que l'impie Aman nous appreste.
Arrachons, déchirons tous ces vains ornemens,
Qui parent nostre teste.
Arrachons, déchirons tous ces vains ornemens,
&c.
Quel carnage de toutes parts !
On égorge à la fois les enfans, les
vieillards,
Et la soeur & le frere,
Et la fille & la mere,
Le fils dans les bras de son pere;
Que de corps entassez, que de membres épars
Privez de sepulture !
Grand Dieu ! tes Saints sont la pasture
Des Tigres & des Leopards.
Helas ! si jeune encore,
Par quel crime ay-je pû meriter mon malheur ?
Ma vie à peine a commencé d'éclore.
Je tomberay comme une fleur
Qui n'a vû qu'une aurore.
Des offenses d'autruy malheureuses victimes !
Que nous servent, helas ! les regrets superflus !
Nos peres ont peché, nos peres ne sont plus,
Et nous portons la peine de leurs crimes.
Le Dieu que nous servons est le Dieu des combats.
Non, il ne souffrira pas
Qu'on égorge ainsi l'Innocence.
Hé quoy ? diroit l'Impieté,
Où donc est-il ce Dieu redouté,
Dont Israël nous vantoit la puissance ?
Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux,
Fremissez peuples de la terre,
Est le seul qui commande aux Cieux.
Ny les eclairs, ny le tonnerre
N'obeïssent point à vos Dieux.
Il renverse l'audacieux.
Il prend l'humble sous sa deffense.
Le Dieu que nous servons, &c.
O Dieu que la gloire couronne !
Dieu, que la lumiere environne,
Qui vole sur l'aile des vents,
Et dont le thrône est porté par les
Anges.
Dieu, qui veux bien que de simples enfans
Avec eux chantent tes loüanges.
Tu vois nos pressans dangers,
Donne à ton Nom la victoire,
Ne souffre point que ta gloire
Passe à des Dieux estrangers.
Arme toy. Vien nous défendre.
Descends tel qu'autre fois la Mer vit descendre.
Que les méchans apprennent aujourd'huy
A craindre ta colere.
Qu'ils soient comme la poudre & la paille legere
Que le vent chasse devant luy.
Tu vois nos pressans dangers, &c.

Acte Deuxiesme
[Comment
ce courroux si terrible. Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite [Tout
son Palais est plein de leurs images.] A
deux Une
Israëlite [Reste
d'un tronc par les vents abbattu, Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur
En un moment s'est-il
évanoüy.]
Un moment a changé ce courage infléxible,
Le Lion rugissant est un agneau paisible.
Dieu, nôtre Dieu sans doute a versé dans son
coeur
Cét Esprit de douceur.
Dieu, nôtre Dieu sans doute a versé dans son
coeur
Cét Esprit de douceur.
Tel qu'un ruisseau docile
Obeït à la main qui détourne son
cours,
Et laissant de ses eaux partager le secours,
Va rendre tout un champ fertile;
Dieu dans nos volontez arbitre souverain !
Le coeur des Roys est ainsi dans ta main.
Malheureux, vous quittez le Maistre des humains
Pour adorer l'ouvrage de vos mains.
Dieu d'Israël, dissipe enfin cette ombre.
Des larmes de tes Saints quand seras-tu couché ?
Quand sera le voile attaché
Qui sur tout l'Univers jette une nuit si sombre ?
Qui ne peut se sauver luy-même.]
Dius impuissans, Dieux sourds, tous ceux qui vous
implorent,
Ne seront jamais entendus.
Que les Demons, & ceux qui les adorent
Soient à jamais détruits &
confondus.
Que ma bouche, & mon coeur, & tout ce que je
suis
Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie.
Dans les craintes, dans les ennuis,
Et ses bontez mon ame se confie.
Veut-il par mon trépas que je le glorifie
?
Heureux, dit-on, le peuple florissant,
Sur qui ces biens coulent en abondance.
Plus heureux le puple innocent,
Qui dans le Dieu du Ciel a mis sa confiance.
Pour contenter ses frivoles desirs,
L'homme insensé vainement se consume.
Il trouve l'amertume
Au milieu des plaisirs.
Le bonheur de l'impie est toujours agité.
Il erre à la mercy de sa propre inconstance.
Ne cherchons la felicité
Que dans la paix de l'innocence.
O douce paix ! O lumiere eternelle !
Beauté toûjours nouvelle !
Heureux le coeur épris de tes attraits !
Heureux le coeur qui ne te perd jamais !
O douce paix ! O lumiere eternelle,
&c.
Nulle paix pour l'impie.
Il la cherche elle fuit,
Et le calme en son coeur ne trouve point de place.
Le glaive au dehors le poursuit.
Le remords au dedans le glace.
La gloire des mechans en un moment s'éteint,
L'affreux tombeau pour jamais les devore.
Il n'en est pas ainsi de celuy qui te craint,
Il renaistra, mon Dieu, plus brillant que
l'Aurore.
O douce paix ! O lumiere eternelle,
&c.
Entr'Acte

Acte Troisiesme
[Comme
autrefois David par des accords touchans Une
Israëlite Le
Choeur Cantique Une
Israëlite Autres
Couplets sur le mesme Chant Sa fureur de
sang avide De ce Monstre
si farouche La fraude
adroite & subtile Une
Israëlite Une
Autre Deux
Israëlites Une
Israëlite Ainsi puisse
sous toy trembler la Terre entiere. [Ta
sagesse conduit ses desseins
eternels.] Le
Choeur Une
Israëlite J'ay vû
l'impie adoré sur la terre. Une
Autre Une
Autre Le
Choeur Une
Israëlite Deux
Israëlites Une
Israëlite Deux
Israëlites Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Le
Choeur Une
Israëlite Une
Autre Les Deux
Israëlites Une
Israëlite Une
Israëlite Que le
Seigneur est bon ! Une
Israëlite Trois
Israëlites Le
Choeur
Calmoit d'un Roy jaloux la sauvage
tristesse.]
Que le peuple est heureux,
Lors qu'un Roy genereux
Craint dans tout l'Univers veut encore qu'on l'aime !
Heureux le peuple ! Heureux le Roy luy-mesme !
O repos ! O tranquillité !
O d'un parfait bonheur assurance éternelle !
Quand la suprême Autorité
Dans ses Conseils a toûjours auprés d'Elle
La Justice & la Verité !
Roys, chassez la calomnie,
Ses criminels attentas
Des plus paisibles Estats
Troublent l'heureuse harmonie.
Poursuit par tout l'Innocent.
Rois, prenez soin de l'absent
Contre sa langue homicide.
Craignez la feinte douceur;
La vengeance est dans son coeur,
Et la pitié dans sa bouche.
Seme de fleurs son chemin;
Mais sur ses pas vient enfin
Le Repentir inutile.
D'un souffle l'Aquilon écarte les nuages,
Et chasse au loin la foudre & les orages;
Un Roy sage, ennemy du langage menteur
Ecarte d'un regard le perfide imposteur.
La veuve en sa défense espere.
De l'orphelin il est le pere.
Et les larmes du Juste implorant son appuy
Sont precieuses devant luy.
Détourne, Roy puissant, détourne tes
oreilles
De tout conseil barbare & mensonger.
Il est temps que tu t'éveilles.
Dans le sang innocent ta main va se plonger,
Pendant que tu sommeilles.
Ainsi puisse à jamais contre tes ennemis
Le bruit de ta valeur te servir de barriere.
S'ils t'attaquent, qu'ils soient en un moment soumis.
Que de ton bras la force les renverse.
Que de ton nom la terreur les disperse.
Que tout leur Camp nombreux soit devant tes Soldats
Comme d'enfans une troupe inutile.
Et si par un chemin il entre en tes Estats.
Qu'il en sorte par plus de mille.
Dieu fait triompher l'innocence,
Chantons, celebrons sa puissance.
Il a vû contre nous les méchans
s'assembler,
Et nostre sans prest à couler.
Comme l'eau sur la terre ils alloient le
répandre.
Du haut du Ciel sa voix se fait entendre.
L'homme superbe est renversé,
Ses propres fléches l'ont percé.
Pareil au cédre, il cachoit dans les cieux
Son front audacieux.
Il sembloit à son gré gouverner le
tonnerre.
Fouloit aux pieds ses ennemis vaincus.
Je n'ay fait que passer, il n'estoit déja plus.
On peut des plus grands Rois surprendre la justice.
Incapables de tromper,
Ils ont peine à s'échaper
Des pieges de l'artifice.
Un coeur noble ne peut soupçonner en autruy
La bassesse & la malice
Qu'il ne sent point en luy.
Comment s'est calmé l'orage ?
Quelle main salutaire a chassé le nuage ?
L'aymable Esther a fait ce grand ouvrage.
De l'amour de son Dieu son coeur s'est embrasé,
Au peril d'une mort funeste
Son zele ardent s'est exposé.
Elle a parlé.
Le Ciel a fait le reste.
Esther a triomphé des filles des Persans.
La Nature & le Ciel a l'envy l'ont
ornée.
Tout ressent de ses yeux les charmes innocens.
Jamais tant de beauté fut-elle
couronnée.
Esther a triomphé des filles des Persans,
&c.
Les charmes de son coeur sont encor plus puissans.
Jamais tant de vertu fut-elle couronnée.
Esther a triomphé des filles des Persans,
&c.
Le Ciel à l'envy l'ont ornée.
Les charmes de son coeur sont encor plus puissans.
Jamais tant de vertu fut-elle couronnée.
Ton Dieu n'est plus irrité.
Réjoüi toy, sion, & sors de la
poussiere.
Quitte les vestemens de ta captivité,
Et reprent ta splendeur premiere.
Le chemions de Sion à la fin sont ouverts.
Rompez vos fers Tribus captives.
Troupe fugitives,
Repassez les monts & les mers.
Rassemblez vous des bouts de l'Univers.
Repassons les monts & les mers.
Rassemblons-nous des bouts de l'Univers.
Je reverray ces campagnes si cheres.
J'iray pleurer au tombeau de mes peres.
Rompez vos fers.
Troupes captives.
Troupes fugitives.
Relevez les superbes portiques
Du Temple où nostre Dieu se plaist d'estre
adoré,
Que de l'or le plus pur son autel soit passé.
Et que du sein des Monts le marbre soit tiré.
Liban dépoüillé de tes Cedres
antiques.
Prestres sacrez preparez vos Cantiques.
Dieu descend, & revient habiter parmy nous.
Terre, fremis d'allegresse & de crainte.
Et vous, sous sa Majesté sainte,
Cieux, abaissez-vous.
Que son joug est aymable !
Heureux qui dés l'enfance en connoist la douceur.
Jeune peuple, courez à ce Maistre adorable.
Les biens les plus charmans n'ont rien de caparable
Aux torrens de plaisirs qu'il répand dans un
coeur.
Il appaise, il pardonne
Du coeur ingrat qui l'abandonne
Il attend le retour.
Il excuse nostre foiblesse.
a nous chercher mesme il s'empresse
Pour l'enfant qu'elle a mis au jour,
Une mere a moins de tendresse.
Ah ! Qui peut avec luy partager nostre amour ?
Il nous fait remporter une illustre victoire.
Il nous a revelé sa gloire.
Ah ! Qui peut avec luy partager nostre amour ?
Que son nom soit beny, que son nom soit chanté,
Que l'on adore ses ouvrages
Au-delà des temps & des ages,
Au delà de l'éternité.