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Premier Recueil d'Airs Serieux, Tendres et à Boire
dedié
à Monsieur le Duc de Noailles, composés par
Mr Jean-Baptiste Prunier le Fils, Maistre de
Musique, 1718
1718
1719
1720
1722
1724
1725
A
Monseigneur
le Duc
de Noailles,
Pair de France, Lieutenant General des Armées du
Roy, Capitaine de la premiere compagnie des Gardes du Corps,
Gouverneur du Roussillon & de S.t Germain en
Laye & Chevalier de la Toison d'or. Sur
un char attelé de six courçiers
fringuants, Vôtre
Auguste Nom Monseigneur; C'est
Monseigneur, Sous
un si puissant auspice que j'ose donner cet ouvrage au
public, apres l'avoir offret a Vôtre Grandeur, heureux
s'il pouvoit la delasser un moment de ses penibles travaux,
elle en seroit mieux disposée a souffrir la
liberté que je prends de me dire, Monseigneur, Le
tres-humble, tres-obeissant Serviteur,
Jadis une Mouche insensée,
Pompeusement s'étoit placée,
Pour tâcher d'adoucir ses travaux
fatiguants:
Mais seduitte bien tôt par une erreur
grossiere,
En remarquant que des Sillons
S'elevoient de gros tourbillons,
Dit, admirez combien j'eléve de
Poussiere.
Và causer à mon Livre un destin
favorable.
Mais bien loing d'imitter la Mouche de la
fable,
Je sçais a qui je dois l'honneur;
Il a fait le succez de mon Premier Ouvrage.
Pardon si j'ose en abuser:
Mais si vous m'accordez vôtre illustre
suffrage,
Qui pourà me le refuser ?
De
Vôtre
Grandeur,
J.B.
Prunier

Amour que
t'ay je fait, Cruel Amour pourquoy
N'as tu des rigueurs que pour moy !
Quand le tendre Tirsis aux pieds de Celimene,
L'entretient de sa flâme & luy conte sa peine.
Leur ardeur se partage, elle en donne, elle en
prênt.
Mais que mon sort est different !
Prés de l'aimable Iris, dont jadore les charmes,
Helas ! j'ay beau pleurer, elle rit de mes larmes
!
Chers
Amis, ne songeons qu'à boire, Rions,
chantons, sans soins & sans contrainte,
Mocquons nous de ces Amoureux,
Qui le coeur triste & l'humeur noire,
N'ont jamais qu'un air langoureux !
Bacchus n'aime qu'à folâtrer,
Et ne permet de soûpirer
Que quand il renverse une pinte.
Lors que
le bel âge s'envole, Un Galant
desja suranné, Mais il a
beau faire et beau dire, Il est
à bout c'est un proscrit, Jeunes
coeurs prés d'une Maîtresse, Mais
devient on vieux, ou cassé,
On a son recours à Bacchus,
C'est avec luy qu'on se console,
Des plaisirs qu'on ne ressent plus.µ
Pour ce Dieu s'epuise en louanges,
En vantant son goût raffiné,
Ne prêche que sur les vendeanges.
Quand il sera bât [sic] sur le vin,
C'est marque que le pauvre sire
Est en amour vers son declin.
Qui fyant aprés sa desfaitte,
S'accroche à tout quand il perit,
Et fait comme il peut sa retraitte.
Laissez couler vos plus beaux jours,
Consacrez tous à la tendresse
Des momens faits pour les Amours.
Voici ce qu'en dit un grimoire,
Quand le temps d'aimer est passé
C'est justement celuy de boire.
Prés
de l'aimable Iris, on soupire sans cesse,
Ses attraits charment tous les Coeurs.
Elle a du printems la jeunesse,
L'été prête à son teint ses plus
vives couleurs.
L'hyver, l'affreux hyver qui detruit touttes choses
Respecte ses lys et ses roses moisson,
Automne paresseux, hâtez en la saison.
Que Jupin
en fureur armé de son tonnerre,
Nous fasse redouter ses coûps,
Qu'il gronde & menace la terre
De tous les traits de son courroux.
Cet orage eclatant ne mépouvante [sic]
guere,
Fût-il prêt à fondre sur nous.
Mais quand au Cabaret entouré de bouteilles,
Du bon vin que je bois, je prêche les merveilles,
Et que je vois venir le Garçon pour conter,
Transi de peut à çette aprôche.
Helas, luy dis-je, helas, parle moy de chanter
Mais ne me parle point de joüer de la
pôche.
Cessez
Tircis, cessez d'en vouloir à mon coeur, Quand on
aime tendrement,
L'amour me fait peur, quand j'y pense,
Je renonçe au plaisir dont la fausse douceur,
Coûte si cher à l'innocence.
Il est malaisé d'être sage,
Et nôtre vertu rarément,
Echape sans faire naufrage.
Enfin
l'agriable printêms,
Vient ragaillardir la nature,
Et de sa varte couvarture,
Il fait une robe à nos champs.
Tout rajeunit, et je sens dans ma piau,
Je ne sçais quoy de nouveau.
Mais morguié, je suis en colere,
Quand je rêntre dans ma maison.
Pourquoy n'est-il point de saison
Qui puisse rajeunir aussy ma minagere.
C'est un
doux plaisir d'aimer, Quand
je suis las de l'amour, A mon
coeur donne l'arlarme [sic], Mais
quand de sa belle main C'est un
doux plaisir d'aimer, Je sers
tour à tour ces Dieux,
C'en est un charmant de boire,
Cupidon m'a sçû charmer,
Bacchus fait toutte ma gloire.
Je respire avec ma pinte,
Et quand j'ay bû tout le jour,
Je revois le soir Aminte.
Prêt à faire un autre choix.
Je peste, et je me gendarme.
Le vin coule dans mon verre,
Je reprênds mon air badin,
Et je n'ay plus de colere.
C'en est un charmant de boire,
Cupidon m'a sçû charmer,
Bacchus fait toutte ma gloire.
Et je les sers à leur mode,
J'aime bien, et je bois mieux,
Amis suivez ma mêtode.
Pourquoy
nous êpargner le vin; Il nous
fait triompher du plus rebelle coeur,
Bacchus est-il pour nous d'un dangereux présage;
Il nous donne, dit-on, un petit air badin,
Et quand nous avons bû, nous plaisons
d'avantage.
Quand dans nos yeux son ardeur etincelle,
Bûvons donc, quoyqu'on dise de sa liqueur,
On fait pis tous les jours pour être plus
belle.
J'aimois
Iris si tendrement, Mais
souvent en amour, on s'abuse soy même,
L'Ingratte m'a trahy, je la hais, je l'abhorre,
Autant que je l'aimois, et cent fois plus encore,
Je voudrois l'immoler à mon ressentiment.
Et quand le coeur est bien touché,
On a beau faire le fâché,
Plus on croit hair, plus on aime.
Colin se
parant d'une austere sagesse,
D'un air chagrin pestoit contre l'amour;
Mais Nanon sçût toucher son coeur un jour !
Il luy parla de sa tendresse,
La Belle aussi ne luy fut point tigresse.
Et si tôt que le Drôle en eût un peu
tâté
Ah ah, luy disoit-elle, ah, quelle volupté:
Aimons nous sans cesse.
Quand j'ay
bû, dix, ou douze coups, Soutênu
de Bacchus un jour, Il me le
promit, je le crûs,
Je ne demande qu'à me battre,
Tout est matiere à mon courroux,
Et je me fais tenir à quatre.
J'allay dans cette humeur guerrierre
Agacer et sommer l'Amour
De rendre mon Iris moins fiere.
Mais dez que je cessay de boire,
D'Iris, d'Amour, et de Bacchus,
Je me vis dupé sans le croire.
Garçon
de ce bon vin verse nous à la ronde Courage,
il y va de ta gloire,
A des Bûveurs, comme à nous,
Il faut donner de grands coûps,
Qu'à nôtre soif ta main reponde.
Leve la bouteille, hauts les bras,
Verse tousjours et tu me verras
Si tu sçais bien verser que nous sçavons bien
boire.
Loin d'icy
Buveurs importuns, Mais quand
auprés de ma Cloris
Vous m'étourdissez les Oreilles,
Allez, allez chanter plus loin,
Bacchus et ses merveilles,
Tous vos plaisirs sont trop communs.
J'admire ses beaux yeux dont mon coeur est épris
Je me laisse aisément enyvrer de tendresse,
Et je n'aime que cette ÿvresse.
De Bacchus
celebrons la fête,
Chantons, buvons, jamais le vin ne me fit peur.
Je ne crains guere pour ma tete,
Mais j'aprehende un peu plus pour mon coeur.
Pour bien
aimer, il faut trop de façon, Amis,
faittes tous comme moy,
Et je ne me cônnois qu'en vin, & qu'en
chanson,
Que Cupidon s'en aille paître,
Bacchus est bien un meilleur maître.
C'est un plaisir charmant, de vivre sous sa loy,
Pour celebrer son honneur & sa gloire,
Nous n'avons tous qu'à chanter, et qu'à
boire.
Ah Tircis,
vous ne m'aimez plus, Reponce Non,
Climene, rassurez vous,
Et je vous suis toûjours fidelle.
Mes soins pour vous sont des soins superflus,
Vous brûlez d'une ardeur nouvelle.
Je ne seray jamais volage.
Quand je serois ou bisarre ou jaloux
Vous aimerois-je d'avantage !
Divin
Bacchus, à vous seul j'ay recours, Divin
Bacchus, à vous seul j'au recours,
Venez dissiper ma tristesse.
Qu'on passe helas de mauvais jours
Quand on adore une ingratte maîtresse.
Venez dissiper ma tristesse.
Le vin est un puissant secours
Pour adoucir les maux que cause la tendresse.
Je suis un
Amant à la mode, Je sers de
bonne foy, la Beauté qui m'engage
Si j'aime, je veux être aimé,
Je ne me rends point incomode
Prés de l'objet qui m'a charmé !
Et qui répond à mon amour,
Mais quand elle devient volage,
Je suis inconstant à mon tour.
J'aime
Philis uniquement, Que sur
moy l'astre a d'asçendant;
Mais malgré toutte sa finesse,
Je vois qu'elle a plus d'un Amant,
Et qu'elle trahit ma tendresse.
J'aime toûjours cette folette.
Amour fais moy plus inconstant
Ou rends ma Philis moins coquette.
Chantez
petits oyseaux, le retour du Printemps, Comme vous
desja dans mon coeur
Chantez, l'Amour vous y convie,
Et par vos conçerts si charmans
Reveillez les plaisirs les plus doux de la vie.
Je sens redoubler ma tendresse,
Mais helas ! j'ay bien peur
Qu'il n'en soit pas aynsy de ma maitresse.
Que les
traits d'amour sont à craindre, N'aimer
aussy ny Philis, ny Silvie,
Et quand on aime bien, helas, qu'on est à plaindre
!
Jamais on n'est tranquille, on souffre mille maux,
Et châque jour on s'en fait de nouveaux.
C'est languir, c'est mener une ennuyeuse vie,
Sans douceur & sans agrément,
Mais aimer une Ingratte est le plus grand
tourment.
Colin
disoit à Lucas, Morguié
ne le souffre pas, Tout beau,
tout beau, dit Lucas,
En bûvant la chopinette,
Sçait tu bien que Perette,
Couche ailleur, quand tu t'en vas.
Ce train l'à n'est point honête,
Casse luy plutôt la tête,
Que d'ndurer ce tracas.
Et sçache ne t'en plaise,
Qu'elle va veiller chez Blaise,
Afin d'épargner nos draps.
Ah, que je
suis content, quand je vois dans mon verre, Son
Nectar, et son ambroisie
Briller çe vin delicieux,
Hébé, ny Gaminede, au Maître du
tonnerre,
N'en verserent jamais de si bon dans les Cieux.
Ne vaut pas ce vray Champenois,
Et le buffet des Dieux, ne me fait point d'envie
Quand à mon aise j'ay, je tiens table, & je
bois.
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