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Tables des Airs de Cour
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Deuxiéme Recueil d'Airs Serieux, Tendres et à Boire

dedié à Monsieur le Duc de Noailles, composés par
Mr Jean-Baptiste Prunier le Fils, Maistre de Musique, 1719
 

 

Recueil I
1718
Recueil II
1719
Recueil III
1720
Recueil IV
1722
Recueil V
1724
Recueil VI
1725

 

 

Table
Airs sérieux

Airs à boire


 

 

Dedicace

A Monseigneur le Duc de Noailles, Pair de France, Lieutenant General des Armées du Roy, Capitaine de la premiere compagnie des Gardes du Corps, Gouverneur du Roussillon & de S.t Germain en Laye & Chevalier de la Toison d'or.

Je vous presente Monseigneur,
Ces Airs qui ne font que naître,
Et qui n'attendent pour parraître,
Qu'un si glorieux protecteur;
Bien loing de leur être contraire
Daignez rendre leur sort heureux,
Puisque le desir de vous plaire
Est le seul de tous leurs voeux.

Permettez moy Monseigneur d'y joindre celuy dassurer Vôtre Grandeur que personne n'est avec plus de respect & de reconnoissance que moy

De Vôtre Grandeur,

Le tres-humble, tres-obeissant & tres-soumis Serviteur,
J.B. Prunier

 

 

Air Serieux

Apres avoir juré de n'aimer de ma vie,
Apres mille sermens repetez chanque jour
Ah ! pourquoy trop cruel amour
Viens-tu me presenter Silvie ?

Tu me fais trahir mes sermens,
Sa beauté, sa douceur forcent ma resistance;
Helas ! quels seroient mes tourmens,
Si j'en estois puny par son indifference !

 

 

Air à Boire, Duo

Tendres amants, brisez vos chaines,
Venez boire avec nous;
Si les plaisirs d'amour sont doux,
Ils ne sont pas toujours sans peine.

Souvent le plus sensible coeur
Se flatte en vain de sa victoire,
Mais le Dieu charmant qui fait boire
Ne trompe jamais un Buveur.

 

 

Critique sur les Papillons

Cessons de celebrer dans nos douces chansons
Le Dieu qui fait aimer & celuy qui fait boire;
Ils doivent decer la victoire
Au Zephir, Dieu des Papillons.

Quand on sçait badiner sur une aile legere
Les paysages sont amoureux et brillans,
Coulez, Murmurez, peuvent-ils encor plaire
Les volages Papillons sont cent fois plus charmans.

 

 

Vaudeville

Lorsqu'une Beauté cruelle
N'a pour vous que rigueurs,

Au fond de vôtre bouteille
Vous trouvez mille douceurs.
Mocquons nous des amoureux,
Bacchus nous rend plus heureux.

Celuy qui toûjours soupire
Et ne vit que de langueurs,
N'a dans l'amoureux empire
Rien à verser que des pleurs.
Mocquons nous, &c.

Il faut aimer une belle
Comme j'aime mon tonneau;
Sa liqueur me deplaist-elle,
J'en perce viste un nouveau.
Mocquons nous, &c.

J'offris mon coeur à Climène
Qui le reçut & m'aima.
Un nouvel amour l'entraisne,
Le vin m'en consolera.
Mocquons nous, &c.

Amis, voulez vous m'en croire
Lorsqu'on veut vivre content,
Il ne faut songer qu'à boire
Un peû d'amour en passant.
Sans faire les langoureux,
C'est le secret d'estre heureux.

 

 

Ayr Paysans, Recit de Basse Taille

Morgué, croy moy, ne disons mot,
Me prends tu donc j'ay pour une Grüe
Fais en accroire à ton mary,
Mais, palsangué, je n'ay pas la barlüe,
De ma mocqué j'en pourrois dire autant,
Mais les menteurs sont les enfans du Diable.

 

 

Muzette
[Les Fluttes peuvent joüer les deux parties en Trio avec la voix alternativement]

Tous les jours dans ce boccage
Un Berger des plus charmans
Vient avec un doux langage
Pour me chanter ses tourmens:
De son aimable Musette
J'ecoute les tendres sons,
Mais ne peut-il sur l'herbette,
Me dire que des chansons.

Ce beau Berger est si sage
Que quand il m'offre son coeur,
Aussitôt sur son visage
On voit monter la rougeur:
Quand il me trouve seulette,
Apres un doux entretient,
Il ne prend pas ma houlette
Et ne flatte que mon chien.

 

 

Air à Boire, Duo

Chantons le plus grand des vainqueurs,
Chantons le Maître du Tonnerre,
Son foudre si fatal aux enfans de la terre,
Devient en ce moment favorable aux buveurs.

Amis que rien ne vous êtonne,
Jupiter exauce nos voeux,
Si ce Dieu fait briller ses feux,
C'est pour meurir le jus d'automne.

 

 

Air Serieux

Le Dieu d'Amour d'un de ses traits
Ayant blessé mon coeur pour la tendre Lisette,
Je trouvois sa beauté parfaite,
Mais avois-je veû ses attraits ?

Entre Lisette et vous trop aimable Isabelle,
Peut-on balancer un instant,
Vous me forcez d'estre infidelle,
Pour me rendre toûjours constant.

 

 

Air à Boire

Chers amis qu'il est doux de boire
Avec la charmante Catin,
Contre l'amour et le bon vin,
Peut-on disposer la victoire.

L'amour augmente le plaisir
Que je sens quand je suis à table,
Et quand Bacchus me sert prest d'un objet aimable,
Je ne pouse jamais d'inutiles soupirs.

 

 

Air Serieux, Printemps

Le Printemps va bien tost par son heureux retour,
Ramener les beaux jours,
Les fleurs et la verdure,
Déja la naissante nature
Semble n'inspirer que l'amour !
Le froid qui regne sur la terre
Est contraint de ceder aux feux du Dieu du jour,
Celuy de vôtre coeur, trop aimable Bergere,
Ne pourroit-il pas à son tour
Ceder aux feux du Dieu qu'on adore à Cythere.

 

 

Air à Boire, Duo

Que vois-je ! un nuage effrayant
Cache l'astre qui nous éclaire,
Mes chers amis fuyons, sa terrible colere,
Evitons son courroux foudroyant;
Aprés le plus affreux orage
Le soleil devient plus beaux,
Pour attendre la fin de son cruel ravage,
Courons, courons prés d'un tonneau.

 

 

Air Serieux

Beaux yeux je redoutte vos charmes
Malgré votre aimable douceur.
Pour percer un sensible coeur
Ils n'ont que de trop fortes armes.

Je sens le pouvoir de leurs traits;
L'amour eut-il jamais de plus terribles chaines;
Les yeux de Celimene avec bien moins d'attraits
M'ont causé de cruelles peines.

 

 

Air à Boire

Chers amis, chantons la victoire
De Bacchus et du Dieu d'amour,
Quand nous enflament tour à tour;
Ils font tous nos plaisirs, faisons toute leur gloire.

Amis si vôtre sort est doux
Quand Bacchus fait briller les beaux yeux de Silvie.
Il n'est pas moins digne d'envie
Quand l'amour veut boire avec nous.

 

 

Recit de Basse Taille

D'où vient ce courroux eclattant
Dés que je tiens une bouteille.
Pour aimer le jus de la treille
Philis, en suis-je moins constant ?

Je ressens une ardeur nouvelle
Quand le vin allume mes feux.
Il rend mon coeur plus amoureux,
Et tu m'en paroist plus belle.

 

 

Vaudeville, Air à Boire

Quoi que Bacchus & mon Aminthe
Fassent tout mon contentement,
Bien souvent mon ame est contrainte
De les traitter differement.

Je jure contre ma bergere
Lors qu'elle me manque de foy,
Mais quand ma bouteille est legere,
Je ne m'en prend jamais qu'à moy.

Quand j'ay du vin & ma maitresse,
Je les caresse tour à tour,
Et je partage ma tendresse
Entre la bouteille & l'amour.

Je jure contre ma bergere, &c.

 

 

Air à Boire, Duo

A l'honneur de Bacchus consacrons ce festin,
Que son jus precieux puisse y couler sans cesse.
De cet aimable lieu bannissons la tristesse,
N'y parlons point amis d'Iris ny de Catin.

Il est vray que l'amour n'empesche pas de boire.
Mais quoy qu'avec le vin ce Dieu soit de concert,
S'il pretend en ce jour partager la victoire,
Disputons luy dumoins jusqu'à prés le dessert.

 

 

Ariette: le Passe partout ou le meritte à la mode

Dés qu'on voit briller mes attraits
Les plus fieres sont sans deffense.
Je ne trouve presque jamais
Qu'une tres foible resistance.

Mon merite est fort eclattant,
Mais avec tout l'orgueil que je vous fait paroistre,
Vous me croyez sans doute un jeune petit Maistre,
Non, non, detrompez vous, je fuis l'argent comptant.

 

 

Air Serieux, Brunette

Tu dis que mon amour te touche,
N'est-ce point un discours flateur;
Lorsque j'ay l'aveu de ta bouche,
Ai-je aussy celuy de ton coeur.

Ouy Tircis ton amour me touche,
Ce n'est point un discours flatteur.
Mon coeur parle comme ma bouche,
Et ma bouche comme mon coeur.

 

 

Air à Boire, Duo

Des maux d'une cruelle absence,
Veux-tu trouver la guerison,
Prends ce vin en abondance,
C'est un puissant contre-poison.

On regrette peu sa maitresse
Quand on boit de ce jus divins,
Amis, ce n'est pas dans le vin
Qu'un Amant noye sa tendresse.

 

 

Menuet en Rondeau

Que les plaisirs, le vin, la tendresse,
Que les plaisirs comblent tous nos desirs.
Souffrons que l'amour nous blesse,
Le beau Printemps fleurit tous les ans.

Mais la Jeunesse et tous ses attraits
S'ecoule sans cesse &t fuit pour jamais.

De nos beaux jours connoissons l'usage,
Donnons leurs cours aux plaisirs de l'amour.
Il vient un temps où l'on est que trop sage,
N'employons pas le nôtre en vains discours.

 

 

Breunette

Un jour en cüeillant des fleurs
Qui naissent dans ce boccage,
Lizerre versoit des pleurs,
Et repetoit ce langage.

Ah ! que ne suis-je garçon,
Je serois un vray mouton.

Pour offencer notre honneur,
Il ne faut qu'une foiblesse,
Tuot luy nuit tout luy fait peur,
Le moindre soupçon le blesse.
Ah ! que ne suis-je garçon, &c.

Pour m'exprimer sa langueur
Mon Berger vient d'un air tendre,
Je resiste à son ardeur,
Lorsque je voudrois m'y rendre.
Ah ! que ne suis-je garçon, &c.

Il me conte son tourment
Avecque delicatesse,
Si j'y reponds froisement,
Je n'en suis pas plus tigresse.
Ah ! que ne suis-je garçon, &c.

Il fait pate de velours,
Il me caresse, il me flatte,
Tantost je suis son amour,
Souvent il m'appelle ingratte.
Ah ! que ne suis-je garçon, &c.

Pour conserver nôtre honneur
N'attendons plus sur l'herbette,
Jy pourrois perdre mon coeur,
Car s'il m'y trouvoit seulette,

Helas ! sans estre garçon,
Je serois un vray mouton.

[Les Parolles de cette Brunette se chantent egalement sur le Vaudeville ci-dessous]

 

 

Vaudeville

Un jour en cüeillant des fleurs
Qui naissent dans ce boccage,
Lizerre versoit des pleurs,
Et repetoit ce langage.

Ah ! que ne suis-je garçon,
Je serois un vray mouton, &c.

 

 

Air Serieux

Trop aimable objet de mes voeux
Je vous aime sans esperance,
Mais pour briser de si beaux noeuds,
Mon coeur est-il en ma puissance.

Non, non, je veux toujours vous aimer,
Helas ! pourrois-je m'en deffendre.
Quand la raison deffend de se laisser charmer,
L'amour empesche de l'entendre.

 

 

Air à Boire, Duo

Lorsqu'un objet aimable & tendre
N'a pour nous que de la douceur,
On retarderoit son bonheur,
Si l'on differoit de se rendre.

Mais quand l'objet de nôtre ardeur,
Est une beauté trop severe,
Ce n'est jamais qu'à coups de verre,
Qu'il faut combattre sa rigueur.

 

 

Air Serieux
[les Parolles de cet Air ne sont pas de même Autteur]

Un baiser bien souvent se donne à l'aventure,
Et n'a de prix qu'autant qu'il dure.
Mais ce n'est pas en bien user
Il faut que l'espoir l'assaisonne.
Car pour moy je veux qu'un baiser
Me promette plus qu'il ne donne.

 

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