|
|
|
|
|
|
|
|
Dubuisson
Sixiéme
Livre d'Airs Serieux, & à Boire,
pour les
mois de Octobre, Novembre & Decembre
1695
Les
oyseaux, qu'au Printemps on voit dans ces boccages Ces petits
yvrognes volages
Chanter & se faire l'amour,
Se lassent de ces badinages,
Dés que l'Automne est de retour.
Vont aux vignes chercher un plus heureux destinn
Et quittant pour Bachus les soins de leurs
ménages,
S'enyvrent tous les jours au doux jus du raisin.
Ce n'est
plus la saison, Les jaloux
vont avoir leur tour, Helas !
quans quel autre sejour,
Lizette, d'aller au bois faire l'amour.
Le cruel Hyver de retour,
Détruit le feüillage &
l'herbette.
Il n'est plus de sombre retraite;
Pour servir la nuit ou le jour,
D'azile a nostre ardeur secrette.
Ce n'est plus, &c.
Pourray-je te mener seulette;
Tout est glacé, mon amourette,
Et pour toy je brûle toûjours.
Ce n'est plus, &c.
Chers
Amis, réjoüissons-nous,
Nos destins s'adoucissent,
En tous lieux les raisins meurissent,
Les Cabaretiers en sont foux;
Ils avoient enlevez par tout ce doux breuvage
Dont nous faisons tous nostre bien,
Pour nous le vendre davantage;
Mais les coquins ne tiennent rien.
Tu dis que
les razades Les
cruautez d'Aminte
Vont m'oster la raison;
Que m'importe ? buvons chers camarades,
Puisqu'en débauche elle est hors de
saison.
M'ont guery de l'amour;
Sans contrainte je caresse ma pinte,
Je boy, je ris, je chante nuit & jour.
Tu veux
partager ma bouteille,
Disoit Guillot buvant sous la treille,
A l'aymable Catin;
Mais tout partage offense une Maistresse,
Laisse-moy boire tout mon vin,
Et reçoy toute ma tendresse.
Contre moy
tout est aujourd'huy, Cloris je
renonce en ce jour
Mon cher Amy,
Cloris n'est plus de mon party:
Mais Bachus me console,
Par son jus tout divin;
Non, je n'ay point de chagrin
Quand j'ay du vin,
Non, je brave le destin.
A ton amour,
N'atend plus de moy de retour:
Et le mien trop constant,
Non, je veux vivre content,
Toûjours buvant,
Non, je cesse d'estre amant.
Amis, si
de l'argent content
Peuvoit rendre nos jours durables,
Et que dans ce dernier moment
Il peût nous estre secourable,
Mon plaisir seroit d'amasser,
Afin de nous éterniser.
Ah ! que
mon sort a de douceur !
D'Amant je deviens buveur,
Je ne soupire plus pour l'ingratte Climeine,
C'est en en détrempe par bonheur,
Que le folâtre Amour avoit peint dans mon coeur
L'image de cette inhumaine;
Bachus l'efface avec cette liqueur.
Enfin j'ay
surmonté la rigueur inhumaine,
De l'ingratte beauté dont je portois la
chaîne;
Que mon triomphe est glorieux ?
Par le secours de ce charmant breuvage,
Dont le divin Bachus nous a donné l'usage,
J'ay repoussé les traits qui partoient de ses
yeux.
