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Le Temple des Vertus

 

Divertissement en Musique

chanté devant Son Altesse Serenissime
Madame la Princesse de Conty, Doüairire

à Fontainebleau, en Octobre 1700

 

les personnages du Divertissement

 

La Bonté
La Sagesse
La Prudence
L'Amour
La Douceur
Le Soleil
La Renomée

Troupe des Vertus
Troupe des Amours
Troupe d'Affriquains & d'Ameriquains
Troupe de peuples suivans la Renomée
Troupe de Divinitez Celestes

 

La Scene est dans le Temple des Vertus

 

 

Scene premiere
La Bonté, la Prudence, la Sagesse,
Choeur des Vertus

 

La Bonté
Nous devons en ce jour placer dans nôtre Temple,
La Princesse que nous aimons;
De toutes les vertus Elle seule est l'exemple,
Et fait part aux mortels de nos plus rares dons.

Le Choeur des Vertus
Nous devons en ce jour placer dans nôtre Temple, &c.

La Bonté
Qu'avec ardeur chacune nous réponde,
Ornons ces lieux de mille fleurs,
Qu'apollon même nous seconde,
Que sa Lire animant nos Choeurs,
Donne à nos voix de nouvelles douceurs.

Le Choeur des Vertus
Qu'avec ardeur chacune nous réponde, &c.

La Bonté
Mortels, quand un destin trop rigoureux vous presse,
Ou de vôtre bonheur vient terminer le cours,
En vain aux Cieux vôtre plainte s'addresse,
Pour implorer mon secours.
Je suis toûjours
Dans le coeur genereux de l'auguste Princesse,
Qui joint avec moy la sagesse.

La Prudence
Elle est de mes conseils,

La Sagesse
Elle est de mes tresors,

La Prudence & la Sagesse
La depositaire fidelle;
Rien ne resiste à mes efforts,
Quand mes traits sont conduits par elle.

L'Amour parés avoir entendu le recit des Vertus, s'approche avec sa suite

La Sagesse
Mais que vois-je ? l'Amour se mêle dans nos jeux.

 

Scene II.
L'Amour, la Bonté, la Prudence, la Sagesse,
Choeur des Vertus, Choeur des Amours

 

L'Amour
Ne vous allarmez point, trop severe Sagesse,
Je ne viens point troubler son repos par mes feux,
Vôtre belle Princesse
Sçaura toûjours nous accorder tous deux.

Je respecte son coeur, je borne ma puissance
A vaincre par ses yeux
Les mortels & les Dieux,
Rien ne peut m'obliger d'y garder le silence.

Non, non, malgré vos soins, je ne cesseray pas
D'enchaîner avec moy mille amants sur ses pas.

Le Choeur des Amours
Non, non, malgré vos soins, nous ne cesserons pas, &c.

 

Scene III.
L'Amour, la Douceur, la Prudence, la Sagesse,
Choeur des Vertus, Choeur des Amours,
Troupe d'Affriquains & d'Ameriquains

 

L'Amour
Ces fameux Etrangers viennent luy rendre hommage
Et presenter à son choix
Les Sceptres de leurs Rois.
C'est sa beauté qui les engage
A vivre sous mes Loix:
Sans elle ils n'auroient pû souffrir mon esclavage.

Le Choeur des Affriquains & des Ameriquains
Le bruit de ses vertus vole dans nos climats,
Nos Rois sont enchantez par ses divins appas.

Les Ameriquains, les Affriquains & les Amours excitent par leurs dances les Vertus à se joindre à eux, & à rendre la fête plus galante

La Douceur
Souffrons dans nos coeurs la tendresse,
Mais moderons toûjours ses feux;
Lors qu'à l'Amour nous joignons la Sagesse,
Les vrais amants en sont plus amoureux.

Le Choeur des Vertus, des Amours, des Ameriquains & des Affriquains
Souffrons dans nos coeurs la tendresse,
Mais moderons toûjours ses feux;
Lors qu'à l'Amour nous joignons la Sagesse,
Les vrais amants en sont plus amoureux.

La Douceur
Pour charmer une beauté fiére,
Le merite a seul des attraits;
Un tendre feu pour quelques temps peut plaire,
Mais le merite engage pour jamais.

Le Choeur
Pour charmer une beauté fiére, &c.

La Prudence
Que sert-il d'être rebelles,
Et d'éviter un tendre amant ?
Un Dieu qui porte des aîles,
Nous poursuit trop aisément;
Un Dieu qui porte des aîles,
Se rit de l'éloignement.

Le Choeur
Que sert-il d'être rebelles, &c.

La Prudence
Quand les amants sont fideles,
En vain l'on fuit l'engagement:
Un Dieu qui porte des aîles,
Nous poursuit trop aisément;
Un Dieu qui porte des aîles,
Se rit de l'éloignement.

Le Choeur
Quand les amants sont fideles, &c.

 

Scene IV.
Le Soleil, l'Amour, la Douceur, la Prudence, la Sagesse,
Choeur des Vertus, Choeur des Amours,
Troupe d'Affriquains & d'Ameriquains

 

Un portrait de son Altesse Serenissime luy a fait rendre des honneurs divins par un peuple de l'Amerique qui reconnoît le Soleil pour son Dieu tutelaire

 

Le Soleil
Quoy sans cesse le Dieu des climats de l'Aurore
Qui doit être le seul qu'en ces lieux on adore
Verra cette beauté partager son encens ?
Fau-til icy qu'on la revere encore ?
Ah ! n'est-ce point assez qu'en son Temple on l'implore
Dans les besoins les plus pressans ?
Je ne puis empêcher qu'un si sensible outrage
Ne m'arrache en ce jour ces douloureux accens.
Les seuls attraits de son Image
Font plus d'effet sur ce peuple sauvage
Que la grandeur d'un Dieu des plus puissans.

 

Scene V.
Le Soleil, l'Amour, la Douceur,
Choeur des Vertus

 

La Douceur, au Soleil
Ne soyez point jaloux d'avor une rivale,
Dont on connoît par tout les appas, les bontez;
Les plus grandes Divinitez
Se font honneur de l'avoir pour égale,
Et mille Rois brûlent pour ses beautez.

L'Amour, au Soleil
Prenez part avec nous à ces augustes Fêtes,
Appollon n'est pas plus que le vainqueur des Dieux:
Je suis forcé de voir mes plus grandes conquêtes
Dépendre du pouvoir que me donnent ses yeux.

les Vertus reprennent le Second Choeur

Le Choeur
Qu'avec ardeur chacune nous réponde,
Ornons ces lieux de mille fleurs;
Qu'Appollon même nous seconde,
Que sa Lire animant nos Choeurs,
Donne à nos voix de nouvelles douceurs.

 

Scene derniere
La Renommée, l'Amour,
Troupe des Vertus, Suite de l'Amour,
Choeur des Divinitez celestes, Choeur de peuples,
Suite de la Renommée

 

La Renomée
Les Dieux pour la rendre immortelle,
S'unissent en ce jour;
Sa vertu rend déja sa memoire éternelle;
Le celestre sejour
N'a point d'objets plus charmants qu'elle.

Le Choeur des Divinitez Celestes
Les Dieux pour la rendre immortelle,
S'unissent en ce jour;
Sa vertu rend déja sa memoire éternelle;
Le celestre sejour
N'a point d'objets plus charmants qu'elle.

Le Choeur des Peuples
Faisons par mille chants éclater en ces lieux
Et nos respects, & nôtre zele;
Une Divinité nouvelle
Va nous favoriser à jamais dans les Cieux.

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