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La
Scene se change en un Iardin, & Venus descend
du Ciel dans un nuage qui disparoist
incontinent
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Scene
premiere
Venus, Hercule
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Venus
Le Ciel s'estonne, & ne sçauroit
comprendre,
Pour quel suiet ie puis attendre
Des Dieux de l'Infernale Cour
Plus de faveurs que de l'Amour;
Mais ce petit Ingrat, qui de moy prit
naissance,
Pour moy seule ialoux de son authorité,
Partage souvent sa puissance
Avecque la Fortune, aveugle Deïté,
Et ne veut prendre confiance
Qu'en ceux qui comme luy sont privez de
clarté,
Et comme luy depourvueus de constance.
Hercule
Deesse, en ma faveur vous honorez ces lieux
Du plus brillant esclat dont se parent les
Cieux:
Monstres, en ce transport d'un respect
legitime,
Naissez pour devenir de Venus la
victime.
Venus
Si ie te puis livrer le bien que tu pretens,
Ma gloire est satisfaite, & mes desirs
contens.
Regarde cette verge en miracle feconde,
Qui soûmet à Circé l'Empire du
bas monde,
Et fait mouvoir, soûmis à ses
commandemens,
Tous les Dieux sousterrains & tous les
Elemens.
Par son divin pouvoir cette verge
enchantée
Va par ma main puissante en cet endroit
portée,
Produire un siege herbeux, où par force
excitez
Les Demons amoureux viendront de tous costez,
Y porter à l'enuy les pierres & les
plantes
Qui iettent dans les coeurs des flames
violentes
Afin que leur secrette & necessaire amour
D'Yole en un moment dissipe la rigueur.
Il
naist de la terre un siege enchanté couvert
d'herbes & de fleurs.
Hercule
Parmy tant de faveurs que ta bonté
m'octroye,
Quel tremblement m'agite, & se mesle à
la ioye,
Sans doute la frayeur ne l'a pas
provoqué,
Elle de qui iamais ie ne fus attaqué;
Ce subit changement n'est qu'un secret augure
Du bien-heureux succés qu'aura cette
avanture:
Mais enfin quelque ardeur dont mon coeur soit
surpris,
Le plaisir que i'attens perd beaucoup de son
prix,
Quand l'Amour me fait voir qu'il faut que ie
l'obtienne
De la aveur d'Enfer, & non pas de la
sienne.
Venus
Apprens cette chanson, trop delicat Amant,
Pourveu qu'on ait contentement,
N'importe par qui, ny comment;
Pourveu qu'on entre en joüissance,
Qu'importe que ce soit surprise ou recompense;
Amour est une guerre, où toûjours le
vainqueur
Triomphe avec mesme allegresse,
Soit qu'il surmonte par adresse,
Ou par l'effort de sa valeur.
Helas,
ne sçis [sçais ?] -tu pas
qu'en l'amoureux empire
Tut est vain, tout est faux, excepté le
martyre ?
Prens donc aveuglement la belle occasion
Que cet enchantement offre à ta passion:
Mais contrainte à partir pour une autre
avanture,
Pour t'ayder au besoin, i'appelleray
Mercure.
Hercule
Que la raison ou la bonté
Ne sont-elles toujours maistresses
Des amoureuses richesses !
Et d'où vient que l'orgueil &
l'inhumanité
Ont eu pour les garder tant d'authorité
?
Mais enfin dans ce sort, dont la rigueur nous
bleße,
Peut-on iamais blasmer ou la force ou l'addresse
?
Par qui de leur pouvoir ce tresor est osté
?
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Scene
II
Hercule, le Page
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Hercule
Amour, tu le sçais bien, i'ay veu l'affreux
Cerbere
De tous ces trois gosiers escumer de colere,
Et sans m'en estonner, iusqu'au fond des Enfers
I'ay de ses prisonniers osé briser les
fers:
Malgré leur fier dragon, les pommes
Hesperides
devinrent le butin de mes mains intrepides:
Et moy-mesme, qui vis ces dangers sans effroy,
Timide, maintenant, & desarmé par
toy,
Ie ne puis soustenir sans une crainte extresme
L'approche de l'obiet que ie cherche & que
i'ayme.
O
que les traits d'une rare beauté
Inspirentdans un coeur qui pour elle soupire,
De respect, de foiblesse & de timidité
!
Les Dieux qui tiennent tout soumis à leur
empire,
Tous grands qu'ils sont, n'oseroient dire
Que pres d'un obiet plein d'appas
Quelque fois ils ne tremblent pas.
Le
Page
Seigneur, suivant vostre ordre, Yole est
preparée
A venir en ces lieux.
Hercule
Où l'as tu rencontrée ?
Le
Page
Dans la Cour.
Hercule
Qu'y fait-elle ?
Le
Page
Elle y parle d'amour.
Hercule
De mon amour, sans doute ? avec qui de la Cour
?
Le
Page
Seigneur, elle parloit avec Illus qui l'ayme,
Du feu que pour luy elle sent
elle-mesme.
Hercule
Quoy donc, ainsi mon fils deviendroit mon rival
?
Quelle temerité ! tu les entendois
mal.
Le
Page
La voicy iustement.
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Scene
III
Hercule, Illus, Yole
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Hercule
Apres tant de souffrance,
Belle Yole, pour moy ne pourrez-vous avoir
Un moment d'indulgence ?
Celuy qui le demande, est sans doute en pouvoir
De vaincre vostre resistance;
Mais il ne veut user d'aucune violence
Que de celle que font sur un coeur genereux
Les respect, la patience,
Et les soûpirs amoureux.
Yole
Qi iamais de t'aymer mon coeur estoit capable,
Toy, l'ennemy d'Eutyre, & de sa mort
coupable,
D'une si lasche ardeur & confus &
surpris:
Tiy-mesme tu n'aurois pour moy que du
mespris.
Hercule
Ha cruelle ! faut-il que l'on m'impute à
crime
Un effet qu'a produit mon ardeur legitime ?
Et refuserez-vous de m'aymer quelque jour
Parce que j'ay trop fait pour gagner vostre amour
?
Si Iupiter luy mesme eust osé comme
Eutyre
M'oster ce bien promis, pour qui mon coeur
soupire,
Ie l'aurois obligé de me tenir sa foy,
Ou de descendre icy pour combattre avec
moy.
Yole
Ce fut par l'effort seul des prieres d'Yole
Que son Pere indulgent te manqua sa
parole.
Hercule
Cruelle, ce fut vous ? Ce fut donc vous aussi
Qui causastes la mort qui fait vostre soucy:
Mais permettez enfin qu'une image si noire
Sorte de vostre coeur & de vostre memoire:
Assoyez-vous icy, pour voir le changement
Que l'amour peut produire en un parfait
Amant.
Hercule
tient une quenoüille.
Pour
vivre aupres de vous dans ce foible exercice,
Ie souffre avec plaisir que ma gloire perisse,
Et semblant oublier tous mes travaux guerriers,
Change en de vils fuzeaux ma masse & mes
lauriers.
Dans
un si nouveau ministere,
Atlas, iette sur moy les yeux,
Et voy ce qu'Amour me fait faire;
Mais loin de t'en mocquer, aprens, audacieux,
Que tout ce qu'on fait pour luy plaire,
Filer, ou soustenir les Cieux,
Est également glorieux.
Quand
quittant le Celeste Empire,
Berger, & Dieu tout à la fois,
Apollon conduisit les trouppeaux autrefois,
Par un des Dieu n'en osa rire:
Ils connoissent d'amour le ioug imperieux,
Et que tout ce qu'il nous inspire,
Filer, ou soustenir les Cieux,
Est également glorieux.
Yole,
assise sur le siege enchanté
Mais qu'est-ce que ie sens ? d'où peut
naistre en moy mesme
Ce mouvement forcé qui fait qu'enfin ie
t'ayme ?
Illus
Ha! que viens-ie d'entendre ? est-ce une
verité ?
Yole, qu'as-tu fait de tant de fermeté ?
Que ce sexe est trompeur ! que l'ame qui s'y
fie
Merite iustement d'en estre enfin trahie
!
Hercule
Que dites-vous, mon Fils ? le Page avoit
raison,
Yole a donc les veux de toute ma maison
?
Illus
Avant qu'elle ait les miens, Seigneur, cette
parjure,
Qui sans considerer les droits de la nature,
Sans écouter la voix d'un Pere au
monument,
De son propre assassin peut faire son amant,
Et ce qui plus me touche, avecque vous conspire
Pour ravir un espoux si cher à Deianire;
Avant qu'elle ait les miens, que les feux & les
fers
M'accablent de douleur au milieu des
enfers.
Hercule
Cherche d'autres couleurs, les interests
d'Eutyre.
Yole,
se levant
Ha ! malheur, qu'ay-ie fait ?
Hercule
Ny ceux de Deianire,
Ingrat, ne t'ont iamais été si
precieux;
Qui pour te dérober à ma iuste
colere
M'ont fait prendre auiourd'huy des sentimens de
Pere.
Illus
à Yole
Adieu, cruelle, adieu, ie vais chercher la
mort.
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Hercule
Et vous, quel suiet donc vous fait réver si
fort ?
Yole,
levée de dessus le siege
enchanté:
Je pense à mon erreur, car flattant ton
martyre,
Ma langue seule a dit ce que ie viens de dire,
Et mon coeur innocent, bien loin d'y consentir,
N'a part en cet aveu que par son
repentir.
Hercule
Belle, vous augmentez par ce discours severe
Le crime de mon fils & ma iuste colere;
Assoyez-vous plustost, & pensez meurement
A prendre pour tous les deux un meilleur
sentiment,
Et que changer sans cesse avec tant
d'inconstance,
Ce seroit trop tenter ma foible
patience.
Yole,
assise
Mais qui ravit si-tost à mon esprit
confus
L'image de l'objet qu'il cherissoit le plus,
Et qui si promptement avec un trait de flame
Retrace ton portrait dans le fond de mon ame ?
Par qui mon coeur focé retourne-t'il
à toy ?
Helas ! tous les desirs que ie sens naistre en
moy
Me portent à chercher tout ce que tu
desires,
Ie n'ayme à respirer que l'air que tu
respires.
Hercule
mais cet amour si tendre en ce coeur si leger,
Peut-estre en cruauté se va bien-tost
changer.
Yole
Alcide, ne crains point, car mopn ame
charmée
ESt pour toy desormais tellement
enflamée,
Que ie ne me sçaurois figurer seulement
Comment pourroit s'esteindre un tel
embrasement,
De ma fidele ardeur demande quelque
gage.
Hercule
Que ce coeurs inconstant par vostre main
s'engage.
Yole
Ie ne m'en deffends pas, mais souffrez
seulement
Que ie me puisse icy recueillir un moment,
Devant que ie me livre en vos mains toute
entiere,
Il est iuste qu'au moins par une humble priere
I'en demande licence à qui m'a mise au
iour,
et tasche d'accorder sa mort a mon
amour.
Hercule
Pourveu que ce ne soit qu'une ceremonie;
I'y consens; mais fait donc qu'elle soit tost
finie.
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Scene
IV
Iunon, le Sommeil, Yole
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Iunon
revient dans son char avecque le Sommeil, et
demeure en l'air
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Iunon
Cher Sommeil, qu'à propos nous arrivons
icy
Pour exempter mon coeur d'un eternelle soucy;
Toy, qui par tout amy de l'amour legitime,
Témoignes tant d'horreur pour la fourbe
& le crime,
Et qui des scelerats te détournant
toûjours
Les laisses iour & nuict privez de ton
secours,
Pour prevenir l'effet de ce que l'Enfer tente
Contre un couple assorty d'une estrainte
innocente,
Frappe de ce Tyran le chef audacieux
Du baston qui d'Argus assoupit les cent yeux,
Et des plus froids liens que ta Soeur te
fournisse
Arreste avec son bras le cours de la
malice.
Le
Sommeil descend sur Hercule qu'il endort, &
puis remonde incontinent.
Yole
Quel estrange sommeil, de nos plaisirs ialoux,
Prevenant nostre Hymen, assoupit mon Espoux
!
Iunon
Yole, leve-toy, leve toy, mal-heureuse,
Et quitte promptement la place dangereuse
Où l'effet violent d'un magnifique
poison
T'a presque sceu priver de toute ta raison:
Viens que ie te guerisse, & reçoy cette
plante,
Dont la celste odeur par sa vertu puissante
Peut dans ton coeur seduit détruire en un
moment
Le nuage formé par cét
enchantement.
Yole
O puissante Desse, ô de quel precipice
De manquement de foy, d'erreur &
d'iniustice,
M'avez-vous garantie !ô combien
i'apperçois
Que ie suis innocente & coupable à la
fois !
Mais enfin cette ardeur & si chere & si
sainte,
Qui sans vous dans mon coeur s'en alloit estre
esteinte,
Se rallume, s'augmente, & semble s'exciter
A regagner le temps que l'on luy vient d'oster:
Mais, helas ! contre moy, quoy que i'en sois sans
crime,
Illus est animé d'un couroux legitime,
Et dans l'instant fatal qui me meine à la
mort,
Que me sert-il de voir que ie la souffre à
tort ?
Iunon
Cesse de t'affliger, reprends ton esperance,
Illus instruitpar moy connoist ton innocence,
Et par mon ordre expres caché proche
d'icy
Voit tout ce qui s'y passe, & n'a plus de
soucy;
Pour luy, pour toy, pour moy, fais un beau
sacrifice
De ce monstre alteré de sang &
d'iniustice,
Le sommeil qui le tient, & qui comlbat pour
nous,
L'expose sans deffense à ton iuste
couroux,
Et des mains de Vulcain cette lame
forgée,
Sans faire grand effort, t'aura bien-tost
vangée;
Frappe, & ressouviens-toy que par là
seulement
Tu peux mettre à couvert les iours de ton
Amant
Frappe, & pendant qu'au Ciel ie vais en
diligence
Appaiser Iupiter, que cette mort offense,
Acheve l'oeuvre, & fais que ton bras
glorieux
Me couronne de gloire, avant que i'entre aux
Cieux.
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Scene
VI
Yole, Illus, & Hercule endormy
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Yole
Accours à ce spectacle, ô belle ame
d'Eutyre,
Ayde la saincte ardeur qu'un beau couroux
m'inspire
Donne force à mon coeur, doone force
à mon bras
Qui s'appreste à vanger ta honte & ton
trespas,
Et qui veut, en t'offrant cette grande victime,
Rendre à ta cendre illustre un devoir
legitime;
Des bords de Phlegeton viens, chere Ombre, &
reçoy
Le sang de ce Tyran que ie verse pour
toy.
Illus
Yole, arrestez-vous.
Yole
Laissez.
Illus
Qu'allez-vous faire ?
Yole
Laissez-moy, si iamais j'eus le bien de vous
plaire.
Illus
Ie doit tout à l'objet de mon ardent
amour;
Mais que ne dois-ie point à qui m'a mis au
iour ?
Yole
Ce n'est plus comme estant l'assassin de mon
Pere
Que ce Tyran cruel attire ma colere,
Mais comme le plus grand de tous vos ennemis,
Et l'obstacle aux plaisirs qu'Amour nous a
promis.
Illus
Ma mort l'adoucira, s'il est vray que mes
larmes
Pour vaincre sa rigueur soient de trop foibles
armes.
Yole
Que nostre HYmen, Illus, est peu chery de vous,
Si vous voulez mourir prest d'estre mon
espoux.
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Scene
VII
Mercure, Yole, Illus, Hercule
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Mercure
vient en volant éveiller Hercule, & s'en
retourne aussi-tost
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|
Mercure
Alcide, éveille-toy.
Hercule,
le premier demy-vers s'adresse à Yole,
& le reste à Hyllus
Quoy donc, beauté charmante:
Mais encore à mes yeux ces traiste se
presente.
Quoy ? tu tiens un poignard ? Dis, dis, à
quel dessein,
Impie ? Ha ! tu voulois le plonger dans mon
sein,
Et m'ostant sans peril ma vie
infortunée,
Me punir iustement de te l'avoir donnée.
Ha! cruel, si ton coeur a bien pû
concevoir
Le monstrueux dessein d'un attentat si noir,
Il faut que par ta mort ie repare l'offense
Dont vers le iuste Ciel m'a chargé y=ta
naissance.
Yole
Helas ! si vous m'aimez, Seigneur,
arrestez-vous.
Illus
Mon Pere.
Hercule
M'appeller encor d'un nom si doux !
Illus
Si ie parle, Seigneur, c'est sans avoir envie
De prolonger le cours de ma funeste vie,
Puisque dans mes malheurs ie vois bien que la
mort
Est mon plus desirable & mon plus heureux
sort.
Ce coeur est né de vous, & la peur qui
s'y glisse
Vient de l'horreur du crime, & non pas du
supplice;
Et ie sçay qu'aux Enfers il n'est point de
tourment
Qui fust du parricide un iuste
chastiment.
Yole
C'est moy seule, Tyran, qui pour vanger Eutyre,
Et pour me dérober à ton cruel
empire,
De terminer tes iours ay fait un foible effort
Qu'a détourné ce Fils, dont tu
cherches la mort;
Mais, ingrat, si pour moy tu le prives de vie,
Sa mort va de la mienne estre à l'instant
suivie.
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Scene
VIII
Mercure, Yole, Illus, Hercule, Deianire,
Licas
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Dejanire,
cachée
O Dieux ! que mon cher Fils est dans un grand
danger !
Monstrons-nous, monstrons-nous, allons l'en
dégager.
Hercule,
à Yole
Plus à la conserver vostre amour
s'évertuë,
Plus de son attentat mon ame est
convaincuë:
[à
Illus]
Et
toy, qui me voudroit cacher la verité
Sous de faux sentimens de generosité,
Qu'on iuste ton prespas iniuste ou legitime,
Qu'on l'impute à mes feux, qu'on l'impute
à ton crime,
Il n'importe, pourveu que ie sauve mes yeux
De la douleur de voir un enfant odieux.
Dejanire
Laisse, Pere cruel, laisse, Espoux infidelle,
C'est assez pour ma mort d'un atteinte
mortelle:
C'est assez pour ma mort qu'on m'arrache un
Espoux,
Sans qu'on me fasse voir un Fils percé de
coups ?
Prends, prends, si tu le veux, ta nouvelle
maistresse,
Mais laysse-moy mon Fils, l'obiet de ma
tendresse,
Tout innocent qu'il est, d'où viendra son
secours
Qi son iniuste Pere attente sur ses iours ?
Et quand mesme coupable il t'auroit pû
déplaire,
Donne sa faute aux pleurs d'une innocente
Mere.
Hercule
Qui si mal-à-propos vous a conduit icy
?
Licas,
caché à voix basse
Seigneur, ce n'est pas moy. De peur ie suis
transy.
Hercule
Ha ! vous mourre tous deux, ie veux que dans
l'Histoire,
Qui doit de mes exploits éterniser la
gloire,
On conte encore apres cent monstres
déconfits,
Une femmeialouse, un infidelle Fils.
Dejanire
Cruel.
Yole
Ecoute-moy, si de nostre alliance
Ton coeur conserve encor un rayon d'esperance,
Ce n'est qu'au sort d'Illus qu'il la faut
mesurer,
S'il meurt, tu dois tout craindre, & s'il vit
esperer.
Licas,
caché
Qu'il est embaraßé ! Dieux: qui
pourroit le croire !
Ce vainqueur si puissant & si couvert de
gloire,
A qui rien ne resiste, & qui sceut
triompher
Des plus malins Demons qui regnent dans
l'Enfer,
Ne peut se demesler des mains de ses deux
femmes.
Hercule
Et s'il vit, esperer. Que l'espoir sur nos ames
Est puissant en amour ! [à
Deianire] Toy donc va promptement,
Retourne en ton païs vivre
paisiblement.
[à
Illus]
Toy,
tandis qu'à mes veux ou contraire ou
propice
Yole resoudra ta vie ou ton supplice,
Va te mettre au plustost prisonnier dans la
tour,
Ie dois cesseuretrez au soin de mon
amour.
|
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Dejanire
Toy, mon Fils, prisonnier.
Illus
Vous, ma Mere, bannie.
Dejanire
Que ne peut par mes maux ta peine estre
finie,
Illus
Et que ne puis-je, helas par mes vives douleurs
Esperer seulement d'adoucir vos
malheurs.
Dejanire
Quoy donc ? le coeur d'un Pere est si plein de
rudesse ?
Illus
Et le coeur d'un Espoux a si peu de
tendresse.
Dejanire
Si ie voyois pour toy cesser sa cruauté
Ie luy pardonnerois son
infidelité.
Illus
S'il pouvoit à vos feux cesser d'estre
infidelle,
Sa plus grande rigueur me seroit peu
cruelle.
Dejanire
Ha ! mon Fils.
Illus
Ha ! mon Mere.
Dejanire
& Illus
Helas ! que chaque iour
Mille nouveaux effets font bien voir vostre
amour:
Plaise au Ciel attendry par vostre iuste
plainte,
De proteger en nous une amitié si
sainte,
Et faire que ce doux & triste embrassement
N'en soit pas entre-nous le dernier
mouvement.
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Licas
Adieu, cher Page.
Le
Page
Adieu toute la compagnie.
Licas
Iusqu'au revoir pourtant. Une femmes bannie,
(Quoy qu'Hercule irrité presume de ces
loix)
N'obeit par tousiours dés la premiere
fois.
Le
Page
Dieux ! que d'evenements vois-ie en une
iournée !
Mon ame en est encor de frayeur
étonnée.
Licas
L'Amour fait tous ces maux; Mais, aymable
garçon,
Pour apprendre à le fuir, apprend cette
chason.
Amour, sous ton bizare empire,
Tous les gens de bon sens connoissent aysement
Que le plus sot est ordinairement
Celuy qui croit avoir plus de suiet de rire:
Ta richesse n'est que du vent,
Ta plus grande douceur n'en a que l'apparence,
Et ces brillans que l'on nous vend
Pour des bijoux de consequence,
Ou sont faux, & n'ont rien qu'un éclat
decevant,
Ou s'achettent trop cherement.
Le
Siege enchanté disparoist, & les Demons
qui y estoient enfermez entrent dans les
Statuës du Iardin, & font la cinquieme
Entrée du Ballet qui finit le troisiesme
Acte.
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