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Francesco Cavalli
[1602 - 1676]
Callisto
Drame
en musique en I Prologue & III Actes livret de
Giovanni Faustini, Venise, le
28 novembre 1651
d'après le Livre II des Métamorphoses
d'Ovide
La
Nature,
Prologue,
contralto Choeur
des Furies
L'Eternité,
Prologue,
soprano
Le
Destin,
Prologue,
soprano
Jupiter,
basse
Jupiter
en Diane,
soprano
Mercure,
ténor
Calisto,
soprano
Endymion,
contralto
Diane,
soprano
Lymphée,
soprano
Le
petit Satyre,
soprano
Pan,
contralto
Sylvain,
basse
Junon,
soprano
Choeur
des Esprits Célestes
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Prologue
La Nature, l'Éternité, le
Destin
La
Nature L'Éternité La
Nature
& L'Éternité Le
Destin La
Nature Le
Destin L'Éternité: Le
Destin L'Éternité Tous
Haut
de page
Âmes
pures et ailées,
Qui devez sortir du cercle que forme le serpent
éternel
En nouant les origines,
Vous qui êtes descendues,
En Auriges, et présidez au gouvernement
Des corps mixtes dont vous réfrénez les
sens,
Sillonnez les espaces de la vie,
Illustres, nimbées par la vertu,
Puis revenez ici, votre parcours terminé.
Celui
qui atteint ce sommet,
Immortel,
Connaît la vie
Éternelle,
Dans l'adoration de la Nature.
Mais combien ardu
Et fatigant
Est le chemin
Qui mène jusqu'ici,
Et comme le sentier montagneux est
épuisant.
Le chemin d'Hercule
Monte jusqu'ici.
La Vertu sublime
Élève les esprits
Vers ces hautes cimes.
Grande mère, dirigeante parfaite,
Antique souveraine,
Productrice féconde
De tout ce qui vit dans les éléments,
Le Destin s'élève jusqu'ici
Afin que demeure imprimée
Dans l'Antre cristallin
Ta noble création.
Jeune homme immuable,
Plus âgé que Saturne et que moi,
Entre, tu peux franchir le seuil.
Déesse, toi qui inscris
En caractères étoilés dans le livre de
lÉternité
Les noms de ceux qui deviennent immortels et divins
Sur la courbe de ton trône sphérique,
Immortalise Calisto.
Qu'une nouvelle constellation
Enrichisse la parure du Firmament.
Qui l'appelle à ces hautes sphères ?
Par quel mérite accède-t-elle à
l'immortalité ?
Par ma volonté.
Ce que le destin arrête et décide
Ne requiert pas de raison.
Mes décrets sont secrets,
Même pour les Dieux.
Que Calisto rejoigne les étoiles.
Que les corps errants
Se parent de rayons
Scintillants et éternels.
Que les pôles célestes
Y gagnent en brillance.
Que Calisto rejoigne les étoiles.
ACTE I
Une forêt aride
Jupiter, Mercure
Jupiter Mercure Jupiter Mercure Jupiter
Les flammes de la foudre
N'ont pas altéré l'azur
Des sphères; les planètes sont intactes,
Mais l'Hémisphère inférieur
Brûle de vapeurs encore ardentes;
De ses mille et mille bouches
La Terre agonisante
Implore, dans sa fièvre, le secours du Ciel.
Les fleuves, abandonnant leur cours,
Ont reflué vers leur source.
Les prés desséchés
Exhalent vers le Ciel des nuages de vapeur,
Et les bois se meurent,
Dépourvus de fleurs et de feuilles. C'est donc
à nous
Qui avons la garde et le soin du monde
De réparer les dégâts et de restaurer la
Nature.
Toi, Père, et toi, Maître
Des corps formés et incréés,
Toi, souverain de toutes choses,
Tu pouvais, sans quitter les étoiles,
Depuis les cimes bienheureuses
De l'Olympe sublime,
Rendre le lustre
Et les beautés d'antan
A ce qui a été flétri et
détruit.
Je crains que, descendu ici-bas,
Au lieu de soulager du mal,
Tu ne tues celui qui souffre et que, d'une nouvelle
façon,
Tu n'arrives à détruire et, après,
à refaire
La descendance dépravée des pierres.
L'humanité plus que jamais
scélérate,
Plongée dans des vices abominables,
Méprise et tes foudres et toi qui les
envoies.
Que l'on rende d'abord son lustre à la Grande
Mère,
Afin que je puisse ensuite
Renouveler l'exemple que je fis
Avec Lycaon et ses hordes rebelles de malfaiteurs.
Mais Mercure, qui vient ?
Quelle est cette nymphe chasseresse ?
Ah ! jamais je ne vis de regard
Plus serein ni plus lumineux.
De ce roi métamorphosé en loup,
De ce Lycaon
Qui hurle son forfait dans les bois,
Elle est le rejeton illustre et, armée de l'arc,
Elle suit
La vertueuse Diane,
inflexible et belle
Comme la chaste et révérée
Déesse,
Elle abhorre le regard de l'amour.
Jouvencelles naïves
Qui vous êtes vouées à demeurer
stériles, dans les bois,
Parmi les bêtes féroces, vous perdez tout
visage humain.
Jupiter, Mercure, Calisto
Calisto Mercure Jupiter Mercure Calisto Jupiter Calisto Jupiter Mercure Mercure
et Jupiter Calisto
Frais ombrages
Où est votre éclat ?
Aimables fleurs
Réduites en cendres,
Collines et rives
Autrefois verdoyantes
A présent privées
De verdure, je me languis de vous:
Où que j'aille,
Souffrant de la chaleur, assoiffée,
Je constate que l'onde
S'est retirée dans sa source,
Et je ne peux rafraîchir
Ni mes tempes ni mes lèvres ardentes.
Cruel
Est celui qui tonne et brûle la Terre.
Arrête, Jupiter, arrête cette guerre.
La belle te rend
Responsable des offenses du feu.
Cyllènes, ô comme un regard
De cette beauté
M'atteint dans ma divinité !
Ce visage si farouche
A son Créateur
M'aurait tué si j'avais été
mortel.
Tu es descendu sur Terre pour guérir,
Et au lieu de cela,
Médecin maladroit, tu es toi-même
Victime de la maladie: les flammes du Cocyte
Ont embrasé ton cur.
De cette source autrefois abondante
Les eaux se sont taries.
Qui m'apportera un peu de fraîcheur,
Et le bien-être ?
Un feu ardent me dévore
Et ni torrent ni source ni rivière
Ne peuvent étancher ma soif.
D'immortels esprits
Descendront du Ciel, belle nymphe, pour te rendre
Des forces, et se disputeront à qui mieux mieux
Pour te verser l'Ambroisie si chère aux Dieux.
Vois les gouttes de frais cristal
S'élancer de la fontaine.
Plonge, ma petite beauté languissante,
Tes belles et douces lèvres de corail
Dans l'onde jaillissante.
Qui es-tu toi qui gouvernes les flots,
O, miracle inouï !
Et les envoies du fond des sources
Irriguer les rives desséchées ?
D'un seul signe,
Je ferais bien davantage. Je puis détruire
Et rétablir en un éclair les Astres et la
Création
Je suis Jupiter, descendu du Ciel
Pour guérir la Terre, qui brûle,
Mais les feux de ton regard m'ont
enflammé.
Gracieuse nymphe,
Tu éveilles l'amour
Dans le cur de Jupiter.
Pour te remercier de tes doux baisers,
Il te donnera
L'Empyrée serein;
Ton esprit se réjouira
Dans de vraies délices.
Gracieuse nymphe,
Tu éveilles l'amour
Dans le cur de Jupiter.
Ainsi l'immortel Jupiter
Dont la divinité devrait
Protéger la virginité,
Enflammé d'un feu mortel,
Cherche à déflorer
Les chastes vierges consacrées à Diane,
A les rendre parjures.
Tu es un débauché qui, par des incantations
magiques,
Forces la Nature à t'obéir.
Jamais Vénus ne me verra, impudique,
Couronnée de myrtes.
Renvoie, renvoie à sa source
Cette onde,
Car je ne veux pas y boire
Ton philtre.
Magicien dépravé,
Je t'abandonne à tes enchantements.
Adieu, mon joli.
Je veux mourir jeune vierge.
Jamais mon cur ne sera
Une couche, un nid
Pour Cupidon.
Je veux mourir jeune vierge.
Amour, décoche, si tu le peux,
Tous tes traits
Pour me blesser,
Mais c'est moi qui vaincrai.
Je veux mourir jeune vierge.
Jupiter, Mercure
Jupiter Mercure Jupiter Mercure Jupiter Mercure Jupiter Mercure Jupiter
Comme cette jeune acariâtre
Tourne en dérision les flatteries du Maître des
Dieux,
Et ma Toute-Puissance ne suffit pas
A lui inspirer des sentiments amoureux,
Car j'ai créé libre l'âme humaine.
Toi, éloquent Mercure,
Dont les paroles mielleuses,
Convaincantes, amollissent, cours, poursuis
La fugitive
Et, lui ôtant
Son chaste orgueil, console ton Maître.
Les belles paroles
Ne suffiront pas à briser
La rigueur obstinée
De cette petite orgueilleuse.
Flattez une femme,
Elle n'en sera que plus opiniâtre.
Que devrai-je donc faire
Pour soulager ma détresse amoureuse ?
Suivre mon conseil, user d'un stratagème.
Lequel ?
Prends la forme de ta fille,
La Déesse sylvestre,
Et sous cette apparence,
Amant rusé,
Séduis celle que tu aimes.
L'intraitable revêche
Ne refusera pas les étreintes
De la fausse Déesse.
Tu es bien l'inventeur précieux,
L'artisan ingénieux de la ruse.
Ton stratagème, cher Mercure
Favorisera les amours du Dieu des Dieux.
Ne t'éloigne pas de la fontaine,
Car la sauvageonne y reviendra
Pour étancher sa soif ardente;
Et dissimule bien tous les autres flots.
Sous cette apparence trompeuse
Je ne serai pas surpris par Junon.
Et dût-elle même découvrir mon
aventure,
Elle pourra donner libre cours à sa fureur;
Jamais je n'abandonnerai un si doux contentement,
Fût-ce pour cent Junon.
Calisto
Calisto Il n'est
pas de plus grand plaisir
Mortels ou divins,
Ces débauchés sont partis;
Et moi qui, assoiffée, haletante,
Parcours en vain ces parages,
Je m'en reviens ici boire l'eau jaillissante.
Oh ! comme quelques gouttes
De ce doux et frais liquide
Me rafraîchissent, et calment
Cette soif qu'une rivière entière
N'eût suffi à étancher.
Je me baigne le visage
Dans ces ondes glacées,
J'y plonge les bras
Pour calmer les ardeurs de mon sang.
Grâce à cette fontaine, j'ai surmonté ma
langueur.
Que de fuir, dans la foulée des bêtes
féroces,
Les hommes et leurs flatteries mensongères.
La tyrannie des maris
Est trop lourde et leur joug trop cruel. Vivre en
liberté
Est mon plus cher, et mon plus doux souhait.
J'ai pour lit moelleux le pré
Tapissé de fleurs,
Je me nourris de miel et je bois l'eau du fleuve.
Les oiseaux m'apprennent leurs mélodies
Dans les bois. Pouvoir vivre en liberté
Est mon plus cher, mon plus doux souhait.
Jupiter, déguisé en Diane, Mercure,
Calisto
Mercure Jupiter
en Diane Mercure Jupiter Calisto Jupiter Calisto Jupiter Calisto
et Jupiter
Qui ne te prendrait,
Ainsi vêtu, sous cette forme, avec cette
démarche,
Pour la Déesse du Ciel d'argent ?
Voici la petite orgueilleuse
Prise au piège.
Amant respectueux, qu'attends-tu pour l'embrasser
?
O le plus bel ornement
De mon cortège !
Jeune vierge
Plus que belle,
Pourquoi te tiens-tu si loin de ta Déesse ?
Sans toi,
Je ne prends plus plaisir
A la chasse, et je ne trouve pas le repos.
O, sur du Soleil !
Grande Déesse,
Déesse qui commande
A l'astre
Qui se meut dans l'orbite du feu,
Des bêtes féroces
M'ont éloignée
De toi, ma Déesse adorée.
De l'amertume
Causée par ton absence
Guéris-moi à présent
Par la douceur
De tes baisers.
Je t'en donnerai
Autant que tu désires,
Mes lèvres qui t'adorent
Et qui ont
Coutume d'invoquer
Ta divinité,
T'en offriront.
Partons, amie adorée,
Dans une retraite plus ombragée,
Dans un lieu plus verdoyant,
Et là, près des ondes murmurantes
D'une fontaine
Encore plus limpide que celle-ci,
Allons échanger nos baisers.
Échanger nos baisers, oh oui !
Qu'en ce jour
Toutes les heures
Réjouissent le cur
Par les plus doux plaisirs,
Ne retardons plus nos baisers.
Mercure
Mercure
Pars,
pars avec lui ! Un son bien différent
De celui de baisers chastes et purs
Retentira dans la forêt.
Pars, pars avec lui.
Si vos prières et vos larmes
Sont inutiles,
Si elles n'apitoient pas
Vos maîtresses ingrates,
Écoutez-moi,
Amants:
Usez de supercherie car c'est celui
Qui trompe qui jouira des faveurs de sa belle.
Les séductions,
Les délices
De Cupidon à l'esprit coquin
Sont plus pimentées,
Plus piquantes,
Plus agréables, c'est moi qui vous l'enseigne.
Usez de supercherie car c'est celui
Qui trompe qui jouira des faveurs de sa belle.
Une forêt
Endymion
Endymion Réjouis-toi
, mon cur,
O
stupéfiant prodige !
Les fleurs naissent à foison,
La Nature entière bourgeonne et revêt
Chaque arbre des forêts arides
D'un manteau ombragé de feuillage.
Le Ladôn, l'Erymanthe
Faisant jaillir leurs ondes cachées,
Se précipitent à nouveau vers la mer.
Mais moi, plongé dans d'amères
souffrances,
Je ne trouve pas de fraîcheur,
Et je désespère de voir
Refleurir mes espérances;
Passion dévorante
Alors que le Monde jouit du renouveau,
Un feu ardent me dévore le cur,
Mes pleurs coulent
Comme coule le fleuve, toujours
J'ai le cur embrasé et les yeux pleins de
larmes.
Mais pauvre de moi, que vois-je ?
Voici venir celle pour qui je soupire.
A la vue de cette beauté
Qui respire la rigueur.
Amant furtif,
Contemple et apaise
Par quelque plaisir,
Cette douleur
Qui porte la mort dans ton cur.
En voyant ton beau visage,
Divine Maîtresse,
Le malheureux que je suis respire.
Diane, Lymphée, Endymion
Diane Lymphée Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Lymphée Diane Lymphée Diane Endymion
Les bêtes féroces sont encore
Effrayées, terrifiées
Par les flammes qui se sont abattues
Sur leurs tanières;
Notre chasse est sans espoir,
Nous ne trouverons pas de traces de fauves dans les
bois.
Poussées par la soif,
Les bêtes viendront à la rivière
Avant qu'à l'Occident
Ton lumineux Jumeau ne se couche.
Sur la pente des montagnes,
Sur les sentiers de la forêt,
Attendons-les au passage.
Nous décocherons nos flèches avant que la nuit
ne tombe.
Ah je vois mon bien-aimé !
Celui pour qui, heureuse, je vis dans la douleur.
Mes
yeux, ne soyez pas éblouis
Par ces rayons
Résistez, je vous prie,
Que ces lumières, discrètes
guérisseuses,
Apaisent mes tourments.
Gentil pasteur,
As-tu vu des animaux féroces
Errer par la forêt ?
Au
comble de l'affliction,
Plongé dans mes pensées,
Dévoré par mes tourments,
Aveuglé par les larmes,
Je n'ai, Déesse, pas aperçu
d'animaux.
Toi qui es la gloire de l'Érymanthe,
Toi qui observes savamment
Les mouvements changeants
De mon astre,
Toi, dans la fleur de ta jeunesse,
Tu nourris donc tant de chagrins ?
Je
suis un martyr heureux,
Et mon âme languissante
Adore et bénit
La cause de son malheur.
Que cette blessure soit immortelle
Puisque je sens dans mon sein
Le contentement naître de la douleur.
A entendre les symptômes
De ta précieuse douleur,
Ton tyran est Amour.
Amour
! Mais je ne me plains pas
De ses rigueurs ; j'invoque à tout moment
La cause divine de mes ardeurs.
Que cette fièvre indécente
Qui frappe ton cur
Disparaisse en un éclair.
Éloigne-toi d'ici,
Esclave d'une passion coupable,
Ennemi de Diane.
Comme cette importune
Interrompt mes plaisirs !
Une dure nécessité,
Une chasteté rigoureuse
Exige que je sois inflexible
Envers moi-même.
Tu tardes à partir ?
Nous allons décocher nos flèches.
Fuis ces âmes chastes,
Pauvre amant transi;
Que le souffle vicié de tes soupirs
Ne souille pas nos curs.
Fuis ces âmes chastes.
Je
pars en emportant,
Adorateur silencieux, amant secret,
Gravée dans le cur l'image
Qui seule peut m'apporter
Le réconfort.
Les plantes, les oiselets, les vents
M'écouteront, heureux dans ma douleur,
Lancer ces accents.
Amant errant,
J'aimerai, quelque cruelle que soit ma
destinée.
Diane, Lymphée
Diane Lymphée
Elle n'est pas cruelle mon Aimé,
Celle qui te chasse de sa présence;
Le même lien me lie à toi,
La même flamme me dévore,
Mais mes vux de chasteté
S'opposent à mon désir.
Pars donc, toi qui m'enflammes,
Car si tu m'aimes, moi je t'adore,
Et née immortelle, pour toi je me meurs à tout
instant.
Comme il renferme dans son sein
L'amertume et la douceur,
Le tourment et le plaisir,
Comme il est étrangement joyeux et triste.
Mais voici venir Calisto.
Calisto, Diane, Lymphée
Calisto Diane Calisto Diane Calisto Lymphée Diane Calisto Diane
Même si mon âme
Devait s'envoler
Vers le Ciel,
Mon cur
Ne pourrait connaître
De plus grand
Plaisir
Que celui
Que je ressens;
Mais la Nature de ce plaisir,
Je ne la connais pas.
Pourquoi es-tu si joyeuse,
Ma petite vierge royale ?
T'en allant hardie par la forêt,
As-tu souillé tes flèches
Du sang des bêtes féroces ?
Immense et délicieuse fut la joie
Que tes lèvres suaves
ont répandue dans man cur.
Que de douceur,
O, aimable Déesse, dans ces baisers que tu me
prodiguas !
Mais ma bouche te les rendit bien.
Quand t'ai-je donc embrassée ?
Quand ? Ne viens-tu pas de déverser sur moi
Tes rayons d'argent,
Dans la sombre grotte ?
En si peu de temps,
Aurais-tu oublié la douceur
De mes baisers ?
Elle est devenue folle !
Pourquoi parles-tu de grotte,
De plaisirs partagés,
De baisers échangés ?
Jamais je n'ai entendu de vierge plus
indécente.
Ah ! peut-être ne veux-tu pas,
Ma bien-aimée Déesse,
Que Lymphée entende
Et connaisse les plaisirs
Que nous avons savourés; parce que
Tu devrais lui faire goûter à elle aussi
Tes doux et aimables baisers.
Je te prie de ne pas surmener
Tes lèvres vermeilles
A en embrasser d'autres que les miennes:
Réserve-moi tes caresses et tes baisers
continuels.
Tais-toi, petite vicieuse, tais-toi.
Quel délire pervers
A troublé tes esprits,
Impudente ! Comment peux-tu
Souiller ce sein
De désirs si obscènes ?
La plus éhontée des filles
N'oserait comme toi, impudente,
Prononcer ces paroles.
Éloigne-toi de la forêt,
Et garde-toi désormais, débauchée,
De parler à mes chastes vierges;
Va, créature corrompue par la séduction,
Fuis ! Et que la rougeur de la honte
T'accompagne dans ta fuite ailée.
Calisto, Lymphée
Calisto Lymphée Calisto
Pleurez, soupirez,
Mes yeux dolents,
Esprits innocents;
Mes charmes séducteurs
Sont, hélas, devenus mes ennemis,
Et ne je sais pourquoi.
Calisto, quelles pensées
Troublent tes esprits ? Pourquoi ta raison
S'est-elle égarée ?
Sur son beau sein elle m'a accueillie,
Enlacée,
Embrassée,
A maintes et maintes reprises.
A présent, hélas, celle qui m'embrassa
Me refuse ses baisers, et je ne sais pourquoi.
Lymphée
Lymphée
Je ne saurais parler
De cette luxure,
Moi, que les traits de Cupidon
N'ont pas encore touchée,
Et s'il arrive que
L'aiguillon d'Amour
Transperce en douce
Mon cur inexpérimenté,
Je résiste à ses appels.
Mais, mais... je voudrais dire,
Et j'hésite. Bah, qui m'entend ? C'est que...
Je n'ai peut-être pas envie de mourir vierge.
"L'homme est une douce créature
Qui nous apporte le plaisir
Et le réconfort de l'âme"
Ainsi me parlait ma vieille nourrice.
Si seulement je pouvais en faire l'expérience
Dans un lit matrimonial.
Mon cur veut dire "oui" mais il répond par
"non".
En voyant
Un beau jouvenceau,
Je me sens attendrie,
Pourquoi donc devrais-je languir ?
Je veux, je veux un mari
Qui m'embrasserait tout mon saoul.
Je m'accroche au "oui" et je repousse le "non".
Le petit Satyre, Lymphée
Le
petit Satyre Lymphée Le
petit Satyre Et sur mes joues
immaculées Lymphée Le
petit Satyre Lymphée
Belle Nymphe, que parles-tu
De mari ?
Si mon aspect te plaît,
Presse-moi sur ton sein, dans tes bras,
Tout ce que j'ai, je te l'offre.
Que le sort m'épargne
D'avoir jamais un époux aussi rugueux dans mon lit
!
Ces tendres poils
Qui me recouvrent
Sont un moelleux duvet
Et non un crin piquant.
Une toison soyeuse
N'assombrit pas encore mon menton.
De riants troènes
Sont piqués
De roses épanouies;
Et ma bouche pleine
De rayons de miel
Te versera le nectar.
Sauvageon dépravé,
Je te vois tel que tu es,
Point n'est besoin de te dépeindre ni de
t'embellir.
Tu es certainement né d'une chèvre,
Aime donc les chèvres et vis avec elles.
Je suis d'origine
Quasi divine et noble,
C'est toi qui es grossière et rustre.
Née parmi les ânes
Ou leurs semblables.
Je sais pourquoi ta lascivité
Me repousse,
Parce que, jouvenceau
Non encore rompu aux exercices
De Cupidon et de Vénus,
Ma tendre queue
Est petite et grandit encore.
Va t'ébattre parmi les troupeaux,
Tu as l'aspect d'un animal,
D'un petit bouc.
Narcisse
Recevra
Les faveurs de ma beauté.
Va t'ébattre parmi les troupeaux.
Pan, Sylvain, Le petit Satyre
Pan Sylvain Le
petit Satyre et
Sylvain Pan Sylvain Le
petit Satyre Pan Sylvain
et le
petit Satyre
Dieux sylvestres,
Gardiens et génies
Des bois muets,
Oréades rocheuses,
Naïades ruisselantes,
Hamadryades frustes
Aux chevelures défaites
Et soulevées par les vents,
Aux visages pâles,
Vous chantez plaintivement
De tristes chants funèbres
Sur la dépouille
Du Dieu du Ménale:
L'Amour qui est un aspic
A mordu de son venin
Le malheureux que je suis.
Reviens à la vie,
inconsolable, et chasse les soucis.
Ta Déesse a le cur tendre;
Elle n'est pas la fille d'un serpent venimeux.
Tout espoir de bonheur
T'est encore permis.
Reviens à la vie.
Vos paroles de réconfort
Sont bien faibles; à mes prières
Délia
S'est transformée en une cruelle
Et implacable vipère:
Elle ne se souvient plus
De la belle toison blanche
Qui la fit descendre,
Gracieuse et resplendissante
De sa sphère argentée et brillante,
Pour embrasser mes rudes lèvres.
Je crains et je soupçonne
Qu'elle ne cueille le miel des délices
De lèvres plus agréables,
Plus charmantes, plus douces,
Et moi, malheureux,
J'épanche mon âme
En sanglots amers et en plaintes.
Que l'on espionne, que l'on surprenne
L'amour que tu soupçonnes
Chez ta désobligeante Déesse;
Et que l'on tue, que l'on déchire
Cet amant qui,
Dans les bras de la perfide,
T'a privé de ton plaisir.
Quant à moi, astucieux par Nature,
Parcourant les grottes ombragées et froides,
Les forêts inconnues et terribles,
Les monts escarpés et solitaires,
Je me ferai espion infatigable.
Amour, viens à mon aide,
Je te le demande,
Et fais en sorte que je retourne
Dans les bras de ma belle insensible.
Fais-le, je t'en supplie.
Pan, console-toi,
Nous verrons bientôt
Ton chagrin disparaître
Dans un doux lit de fleurs,
Pan, tes frémissements
Feront taire tes gémissements.
Haut
de page
Six ours sortent de la forêt et se mettent à
danser.
ACTE II
Les cimes du mont Lycée
Endymion
Endymion
Cimes
désertes et solitaires,
Qui me rapprochez de l'astre
De celle que j'adore,
Endymion, son admirateur secret
Imprime à nouveau sur vous,
En les couvrant de baisers,
Les traces des formes variées
De l'étoile argentée
Qui, dans ces lieux horribles et solitaires,
Répand les splendeurs d'une nuit claire
Sur la Terre et sur les pierres.
Astre resplendissant,
Que les rumeurs de la Thessalie
Ne troublent ton parcours ni ta paix.
Franchissant les monts Atlantiques,
Phébus arrête finalement
Son char de feu.
Mon bel astre naissant,
Éclairant le Ciel,
Se montre à moi resplendissant, dans toute sa
beauté.
Bel astre adoré, tu m'as appris
Que tes rayons glacés
Peuvent embraser le cur d'un amant.
Quelle soudaine torpeur
M'invite à un doux oubli
Sur cette cime solitaire ?
Aimable sommeil,
Si je me livre volontiers à tes vains espoirs,
Fais que, pendant que je dors,
D'amoureuses visions
Réjouissent mon âme
éveillée.Amante chérie,
Rejoins mon cur, cruelle Déesse, et,
resserrant
Tes liens, fais que, dans ces douces illusions,
Ainsi mort, je vive de longues années.
Diane, Endymion
Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane
et Endymion
Coureurs innocents
Rapides cerfs, que ion mette un frein
A votre course sur le sommet du Lycée.
Je vois monter ici
Mon pâtre chéri;
Je suis venue, seule,
Dans ce lieu solitaire,
Brûler du feu de ma passion
Et non pour devenir amante.O, heureuse Cynthia !
L'objet de ta flamme,
Celui que tu cherches, le voici qui dort.
Belle créature,
Moi, ton admiratrice secrète,
Heureuse, je pourrai
Te contempler, t'embrasser
Sans rougir.
Mais qui parle de baisers ?
O, chaste Diane ! Ah, tais-toi !
Hélas, pourquoi cette douce pensée
M'inspire-t-elle de l'amertume ?
Je veux l'embrasser.
O, souffle chéri !
De ces lèvres rosées
S'échappent des parfums d'Arabie,
Et ce souffle précieux m'enveloppe,
Plus je m'approche,
Des effluves du Cinnamore.
Cruelle autant que belle,
Tu n'échapperas plus à celui qui
t'adore.
Il rêve et me presse sur son cur;
De grâce, faites qu'il ne se réveille pas
Et que mon Aimé reste
Toujours enchaîné à son
plaisir.
Formes immortelles, je vous embrasse et je sens,
En t'embrassant, ma Déesse, un doux
tourment.
Je ne puis me dégager,
Je crains qu'il ne s'éveille.
Quels sont ces prodiges ?
Pauvre de moi, il s'est éveillé.
Oh ! Dieu, est-ce que je dors encore ?
Toujours plongé dans le sommeil,
Est-ce que jembrasse de charmantes illusions ?
Tourment d'amour,
Est-ce toi qui me rends amoureux et compatissant ?
Je suis un impie,
Moi qui touche et enlace une créature du Ciel,
Mais une joie si grande me transporte
Que je préfère être damné,
plutôt que d'y renoncer.
Desserre ces liens,
Mon aimé.
Comment m'appelles-tu ?
Mon amour, ma passion.
Dieu !
Ces douces paroles me tueront.
Laisse-moi, mon bel amant,
Et puisque Amour, subtilement,
A enflammé ton cur pour moi,
Je me déclare,
Je te confesse ma blessure.
Ah ! divine et belle Artémis,
Ta passion
M'enflamme.
Tu m'as blessé à mort.
Vis,
Vis pour nos amours.
Calme
Calme ton tourment,
Redouble tes ardeurs.
Vis, vis pour nos amours.
J'étais mourant, je renais.
Loin de moi,
Envole-toi,
Douleur amère.
J'étais mourant, je renais.
Je dois partir. Adieu, reste.
Tu m'abandonnes ?
Me revoici en pleurs.
Ainsi l'exige mon honneur.
Je retrouve mon martyre.
La séparation sera courte,
Sèche tes larmes, espoir de ma vie.
Quand te reverrai-je ?
Bientôt, bientôt, mon Aimé.
Sois heureux, je le veux.
Mon âme t'accompagne.
Mon soleil,/Mon cur, Adieu.
Le petit Satyre
Le
petit Satyre
Finalement cette Déesse
inflexible, souveraine despotique
De ces vierges,
Est semblable aux autres femmes
Sujettes aux faiblesses
Et soumises
A leurs pires instincts.
Elle repousse Pan,
Un Dieu si noble,
Pour se jeter dans les bras d'un rustre.
Si je ne l'avais vu
De mes propres yeux,
Je ne l'aurais pas cru.
Je veux avertir celui qui languit pour elle,
il y portera remède.
Celui qui se fie aux femmes
Bâtit sur le sable.
Une main d'enfant
Aura moins de peine
A déraciner un vieux chêne,
Qu'un homme à toucher
Le cur inconstant
Des femmes.
Celui qui se fie aux femmes
Toujours inconstantes,
Bâtit sur du sable.
La plaine de l'Erymanthe
Junon
Junon
Déchirée, tourmentée
Par d'incessants chagrins,
J'ai envoyé sur cette Terre mes superbes paons
Devenus les compagnons errants de ma fureur.
J'ai eu écho de nouvelles débauches,
Comment, ayant abandonné le dôme
céleste,
Mon époux demeure ici, inconnu de tous,
Sous un déguisement étrange et
indécent.
Ce nouveau Protée toujours prompt à
Séduire de jolies filles, prend des formes
nouvelles;
J'attends le jour où mon grand Jupiter introduira
Ses maîtresses auprès de moi, parmi les
astres.
Junon, Calisto
Calisto Junon Calisto Junon Calisto Junon Calisto Junon Calisto Junon Calisto Junon
Coulez, coulez toujours
Fontaines douloureuses,
Remplissez mon regard
De larmes
Qui viennent
Du cur.
J'ai soudain été privée
De ma source de réconfort.
Il n'est plus
Ce plaisir
Que la douce Déesse
A versé dans mon âme.
Mes larmes couleront tant que je vivrai.
Pourquoi ces larmes,
Belle Chasseresse ?
Je pleure sur mon sort infortuné.
Découvre-moi
Tes chagrins, que je puisse,
Épouse du grand Créateur,
Te secourir.
O Reine du Ciel !
Pardonne à l'irrévérencieuse, je n'ai
pas reconnu en toi
La Déesse sous ces vêtements terrestres.
Diane, dont je suis la suivante,
Et que j'honore, me chasse de son entourage.
Quelle en est la raison ?
Elle me conduisit
Dans une grotte agréable
Et là, elle me couvrit de baisers
Comme si j'étais son amant, son époux.
Elle m'embrassa,
Je l'embrassai à l'envi.
A présent,
Elle me refuse ses baisers, elle me chasse.
A peine ai-je touché la Terre du pied
Que je crains avoir trouvé
La nouvelle maîtresse de mon époux
adultère.
Dis-moi, y eut-il
Autre chose que des baisers
Entre la Déesse et toi ?
Un certain plaisir que...
Je ne sais comment le dire.
N'en dis pas davantage.
Mon bel époux, usant d'un stratagème,
Aura revêtu l'aspect de sa fille
Pour assouvir ses perfides appétits.
Joli mari !
De grâce, si jamais ton Jupiter
Est descendu du Ciel pour tromper,
Sous l'apparence de Diane,
D'innocentes
Et douces viergesCalme la colère de ma Déesse
et fais
Quelle m'honore à nouveau de ses regards sereins.
La voilà qui vient.
Je ne doute pas de la supercherie.
C'est bien Jupiter déguisé.
Je le reconnais à Mercure,
Son rusé messager, ce voleur habile,
Qui, artisan de mon malheur,
N'a pour moi que des paroles venimeuses.
Jupiter (déguisé en Diane), Mercure,
Junon, Calisto
Jupiter,
en Diane Mercure Junon Calisto Junon Jupiter Junon Calisto Jupiter Calisto Jupiter Calisto Jupiter Calisto Jupiter Calisto Mercure Junon Jupiter Calisto Jupiter Calisto Junon
Je ne puis te dire
Combien j'ai ressenti de plaisir.
Je n'en savoure pas de pareil
Là-haut, parmi les corps célestes,
Entouré de toute ma gloire.
Moi qui règle le mouvement
Des astres et qui soutiens le poids du Monde,
Joyeusement et inlassablement,
Je me divertis avec mes créatures,
Bien qu'assidu à ma tâche.
Tu n'aurais pas dû, ô souverain Créateur
!
Toi qui te plais
A prendre l'aspect de tes créatures,
Rendre l'homme indépendant de ta volonté.
Si celui qui vit libre
T'était soumis,
Toutes les beautés t appartiendraient,
Sans que tu doives constamment user
De stratagèmes et de déguisements.
Quel sage conseil !
Il n'y a pas plus impie que lui.
Grande Reine, avant que ta bonté
Ne se manifeste pour moi par des prières
Et des supplications, je voudrais voir si
Le cur de ma Déesse est encore de
pierre.
Va, tu la
Trouveras calmée.
Calisto, ma Bien-Aimée ?
O, douleur ! O, jalousie !
Ma consolation, ma vie.
Ma douceur infinie !
Mon réconfort.
Mon tourment.
Toi pour qui je soupire.
Toi pour qui je respire.
Toi, l'objet de ma flamme.
Qui cherchais-tu ?
Toi, mon amour.
Les mots sont doux
Mais la mélodie est lascive.
O, douleur ! O, jalousie !
Va, va, chère âme,
Là où le Ladôn
Répond ses eaux cristallines,
Et prépare tes lèvres
A recevoir mes baisers,
Bientôt je te rejoindrai.
Je m'empresse de partir.
Mais qui est celui qui t'accompagne ?
C'est le messager de mon excellent père.
Il voulait, il y a peu, par ses discours
éloquents,
Me livrer à Jupiter,
Mois sourde à leurs incitations
séductrices,
Je les ai repoussés tous deux.
Grande Souveraine,
Je ne t'ai pas demandé
Pourquoi lindignation et la colère
De ma Déesse se sont calmées;
Pleine de reconnaissance, le bonheur m'inonde.
Je veillerai à ce que, très vite,
Ton bonheur te soit fatal.
Jupiter en Diane, Mercure, Junon
Jupiter,
en Diane Mercure Junon Mercure Junon Jupiter Mercure Junon Jupiter Junon Mercure Jupiter Junon Mercure Jupiter Junon
Je désire ardemment, mon Cyllène,
Obtenir de cette beauté de nouvelles
faveurs.
Pense à Junon, ô Jupiter !
Mercure ? Où as-tu laissé
Mon mari, descendu sur Terre avec toi,
Pour y apporter la consolation ?
Ayant éteint
Le feu allumé par la Nature,
Il s'en est retourné vers les hauteurs de
l'Olympe.
J'en viens et je ne l'ai pas vu.
Peut-être t'a-t-il trompé
Et, prenant un autre chemin,
Caché dans les bois,
Cet amant fourbe
Mystifie quelque nymphe innocente.
Ma jalouse épouse
A dû avoir vent
De mes amours.
Un pernicieux et glacial soupçon
Te tyrannise en permanence l'esprit.
Mon expérience me dit
De me méfier
Du Dieu du mensonge.
Mais vous, céleste Vierge, que faites-vous
Ici avec des coquins et des entremetteurs ?
J'ai vu d'étranges accouplements
Entre la vertu et la luxure.
Et que voulez-vous, Trivia,
Que l'on dise de vous ? Quels savants discours
Vous ont séduite par leur rhétorique
pernicieuse ?
Chaste Déesse,
Éloignez-les d'ici.
Aucune souillure, aucune obscénité
Ne peut noircir, entacher ma gloire.
Sans crainte pour mon honneur,
Je peux passer des heures
Avec Vénus et Cupidon.
Et embrasser les jouvencelles.
La supercherie est découverte,
Ainsi que son auteur.
Un chaste baiser n'est pas interdit.
Une bouche pure et pudique
Peut embrasser impunément
Une pastourelle amie.
Oui, mais il n'est pas permis,
Comme vous l'avez fait,
D'attirer les jouvencelles dans des grottes
Pour les y séduire.
Je le lui ai dit.
Junon, Junon,
Quel langage indécent !
Emploie des paroles plus modestes,
Dignes de mes oreilles;
Sinon, quitte cette forêt
Où seule résonne la chaste voix de
lÉcho.
Ne vous fâchez pas,
Diane, petite lascive,
Je connais vos charmes;
Et je veux bien croire que
Jupiter, sous cette apparence,
Ayant oublié le Ciel !
Errait par les bois, poussé par la luxure,
Mais que, devenu chaste,
il ne poursuit ni n'apprécie plus
La beauté fanée;
D'ailleurs son fidèle messager
Affirme l'avoir vu
S'élever vers le trône de l'Empire divin.
Allons, je vous laisse,
Je ne vous importunerai plus.
Qu'un Amour plus doux
Vous verse son nectar dans les grottes.
Jupiter en Diane, Mercure
Jupiter,
en Diane Mercure Jupiter Mercure
et Jupiter
Qui a fait descendre du Ciel
Cette mégère pour m'espionner ?
La Jalousie aux cent regards
Qui, agile comme le vent,
Pénètre partout
Et observe tout.
Cette femme jalouse
Peut crier, trembler, hurler
Comme une bête féroce,
Et dénoncer mes torts,
Jamais je n'abandonnerai mes plaisirs.
Il est perdu
Le mari
Qui se laisse régenter
Par sa femme.
Qu'on nous laisse
A loisir
Assouvir nos désirs,
Ensuite, par notre sévérité,
Nous calmerons ses cris.
II est perdu
le mari
Qui se laisse régenter
Par sa femme.
Endymion, Jupiter en Diane, Mercure
Endymion Jupiter,
en Diane Mercure Endymion Jupiter Mercure
Mon cur, que veux-tu ?
Qu'espères-tu, que désires-tu ?
Que te faut-il de plus ?
Mon cur,
Il n'y a pas plus heureux
Que toi sur erre,
Mercure, quel est celui qui épanche
Son ardeur secrète en chants amoureux ?
L'ornement, l'honneur
Des forêts arcadiennes,
Ce Pasteur qui ne cherche pas
A faire paître ses troupeaux,
Mais qui veut se consacrer
A l'observation savante
Des astres qui brillent au Firmament.
O ma splendide Déesse !
Félicité de mon âme,
Ma vie, ma tranquillité,
Je te retrouve,
A peine redescendu de ma montagne,
Où, par ta grâce, je laissai ma peine.
Mon cur aimant te remercie et te loue.
Mais qui est celui qui l'accompagne ?
Hélas, je ressens au cur
Un cruel tourment né de la jalousie.
Diane joue à la chaste
Et pourtant elle aussi a de secrets amants.
Renonce, mon Maître, à ces faux semblants,
A ces déguisements,
Sinon, au lieu de tes belles,
Tu trouveras un mari.
Le petit Satyre, Pan, Sylvain, Endymion, Jupiter en Diane,
Mercure
Le
petit Satyre Pan Endymion Jupiter,
en Diane Pan Mercure Jupiter Endymion
Si tu ne me crois pas, regarde-la
A nouveau réunie à ton rival,
A ce rustre dont je t'ai parlé,
Qui est l'amant de Trigeminia.
Scélérat, étroitement lié,
Tu n'échapperas pas
A la vengeance
De mon cur
Brisé par le chagrin.
Laisse-moi ! En quoi t' ai-je offensé,
Quelle injure t'ai-je faite ?
O, Dieu mi-chèvre !
Quelle fureur agite Pan ?
Voici ton amant enchaîné, perfide,
Un sort favorable
Me l'a livré.
Le voici sous tes yeux,
Qui me prennent
Pour un monstre repoussant.
Ce ressentiment qui se lit
Sur tes joues candides
N'est que le souvenir
Des doux baisers
Que mes lèvres te donnèrent.
Pourquoi à présent me méprises-tu
Et me fuis-tu, inconstante ?
Ah ! quelle colère est à l'origine
De ton amour volage ?
Celui qui se répand en pleurs
Est la cause de mon malheur:
Mois je veux offrir
Son malheur en spectacle
A celle dont le regard
M'a foudroyé à mort.
Fuyons, Jupiter, fuyons
Cet imbroglio.
Déplaisant Satyre,
Tue donc à ta guise, bourreau !
Jamais tu ne soulageras ton âpre douleur.
Où vas-tu, ma Déesse ? A l'aide.
Tu pars ? Je meurs.
Pan, Sylvain, Le petit Satyre, Endymion
Endymion Pan,
Sylvain,
le
petit Satyre Endymion Pan Endymion Pan,
Sylvain,
le
petit Satyre
Amour, si mon impitoyable amante
Ne m'écoute pas, viens à mon aide.
Défends-moi de tes traits.
Misérable,
Tu crois en un Dieu inconstant ?
Il est maladroit
Et, Archer vagabond, ne t'entend pas.
Misérable,
Tu crois en un Dieu inconstant ?
Tuez-moi donc,
Pauvre de moi,
Abandonné de tout espoir !
Que la mort arrache le malheureux à son
martyre.
Puisque tu veux mourir,
Je veux que tu te transformes
Pour l'éternité en crapaud accoucheur
Privé de liberté.
Oh, Dieu ! Quelle cruauté.
Ils sont fous ceux qui croient en l'Amour,
Ce sont des éclairs qui traversent le Ciel,
Ses douceurs se muent en fiel,
Ses plaisirs sont invisibles,
Ils sont fous ceux qui croient en l'Amour.
Lymphée, Le petit Satyre
Lymphée Le
petit Satyre Lymphée Le
petit Satyre Lymphée
Je suis résolue
A trouver un mari,
Je veux être aimée.
Je ne veux pas rester stérile
Alors que la jeunesse
Me sourit encore:
Moi aussi j'aimerais connaître
Les doux plaisirs
Que peut donner un homme.
Je suis résolue
A trouver un mari,
Je veux être aimée.
L'inflexible dédaigneuse
Commence à s'affoler;
Je vais prendre une douce revanche
Sur l'insolente.
Amour, je t'en prie,
Trouve-moi
Un mari, aimable et beau.
Je ne veux plus,
Ennemie de moi-même,
Poursuivre les bêtes à travers les bois.
J'avoue que
Mon cur a lui aussi
Besoin d'aimer.
Je suis résolue
A trouver un mari,
Je veux être aimée.
Accourez, amis satyres,
Saisissez-vous de cette bête féroce.
Compagnes, secourez-moi.
[A
la voix du petit Satyre, deux autres satyres sortent de
forêt. Aux appels de Lymphée, quatre nymphes
armées de flèches apparaissent et feignent de
vouloir blesser les satyres. Ceux-ci semblent trouver la
parade à ces attaques. Ensemble ils exécutent
une danse qui se termine par la retraite des
satyres.]
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ACTE III
La source de Ladon
Calisto
Calisto
Puissent les délices passées
Se graver à jamais
Dans ma mémoire.
Ondes limpides et pures,
Au son de votre murmure,
Ma Déesse et moi,
Couple chéri,
Échangerons nos baisers à l'envi;
Et nos chants suaves,
Amplifiés par lÉcho,
Se mêleront au murmure de l'onde.
Je t'attends et tu ne viens pas,
Tu es paresseuse et lente,
Ma bien-aimée.
Tu troubles ma sérénité,
animes, âme, mon espérance,
Ton retard me tue.
Je t'attends et tu ne viens pas,
Resplendissante,
Tu perces le cur avec un aiguillon.
De grâce, viens, réconforte-moi,
Ton retard me tue.
Junon, les Furies, Calisto
Junon Les
Furies Calisto Junon [Calisto
est métamorphosée en Ourse] Que ton
Jupiter chéri te mette Les
Furies
La Jalousie, véritable Furie,
Vous a conduites, tristes sueurs,
Des rives du Tartare en ces lieux.
Préparez vos serpents,
Ces flambeaux l'Achéron; je veux calmer
Ma douleur par le poison et la rigueur.
Des mille
Étincelles
De notre Achéron,
Ardentes,
Poursuivons
La bête.
Que les serpents
Étanchent leur soif
Dans son sang,
Que souffre
L'horrible créature
Qui a offensé Junon,
La Déesse
Hautaine et jalouse,
Nous l'a ordonné.
Commande.
Dispose de nos poisons,
Ordonne
Au feu et aux flammes,
Nous infligerons
Un long Supplice
A la Nymphe
Rebelle,
Jusqu'à ce que
Ta fureur s'apaise.
Mon sang se glace
A cet horrible spectacle.
Mes yeux, hélas, ne peuvent le souffrir,
Tout est terreur autour de moi.
Impudente, scélérate ! Penses-tu pouvoir
Échapper au châtiment suprême,
Inoubliable de tes infâmes et criminelles trahisons
?
A présent dans sa couche,
Et que de nouvelles débauches
Lui offrent le plaisir
De tes obscénités.
Que ses lèvres, qui ont créé le
Monde,
Souillées, mêlent ses soupirs
Aux sons indistincts
Que formera ta bouche obscène,
Et quelles embrassent ta face immonde de bête.
Tu erreras dans les forêts et sur les monts,
Compagne des ours,
Et partout, dans les bois et dans les grottes,
T'accompagnera mon mépris furieux et aveugle.
Voici, surs infernales,
Celle que vous devez tourmenter;
Je la remets entre vos mains; allez,
Et par monts et par vaux, harcelez-la.
Des mille
Étincelles
De notre Achéron,
Ardentes,
Poursuivons
La bête.
Que les serpents
Étanchent leur soif
Dans son sang,
Que souffre
L'horrible créature
Qui a offensé Junon,
La Déesse
Hautaine et jalouse,
Nous l'a ordonné.
Junon
Junon
Satisfaite et consolée,
Junon peut regagner l'Olympe:
Tu as puni la maîtresse
De ton infidèle époux, tu as rompu la
glace.
Le Ciel ne te tourmentera plus.
C'est ainsi qu'il faut punir
Les amères offenses conjugales;
Et c'est ainsi que les femmes,
Si elles le pouvaient,
Devraient châtier leurs maris
Qui, lassés d'elles, à chaque instant
Se découvrent de nouveaux appétits.
Femmes inconsolables,
Nous sommes toujours les offensées et les
lésées:
Abandonnées, nous mourons souvent
De soif au milieu du fleuve.
La nuit, sur l'oreiller,
Les maris coupables, épuisés,
Sont toujours endormis ou irrités.
Mercure, Jupiter, Calisto
Mercure Jupiter [Calisto
retrouve sa forme humaine] Calisto Jupiter Calisto Jupiter Calisto Jupiter Mercure Jupiter,
Mercure Jupiter Calisto Jupiter Calisto Jupiter,
Calisto Mercure
Perfides, vous osez
Tourmenter la maîtresse de Jupiter ?
Redescendez, retournez à votre abîme.
Allez fustiger
Les monstres et les damnés coupables.
Ma belle amie,
Mon innocente trompée
Par les transports amoureux
Du Dieu souverain qui gouverne le monde,
Chasse du plus profond
De ton beau sein blanc
La terreur qui trouble si cruellement ton âme:
Ton Créateur t'inonde de sa gloire.
O Maître de l'Univers !
A tes divins accents
Je me sens revivre.
Je n'éprouve plus les fureurs
Des funestes serpents,
Les flammes ardentes
Se sont éteintes;Je revis, je parle,
J'ai repris forme humaine, et je contemple
En face de moi le Ciel et le Soleil.
Dans quelques années seulement,
Lorsqu'ils auront terminé leur course
A travers les Sphères, tu te retrouveras parmi
Ces trônes éternels que tu contemples,
Et parée de saphirs et d'un diadème
d'étoiles,
Tu seras divinisée en dépit de Junon
Ainsi que notre descendance commune.
Tu enrichiras le Firmament de pierres précieuses,
Et aux doux accents des Harmonies célestes,
Devenue Immortelle, compagne de ma vie éternelle,
Tu boiras l'Ambroisie,
Tu jouiras de la vie éternelle.
Je suis ta servante,
Tu peux disposer de moi,
De celle que tu créas,
O Souverain des Sphères! De celle que,
par un heureux stratagème, ô mon grand
Créateur !
Tu daignas accueillir
Sur ton sein divin.
Même Jupiter ne peut discuter
Les grands décrets du Destin.
II convient que tu redeviennes ourse,
Et poursuive tes errances
Dans les terres paternelles,
Tant qu'agi ra le maléfice
Enregistré dans le livre du destin.
Mais avant que la toison hirsute
Ne te recouvre, ô douce amie !
Je veux te montrer la beauté immortelle
De l'Empyrée dans lequel,
Devenue Déesse, tu devras
séjourner.
L'humanité
Si mortelle et si frêle
Ne mérite pas un Dieu si excellent
Qui, dans sa bonté,
A coutume de la récompenser.
Que Calisto monte au Ciel.
Que Calisto s'élève vers le Ciel.
Voici le chemin
De l'immortalité.
Voici ma foudre,
Je suis Jupiter et je tonne.
Cette ascension
Me rend heureuse.
Ceci est pour toi, ma belle amie trahie.
Récompense de mon Dieu.
O, mon cher Amour !
Qu'à ces transports,
L'Archer de Délos
Décoche ses flèches
Et ses éclairs.
Tous
Au Ciel, au Ciel !
Endymion, Sylvain, Pan
Endymion Sylvain Pan Endymion Pan
et Sylvain
Vous voulez que je renonce à elle ?
Je ne le puis.
Je veux mourir.
Tuez-moi, tuez-moi.
Tu es stupide, tu pourrais être libre
Si tu renonçais à l'Amour, à ton
idole
Qui ne se soucie pas de toi;
Et tu voudrais mourir
Plutôt que de renoncer à elle ?
Le vent balaie les serments
Comme de la poussière,
Mais les liens de l'amour sont plus tenaces.
Comment nous fier à un "oui"
De ce coupable qui vit emprisonné ?
Vous voulez que je ne l'aime plus ?
Je ne le puis.
Je préfère mourir.
Égorgez-moi plutôt.
Qu'on l'attache à un érable
Et qu'on le roue de coups;
Que la pauvre Diane
Vienne ensuite
Célébrer
Son repos éternel.
Diane, Endymion, Pan, Sylvain
Diane Endymion Diane Pan Sylvain
et Pan Diane Sylvain Sylvain
et Pan
Dieux vils et plébéiens,
Les bêtes féroces
Dans les grottes
Vous ont appris
A nuire.
Quel bonheur:
Voici ma belle Déesse.
Laissez les innocents en paix
Si vous ne voulez pas sentir la morsure
De mes traits acérés;
O cruelle Diane !
Pourquoi
mes lamentations,
Pourquoi
Mes pleurs durcissent-ils ton cur ?
Pourquoi, inconstante,
Méprises-tu cette noble créature,
Symbole du monde,
Qu'un jour tu couvris
De baisers fervents ?
Reviens à l'Amour,
Belle Diane,
Et verse la joie
Dans le cur de celui
Qui languit pour toi, et qui reçut de toi
Des promesses si inconstantes.
Reviens à l'Amour.
Vous mentez, Dieux mi-chèvres,
Et vous inventez
Des calomnies impudentes.
Diane n'a jamais aimé
Et si elle aime,
Elle aime la profonde vertu
De ce noble pasteur à l'esprit magnanime.
Mais partez, Dieux rustres,
Allez donner libre cours
A vos indécentes ardeurs avec vos
semblables.
Pan, nous perdons notre temps
A vouloir trouver le miel chez un serpent.
Partons et laissons à son Astronome
Cette orgueilleuse;
En guise de vengeance,
Nous crierons :
"Diane, la chaste Diane, est toute luxure."
Diane, la chaste Diane est toute luxure.
Diane, Endymion
Diane Endymion Diane Endymion Diane Endymion Diane
et Endymion Un baiser
qui meurt,
Attrapez ce trait,
Satyres grossiers et difformes,
Je suivrais volontiers vos traces,
Chasseresse acharnée et vengeresse,
Mais je ne veux pas abandonner ici,
Au sein de ces bois sauvages,
Celui qui est ma lumière.
Je ne vis que pour toi, Divinité compatissante,
Je ne respire que pour toi, Déesse
clémente,
Ma lumière et ma joie,
Ma douleur resplendissante.
Plutôt que de te renier,
Je préférerais mourir
Dans les supplices, ô ma Déesse !
Tu m'aimes donc tant ?
Qui me le prouvera ?
Mon cur qui est à toi,
Qui, uni à mon âme,
A rejoint le tien.
Je suis sans vie,
car mon cur ne m'appartient plus.
Mon bel Ami,
Ma Divinité ne peut
Connaître de plus grand contentement
Que celui d'entendre ta douce voix
M'appeler ton âme, ton cur.
Mais je désire que tu abandonnes
Ces forêts et ces monts des Pélasges
Pour échapper aux rigueurs
Des Dieux sylvestres et des bergers.
Jalouse de toi,
Je veux te conduire sur les sables de l'Ionie.
Là, sur les hautes cimes du Latmos,
Nous porterons nos ardeurs,
Toi modeste, moi chaste,
Et là-haut, nous nous embrasserons.
Le baiser seul suffit
Au chaste amant;
Je ne désire que ce baiser, et rien de plus,
Je suis maître de moi,
Mon cur ne brûle pas d'un feu
immodeste.
Doux baisers,
Vous êtes le nectar
Qui attise sans cesse
Les flammes de l'amour.
Donne vie au baiser.
La joie est infinie,
Pourquoi tarder ?
Embrassons ces lèvres,
Source de tant de plaisirs,
Mon cur/Mon aimée, ma vie.
L'Empyrée
Le Chur des Esprits Célestes, Calisto, Jupiter,
Mercure
Le
Chur des Esprits Célestes Calisto Jupiter Calisto Le
Chur des Esprits Célestes Jupiter Mercure Calisto Jupiter Calisto Jupiter Calisto Jupiter Mercure Calisto Jupiter
Les étoiles,
Plus belles encore,
Brillent et
Scintillent.
Le Dieu Tout-Puissant
Prépare au Ciel
De nouvelles splendeurs.
Vêtue de lumière,
Aimée de Jupiter,
Tu brilleras là-haut.
Les étoiles,
Plus belles encore,
Brillent et
Scintillent.
Mon âme succombe
A cette gloire qui m'enveloppe,
Moi, créature terrienne,
Ayant déjà perdu la notion
De la divine patrie,
Je suis prisonnière de la matière.
O, splendeur, beauté, magnificence, vision
!
Ces espaces stellaires
Seront ta demeure, la mort ne te touchera plus,
Le monde n'existera plus,
Le Soleil qui dore la Terre
Et lui apporte le jour, ne brillera plus pour toi;
Dans ces Sphères éthérées,
D'une trempe incorruptible,
Tu vivras éternellement belle à mes
côtés.
Entends-tu, mon âme,
Quelle précieuse demeure
Te prépare,
Comme gage d'amour,
Ton Créateur ?
Mon cur déborde
D'allégresse.
Je suis au comble de la félicité.
Le Ciel sourit
Au bonheur
De celle qui fut fidèle
Au grand Dieu des Éléments.
Esprits divins,
Nous redoublons
Nos mélodies et nos chants.
Ma chasseresse, redescends sur terre,
Et dans ta double prison terrestre,
Où tes peines seront adoucies,
Attends d'être ramenée ici.
Accompagne-la, Mercure,
Et assiste,
A l'insu des hommes,
Par monts et par vaux,suis la belle Ourse,
Destinée à devenir Étoile.
Toujours prêt à t'obéir,
Je serai à ses côtés, Dieu
tutélaire.
Mon Maître.
Ma bien-aimée.
Je suis heureuse.
Je suis triste.
Je pars.
Je reste.
Bientôt le Sort vous unira.
Je pars, ô Jupiter !
Va, mon amour.