Francesco Cavalli
Artémise
au
Théâtre Saint-Jean et Saint-Paul livret de
Nicolo
Minato dédié
à à
Venise, 1656 Pier
Francesco Cavalli [1602 - 1676]
pour lannée 1656
la Sérénissime Altesse royale
Ferdinand-Charles,
archiduc dAutriche, etc.
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Les
personnages du Prologue:
Melpomène,
muse
Thalie,
muse
Apollon
Deux
rayons d'Apollon
La
Fortune
La
Vertu
La
Courtoisie
Les
trois Grâces
les personnages du Drame en Musique:
Artémise,
reine de Carie
Méraspe,
se faisant appeler Clitarque,
prince de Cappadoce incognito
Alyndos,
prince de Bithynie, général
d'Artémise
Artémie,
princesse, vassale de Méraspe, et qui le
reconnaît
Ramire,
prince, vassal de Mérape, et qui le
reconnaît
Orontas,
princesse de Chypre, déguisée en soldat
sous le nom d'Aldimir
Nisus,
serviteur d'Orontas
Euryllos
Érisbé
L'Ombre
de Mausole
Choeurs
de:
- suivantes d'Artémise
- soldats d'Artémise
- soldats d'Alyndos
- pages d'Alyndus
- suivantes d'Artémise
- serviteurs d'Orontas
- sculpteurs du Mausolée
- Archers pour le premier ballet
- Pages pour le second ballet
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Sérénissime
altesse royale, Bien
que le fini nait pas de proportion imaginable
avec linfini, cependant, un peu de
poussière renfermée dans un verre
étroit représente
limmensité du temps. De même, je
souhaite que votre Sérénissime
Altesse royale veuille bien maccorder que,
dans cette faible production de mon esprit, je lui
représente linfinité de mon
très profond respect. Le grand
Macédonien sourit devant loffrande de
la douceur dun rayon de miel; V. Sér.
Alt. royale, qui dépasse en tout point les
Alexandre, saura également les surpasser en
agréant lamertume de mes chants; et si
lantiquité vanta un souverain qui ne
dédaigna pas loffrande dune
gorgée deau, notre siècle se
flattera den avoir un autre qui, plus
bienveillant, ne refuse pas quelques gouttes
dencre. Les grâces avec lesquelles son
altesse a couronné mon dévouement
sont tellement immenses, que lexcès
même ne suffit pas à les mesurer; et
la grâce de mautoriser à publier
au monde ma félicité
dêtre serviteur de VSAR est telle
quelle épuiserait les grâces
dune éternité
entière. Je
me prosterne donc avec ces feuillets à ses
sérénissimes pieds, devant lesquels
la Renommée fatiguée jette ses
trompettes, et la gloire vaincue jette ses
lauriers; et en déclarant ceux-ci que
ceux-ci sont le centre de toutes les lignes de mon
respect, je reste éternellement, de
VSAR lhumble,
dévoué et reconnaissant serviteur Venise,
10 janvier 1656 Lecteur, Je
te présente une fausse couche de ma plume,
laquelle sest risquée de nouveau
à te servir, en raison de laccueil
favorable que tu as réservé à
mon Xerxès. Dans ce dernier drame, je
tavais présenté un
événement traité par un
très fameux auteur qui lécrivit
dans une autre langue; dans celui-ci, tout ce que
je tapporte est de ma pure invention; ainsi
tout la faute viendra de ma faiblesse, et toute la
gloire de ta sympathie. Dans le style, jai
suivi la même manière, faisant
confiance à ton jugement qui ma
manifesté son approbation; et cest
pourquoi, laissant les sublimités les plus
érudites, je nai rien cherché
dautre que de te représenter avec
naturel la propriété des passions; je
déclare cependant souhaiter que tu ten
formes une opinion en le voyant sur scène,
plutôt quen le lisant dans
lécrit. Déjà,
jestime quil test clair que pour
de telles compositions, je nai pas
dautre mobile que mon caprice, ni
dautre but que ton plaisir; si donc jai
mis dans le mille, réjouis-toi; si je
men suis éloigné, sois
indulgent. Je proteste avoir usé des mots
habituels de Destin, Sort, Hasard, comme ornements
poétiques, et non comme notions de la foi
que, par la grâce de Dieu, je professe en
tant que chrétien. Reçois ce que ma
faiblesse peut te donner, et vis
heureux. Les
faits historiques Artémise
fut reine de Carie, épouse de Mausole, roi
de ce royaume. Après la mort de celui-ci,
restée encore dâge
juvénile, elle aima tellement sa
mémoire quelle but ses cendres et lui
fit édifier le Mausolée, mis plus
tard au nombre des Merveilles du Monde, à la
gloire de son nom. Elle régna ensuite
glorieusement, affronta de nombreuses guerres et
les soutint avec intrépidité et
valeur. Sa capitale fut Messi,
cité sur la place de laquelle fut
édifié le Mausolée. Les
éléments
inventés Maintenant,
suivant les enseignements du maître universel
Aristote, voulant, comme il lenseigne,
inventer au-delà de lhistoire,
lauteur a entrepris, pour composer le
présent drame, de représenter les
secondes noces dArtémise, en posant
pour cela comme points de départ les
données suivantes, toutes
vraisemblables: Mausole
a été tué par accident dans un
tournoi par Méraspe, prince de Cappadoce;
Artémise a fait savoir par un édit
que quiconque lui amènerait Méraspe
prisonnier ou mort, serait maître de disposer
de ses noces. Méraspe,
épris des beautés et de la Vertu
dArtémise, sest livré
lui-même comme prisonnier, sous le nom de
Clitarque, au service de la reine, laquelle a fait
de lui son page et sest éprise de lui;
mais, par souci de sa dignité, elle tient
ses sentiments cachés à tous, y
compris à Clitarque
lui-même. Ayant
une guerre contre le roi de Phrygie, qui
sétait emparé dune de ses
villes, pour reprendre celle-ci, Artémise
fait des préparatifs de guerre; Alyndus,
prince de Bithynie, vient à son aide avec de
nombreuses troupes, et est nommé
général de ses armées; il
devient amoureux dArtémise, mais
celle-ci ne le lui rend pas, feignant de ne pas
vouloir dhistoires damour à la
cour. À
cette cour se trouvent Artémie, princesse,
dame de compagnie de la reine, et Ramire, prince,
au service de la même; ceux-ci ont reconnu
Méraspe caché sous le nom de
Clitarque, car ils sont tous deux vassaux de la
Cappadoce. Artémie est amoureuse de
Méraspe, mais sans retour. Ramire, lui, vit
enflammé pour Artémie et tente par
toutes formes de service de la faire céder
à son amour. Orontas,
princesse de Chypre, a aimé Alyndus, qui lui
a un temps rendu son amour; elle, restée
constante dans sa passion, vient le retrouver en
habit dhomme avec ses serviteurs, se faisant
passer pour un soldat échappé aux
corsaires; non reconnue par lui, elle
découvre quil est devenu amoureux
dArtémise et reste à son
service pour troubler ses amours avec la
reine. Autour
de ces éléments vraisemblables se
bâtit le drame auquel Artémise donne
son nom.
N.M. [Nicolo Minato]![]()
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Prologue:
le palais de La Fortune.
Une place avec le Mausolée.
Un jardin.
Un arsenal.
Larmurerie royale.
Les tentes royales devant larmée.
Les délicieux appartements royaux.
Une cour avec des chambres.
Le palais de Messi.
Ces
scènes sont situées à Messi, capitale
de la Carie, au moment où se font les
préparatifs de la guerre contre les
Phrygiens.

Prologue
Melpomène et Thalie, Muses;
Apollon; la Fortune, la Vertu, la Courtoisie; deux rayons
dApollon; les trois Grâces
Melpomène
et Thalie,
à deux Apollon La
Fortune Apollon Melpomène Thalie Melpomène
et Thalie,
à deux La
Fortune La
Courtoisie La
Vertu La
Courtoisie La
Vertu La
Courtoisie La
Vertu La
Courtoisie
et la
Vertu,
à deux La
Fortune Apollon Melpomène La
Vertu La
Courtoisie La
Vertu
Qui peut dire sil plaira,
ce drame, qui est soumis
au jugement de tant et tant de héros ?
Qui peut dire sil plaira ?
De la Fortune, dont nous cherchons la bienveillance,
voici le trône élevé.
Je veux, mes lumineux rayons, quen tout lieu,
vous ayez accès sans demander la permission;
enlevez maintenant ce royal rideau.
Dieu des chants, lumineux seigneur
de léloquente Aganippé,
que viens-tu me demander ?
Que ce drame, qui porte
le nom insigne dArtémise de Carie,
destiné à se produire sur une scène
adriatique,
tu le favorises, tu le secondes,
le couronnes dapplaudissements et lentoures de
tes rayons.
À ces frustes feuillets,
À cette encre,
De grâce, que tes cheveux dor se montrent
favorables.
Je ne peux pas grand chose, voire rien,
si la vertu adriatique, la courtoisie
de ces héros Vénètes
ne vous accorde pas ses faveurs avec bienveillance.
Mais Vertu et Courtoisie sont ici:
implore leur faveur, ô roi du jour.
Mon Génie courtois nattend pas quon le
prie
pour être incité à être
favorable.
La Vertu jamais ne sest montrée
grossière ni sévère.
Je triomphe dans la poitrine des héros
Vénètes.
Ils sont ornés de tous les sentiments
bienveillants.
Ils ont toléré dans Xerxès
jusquaux faiblesses
de cette même plume.
Ils seront aussi indulgents cette fois.
Courtoisie et Vertu en eux sunissent.
Cela est bien plus puissant que la Fortune.
Espérez, oui, espérez,
divines Piérides:
toutes les erreurs
de votre drame,
la Vertu Vénète les excusera;
allez, allez, soyez réconfortées,
espérez, oui, espérez.
Je vous rends grâces, ô déesses;
et parmi les divers signes du zodiaque,
me souvenant toujours des faveurs des
Vénètes,
je couronnerai le Lion déternels
lauriers.
Et notre lyre,
qui maintenant noue des intrigues damour en style
bas
un jour, changée en trompette,
chantera aussi les armes et les trophées des
monarques vénitiens
(si les dieux lui accordent une telle
capacité).
Réjouissez-vous donc, réjouissez-vous,
fils fameux du lion de Venise,
passez allègrement
des nuits heureuses sans aucun souci,
puisque vous avez plus de pouvoir que la Fortune.
Allons; vous, courez annoncer,
ô Grâces, notre arrivée ; et
courtoisement,
favorisez ce drame.
Excusez ses faiblesses.
Acte I
La place du Mausolée
Artémise, Euryllos, Indamoros
Artémise Tu arrives
à point, Euryllos; pour mon époux
défunt, Euryllos Que
l'impitoyable Rhadamante Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros
Dures pierres, marbres froids,
Monument de mon amour qui mourut ici même,
Pourquoi, ô dieux, pourquoi n'ai-je pas
Pour me soustraire à une indigne flamme,
Pour fuir une nouvelle ardeur,
Comme vous, une fidélité immuable,
Comme vous, un cur de glace ?
Ah, si je pouvais me transformer en vous,
Dures pierres, marbres froids !
Demande la paix en chantant.
Je suis prêt.
Sur les rives fleuries
Des Champs Élysées parfumés,
Parmi les esprits bienheureux,
Jouis, illustre roi, d'une paix méritée,
Et que jamais ne te troublent
Les terribles tourments dune âme sans
sépulture.
Nafflige point ton repos;
Que ce roi des larmes n'envoie point à tes yeux
De fâcheuses vapeurs;
Et que ton ouïe fortunée
Nait jamais à entendre les aboiements de
Cerbère.
Reine, encore affligée ?
Mausole est décédé, oui, mais pour
honorer son nom,
Vous avez fait élever cette énorme masse
Dont le soleil lui-même craint l'ombre qui se
dresse.
Vous avez bu ses cendres; que peut faire de plus
Une veuve ? La Parque jamais ne revient,
Parce quun visage aura longtemps été
inondé de larmes,
Renouer le fil qu'elle a coupé.
Que puis-je faire, alors ?
Céder au nouveau feu
De quelque regard aimant...
(Ah, je brûle déjà trop !)
Accepter tout en étant suppliée...
(J'aime en y étant forcée...
Quelque prince...
...Un roturier.)
L'épouser...
( ...Ce nest pas permis.)
Un autre amour peut vous rendre heureuse.
(Une nouvelle flamme fait déjà mon
malheur.)
Que dites-vous ?
Je ne vous ai pas entendu.
(Désespéré est le cas du malade
qui a perdu lusage de ses sens.)
Artémise, Méraspe
Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe
(Voici celui que j'aime.)
(Voici ma Reine.)
(Aimer sans pouvoir le dire, c'est là un grand
martyre.)
(Cacher sa blessure, c'est en mourir.)
(Muette adoratrice... )
(Amant silencieux,...)
( ...Ainsi me veut l'honneur.)
( ...Ainsi me rend la peur.)
Clitarque ?
Madame...
Connais-tu les édits royaux
Par lesquels j'ai juré d'épouser
Celui qui viendrait me livrer,
Prisonnier ou mort,
L'assassin de mon roi ?
Je ne les connais que trop.
Ne recherches-tu point
cet honneur, cette gloire, ce destin?
Tu serais alors mon roi et mon époux.
(Je veux connaître ses sentiments.)
(Oh Dieu, qu'entends-je ?
Méraspe, ce sont là des paroles d'amante:
Ah, si je n'étais pas son ennemi !)
Tu espères
Le tuer ?
(Je devrais pour cela
Me poignarder moi-même.) Je crois
lentreprise
Désespérée.
(II ne m'aime pas.)
Aucune rumeur ne le dénonce, et je jurerais
Que sous un habit d'emprunt, sous un autre nom,
Il vit dans quelque cour
Où peut-être il adore deux beaux yeux.
(Si elle comprenait...; hélas, j'en ai trop
dit.)
Donc, tu laisses cette opportunité à un
autre ?
Cette espérance ne peut vivre en moi.
Tu es stupide.
Mon malheur ma rendu tel.
(En vérité, elle brûle pour
moi !)
(Je lui suis indifférente.)
Je pars. Songe à accomplir
L'uvre voulue par l'épitaphe.
(Ah, comme je souffre.)
(Je meurs en silence.)
Méraspe, Ramire, Artémie
Méraspe Voyons
cette épitaphe. Cruel destin! Ramire Artémie Méraspe Artémie Méraspe MAUSOLE Méraspe Ramire Artémie
à Méraspe Méraspe,
à Artémie Ramire,
à Artémie Artémie,
à Méraspe Méraspe,
à Artémie Artémie
à Méraspe Ramire,
à Artémie Artémie,
à Méraspe Méraspe,
à Artémie Artémie,
à Méraspe Ramire,
à Artémie Méraspe,
à Artémie Artémie,
à Méraspe Méraspe Artémie Méraspe Artémie Méraspe Artémie Méraspe Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire
La lumière me paraît hésitante,
Mais la nuée souvre et les tempêtes
sabattent.
La douleur est assurée, l'espérance
incertaine.
Un peu de rosée vient perler,
Mais ne peut féconder un terrain
désertique.
La douleur est assurée, l'espérance
incertaine.
Ainsi, contre moi-même,
Je dois tendre des pièges ? Rudes
ordres !
Je dois inviter les épées à me tailler
en pièces ?
Méraspe ?
Prince aimé ?
Hélas, taisez ce nom
Ce nom dangereux !
Personne ne nous entend.
Ces marbres vous écoutent,
Trop éloquents contre moi : lisez.
EST MORT ICI
ARTÉMISE SON ÉPOUSE
RÉCLAME VENGEANCE,
ET LA MORT POUR QUI L'A TUÉ.
Je l'ai tué en tournoi par accident, et
Artémise
Ne saurait me le reprocher.
A travers vous, elle veut se venger du Destin.
Elle vous hait, et vous l'aimez ?
Moi, je vous aime, et vous me haïssez ?
À vous, Ramire
Pourrait en dire autant.
En effet.
Je vous implore, et vous me fuyez.
Et lui vous rejette, et vous l'implorez ?
À mes soupirs,
Que répondez-vous ?
Je ne puis vous aimer.
Et moi, je lui réponds : « Je nai pas
à vous écouter. »
Ayez pitié de moi.
Faites-moi grâce.
Que me répondez-vous ?
Je n'ai point de pitié.
Et moi, je lui réponds : « Je ne fais pas
grâce. »
Vous êtes cruelle !
Vous êtes imprudente.
Et vous,
Bien entêté à aimer
Artémise.
Le Destin m'y oblige.
Et le danger ?
Je ne le crains pas.
Et qu'espérez-vous ?
Rien.
Vous perdez en vain la fleur de vos
années.
Qui a perdu son cur peut perdre ses
années.
Pitié pour mon chagrin,
Ô beaux yeux qui brillez,
Étincelles radieuses,
Calmes flammèches,
Pitié pour mon chagrin !
Les étoiles ne veulent pas
Que jéprouve de la pitié;
Si vous me querellez,
Elles aussi sont inflexibles,
Les étoiles ne veulent pas.
Allons, soyez moins cruelles,
Belles lèvres sévères
De rubis vivant.
Le Destin ne veut pas.
Ô beauté, quittez donc
Cette rudesse fruste
Et ce fâcheux dégoût.
La Fortune ne veut pas.
Je saurai bien venir à bout
De la Fortune, du Destin, des étoiles et de
vous.
Orontas en habit dhomme, Nisus.
Orontas Si
laveugle Amour avec sa torche, Si le dard
ailé de Cupidon Tu
entends, Nisus ? Nisus Orontas Nisus Orontas Nisus Orontas Nisus Orontas Nisus Orontas
Que lenfant archer de Cnide
Perce de flèches les âmes, quil les
enchaîne,
Les détruise et les empoisonne,
Je ne puis dire si cest vrai;
Je sais que le feu de Cupidon
Est une douce tyrannie.
Tourmente tout en délectant,
Si je pleure dans la douleur, ou si je ris,
Mon âme ne peut le dire;
Je sais que le feu de Cupidon
Est une douce tyrannie.
Est bienveillant ou sans pitié,
Je ne fais pas la différence, je ne distingue pas
Ce qui est vrai, ce qui est mensonge.
Je sais que le feu de Cupidon
Est une douce tyrannie.
Je ne veux pas me déranger.
Viens ici, si tu veux me parler.
Tu rêves ou tu divagues ? Orontas,
Princesse de Chypre, ta maîtresse,
Tu la traites ainsi ?
Je ne connais ni Orontas ni Chypre,
Je sais que nous sommes égaux,
Je suis Nisus et toi Aldimir;
Je ne rêve pas et je ne divague pas.
Ma foi, tu as raison ; je tai ordonné
De feindre ainsi en présence dautrui,
Pour préserver mon incognito.
Maintenant, imaginez
Quil y ait ici diverses personnes,
Et ne bousculez pas ma fatigue.
Il est idiot, mais fiable. Écoute-moi:
Appuie toujours ce que je dis.
Jappuierai.
Mais quels brillants éclairs, quelle
foudre !
Voici Alyndos.
Il pouvait
Attendre encore un peu.
Quel front de neige, quel regard de feu !
Alyndos, Orontas, Nisus
Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Nisus Orontas Nisus Alyndos Orontas Alyndos Orontas Nisus Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Nisus Alyndos Orontas Alyndos Orontas
Les beaux yeux que j'adore,
Ô astres lumineux (n'en prenez point ombrage)
Sont plus radieux que vous, même s'ils sont
noirs.
(Je crains d'être trahie.)
Ces douces lèvres
Où Amour a placé ses délices
Ne sont point entourées dépines, et sont
pourtant des roses.
(Ô mes espérances, que dites-vous?)
(On m'écoute.) Que faites-vous ici ?
Partez.
(Fâcheux début !)
Seigneur, nous sommes des guerriers: dans un âpre
combat,
Nous avons été pris
Par un cruel pirate.
Ben vrai !
À la Fortune, au Ciel,
Il plut de favoriser nos vux,
Nous tuâmes le corsaire, et avec de nombreux
autres,
Nous avons fui lesclavage
Et les fers de ce barbare.
Ben vrai, ben vrai !
(Le visage de cet homme
Me rappelle Orontas.)
Maintenant, nous cherchons
À repartir pour la guerre,
Ici, où une exaltante rumeur
Dentreprise militaire nous invite et nous
appelle.
Tu montres du bon sens et du courage.
Ton nom ?
Aldimir.
Et moi, cest Nisus !
Ceux-ci auront une place
Et des armes dans nos troupes, et si tu veux,
Tu seras à mon service.
De tout mon cur: mais vous, qui êtes-vous,
Si noble et si courtois ?
Je suis Alyndos,
Prince de Bithynie, et général
Des armées d'Artémise.
Vous, Alyndos?
Oui, cela te surprend ?
Vous avez
(À juste titre) quelquun qui vous
adore.
Qui ?
Orontas.
Comment le sais-tu ?
Avec nous,
Travestie en homme,
Elle fut capturée par le même corsaire. A
présent, libre,
Elle vous cherche.
Ma foi, quest-ce quelle joue bien la
comédie !
Laisse-la chercher.
(Hélas !)
Je l'ai aimée jadis; à présent c'est
Artémise que j'adore.
(Et je lentends, et je ne meurs pas ?)
Ramire, Artémie, Méraspe
Ramire Artémie Ramire Artémie Méraspe Artémie Ramire Artémie,
à Méraspe Aussi
chers quingrats, Méraspe Artémie Méraspe Artémie Méraspe Artémie
Lorsque vous m'avez percé le cur,
Beaux yeux,
Vous avez contemplé mes plaies;
Pour me foudroyer, vous aviez cent yeux;
Pour me guérir, vous êtes aveugles.
Vous écrivez sur le sable,
Vous priez une mer qui nentend pas,
Non, je ne puis vous aimer.
Quand vous avez lancé vos traits
enflammés,
Cruels rayons,
Je vous ai vus riants,
Vous avez été un ciel pour mattirer,
Vous êtes des enfers pour me tourmenter.
Je suis un marbre, je suis un aspic,
Vous pouvez quitter ces lieux,
Non, je ne puis vous aimer.
Tant de cruauté !
Ma beauté est donc tant
aimée ?
Furie damour, née pour me
tourmenter !
Aussi cruelles que belles,
Oh prunelles
Si aimables,
Ne soyez pas si rebelles.
Farouches yeux,
Noires étoiles,
Ne soyez plus cruels envers moi.
Je suis un marbre, je suis un aspic,
Vous pouvez quitter ces lieux,
Non, je ne puis vous aimer.
Ainsi, vous me rejetez ?
Voici Artémise.
Malheur !
La source de ma vie.
Et de ma mort.
Artémise, Artémie,
Méraspe
Artémise Artémie Artémise Artémie Artémise Artémie Artémise Artémie Artémise Artémie Artémise Artémie Artémise Artémie Artémise Artémie [elle
part] Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise
Des galanteries ? Retire-toi, Clitarque.
Je ne veux pas de sentiments à la cour, et je vous
vois
Enjôleuse, sans cesse à coqueter,
De lenfance du jour à lâge
mûr de son soir.
Ma reine, vous m'accusez à tort.
Il suffit.
Ne parlez pas à Clitarque.
Damour, soit; mais d'autre chose ?
De rien:
Mes interdits sont justes.
Mais ils sont durs.
Il ne mérite pas vos ardeurs. (Et il force les
miennes.)
Mais quel est ce visage gracieux ?
Mon portrait.
Il est peut-être
Destiné à Clitarque ?
Non point, Majesté.
(Je veux m'en assurer.)
Donnez-le-moi.
À vos ordres.
Et vous, prenez
Ce bijou.
C'est trop de faveurs.
Vous mavez entendue: partez.
(Rigueur d'un astre cruel !)
(Force de la jalousie !) Que Clitarque
vienne !
(Je reviens jouir de mon bonheur.)
Approche. Tu idolâtres
Artémie ? Tu laimes ?
Que le Tonnant me foudroie si cest
vrai !
(Examinons ses pensers plus avant.)
Tu es blessé dun autre amour ?
Ah, sil nen était pas
ainsi !
Et de quel arc est partie
La flèche qui ta
blessé ?
Je nai pas le droit de le dire.
Pourquoi ?
Parce que le destin ma rendu malheureux.
Ton amour est agréé ?
Je ne sais.
Cherche à savoir.
Impossible.
Ose.
Cest voler trop haut.
Tu nespères pas ?
Je nespère que douleur.
(Vraiment, il brûle pour moi !)
(Vraiment, elle ma entendu.)
Demande.
Si je demande de lamour, jobtiendrai un
refus.
(Les autres amants sont aveugles, celui-ci est
muet.)
Alyndos, Orontas, Nisus, Artémise,
Méraspe.
Alyndos Orontas Alyndos Artémise Alyndos Artémise Méraspe Orontas Alyndos Artémise Alyndos Artémise Alyndos Méraspe Orontas Artémise Alyndos Artémise Alyndos Orontas Nisus
Je vois celle que jaime; pour une joue si fleurie,
Jai perdu la liberté.
Et moi la vie.
Belle reine !
Vous ne trouvez pas dautre titre,
Alyndos, pour moi ?
Lamour menseigne celui-ci.
Mon caractère le rejette.
Quelle hardiesse !
Quelle ingratitude !
Je mépuise pour vous, et aux torrents
dhommes en armes
Qui inondent vos états,
Joppose ma poitrine comme digue et
défense.
Et moi, je règne, et je vous confie mes
vassaux.
Je ne veux que votre cur.
Parlons de Mars, et laissons-là Amour.
Sil ne mest pas permis
despérer,
Je mourrai.
(Jen serai ravi.)
(Et moi heureuse.)
Allez, prince, adieu.
Quadviendra-t-il de mon amour ?
Demandez-le au Destin, il le saura.
Oh, quelle pierre vivante !
Elle fait jeter des étincelles aux autres, et
elle-même est gelée.
Fortune, jespère encore.
À dire vrai, la reine me plaît.
Indamoros, Artémise, Méraspe
Méraspe Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros Artémise Indamoros Méraspe Artémise Indamoros Artémise
(Limportun est quand même parti.)
Les années de deuil désormais
sont largement écoulées, noble reine,
Votre âge encore jeune,
La guerre qui arrive,
Le royaume sans héritier,
Vous imposent un nouvel hymen.
Je ne veux pas dépoux.
Le peuple le réclame.
Désirer ce que je ne veux pas est une
folie.
Il y a des gens qui osent, Artémise,
Murmurer que vous aimez Clitarque
Et que cest pour cela que vous rejetez tout
autre.
Ils mentent, ces mendiants, ces criminels,
Ces calomniateurs mordants.
Le Ciel le veuille, reine.
(Que lui a-t-il dit qui la mise en
colère ?)
Tous ceux
Qui oseront le penser,
Je les ferai périr dans dhorribles
tourments.
Beaucoup ont été rendus injustes par la
colère et la passion.
(Je crains, hélas, quon découvre
La foudre qui ma enflammée;
Qui nentend pas le tonnerre peut voir
léclair.)
Euryllos, Artémise, Méraspe, tailleurs de
pierre du Mausolée, lesprit de
Mausole
Méraspe Artémise Euryllos Artémise Euryllos Ces
portraits adorés Les
curs de marbre Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Esprit
de Mausole Artémise Esprit
de Mausole Nisus Méraspe Artémise Méraspe Artémise [elle
lit] "PARDONNE
À MES ENNEMIS." Méraspe Artémise Méraspe
Ô reine, les artisans
Sont arrivés au travail.
Euryllos, holà, qu'as-tu en tête ?
Une chanson qui compare
Les blessures d'Amour
À la sculpture dans le marbre.
Fais-la-moi entendre.
Écoutez.
La flèche d'Amour
Peut sappeler un ciseau
Qui trace dans le cur
Les traits de l'être aimé
Sous les coups pesants
D'un cruel maillet.
La flèche d'Amour
Peut sappeler un ciseau.
Que le petit dieu
A gravés dans un sein,
Ni l'oubli du temps,
Ni le fléau des armes
Ne peuvent les effacer du cur.
La flèche d'Amour
Peut sappeler un ciseau
Se taillent avec larc.
Il suffit, va-ten. Clitarque, écoute-moi,
Et par ma confiance, apprends
Combien tu m'es cher.
Me conseilles-tu les noces,
lhyménée ?
(Quels sont les desseins du Ciel envers moi ?)
Oui, Reine.
Oui ?
(II ne m'aime pas.) Et qui
Pourrait être lépoux ?
(Destin extravagant !)
Quelque prince qui vous aime.
(Il veut parler dAlyndos. Quil est lent à
comprendre !)
Toi qui as passé des années à
différentes cours,
Et connais les lois et les usages
Des princes et des rois,
Lequel penses-tu qui me conviendrait le
mieux ?
(Ciel, que dois-je dire ?
Méraspe, de laudace !) Je jugerais,
Reine,
Approprié pour vous, Méraspe,
Prince de Cappadoce.
Tu ne sais pas encore qu'il est mon ennemi ?
Je sais aussi qu'il vous adore.
L'infâme ! Tant que je vivrai,
Je chercherai à causer sa ruine.
(Ah, la terrible sentence !)
Artémise ! Artémise !
Qu'entends-je, hélas ? La voix de Mausole
?
Relis mon épitaphe.
Aïe aïe aïe !
Catastrophe !
Calamité !
Ô cieux !
Que lis-je, ô Dieu ?
(Heureux prodige !)
Quittons ces lieux: je sens courir
Dans mes veines un flot glacé.
Artémise, obéissez à ce conseil;
Les prodiges sont le langage des Cieux.
Nisus, Érisbé
Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus
Sur lavril de mes jours,
Jai eu moi aussi le sein en fleur;
Maintenant, il est tombé aux pieds du temps
Et il est plein de rides.
Mes cheveux jadis furent dorés,
Et jai enchaîné mille âmes;
Ils se sont maintenant changés en argent,
Et je ne peux plus attacher un seul cur.
Qui guide une ombre triste...
Quelle est cette voix ?
...Vers les pentes infernales ?
Holà, qui es-tu ? Que dis-tu ?
Je suis lâme de Nisus.
Il a bien bu.
Qui arrive dans ce désert ?
Ouvre les yeux !
Je ne peux pas.
Pourquoi, tu es aveugle ?
Je suis mort.
Comment ça, tu es mort, si tu
parles ?
Je ne parle pas, je réponds.
Le monde na jamais entendu un fou si bizarre.
Ouvre les yeux, lève-toi, je te tiens
bien.
Et toi, qui es-tu ?
Tu verras.
Je te reconnais, ô Mort !
Comme tu es bien habillée !
Et le monde stupide te représente nue !
De grâce, de grâce, ne me sois pas
cruelle.
Regarde-moi bien, imbécile !
Je suis Érisbé, et non la mort.
Ma foi,
Tu ne me tromperas pas.
Avec ton visage livide, avec les profondes orbites
De tes yeux, avec ta bouche édentée,
Jai de quoi te reconnaître.
Téméraire, manant, malpoli !
Ô linfortuné Nisus,
Il est mort, et bastonné de façon
imprévue.
Un jardin
Euryllos, Alyndos, Orontas
Euryllos La fleur
face au gel, le flambeau face au vent Alyndos Euryllos Alyndos Euryllos [Il
sort.] Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas
Flèche qui vole, onde qui frémit,
Et, affolée,
Va heurter les écueils,
Sont bien moins rapides
Que notre vie.
Les instants nous détruisent,
Les jours sen vont, les heures passent, les
années fuient.
Résistent davantage
Que lhomme ne résiste à
linstant.
Notre âge ne sarrête
Et ne simmobilise quen un seul moment.
Les instants nous détruisent,
Les jours sen vont, les heures passent, les
années fuient.
Euryllos, où ten vas-tu ?
Servir la reine.
Dis-lui que je laime.
Vraiment, vous vous trompez.
Je ne fais pas ce métier-là.
Est-il donc vrai, Alyndos,
QuOrontas est toujours rejetée par
vous ?
Les promesses, la foi,
Le vent a tout emporté ?
Vous la trahissez ainsi ?
Parlons dautre chose.
Le souvenir
De quelquun que vous avez adoré un temps
Vous offense donc tellement ?
Un autre feu menflamme.
Elle, fidèle,
Peine, souffre, vous suit, et vous donne
Mille signes explicites et sincères de son amour.
Et vous...
Quel importun ! Tais-toi.
Cette histoire me pèse trop.
À toi ?
À moi.
Pourquoi ?
Cela mintéresse.
Je ne laime pas. À toi, que
timporte ?
Je me vois désespéré.
Comment ? Quoi ? Parle clairement, explique tes
énigmes.
Si vous méprisez une princesse amoureuse
Avec un caractère si obstiné,
Que peut espérer la fidélité dun
serviteur ?
Et cest cela qui tafflige ?
Et cela vous paraît peu ?
Insensé,
Tu me fais rire.
Oh, quel inhumain !
Artémie, puis Ramire
Artémie Archers
nus [Ramire
entre] (Ce Ramire
ne me laisse point en paix) Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie [Elle
part.] Ramire Que je
fuie loin de toi, etc.
Doux zéphyrs,
Paisibles,
Qui posez, lascifs, vos baisers sur les fleurs,
Ah, volez
Vers la belle bouche et le sein blanc
De mon amour,
Et dérobez-lui un seul baiser,
Puis revenez vers moi en hâte.
Séducteurs,
Qui formez le cortège dAmour,
Ah, courez
Vers ces cheveux
Qui emprisonnent mon destin
Pour dérober deux fils dor,
Puis revenez vers moi en hâte.
Artémie ? Artémie, que fuyez-vous
?
Vos discours importuns.
Les tigres, les ours, les monstres
Ne s'enfuient pas ainsi.
Vous demandez, ô prince,
Que je ne vous fuie point ?
Ma foi, je ne demande rien dautre.
Eh bien, fuyez-moi vous-même !
Que je fuie loin de toi,
Sans dabord mourir,
Ce nest pas possible.
Les roses sont trop belles,
Trop ardentes les étincelles
Quautour de tes yeux
Lamour a semées, le ciel ta
données.
Artémise seule, puis Méraspe
Artémise Cet amour
est si illicite, Méraspe,
il entre Ramire
Maintenant que nous restons seuls, ô mon cur
égaré,
Discutons entre nous
Des tes divagations. Ne savais-tu pas
Combattre les incendies ? Ne pouvais-tu pas
Repousser les flèches ?
Cest un étranger, un roturier,
Un prisonnier, qui ta enchaîné ?
Ah, tu as oublié que tu logeais dans le sein
DArtémise: un éclair
Ta aveuglé, ta confondu,
Ta abusé, sest joué de
toi ?
Je ne sais ce que tu attends, insensé,
D'une passion
Impossible à mettre au grand jour,
Cur fou, sinon de grandes peines,
Je ne comprends pas tes pensées,
Je ne sais ce que tu espères.
Que non seulement
La constance est sans mérite,
Mais l'espérance est un crime.
Change le cours de tes pensées, insensé,
Je ne sais ce que tu espères.
(Voici l'astre de mon firmament.)
(Voici le tourment de mes yeux.)
Nisus, Érisbé, Méraspe, Orontas,
Alyndos, Artémise
Érisbé Nisus Érisbé [à
Artémise] Ces
parures épanouies de Flore, Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Alyndos Artémise Méraspe [Il
part.] Artémise [Elle
part.]
La peur ta trompé.
Jétais mort, je le sais.
Mets-toi à lécart.
Hommage du jardin,
Je vous les offre avec dévouement, et mincline
humblement.
Japprécie la courtoisie
De ton sentiment. Clitarque,
Prends une fleur pour toi; (je voudrais
Être experte en langage des fleurs.)
(Réjouis-toi, mon cur, la Reine est amoureuse
!)
(Voici Alyndos ! Je suis découverte.)
Je vous remercie...
De quoi ?
De cette fleur.
Tu as perdu la tête: laisse plutôt Alyndos
Me remercier. Je te l'ai donnée
Pour que tu la tiennes jusqu'à son
arrivée.
Donne-la-lui.
(Comme jai été bafoué
!)
En échange, je vous donne mon cur.
(J'ai évité un grand danger !)
(C'est l'espoir qui m'a trahi, je me suis
trompé.)
Alyndos, calmez votre orgueil,
Les fleurs sont choses fragiles;
Toutes les attentions ne sont point de l'amour.
Orontas, Alyndos, Nisus
Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Orontas Alyndos Nisus Alyndos Nisus Alyndos Nisus Alyndos Nisus Alyndos Nisus Alyndos Nisus Orontas
Grande faveur ! Belle récompense ! Espoir immense
!
Allez, et oubliez la foi
D'Orontas, et sa constance.
Chères, chères fleurs,
Si celle qui vous donna à moi
Est bien sévère,
Vous, je vous trouve exquises,
Chères, chères fleurs.
Une fleur vous fait perdre la tête ?
Êtes-vous donc si inconstant ?
Qui vous ôte à vous-même, et à qui
vous adore ?
La force dune magie lascive, ou la vertu ?
Alyndos, Alyndos ? Ah, Alyndos n'est plus.
Aimables prévenances
De la part de qui, par sa rigueur
Fait des plaies incurables à mon cur,
Chères, chères fleurs.
Je ne peux souffrir davantage; Alyndos, jetez
Ce poison.
Du poison ? Doù tires-tu
Des conclusions si audacieuses ?
De voir que vous languissez.
Je languis damour.
Et moi, cest par jalousie que je vous ai pris la
fleur.
Jalousie de quoi ?
De ce que vous aimez.
Ma foi,
Tu me portes trop daffection.
Plus que vous ne pensez.
Comment, en si peu de temps ?
Il y a longtemps que je vous aime.
Mais tu ne mas jamais vu.
Je vous ai connu de réputation.
Alors, jexcuse ton affection et ta
piété.
Rends-moi la fleur.
Ah, non, ny comptez pas.
Eh, tu délires ! Nisus ?
Seigneur ?
Prends cette fleur.
Oh, ça, non !
Comment ?
Elle est empoisonnée.
Obéis, balourd.
Oh, pauvre de moi !
Vite !
Jy vais tout de suite.
Eh ! je vais mempoisonner.
Ah, gredin !
Aïe !
Doucement, prenez. La voilà, seigneur.
Maudite fleur !
Artémie, Ramire
Artémie Je vais
sans cesse me demandant, etc. Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire
et Artémie,
duo Ramire Artémie Ramire
et Artémie,
duo Artémie Ramire Artémie Ramire Artémie Ramire
Je brûle, je soupire, je pleure,
Jobserve une foi éternelle,
Et pourtant, sans merci,
Je demeure affligée.
Je vais sans cesse me demandant
Comment fuir les peines; et je ne sais.
Je souffre, je languis, je meurs
Pour qui na point de pitié;
Je passe mon âge printanier
Sans réconfort.
Belle Artémie, êtes-vous enfin
Résolue à m'aimer ?
Je ne change pas d'avis en une heure.
Eh bien, c'est moi qui vais changer.
Je chargerai Méraspe, le faux Clitarque,
Meurtrier de Mausole.
Il sera puni,
Je n'aurai plus de rival, ni vous d'amant.
Vous pourriez commettre
Une si cruelle félonie ?
Votre rigueur
Sera coupable de ma faute.
(Ciel, qu'entends-je ? Je préfère
Me révolter contre mon cur,
Trahir mes sentiments.
Mieux vaut feindre.) Je vous donne mon cur.
Vous l'ôtez à Méraspe ?
Pour lui sauver la vie.
Vous l'aimez donc encore ?
Plus du tout.
Vous changez d'avis en moins d'une heure.
Combien de temps y a-t-il que vous me
sollicitez ?
Vous me jurez fidélité ?
Fidélité et amour. (Mais bien fou qui y
croit.)
Qu'Amour aux yeux bandés
Répande ses ardeurs,
Qu'il lance dans nos curs
Sa flèche dorée.
Maintenant quun nouvel espoir m'étreint le
cur...
Maintenant qu'un nouveau feu vient embraser mon
cur...
(Ne m'exauce point, Amour, car tu sais que je
feins.)
Espérons / Espérez, ma vie,
Un jour...
Hélas, j'ai perdu...
Que cherchez-vous ?
Le collier qu'Artémise m'a donné.
Où l'ai-je égaré ?
Il n'est pas là.
Je vais le chercher, adieu.
N'allez pas perdre mon cur de la sorte.
Artémise, Méraspe
Méraspe Le dieu
damour est un grand tyran, etc. Là
où loge sa fureur, Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise
Amour, as-tu jamais blessé cur plus
malheureux ?
Si encore mon idole voulait maccepter !
Elle ne le peut en tant quennemi;
Comme serviteur, ce nest pas permis;
Amour, as-tu jamais blessé cur plus
malheureux ?
Mais dites-moi, pourquoi,
Si mon amour est illicite,
Pourquoi lentretenez-vous, astres cruels ?
Et si vous lentretenez,
Avec une sauvagerie criminelle,
Pourquoi refusez-vous tout remède à ma
langueur ?
Le dieu damour est un grand tyran
Envers les malheureux mortels.
Avec son flambeau, avec ses traits,
Il blesse lâme, détruit le
cur,
La raison ne trouve plus de place,
Le cur enflammé de son feu
Ne guérit pas, à moins de mourir.
Le dieu damour est un grand tyran, etc.
Tu te plains de lamour ? Pourquoi,
Clitarque ?
Parce quil a été impitoyable pour
moi.
Si tu veux quil ait pitié de toi,
applique-toi
À découvrir celle qui taime le plus,
Avec des sentiments profonds,
Et réponds à la flamme de celle-ci.
Si je me trompais ?
Je ne crois pas.
Et si lobjet des vux
Était trop élevé, et demandait trop
daudace ?
Aime, soupire et tais-toi.
Artémise, Alyndos, Méraspe
Alyndos Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise (Et
pourtant, je loffense toujours !) Alyndos Artémise Alyndos Artémise [Alyndos
sort.] Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise Méraspe Artémise [Elle
sort.] Méraspe
Grande Reine, déjà
Des centaines de sapins torturés
Fatiguent le dos de Neptune,
Et le sein de Téthys paraît une
forêt.
Déjà les plaines sont trop petites
Pour vos phalanges rangées en bataille
Et vos troupes sont désormais si nombreuses
Que leur poids alourdit le centre [de la
terre ?].
Aux Phrygiens qui vous ont pris une bourgade,
Vous avez pris tout un monde;
Le simple nombre de vos drapeaux
Suffit à mettre en fuite les bataillons
ennemis.
Permettez, reine,
Que jaille moi aussi aux armées.
Toi à larmée ? Dans quel
but ?
Pour me mettre à lépreuve
Dans les fureurs de la guerre.
Ma foi, valeureux guerrier,
Va avec Artémie faire des folies
amoureuses.
Plutôt...
Il suffit ! je tentends,
Je vais contrôler les effectifs. Adieu,
reine.
Allez; vous avez toute ma confiance.
En récompense,
Vous maccorderez votre affection.
Servez dabord, vous demanderez ensuite.
Et moi, il ne mest pas permis de
servir ?
Si; mais loin du danger.
Jy acquerrai peu de mérite.
La fidélité suffit.
De grâce, laissez-moi aller.
Cela est interdit.
Par qui ?
Par qui taime.
Vous vous moquez de moi sans cesse.
Je dis la vérité (jai failli dire: mon
idole).
Je veux lui faire une faveur: Clitarque, adieu.
Tenez, reine.
Quoi ?
Ce bijou.
Eh bien ?
Il vous a échappé.
Ne me troublez pas.
Prenez-le.
Garde-le; il doit
Appartenir à quelque dame
Dont le cur a été enflammé par
tes regards
(Ah ! je ne voudrais pas quil mait
entendue !)
Il est pourtant à elle ! Elle la bien
vu !
Quelles bizarreries !
Quel mélange de calme et de tempête !
Quelle peine est la mienne !
Je me sens mourir,
Je ne sais qui me tue,
Lespérance ou le tourment,
Dans un sort si cruel.
Quelle peine est la mienne !
Quel sort infortuné !
Si je suis haï,
Il me faut souffrir,
Si je suis aimé,
Je ne peux en profiter.
Quel sort infortuné !
Nisus, Érisbé
Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé Nisus Érisbé
Chères, chères fleurs,
Les dégâts
Des ans
Sont, ô belles, irréparables,
La beauté nest pas durable.
Donc, joyeuses,
Jouissez,
Avant que passent les fugaces années.
La beauté nest pas durable.
Chères, chères fleurs...
Nisus, que fais-tu ? Tu arraches les fleurs ?
Holà !
Cest pour les donner à ton visage, qui les a
sur lui.
Téméraire que tu es,
Tu oses encore parler ?
Arrête, napproche pas.
Tant daudace, scélérat ?
Et que voudrais-tu faire ?
Arrête, napproche pas.
Archers, accourez,
Venez au secours dÉrisbé.
Huit archers forment le ballet