Jean-Baptiste Bousset
Recueil d'Airs Sérieux & à Boire
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Si je vous
aime tendrement,
Lorsque je vois qu'un autre Amant
Fait le bonheur de vostre vie;
Jugez combien pour vous j'aurois d'empressement
Si vous m'aimez un peu, trop aimable Silvie.
Mes chers
amis, buvons sans cesse,
Un Rival fortuné m'enleve ma Maîtresse,
Ce n'est plus que Bachus qui peut me rendre heureux;
Sans Iris ou le vin, je cesserois de vivre,
Et puisque par les loix d'un destin rigoureux,,
Je me couche aujourd'huy sans l'objet de mes voeux,
Du moins je veux me coucher yvre.
Cachons
l'excés de nos feux 2e
Couplet
A celle qui les fait naître,
L'ingratte n'y répond que pour les faire
croître;
Il est moins dangereux
D'estre top amoureux
Que de le faire trop connoître.
Tu cherche à te rendre heureux,
Mon coeur, tu ne sçaurois l'être,
Si de mes mouvemens tu ne te rend le maître;
Il est moins dangereux, &c.
L'autre
jour me reposant dessus l'herbette, Mais, au
moins si par hazard
Je t'aperçus, Colin,
Dans un coin, seul avec Lisette,
Tu luy contois, ah ! Colin,
Tu ris, tu m'entens, bien,
Je fus discrette & ne dis rien.
Tu me trouvois seulette,
A quelqu'écart
Avec Guillot,
Chut, que ta langue soit muette,
Et n'en dis mot.
Sujet Second
Couplet Aux
armes, camarades, &c. Troisiéme
Couplet Aux
armes, camarades, &c. 4. Couplet Celebrons
la victoire,
Aux armes, camarades,
L'Ennemy n'est pas loin,
Courons tous au vin,
Aux armes, camarades,
Ayons tous le verre à la main.
Au milieu des razades l'Amour nous a surpris;
Il est en embuscade pour nous faire bravade,
Il est en embuscade dans les beaux yeux d'Iris.
A grands coups de verre,
Allons l'attaquer,
Ce superbe guerrier pour l'enyvrer,
Faisons-luy la guerre
Sans quartier
Pour l'enyvrer,
Je boy le premier,
Il faut me seconder.
FANFARE
Il commence à boire,
Aimons, buvons soir & matin,
Est-il un plus charmant destin
Que d'accorder l'amour & le vin ?
Le bruit
de vos appas, trop aimable Silvie, Je sens
à vous quitter une peine inconnue,
Vous attira mes regards curieux;
Mais que j'ay payé cette funestes envie,
Il m'en coute mon coeur pour contenter mes yeux.
Et je voudrois en perdant tant d'attraits,
Ou ne vous avoir jamais vûë,
Ou ne m'en separer jamais.
J'yray
toûjours de belle en belle
Jusqu'à ce que l'objet dont je seray
charmé,
Brûle pour moy d'une ardeur mutuelle;
Et j'attens pour estre fidelle
Que je sois tendrement aimé.
Qu'auprés
de vous l'oeil se trompe aisément, Mais
depuis vostre éloignement,
Pour peu qu'on ait l'ame tendre,
Je contois pour amusent
De vous voir & de vous entendre.
Je souffre un rigoureux tourment,
Qui trop tard me fait bien comprendre:
Qu'auprés de vous l'oeil, &c.
Bachus
n'offre à mon coeur que de foibles attraits,
Ma tendresse me rend ingrat de ses bienfaits,
Et malgré moy me livre aux rigueurs de Silvie:
Dans luy mon desespoir m'auroit privé du jour,
C'est à luy que je dois la vie;
Mais je ne vis que pour l'Amour.