Johann Adolf Hasse
La
Contadina
Intermèdes Musicaux
le livret
[attribué à] de Bernardo Saddumene
Naples, 1728
Don
Tabarano,
riche fermier
Scintilla,
fille de ferme
Corbo,
valet de Tabarano, rôle muet

Don
Tabarano en habits de gentilhomme très ridicule, son
serviteur Corbo, puis la paysanne Scintilla cueillant des
fleurs dans l'allée du jardin.
Le
Jardin
Tabarano [à
Corbo] Tu as le
miroir dans ta poche ? [Corbo
incline le miroir de telle sorte qu'il ne peut se regarder
correctement] Plus vers
là. Plus vers ici Que diantre fais-tu ? [Corbo
se baisse beaucoup trop] Oh ! Pas
tant, que diable, plus haut. [Corbo
relève beaucoup le miroir, et Tabarano, s'apercevant
qu'il se moque de lui, dit] Ah !
Pendard ! Pendard ! [il
sappuie sur Corbo comme s'il
s'évanouissait] Scinti..
Scinti.. tu es... Corbo, je meurs, pauvre de moi
! Scintilla,
cueillant des fleurs dans l'allée du
jardin Tabarano Scintilla,
à part Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla [Elle
fait une révérence très
profonde] Tabarano,
agité Scintilla Tabarano,
comme ci-dessus Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano [Corbo
acquiesce, en s'inclinant
profondément] Scintilla,
à part [Corbo
acquiesce, et Tabarano, désignant Corbo, dit à
Scintilla] Tabarano Scintilla Tabarano,
comme ci-dessus Scintilla Tabarano [Corbo
rit et Scintilla dit à Tabarano] Scintilla Tabarano,
à Corbo Scintilla Tabarano [Corbo
rit et Scintilla dit, en montrant Corbo] Scintilla Tabarano [tandis
qu'il tire son épée, Scintilla le retient par
un bras et lui dit d'un ton suppliant] Scintilla [Tabarano
réfléchit et dit] Tabarano,
à Corbo [il
remet son épée dans son
fourreau] Scintilla,
à part Tabarano Scintilla,
regardant le ciel Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano
o Scintilla Tabarano Scintilla [Scintilla
pleure] Tabarano Scintilla [Tabarano
la prend par le bras] Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano [Tandis
que Tabarano met la main dans sa poche pour donner la bourse
à Scintilla. Corbo le tire fortement par un
bras] Que
diantre veux-tu... Scintilla,
à Corbo, rageuse, et doucement [Corbo
signale à son patron que Scintilla l'injurie, ce
dernier se retourne pour la regarder et et voyant qu'elle
pleure, dit à Corbo] Tabarano Scintilla,
à part Tabarano,
à Corbo Scintilla,
à Tabarano [Tabarano
se met à pleurer, et elle dit à
part] Il pleure
! Je suis sur la bonne voie. [Corbo
avertit son patron que Scintilla se moque de lui: ce dernier
se tourne pour la regarder, et elle dit en
pleurant] Scintilla [Corbo
fait comme précédemment, et Scintilla poursuit
ainsi] Quelle
douleur poignante ! Tabarano,
à Corbo [il
donne sa bourse à Scintilla] Tiens,
prends, arrange tes affaires. Scintilla,
prenant la bourse Tabarano,
désignant Corbo qui se
désespère Scintilla Tabarano Scintilla,
montrant la bourse à Corbo derrière
Tabarano Tabarano,
à Corbo Scintilla,
prête à partir Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
lui donnant la bague Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Ensemble
Haut
de page
Par ma taille et mon allure
jai vraiment l'air d'un danseur.
Ha, ha, ta, ra, la.
Cette grâce, cette révérence est
merveilleuse !
Ah, quel pas de menuet !
Hé ! Tiens-le [il se regarde] Ah ! Quel beau
visage
Espèce de balourd ! Même un poisson cuit
te glisserait des mains !
Mets-toi là. Comme cela, descends un peu.
Tu veux me faire perdre mon calme
et je vais tenvoyer au gibet !
Mais n'est-ce pas la petite Scintilla ? Oh Dieu !
Quelle beauté ! Quel âme ! Quelle
vivacité !
Quel morceau de roi !
Sur la verte prairie,
Avec les fleurs et avec l'herbe
Jouant, passe la brise,
Et elle m'emplit de plaisir.
Si jétais le souffle du vent,
Et toi l'herbe tendre.
Ma très chère Scintilla,
Ce serait un grand plaisir.
Voici Don Tabarano;
je vais feindre de l'aimer beaucoup,
car ses cajoleries pourront
fort bien servir mon dessein.
Oh ma chère, ... ma chère...
Oh ma chère...
Tiens, tiens !
Bonjour à Votre Seigneurie.
Avec une profonde révérence
je m'incline devant mon seigneur,
joie, plaisir du inonde, et de mon cur.
Très chère !
Quelle gentillesse ! Ah, quelles manières
!
Très chère !
Quelle grâce, beau cavalier !
Ah ! Très chère, en regardant tes jolies
flammes...
Vous voulez dire "jolis yeux" ?
Ah, ah, il me semble que les yeux et les flammes
ne font qu'un: n'est-ce pas Corbo ?
Comme ce gros balourd l'adule bien!
(à Corbo) Donc, c'est bien ?
Oh, Boccace lui-même l'a approuvé !
(doucement à Corbo) L'alouette va se laisser
prendre au miroir.
Oh, quel beau visage bien fait !
Corbo ! Je suis comme un pain dans le four, sur la
pelle.
Écoute, ma déesse ailée,
tu es ce chaud soleil au rayon duquel
sèche le linge
de mon amour.
Seigneur, changez de langage
car je ne mérite pas tant.
Vous voulez me faire croire avec ces compliments
que la maladie est la santé. Mais sachez
que je sais distinguer une figue d'une gousse
d'ail.
Non, non, je te jure, ô tourment de mon âme.
que je meurs pour toi, et même que je suis mort pour
toi:
car toi, ô très chère, tu es de cette
âme
la douce tranquillité, le terrible naufrage et le
port.
Celui-là se moque.
De qui ? Coquin. Pendard. Canaille,
sais-tu que je vais te payer ton salaire
à coups de bâton sur le dos ?
Mauvais serviteur,
âne bâté,
homme de sac et de corde,
espèce de... de...
je tais te rompre le museau.
Allons, laissez-le partir.
Fripon !(à Scintilla) Qu'en penses-tu, je le
fais trembler ?
A propos de tes flammes,
je te dis donc que mon cur fidèle
toujours constant dans sa fidélité,
comme un pèlerin errant,
ou un navire au milieu de l'eau,
d'ici, de là, se trouble, se confond,
s'égare, enfin bref ! en conclusion.Ô
très chère, je t'aime beaucoup.
(à Corbo) Animal avec un 'A', apprends,
observe...
Il se moque à nouveau.
Ah ! Fils de boucher,
je vais te mettre les tripes à l'air...
Ah, non, par pitié pour une âme qui vous
adore,
ne faites pas ici, seigneur, une telle boucherie.
Vis, poltron.
(à Scintilla) Ma vie ! Non, on ne peut rien
refuser
à un si bel intercesseur.
Allons, maintenant prenons le taureau par les cornes.
(à Tabarano) Oh, que je suis malheureuse
!
Nymphe, qu'est-ce qui te chagrine ?
Que ne me fait-il pas !
Qui donc ?
Il me tue
à chaque instant !
Ah, pauvre enfant !
Qui est-ce ? Parle.
Mon cruel destin.
Ah, destin scélérat, salaud !
Tu as l'audace d'outrager
celle qui est sous ma protection ?
Puissance de...
Que voulez-vous faire ?
Je veux le faire mourir sous un bâton.
Mais que t'est-il arrivé ?
Les voleurs,
la nuit passée (ô triste sort !)
m'ont volé un vêtement,
l'or, l'argent et tout le bien que j'avais.
Ah, pauvre petite !
Je vais aller me jeter
du haut de la montagne.
Hé, mais tu deviens folle !
Laissez-moi.
Viens ici.
Je veux en finir avec la vie.
Quelle vie ? Tu veux des vêtements, tu veux de
l'argent ?
Demande, ma Scintilla, tu auras tout...
Et d'ailleurs...
Ah ! Face de pendu.
Toi, tu t'es certainement saoulé aujourd'hui
!
Avec ce que je pourrai extorquer
à celui-là, je m'enfuirai avec mon cher
Lucindo,
qui a promis de m'épouser: que l'Amour
soutienne mon projet !
Oh ! Que Pluton vienne te coiffer
avec sa fourche de fer !
Eh, va au diable, parce que tu m'as
épuisé.
Ah ! Que la douleur m'afflige.
Je ne veux plus vivre,
destin cruel !
Le chagrin me tue,
Le souf...fle me man... que.
Quel régal !
(à Corbo) Et toi, fiche le camp !
Je me sens mourir !
(à Corbo) Oui, ronge-toi le
cur
Quel cruel martyre
Je ne peux plus le supporter non. non. je ne peux plus.
quel cruel martyre !
Hé ! Va-t-en, espèce
dâne.
Ne suis-je pas arrivé à temps pour toi
?
Oh, mieux que les quatre as
dans un jeu de cartes.
Et celui-là qui se tord.
comme sil était pris de douleurs
comiques.
Vous voulez dire "coliques".
Coliques, ou comiques, il semble
avoir été piqué par un essaim de
guêpes.
Regarde et donne des coups d'épée dans l'eau
!
Ça suffit, si tu prétends chasser
Scintilla de mon cur.
Va plutôt enseigner le solfège à un
âne.
Permettez-moi de vous laisser...
Obligée au seigneur Don Tabarano !
Comment comment ? Et la bourse ? Et l'amour ?
En son temps, seigneur.
Non ! Promets-moi maintenant d'être mienne
Je promets... (à part) de ne jamais faire une
telle folie.
Donne-moi donc la main.
La voilà.
Ma chère ! O douce main ! Oh, main !
Cela suffit, voyons !
Comment, cela suffit ?
Ah, ah, tu crois que de mes désirs,
j'en suis déjà au dessert, mais tu te
trompes,
car ce n'est que le hors-duvre.
(lui touchant la main) Mais enfin, où
sommes-nous ?
Dans un potager. Vous ne voyez pas ? Non ?
De cela, j'en suis persuadé.
(à part) Oh... jardin potager ! De ce
levant,
mon argent est passé au couchant !
(à Scintilla) Mais je n'en peux plus. Je
voudrais...
Que voulez-vous ?
Je voudrais de ces beaux yeux...
Oh, de grâce, ne touchez pas !
Et aussi, de cette bouche...
Ne touchez pas l'honnêteté !
Et qui donc, par pitié, te la touche ?
Eh, si je savais que vous me donneriez...
Enfin... Qui sait si ensuite...
Je donnerai tout; mais enfin, que veux-tu ?
Je voudrais, ô Dieu, mais je vois bien
que je demande trop.
Non, ça n'a pas trop d'importance.
Je voudrais ce beau rubis.
Ce rubis. Hop !
Celui-ci également.
Ah, celui-ci aussi !
(à Scintilla) Et hop !
La maison et le jardin.
Sacrebleu !
Il n'y a pas de rat ?
Des rats, oh !
Çà, c'est trop.
Oh, le bel amoureux !
Mais une fois que je t'aurai donné
la maison et la terre,
qu'aurai-je donc de toi ?
Vous serez mon cavalier,
vous ferez l'amour avec moi.
Très chère, tu es trop aimable !
Très cher, tu es trop avare !
Cela ne me convient pas.

Tabarano
habillé en corsaire, avec Corbo et d'autres,
vêtus de la même manière, portant un
masque et un turban, que Tabarano tient à la main.
Puis Scintilla, avec un eune homme, qui viennent embarquer
sur la plage toute proche pour s'enfuir.
Dans
le Bois
Tabarano,
à Corbo
Je te dis que je veux ici
achever de m'habiller, tête de mule !
Oh, tu crois être plus savant que les lois,
Et tu ne sais pas où est la queue de l'âne.
C'est ainsi que l'on doit porter cette invention,
Mais répétons maintenant la leçon.
Nous feignons d'être des Corsaires
venus mouiller ici.
(à Corbo) N'est-ce pas ?
Dès que nous verrons Scintillina
sur la plage voisine
venir embarquer avec son Lucindo,
nous nous avancerons. Oh, toi, tu t'appelles
Chami, toi Cornoualaleh: et toi... Comment ?
Charabha... Ah, oui, oui, Charabalah !
Tabarano [en
disant ces mots turcs il termine de
s'habiller] Uttan
Mass. Ah. Haïrret, Arriet, Messen Hassis. Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano,
à part Les
compagnons de Tabarano arrachent Scintilla des mains de
Lucindo, la remettent à Tabarano qui l'attache,
tandis qu'une petite bagarre a lieu entre Lucindo et les
faux corsaires, après quoi Lucindo est
attaché. Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à Lucindo Scintilla,
à part Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano [Avec
gravité, il lui tend la main pour qu'elle la
baise] Scintilla Tabarano Scintilla,
à part Tabarano Scintilla Tabarano,
à Corbo Scintilla [Elle
se penche et lui baise la main] Tabarano Scintilla,
à part Tabarano,
à part Scintilla,
à part Tabarano Scintilla Tabarano,
à Corbo Scintilla [Scintilla
s'agenouille] Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla,
à part Tabarano,
à part Scintilla,
à part Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
enlevant son masque Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano,
à part Scintilla Tabarano [Corbo
arrive, se désolant, sur la scène. Tabarano et
Scintilla le mettent au milieu] Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla [Corbo
fait signe qu'il sest enfui] Tabarano Scintilla Tabarano,
à Corbo Scintilla,
à part Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla Tabarano Scintilla,
à part Tabarano Scintilla Tabarano [ils
dansent. Tabarano à la turque, Scintilla à la
villageoise]
Qu'y a-t-il ? Ils viennent ? Vite !
Le masque, là.
Là, le turban et me voilà vêtu comme un
roi.
Ah, je me sens toute tremblante.
Cher Lucindo, pense que
pour être ton épouse
et répondre à tes modestes ardeurs,
je quitte (quel chagrin !) ma patrie et mes parents.
La rive est-elle proche ?
Je ne saurais dire si elle est plus belle, ou plus
méchante.
Mon Lucindo, je ne peux plus marcher.
Soutiens-moi.
Ah, femme indigne !
Allez, sautez-lui dessus.
Haut
de page
Malheur, qui sont ceux-là ?
Cher Lucindo, je meurs.
Pauvre de moi ! Pitié !
Te taire, pouasse, ou décortiquer vive.
Drôle de poisse !
Ah! Nasnasit !
(aux Corsaires) Vite, mettre chaîne, et porter
à barque.
Ciel, quel chagrin !
(aux Corsaires qui emmènent Lucindo)
Ah, perfides, arrêtez,
ou attachez-moi aussi avec Lucindo.
Non, moi pas attacher chien avec saucisses.
Qui être lui ?
Lui être mon frère.
Ah. Nasnassit ! Pas être vrai.
Toi le croire par ces larmes
qui arrosent tes plantes.
Toi être menteuse plus qu'une épitaphe.
Être son amoureux.
Non !
Suss lhelaghe.
(à Scintilla) Tu être déjà
ma esclave.
Je ne peux pas le nier.
Baiser main.
Ah, destin funeste !
Baiser la main à un Turc !
Quoi ? Pas vouloir baiser ?
Je veux plutôt mourir !
Alors, esclave tuer !
Ah, non. non ! Je suis prête.
Ah. Varriet! Varriet!
Quelle terrible douleur !
Ah, perfide, tu y es !
(à Scintilla) Rester ainsi un mois
encore.
Dieux injustes !
Agenouiller !
Oh, ça...
Exécution ! Exécution !
Oui, seigneur. je vais le faire.
Agenouiller, prier !
Pitié. seigneur,
dune malheureuse !
Lever. Parler d'amour.
Quel amour ? Seigneur, de cela moi être loin.
Être jeune fille innocente sans vices.
Comme une mule de Castille.
(à Scintilla) Eh, hassisss, hassiss, toi
dire
être maîtresse dans art:
toi fuir avec amoureux. Varriet !
Moi vouloir tuer amant maintenant.
Pitié, seigneur !
Hisch, pas avoir pitié.
Compassion !
Avancer, toi être friponne
De grâce, au moins...
Hultan Mass !
Quel triste sort !
(à Tabarano) Arrache-moi le cur, ô
barbare.
Bois mon sang.
Mais avec Lucindo, ô Dieu.
Ne sois pas si cruel,
Pourquoi crus-tu lui couper les veines ?
Me voici à tes pieds.
Que ces larmes t'émeuvent.
Pitié, seigneur, pitié ! Ah, ah !
Un peu d'amour chasse l'indignation.
Puisque les larmes sont sans effet,
essayons la ruse.
Avant de recommencer avec les larmes:
qui sait si je ne réussirai pas
a faire d'une pierre deux coups.
(à Tabarano) Ecouter, écouter
seigneur.
Quoi vouloir ?
Près dici se trouve mon village
Si tu nous redonne la liberté
nous vous donnerons le moyen de devenir riche.
Et comment ?
Dans cette villa
il y a un certain gentilhomme
qui a des biens, de l'or et de largent en
quantité.
Moi, à la faveur de la nuit, je vous y
amènerai.
Jappellerai cet homme.
Lui, qui m'aime beaucoup, viendra ouvrit
Vous entrerez et, le faisant prisonnier.
Vous pourrez de ses biens tous vous enrichir.
Ah ! femme infâme entre toutes
Et qui veut-elle encore trahir de la sorte ?
(à Scintilla) Comment sappeler ce
gentilhomme ?
Sappeler seigneur Don Tabarano.
Peste !
C'est donc à moi que cela échoit:
(à Scintilla) Pour toi Don Tabarananous faire
donc esclave.
Exactement.
Ah ! Indigne !
Je ne sais pas ce qui me retient de la noyer.
Faites donc confiance aux femmes !
Lui, dans cette colline,
avoir brebis ci chèvres en grande quantité
Les lui voler serait une belle chose.
Ah chienne renégate !
(à Scintilla) Et toi pas, vouloir part de tout
cela ?
Non, grand bien vous fasse.
Mais toi être paysanne.
C'est vrai et j'en suis désolée.
Ah, ribaude !
(à Scintilla) Avoir lui jamais donné
rien à toi ?
Jamais rien.
Rien, rien ?
Rien.
Ah ! scélérate
(à Scintilla) Toi bien aimer lui ?
Exactement comme le chat aime la salade.
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
(à part) Ah ! race maudite !
Je nen peux plus mais il faut feindre
Dire: vouloir venir ?
Oui, bien, bien...
Pour toi moi faire esclave Tabarana
et donner liberté à toi et
compagnon
Ah, destin ami ! Ah, que je puisse vous voir,
Seigneur, toujours heureux !
Je veux vous baiser la main.
Ah, traîtresse !
(à Scintilla) Être joyeuse, bravo,
bravo.
Tabarana faire esclave,
et toi avoir la liberté.
Lara, lara lara là !
Tu vas être fraîche en vérité
!
(à Scintilla) Allons donc, chanter, danser
Tabarana enchîner,
Tabarana faire esclave
Et voir argent en quantité.
Lara, lara lara la !
Quelle comédie cela va être !
(à Scintilla) Dire: toi connaître bien
Don Tabarana ?
Comme si je le voyais maintenant.
Pas te tromper.
Comment me tromper.
Vois, je suis lui !
Malheur pauvre de moi ! Que vois-je !
Ah, barbare !
Me faire esclave, me voler ? Moi, stupide ?
Moi, rustre ? Moi...
Hou, hou, je voudrais mourir.
Je vais aller vous remettre
entre les mains de la justice.
Fuir avec son amoureux ? Oh, pudeur vive !
Il m'a promis de m'épouser.
Cela ne suffit pas pour te sauver, ribaude !
Et que diras-tu devant le Juge,
que diras-tu quand (ô honte)
tes fautes te seront reprochées ?
Que ce sont des fautes humaines, et des fautes
communes.
Oui, bien, bien: le vers est bien composé.
Mais pour t'innocenter
il faut autre chose que le Tasse et l'Arioste !
De grâce. Calme-toi.
Je ne veux pas me calmer.
Tu veux que je meure ?
Tu implores un roc.
De grâce, mon aimé, ma douce âme
!
Je suis un rustre, du large, du large !
Tu es beau.
Je suis laid, eh !
Tu es gentil.
Avare, eh !
Tu es un seigneur.
Je suis stupide, eh !
Ah, quelle tristesse !
Je commence à faiblir...
Écoute, au moins...
Je ne veux pas écouter. Non !
Tu es beau.
Tu es gentil.
De grâce, calme-toi.
Je ne veux pas me calmer !
Tu implores un roc.
De grâce, mon aimé, ma douce âme !
Veux-tu que je meure ?
Meurs ! Oui.
Chéri !
Chéri ?
Beau !
Beau ?
Oui, je suis laid !
Oui, je suis rustre !
Oh, je suis stupide !
Oh, je suis avare !
Oui ?
Ah, quelle tristesse !
Je commence à faiblir...
Ah moins, écoute...
Je ne veux pus écouter. Non !
Quy a-t-il, Corbo ?
Qu'arrive-t-il ?
Arrête-toi !
Où vas-tu ?
Que se passe-t-il ?
Qu'est-il donc arrivé ?
Où est Lucindo ?
Réponds, Corbo.
Il s'est enfui !
Il a fui !
Que la peste t'emporte !
(à Scintilla) Tu iras donc seule aux mains de
la justice ?
Malheureuse Scintilla, et que feras-tu ?
Maintenant tu vois qu'il voulait
te tromper, ton Lucindo,
puisqu'il est parti sans t'épouser.
Ah, ce n'est que trop vrai !
Allons.
Ah, Tabarano,
puisque le vil Lucindo
ma abandonnée, je suis à toi
!
Donne-moi la main.
La voilà.
Ma chère, et tu es mienne ?
Par la volonté de mon sévère
destin.
Oh, "accidit in puncto quod non succedit"
en une année entière.
Voilà, je te libère, et en signe de joie
je veux danser avec toi.
Si tu veux.
Allons, maintenant, voici du plaisir !