

Mois
d'Aoust 1678
|
A
Monseigneur
le Dauphin
Monseigneur,
Je
n'ay commencé à vous offrir le Mercure qu'en
tremblant. Je n'ay continué qu'avec cette mesme
crainte respectueuse qui me faisoit voir toute la
temerité de mon entreprise. Si je me flatois
jusqu'à croire que vous y voyiez avec plaisir une
fidelle peinture des grandes Actions du Roy, j'entrois aussi
tost dans la juste défiance que je dois avoir de moy
mesme, & je ne pouvoir jetter les yeux sur la
dignité de la matiere, que je n'euse peine à
me pardonner la foiblesse de mes expressions. Mais,
MONSEIGNEUR, apres ce que vous m'avez fait l'honneur de me
dire encor depuis quinze jours, je perds la crainte qui
m'arresttoit, & je ne puis m'empescher de travailler
avec confiance, parce que vous m'avez fait la grace de
m'asseurer que je travaille à un Ouvrage qui vous
divertit. En effet il n'y a rien de plus glorieux pour moy,
que le détail où il vous a plû d'entrer
sur tout ce qui regarde le Mercure. Vous n'auriez pas eu
cette obligeante bonté pour ce qui vous auroit
déplû, & je ne me hazarderois pas à
vous le presenter tous les mois, si vous ne m'y aviez
enhardy par la farorable reception que vous luy faites. Elle
ne me peut estre connuë sans m'attirer l'approbation du
Public. Mais, MONSEIGNEUR, ce n'est pas le seul avantage que
j'en reçois. Elle étouffe la malignité
de la Critique. Personne n'ose condamner ce qu'on apprend
que vous approuvez, & je me tiens asseuré que su
quelqu'un s'échape à le faire, ce ne sera
jamais qu'en cachant son nom. Le plaisir de satisfaire sa
jalousie, ne l'emportera point sur la crainte des reproches
qu'on luy feroit s'il se faisoit connoistre, en se declarant
contraire aux sentimens d'un aussi Grand Prince que Vous.
Quand je dis Grand, MONSIEUR, je ne regarde point les
privileges de vostre Auguste Naissance, je veux dire Grand
par Vous mesme, & par ces merveilleuses qualitez que
vous faites tous les jours briller avec un nouvel
éclat. Je ne dit que ce qui est connu de tout le
monde. Il est rare de voir un Esprit aussi
éclairé que le vostre, & des lumieres
außi vives que vous en avez. Tout ce que vous faites
est un sujet continuel de surprise. Les dernieres Courses de
Bague qui ont esté honorées de la presence de
Leurs Majestez, ont rendu témoignage de vostre
adresse. Vous vous estes montré infatigable dans cet
Exercice, & rien n'a paru plus digne d'admiration que de
vous voir emporter le Prix sur ceux esmes qui l'avoient
disputé plus d'une fois dans ces sortes de Courses,
avant que le Ciel vous eust donné à la France.
Mais, MONSIEUR, j'entre insensiblement dans une matiere, qui
toute inépuisable qu'elle est, demande de longues
reflexions pour estre traitées avec un peu d'ordre.
J'arreste l'emportement de mon zele. Je n'en craindrois rien
si mes forces pouvoient égaler le profond respect
avec lequel je suis & seray toute ma vie,
Monseigneur,
Vostre
tres-humble & tres-obeissant Serviteur,
D.
Introduction,
& Recit
d'une Feste
à Aix
en Provence
[je] remets à la fin de cette Lettre
à vous parler de Paix ou de Guerre. Selon toutes les
apparences, ce sera la Paix. Combien de Festes en feront la
suite ! Il s'en est fait une à Aix en Provence, que
je ne vous dois pas laisser ignorer. Quoy qu'elle soit d'une
fort ancienne institution, elle a eu cette année des
particularitez qui l'ont fait paroistre toute nouvelle. Vous
en trouverez la description dans la Lettre que je vous
envoye. Elle a esté écrite à un galant
Homme de cette Province par Mr l'Abbé de la Valt. Ce
nom ne vous doit pas estre inconnu. Je croy vous avoir
déjà dit que que j'avois enfin
découvert qu'il estoit l'Autheur de ces belles
Lettres sur les Enigmes qui sont au commencement de
l'Extraordinaire de Janvier. La maniere aisée dont il
sçait tourner les choses, ne vous peut promettre
qu'une entiere satisfaction de tous ce qui vient de
luy.
|
A
Monsieur
De
***, à Aix
en Provence.
On
vous a dit vray, Monsieur, en vous disant que la
Feste qu'on a de coûtume de faire icy la
veille du iour où l'on solemnise celle de S.
Iean, a esté remarquable cette année
par des circonstances qui en ont fort
augmenté l'éclat. Vous voulez que je
vous en rende compte, & je me fais un fort
grand plaisir de satisfaire vostre
curiosité.
C'est
un usage de la Ville d'Aix, que celuy qui a
remporté le Prix, abatant d'un coup de Fusil
la teste d'un Oyseau, que l'on expose quelque temps
auparavant, est declaré par les Consuls
& les autres Magistrats, Roy de la Feste, qui
se nomme icy La Bravade. Il choisit un Lieutenant
& un Enseigne, qu'il propose à l'Hostel
de Ville, & que l'on y accepte à la
pluralité des voix. Ces trois Officiers
levent chacun une Compagnie de Mousquetaires, &
tous ensemble se rendent à la Place la plus
considérable de la Ville, où le
Parlement se trouve allumer le Feu de la S.
Iean.
On
m'a appris dans la fameuse Bibliotheque de
l'Aurore, que cette Feste est une coûtume
introduite depuis l'an 1256. Lors que Charles
d'Anjou revint du Voyage de la Terre Sainte. La
fidelité de la Ville d'Aix luy servit
à rétablir l'ordre dans le Païs,
& à faire obeïr ses Voisins, qui
avoient appellé les Génois & le
Roy de Castille à leur secours. Il fut si
content de celuy qu'elle luy presta en prenant les
armes pour luy, que de ce temps-là il
établit le Prix & la Feste dont nous
parlons, pour l'entretenir dans l'Exercice de la
Guerre. Le temps, qui change toutes choses, a
introduit seulement le Fusil, au lieu de l'Arc
& des Fleches, & a augmenté
d'année en année la solemnité
de la Feste par quelque nouvelle circonstance.
Celles qu'elle vient d'avoir méritent bien
d'estre publiées.
Le
Marquis de Grignan de Castelane ayant tué
l'Oyseau, & s'estant montré digne, par
la hardiesse & l'habileté qu'il eut
à tirer son coup, d'estre fait Roy à
l'âge de sept ans, nomma des Enfans de
qualité de son page, le Marquis de Bouc de
Seguiran pour son Lieutenant, & le Chevalier de
la Garde pour son Enseigne. Ce choix fut
reçeu avec applaudissement à l'Hostel
de Ville, & vous pouvez croire qu'on en
attendit quelque chose de fort particulier. Le
Marquis de Bouc est Fils unique de Mr le Premier
President de la Cour des Comptes, qui a
toûjours aimé la gloire & la
dépense. L'enseigne est Fils d'une illustre
Veuve Madame la Présidente de la Garde, qui
sçait le monde à deux cens
lieuës de la Cour, autant que beaucoup de
Femmes qui passent leur vie à S.
Germain.
Que
l'on se represente apres cela, si l'on peut, toute
la magnificence des trois Compagnies de ces petits
Officiers. Il n'y avoit point de Mousquetaire qui
n'attirast les yeux, & qui ne les retinst
longtemps, par ses manieres. L'agreable assortiment
de leur parure faisoit paroistre dans leur
équipage toute la galanterie dont il pouvoit
estre susceptible.
Lors
que l'on regardoit la Compagnie de Grignan qui
avoit la Rouge pour Livrée, les Plumes, les
Rubans, & les Echarpes, dont les couleurs
estoient relevées par la Dentelle d'or &
d'argent, paroissoient autant de feux & de
flames. Elle avoit aussi pour Devise des Etincelles
de feu, avec ce mot, Ignis
Praesaga futuri
[*],
pour montrer que la hardiesse, l'esprit, &
l'adresse du Capitaine, qui n'estoient que des
êtincelles aujourd'huy, produiroient un jour
beaucoup de feu, & feroient un grand
éclat dans le monde.
Le
Bleu meslé au Blanc, & à toute
sorte de Point dont les Habits estoient couverts,
laissoit l'image d'une de ces admirables
dispositions du Ciel, lors que les rayons du Soleil
y embellissent la blancheur des nuages. Telle
estoit la Compagnie fort nombreuse du Marquis de
Bouc, qui avoit aussi pris le corps de sa Devise
dans le Ciel. C'estoit l'Etoile du matin, avec
cette ame, Splendescit
ab ortu
[*],
pour dire que dés son enfance il brille
déjà, & fait esperer qu'il
soûtiendra tout l'éclat de cette
Famille. La maniere dont il est êlevé
fait connoître qu'on n'oublie rien pour luy
faire meriter l'avantage d'estre un jour le
quatriéme Premier President en Provence qui
en soit sorty.
Le
Verd faisoit de la Compagnie de la Garde un
spectacle semblable à celuy de ces belles
Prairies, qui ont leur verdure
êmaillée de mille belles couleurs, ce
qui servoit mesme de corps à sa Devise;
& comme les Chevaliers sont êlevez d'une
maniere à ne devoir qu'à eux mesmes
tout le merite, on avoit donné ce demy Vers
d'Ovide à cette Devise, Per
se dabat omnia
[*].
Apres
que les Compagnies furent jointes au Palais,
où l'on alla prendre le Roy, elles se mirent
en marche dans les Ruës les plus
considérables de la Ville. Le Roy
salüoit à coup de mousquet, le
Lieutenant avec sa Pique, l'Enseigne avec son
Drapeau, & ils s'en acquitoient tous d'un si
bon air, qu'ils s'attiroient l'applaudissement de
tout le monde.
Les
Dames estoient sur les Balcons, & apres avoir
reçeu les Salves, elles prodiguoient les
plus beaux Fruits de la Saison, & les plus
excellentes Liqueurs, pour rafraîchir ces
galantes Troupes.
Elles
voulurent aussi que leurs Enfans eussent part
à cette Feste. On en choisit une Compagnie
de cinquante, que l'on habilla en Suisses, &
qui, malgré ce dêguisement,
paroissoient autant de petits Amours. On n'avoit
rien êpargné pour les embellir. Ils
estoient à la teste des Compagnies. On y
avoit meslé un Personnage burlesque.
C'estoit un Nain d'une figure fort extraordinaire.
Il a un pied de barbe, & n'en a pas deux de
hauteur. Il appartient à un Homme de
qualité, qui avoit pris plaisir à le
faire instruire à joüer de la
Halebarde. C'est un de ces Maistres, qui
sçavent metamorphoser tout leur monde en
habiles Gens.
Jamais
on n'entendit plus de Tambours, plus de Fisfres, ny
plus de Mousqueterie. Le feu estoit aussi grand,
qu'à quelqu'un de ces Sieges fameux que l'on
a veus durant le Regne.
La
nuit donna une nouvelle décoration à
cette Feste. Le Marquis de Grignan traita à
table ouverte toute sa Compagnie, & le Repas
fut suivy d'un Feu d'artifice de l'invention d'un
Liegeois, qui faisoit un Essay de celuy où
il espere estre employé, lors que la Paix
sera publiée. Cependant il y eut une
agreable Representation du Misantrope du Marquis de
Bouc. Elle vouloit se charger de cette partie de la
Feste. La Comédie fut suivie d'une
magnifique Collation, & terminée par un
Bal qui dura jusques au jour.
Tout
estoit en Feste. L'Enseigne avoit chez luy une
Symphonie admirable.
On
pouvoir prendre part aux Divertissemens
diférens que ces Officiers avoient
préparez. Leur varité donnoit un
nouveau ravissement. Les yeux qui avoient
esté enchantez ce jour-là par mille
spectacles surprenans, trouverent de nouveaux
plaisirs au Bal, dont ils furent tant contens que
de tout le reste. On voit icy les plus belles
Femmes qui soient dans dans le Royaume; & la
disposition qu'elles ont naturellement pour la
Danse, sert infinîment à mettre en
uvre tout l'éclat de leur
beauté.
Enfin,
Monsieur, tout se passa avec une si entiere
satisfaction de tout le monde, que depuis longtemps
on n'avoit point veu une si belle Feste dans la
Province. Il sera peut-estre mesme difficile qu'on
y en voye jamais une semblable.
les
Devises
& Emblemes
du Roy,
du Lieutenant
& de l'Enseigne
de la Feste
de la Bravade,
l'an 1678
|
[*]
Devise
du Marquis de Grignan de Castelane, le
Roy:
Ignis praesaga futuri
[annonciatrice
du feu futur]
Devise
du Chevalier de la Garde, le
Lieutenant:
Per se dabat omnia
[[La
terre] produisait tout
spontanément]
Devise
du Marquis de Bouc,
Enseigne:
Splendescit ab ortu
[Il
resplendit dès le lever du
soleil]
traduction
& commentaires: Jacqueline
& Alain DUC
|
|
L'Agent
de soy-mesme, Histoire
Il y a
de la destinée en bien des choses. Si vous en doutez,
ce que j'ay à vous dire vous en fera demeurer
d'accord.
|
Un
Gentilhomme de Province, venu à Paris pour
un Procés, s'estoit logé dans une
Auberge dont le Maistre le connoissoit depuis dix
ans. Il estoit bien fait de sa personne, agreable
dans la conversation, & assez riche pour
trouver des Partys fort avantageux, s'il eust voulu
donner dans le Sacrement; mais la liberté
lui plaisoit, ou plutost son heure n'estoit point
encore venuë, car quand elle frape, il n'y a
plus moyen de diférer. Sa Chambre donnoit
sur la Ruë. L'impatience de voir revenir un
Laquais qu'il avoit envoyé en Ville, luy fit
remettre la teste à la fenestre, & ses
yeux furent agreablement arrestez par une belle
Personne qui fit la mesme chose que luy dans le
mesme temps. Elle estoit dans une Chambre
opposée directement à celle du
Cavalier; & un bruit de Peuple dont elle
vouloit sçavoir la cause, l'avoit
obligée à se montrer. C'estoit une
Brune d'une beauté surprenante. De grands
yeux noirs pleins de feu, la bouche admirable, le
nez bien taillé, & le teint aussi vif
qu'uny. Le Gentilhomme charmé d'une si belle
Voisine, luy fit un salut qui luy marqua
l'admiration où il estoit. Il luy fut rendu
d'un air sérieux, quoy que fort civil; &
la rumeur ayant cessé dans la Ruë,
cette aimable Personne se retira au grand
déplaisir du Cavalier qui la regardoit de
tous ses yeux. La Porte de sa Maison qui estoit
assez petite, luy fit croire qu'il n'auroit pas de
peine à s'introduire chez elle comme Voisin,
& dans cette pensée il demanda à
son Hoste qui elle estoit, & quelles pouvoient
estre ses habitudes. L'Hostre luy apprit que depuis
un an elle occupoit une partie de cette Maison avec
sa Mere; qu'elle avoit de la naissance, & peu
de bien; qu'il n'y avoit rien de plus regulier que
sa conduite; que tout le monde en parloit avec
grande estime, & qu'il n'y avoit que des
propositions de Mariage qui pûssent obliger
la Mere à écouter les Gens comme luy.
Le Cavalier trouva le party fascheux. Il aimoit les
belles Personnes, mais non jusqu'à vouloir
épouser. Cependant il demeura ferme dans la
résolution de visiter. Il prit la Mere par
son foible, & luy ayant fait entendre qu'il luy
venoit demander sa Fille pour un Amy qui en estoit
devenu passionément amoureux, il fut receu
favorablement. Il donna du Bien & une Charge
considérable à cet Amy; & comme
il estoit Maistre du Roma, il l'embellit de tout ce
qu'il pouvoit rendre vray-semblable. L'Amy estoit
à la Campagne pour quinze jours. Des
affaires importantes l'y avoient mené, &
il devoit luy écrire le succés de sa
négotiation. On fut content de tout, pourveu
que les choses se trouvassent telles qu'on les
proposoit. La Mere s'informa du Cavalier dans son
Auberge. On luy dit qu'il estoit tres-riche, d'une
des plus considérable Maisons de sa
Province, & si fort en réputation
d'Homme d'honneur, qu'on pouvoit s'assurer de sa
parole. Cependant il joüoit un Rôle
assez délicat; mais comme il avoit de
l'esprit, il ne s'en embarrassoit pas. Il faisoit
son compte de voir la Belle le plus longtemps qu'il
pourroit sur le pied d'Agent, & croyoit sortir
d'affaire par un Amy qui feroit le passionné
pendant quelques jours, & romproit en suite sur
les Articles, mais il fut la dupe de luy-mesme
à force de voir. La taille de cette aimable
Personne fut une nouvelle beauté pour luy,
& il acheva de se perdre en l'entretenant. Sa
douceur, son honnesteté, son esprit, tout
l'enchanta. Il suposoit tous les jours quelque
Lettre de son Amy qu'il faisoit voir à la
Mere, & elle luy servoit de prétexte
pour des visites qui ne le laissoient plus maistre
de sa raison. La Belle ne s'engageoit pas moins que
luy, & il luy disoit quelquefois des choses si
passionées, qu'elle estoit contrainte de le
faire souvenir qu'il s'égaroit. Un mois
entier s'estant écoulé sans qu'il
amenast son Amy, la Mere qui craignit d'estre
joüée, le pria de ne plus revenir chez
elle, tant qu'il n'auroit que des Lettres à
luy montrer. Il se plaignit à la Belle de la
cruauté de cet ordre. Cette charmante
Personne luy répondit qu'elle vouloit bien
luy avoüer, que l'impatience de voir l'Espoux
qu'on luy destinoit, n'avoit rien qui la
tourmentast, mais qu'elle avoit ses raisons pour
n'estre pas fâchée que sa Mere luy
eust fait la défense dont il se plaignoit.
Le Cavalier comprit ce qu'il y avoit d'obligeant
pour luy dans cette réponse, & en sentit
augmenter sa passion. Il n'osa pourtant continuer
ses visites le lendemain; & ce jour
passé sans voir ce qu'il adoroit, luy parut
un siecle. Il voulut se faire violence pour en
passer encor quelques-uns de la mesme sorte, afin
de s'accoûtumer à se détacher;
mais le suplice estoit trop rude pour luy, &
l'habitude déjà trop formée.
Apres de longues agitations, l'amour l'emporta sur
l'aversion qu'il avoit toûjours euë pour
les engagemens qui pouvoient tirer à
conséquence. Il retourna plus charmé
qu'auparavant, où il connust trop qu'il
avoit laissé son cur; & pour
arrester les plaintes qu'on commençoit
déjà de luy faire, il débuta
par une Lettre de son Amy qui arrivoit ce mesme
jour, & qui devoit venir confirmer le lendemain
toutes les assurances qu'il avoit données
pour luy. Cette nouvelle fut receuë
diversement. Autant que la Mere en montra de joye,
autant la Fille en eut de chagrin. Il fut
remarqué du Cavalier qui s'en applaudit,
& qui eut la rigueur de la préparer
à là reception de l'Epoux qu'on luy
promettoit depuis si longtemps. Elle ne se sentoit
pas le cur assez libre pour se
réjoüir de son arrivée, &
passa la nuit dans des inquiétudes qu'il
seroit difficile de se figurer. L'heure de la
visite estant venuë, le Cavalier entra le
premier. La joye qu'il foit paroistre de ce qu'il
estoit enfin en état de tenir parole, fut un
mouvement sujet de chagrin pour cette belle
Personne, mais ce chagrin n'approcha point de la
surprise où elle se trouva, en voyant entrer
apres luy un Homme à manteau, & aussi
Bourgeois par son équipage & par sa
mine. La Mere le regarda, la Fille rougit, & il
ne se peut rien de plus froid que la
civilité dont elles payerent le salut
qu'elles en reçurent. Le Cavalier estoit
dans un enjoüement extraordinaire, & leur
dit cent choses plaisantes sur le sérieux
avec lequel elles recevoient une Personne qu'il
croyoit leur devoir estre si agreable. L'Homme
à manteau le laissa parler longtemps sans
l'interrompre, & ayant enfin demandé si
on ne vouloit pas dresser les Articles, il fut fort
surpris d'entendre dire à la Belle qu'il n'y
avoit rien qui pressast, & que la chose luy
estoit assez d'importance pour luy donner le temps
d'y penser. Cette réponse, & la maniere
dédaigneuse dont elle regardoit l'Epoux
prétendu qu'on luy avoit fait attendre
depuis un mois, mirent le Cavalier dans des
éclats de rire, qu'il luy fut impossible de
retenir. Ils furent tels, que la Mere & la
Fille commencerent à s'en fâcher; mais
il n'eut pas de peine à faire la paix, &
elles ne rirent pas moins que luy quand il leur eut
apprit qu'il estoit luy-mesme cet Amy dont il leur
avoit parlé, & que celuy qu'elles
voyoient estoit un Notaire qu'il avoit amené
pour dresser le Contract de Mariage. Jugez de la
joye de la Belle, qui ne s'attendoit à rien
moins qu'à une si agreable tromperie, &
qui s'estant laissée insensiblement
prévenir pour le Cavalier, ne soufroit plus
qu'avec peine qu'on parlast de la marier avec son
Amy, quelque honneste Homme qu'elle pût le
croire. Les Articles furent signez, & la grande
Cerémonie se fit un des derniers jours de
l'autre Mois.
|
Avanture
arrivée à Gennes
à un François
|
Voilà,
Madame, ce que le hazard produit quelquefois. Je
connois un Cavalier voyageur, qui auroit peut-estre
pris un pareil engagement, si on voyoit les Femmes
en Italie avec la mesme liberté qu'on les
voit en France. Il a passé une partie de
l'Hyver à Gennes. Les
réjoüissances du Carnaval y sont
grandes; Il les voulut voir, & alla pour cela
dans la belle Ruë qu'on apelle Strada nuova.
Elle est pavée de marbre de diverses
couleurs, & bordée de hauts Portiques
aussi de marbre, qui forment deux autres Ruës,
couvertes de Palais tres-somptueux. Il s'y
promenoit accompagné d'un Génois qui
s'estoit engagé à luy faire voir les
divertissemens de cette Saison. Ils consistent en
de pompeuses Mascarades, & en divers Jeux
magnifiques, en faveur desquels le beau Sexe est
dispensé pendant quelques
apres-dînées de la retraite qu'on luy
fait garder dans les autres temps. Les jeunes
Demoiselles ont permission de se mettre à
leurs fenestres pour voir ces Jeux. Elles y
paroissent dans leur plus superbes ajustemens.
L'or, l'argent, & les pierreries, y brillent en
confusion, & relevent admirablement
l'éclat qu'elles tirent de leur
beauté. Il se fait alors une infinité
de combats galans entre ces belles Personnes &
les Cavaliers qui courent les Ruës, les uns
masquez, les autres sans masque. Ces Combats se
font à coups d'oeufs qui ont esté
vuidez & remplis d'eaux de senteur. Le
Gentilhomme François ne pouvoient se lasser
de voir cette profusion de richesses qui
soûtenoit avec tant de faste le titre de
Superbe que la Ville de Gennes s'est acquise. Apres
avoir jetté quelques temps les yeux de tous
costez, il les arresta sur un Balcon où
estoit une jeune Demoiselle toute charmante. Elle
s'apperçeut de son attachement à la
regarder; & soit que la personne du
François luy plût, soit qu'elle
voulust récompenser la
préférence qu'il sembloit luy donner
par ses regards sur toutes celles de son âge,
elle luy jetta plusieurs ufs dont elle avoit
fait provision. Il en demeura tout parfumé,
& jamais il n'avoit fait tant de
revérences qu'il en fit pour remercier la
Belle de cette faveur. Il se tint toûjours en
lieu où il la pût voir tant qu'elle
parut au Balcon; & quand elle s'en retira, la
Feste fut finie pour luy. Les charmes de son
visage, & la maniere obligeante dont elle
l'avoit distingué des autres, toucherent
tellement son cur, qu'il conjura son Amy avec
des empressemens extraordinaires, d'imaginer un
moyen qui luy pust donner l'avantage de
l'entretenir. Vous jugez bien, Madame, que s'il
eust pû se faciliter quelque accés
chez elle, cette connoissance auroit des suites;
mais les Loix du Païs ont une severité
qui ne soufrent aux Hommes aucune communication
avec le beau Sexe, & il faut le contenter de
voir quand l'occasion de quelque Feste en donne le
privilege.
|
Air
Nouveau
Voicy
un Air
Nouveau
de la composition de Mr
Goüet Maistre de Musique des Dames Religieuses de
Lonchamp.
On m'a dit que les Paroles estoient de
Mr de
Lignieres.
|
Ma
raison veut que je me vange.
La jeune Caliste me change,
Ie sçay qu'un autre amant luy plaist;
Mais cette Bergere est si belle,
Que toute infidelle qu'elle est,
On me verra mourir pour elle.
|
Epistre
en Vers
Je
pourrois nommer quantité de Personnes
considérables par leurs Dignitez & par leurs
Emplois, sans en excepter mesme les Princes, qui se
connoissant du talent pour la Poësie, n'ont point
dédaigné de l'exercer. Ils n'avoient pas la
scrupule qui arreste & nostre jeune Marquis, & un
fort galant Homme que je connois. Il aime les Vers, en fait
de tres-beaux, & voudroit s'abandonner à son
génie, mais il est d'une naissance qui luy fait
appréhender qu'on ne regarde cet amusement comme une
occupation indigne de luy. C'est là-dessus qu'il a
fait la Piece que vous allez voir.
|
A
Monsieur
Epistre
Rare
& charmant Esprit dont les sçavantes
veilles
Tous les jours au Public donnent tant de
merveilles;
D'un rigoureux bon sens fidelle Sectateur,
Toy qui connoist si-bien le veritable honneur,
Souffre que mon chagrin, sans que rien le
retienne,
Appelle ta raison au secours de la mienne.
L'Art de faire des Vers, cet Art doux &
charmant,
Où l'esprit attaché s'exerce
innocemment,
N'est-il venu des Cieux que pour la Populace,
Et n'a-t-on jamais vû de Nobles au Parnasse
?
Dés mes plus jeunes ans charmé de ce
mestier
I'y perdis en secret de l'Encre & du
Papier,
Ie n'estoit pas instruit des loix de la
Grammaire,
I'aymois déjà les Vers & je
brûlois d'en faire.
L'heureux temps arriva, souhaité tant de
fois,
Où du Vers des Latins on m'expliqua les
loix.
Fier alors de sçavoir ajuster en Dactile
Ie n'esperois pas moins que d'égaler
Virgile;
Me flatant d'effacer la gloire de son nom,
I'imitois de ses Vers la cadence & le son,
Et i'avois sur le plan de sa vaste
Enéïde
Commencé les travaux d'Alexandre &
d'Alcide
Heureux sans le chagrin d'un mauvais Precepteur
Qui ne put approuver mon indiscrete ardeur.
Il m'en blâma souvent, la verge & la
férule
Reprimerent souvent ma verve ridicule.
Ces maux, ny de plus grands que j'ay depuis
soufferts,
Ne m'ont jamais rendu moins ardent pour les
Vers.
Ma Muse begayante estoit encor Latine
Quand je vis par hazard Bazajet de Racine.
Ie le lus & relus, & je m'en laissay
charmer,
Ie goustay nostre Langue & voulus rimer.
Ie quittay la Province, & pour former ma
veine
Ie suivis Apollon sur les bords de la Seine.
Le Monde cependant a blasmé mes
desseins,
I'ay servy de matiere à mille contes
vains,
Chacun de mon etude ou se rit ou s'offence.
Vieillissez, me dit-on, plutost dans
l'ignorance,
Que de joindre aux beaux noms qu'ont porté
vos Ayeux
De Poëte & d'Autheur le titre
injurieux.
Dy-moy donc, maintenant que tu sçais mon
histoire,
Si je me deshonore en cherchant de la gloire,
Si suivant un panchant que le Ciel m'a
donné,
Ie soüille par mes Vers le sang dont je suis
né.
L'ingenieux Horace & le fameux Virgile
Qu'éloignoit de la Cour leur naissance
servile,
Si virent par leurs Vers estimez & cheris,
Et du Maistre du Monde, & de ses Favoris.
Plus d'un Roy supliant briga leur connoissance,
Implora leur credit, & se fit un honneur
D'avoir de tels Patrons aupres de l'Empereur.
Ovide ne crut point mesme dans sa vieillesse
Que le titre d'Autheur fist tort à sa
Noblesse,
Ny qu'un jour tant de Vers confiez au Papier,
Pussent le dégrader du rang de
Chevalier.
Ceux parmy les Césars dont on voit que
l'Histoire
Avecque le plus d'éclat a consacré la
gloire,
Pour monter au Parnasse & faire faire des
Vers,
Se déroboient souvent au soin de
l'Univers;
Auguste le faisoit, le Grand Iule lyt mesme
A parmy ses Ecrits laissé plus d'un
Poëme.
Enfin nous avons veu ce fameux Cardinal
Dont le vaste genie à l'Espagne fatal,
Fit voir en abaissant l'Autriche trop hautaine
Un cur plus que Romain sous la Pourpre
Romaine.
Accablé qu'il estoit de mille grands
Emplois,
A rimer cependant s'amuser quelquefois.
Afin qu'aucun respect ne gesnast les suffrages,
Sous des noms empruntez il montra ses Ouvrages,
Et ne fit qu'imiter ce fameux Dictateur
Par qui Rome en Afrique établie sa
grandeur,
Dont les Vers tant de fois adoptez par Terence
Ont contre cet Autheur armé la
médisance,
Et fait dire aux jaloux qu'avec tout son Esprit
Sans le Grand Scipion Terence eust moins
écrit.
Tant d'Exemples fameux dont on feroit un Livre,
Semblent rendre innnocent l'employ que je veux
suivre;
Mais sur un faux éclat je puis avoir
jugé,
Et les choses peut-estre & les temps ont
changé.
Prononce sur ce point, je t'en fais seul
Arbitre.
Ton avis quelque jour me servira de Titre,
S'il est vray que la loy d'un cruel point
d'honneur
Ait au Noble interdit le mestier de Rimeur,
I'y renonce, & je vais dans quelque
Mestairie
Passer en Campagnard ma languissante
vie.
|
Histoire
l'Ordre
de la Liberté
des Curs
|
Il
y avoit déja longtemps qu'un petit nombre de
curs disputoient obstinement leur
Liberté contre l'Amour, résolus de la
defendre jusqu'au bout, & de repousser ses plus
dangereuses attaques.
|
Helas !
Dans quels perils un jeune cur
s'engage
Quand il ose tint resister ?
Car si l'Amour peut un jour
l'emporter,
Point de quartier, on met tout au
pillage.
|
Comme
ces curs fatigués par les Assauts
continuels de l'Amour, avoient beaucoup perdu de
leurs forces, ils furent obligez de demander du
secours à quelques autres curs qui
n'estoient point soûmis à l'Amour, ou
qui s'estoient affranchis de l'obeïssance
qu'ils y avoient quelque temps jurée; car
ils sçavoient bien que s'ils se rendoient,
leur genereuse resistance ne seroit pas un merite
pour eux aupres de l'Amour, & qu'elle ne
serviroit qu'à leur en attirer un traitement
encor plus fâcheux.
|
D'un
cur indifferent la plus belle
action
Prés de ce Vainqueur ne sert
guere,
Il a peu de discretion,
Quand il a pouvoir de tout
faire.
|
Dés
qu'ils furent fortifiez par l'arrivée de
leurs Troupes auxiliaires, l'Amour eut du dessous,
& fut contraint de lever le Siege; mais ces
curs qui n'ignoroient par que leur Ennemy
pourroit bien revenir à la charge, & qui
avoient dessein de se mettre en estat de luy
resister toûjours, jugerent à propos
de faire entr'eux une liaison étroite qui
les engageât tous à leur defense
commune. Ils n'en trouverent point autre moyen que
d'établir un Ordre Militaire qui
portât le nom de la Liberté, pour
faire souvenir ceux qui en seroient honorez, de
l'obligation où ils estoient de se defendre
sans cesse contre l'Amour. L'Ordre fut donc
appellé Ordre
de la Liberté des
Curs.
Ils privent pour Devise des Chaînes
rompües, & au dessus de la Devise estoient
écrit Liberté,
qui fut pris pour le Cry de Guerre. Cela fait, on
songea à établir un Grand-Maistre.
Les Avis furent partagez. Les Hommes & les
Femmes pretendoient également à la
Grande-Maistrise. Les Hommes disoient que les Dames
n'estoient guere propres à conserver la
Liberté dans un Coeur.
|
Quand
un Dame a dequoy plaire,
Elle a beau crier, liberté,
Ses yeux nous disent le contraire,
Et l'on écoute moins sa voix que sa
beauté.
|
Mais
les Dames répondoient
|
Si
de vos curs la tendresse est
extreme,
Et si nos yeux ont pouvoir de charmer,
Nous ne pouvons empécher qu'on nous
aime,
Mais nous pouvons nous empécher
d'aimer.
|
Les
Hommes répliquoient à
cela
|
Le
cur le plus farouche enfin devient
traitable,
Un peu d'amour l'a bien-tost adoucy,
Et dés que l'on se croit
aimable,
On croit devoir aimer aussi.
|
Si
les Hommes eussent eu moins de panchant à
prendre de l'amour, que les Dames à en
donner, la plus grande partie des voix auroit
esté de leur costé, mais la
facilité qu'ils ont à aimer n'estant
pas moins dangereuse pour la Liberté, que le
plaisir que les Dames se font d'estre
aimées, l'on ne pût résoudre
à qui l'on donneroit la Grande Maistrise.
Pour sortir de cette affaire, on trouva un milieu,
qui fut que les Hommes & les Dames
possederoient alternativement cette Charge. Si-tost
que l'Election fut achevée, on fit les
Regles qui suivent.
|
Regles
de l'Ordre de la Liberté des
curs
|
I.
Comme
la fin que l'Ordre s'est
proposée, est de faire une
guerre continuelle à
l'Amour, il est necessaire
d'avoir une grande
quantité de Chevaliers en
état de combattre. On
recevra pour cet effet tous les
curs de ceux de l'un &
de l'autre Sexe, de quelque
âge, condition &
qualité qu'ils soient,
excepté ceux qui auroient
atteint la soixantième
année, parce que tous ces
curs qui sont sur le
retour, ne font proffession
d'estre libres que faute de
pouvoir estre amoureux, & de
tels Chevaliers ne seroient
gueres capables d'augmenter la
puissance de l'Ordre.
|
Les
sentimens d'un cur sexagenaire
Sont foibles contre la beauté,
Les jeunes curs n'écoutent
guere
Ce qu'il dit pour la
Liberté.
|
II.
On
y recevra la Jeunesse dés
sept ans.
|
La
Maladie est obstinée,
On n'en guerit pas aisément;
Pour prendre de l'amour il ne faut qu'un
moment,
Pour s'en défaire il faut plus
d'une année.
|
IV.
Les
Freres & les surs
pourront se marier si bon leur
semble.
|
Le
Mariage en un seul jour
Eteint la plus ardente flâme.
Pourveu qu'on aime que sa féme
On est seur d'estre sans
amour.
|
V.
Les
Chevaliers ne pourront faire de
Combats seul à seul avec
les Sujets de l'Amour, sur peine
d'estre chassez de
l'Ordre.
|
Dans
les combats publics on se tire
d'affaire,
Le succés en peut estre
heureux,
Mais pour le cur le plus severe
Un teste à teste est
dangereux.
|
VI.
Ils
ne toucheront point aux
dépoüilles des
Ennemis, au contraire elles leur
seront rendües au
méme état qu'elles
auront esté
prises.
|
Il
ne faut point qu'on se hazarde
A garder rien de ce qu'on aura pris.
Petits presens, tendres écrits,
Sont d'une dangereuse
garde.
|
Voilà
quelles sont les principales Regles de cet Ordre.
Comme on se relâche facilement, je ne
sçay s'il n'aura pas besoin d'estre
reformé de temps en temps. A la
verité d'aimables surs avec des Freres
qui ne le sont pas moins, ne font gueres propres
à faire la guerre avec l'Amour; nantmoins il
suffit qu'ils ayent eu la force d'établir un
Ordre Militaire destiné à ce seul
employ, pour faire croire qu'ils en auront assez
pour le maintenir.
|
Vers
sur un Bouquet
Il se
fait toûjours force Galanteries en matiere de
Bouquets. En voicy un envoyé à une Belle par
le Fils d'un Auditeur des Comptes de
Dijon.
|
Allez,
heureuses Fleurs, où ce jour vous
convie,
Ne retardez pas un moment.
Pour aller sur le sein de l'aimable Silvie,
Il vous faut de l'empressement.
Que
vostre sort est doux ! qu'il est digne d'envie
!
Vous ne pouvez avoir de plus charmant
séjour.
Les Zephirs enjoüez vous baiseront sans
cesse,
Vous aurez avec vous les Graces & l'Amour,
Les Ris & la Ieunese,
Qui dans l'excés de leur tendresse
Vous caresseront tour à tour.
Heureux,
si comme vous je pouvois quelque jour,
Ioüir du beau destin qui pour vous s'interesse
!
Mais, Fleurs, je vous retiens, allez le temps vous
presse.
Portez à cette Belle avecque vos
couleurs,
Les hommages profonds du plus tendre des
coeurs.
|
Autres
Vers
sur des Fleurs
Je ne
dois pas oublier ces autres Vers qui ont esté faits
à Rennes, sur ce qu'une aimable Personne avoit mis
dans son sein des fleurs qu'elle venoit de
cüeillir.
|
Belles
Fleurs qu'en mourant vous me donnez d'envie !
L'incomparable main qui vous cause la mort,
Vous donne pour Tombeau le beau sein de Silvie.
Ah, belles Fleurs, que n'ay-je un mesme sort !
D'un semblable Tombeau j'aurois l'ame ravie,
Et quand je serois mort,
Pour mourir mille fois je reprendrois la
vie.
|
Air
Nouveau
Une
mort de cette nature, à condition de revivre
toutefois & quantes, seroit assurément
préferable aux langueurs continuelles de ces
malheureux Amans qui veulent souffrir sans qu'on le
sçache, & qui n'ont autre soin dans leurs
plaintes que de recommander la discretion aux Forests.
Ecoutez celles d'un jeune Berger que l'absence accable.
L'air & les Paroles sont de Mr
Robsard de Fontaines.
|
Ie
ne viens plus dans ces Deserts
Inviter les Oyseaux à faire des
Concerts;
Ie cherche l'ombre & le silence,
Pour me plaindre en secret des rigueurs de
l'absence.
Helas
! si je vous dis mes tourmens amoureux,
Vastes Forests, solitaires Retraites,
Au moins promettez moy que vous serez
discretes,
Et cachez les ennuis d'un Berger
amoureux.
|

Lettre
à la plus aimée & à la plus ingrate
Personne
du monde
Le uns
sont tourmentez par l'absence, & les autres par le
changement. La Lettre d'un Amant desesperé que je
vous envoyay il y a trois mois, a esté tellement de
vostre goust, qu'en ayant recouvré une seconde du
mesme stile, je croy devoir vous en faire part. Elle n'a
point d'autre Subscription que,
|
POUR
LA PLUS AIMEE
&
la plus grande Ingrate Personne du
monde,
Vous
avez enfin connu ma tendresse; mon coeur vous en a
parlé; mes yeux vous l'on fait entendre; mes
soûpirs vous l'ont exprimée; mes
assiduitez vous en ont convaincüe; vous
m'avoüastes hyer que vous m'aimez, & vous
m'avez dit aujourd'huy qu'il faut cesser de se
voir. Quel changement ! Quelle inconstance ? Est-ce
là cette foy qui devoit toûjours durer
? Est ce là cet amour qui ne devoit jamais
finir ? Ne sçavez vous aimer qu'un jour,
volage, & n'en donnez-vous pas des preuves
moins violentes ? Ay-je merité par une
extréme passion un traitement aussi injuste,
& ne devez-vous pas une plus douce
récompense à mes soins & à
mes empressemens ? C'estoit seulement pour mieux
pénetrer dans les veritables sentimens d'un
Coeur que vous ne possedez que trop, que vous
m'avez flaté des apparences trompeuses d'une
amitié sincere. Vous l'avez veu ce Coeur
amoureux & enflâmé. Il vous a
plû dans déguisement, & vous
l'accablez de la nouvelle d'une si funeste
séparation. Quels sont vos projets ? Quelles
sont vos irrésolutions ? Ou plutost quelle
destinée est la mienne, & quel est mon
aveuglement ? Quand ma passion ne commençoit
que de naistre, vous m'avez commandé de
l'étouffer. Il estoit en mon pouvoir de la
faire; elle ne l'emportoit pas encor sur ma raison.
Quand vous m'avez veu disposé à vous
obeir, vous vous y estes opposée. Vous avez
rallumé cette passion par des
espérances trompeuses. Vous l'en avez
nourrie; & quand enfin elle est à son
dernier période, que tout conspire contre
moy, que mon coeur & mon esprit sont
d'intelligence avec vous pour me perdre, vous
dites, Inhumaine, qu'il faut cesser de se voir.
Helas ! Qu'il est facile à une Amante
déguisée de tromper un Amant
passionné. Je rapelle aujourd'huy l'air
indiférent & la maniere tiede dont vous
m'avez découvert vostre feu. Ah que j'estois
aveugle de ne pas connoistre à ce peu
d'empressement les secrets de vostre trahison.
Trahison ! Non, j'ay tort de vous accuser. Vous
n'estes point coupable d'une si noire perfidie. En
effet, quelle gloire auriez-vous de passer pour une
habile Fourbe ? Vous m'avez par lé de bonne
foy. J'ay veu en vous ces manieres tendres qui
touchent & qui persuadent, & j'aurois
esté injuste si je fusse demeuré
insensible à la chose du monde la plus douce
& la plus charmante. Oüy, je n'en
sçaurois douter; vous m'aimez
toûjours, quoy que vous m'ayez dit, & ce
n'est que pour mettre mon amour à
l'êpreuve que vous m'avez commandé de
ne vous plus voir; car enfin on n'annonce point une
si fâcheuse nouvelle avec aussi peu de
précaution, & d'un ton außi
moderé que vous avez fait. Eh, au nom de
tout ce que vous avez de cher, ne me donnez plus de
ces cruelles atteintes, elles sont mortelles pour
moy. Si vous vous souvenez du moment du chagrin que
vous me fistes, & que vous remarquastes dans le
Carosse, vous jugerez aisément par là
de mon agitation. Une parole me changea. Pensez, je
vous suplie, au trouble que me doit causer ce que
vous venez de me dire. Mais que fay-je, malheureux
! Je cherche encor à me flater. Je
m'égare dans ma passion. Mon amour me
trahit, apres avoir manqué de
prévoyance. Il n'est que trop vray, Cruelle,
que vous ne n'aimez plus, ou pour mieux dire, que
vous ne m'avez jamais aimé. Il ne m'en faut
pas de preuves plus convaincantes. Me bannir
d'aupres de vous est un ordre qui ne me laisse pas
lieu d'en douter. Hé bien, j'y consens. Ma
raison vient à mon secours, je chercheray
à me guérir. Vostre exemple ne me
sera pas inutile. Je feray mes plus puissans
efforts pour vous arracher de mon coeur, chere
Perfide. Mais helas je les feray en vain; car que
peut-on sur un coeur qui n'est point à soy ?
Rendez-le moy donc au moins, Infidelle, ce coeur
entier comme vous l'avez reçeu, & n'y
laissez aucun caractere de la plus grande & de
la plus belle passion qui fut jamais. Est-ce
là, ma raison, le conseil que tu me viens
offrir ? Lâche & foible raison, laisse
moy mon amour, tout malheureux qu'il est. On ne
demande point un coeur qu'on a volontairement
donné. On n'oublie jamais ce qu'on a
aimé éperdûment, & c'est
une lâcheté dont la seule
pensée me tient lieu d'offence. Oüy,
belle Ingrate, dans l'extremité où
vous m'avez réduit, je veux vous aimer
éternellement, mais d'un amour tendre,
respectueux, sincere; & si c'est un crime de
vous aimer & de vous voir, vous ne me verrez
plus. Mon obeïssance me coûtera cher; il
y va de ma vie, je mourray misérable, mais
je mourray pour vous, & vous vivrez
satisfaite.
|
La
ressemblance, Histoire
|
Un
Cavalier, appellé pour une affaire
importante à plus de vingt-six lieuës
de Paris, faisoit voyage avec un jeune Abbé
dont il devoit épouser la Soeur à son
retour. Elle estoit belle, il l'aimoit
passionnément, & ne s'en estant
éloigné qu'avec beaucoup de chagrin,
il faisoit de grandes journées pour estre
plutost en pouvoir de s'en raprocher. Apres trois
ou quatre jours de marche, ils arriverent dans une
Ville où ils furent surpris de se voir
salüer par beaucoup de monde qui leur estoit
inconnu. Ils crûrent que c'estoit une
civilité qu'on rendoit en ces
lieux-là aux Etrangers; & sans en
chercher d'autre cause, ils descendirent dans la
premiere Hostellerie qu'ils rencontrerent. Ils
laisserent le soin de leurs Chevaux à leurs
Gens, & monterent dans une Chambre, où
ayant demandé à souper, l'Hostesse
vint sçavoir ce qu'ils vouloient qu'on leur
preéparast. A peine eut-elle jetté
les yeux sur le Cavalier, qu'elle fit un grand cry
de joye, & luy dit qu'elle n'avoit rien
à luy donner; qu'il falloit qu'il allast
loger chez sa Femme qui avoit esté
inconsolable depuis trois ans qu'il estoit party;
qu'elle avoit fait écrire par tout pour
tâcher d'avoir de ses nouvelles; que celuy
qu'il croyoit avoir laissé mort, se portoit
le mieux du monde, & qu'il n'y avoit eu rien de
plus innocent que la partie de Promenade où
il l'avoir surprise avec luy. Le Cavalier qui ne
comprenoit rien à ce qu'on luy disoit,
regardoit l'Abbé. L'Abbé se
divertissoit de l'Avanture, & feignoit d'entrer
dans les sentimens de l'Hostesse, comme luy ayant
dit sur le chemin, qu'il ne devoit point passer par
ce lieu-là, s'il n'estoit dans le dessein de
se réconcilier avec sa Femme. L'Hostesse
adjoûta beaucoup de choses à ce
qu'elle avoit déja dit, & le tout fit
comprendre au Cavalier qu'il ressembloit au Mary
dont il estoit question; que ce Mary
soupçonnant sa Femme de galanterie, s'estoit
fait une affaire avec quelque Amant; qu'il l'avoit
blessé, & que la crainte des poursuites
d'une Prairie trop puissante l'avoit obligé
de fuir sans qu'il eust fait sçavoir
à sa Femme de quel costé il estoit
tourné. L'Abbé continuoit à
faire sa joye de cette rencontre, & demandant
des nouvelles de la Dame à l'Hostesse, il
apprit le nom de deux Enfans qu'elle avoit, &
d'autres secrets fort importans à
sçavoir pour le Cavalier, s'il luy eust pris
envie de passer pour ce qu'il n'estoit pas.
L'Hostesse qui crût que la froideur avec
laquelle il luy répondoit, estoit
causée par quelque reste de jalousie,
s'obstinoit si fort à ne luy vouloir point
donner à souper, que pour venir à
bout d'elle, il fut obligé de luy promettre
qu'il iroit voir sa Femme le lendemain, prenant
pour prétexte du retardement, le besoin
qu'il avoit de la nuit pour resver à une
réconciliation de cette importance. Il
croyoit estre quite de cette persécution,
quand la Dame entra elle-mesme, & vint
embrasser le Cavalier avant qu'il n'eust eu le
temps de jetter les yeux sur elle. Une fort aimable
Personne l'accompagnoit. Elle embrassa le Cavalier
à son tour, & il se vit traiter de Mary
& de Frere dans le mesme temps. Quelques-uns de
ceux qui l'avoient salüé dans la
Ruë, les estoient venus avertir de son
arrivée; & comme la Dame croyoit luy
avoit donné quelque lieu de se plaindre de
sa conduite, il n'est point d'avances qu'elle
n'eust faites avec joye pour se remettre bien avec
luy. Ainsi elle ne diféra point à
venir où elle apprit qu'il estoit. Elle
joignit les pleurs aux embrassemens les plus
touchans; & le Cavalier qui estoit civil, &
qui eust bien voulu la desabuser, ne sçavoit
comment se défendre de ses caresses. Elle
avoit beacoup d'agrément dans sa personne,
le tein vif, la taille bien faite, & les
privileges de Mary que luy assuroit le personnage
qu'il ne tenoit qu'à luy de joüer,
estoient de grandes amorces pour un Homme qui
n'eust pas esté préocupé. Mais
la Soeur de l'Abbé qu'il devoit
épouser à son retour, avoit fait de
trop fortes impressions dans son coeur pour le
laisser capable de s'oublier. Cependant la Dame
faisoit toutes les instances possibles pour
l'obliger à venir chez elle. La jeune Soeur
du Mary qui l'avoit accompagnée, conjuroit
l'Abbé de joindre ses prieres aux siennes,
afin de faire cesser un divorce qui n'avoit
déja que trop éclaté. Elle
estoit toute belle, avoit de l'esprit, & sans
les conséquences du raccommodement,
l'Abbé auroit esté fort aise de
s'arrester quelques jours dans un lieu où il
auroit eu toute liberté de la voir. Tout ce
qu'il pût répondre fut, que si le
Cavalier l'eust voulu croire, il auroit esté
descendre tout droit chez la Dame, mais que le
passé luy tenoit encor un peu au coeur;
& en mesme temps comme il cherchoit
toûjours à se divertir, il demanda des
nouvelles des deux Enfans dont l'Hostesse luy avoit
appris le nom. Toutes ces choses qui avoient raport
avec l'Histoire du Mary, & qu'il sembloit que
l'Abbé ne pouvoit avoir sçeuës
que du Cavalier, le mettoient hors d'estat d'estre
crû, quand il auroit dit qu'il n'estoit pas
ce qu'on le pesoit. L'Abbé e
réjoüissoit de son embarras. La
froideur du Cavalier ne rebutoit point la Dame.
Elle croyoit l'avoir merité &
tâchoit de la faire cesser par des
tendresses. Enfin comme elle voulut venir à
un éclaircissement qu'il luy auroit
esté inutile d'écouter, il crût
se tirer d'affaire, en l'assurant qu'il ne se
souvenoit plus de ce qui les avoit tant de fosi
broüillez, & la priant de luy laisser
faire un voyage de huit jours qui luy estoit de la
derniere importance; apres quoy il reviendroit la
trouver pour vivre avec elle dans toute l'union
qu'elle pouvoit souhaiter d'un Mary qui l'avoit
toûjours aimée. La Dame luy dit en
soûpirant, qu'elle ne pouvoit l'empescher de
faire tel voyage qu'il luy plairoit, mais qu'elle
ne le quiteroit point jusqu'à son depart,
& que puis q'il n'y avoit pas moyen de le tirer
de l'Auberge,, elle y souperoit avec luy. Le
Cavalier y consentit avec joye, & ordonna qu'on
servist tout ce qu'on pourroit trouver de meilleur.
Le Party accommodoit tous les deux. La Dame le
regardoit comme un commencement de reconcialiation
qui luy faisoit esperer qu'en soupant elle
gagneroit davantage, & le Cavalier en avoit
plus de temps à chercher comment il
viendroit à bout de la convaincre qu'il
n'estoit pas son Mary. L'Abbé estoit le plus
content de tous. Outre ce qu'il trouvoit de
plaisant dans la continuation de l'Avanture, il
avoit la joye d'entretenir une fort aimable
Personne qui n'avoit pas moin d'esprit que de
beauté. Le Soupé fut servy. On se mit
à table, & le Cavalier ayant
commencé à couper la viande, la Dame
fit un haut cry, & quita brusquement la place
qu'elle avoit prise. La Demoiselle se leva comme
elle, & luy ayant demandé le sujet de
l'étonnement qu'elle faisoit remarquer, la
Dame luy parloit à l'oreille, & apres
qu'elle luy eut fait regarder ce qui l'avoit mise
dans la surprise où on la voyoit, elles
voulurent toutes deux sortir de la Chambre. Le
Cavalier les arresta. L'Abbé se joignit
à luy, & il fut question de dire ce qui
les obligeoit d'en user ainsy. La Dame n'osoit
presque lever les yeux sur le Cavalier. Elle luy
avoit fait des caresses qui l'obligeoient de
rougir, & il ne sçavoit que juger de son
silence quand la Demoiselle qui le regardoit
attentivement, commeça de dire qu'il n'y
auroit eu personne qui n'y eust esté
trompé. Ces paroles luy firent connoistre
qu'on ne le prenoit plus pour le Mary. Il luy
ressembloit si fort pour tous les traits du visage,
qu'aucune des deux ne seroit sortie d'erreur, s'il
n'eust pas montré sa main. Le Mary avoit
perdu un doigt qu'on avoit esté
obligé de luy couper; & soit que le
Cavalier n'eust point osté ses Gands avant
le Soupé, soit qu'il i eust eu quelque
obscurité dans la Chambre, la Dame ne
s'estoit apperceuë qu'il avoit la main entiere
que dans le commencement du Repas. Une autre
qu'elle auroit eu la mesme surprise & le mesme
chagrin de s'estre laissée tromper. La
tromperie estoit neantmoins fort innocente du
costé du Cavalier. Aussi luy parla-t-il
d'une maniere si honneste, qu'elle avoüa qu'il
n'avoit pas tort. Les civilitez de l'Abbé
acheverent de calmer son trouble, & il luy fut
impossible de refuser aux prieres de l'un & de
l'autre la grace qu'ils luy demanderent de demeurer
à souper. Comme l'Avanture estoit fort
extraordinaire, elle servit d'entretien le reste du
soir; & l'Abbé, tout Abbé qu'il
estoit, ne pût s'empescher de plaisanter sur
le péril où des traits si ressemblans
auroient exposé la Dame, si un mal honneste
Homme avoit eu les avantages dont le Cavalier avoit
fait scrupule de profiter. LA fideloité
qu'il devoit à une Maistresse dont il estoit
fortement aimé, luy servoit de
préservatif contre une tentation de cette
nature. Il avoit d'ailleurs un Témoin qui
luy pouvoit nuire, & il n'y auroit pas eu de
seûreté pour luy à faire un
faux pas. L'heure de se séparer estant
venuë, le Cavalier remena la Dame chez elle.
L'Abbé donna la main à la jeune
Soeur; & ce qu'il y eut de particulier, c'est
que les deux Enfans estant accourus à la
porte, prirent le Cavalier pour leur Pere, & le
forcerent à les embrasser. Il les carressa,
revint à l'Auberge, & rit quelque temps
avec l'Abbé de l'embarras où l'auroit
mis l'obstination de la Dame, si l'incontestable
marque d'un doigt coupé ne l'eust point
chassée. Il partit le lendemain d'assez bon
matin, mais ce ne fut pas sans trouver quelques
Creanciers du Mary qui l'attendoient dans la
Ruë. Il les paya tous en ostant son Gand.
L'accident du doigt perdu estoit connu de toute la
Ville, & il ne falloit rien autre chose que
montre sa maon pour faire connoistre qu'il n'estoit
pas celuy qu'ils cherchoient.
Voila,
Madame, ce qu'on m'assure estre vray dans toutes
ses circonstances. Le Cavalier ne vous
sçauroit estre inconnu, & je vous
satisferay sur son nom quand il vous
plaira.
|
Conte
en Vers
J'ay
receu un nouveau Conte de celuy dont vous en avez
déja veu quelques-uns. Leur stile naïf vous a
plû, & j'espere que vous ne serez pas moins
contente de ce dernier, que vous l'avez esté des
premiers.
|
Chaque
Peuple a ses Loix; le luxe dans Athenes
Estoit puny, point de défenses vaines.
Sur tout point de pompeux habits,
Solomon défendoit l'usage;
Ils sçavoit [sic] que le luxe
amollit le courage.
Dans les Spectacles mesme il n'estoit pas
permis
D'estre en Robe d'étofe teinte,
D'abord l'amende, & souvent pis.
A l'Intendant des Ieux un jour on porta plainte
Qu'un Homme en cet habit venoit d'estre
surpris,
Et de cette Sage Ordonnace
Il alloit subir la rigueur,
Lors que quelques-uns par bonhueur
Du Bourgeois accusé connoissant
l'intellignce,
Fort justement dirent à haute voix
Qu'il ne pouvoit avoir enfraint les Loïx,
Et d'aucun luxe au fond estre coupable.
On éclaircit la chose; il estoit
veritable
Qu'un cerain Riche ayant veu de Bourgeois
A demy-nu tout comme un miserable,
De cette Robe un peu trop remarquable
Luy fit present, & luy ne s'en servit
Que Faute de plus simple habit.
Ne donnons point dans l'apparence
Quand nous voyons hors d'oeuvre un Blonfin se
guinder,
Et loin de nous persuader
Que son air fastueux marque son opulence,
Concluons en son indigence,
Et disons d'un semblable esprit,
C'est
justement ce Grec qui n'ayant qu'un habit
N'en peut changer selon la
bien-seance.
|
Air
Nouveau
Je vous
envoye un troisiéme Air que j'ay reçeu de
Poitiers. Il est de Mr
Bessant.
|
Recit
de Basse
Non,
non, disoit un Biberon,
Non, je n'aime point tant l'ombre de ces
Bocages,
Que celle d'un nouveau Bouchon.
Rien n'y soulage mon chagrin:
Oyseaux, vous y chantez en vain,
Tous vos concerts, tous vos ramages,
Ne valent pas le chant d'un seu Crieur de
Vin.
|
Rondeau
à Mr
le Duc
du Maine
Il y a
longtemps que je ne vous ay fait voir de Rondeau. En voicy
un sur un sujet fort particulier. M' Robbe nourrissoit un
petit Loup privé qu'il avoir promis à Monsieur
le Duc du Maine; & comme ce jeune Prince l'attendoit
impatiemment, il vint à Paris, & le trouva
étranglé dans le temps qu'il croyoit le faire
porter à S. Germain. Ainsi il ne pût que donner
ce Rondeau ai lieu du Loup.
|
A
monsieur le Duc du Mayne
RondeauAu
Loup fust-il exposé sans quartier,
Le Chien maudit, le barbare meurtrier
Du petit Loup que par mon industrie
I'avois rendu traitable & familier,
Pour augmenter vostre Ménagerie.
Hier
en passant seul dans ma Gallerie,
I'oüis d'abord comme un Chien abboyer.
Dans la Cuisine, & mon Valet crier
Au Loup.
Lors
à grands pas descendant l'Escalier,
I'en vis sortir un grand Chien de Meusnier,
La gueule en sang & les yeux en furie;
I'entray, mais las ! ce Dogue carnacier,
A belles dents avoit osté la vie
Au Loup.
|
Madrigal
Le
Madrigal qui suit est aussi de Mr
Robbe.
Souvenez-vous quand vous le lirez, que c'est le Magistrat de
Basle qui parle à Mr le Mareschal de Créquy
apres la défaite des Impériaux sur le Pont de
Rhinfeld.
|
En
vain, Grand Mareschal, vostre rare prudence
Veut empescher que nos Bourgeois
Ne donnent, malgré ma deffence,
Passage aux Ennemis du plus puissant des
Roys.
Vous
voyez qu'aujourd'huy vostre valeur vous trompe;
Il n'est Retranchement, ny Fort,
Il n'est Fossé profond, ny Rampart assez
fort,
Il n'est aucun obstacle enfin qu'elle ne
rompe.
Pendant
que nous veillons pour vous,
Et que sur nostre Pont nous faisons bonne
garde,
Nous regardons dessus, & ne prenons pas
garde,
Que ces fiers Ennemis abbatus sous vos coups,
Par monceaux dans le Rhin viennent paßer
dessous.
|
Sonnets
J'oubliay
à vous faire voir dés l'autre Mois les deux
Sonnets que je vous envoye. L'un est de
Mr
Valete -d'Usés,
sur la rapidité des Conquestes de sa
Majesté; & l'autre sur la Suspension d'armes
qu'Elle avoit accordée aux Hollandois.
|
Grand
Roy, dont la valeur égale la sagesse,
Prince dont le seul nom fait trembler
l'Univers,
Si ma Muse paroist trop hardie en ces Vers,
Son zele en est la cause, & non sa
hardieße.
Apollon
est luy-mesme accablé de foiblesse
Pour vous avoir suivy dans les plus froids
Hyver.
Arrestez donc, Grand Roy, tous ces Exploits
divers,
Triomphez à loisir, il n'est rien qui vous
presse.
Quand
vous aurez conquis le Monde tout entier,
Que fera vostre bras s'il n'est plus de Laurier
?
Vous languirez, Grand Roy, dans une Paix
profonde.
Ainsi
ne soyez pas si rapide Vainqueur,
Nos Muses cependant reprendront leur vigueur,
Vous vaincrez assez tost s'il vous suffit d'un
Monde.
|
Autre
Sonnet
|
Qu'on
ne me chante plus cette Valeur guerriere,
Ny les faits éclatans de tant de
Demy-Dieux,
Tout fléchit sous le bras d'un Roy
victorieux,
Qui trace de sa main le plan de sa
carriere.
L'Hyver
le voit toûjours voler sur la Frontiere,
Porter par tout l'effroy, surprendre tous les
yeux,
D'une boüillante ardeur penetrer en tous
lieux,
Tout couvert de Lauriers, de sang de
poussiere.
Tant
de Peuples armez au bruit de ses exploits,
Cette Ligue tremblante, & la Flandre aux
abois,
Sont d'illustres témoins de l'éclat
de sa gloire.
Iamais
vit-on Vainqueur, apres des coups si beaux,
Arrester pour la Paix le cours de sa Victoire ?
LOÜIS seul sçait par là
couronner ses travaux.
|
|

|
Rondeau
Les
premieres nouvelles qu'on eut des ofres que le Roy faisoit
pour faciliter la Paix, furent un si grand sujet de joye,
qu'on n'attendit point que le temps de la Suspension d'armes
fust expiré pour en faire des
réjoüissances à Jenville en Beauce
[1678]. Toute la Noblesse voisine s'y assembla. La
Feste commença par la Representation d'une Comedie,
apres laquelle il y eut un grand Festin. Rien n'y manqua de
ce qui le pouvoit rendre agreable. Il fut suivy du Bal. Les
Dames y estoient magnifiques. Leur parure donnoit un nouvel
éclat à leur beauté, & jamais les
yeux n'eurent tant de lieu d'estre satisfaits. On passa la
plus grande partie de la nuit à danser, & on
auroit continué jusqu'au jour, sans un Feu de joye
qui avoit esté préparé. Ce
Divertissement fit cesser le Bal. On tira plus de cent
Fusées. Elles partirent toutes avec tant de
rapidité, que'elles furent veuës de Chartres
& d'Orleans.
Si
l'espérance qu'on avoit conçeuë de la
Paix, a pû donner lieu à de pareilles
réjoüissances, que ne doit-on point attendre de
la Paix signée ? Jamais le Roy n'a mieux
merité le Nom de Grand, que par l'effort qu'il s'est
fait en faveur des Peuples. Tout le monde en parle, tout le
monde l'admire, & c'est ce qui a donné lieu
à ce Rondeau.
|
Le
nom de Grand est un nom de mistere,
Que chacun craint & que chacun
révere,
Qui [?] luy seul ce que peut la Valeur
Qui fait le prix & la gloire d'un coeur,
Qui ne connoist rien d'impossible à
faire.
De
Iupiter c'est l'illustre salaïre,
Pour avoir mis les Titans en poussiere,
De pouvoir joindre au titre de Vainqueur,
Le Nom de Grand.
Un
Roy qui veut toûjours agir en Pere,
Comme LOÜIS qui s'occupe à
défaire
Les Ennemis des Dieux & e l'honneur,
Qui fait la Paix au fort de son bonheur,
A sçeu remplir d'une auguste maniere,
Le Nom de Grand.
|
Avanture
d'une Belle
morte d'amour
"Une
violente passion couste quelquefois la vie, ce que je vay
vous dire en est une preuve".
Voicy l'Avanture en peu de mots.
|
Un
Cavalier bien fait, galant, spirituel, &
dangereux pour les Dames, trouva moyen de se faire
aimer d'une Fille de qualité. Elle estoit
belle, & avoit assez de bien pour le rendre
heureux; mais ses Parens n'estoient pas faciles,,
& s'il falloit prendre de grandes
précautions pour ne laisser pas
éclater cet amour avant le temps. Ils se
virent avec le plus de secret qu'ils pûrent,
& se ménagerent si bien, que les soins
que le Cavalier rendit à la Belle, furent
imputez à la seule complaisance qu'on doit
au beau Sexe. Cependant il se rendit si bien
maistre de son coeur, que rien ne fut capable de
l'en détacher. L'absence mesme qui affoiblit
les plus fortes passions, ne fit qu'augmenter celle
de cette aimable Personne; & pendant cinq
années qu'elle passa sans le voir, elle eut
pour luy tout ce qu'on peut avoir pour ce qu' on
aime avec le dernier attachement. Les Lettres
adoucissoient leurs chagrins, & ils les
soulageoient en se rendant compte de leurs plus
secretes pensées. La Belle ne laissoit pas
d'accuser quelquefois le Cavalier d'aimer moins
qu'il n'estoit aimé. Quoy que le reproche
fust obligeant, il estoit injuste; mais enfin quand
les Femmes aiment veritablement, leur tendresse a
de certaines manieres de s'exprimer qui l'emporte
sur toutes les asseurances que peuvent donner les
Hommes, & il semble qu'elles aiment avec plus
ed force, parce qu'elles ont plus d'art à
faire paroistre ce que l'amour leur a fait sentir.
La Belle perdit son Pere pendant qu'elle fut
éloignée de son Amant; & comme sa
Mere l'avoit toûjours fort aimée, elle
crût ne risquer rien en priant le Cavalier de
satisfaire l'impatience qu'elle avoit de le revoir.
Il accourut, & se servant du prétexte
dont il estoitconvenu avec sa Maistresse, il la
vint trouver dans une Maison de Campagne, où
la Mere le reçeut avec beaucoup de
civilité. Il y passa quatre jours, pendant
lesquels l'amour de la Belle s'accrut avec tant de
violence, qu'elle ne se pouvoit plus
résoudre à s'en séparer.
C'estoit pourtant une necessité
absoluë. Outre les affaires qui le
rappelloient au lieu qu'il avoit quitté, la
bienséance ne soufroit pas qu'il demeurast
plus longtemps dans cette Maison. C'eust
esté découvrir ce qui l'avoit
amené; & dans l'état où
estoient les choses, l'interest de leur amour les
obligeoit encor au secret. Ainsi le Cavalier fit
ses adieux à la Mere. La Belle ne les voulut
point recevoir, & prétendit, comme
c'estoit seulement le lendemain qu'il devoit
partir, que la nuit luy feroit imaginer quelque
prétexte de demeurer encor quelques jours.
Le Cavalier qui sentit combien cet adieu luy seroit
sensible, jugea à propos de s'en
épargner la douleur. Il partit de tres-grand
matin sans revoir la Belle. la précipitation
de ce départ la surprit si fort, qu'elle fut
saisie d'un tremblement qui luy ostat la parole.
Elle croyoit l'avoir arresté en refusant de
luy dire adieu; & le peu de complaisance qu'il
sembloit avoit eu pour elle, luy fit penser cent
choses qui la tourmenterent, & qu'elle ne
devoit point du tout penser. Elle rappella les
reproches qu'elle luy avoit faits de ne luy marquer
pas assez l'amour dans ses Lettres, & s'estant
mis en teste qu'il ne l'avoit quittée que
parce que sa tendresse estoit affoiblie, elle tomba
dans une pâmoison qui fait accourir tout le
monde à son secours. Sa Mere qui l'aimoit
tendrement, se desesperoit. On employa toute sorte
de remedes pour la faire revenir, & enfin on en
vin à bout. La fievre la prit, &
dés le soir mesme cette fievre luy causa un
transport qui ne la laissa plus maistresse de sa
raison. Elle parla, & le nom du Cavalier
repeté cent fois, fit connoistre l'amour
qu'elle avoit pour luy. Elle demandoit souvent
pourquoy il l'avoit si vruellement
abandonnée, & elle n'estoit sensible
qu'aux assurances qu'on luy donnoit qu'il
arriveroit bientost. On avoit lieu de la croire. La
Mere qui auroit tout fait pour tirer sa Fille de
l'état dangereux où elle estoit,
n'eust pas plutost connu que la cause de son mal
venoit de l'éloignement du Cavalier qu'elle
envoya apres luy à toute bride. Le Transport
cessa. La Belle fut foirt surprise d'apprendre ce
qui luy estoit échapé. Sa MeEre la
consola, luy promit de consentir à son
Mariage malgré l'inégalité du
Bien, & luy fit sçavoir les ordres
qu'elle avoit donnez pour faire revenir le
Cavalier. Mais toutes ces choses furent inutiles.
La fievre ne diminua point, & le saisissement
qui l'avoit causée trancha les jours de
cette belle Personne avant que son Amant fut
arrivé. Jugez de son desespoir quand il
sçeut la perte qu'il venoit de faire. Il fut
tel que la Mere toute accablée qu'elle
estoit, ne pût se défendre de le
consoler. Elle l'arresta chez elle, & le
regardant comme le Mary de sa Fille, elle ne
troubvoit de soulagement à ses douleurs,
qu'en s'entretenant avec luy du sujet qu'ils
avoient tous deux de s'affliger. Il est encor chez
elle, cette Dame n'ayant point voulu le laisser
partir. Elle le traite comme son Fils, & luy a
fait mesme promettre que s'il se resolvoit à
se marier, il accepteroit une Femme de sa main.
Beaucoup de Belles luy voudroient bien faire
oublier son premier amour, mais ce sont des
impressions qui ne s'effacent que par un long
temps, & la memoire de ce qu'il a perdu luy est
trop chere pour le laisser capable de prendre
si-tost un nouvel engagement."
|
Avanture
d'une Nourrice
morte de joye
On
meurt de joye comme on meurt de douleur. Quoy que la preuve
que je vous en vay donner soit d'une Personne dont la
condition est très-médiocre, elle ne laisse
pas de faire connoistre la verité de ce que je vous
dit.
|
Madame
la Duchesse de Lesdiguieres voyant approcher le
temps de ses Couches, arresta une Nourrice il y a
quelques jours. Les Medecins l'avoient
approuvée, & les avantages de nourrir le
premier Enfant d'une Personne de cette
qualité estoient grands, on luy promettoit
en employ considérable pour son Mary, &
Madame la Duchesse recevoit une petite Fille
qu'elle avoit à son service. Un si heureux
changement dans sa fortune luy donna un si grand
sasissement de joye, qu'elle en mourut dés
le lendemain.Cet exemple n'est pas nouveau, &
ce qui est arrivé de nos jours à
Mademoiselle de Grasset est encor plus singulier.
Elle estoit Fille d'un Conseiller de la Cour des
Aydes de Montpellier; & aimoit avec beaucoup de
passion un fort galant Homme qui n'en avoit pas
moins pour elle. Des raisons de Famille obligerent
les Parens de l'un & de l'autre à
refuser leur consentement à ca Mariage. Ces
obstacles ne servirent qu'à augmenter leur
amour. Enfin apres sept années
d'épreuves, les Parens s'estant laissez
fléchir, on prit jour pour la signature du
Contract. La Demoiselle en eut tant de joye,
qu'apres avoir écrit Marie de Gras... elle
n'eust pas la force d'achever son nom, & mourut
la plume à la main.
|
Courses
en Bague
faites à S.
Germain
Monseigneur
le Dauphin s'est exercé depuis quelques mois à
courre la Bague en presence de Leurs Majestez, avec les
principaux Seigneurs de la Cour. Il y eut trois Prix, dont
le premier fut une Epée d'Or donnée par la
Reyne, & emportée par Mr le Marquis de Dangeau.
Le second estoit une Echarpe en broderie que donna le Roy.
Monseigneur le Dauphin la gagna. Mr le Mareschal Duc de la
Feüillade eut le dernier Prix. C'estoit une Boëte
à Portrait donné encor par le Roy. Ceux qui se
sont fait le plus remarquer en les disputant, ont
esté Monsieur le Prince de Conty, Monsieur le Prince
de la Roche-sur-Yon, &c.Trois choses les faisoient tous
admirer, la propreté, la bonne mine, &
l'adresse.
Motet
du Sieur Paolo Lorenzani chanté devant Leurs
Majestez
Je ne
sçay, Madame, si le nom de Paolo
Lorenzani, Romain
a esté jusqu'en vostre Province. Il estoit Maistre
de Musique à Messine, & a suivy les
François à leur retour. Il a chanté un
Motet de sa composition devant le Roy.Sa Majesté le
trouva si beau, qu'elle se le fit chanter jusqu'à
trois fois, & ordonna une somme considérable pour
son Autheur, auquel elle a fait chanter ce mesme Motet deux
autres fois depuis ce temps-là. Ainsi il a
esté entendu cinq fois, & toûjours avec
grand applaudissement des Connoisseurs. Il est certain que
la maniere Italienne a quelque chose de particulier pour la
Musique, qui la fait trouver toute agreable. Cela se peut
voir par cet Air Italien que le Roy ne pouvoit se lasser
d'entendre, & qu'on luy a veu admirer toutes les fois
qu'il l'a entendu. Vous l'allez trouver icy noté. Il
est de feu Mr
l'Abbé de la Barre,
Organiste de la Chapelle du Roy, & assez beau pour
faire vivre sa memoire éternellement. Quelques Gens
ont voulu faire passer pour estre de Luigi
Rossy,
& ont mesme mis son nom au bas de quelques Copies. Je
ne sçay quelle raison les a obligez d'en user ainsi,
mais cet Air estant veritablement de feu Mr de la Barre, ils
ne pouvoient porter un témoignage plus glorieux de
ses Ouvrages, qu'en leur donnant pour Autheur un des
Maistres qui s'est acquis le plus de réputation en
Italie. Voicy les Paroles de cet Air.
|
Air
Italien de feu Mr l'Abbé de la
Barre
|
|
|
|
|
Dolorosi
pensieri,
Ch'affligete il mio cor di pene atroci,
Siate contro me vièpiu feroci.
Piu non bramo piacere,
Bramo sol il mio cor tutto penoso;
Chi a perduto il suo ben, non ha riposo.
|
Pensers
douloureux
Qui affligez mon coeur de peines atroces,
Vous êtes de plus en plus cruels envers
moi;
Je n'aspire plus à aucun plaisir,
Je désire seulement mon coeur, tout
douloureux;
Qui a perdu ce qu'il aime, n'a plus de
repos.
|
|
|
|
traduction:
Jacqueline & Alain
DUC
|
|

|
Explications
des Deux
Enigmes
en Vers
du Mois
Dernier
Je
passe aux Enigmes du dernier mois. Mr
le Garrel de Nogaro
l'a expliquée dans son vray sesn par les Vers qui
suivent.
|
Vous
faites le portrait d'un mechant Compagnon,
Et d'un fort dangereux Compere,
Dans l'Enigme, dont le mystere
Doit s'entendre d'un Champignon.
De
la Terre qui le produit
En grand diligence il sort sa grosse teste,
Car c'est toûjours dans une nuit
Qu'il vient, & trop souvent pour troubler
quelque feste.
De
ses Freres bastards il a l'humeur traistresse;
Aussi le Proverbe ancien,
Dit que le meilleur n'en vaut rien.
Ie connois bien des Gens de cette
espece.
|
Voyez
ces Vers de Mr
Gardien, Secretaire du Roy.Vous
y trouverez le vray Mot de la seconde
Enigme.
|
Quelle
Enigme est-ce icy, comment la deviner ?
I'ay beau resver & ruminer,
Iurer cent fois par Sainte Barbe,
De dépit me mordre les doigts,
Me tirer les poils de la Barbe.
La
Barbe
! Ah, tout de bon ie la tiens cette fois,
Il n'est rien qui mieux y réponde,
Oüy parbleu c'est la Barbe, ou je veux qu'on
me tonde.
|
Nouvelles
Enigmes
Ces
deux nouvelles Enigmes que je vous envoye, serviront
d'exercice & de divertissement aux Belles de vostre
Province.
|
Mon
corps de bizzare figure,
Etale quelquefois une riche parure;
Et quoy qu'avec plaisir il arreste les yeux,
Ce n'est gueres par là qu'il plaist aux
Curieux.
De Langues j'ay grand nombre, & nay point de
langage.
Ie ne fut point sans ame, & suis
inanimé,
Des choses à mon gré je fais changer
l'usage;
Ce terrible Métal dont l'Homme s'est
armé,
Qui couste tant de sang & cause tant
d'alarmes,
Est l'heureux instrument qui fait sentir mes
charmes;
Et la plume qui sert aux Oyseaux à
voler,
Ne me sert qu'à parler.
|
Autre
Enigme
|
Bien
que je sois sans mains
Aussi bien que sans yeux,
Ie conduis si bien mon ouvrage,
Que le plus adroit, le plus sage,
Ne le pourroit pas faire mieux.
I'agis
toûjours également,
Mais il me faut une femelle;
Car si ie travaillois sans elle,
Ce seroit inutilement.
Ie
suis presque toûjours chez les Gens de grand
bien,
C'est là que souvent ie travaille.
Quand je suis parmy la Canaille
Ie deviens paresseux & ne fais quasi
rien.
Ie
ne me cache point, je fais ce que je pui
Afin de me faire connoistre,
Car outre qu'on sçait bien où je dois
toûjours estre,
A m'entendre on sçait qui je
suis.
|
Reponse
à l'Enigme
Visuelle
Plusieurs
ont expliqué l'Enigme
du Serpent d'Epidaure
dans son vray sens... C'est en effet
l'Orvietan.
Rien ne le represente mieux que les Fleurs qu'on jette
pour rendre honneur à Esculape caché sous la
figure du Serpent, puis que ce Contrepoison est
composé de chair de Serpent & de Simples. Ainsi
le Magistrat qui jette ces Fleurs, est l'Operateur qui le
compose; & les Mimes, Pantomimes, & Danceurs, sont
les Saltimbanques dont il se sert pour en faire la
distribution dans les Villes. Je vous ay déja dit que
les Languissans couchez par terre, representoient les
Malades.
Nouvelle
Enigme
Visuelle
La
Statuë de Memnon
est la nouvelle Enigme que je vous propose.
Memnon
estoit Fils de l'Aurore
& de Titon.
Il vint secourir Priam
pendant la guerre de Troye, & fut tué par
Achille.
Sa Statuë rendoit des Oracles si-tost qu'elle estoit
frappée par les raysons du Soleil. Elle estoit
souvent consultée, & c'est ce qui est
représenté par ce Vieillard qui la montre
à ceux qui viennent chercher quelques eclaircissemens
dans leur fortune.
Envoyez
vos réponses à nostre adresse:
contact@livretsbaroques.fr
|

|
Air
Nouveau
La Paix
qui nous va produire tant de biens, a fait faire les Paroles
que je vous envoye. Elles ont esté mises en Air
par Mr
de Riel,
connu pour un des plus consommez que nous ayons dans la
Musique, & le premier Eleve de Mr
Lambert.
|
Hastez-vous,
amoureux Bergers,
Accourez, timides Bergeres,
Mars a cessé de fouler nos fougeres,
Et nous vivons icy sans trouble & sans
dangers.
La
Paix rend à nos champs leurs charmes,
Et l'on n'a plus dans cet heureux sejour
D'autres alarmes
Que celles que donne l'Amour.
Résonnez,
Clairons & Hautbois,
Chalumeaux, Flutes & Musetes,
On n'entend plus ny Tambours, ny Trompettes,
Les aimables Zephirs folastrent dans nos
Bois.
La
Paix rend, &c.
|
Madrigal
Si la
Paix est toujours difficile à conclure, quand mesme
il n'y a eu Guerre qu'entre deux Rois, on peut dire qu'elle
est presque impossible lors que le nombre des
Intérressez est grand. Ils ne peuvent avoir tous ce
qu'ils souhaitent; & quand chacun auroit lieu d'estre
satisfait à son égard, c'est en gouster
imparfaitement la joye, que d'estre obligé de
reconnoistre un Vainqueur, & de vois toute la gloire
d'un costé. Je vous en diray davantage apres
l'échange des Ratifications.
Voicy
un Madrigal de Mr
de Monchamps, Avocat au Conseil,
adressé à ceux des Conféderez qui
refusent de signer la Paix.
|
Signez
sans balancer le Traité de la Paix,
Recevez-la des mains de nostregrand Monarque;
Il tient à ses gages la Parque,
Vos destins suivront ses souhaits.
De tous costez l'orage gronde,
La Victoire le suit sur la Terre & sur
l'onde,
Il peut tout soûmettre à ses Loix.
Usez bien du moment que sa bonté vous
donne,
Il est content d'une Couronne,
Ne le contraignez point d'en porter encor
trois.
|
Feste
de S.
Loüis
celebrée par Messieurs
de l'Academie
Messieurs
de l'Academie Françoise celébrerent la
Feste
de S. Loüis le Jeudy 25. de ce Mois,
dans la Chapelle du Louvre. Il y eut grande Musique. Mr
l'Abbé Desalleurs fit le Panégyrique du Saint
avec un Eloge du Roy qui luy attira l'admiration de tout le
monde. Ce succés luy est ordinaire.
L'Assemblée, quoy que nombreuse, estoit presque toute
de Gens choisis. Mr l'Abbé Colbert s'y trouva, &
commença par là de faire connoistre à
Messieurs de l'Academie, combient il tenoit à
hi=onneur d'estre de leur Corps. Il a esté choisy
pour remplir la place de feu Mr Esprit. On croit sa
Reception remise apres le retour de Fontainebleau. Je ne
vous en parleray que dans ce temps-là.
A
Paris ce 31. d'Aoust 1678
|
