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André Campra

 

Le Triomphe de l'Amour

Opéra-Ballet en I Prologue & IV Entrées
représentée par l'Academie Royale de Musique
le Vendredy onziéme jour de Septembre 1705
livret de Dancourt
musique de
André Campra [1660 - 1744]

 

 


Prologue
Entrée I
Entrée II
Entrée III
Entrée IV

 

 

Prologue

 

les personnages du Prologue

les interprètes


Venus

Mlle Poussin

Plaisirs, Divinités, & Peuples

 

Le Théatre represente un lieu magnifique, disposé pour recevoir l'Amour.

 

Venus
Un Heros que le Ciel fit naître
Pour le bonheur de cent Peuples divers,
Aime mieux calmer l'univers,
Que d'achever de s'en rendre le maître.

Il cherche à rendre heureux jusqu'à ses Ennemis:
Tout est par ses Travaux dans une paix profonde;
Ce n'est plus qu'à l'Amour qu'il peut estre permis
De troubler le repos du Monde.

Tranquilles coeurs, préparez-vous
A mille secrettes allarmes;
Vous perdrez ce repos si doux,
Dont vous estimez tant les charmes;
Mais les troubles d'amour ont cent fois plus d'attraits,
Que la plus douce paix.

Nymphes des eaux, Nymphes de ce boccage,
Faites briller vos plus charmants appas:
Plaisirs, Graces, suivez mes pas,
Qu'avec nous tout s'engage
A célebrer la gloire de mon Fils;
Dieux qu'il a surmontez, Mortels qu'il a soûmis,
Venez luy rendre hommage.
L'Amour, le Vainqueur des Vainqueurs,
Va triompher de tous les coeurs.

Le Choeur
L'Amour, le Vainqueur des Vainqueurs,
Va triompher de tous les coeurs.

Les Graces, les Dryades, les Naïades ,& les Plaisirs, viennent accompagner Venus.

Venus
Si quelquefois l'Amour cause des peines,
Que c'est un danger, qu'il est doux de courir !
Ce Dieu charmant sous ses plus rudes chaînes,
Fait aimer les maux qu'il fait souffrir:
Faut-il les craindre ?
Faut-il s'en plaindre ?
Qui les ressent n'en veut jamais guerir.

Fieres Beautez, vos rigueurs sont vaines,
Tout cede à l'Amour, tout se laisse attendrir.
Ce Dieu charmant sous ses plus rudes chaînes, &c.

Deux Plaisirs
Un coeur toûjours en paix, sans amour, sans desirs,
Est moins heureux que l'on ne pense:
Les plaisirs de l'indifference
Sont d'ennuyeux plaisirs.

Les maux que fait l'Amour, ses chagrins, ses soûpirs,
Ne sont des maux qu'en apparence:
Les plaisirs de l'indifference
Sont d'ennuyeux plaisirs.

Venus, & les deux Plaisirs
Non, non, il n'est pas possible
De contraindre un coeur sensible
A n'aimer jamais:
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont faits.

Venus
Contre un Dieu si charmant quel coeur est invincible ?

Venus & les Plaisirs
On fuit en vain d'inévitables traits,
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont faits.

Venus, les Plaisirs, le Choeur des Divinitez & des Peuples
Non, non, il n'est pas possible
De contraindre un coeur sensible
A n'aimer jamais:
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont faits.

On entend un bruit de Guerre.

Venus
Mais quels Tambours, quelles Trompettes,
Viennent troubler la Paix dans ces Retraites.

Le bruit de Guerre continuë.

Venus
Amours, souffrirez-vous que Mars regne en ces lieux,
Desarmez cet Audacieux.

Le Choeur
Non, non, il n'est pas possible
De contraindre un coeur sensible
A n'aimer jamais:
C'est pour l'Amour que tous les coeurs sont faits.

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Premiére Entrée

 

les personnages

les interprètes


Amphitrite

Mlle Journet

Neptune

Mr Dun

Aglaure, Confidente d'Amphitrite

Mlle Loignon

 

Le Théatre represente le rivage d'une Mer.

 

 

Scene Premiere
Amphitrite

 

Amphitrite, seule
Fierté, severe Honneur, vous deffendez d'aimer;
Mais pour garder nos coeurs, nous donnez-vous des armes ?
Ah ! que m'empêchez-vous que l'Amour ait des charmes,
Si vous ne voulez pas qu'il puisse nous charmer !

 

Scene 2
Amphitrite, Aglaure, puis Neptune

 

Aglaure
Quoy ! viendrez-vous toûjours rêver sur ce rivage ?
Déesse, vous fuyez vos Nymphes avec soin;
De vos secrets ennuis, ne puis-je estre témoin ?
Souffrez que mon coeur les partage.

Amphitrite
Et pourquoy veux-tu pénetrer
Ce qui fait mon inquiétude ?
Moy-même en ce moment je voudrois l'ignorer.

Aglaure
Quand vous cherchez la solitude,
N'est-ce pas pour y soûpirer ?

Amphitrite
Helas !

Aglaure
Neptune vous adore,
A ce tendre soûpir n'auroit-il point de part ?

Amphitrite
Je voudrois le haïr: mais, helas ! chere Aglaure !
Je crains de le vouloir trop tard.

Aglaure
Lorsqu'un Amant fidelle & tendre
Cherche à nous enflâmer;
A quoy sert-il de se deffendre ?
L'on ne sçauroit trop-tôt l'aimer.

Amphitrite
Mon coeur fut toûjours insensible,
La seule indifference eût pour moy des attraits;
Que ne mest-il encor possible
D'éviter de l'Amour les redoutables traits ?

Aglaure
L'Amour est-il si redoutable ?

Amphitrite
Est-il un Dieu plus dangereux !
Plus il se montre favorable,
Plus il rend un coeur malheureux.

Aglaure
Ah ! vôtre injustice est extrême,
Insensible jusqu'à ce jour,
Vous aimez enfin qui vous aime,
Et vous vous plaignez de l'Amour !

Ne craignez vous pas sa vengeance ?
Il est prompt à punir, quand il est outragé.

Amphitrite
J'ay perdu mon indifference,
Il n'est déja que trop vengé.
Que je veux de mal à Neptune
D'avoir sçû m'inspirer une fatale ardeur ?
L'Amant a beau flatter mon coeur,
Je sens que l'Amour m'importune:
Tu vois avec quel soin je le suis chaque jour;
Je ne la fuyrois pas, s'il n'avoit point d'amour.

On entend un grand bruit de vents.

Amphitrite & Aglaure
Quels bruits ! quels vents ! ah ! quel affreux orage
Vient de troubler le sein des Mers !


ENTRE'E DE VENTS de la Suite de Borée

Amphitrite & Aglaure
Quels bruits ! quels vents ! ah ! quel affreux orage
Vient de troubler le sein des Mers !

Orithie fuit devant Borée.

Amphitrite & Aglaure
On poursuit Orithie, ô transport plein de rage !
Ciel ! Borée en fureur l'enleve dans les airs !

Amphitrite
Tu vois les maux que l'Amour cause.

Aglaure
L'Amour quand on le veut cause un bonheur charmant.
Apprenez d'Orithie à quel sort on s'expose,
Lorsqu'on desespere un Amant.

Amphitrite
Quoy ! Neptune pourroit... Ah ! mortelles allarmes ?

Aglaure
Hâtez-vous de le rendre heureux.

Ensemble
A l'Amour [rendons / rendez] les armes,
Rien n'est plus doux que de sentir ses feux;
C'est un bien remply de charmes;
Pourquoy faut-il en faire un mal affreux ?

Je vois Neptune qui s'avance,
Que ne puis-je éviter sa fatale présence !

Neptune
Cedez, belle Amphitrite à mes soins amoureux,
Cedez à ma perseverance.
Je tiens la vaste Mer sous mon obeïssance;
J'ouvre & ferme à mon gré ses gouffres les plus creux.
Je souleve les flots, & je puis quand je veux,
Calmer leur violence:
Mais quelle que soit ma puissance,
Si je ne puis fléchir vôtre coeur rigoureux,
Je ne puis jamais estre heureux.

Amphitrite
Ah ! qu'un fidele Amant
Est redoutable !
Que n'aimez-vous moins constamment ?
Je goûtois un repos aimable,
Vous m'ostez un bien si charmant.
Ah ! qu'un fidele Amant
Est redoutable !

Neptune
Quoy ! je puis voir enfin ceßer vôtre rigueur.

Amphitrite
Malgré-moy, vôtre amour vainqueur
Me réduit à me rendre:
Vous n'auriez pas mon coeur,
S'il pouvoit encore se deffendre.

Ensemble
Il faut aimer, c'est un fatal destin,
Qui croit s'en affranchir s'abuse:
L'Amour arrache à la fin
Le tribut qu'on luy refuse.

Neptune
Divinitez qui me faites la cour,
Admirez avec moy le pouvoir de l'Amour.

Les Dieux de la Mer, & les Nereïdes viennent se réjoüir du bonheur de Neptune, & témoignent leur joye par leurs danses.

 

Scene 3
Amphitrite, Neptune, le Choeur

 

Neptune & Amphitrite
Que tout célébre icy la gloire
Du puissant Dieu qui fait aimer:
Puisqu'il a sçû nous enflâmer,
Il doit sur tous les Dieux remporter la victoire.

Le Choeur
Que tout célébre icy la gloire, &c.

Ensemble
C'est en vain qu'à l'Amour on se veut opposer,
L'atteinte de ses traits n'en est que plus profonde.
Son empire est l'écüeil où se viennent briser
Les plus superbes coeurs du monde.
C'est en vain qu'à l'Amour on se veut opposer,
Il n'est rien de si froid qu'il ne puisse embrâser,
Il brûle jusqu'au sein de l'onde.
C'est en vain qu'à l'Amour on se veut opposer,
L'atteinte de ses traits n'en est que plus profonde.

Amphitrite
Un coeur qui veut estre volage
Se laisse aisément engager:
Mon coeur mal-aisément s'engage,
Mais c'est pour ne jamais changer.

Ensemble
Avant que de prendre une chaîne,
Peut-on trop long-temps y songer ?
Il faut s'engager avec peine,
Quand c'est pour ne jamais changer.

Le Choeur
Que tout célébre icy la gloire
Du puissant Dieu qui fait aimer:
Puisqu'il a sçû nous enflâmer,
Il doit sur tous les Dieux remporter la victoire.

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Deuxiéme Entrée

 

les personnages

les interprètes


Diane

Mlle Poussin

Endimion

Mr Boutelou le fils

La Nuit

Mlle Dupeyré

Le Mystere

Mr Chopelet

Le Silence

Mr Perere

Trois Songes

Mrs Lebel, Mantienne & Fournier

 

Le Théatre represente un Bois, consacré à Diane.

 

 

Scene Premiere
Diane, Nymphes de Diane

 

Diane
Va, dangereux Amour, va, fuy loin de ces bois,
Je veux y consacrer la paix & l'innocence.
Les plus grands Dieux t'on cedé mille fois,
Et je prétens toûjours te faire résistance.
Plus on voit de grands coeurs asservis à tes loix,
Plus il est beau de braver ta puissance.
Va, dangereux Amour, va, fuy loin de ces bois,
Je veux y consacrer la paix & l'innocence.

Les Nymphes de Diane dansent, & témoignent la joye qu'elles ont d'estre exemptes des peines de l'Amour, & de joüir des douceurs de la liberté.

Diane
Un coeur maître de luy-même
Est toûjours heureux.
C'est la liberté que j'ayme,
Elle comble tous mes voeux,
Un coeur maître de luy-même
Est toûjours heureux.
Fuyons la contrainte extréme
D'un esclavage amoureux.
Un coeur maître de luy-même
Est toûjours heureux.

Dans ces Forests, venez suivre nos pas
Vous qui voulez fuir l'Amour & ses flâmes:
C'est vainement qu'il menace nos ames,
Tous ses efforts n'en triomphent pas.
Malgré l'Amour, au mépris de ses armes,
Nôtre fierté ne se rend jamais;
Malgré ses traits,
Nous vivons sans allarmes,
Malgré ses traits,
Nous vivons en paix.

Ce Dieu si fier, si terrible, & si fort,
Perd son pouvoir, quand onveut s'en deffendre,
S'il est des coeurs qu'il oblige à se rendre,
C'est qu'en secret ils en sont d'accord.
Malgré l'Amour, au mépris de ses armes, &c.

Apercevant Endimion.

Mais, qu'est-ce que je vois, quel Mortel téméraire
Ose se montrer à mes yeux.

 

Scene 2
Diane, Endimion, Nymphes de Diane

 

Diane
Arreste, jeune Audacieux,
Tremble, crain ma juste colere;
Que viens-tu chercher en ces lieux ?

Endimion
Mon troupeau dans ces Bois erroit à l'aventure,
En pleine liberté je le laissois aller:
L'approche de la nuit obscure,
M'a contraint à les rassembler.
C'est-là l'unique soin qui prés de vous m'appelle,
Belle Nymphe, le sort conduit icy mes pas,
M'en faites-vous un crime ? helas !
Vous n'avez pas besoin d'estre injuste & cruelle,
Je suis assez puny, quand je vois tant d'appas.

Diane, à part
Qu'entens-je... Par quel nouveau crime
Vient-il irriter mon courroux ?
Suivons sans differer la fureur qui m'anime,
Faisons-luy ressentir mes plus terribles coups:
Que par des traits inévitables
Il perde pour jamais la lumiere des Cieux.

Endimion
Ah ! vos traits les plus redoutables
Sont ceux qui partent de vos yeux !
Frappez, achevez vôtre ouvrage,
Donnez-moy le trépas, il me sera plus doux:
Percez un coeur qui vous outrage;
Je seray trop heureux de mourir par vos coups.

Diane, à part
Quelle indigne pitié s'oppose à ma vengeance ?
Quand je ne dois montrer qu'un courroux inhumain
Il m'aime, est-il pour moy de plus sensible offence ?
Mais preste à l'en punir, d'où vient que je balance ?
Les traits me tombent de la main.

Elle laisse tomber ses Fleches.

En vain ma fierté le condamne,
Helas ! plus je le vois, & plus je m'attendris.

A Endimion.

Va, fuy, mais pour jamais, & sçache que Diane,
Ne te pardonne qu'à ce prix.

Endimion
Diane ! ô Ciel !

Diane
Du sort qui te menace
Hâte-toy de te garentir.

Endimion
Vous l'ordonnez, il faut partir,
Déesse, mais en vain je connois mon audace,
Je ne sçaurois m'en repentir.

Il se retire. Diane rêve quelque temps au bruit d'une douce Symphonie.

 

Scene 3
Diane, Nymphes de Diane

 

Une Nymphe
Reprenons nos chants d'allegresse,
Rien n'en trouble plus la douceur.

Diane
llez, retirez-vous: un nouveau soin me presse,
Ne soyez plus témoin du trouble de mon coeur.

Les Nimphes se retirent.

Qu'ay-je vû ! quelle ardeur fatale,
Des yeux de ce Berger a passé jusqu'à moy,
Que devient pour l'Amour mon horreur sans égale ?
Mon coeur avec plaisir se soûmet à sa loy !
Ah ! défions-nous de ses charmes;
Guerissons s'il se peut, d'un mal encor naissant,
Il me cause déja de mortelles allarmes:
Que ne sera-t-il point s'il devient plus puissant ?

Mais la nuit icy bas vient ramener les ombres,
Cachons-nous sous ses voiles sombres.

 

Scene 4
Diane cachée, la Nuit, le Silence, le Mystere,
Troupe de Songes

 

La Nuit
Voicy le favorable temps
Où tous les coeurs doivent estre paisibles.
Le Silence revient, fuyez Bruits éclatants:
Reposez-vous, Travaux penibles.
Coeurs agitez de soins, & de desirs flotants,
Soyez calmez dans ces heureux instants:
Oubliez vos ennuis, Coeurs tendres, Coeurs sensibles,
Que l'Amour ne rend pas contents.
Voicy le favorable temps
Où tous les coeurs doivent estre paisibles.

Le Mystere
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.
Estends, obscure Nuit, tes voiles les plus sombres:
Pren soin de redoubler tes ombres
En faveur des Amants heureux:
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.

La Nuit
Il est des Nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.
Le calme & le repos sont un puissant secours,
Pour soulager les ames languissantes.
L'ombre est favorable aux amours;
Il est des Nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.

Le Mystere
L'Amour heureux dois se taire
Son bonheur ne dure guére
Lors qu'il ne le cache pas.
Le Mystere
En doit faire
Les plus doux appas.

La Nuit
Amants, ne craignez rien, l'ombre vous sert s'azile,
Veillez, heureux Amants, les Plaisirs les plus doux
Veilleront avec vous.

Le Silence s'approche du Mystere & de la Nuit, & les exhorte à se taire.

Le Silence
Que tout soit tranquille,
Taisons-nous.

Le Mystere
L'éclat est dangereux, le secret est utile,
Amants, veillez sans bruit, il n'est que trop facile
D'éveiller les facheux Jaloux.

Le Silence
Que tout soit tranquille,
Taisons-nous.

La Nuit, le Mystere, & le Silence
Que tout soit tranquille,
Taisons-nous.

Diane vaincue par l'Amour, & honteuse de sa défaite, vient prier la Nuit de luy donner du secours.

Diane
Je ne puis plus braver l'Amour & sa puissance,
Endimion m'a paru trop charmant;
Mon trouble s'accroît quand j'y pense,
Et malgré moy j'y pense à tout moment.

Mon coeur, qui fut si fier, se lasse enfin de l'estre
Dans des liens honteux il demeure engagé:
Je trouve mon coeur si changé
Que j'ay peine à le reconnoître,
J'ay trop bravé l'Amour, & l'Amour s'est vangé.

Nuit charmante & paisible,
Tu rend le calme à l'Univers,
Helas ! rend-moy s'il est possible,
Le repos que je pers.

La Nuit
L'Amour veille quand tout repose,
Il va troubler les coeurs qu'il a contraint d'aimer.
Le premeir trouble qu'il cause,
Est difficile à calmer.

Diane
Malgré tous mes efforts un trait fatal me blesse,
Et du fonds de mon coeur je ne puis l'arracher.
Qui ne peut vaincre sa foiblesse
Doit au moins la cacher.

Sombre Nuit, cache-moy s'il se peut, à moy-même,
Prete à mon coeur troublé tes voiles tenebreux,
Pour couvrir son desordre extréme;
Cache à tout l'Univers la honte de mes feux,
Dérobe ma foiblesse aux yeux de ce que j'ayme,
Sombre Nuit, cache-moy s'il se peut, à moy-même.

Diane se retire.

La Nuit
Vous, qui fuyez la lumiere & le bruit,
Songes, rassemblez-vous dans mon obscure empire;
Secondez-moy, c'est l'Amour qui m'instruit,
A charmer la rigueur d'un amoureux martyre.
Executez ce qu'il inspire:
Qu'Endimion en dormant soit conduit
Où Diane en secret soûpire
Songez, obeißez aux ordres de la Nuit.

Les Songes s'assemblent & se preparent à servir Diane suivant les ordres de la Nuit.

Le Choeur des Songes
Exécutons ce que l'Amour inspire,
Qu'endimion en dormant soit conduit
Où Diane en secret soûpire,
Obeissons aux ordres de la Nuit.

Les Songes dansent, Endimion paroist en dormy au fonds du Théatre.

Un Songe
Qu'un tendre coeur est flaté par un songe,
Qui de ses maux suspend le triste cours;
Il ne sçait pas que c'est un doux mensonge,
Mais il voudroit qu'il pût durer toûjours.

Les Songes continuent leurs Danses.

Trois Songes
Un songe heureux n'est rien qu'une imposture,
Qui se dissipe avec la nuit obscure;
Mais ne dût-il durer qu'un seul moment,
Du moins ce bien charmant,
Enchante autant qu'il dure.

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Troisiéme Entrée

 

les personnages

les interprètes


Ariane

Mlle Journet

Bachus

Mr Hardoüin

Un Suivant de Bachus

Mr Fournier

Une Indienne

Mlle Loignon

Une Autre Indienne

Mlle Vincent

 

Le Théatre represente l'Isle de Naxe:
on voit un vaisseau qui s'en éloigne.

 

 

Scene Premiere
Ariane, Filles Grecques de sa Suite

 

Ariane
Thesée est donc party ? Dieux ! quelle chaîne il brise !
Arreste, où fuy-tu, cher Amant ?
Helas ! l'onde luy rit, le vent le favorise,
Je le rappelle vainement.

Quoy ? les Vents en courroux ne luy font point la guerre !
Le Ciel n'est pas encor armé de son Tonnerre !
La Mer pour son vaisseau n'a point d'abîme affreux !
Dieux, qui le protegez au moment qu'il m'accable,
Qui voudra n'estre point coupable,
Si vous rendez le crime heureux.

Mais parmy ces rochers, quels bruit se font entendre ?
A quel nouveau malheur mon coeur doit-il s'attendre ?

 

Scene 2
Ariane, Bachus, & leur Suite

 

Ariane
Quoy ! je revois encore des Mortels en ces lieux.

Bachus
Quel objet enchante mes yeux !

Ariane
Fuyons leur présence importune,

Bachus
Ah ! demeurez.

Ariane
O Ciel ! quelle est mon infortune !

Bachus
Pourquoy m'ôter un bien que je trouve si doux ?

Ariane
Non, laissez-moy.

Bachus
Que craignez-vous ?
Quel sort vous a conduit en ce lieu solitaire !
D'où naissent vos soûpirs ? Qui fait couler vos pleurs ?

Ariane
Ariane est mon nom, & Minos est mon Pere.
Un Perfide qui m'a sçû plaire,
Cause mes mortelles douleurs.

Bachus
Un Perfide ! eh ! qui pourroit l'estre
Auprés de si charmants appas ?
Mais quoy, de vôtre coeur il est encor le maître ?
Pourquoy s'il vous trahit, ne l'oubliez-vous pas ?

Ariane
Mon dépit, mon repos, ma gloire,
Tout me dit d'oublier un indigne Vainqueur;
Mais comment le bannir de ma triste mémoire,
Si je ne puis, helas ! le bannir de mon coeur !

Bachus
Vengez-vous, le Dépit, la Gloire, tout l'ordonne,
D'une chaîne fatale il faut vous dégager;
Un Perfide vous abandonne,
Souffrez qu'un coeur fidele ait soin de vous venger.

Ariane
Eh ! parmy les Mortels, est-il un coeur fidelle ?

Bachus
Les Dieux garderont mieux leur foy.
Un Fils de Jupiter soûmis à vôtre Loy,
Vous jure une armour éternelle;
Vous le voyez à vos genoux
Bachus n'aima jamais, & veut n'aimer que vous.

Ariane
Qu'entens-je ? un Dieu pour moy soûpire !
Quel triomphe est plus glorieux !

Bachus
Suivez les doux transports qu'un tendre amour inspire.

Ariane
Non, ne m'engagez plus sous l'amoureux empire,
Je dois me défier des Mortels, & des Dieux.

Bachus
Punissez qui vous outrage,
Montrez un dépit éclatant;
Mais pour mieux punir un Volage,
Couronnez un Amant constant.

Ariane
Eh ! qui me répondra qu'une constante flamme
Regnera dans vôtre ame !

Bachus
Faut-il par des serments raßûrer vôtre coeur ?

Ariane
Thesée m'en avoit fait, m'en a-t'il moins trahie ?

Bachus
Vous voulez par vôtre rigueur
Me punir de sa perfidie.

Ah ! vous cachez en vain vos injustes mépris !
Je ne ressens pour vous que des ardeurs parfaites;
Et cependant, Cruelle que vous estes,
L'indifference en est le prix.

Ariane
Si je n'avois pour vous que de l'indifference,
Mon coeur seroit moins allarmé;
Et vous n'estes que trop aimé,
Puisque je crains vôtre inconstance.

Bachus
Vous m'aimez, dites-vous !

Ariane
Je ne le devrois pas.
Mais le cruel Amour à moy-même m'arrache,
Il a mille rigueurs qu'avec soin il me cache,
Je ne vois plus que ses appas.
Helas ! me serez-vous fidelle ?

Bachus
Moy, je pourrois brûler d'une flâme nouvelle !
Plus l'amour est constant, & plus il a d'attraits,
Aymons, aymons-nous à jamais.

Ariane, & Bachus
Plus l'amour est constant, & plus il a d'attraits,
Aymons, aymons-nous à jamais.

Bachus, aux Indiens
Fidelles Temoins de ma gloire,
Célébrez de l'Amour la nouvelle victoire;
Le plus grand de tous les Vainqueurs,
Est celuy qui sçait l'art de triompher des coeurs.

Le Choeur
Le plus grand de tous les Vainqueurs,
Est celuy qui sçait l'art de triompher des coeurs.

Un Indien
Bachus reviens vainqueur des climats de l'Aurore,
Il traîne aprés son char mille peuples vaincus:
Il méprisoit l'Amour, mais l'Amour est encore
Un Vainqueur plus puissant mille fois que Bachus.

Il aime enfin, sa fierté se désarme;
D'un seul regard Ariane le charme;
A ce superbe coeur l'Amour donne des fers.

Bachus n'a triomphé du Monde qu'avec peine,
Et qu'aprés cent travaux divers
L'Amour sans effort enchaîne
Le Vainqueur de l'Univers.

Deux Indiennes
Non, la plus fiere Liberté
Contre l'Amour n'est pas en sûreté
Entre les bras de la Victoire.

L'éclat de mille exploits d'éternelle memoire
N'exempte pas des tourments amoureux,
On n'est pas moins atteint d'un mal si dangereux
Pour estre au comble de la gloire.

Non, la plus fiere Liberté
Contre l'Amour n'est pas en sûreté
Entre les bras de la Victoire.

L'Indien
Tout reßent les feux de l'Amour,
Sa flâme va plus loin que la clarté du jour.

L'Indienne
Rien ne respire
Qui ne soûpire.

Une Autre Indienne
Dans les plus froids climats
Est-il un coeur qui ne s'enflâme pas ?

L'Indien
Plus loin que le Soleil dans sa vaste carriere
Ne porte la lumiere,
De l'amoureuse ardeur on ressent les appas.

Les Deux Indiennes
Tout l'Univers seroit sans ame,
S'il n'étoit pénétré d'une si douce flâme.

Tous
Tout reßent les feux de l'Amour,
Sa flâme va plus loin que la clarté du jour.

Les Indiens de la Suite de Bachus, & les Filles Grecques de la Suite d'Ariane, se rejoüissent de voir Ariane & Bachus touchez d'une amour mutuelle.


ENTRE'E D'INDIENS, & D'INDIENNES

Tous
Pourquoy tant se contraindre
Pour garder son coeur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l'Amour vainqueur ?

Une Indienne
On se plaint sans raison d'être sensible:
Tous les biens, sans l'Amour, sont des biens imparfaits,
On se lasse d'un coeur toûjours paisible,
On s'ennuye à la fin d'une trop longue paix.

Tous
Pourquoy tant se contraindre
Pour garder son coeur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l'Amour vainqueur ?

Le Divertissement continuë.

Tous
Quelle heureuse foiblesse !
Quel heureux tourment !
Non, l'Amour ne nous bleße,
Que d'un trait charmant.

Une Indienne
Ses douleurs font verser de douces larmes;
Il accroît les plaisirs par ses allarmes;
Il nous cause des maux dont les Dieux sont jaloux !
Ah ! quel coeur peut tenir contre ses charmes !

L'Indien, & les Deux Indiennes
Ah ! cedons, rendons-nous,
Rendons les armes:
Ah ! cedons à ses coups,
Il n'est rien de si doux.

Une Indienne repetent
Quelle heureuse foiblesse !, &c.

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Quatriéme Entrée

 

les personnages

les interprètes

Apollon

Mr Thevenard

Daphnée

Mlle Poussin

Mercure

Mr Mantienne

Le Coriphée

Mr Fournier

L'Amour

Mr Boutelou le fils

La Jeunesse

Mlle Vincent

Une Suivante de Flore

Mlle Aubert

 

Le Théatre represente les Rives du Fleuve Penée.

 

 

Scene Premiere
Le Coriphée, Choeur de Bergers

Les Bergers Héroïques de la Suite d'Apollon viennent célébrer pour la premiére fois les Jeux Pithiens, instituez à l'honneur de la Victoire de ce Dieu, sur le Serpent Pithon.

 

ENTRE'E DE QUATRE BERGERS HEROÏQUES

Le Coriphée, des Bergers Héroïques
Un monstre affreux nous déclare la Guerre,
Un Dieu puissant en a vengé la Terre.
Célébrons en ces lieux la gloire d'Apollon,
Par des Jeux à jamais durables;
Ses fleches redoutables
Triomphent du Serpent Pithon.

Le Choeur, répete les quatre derniers Vers
Célébrons en ces lieux la gloire d'Apollon, &c.

 

Scene 2
Apollon, Suite d'Apollon

 

Apollon
C'est assez de mes traits célebrer la puissance,
L'Amour est enfin mon vainqueur;
J'avois jusqu'à ce jour deffié sa vengeance,
Mais d'un trait tout de flâme il m'a percé le coeur.
C'est pour d'Aphné [sic !] que je soûpire,
Tous les jours sa présence embellit ce sejour;
Allez, allez que chacun se retire;
Je luy veux sans témoins, parler de mon amour.

 

Scene 3
Apollon, seul

 

Apollon
Sera-tu toûjours inhumaine ?
Daphné, ne puis-je enfin desarmer ta fierté ?
N'ay-je pris dans tes yeux d'une tendresse vaine ?
Pourquoy tant de rigueur avec tant de beauté ?
Ah ! je le voy; l'Amour que j'ay trop irrité,
Redouble tes attraits pour augmenter ma peine;
Mais faut-il que l'Amour se venge par la haine ?
Daphné, ne puis-je enfin desarmer ta fierté ?
Sera-tu toûjours inhumaine ?

Il apperçoit Daphné, qui veut se retirer en le voyant.

Apollon
Je la vois, elle fuit, ah ! ne le souffrons pas.

 

Scene 4
Apollon, Daphné

 

Ensemble

Non, non [ne fuyez / ne suivez] point mes pas.
Je veux enfin toucher [vôtre / mon] ame.

Répondez à ma flâme
Eloignez vôtre flâme.

Non, non [ne fuyez / ne suivez] point mes pas.

Apollon
Quoy, fuirez-vous toûjours un Dieu qui vous adore ?
Cedez, Nymphe charmante, au feu qui me dévore,
L'Amour a tant d'attraits, suivez sa douce loy.

Daphné
Perdez une vaine esperance.
Vous devez n'attendre de moy
Qu'une éternelle indifference.

Apollon
Le Dieu brillant qui fait naître le jour
Ne peut-il vous offrir un coeur digne du vôtre.

Daphné
Le Dieu puissant qui fait naître l'amour
N'a pas fait nos coeurs l'un pour l'autre.

Apollon
Il n'est que trop puissant quand il est dans vos yeux,
Mais il se flatte en vain de triompher des Dieux;
Quelque soit son pouvoir aux Mortels si terrible,
Il a beau contre moy vous armer de rigueur,
Je veux sans son secours attendrir vôtre coeur,
Fut-il cent fois plus insensible.

Daphné
Je pourrois vous aimer ! non, ne l'esperez pas:
Mais je vois des transports que ma présence irrite,
Pour les calmer il faut que je vous quitte.

Ensemble

Non, non [ne fuyez / ne suivez] point mes pas.
Je veux enfin toucher [vôtre / mon] ame.

Répondez à ma flâme
Eloignez vôtre flâme.

Non, non [ne fuyez / ne suivez] point mes pas.

Daphné
Dieux ! il me suit toûjours, ô Penée, ô mon Pere,
Ce n'est plus qu'en toy que j'espere.

Apollon
Non, vous avez beau le prier,
Ciel, elle disparoît, & n'est plus qu'un Laurier.

 

Scene 5
Apollon, seul

 

Apollon
Qu'ay-je fait ? Malheureux ! mon amour téméraire
Vient de priver du jour des yeux remplis d'attraits.
Daphné, Nymphe à mon coeur si chere,
Faut-il te perdre pour jamais ?
Quels accents ! quelle voix plaintive !
Ce Fleuve, auteur de ses beaux jours,
Pour écouter suspend son cours,
A ces derniers soûpirs, son onde est attentive.
Helas ! que ces regrets attendrißent mon coeur.
Elle se plaint de ma rigueur.
Qu'ay-je fait ? Malheureux ! mon amour téméraire
Vient de priver du jour des yeux remplis d'attraits.
Daphné, Nymphe à mon coeur si chere,
Faut-il te perdre pour jamais ?

Non, & c'est vainement que le sort nous sépare,
Malgré sa cruauté barbare,
Daphné, sera toûjours présente à mes regards,
Et desormais son vert feüillage
Sera le glorieux partage
De la valeur, & des beaux arts.

Pour honorer ce que j'adore,
Qu'en ces lieux tout s'empreße à mes voeux,
Que Pan, Zéphire, & Flore,
Viennent joindre à mes chants leurs plus aimables jeux.

 

Scene 6

 

ENTRE'E DE PAN, & DE SILVAINS


ENTRE'E DE FLORE, DE ZEPHIRE
DES NYMPHES DE FLORE & DE ZEPHIRE


Mercure paroît

Apollon
Mais, Mercure paroît dans ce charmant sejour,
Quel est le sujet qui l'amene !

 

Scene 7
Apollon, Mercure, Pan, Zephire, Flore,
& leur Suite

 

Apollon
Venez-vous avec moy célébrer en ce jour
L'insensible Beauté, dont je porte la chaîne.

Mercure
Je viens icy chanter le pouvoir de l'Amour.

Apollon
Non, ne me vantez point sa gloire,
Je n'ay que trop senti l'atteinte de ses traits.

Mercure
Les maux que l'Amour vous a faits
Ne font que relever l'éclat de sa Victoire.
Plus ce Dieu vous est rigoureux,
Plus il signale sa puissance;
Il vous a fait aimer, même sans esperance;
Que n'auroit-il pas fait, s'il eût comblé vos voeux ?
Voulez-vous qu'il vous rende heureux ?
Meritez ses bien-faits par vôtre obeïßance.

Apollon
Moy, de l'Amour encor je porterois les fers.

Mercure
Je viens de parcourir tout ce vaste Univers;
On n'y voit rien qui ne soûpire.
Le Ciel, la Terre, l'Onde, & jusques aux Enfers,
De l'Amour triomphant, tout reconnoît l'empire.

D'une aveugle fureur Mars n'est plus animé,
Et les Amours l'ont desarmé:
Amphitrite à son tour brûle au milieu de l'Onde,
Borée & Bachus ont aimé
L'Amour doit vaincre tout le monde.

Apollon, & Mercure
Que sert contre l'Amour de s'armer de fierté ?
Dans ses liens charmants il faut que tout s'engage:
Un si doux Esclavage
Vaut bien la Liberté.

Mercure
Mais il vient, je le voy paraître,
Il ameine avec luy, la Jeunesse & les Jeux.
Dieux, & Mortels il veut vous rendre heureux,
Rendez hommage à vôtre Maître.

L'Amour vient suivy de la Jeunsse, & de sa Suite.

 

Scene 8
Apollon, Mercure, Pan, Zephire, Flore, la Jeunesse,
& la Suite de tous ces Dieux

 

L'Amour
Tout ce que j'attaque se rend,
Tout cede à mon pouvoir extréme:
J'enchaîne quand je veux, le plus fier Conquerant,
Et j'abbaisse à mon gré, la Majesté suprême:
Dans le Ciel Jupiter même
Suit mes Loix en soûpirant,
Plus un coeur est grand
Plus il faut qu'il ayme.

La Jeunesse
Ne troublez pas nos jours importune Raison,
Vous aurez vôtre tour fiere Sagesse;
Vos séveres conseils ne sont pas de saison:
Réservez vos chagrins pour la Vieillesse,
Tous nos jours sont charmants, tout rit à nos desirs,
C'est le temps des plaisirs
Que la Jeunesse.

2e Couplet

Nous devons à l'Amour les plus beaux de nos ans,
Il prépare nos coeurs à la tendreße;
Il s'amuse avec nous à des Jeux innocents.
Nous laißons les chagrins pour la Vieillesse.
Tous nos jours, &c.

Apollon
Triomphez, triomphez, Amour victorieux,
Triomphez, triomphez des Mortels, & des Dieux;
Vous imposez des Loix à toute la Nature,
Vous enflâmez le sein des Mers:
Vos feux percent la nuit obscure
Du sejour profond des Enfers.
Vôtre chaîne s'etend aux deux bouts de la Terre:
Vos traits s'élevent jusques aux Cieux:
Vos coups sont plus puissants que les coups du Tonnerre.
Triomphez, triomphez, Amour victorieux,
Triomphez, triomphez des Amour [Mortels ?], & des Dieux.

Le Choeur
Triomphez, triomphez, Amour victorieux,
Triomphez, triomphez des Amour [Mortels ?], & des Dieux.

 

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