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Quatriéme Recueil d'Airs Serieux, Tendres et à Boire

dedié à Monsieur le Duc de Noailles, composés par
Mr Jean-Baptiste Prunier le Fils, Maistre de Musique, 1722

 

Recueil I
1718
Recueil II
1719
Recueil III
1720
Recueil IV
1722
Recueil V
1724
Recueil VI
1725

 

Table
Airs sérieux

Airs à boire


 

 

Dedicace

A Monseigneur le Duc de Noailles, Pair de France, Lieutenant General des Armées du Roy, Capitaine de la premiere compagnie des Gardes du Corps, Gouverneur du Roussillon & de S.t Germain en Laye & Chevalier de la Toison d'or.

Puis qu'a l'abry de Vôtre Illustre Nom j'ay vû reussir plusieurs fois mes Ouvrages, J'espere que Vôtre Grandeur ne trouvera pas mauvais que j'ose encore en orner le frontispice de ce nouveau Recueil, heureux ! s'il peut avoir l'avantage de luy plaire, comme j'ay celuy de luy temoigner le zele & la profonde soumission avec laquelle j'ay l'honneur d'estre,

Monseigneur,

De Vôtre Grandeur,

Le tres-humble, tres-obeissant & tres-soumis Serviteur,
J.B. Prunier

 

 

 

 

Muzette

[Les Flûtte joue alternativement avec la voix]


Assis auprés de Lisette,
Cilon dessus sa Musette,
Disoit soupirant un jour:
Ah ! Bergere
Trop legere,
Prens pitié de mon amour.

Toujours badine & folette
Tu n 'aimes que la fleurette,
Des Bergers de ce sejour.
Ah ! Bergere, &c.

Aucun soin ne m'inquiette
Je neglige ma Houlette,
Pour te mieux faire la cour.
Ah ! Bergere, &c.

Ma peine n'est point secrette
Puisque l'Echo la repette
Autant la nuit que le jour.
Ah ! Bergere, &c.

Du Berger l'ardeur parfaite
Toucha tant cette brunette
Qu'estant sensible a son tour:
La Bergere
Moins legere
Prit pitié de son amour.

 

 

Air Serieux

Amour ! Amour j'ay trop gemy sous ton cruel empire,
N'es-tu donc pas content des maux que j'ay soufferts,
Depuis que je suis dans tes fers
Rien ne peut égaler mes feux que mon martyre.
Helas ! si tu destines au plus fidel Amant
Une peine éternelle,
Amour quel sera mon tourment,
Puisque j'ay veu Cloris pourois je être infidelle.

 

 

Air a Boire, Recit de Basse-Taille

Lassé d'aimer une inhumaine
J'eus recours a Bachus
Et je me flattoy que son jus
Adoucirait ma peine.
Mais j'eus beau luy faire ma cour
Et celebrer sa gloire,
L'himen seul sur le Dieu d'Amour
Remporte la victoire.

 

 

Air a Boire, Duo

Chantez, celebrez la victoire
Que remporte le Dieu d'Amour,
Gregoire qui jusqu'a ce jour
Ne fit que chanter, rire, & boire,
Aime enfin a son tour.
Apres cet exemple terrible
Aprenez fiers Buveurs
Qu'a l'Amour rien n'est impossible
Et qu'il soumet les plus grands Coeurs.

 

 

Air Serieux

Envain je connois mon malheur
Je ne puis derober mon Coeur
Aux traits empoisonnés de vos yeux pleins de charmes;
De mon amour le sort fatal,
Est dadorer jusques aux larmes
Qu'ils repandent pour mon Rival.

 

 

Gavotte

J'aime l'amour je fuis ses peines,
Et jévite un engagement,
Je sçais, quand je perds un amant
Au même instant briser mes chaines.
Tant qu'un Berger nous aime avec ardeur,
Il merite nôtre tendresse,
Mais quand il nous ôte son coeur,
La Constance est une foiblesse.

 

 

Printemps, Air Serieux

Vous ressentez l'amour, sans connoître ses peines,
Petits oyseaux que vôtre sort est doux !
Helas ! si j'estoit comme vous,
Que je me plairois dans mes chaines.
Mais l'ingratte beauté qui me tient sous sa loy,
M'embrâse d'une ardeur que je ne puis éteindre;
Ah ? si vous etiez comme moy,
Que vôtre sort seroit a plaindre.

 

 

Air a Boire, Duo

Amis ! ne craignont plus ny l'Amour, n'y ses charmes,
Cette abondante Automne, en comblant nos souhaits,
Nous fournit de puissantes armes
Pour briser ses funestes traits.
Que Bachus désormais remporte la victoire,
Il doit seul Regner sur nos coeurs;
C'est trop de pleurs, c'est assez soupirer,
C'est trop verser de pleurs,
Il est temps qu'on nous verse a boire.

 

 

Air Serieux

Quelle estoit ma funeste erreur ?
Lorsque je soupirois pour l'ingratte Silvie,
La Cruelle insensible a ma triste l'angueur;
Voyoit, sans s'attendrir, les mal'heurs de ma vie.
Tendre Amour ! si mon coeur reprend sa liberté
Ne vient point contre moy deffendre une inhumaine
Mais vange toi plutot de la fiere beauté
Que me force a briser ta chaine.

 

 

Printemps, Ariette

Le Printemps,
Tous les ans,
Ranime nos hameaux,
Et rend la Nature
La brillante Verdure
Qui pare nos ormeaux;
Mais no jeunes ans nous convie
A profiter de ses beaux jours,
Car il n'est qu'un temps dans la vie,
Pour suivre les tendres Amours.

 

 

Air a Boire, Duo

L'Amour doit a Bachus la moitié de sa gloire,
Quand son jus precieux dans un charmant festin
Ranime l'aimable Catin,
Ses yeux sont seurs de leur victoire.

Et quand, sur la fin du repas,
Nôtre tendresse se reveille,
Ce Dieu fait briller ses appas
Tandis que sa raison sommeille.

 

 

Plaintte, Recit de Basse-Taille

Rochers affreux, Azile redoutable;
Retraite inaccessible a la clarté du jour,
Que n'estes vous impenetrable
Aux funestes trait de l'Amour.

Vous Rapide torrent qui ravagez ces pleines,
Qui peut causer vôtre couroux ?
Vous ne connoissez point n'y l'Amour n'y ses peines,
Helas ! pourquoy murmurez vous ?

 

 

Brunette

En fillant ma quenouillette
Sur le bord d'un clair ruisseau,
Je croyois estre seulette,
Et songeois a mon troupeau;
Mais, sur la tendre fougere
J'aperçeus le beau Tircis
Helas ! dirai-je a ma Mere
Ce que le fripon m'apris.

Il m'aborda d'un air tendr
Et pris ma main doucement
Je ne puis pas m'en deffendre
Il me parut trop charmant;
Loing de ma mettre en colere
Je rassuray mes esprits
Helas ! dirai-je a ma Mere, &c.

Il me dit que j'estois belle
Que je charmois tous les coeurs
Le moyen d'estre cruelle
Quand on nous dis des douceurs ?
Un amant tendre & sincere
Merite t'il des mépris ?
Helas ! dirai-je a ma Mere, &c.

Trop adorable Silvie,
Le disoit il tendrement,
Je seray toute ma vie,
Vôtre plus fidel Amant,
Aimez moy d'un coeur sincere,
Le mien en sera le prix.
Helas ! dirai-je a ma Mere, &c.

Je me trouvay sans deffense
Contre sa naissante ardeur,
Une longue resistance
Irrite trop un vainqueur;
Envain je fis la severe
Mes regards m'avoient trahis.
Helas ! dirai-je a ma Mere, &c.

En ce moment interdite
Il me parroit plus charmant,
Je me trouble il en profite
Et m'embrasse tendrement.
Nous êtions sur la fougere
L'Amour nous avoit râvis.
Helas ! dirai-je a ma Mere
Ce que le fripon m'a pris !

 

 

Air Peysan, Recit de Basse-Taille

Lucas vouloit se couper le jabot,
Pour se vanger des mépris de Claudeine,
Mais je luy dis morgué tu n'es qu'un sot,
Il vaut bien mieux aller boire chopeine.
Que le [?] gros buter
De t'abandonner a la rage,
Crois tu donc quand tu serois mort,
Qu'elle t'ameroit davantage.

 

 

Vaudeville

L'autre jour je fis un serment
De fuir le Dieu de la tendresse
Lassé du rigoureux tourment
Qu'on souffre pres d'une Maistresse
Mais je n'ay pû contre l'amour
Tenir mon serment plus d'un jour.

Dans ce moment fuyant Catin
J'eux recours au Dieu de la treille
Esperant borner mon destin
A ne cherir que la bouteille
Mais je n'ay pû, &c.

Le secours que j'eus de Bachus
Fut reputé comme folie
Car plus je buvois de son jus
Plus je trouvois Catin jolie.
Mais je n'ay pû, &c.

Rien ne me parut sous les Cieux
N'y plus charmant n'y plis aimable
Mille feux brillants dans ses yeux
Me la rendoit trop adorable.
Mais je n'ay pû, &c.

Par les doux accens de sa voix
Avec une grace nouvelle
Catin en m'imposant des loix
M'assura d'une ardeur nouvelle.
Mais je n'ay pû, &c.

Pour unir a jamais nos coeurs
Banissons les soins & les peines
Et dans l'exces de nos ardeurs
Formons une eternelle chaine.
Puis que je n'ay contre l'amour
Tenû mon serment plus d'un jour.

 

 

Air a Boire, Duo

Mon Berger ne m'est infidelle
Que parce qu'il aime le ven
S'il cherissoit une autre belle
Jugez quel seroit mon chagrin.
Mais s'il n'aime que la bouteille
Ma Rivale ne me nuit pas
Et c'est elle qui luy conseille
De rendre hommage a mes appas.

 

 

Vaudeville, Parodie

Si Nuit & jour,
Bachus & l'Amour,
Viennent m'offrir mille charmes,
C'est mon devoir
Qu'a tout leur pouvoir
Je sçache rendre les armes.
Ces Dieux puissans
Par des soins pressans
Me font ceder a leurs enchantemens,
Leurs biens charmants
Calment les tourments
Qui troubleroient mes sens,
Et mes instans
Sont pleins d'agremens,
J'aime & je bois sans allarmes.

Quand ma Catin
Me verse du vin,
Elle & ce jus m'interesse,
Je suis Amant
Et Buveur content
Bachus aide a ma tendresse.
Son jus divin
Et la blanche main
Qui prend le soin de m'en verser tout plein,
Dans un festin
M'enflâment le sein
Et comblent mon destin
Tant qu'a la fin
Nous voyons soudain
L'Amour nager dans l'yvresse.

 

 

Le Reciproque, Vaudeville

Philis, vôtre humeur legere
Se plaît dans le changement,
Vous avez changéd'Amant
Je peux changer de Bergere;
Puis que le change est permis
Quitte a quitte & bons amis.

Lors que le coeur d'une belle
Ne s'enflame plus pour moy:
Je peux luy manquer de foy
Sans passer pour infidelle,
Puis que le change est permis, &c.

Je vous vois sans jalousie
Folatrer dans nos vergers:
Quoy qu'avec d'autres Bergers
Je n'y porte point d'evie,
Puis que le change est permis, &c.

D'une nouvelle Bergere
Je m'occupe nuit & jour:
Et pour un si bel amour
Je neglige de vous plaire,
Puis que le change est permis, &c.

Elle est sincere & fidelle
Philis, vous ne l'estes pas:
Et malgré tous vos appas
Je ne brûle que pour elle,
Puis que le change est permis, &c.

Vôtre esprit qui toujours change
Fit mes peines & mes pleurs:
Mais de mes vives douleurs
Ce changement seul me vange,
Comme a vous il m'est permis
Quitte a quitte & bons amis.

Si vôtre belle est volage
Amant, soyez inconstant:
Recouréz au changement
C'est par luy qu'on s'en degage,
Et puis qu'il vous est permis
Restéz quitte & bons amis.

 

 

Air a Boire, Duo

L'Amour & Bachus aujourd'huy
Triomphent a cette Table
Iris cet objet aimable
Devient leur plus solide appuy:
Tous les Beucuers a rouge Trogne
Rendent hommage a sa beauté,
Et chanque Amant devient yvrogne
Afin de boire a sa santé.

 

 

Air a Boire

Cher amis lors que j'ay la gloire
De triompher d'une Cloris,
Ce n'est pas au fils de Cipris
Que j'en dois la victoire.
Mais quand d'elle je suis vainqueur
Bachus seul aide a mon conqueste
Puis qu'un peu de vin dans sa teste
Me rend le maître de son coeur.

[le Couplet suivant provient du Vaudeville "Nuit & jour"]

Quand ma Catin
Me verse du vin,
Elle & ce jus m'interesse,
Je suis Amant
Et Buveur content
Bachus aide a ma tendresse.
Son jus divin
Et la blanche main
Qui prend le soin de m'en verser tout plein,
Dans un festin
M'enflâment le sein
Et comblent mon destin
Tant qu'a la fin
Nous voyons soudain
L'Amour nager dans l'yvresse.

 

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